CHAPITRE XI . Le Fantôme


Les mains croisées sur sa poitrine, Dùen avançait à pas lents, pensive. Inquiète.

Il semblait tout à coup que cet environnement paisible et tranquille ne pouvait l'apaiser. Tout se bousculait dans sa tête ; les mots sévères de Dame Galadriel résonnaient encore et encore. Sans cesse.

Sa main alla se serrer contre sa poitrine vide de tout pendentif. Sa Pierre, ils lui avaient prise. Confisquée. Arrachée.
Son amertume s'accrut exponentiellement alors qu'elle entendait de légers murmures autour d'elle. Des murmures fluides, incompréhensibles. Pourtant, elle savait que cela la concernait. Alors qu'elle releva les yeux, les elfes étincelants détournèrent leurs regards avec hâte ; d'autres, au contraire, l'observaient de haut en bas, avec un air indéchiffrable, entre soupçon et fascination.

Elle se pressa vers ses compagnons qu'elle apercevait quelques mètres plus loin, au bord d'un paisible ruisseau, bordé de verdoyants buissons. La Semi-elfe n'avait fait que quelques pas en avant lorsqu'elle s'arrêta net.

Ses sourcils se froncèrent, tirant légèrement sur sa blessure au front, encore en cicatrisation.
Elle se tourna vivement vers la source des murmures. Ils cessèrent aussitôt.

«Legolas Thranduillion»

Elle était sûre d'avoir pu discerner ces mots parmi les murmures qui l'entouraient. Ils parlaient de Legolas ?
Elle sursauta.

Legolas.

Il se tenait là, juste derrière elle. Dùen se demanda quand est-ce qu'il était arrivé là, car elle ne l'avait pas entendu. Il fixait lui aussi le groupe d'elfes curieux, et ceux-ci ne tardèrent pas à se disperser pour enfin totalement disparaître du champ de vision de Dùen.
L'elfe à ses côté ne disait rien.

Et alors que les elfes étaient partis, il continuait tout de même à fixer un point invisible, au loin. Ses traits étaient durs, sa mâchoire serrée.
Dùen en était sûre, les murmures qu'elle venait d'entendre ne lui avait pas plus.

- Legolas ? Finit-elle par appeler.

Il ne lui répondit pas.
En fait, il n'acquiesça même pas sa présence, comme si elle était devenue invisible.
Un fantôme.
Même pas un regard.
Rien.

Il s'éloigna sans plus de cérémonie et en silence il retourna s'appuyer contre un Mallorn, aux côtés d'Aragorn. Ce dernier, la pipe à la bouche, l'avait observé et l'avait suivi du coin de l'oeil, un sourcil légèrement arqué. Et lorsque ses yeux se reposèrent sur Dùen, il expira un nuage de fumée avant de lui demander :

- Dùen, j'espère que vous vous portez mieux.

A ces mots, le reste du groupe se tourna vivement vers l'intéressée. Les expressions sur les visages étaient différents. Bien qu'ils aient tous eu l'air fatigués, elle put lire du soulagement chez Pippin, de la surprise chez Sam et Merry et un certain malaise auprès de Gimli qui lui avait fait un vague signe de la tête. Elle nota l'expression lugubre de Frodon, dirigée vers le ruisseau, mais surtout, ce qui l'a marqua d'autant plus, ce fut l'expression peinte sur le visage de Boromir.
Le Capitaine du Gondor était blanc comme un linge, les yeux cernés de noir, tremblant, le front humide. Il releva cependant la tête vers elle et lui adressa le fantôme d'un sourire.

- Vous êtes vous bien reposée, Dame Dùen ?

- Oui, merci, Sire, répondit-elle, la voix à peine inaudible.

Dans ce cas, vous seriez plus chanceuse que moi, finit-il par répondre, la voix remplie de torpeur.
Aragorn recracha une nouvelle fois de la fumée, les sourcils froncés, et lui adressa :

- Que se passe-t-il donc, Boromir ?

