Hop, après de looongues semaines sans chapitre, voici la suite de notre fanfiction basée sur l'univers de Harry Potter à Labyrinthe-infini et à moi ! Un chapitre achevé avec le premier album d'Henry en fond sonore (je le conseille à tous si vous aimez la K-pop) o/ ! Bonne lecture sur ce, y a pas mal à lire pour le coup !
Disclamer : l'univers de Harry Potter ne m'appartient pas, pas plus qu'à Labyrinthe-infini.
Chapitre 12 - Runes et Promesses
Jamais un cours de rattrapage n'avait semblé si long à Arthémis. D'un geste dépourvu de toute volonté, la jeune fille pointa sa baguette en direction de sa souris en cage qui la fixait à travers les barreaux d'un air curieux, ses moustaches frétillantes.
- Mus Calicem, marmonna-t-elle en agitant mollement le poignet, la tête négligemment appuyé sur sa main libre.
La souris émit un couinement surpris lorsque le sortilège la frappa mais rien ne se produisit. Dépitée, l'adolescente jeta un coup d'œil à sa montre. Encore cinq minutes de supplices et elle serait officiellement en week-end. Elle pouvait bien tenir jusque là…
- Mademoiselle Grildal ? fit brusquement la voix un brin moqueuse du professeur Laglier dans son dos.
Arthémis leva les yeux au ciel mais se tourna néanmoins vers la sorcière qui la toisait de toute sa courte hauteur derrière ses lunettes. Son étrange sourire habituel étira brusquement ses lèvres, signe de mauvais augure pour la jeune fille.
- Je vois que ça n'avance guère depuis tout à l'heure, la fustigea-t-elle d'un ton ridiculement enjoué en se penchant sur la cage jusqu'à ce que son long nez aquilin frôle le museau de la souris, curieuse, votre animal semble toujours avoir conservé son apparence d'origine alors qu'il devrait au moins posséder une hanse et avoir perdu ses poils au profit d'un aspect en céramique depuis plusieurs minutes. Pensez-vous réellement pouvoir réussir vos BUSE à la fin de l'année si vous ne parvenez même pas à lancer un simple contre-sort au maléfice de Tasse en Rat ?
- Je crois qu'elle a pris un peu de volume depuis que j'ai commencé l'exercice, se défendit l'adolescente avec panache.
La professeure de Métamorphose lui décocha un regard noir mais ne se défit pas de son sourire, se redressant légèrement.
- Visualisez la tasse dans votre esprit n'est pas tout, fit-elle d'un ton magistral en commençant à faire les cents pas autours du bureau de la jeune fille, il faut que vous vous figuriez les différentes étapes de la métamorphose, comme indiqué sur les schémas de votre manuel. D'abord l'aspect de porcelaine, puis la hanse et le pied afin de donner au sortilège son vecteur directionnel et enfin la forme générale pour finaliser l'incantation…
Arthémis se laissa lentement glisser contre sa table, assommée par le discours incessant du professeur Laglier. La souris vint lui renifler les cheveux à travers les barreaux de sa cage, visiblement très intéressée par son singulier comportement. Nonchalamment, la jeune fille lui caressa le museau du bout de sa baguette. L'enseignante ne sembla pas s'en rendre compte et poursuivit sur sa lancée, intarissable :
- N'oubliez pas non plus l'importance du geste, fit-elle, un demi-cercle ni plus ni moins ! Et pas un cercle complet comme l'a fait votre camarade Noah.
Sur cette affirmation, elle lança un regard appuyé au jeune homme quelques bureaux plus loin qui contemplait la superbe grenouille couverte de poil gris qui lui faisait face désormais dans sa cage, avec l'air de se demander comment il avait pu à ce point dériver du sortilège d'origine. Arthémis lui lança discrètement un petit sourire désolé tandis que le professeur continua sa logorrhée verbale.
- Prenez plutôt exemple sur votre amie Lucile, insista-t-elle, voilà plus d'une demi-heure qu'elle a compris le sortilège, et simplement en lisant le manuel, elle !
En effet, pas moins d'une demi-douzaine de tasse s'alignait désormais devant la jeune Serdaigle aux cheveux clairs qui avait l'air de s'ennuyer ferme, chacune étant d'une couleur, d'une forme, et d'une taille différente. Arthémis ne put s'empêcher d'éprouver une pointe de jalousie face aux capacités innées de sa camarade de classe.
Mélanie, qui elle aussi faisait face à un rat inchangé depuis le début de l'heure, se retourna vers l'enseignante, un air contrarié sur le visage. Visiblement, elle venait d'essuyer un échec de plus et cela l'agaçait.
-Franchement madame sauf votre respect, lâcha-t-elle dans un excès de colère que seule l'intimité des cours de rattrapage lui permettait, je ne comprends pas l'intérêt d'apprendre à transformer des tasses en souris et inversement ! Ce n'est pas avec ça qu'on va faire notre vie plus tard, ça n'a pas vraiment d'utilité je veux dire…
- Pas d'utilité ?
D'un bond si rapide qu'on eut cru qu'elle s'était téléportée, le professeur Laglier se retrouva à quelques centimètres à peine de la jeune Poufsouffle, louchant sur son long nez fin, les yeux exorbités en une expression consternée. Mélanie amorça un léger mouvement de recul sur sa chaise : la sorcière avait vraiment l'art de mettre ses élèves mal à l'aise avec ses étranges manies !
- Mais jeune fille, s'exclama-t-elle, manquant de lui postillonner au visage, si tout ce que vous faisiez depuis votre naissance était utile cela se saurait ! Croyez-vous qu'il soit utile de manger un délicieux gâteau au chocolat, de se prélasser au soleil ou de se balader au bord d'un lac en tenant la main de son amoureux ? Non ! Et pourtant cela reste fondamental dans une vie ! Et pourquoi cela ?
Arthémis entrouvrit les lèvres afin de répliquer mais la professeure ne lui en laissa pas l'occasion, poursuivant sur son discours :
- Mais parce que sinon on s'ennuie mademoiselle Lagrange, eh oui ! affirma-t-elle avec fierté en toisant la salle du regard, comme pour défier ses cinq élèves de la contredire, et n'y a-t-il rien de plus triste qu'une vie sans divertissement ? Voilà pourquoi transformer une souris en tasse peut certes vous paraitre dérisoire mais reste incontournable : parce que c'est fun !
Elle lâcha le dernier mot sur une note étrangement aiguë, surjouée. Celui-ci raisonna étrangement dans la bouche de la vieille femme, de façon presque déplacée.
- Enfin, rectifia brusquement l'enseignante en laissant ses lunettes glisser le long de son nez, parce que c'est divertissant et aussi parce que c'est par le biais de ce genre d'exercices minimes que l'on parvient à maîtriser toutes les nuances subtiles de la Métamorphose, et à contrôler ses pouvoirs, accessoirement. Mais le côté amusant prédomine malgré tout, nous sommes d'accord ?
Désarçonnée face au monologue de la professeure, Mélanie ne put qu'acquiescer bêtement, inclinant légèrement la tête en signe d'assentiment bien que son regard semblait indiquer tout le contraire. Cela sembla cependant suffire à Madame Laglier qui se fendit aussitôt d'un de ses fameux sourires en cul de poule à donner des frissons dans le dos avant de se redresser brusquement, revenant vers Arthémis comme s'il n'y avait pas eu la moindre interruption.
- Allez mademoiselle Grildal, insista-t-elle dernière fois, tirant la jeune fille de son ébahissement, un dernier essaie sérieux et je vous libère ! Ce n'est pas pour vous embêter, je tiens juste à vous prouver que vous pouvez le faire !
La jeune fille retint un soupir, résigné. Le moment n'était pas venu de lancer une dispute avec sa professeure de Métamophose ! Tout ce qu'elle avait à faire, c'était tenter le sortilège une dernière fois et après elle et ses amis seraient enfin libérés pour le reste du Week-end ! Autant s'en débarrasser rapidement.
Déterminée, Arthémis leva de nouveau sa baguette en bois de roncier en direction de la souris, qui ne prit même pas la peine de s'écarter, visiblement des plus intéressée par la suite des événements.
Sans perdre de temps, la jeune fille se concentra, suivant les conseils de l'enseignante à regret. Visualiser chaque étape de la transformation, puis lancer le sort… Ça ne devait pas être si difficile avec un peu de concentration, puisque Lucile s'en sortait très bien !
- Mus Calicem, prononça-t-elle distinctement pour la énième fois en décrivant un arc de cercle parfait avec sa baguette.
Cette fois-ci elle sut aussitôt qu'il y avait quelque chose de différent. Une sorte d'énergie sourde fit vibrer le bois entre ses doigts pendant une fraction de seconde et elle eut soudain l'impression que la paume de sa main était chargée d'électricité.
Il y eut un couinement surpris et, l'instant d'après, une superbe tasse en porcelaine d'un gris prononcé roulait à l'intérieur de la cage, sous le regard ahurie d'Arthémis. Elle avait réussi !
- Vous voyiez quand vous voulez, approuva le professeure Laglier en s'écartant, visiblement aussi satisfaite que son élève, la couleur laisse encore un peu à désirer mais ça suffira pour aujourd'hui. Vous pouvez y aller, bon week-end à tous les cinq !
Les remerciements et autres « vous de même » se perdirent dans les airs et, l'instant d'après, Noah, Arthémis, Sylvia, Mélanie et Lucile quittaient la salle de classe en trombe, manquant de renverser un groupe de première année qui passaient justement dans le couloir à ce moment.
Enfin libres ! Le fait d'avoir leur week-end si tard par rapport à leurs camarades était un véritable supplice et en avoir enfin fini avec les cours de rattrapage de la semaine constituait pour eux une véritable libération.
Les cinq adolescents n'eurent pas besoin de se concerter pour porter naturellement leur pas vers la Salle des Trophées, à quelques couloirs de là. Piégés comme ils l'étaient par les cours et leurs fréquentations respectives, ils n'avaient plus eu l'occasion de s'y rendre depuis le jeudi soir dernier et tous ne rêvaient que d'une chose depuis ce jour : trouver enfin un moment libre dans leur agenda pour renouveler l'expérience insolite qui avait eu lieu cette fameuse nuit.
- J'espère qu'il n'y aura personne à cette heure, pria Sylvia en hâtant le pas au côté de ses amis.
Par chance, son vœu fut exaucé et, lorsqu'Arthémis la première fit pivoter la porte de la Salle des Trophées, ce fut pour déboucher sur une pièce entièrement vide d'élèves. Par chance, ceux-ci n'avait guère l'habitude de fréquenter ce véritable musée de prix et récompenses diverses, trop pris par les cours ou par les rares divertissements que Poudlard leur proposait.