Ce fut très rapide, mais Dùen put observer l'espace d'un instant, le regard hagard de Boromir dans la direction de Frodon. Un regard d'envie. De tourmente. Et là, elle comprit.
L'Anneau le rongeait.

- ... Je ne peux en parler, articula-t-il avec presque de l'agonie dans sa voix. Pas ici...

Aragorn hocha alors la tête, se leva et avec fermeté, attrapa le bras du Capitaine du Gondor, l'invitant à se relever à son tour.
Ce dernier fit un brusque mouvement de bras en arrière, rompant le contact physique avec le Rôdeur. Il releva la tête avec colère.

- Vous ne comprenez donc pas ?! Nulle part dans cette forêt je pourrai ainsi parler!

Un silence pesant s'installa alors que l'écho de la voix rauque du Capitaine résonnait encore entre les arbres. Il jetait des regards apeurés, à droit, puis à gauche, comme un possédé.

- ... Elle est partout, elle entend tout...

Son chuchotement était glaçant.
Il parlait bien sûr de la Dame de ces lieux.
Dùen repensa aux mots de sa soeur, quelques minutes auparavant ; « tout finit par être entendu...», elle parlait donc de cela.

- Voyons, mon ami... raisonna Aragorn, visiblement pris au dépourvu.
- Vous ne comprenez pas ! Je ne suis pas fou !

Un autre silence s'installa et Dùen ressenti un profond malaise devant l'état du Capitaine du Gondor.

- ... Elle est dans ma tête...!

Aragorn le saisit par les épaules, et tant bien que mal, le releva sur ses deux pieds. Il était chancelant, mais le Rôdeur le maintenait fermement contre son épaule. Lentement, il commença à avancer.
- Allons discuter, mon ami, incita Aragorn.

Et cette fois-ci il n'eut pas de réponse, et Boromir se laissa guider plus loin par le Rôdeur.

En se tournant Dùen surpris Legolas en train de la fixer d'une manière étrange, qu'elle ne sut déchiffrer. Aussitôt, il dévia son regard, et agit de la même manière qu'un peu plus tôt.

Silence.

Les mots et le départ de Boromir avait laissé un froid dans la compagnie. Nul ne parlait, et même les hobbits semblaient être mal à l'aise. Merry et Pippin s'agitaient nerveusement au bord du court d'eau.

Sans plus attendre, Dùen s'écarta du groupe, sentant une gêne pénible l'affecter elle aussi.

En s'éloignant, elle vit du coin de l'oeil que Legolas la suivait du regard.

Elle accéléra le pas, mais ralenti tout aussitôt. Une main avait attrapé un pan de sa robe et elle se tourna. Frodon.
- Puis-je vous accompagner, Dùen ? Demanda-t-il.

Il avait l'air également troublé par l'ambiance du groupe. Elle hocha la tête avec un léger sourire.
Ils marchèrent de longues minutes en silence entre les Mallyrn, le vent dans leurs branches créait une agréable mélodie, tranquille.
Une mélodie qui fut rapidement interrompue par d'autres incessants murmures.

Dùen se mordit les lèvres avec agacement. Du coin de l'oeil, elle pouvait voir que Frodon observait les curieux avec intérêt.
- Ils parlent de vous, finit-il par dire.
- Vous parlez le Langage des Elfes ? Demanda-t-elle avec surprise.
Il réprima un sourire timide et hocha la tête.

Ses sourcils noirs se froncèrent un peu et il regarda Dùen avec surprise, puis un mélange de fascination et d'incrédulité.
- Que disent-ils donc ? Demanda Dùen, la question lui avait échappé, elle n'était en réalité pas sûre de vouloir connaître la réponse.
Il hésitait clairement, soudainement nerveux.
- Dites-moi Frodon, insista la Semi-Elfe à voix basse, même si cela est peut être...
- Ce n'est pas vraiment vous qu'ils critiquent, commença-t-il avec gêne.