- Vous croyez que ça va marcher cette fois aussi ? douta Noah en chuchotant malgré lui, de peur que quelqu'un les surprenne.
- On va bien voir…
Le cœur battant la chamade, Arthémis s'avança jusqu'aux deux armoires pleines d'insignes de préfets qui faisaient face au portrait de sa mère. Une fois à sa hauteur, elle s'accroupit au niveau de la fente séparant les deux meubles de bois et ne put retenir un sourire triomphant. La minuscule marque de pierre était toujours là, à peine visible dans l'ombre du mur.
Sylvia et Lucile s'assurèrent une dernière fois que la pièce était vide puis, après une profond inspiration, Arthémis fit glisser ses doigts dans l'interstice, avant d'effleurer le symbole.
Aussitôt, le grondement guttural s'éleva pour la seconde fois, arrachant un cri de triomphes aux cinq amis. La jeune fille aux cheveux bouclés se recula de quelques pas et, l'instant d'après, les deux armoires à trophées se compressaient d'un coup sous l'action des mystérieuses étincelles magique, libérant le passage à la marque qui reprit brusquement sa forme de porte titanesque, surplombant les adolescents de toute sa hauteur.
Noah poussa un soupir impressionné. L'apparition du passage était encore plus impressionnante de jour que de nuit !
Après un rapide regard en direction de ses complices, Mélanie s'avança et tira sur les poignées nouvellement apparue du gigantesque blason de Poudlard, faisant coulisser la double-porte dans un grincement rouillé sinistre.
- Pressons, intima Lucile qui ne pouvait s'empêcher de scruter l'entrée de la Salle des Trophées toutes les dix secondes, avant que quelqu'un n'arrive !
Les cinq jeunes gens s'exécutèrent, s'engouffrant dans le tunnel obscur les uns après les autres, Noah fermant la marche, comme la dernière fois. La porte se referma sur eux dés qu'il eut posé le pied à l'intérieur, les dissimulant à la présence d'éventuels curieux définitivement.
Cette fois-ci, ils n'eurent pas besoin d'allumer leurs baguettes. En effet, des lampes torches qu'ils n'avaient pas aperçu lors de leur premier passage flambaient désormais sur les parois d'un joyeux brasier magique d'un blanc incandescent, leur montrant le chemin.
Lucile prit le devant du groupe et, quelques secondes de marche plus tard, les cinq apprentis sorciers débouchèrent dans la gigantesque et mystérieuse pièce de leurs songes.
Cette fois-ci, le lustre pendant au dessus de leur tête était également allumé, les nimbant d'une douce lueur ocre des plus chaleureuses. Maintenant qu'ils y venaient en plein jour, la salle leur paraissait subitement presque accueillante. Arthémis ne put s'empêcher de se dire qu'aussi terrifiante cette pièce avait pu lui paraitre dans ses rêves, il était agréable d'avoir un endroit rien qu'à eux dans lequel se réfugier…
Pendant un instant, ne régna que le silence émerveillé des cinq adolescents, contemplant de façon presque religieuse leur secret.
- Bon, par quoi on commence ? finit par lancer Mélanie, rompant la quiétude ambiante, on a à peine eu le temps de jeter un œil la dernière fois !
C'était vrai. A peine avaient-ils pénétrés dans cette salle cette fameuse nuit qu'une irrépressible envie de fuir s'était emparé des cinq amis. Le choc de voir ainsi en chair et en os cette pièce dont ils avaient si souvent rêvé pendant des mois associé à l'heure tardive avait fini par avoir raison de leurs nerfs et ils avaient vite rebroussés chemin, dans un mélange confus d'égarement et de crainte muette. A peine avaient-ils regagnés, sans encombre, la Salle des Trophées que les armoires avaient aussitôt repris leur forme initiale, dissimulant la porte gigantesque de nouveau, comme si rien de tout cela n'avait été plus qu'un autre de leur rêve partagé.
Arthémis frissonna rien qu'à la pensée de la sensation oppressante qu'elle avait éprouvé en pénétrant dans cette salle la première fois, avant de secouer la tête, se reprenant. Il n'était plus temps d'avoir peur désormais : il fallait trouver des réponses à leurs questions !
- Inspectons la pièce, suggéra-t-elle d'un ton déterminée, si on en rêve depuis des mois ce n'est pas pour rien ! Il doit forcément y avoir quelque chose de spécial ici, quelque chose qui nous aurait échappé… Le tout est de le trouver maintenant !
Ses quatre amis approuvèrent d'un signe de tête, remontés à bloc. Toute l'appréhension qu'ils avaient pu éprouver auparavant s'était désormais muée en un puissant sentiment de volonté : celle de comprendre quel était ce lien mystérieux qui les liait et quelle rapport il existait entre leurs pouvoirs nouvellement acquis et cette pièce cachée mystérieuse !
Sans plus attendre, ils se mirent à l'ouvrage, scrutant chaque recoin de la salle à la recherche d'un indice, un mot, un symbole… Quoi que ce fût qui puisse leur donner un semblant de piste à suivre !
Tandis que Mélanie écartaient fébrilement les riches draperies aux couleurs des quatre Maisons de Poudlard, Noah s'attelait à scruter chaque dalle, chaque pierre constituant la pièce. Sylvia, quant à elle, retournait dans le couloir pour jeter un regard plus attentif aux torches, se penchant notamment sur l'étrange feu magique brûlant en leur sein. Arthémis, de son côté, s'intéressait à l'architecture de la salle, s'attardant sur les voutes complexes et les piliers bruts, passant sa main à la surface des murs, à la recherche de la moindre aspérité, la moindre imperfection. Lucile, elle, s'était assise dans un coin, son exemplaire du Livre des Sorts et Enchantement de niveau 5 sortit de son sac et ouvert sur ses genoux repliés, le feuilletant à toute allure à la recherche d'un quelconque maléfice de débusquement ou de révélation qui aurait pu les avancer.
Finalement au bout de nombreuses minutes de recherches infructueuses, alors qu'Arthémis s'apprêtait à baisser les bras et que Noah s'étaient écroulé d'épuisement devant la draperie aux couleurs de Gryffondor, un cri de triomphe de Mélanie vint leur redonner espoir, les faisant aussitôt bondir sur leurs pieds.
- Là ! s'écria-t-elle, en pointant d'un doigt surexcité la bordure du plafond juste au dessus de l'étendard de Serdaigle, et ici aussi !
Arthémis suivit la direction indiquée, plissant des yeux afin de percer la semi-obscurité produite par le lustre, bien vite suivie par Lucile, Noah et Sylvia, tous se massant autours de la jeune Poufsouffle. Mélanie avait raison, il y avait bien quelque chose ! A première vue, il semblait s'agir d'un assemblage complexe d'étranges symboles incompréhensibles, s'alignant avec application sur tout le pourtour du plafond, longeant les murs.
- Il y en a aussi au dessus de l'entrée ! fit remarquer Lucile au bout d'un moment en désignant l'arc de pierre surplombant le passage, lui aussi gravé des mêmes sigles mystérieux.
- Et là aussi ! compléta Noah, le sourire aux lèvres, le doigt pointé en direction d'une grosse dalle hexagonale au centre de la pièce.
- Qu'est-ce que c'est que ces signes ? questionna Arthémis dans un souffle en s'accroupissant au sol afin de mieux les distinguer, les effleurant du bout du doigt.
- On dirait des Runes… lâcha Mélanie en se penchant par-dessus son épaule, concentrée, je reconnais ce symbole ici, on l'a vu en cours. Par contre les autres ne me disent pas grand-chose ! Je crois qu'il s'agit d'une très, très ancienne écriture, il faudrait que je vérifie sur mes manuels…
Sans plus attendre, la jeune fille s'accroupie devant la dalle centrale, extrayant avec difficulté son Syllabaire Lunerousse de son sac avant de le feuilleter distraitement, s'attardant à peine sur les différents chapitres.
- Trouvé ! s'exclama-t-elle subitement en arrivant sur les derniers pages, l'index pointé sur un dessin identique à l'un des symboles gravé au sol, je me disais bien qu'on avait entrevu ça en cours la dernière fois… Il s'agit d'une forme de Rune Astrale datée d'il y a plus de mille ans ! Il est extrêmement difficile d'obtenir un dictionnaire complet de ce genre d'ancien langage !
- Tu penses pouvoir le traduire ? questionna Arthémis, le regard plein d'espoir.
Pour toute réponse, Mélanie se contenta de clore l'épais volume, la mine sombre.
- J'ai bien peur que ça dépasse de loin mon domaine de compétence, s'excusa-t-elle d'un air dépité en se relevant, époussetant sa robe de sorcière au passage, j'ai à peine commencé à étudier les Runes classiques il y a deux mois ! Traduire un langage pareil c'est mission impossible pour moi pour le moment ! Même mon Syllabaire n'offre pas de liste complète de ces Runes, il en est seulement fait mention.
Arthémis ne put retenir un juron. Une fois de plus, la vérité lui échappait de peu… Quand les choses seraient-elles enfin un peu plus simples ?
- Et en empruntant un dictionnaire ancien à la Bibliothèque ? suggéra Sylvia, loin de se laisser abattre, il doit bien y en avoir dans la Réserve !
Lucile balaya la proposition d'un geste, un air songeur sur le visage.
- On aurait besoin d'un mot d'un professeur pour y accéder et, après notre évanouissement collectif de la dernière fois, ça ne servirait qu'à attiser les soupçons, fit-elle, à mon avis c'est trop risqué. Peut-être dans les livres personnels de notre Salle Commune… ?
- Non, l'interrompit Noah d'un ton désespéré, j'en ai déjà lu quelques uns et ce sont surtout des livres destinés au divertissement du genre romans ou BD. Je ne pense pas qu'un dictionnaire de Runes de plus de mille ans s'y trouve !
- En tout cas une chose est sûre, reprit Mélanie en étudiant les symboles mystiques de plus près, si j'en crois ce que le professeur Selizergua nous a appris, ce genre de langage extrêmement ancien est généralement utilisé pour sceller de très puissants enchantements. Il y a dans cette pièce peut-être plus de magie que si on réunissait tous les élèves de Poudlard au même endroit !