Dùen s'arrêta de marcher et le toisa avec étonnement.

- Ils disent que... , il observa les elfes un court instant avant de continuer, ils disent que Legolas et son Père, ont un coeur aussi sombre que la Forêt qu'ils habitent.
Une brise frissonnante balaya les cheveux de Dùen.

- Ils disent, qu'ils sont bien cruels de vous avoir bannie.

Le coeur de Dùen manqua un battement. Peut être plus.
Elle se paralysa.
Frodon sembla continuer à contrecoeur.

- Je ne savais pas que vous aviez été bannie de la Forêt Noire, de chez vous.
La bouche de Dùen s'assécha, aucun son ne voulait sortir de sa gorge. Elle aurait souhaité répondre « Moi non plus » ; mais ses lèvres restèrent closes.

Il la regardait avec peine alors que son prénom résonna au loin. C'était Sam, qui s'avança en trottinant, les joues rouges, essouflé ; sûrement avait-il couru pour les rejoindre.
- Monsieur Frodon, répéta-t-il, je vous ai cherché partout ! Ne me faîtes pas une telle frayeur !
- Pardon Sam, sourit doucement Frodon avec regret.
Il se tourna vers Dùen et lui lança un regard désolé, certainement pour lui indiquer qu'il allait la quitter pour rejoindre Sam. Elle ne dit rien, elle ne put. Et alors qu'il s'éloignait, ses yeux se mirent à piquoter.

Elle restait plantée là.
Comme si elle n'avait plus aucun contrôle.

Le Legolas qu'elle avait vu dans cette vision, ce n'était pas un rêve, c'était un souvenir bien réel.
Elle repensa à sa posture rigide et son regard froid, sévère. Le courroux de son Père, et ces mots « vous êtes bannie... vous et le fruit de cette trahison ».

- C'est de leur faute.

Elle sursauta pour voir Sìdhil, sa soeur, la main contre un tronc de Mallorn, visiblement elle aussi émue.
- Tout est de leur faute, répéta-t-elle avec colère.

- Non, Dùen secoua sa tête, faisant goutter des larmes contre l'herbe verdoyante.

Sìdhil se pinça les lèvres avec douleur et s'avança vers sa soeur.

- Je suis tellement désolée, je...

Elle posa une main sur la joue blessée de Dùen.

- J'aurais dû t'en parler, t'expliquer, avant que tu ne l'apprennes comme cela...les bruits courent tellement vite ici que...

Dùen repoussa sa main d'un geste vif et fit un pas en arrière, secouant de nouveau la tête.

- Non, ce ne sont que des rumeurs, c'est faux.

- Dùen, s'il-te-plait, écoute-moi..., raisonna sa soeur.

Dùen se tut.

- Je l'ai Vu... La Pierre me l'a montré... Je sais qu'elle a dû te le montrer aussi...

Dùen crut qu'elle allait vomir.

- Nos parents... non.

Un blanc s'installa alors que Sìdhil cherchait ses mots, hésitante.

- Notre père venait de Forochel...

Dùen repensa aux habits étranges vus lors d'une de ses visions. Des habits ornés d'ossements, fourrures et petites pierres.

- Il faisait partie du groupe qui se battait pour la Liberté de son peuple, contre Hal.

Dùen laissa échapper un souffle tremblant.

- Avec deux de ses compagnons, il s'est enfui il y a 100 ans avec deux éclats du Palantìr. Il souhaitait partir loin, afin que jamais Hal ne récupère les Pierres...
Un étincelle de douleur éclaira ses yeux.

- Mais quelqu'un d'autre la trouva...
Sìdhil émit un son nerveux.

- Ils s'étaient aventurés dans la Forêt Noire sans vraiment le savoir, ils furent attaqués par le Mal qui y règne. Un des deux compagnons de notre Père n'y survécut pas ; les deux autres furent sauvés par la Garde Royale.
Dùen ferma les yeux, ses paupières tremblotantes.