Les cinq jeunes gens ne purent retenir un frisson à cette pensée. Maintenant que Mélanie le soulignait, il était vrai qu'il régnait sur la salle une étrange atmosphère, comme si l'air tout entier s'était mis à vibrer sous l'effet d'un diapason gigantesque. Cette sensation était à la fois oppressante et curieusement rassurante, comme s'ils s'étaient trouvés à l'intérieur d'un gigantesque cocon protecteur de magie brute.
- Qu'est-ce qu'on fait alors ? insista Sylvia en resserrant les pans de sa robe, frissonnante, ce serait trop bête de passer à côté de quelque chose de pareil !
Seul le silence lui répondit. Les cinq adolescents avaient beau se creuser la cervelle, l'énigme que constituaient ces Runes leur paraissait pour le moment insurmontable ! Il y avait là de quoi enrager. L'idée d'être si prêt d'un indice colossale et de ne pas pouvoir y accéder les faisaient tous bouillir intérieurement, Arthémis la première.
Seule Lucile semblait curieusement calme, un air soucieux venant froisser son beau visage. Quelque chose la taraudait sans qu'elle ose en parler à ses amis.
- Je me disais, lâcha-t-elle finalement, ne pouvant retenir ce qu'elle avait sur la conscience plus longtemps, vous croyez vraiment que c'est une bonne idée de garder un truc pareil pour nous ?
Quatre paires de regards consternés lui répondirent, ahuris. Etait-elle sérieuse ?
- Où est-ce que tu veux en venir ? demanda Arthémis la première, plus éperdue que véritablement en colère.
Lucile se dandina sur ses pieds avant de répondre, visiblement gênée de faire face à ses complices de la sorte, et de jouer l'avocat du diable.
- Je veux dire par là qu'on a très certainement mis la main sur quelque chose d'énorme ! Poudlard existe depuis plus de mille ans et nous sommes apparemment les premiers à découvrir cette salle, dont il n'est fait mention nulle part ! Je le sais pour avoir compulsé tous les ouvrages sur le sujet pendant les heures de trou de vendredi… Sans compter qu'il y a, d'après Mélanie, une très puissante incantation renfermée dans ses murs ! Pour moi on a clairement mis le doigt sur quelque chose qui nous dépasse… On entre à peine dans le monde de la magie après toute, peut-être vaudrait-il mieux faire appel à quelqu'un de plus concernés que nous avant de faire une bêtise ?
Un mutisme concentré lui répondit. Aussi excités qu'ils fussent par leur découverte, les quatre jeunes gens devaient bien reconnaitre que Lucile avait soulevé un point important. Et si en tentant de déchiffrer cette mystérieuse formule en Runes Antiques ils risquaient de libérer quelque chose de dangereux ou de se blesser eux-mêmes ? Quoi qu'il en soit, il était clair et net que la situation les dépassait. Aucun d'entre eux n'était capable de déterminer quel étrange phénomène les avait mené jusqu'à cette salle secrète après tout. Peut-être était-il plus sage dans ce cas d'écouter le conseil de la jeune Serdaigle et d'aller parler au directeur de leur découverte, ou au professeur Londubat tout du moins, en qui ils avaient le plus confiance.
- Tu oublies quelque chose, finit par lâcher Sylvia à la surprise générale, alors qu'Arthémis s'apprêtait à baisser les bras à contrecœur, si on parle de tout ça on va devoir en subir les conséquences. Garde à l'esprit que notre cas est unique dans le monde de la magie ! Le Ministère n'attend plus qu'un prétexte pour pouvoir nous étudier tout à loisir ! Si on parle de cette salle et de nos rêves tu peux dire adieu à notre tranquille petite vie d'étudiants. Je ne sais pas si ça en vaut la peine ?
Lucile entrouvrit la bouche, confuse, mais ne trouva rien à répliquer. Il était vrai qu'elle avait oublié ce point essentiel dans son équation : l'impact que toute cette affaire pouvait avoir sur leur vie. Sylvia, née dans une famille de Cracmoles, était sans doute la mieux placée pour répondre à cette question…
La jeune Serpentard soutint le regard des autres, sérieuse. Elle seule savait ce qu'ils encouraient véritablement. C'était déjà un miracle que le Ministère les ait laissés en paix tout ce temps, mieux valait éviter de jeter de l'huile sur le feu.
Noah ne put s'empêcher de déglutir face à l'ambiance pesante de la pièce. Pour la première fois depuis le début de leurs cachotteries, les cinq jeunes gens réalisaient la portée qui pouvaient avoir leurs actes, autant sur eux que sur les autres.
- Ne disons rien pour le moment, proposa Arthémis, histoire de s'arrêter sur un choix, mais si les choses commencent vraiment à dégénérer alors on ira trouver le professeur Londubat0 lui saura quoi faire. Ça vous va ?
Les quatre autres opinèrent discrètement, peu convaincus. Ils n'avaient guère le choix de toute manière.
Mélanie, qui s'était rassise pendant toute la durée de l'échange et n'avait pas quitté les glyphes gravés au sol depuis émit soudain un toussotement discret, afin d'attirer l'attention. Ses amis tournèrent la tête vers elle, surpris.
- Concernant les runes… commença-t-elle d'une voix incertaine, hésitant visiblement à faire part de sa pensée à ses amis, j'ai peut-être une solution pour les traduire… Mais elle risque de ne pas vous plaire !
- Dis toujours… ? l'encouragea Arthémis, bien que soupçonneuse.
Le ton de sa voix sembla apeurer encore plus la jeune fille mais celle-ci fit malgré tout l'effort d'aller au bout de sa pensée, se redressant afin de se donner du courage.
- Voilà, fit-elle, je pensais qu'on pourrait faire appel à quelqu'un d'extérieur pour nous aider à les traduire. Un autre élève de l'école quoi ! Quelqu'un qui s'y connaitrait mieux que moi et en qui on pourrait avoir confiance. Qu'est-ce que vous en dites ?
Quatre paires d'yeux consternés lui répondirent, sous le choc. Etait-elle réellement en train de leur proposer de confier leur secret à quelqu'un d'autre après leur discussion ? N'avait-elle pas compris les enjeux encourus ? C'était bien trop risqué !
- Tu penses à quelqu'un en particulier ? questionna néanmoins Arthémis, désireuse d'éviter toute nouvelle dispute. Sans compter qu'au stade où ils en étaient, la proposition de Mélanie restait encore la plus envisageable.
- Joshuan Cast, répondit la jeune Poufsouffle en rosissant légérement, s'attirant un haussement de sourcil intrigué de la part de son amie.
- Josh-…Quoi ? C'est qui ce type ? questionna-t-elle, surprise.
Sylvia ne put s'empêcher de se fendre d'un sourire légèrement taquin avant de répondre, sous le regard embarrassée de son amie de Poufsouffle.
- Un garçon de sa classe, lâcha-t-elle avec malice, plutôt mignon à ce que j'ai pu voir d'ailleurs ! J'ai cru comprendre qu'il te plaisait bien, non ?
- Ça n'a rien à voir ! s'empressa de protester Mélanie, rouge comme une pivoine, alors que quatre visages amusés se tournaient vers elle, c'est surtout le meilleur élève de toute la Classe d'Étude de Runes ! Il est vraiment doué ! Sans compter qu'il sait garder un secret si besoin est…
- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Arthémis, surprise.
- Il était là jeudi dernier lorsque j'ai perdu connaissance, expliqua Mélanie d'un ton désolé, je lui ais demandé de n'en parler à personne alors qu'il avait l'air de soupçonner quelque chose et il l'a fait ! Si cela n'avait pas été le cas, Swan et Zita m'aurait bassiné à ce sujet depuis longtemps déjà ! Je pense sincèrement qu'on peut lui faire confiance.
L'adolescente aux longues boucles brunes consulta ses camarades du regard. Tous semblaient hésitants : il y avait beaucoup à perdre après tout, et le regain de motivation de Mélanie face à leur rêve partagé suite à la découverte de la salle mystérieuse était trop récent pour qu'ils lui accordent à nouveau leur pleine confiance. Devait-ils se fier à son jugement malgré cela ?
Finalement, le désir d'éviter une nouvelle dispute l'emporta et Arthémis lâcha un soupir résigné face au regard déterminé de son amie.
- Très bien, va chercher ce Joshuan, on lui montrera la salle et les runes ce soir, une fois tout le monde couché, histoire d'éviter d'attirer l'attention. Ca vaudra toujours mieux que de faire appel à quelqu'un qu'on ne connait pas du tout de toute manière !
Mélanie approuva, un large sourire aux lèvres, sous le regard amusé de Sylvia.
- Entendu ! rayonna la Poufsouffle, bon ben sur ce je rejoins mon dortoir, on a pas mal de boulot pour la semaine prochaine… A ce soir vers minuit, ça vous va ?
Après confirmation de l'horaire et un ultime salut, la jeune fille s'éclipsa à travers l'ouverture, laissant seuls les quatre autres adolescents au sein de la pièce mystérieuse. Ils restèrent sur place un petit moment supplémentaires, contemplant les gravures et les runes mystérieuses dans un silence contemplatif, s'imprégnant de l'atmosphère si mystérieuse s'en dégageant. Avec un peu de chance, leur secret serait percé d'ici quelques heures…
- On devrait y aller aussi, finit par signaler Lucile en se retournant vers ses amis de Serdaigle, Célia et les autres vont finir par se demander où on est passés !
Arthémis acquiesça, sans mot dire. Elle ne savait pas si faire confiance au jugement de Mélanie après ses derniers agissements envers le groupe était une bonne idée mais, au point où ils en étaient, elle avait le sentiment qu'il s'agissait là de la seule manière d'y voir plus clair dans l'obscur mystère au sein duquel ils venaient de pénétrer.
Emboitant le pas de ses amis, elle jeta un dernier regard aux runes de la gigantesque pièce avant de s'enfoncer dans les ténèbres du couloir menant à la sortie, le cœur palpitant d'excitation à l'idée de ce qu'ils allaient peut-être découvrir à la nuit tombée.
Mélanie descendit quatre à quatre les marches des escaliers menant aux cachots de Poudlard, pressant son sac contre sa poitrine dans une attitude surexcitée. La découverte de ces runes mystérieuses dans la salle secrète de ses rêves était inespérée ! Grâce à elle, elle obtenait enfin une nouvelle opportunité d'aborder le séduisant Joshuan. Il y avait du vrai dans ce qu'avait soupçonné Sylvia : le fait de mettre le jeune Poufsouffle dans le secret représentait, pour elle, une formidable occasion de se rapprocher de lui et, qui sait, peut-être aller plus loin avec lui… ?