- Ce que je compris c'est que c'est là qu'il connut notre mère, une elfe de la Forêt Noire. Notre Père avait dissimulé les Pierres, mais elle avait fini par s'en rendre compte.
Sìdhil baissa la tête et se tortilla nerveusement les doigts.

- S'en rendre compte, trop tard. J'ai vu que le Seigneur des lieux voulait lui aussi être en possession des Pierres. Notre Mère aida notre Père à s'échapper. Mais uniquement son compagnon réussit à sortir de la Forêt Noire vivant, avec les éclats.

- Non... murmura Dùen en déni.

- Je ne l'ai pas Vu sortir avec les Pierres, Dùen ... expliqua Sìdhil, je ne saurais expliquer ce qu'il est advenu alors...

Dùen dévia le regard, vers du vide. Ses joues humides, elle se mit à parler, presque par automatisme ;
- Le Seigneur de la Forêt Noire était furieux.
Elle repensa à l'uniforme gris de Legolas, froid, comme l'était alors son expression. Une larme coula le long de sa joue. Si lentement, qu'elle crut qu'elle ne glisserait jamais de son menton.

- ... Ils l'ont bannie. Ils ont bannie notre Mère.
Sa soeur ne paraissait pas surprise, sûrement l'avait-elle déjà Vu elle aussi...

- ... Ils nous ont bannies.»

Son coeur se déchira.


Les deux soeurs étaient assises en silence dans une Talan pauvrement décorée. La lumière fluctuante des bougies créait d'étranges ombres mouvantes sur les murs de la pièce.
Dùen prit son visage entre ses mains.

«- Mon-... Notre père était forgeron à Bree, laissa-t-elle échapper.

Sìdhil lui adressa une mine désolée, mais laissa tout de même sa soeur continuer :
- Son nom était Elchior, il ...

- Ce n'était..., commença Sìdhil avec hésitation, je ne pense pas que cette Personne ait été notre Père...
Dùen laissa échapper un rire nerveux, incrédule, et releva la tête.

- Es-tu en train de me dire que l'Homme qui m'a élevée, nourrie et logée n'était qu'un étranger ?

Elle ne put dissimuler son amertume.
Cela ne pouvait être possible.

- Je connais le nom de notre Père, exposa Sìdhil incertaine, il s'appelait Haroth...
Les yeux de Dùen oscillèrent rapidement d'un point à un autre, se rappelant ce qu'elle avait vu lors de leur traversée de la Moria. Un Haroth était perdu dans la Forêt Noire avec deux compagnons...

- ... Il avait deux fidèles compagnons nommés Irol et Elchior, termina Sìdhil.

Un court silence s'installa, et la lumière fluctua un instant.

- Tu veux dire que...
Dùen plaqua de nouveau sa tête entre ses mains.

- Non, murmura-t-elle si bas qu'elle ne fut pas sûre que sa soeur l'ait entendue.
Elle releva la tête, perdue, amère et soudainement remplie de haine.

- Tu me mens, cracha-t-elle envers Sìdhil.

Cette dernière ne dit rien, et adopta une expression impassible, digne des elfes. Une expression que Dùen détestait par dessus tout.
- Vous me mentez tous, répéta Dùen en se levant du lit sur lequel elle était assise.

Sìdhil l'imita en se levant de sa chaise.

- Dùen, tenta-t-elle de raisonner.

- Et puis, comment sais-tu tout cela d'abord ? cracha une nouvelle fois Dùen.
Mais elle ne laissa pas le temps à Sìdhil de formuler une quelconque réponse.

- Ah oui, tu as été élevée ici, parmi les elfes ! S'exclama-t-elle avec un ton venimeux. Eux qui sont tellement supérieurs, capables et talentueux ! Tu dois sûrement avoir beaucoup plus de connaissances que moi, moi pauvre ignorante !
Le visage de Sìdhil s'assombrit tout aussitôt, elle fit un pas vers sa soeur.