L'image de son envoutant sourire flottant devant ses yeux, Mélanie manqua de rentrer dans un groupe d'élèves de sa Maison remontant le couloir au moment de bifurquer, tournant le dos aux salles de Potion pour se diriger vers sa Salle Commune.
S'excusant platement, elle s'empressa de reprendre ses esprits et de s'éloigner, adoptant un rythme de marche moins soutenu, rougissante sous les regards courroucés de ses camarades. Agir sur une impulsion dictée par ses sentiments était-il réellement la meilleure chose à faire en cet instant précis ? Elle n'avait pas oublié l'air meurtrier que lui avait lancé Joshuan lorsqu'elle s'était intéressée à sa cicatrice avant de perdre connaissance, un air terrorisant qui continuait à la hanter régulièrement et emplissait son cœur de doute.
Ses pas résonnèrent sur les carreaux de pierre alors qu'elle croisait un grand tableau représentant une corbeille de fruits grossière sans la voir.
Et si, derrière sa gentillesse et son apparente douceur, le Poufsouffle qui hantait ses pensées dissimulait un être plus dangereux qu'elle ne le soupçonnait ? Ne valait-il pas mieux dans ce cas lui taire leur secret et se tourner vers quelqu'un d'autre ? Elle ne savait pas trop…
Perdue dans ses pensées tumultueuses, elle ne releva la tête qu'en arrivant face à une quinzaine de tonneaux ronds empilés face au mur du fond, l'entrée plus que discrète de sa Salle Commune, inviolée depuis des millénaires selon les dires de Zita.
Une jeune fille était déjà accroupie devant, lui tournant le dos, les pans de sa robe rapiécée frottant contre le sol.
S'approchant, Mélanie reconnut Chloé Lutharia, la Septième Année à qui Sylvia été venue en aide quelques jours plus tôt et qu'elle était venue voir jouer au Quidditch sous les recommandations de cette dernière. Celle-ci, l'air appliqué, s'affairait à tambouriner de toutes ses forces contre le couvercle d'un des tonneaux qui se mit brusquement à trembler.
Sentant le danger, Mélanie eut tout juste le temps de faire un pas sur le côté avant qu'un jet de vinaigre surpuissant ne jaillisse brusquement de l'ouverture, envoyant valser Chloé à l'autre bout du couloir dans un glapissement de surprise.
- Ça va ? s'enquit la Poufsouffle de 5ème année en se précipitant à la rescousse de son ainée, trempée jusqu'au cou, crachotant avec dégoût.
- Beuuuurk, répondit-elle en s'ébrouant comme un petit chien, éclaboussant les environs de gouttelettes de vinaigre amer, quelle idiote ! 'Faut croire que même après sept ans dans ce collège je ne suis toujours pas capable de retenir le code d'entrée de la Salle Commune !
- Ce n'est pas si compliqué pourtant, sourit Mélanie en l'aidant à se relever avant de réciter la combinaison que Zita et Swan l'avait forcée à apprendre par cœur en début d'année, « quatre coups au rythme du nom Helga Poufsouffle sur le deuxième tonneau en partant du bas » !
- Je me disais bien…ronchonna Chloé en essorant ses longues couettes.
Malgré son ton plaintif, un sourire rayonnant éclairait son visage, à tel point que Mélanie commençait à se demander si elle n'avait pas fait exprès de se tromper par pure esprit comique.
Esquissant un sourire, elle rejoignit la pile entassée dans son alcôve sombre et frappa le bon nombre de coups cette fois-ci, débloquant l'accès.
Le couvercle du tonneau ainsi molesté pivota presque aussitôt, dévoilant un passage étroit de terre battue en pente douce, à l'extrémité duquel brillait une lumière chaleureuse visible.
- Après toi ! sourit-elle en cédant le passage à son ainée qui pouffa avant de s'engager avec difficulté dans l'ouverture circulaire.
Elles n'eurent pas à marcher longtemps avant d'atteindre la Salle Commune, baignée de soleil à cette heure de la journée. Mélanie laissa Chloé s'éloigner, inspirant profondément, s'imprégnant comme à chaque fois qu'elle pénétrait dans la vaste pièce des effluves de fleurs fantasques et de plantes en tout genre flottant dans l'air. Selon Swan, c'était le professeur Londubat qui veillait à en apporter de nouvelles régulièrement afin de décorer les lieux, en souvenir de son ancienne professeur de Botanique du temps où il était encore étudiant, tout en apportant par moment sa touche personnelle. La présence d'un Mimbulus Mimbletonnia, sorte de pousse boursoufflée de pustules étranges, en haut d'une étagère de bois poli en témoignait.
Adressant un petit salut au portrait d'Helga Poufsouffle, fondatrice de la Maison, accroché au dessus de la gigantesque cheminée de pierre de la salle, Mélanie se décida finalement à bouger et à se diriger vers un gros fauteuil rembourré couleur miel, où s'entassait l'habituel groupe d'amis que fréquentait par moment Joshuan. Elle avait pris sa décision : même si le jeune homme avait ses secrets, elle restait persuadée qu'elle pouvait lui faire confiance et jamais son instinct ne l'avait trahi à ce niveau !
Hadrien Rebbelieux tourna la tête vers elle à son arrivée, les fibres de son habituelle robe de sorcier aux couleurs bigarrées scintillant à la lueur du soleil se reflétant sur les pots de cuivre pendus au plafond. Mélanie prit une profonde inspiration, embarrassée par la clarté de ses yeux perçants.