- Si tu crois que vivre ici est si facile et si plaisant, tu n'as qu'à y rester ! Laissa-t-elle échapper.

Dùen la toisa avec surprise.
Sìdhil reprit :
- ...Tu n'imagines pas à quel point... à quel point je veux quitter cet endroit.
Elle avait fini sa phrase dans un murmure à peine audible.

Un léger bruit se fit entendre devant la porte de la Talan et les deux soeurs tournèrent vivement la tête vers cette dernière.

Dùen avait le sang qui bouillonnait.

Elle se tourna de nouveau vers sa soeur :
- Je ne te crois pas, balança-t-elle.
Elle laissa échapper un rire nerveux.
- Pourquoi devrais-je te croire ? Je ne te connais que depuis 2 jours, et puis toutes ces histoires... ha ! C'est absurde.
Sìdhil semblait résignée.
- Je n'y crois pas, je peux pas, je ne veux pas.

Sur ces mots, Dùen s'avança de la porte à grandes enjambées, et sortit de la Talan en furie. Elle avait à peine fait trois pas à l'extérieur pourtant, qu'elle se stoppa net.

Legolas.
Il était là.

Mais depuis combien de temps ? Avait-il entendu ?

Rien ne pouvait être lu sur son visage distant. Et le seul mot qui traversa l'esprit de Dùen à ce moment précis était « Menteur ».
La colère s'empara d'elle et elle le contourna, sans lui adresser la moindre attention ; comme il l'avait traitée quelques heures auparavant.

Elle fut tirée par le poignet, il la retenait avec un air sombre. Elle le regarda à peine ; peut-être allait-il lui présenter des excuses ? Des explications ?
- Nous partons demain matin à l'aube.

Dùen nota qu'il ne la regardait même pas.
Elle était un Fantôme.
Elle arracha son bras de son emprise et s'engouffra dans les escaliers en colimaçon, le coeur et l'esprit en miettes.

Legolas fixait Sìdhil d'un air froid.
Elle le toisait avec la même intensité, son Rang ne l'effrayait en aucun cas.

- C'était vous, accusa-t-il d'une voix profonde, les rumeurs, c'était vous.

Elle croisa ses bras contre sa poitrine et feignit l'ignorance. Un sourire faussement navré se dessina sur ses lèvres :
- Je ne vois pas de quoi vous parlez, Sire.

Il s'approcha soudainement, un air menaçant sur son visage.
- Vous savez très bien où je veux en venir, Dame Sìdhil.
Elle laissa échapper une exclamation moqueuse.

- Dame ? Je ne suis pas-...
Il la saisit par les épaules fermement. Si elle fut surprise par son geste, elle ne le montra pas. Ses sourcils se froncèrent.
- Elle sait tout à présent, dit-elle en parlant de sa soeur, à moins que vous ayez d'autres choses à vous reprocher, Sire.
- Vous ne savez rien, rétorqua-t-il.
Sìdhil ne put cacher son agacement.

- Vraiment ? Pourtant les Visions sont sans appel et-...
- Le Palantìr ne montre que ce qu'il ne désire montrer, coupa Legolas la mâchoire serrée.
Un rire forcé s'échappa des lèvres de Sìdhil, elle ne put le retenir. Puis le sourire sur ses lèvres s'effaça, laissant place à un visage empli de colère.
- Vous avez tué nos parents, cracha-t-elle, vous nous avez séparées, vous avez gâché nos vies-...

- Sìdhil !

Legolas et la concernée pivotèrent brusquement. Haldir se tenait en haut des escaliers, les yeux noirs comme la nuit. En quelques pas, il arriva à leur hauteur et agrippa le bras de la Semi-Elfe. Legolas lâcha ses épaules.

Le Capitaine lança à Sìdhil :
- Comment oses-tu accuser le fils du Roi-...
- Il n'est pas mon Prince ! Rétorqua-t-elle.
Haldir resserra son emprise.
- C'est de la Trahison, Sìdhil !
- J'ai tous les droits après ce qu'il a fait, ce que son Père a fait !
Elle ne put retenir les larmes couler à flots sur son visage. Mais le Capitaine n'en fut vraisemblablement pas affecté.
- Sìdhil ! Appela-t-il sévèrement.
- Haldir, mon ami, intervint Legolas, laissez-la donc.
Sìdhil releva des yeux larmoyants et emplis de haine vers le Prince, puis vers le Capitaine.
- Je suis le seul en tort ici, continua-t-il, Dame Sìdhil n'a commis aucune faute.
- Je suis navré, Sire, s'excusa tout de même Haldir en se courbant légèrement.

Legolas toisa une dernière fois Sìdhil avant de tourner les talons et de prendre, à son tour, les escaliers.

Une fois que le Prince fut hors de vue, Haldir pivota vers la Semi-Elfe, dont les larmes de rage ne cessaient de couler le long de ses joues empourprées.
Ses yeux étaient sévères, comme à leur habitude, mais son emprise sur son bras se fit plus légère. Il se pencha lentement vers elle, et saisit son autre bras avec sa main libre.
Il l'observa un instant.

- Ne recommences plus un tel acte, l'ordonna-t-il.
Devant son manque de réponse, il ajouta :
- Est-ce clair ?

Elle ne répondit rien, et il soupira, résigné.

- Rùmil te cherchait tout à l'heure, il était inquiet, expliqua-t-il.
Il dû remarquer son indifférence car il continua :
- Il s'inquiète énormément à ton sujet, il tient beaucoup à toi.

Sìdhil sentit ses jambes trembler, la fatigue, la colère et la frustration s'abattaient tout à coup sur elle. Haldir remarqua ce changement et la secoua légèrement.
- Sìdhil ?
- Laissez-moi, Capitaine, je suis épuisée...
Il la lâcha après un temps de réflexion. Il ne la quitta pas des yeux, et elle se demanda pourquoi il agissait ainsi, lui qui avait pour habitude de la traiter avec tant de froideur.
Elle regagna lentement sa Talan, ferma sa porte sans regarder derrière elle. Une fois la porte fermée, ses jambes cédèrent et elle glissa contre le sol, impuissante.


L'Aube arriva plus vite que ce Dùen avait pu imaginer. Et bientôt ils se retrouvaient tous au bord de l'Anduin, où trois barques avaient été préparées pour eux.
Dùen balaya la foule de personnes qui se tenait devant eux, mais elle n'y trouva pas sa soeur. Elle ressentit un violent pincement au coeur ; suite à leur dispute de la veille, elles n'avaient pas eu l'occasion de s'expliquer.

Dame Galadriel, étincelante d'une beauté froide, délivrait des cadeaux et des voeux pour chaque membre de la Communauté.
A côté d'elle, Legolas se tenait droit, immobile.
Il l'ignorait, et elle faisait de même.

Les pensées les plus folles se bousculaient dans sa tête, les fantômes du passé refaisaient surface et maintenant elle ne savait plus que croire ; qui croire. Lui avait-il vraiment menti ? Etait-ce bien lui et son Père, à l'origine du chaos dans sa tête ?
Dame Galadriel se planta devant elle, si étincelante, que Dùen en fut éblouie. La Dame lui adressa un sourire et pencha sa tête sur le côté.
- Mon enfant, appela-t-elle.

Dùen abaissa la tête, incapable de la regarder dans les yeux. Du coin de l'oeil, elle voyait que Legolas était absorbé par un nouvel arc que la Dame venait de lui offrir.
Des mains glacées vinrent relever son visage avec douceur. Elle fut contrainte de regarder ses yeux clairs.

- Je ne peux t'offrir ton cadeau de suite, expliqua-t-elle, j'aimerais offrir, à toi et ta soeur, la Vérité.
Un frisson la traversa.
- Mais les visions ne sont pas fiables mon enfant, ce passé est flou, et vous ne devez pas céder à le peur ou à la colère. Car parfois, la Vérité est toute autre.
Dùen hocha lentement la tête, à contrecoeur, car elle était encore désorientée.
- N'oubliez pas, ne prêtez pas trop attention aux fantômes de votre Passé, car ils vous mèneront à votre perte.
Dùen s'apprêtait à se reculer, mais la Dame la retint.
- Encore une chose, mon enfant, commença-t-elle, un Contrat est sur votre tête, Seth fera tout ce qui est en son Pouvoir pour récupérer ce qu'il pense être le sien. Il utilisera le feu et sang pour parvenir à ses fins. Vous êtes, avec votre soeur, en grave danger.
Elle marqua une pause, et Dùen sentit le regard de Legolas dans son dos.
- Si vous n'aviez pas été engagée avec la Communauté de l'Anneau, sachez que je vous aurais gardée ici, en sûreté, avec votre Soeur.
Dùen déglutit et pencha la tête en avant.
- Je comprends, ma Dame.

Elle lui adressa un dernier sourire, et Dùen se courba légèrement avant de tourner les talons vers les canots.
Legolas était dernière elle, et visiblement, l'attendait pour monter dans sa barque, où Gimli était déjà assis. Avec une expression quelconque, il lui tendit la main, afin de l'aider à monter à bord.
« Menteur » .

Elle l'ignora et le contourna sans plus de cérémonie, avant de monter dans la barque d'Aragorn, où Frodon était installé.
La Semi-Elfe sentit le regard de Legolas la suivre, et même une fois dans la barque, c'est Aragorn qui la toisait étrangement ; comme s'il l'interrogeait du regard.
Alors qu'ils voguaient, Dùen lança un dernier regard vers la berge verdoyante, où les elfes étincelants leur souhaitaient bonne route. Dùen repensa à Sìdhil, à sa soeur, et un sentiment de tristesse l'envahit.

Aragorn ramait lentement, et la barque s'éloignait de plus en plus de la rive, jusqu'à disparaitre derrière des arbres.
Dùen ne put empêcher une larme de couler le long de sa joue.


Sìdhil arriva en courant au bord du fleuve, les poumons en feu, les joues humides et empourprées. Lorsqu'elle vit un canot disparaitre derrière les arbres, elle s'agenouilla. Elle n'était pas arrivée à temps.

Elle voulait lui dire au revoir.

Elle étouffa un sanglot ; puis, les larmes coulèrent à flots.

On s'agenouilla devant elle ; Haldir. Il la toisait avec distance, mais elle voyait dans ses yeux de la peine ; pour ne pas dire de la pitié.

- Je l'ai perdue une deuxième fois, balbutia-t-elle.
Le Capitaine plaça sa main sur le haut de sa tête, et caressa lentement ses cheveux châtains.

- Je l'ai perdue, encore une fois, pleura-t-elle.
Elle attrapa le bras du Capitaine, suppliante :
- Je vous en supplie, laissez-moi la rejoindre...

Haldir sembla surpris de ce geste mais ne bougea pas.

- ... laissez-moi partir, je vous en supplie !

- Je ne peux pas, répondit-il, je regrette.

Elle sentit qu'on la soulevait sur ses deux pieds, derrière elle Rùmil essayait de la calmer et la relever. Elle essaya de se défaire de son étreinte, en vain.

- N'allez-vous donc pas me laisser partir ?

Elle essaya de se débattre mais rien n'y fit.
Sa soeur était partie.
Elle était de nouveau seule,
Seule, sans pouvoir s'échapper.


A bientôt pour la suite !

xoxo,

Netphis.