- Salut ! fit-elle, en prenant son courage à deux mains, tu n'aurais pas vu Joshuan par hasard ? Je le cherche !
Un sourire lourd de sous-entendus étira les lèvres du jeune homme qui se contenta néanmoins d'indiquer la porte du dortoir des garçons, en forme de couvercle de baril géant enfoncé dans le mur d'en face.
- Si ! Il est dans notre chambre, il était un peu fatigué après les cours du matin je crois mais il ne verra pas d'inconvénient à te parler je pense !
- Merci beaucoup ! fit Mélanie en ignorant le ton lubrique de l'adolescent.
- Bonne chance, insista ce dernier malgré tout avec un clin d'œil, la faisant rougir sur le coup.
Embarrassée, elle s'empressa de s'éclipser derrière la porte indiquée en bredouillant de vaines protestations. Aux prises avec sa gêne, elle ne remarqua pas le regard d'une jeune fille aux longs cheveux noués en couettes au fond de la salle, attablé à une table de bois rond polie.
Chloé la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle ne disparaisse dans le tunnel menant aux dortoirs des garçons, une moue dubitative sur le visage. Sentant son trouble, l'adolescent aux longs cheveux clairs dépassant d'un grand chapeau de sorcière prit la peine de lever ses yeux masqués par des lunettes de l'épais parchemin sur lequel elle était penchée depuis un moment.
- Un souci ? questionna Amélie, interrogeant son amie du regard.
Celle-ci garda les sourcils froncés, une intense réflexion lisible sur son visage enfantin.
- Cette fille, lâcha-t-elle, curieuse, c'est la nouvelle, non ? Celle qui est arrivée en court de cursus avec la Serpentard qui m'a aidée la dernière fois !
- Il me semble oui, répondit l'adolescente en dévisageant la jeune fille en question qui venait de disparaitre derrière le battant de la porte, on l'a vue lors de ta sélection de Quidditch ! Pourquoi ?
- Sait pas ! Elle a un air bizarre… Le genre de Lyn quand elle veut nous cacher quelque chose, tu vois ce que je veux dire ? Ça dure depuis jeudi dernier et ça m'intrigue !
-En parlant de Lyn, elle m'a dit qu'apparemment les quatre autres nouveaux ont tous perdus connaissance jeudi justement en fin de journée, et sans explications ! Selon elle, il n'y a pas de raison que ce soit différent pour cette Mélanie. C'est peut-être lié… ? Tu penses qu'il leur est arrivé quelque chose de particulier ?
Chloé secoua la tête, ses longues couettes ondulant dans les airs, indécise.
- Ce qui est sûr, fit-elle, c'est qu'ils sont suspects ! Lyn a l'air de s'intéresser à leur cas et connaissant son flair habituel pour ce qui est louche, ça ne m'étonnerait pas qu'ils aient quelque chose à cacher ! Elle n'est pas devenue préfète pour rien ! Qu'est-ce que tu en penses ?
- J'en pense que tu es trop curieuse, répondit simplement Amélie en se replongeant dans la lecture de ses notes, s'ils ont des secrets grand bien leur fasse ! On en a tous ici après tout !
Esquissant une moue boudeuse face au manque de conviction de son amie, Chloé hésita quelques secondes avant de porter deux doigts à sa bouche, émettant un sifflement strident qui eut le mérite de faire sursauter quelques premières années non loin d'elles.
Aussitôt, un gros Syphlorin d'un rose prononcé s'envola d'un des pots au plafond pour venir la rejoindre dans un battement d'ailes colorées. Sans gène, la jeune fille le saisis au vol entre son poing, lui arrachant un pépiement de protestation, avant de déchirer de sa main libre un bout de parchemin vierge du cours d'Amélie.
Agacée, celle-ci laissa malgré tout son amie lui dérober également sa plume et son encre pour griffonner de sa petite écriture ronde un mot à sa surface, se tachant les doigts dans sa précipitation.
- Qu'est-ce que tu fais ? s'enquit-elle, haussa un sourcil curieux.
- J'envoie un message à Lyn ! répondit-elle simplement en portant un point final à sa missive avec satisfaction, pour lui faire part de mes soupçons ! Elle enquêtera peut-être comme ça ! Tu sais quoi faire, Spirus ?
D'un hochement de tête hautain, son Syphlorin se dégagea de ses doigts, s'emparant du petit mot à l'aide de son bec au passage avant de s'envoler presque aussitôt, disparaissant dans un vol de plume à l'intérieur du passage menant à la sortie de la Salle Commune. Amélie le suivit des yeux, mi-amusée, mi-désespérée.
- Tu es vraiment têtue comme fille, tu le sais ? confia-t-elle à Chloé, s'attirant un franc sourire comme seule son amie savait les faire.
- Mon instinct ne m'a jamais trompé ! protesta-t-elle, y a quelque chose de louche derrière tout ça et je veux savoir ce que c'est, un point c'est tout !
Sylvia avançait en trainant des pieds le long du froid couloir bordé de torches crépitant menant aux dortoirs de Serpentard. Elle avait pris son temps avant de prendre congé de ses amis de Serdaigle, peu désireuse de se retrouver à nouveau seule dans la lugubre Salle Commune de sa maison, dans l'attente fébrile de leur nouvelle le soir même.
Après quelques minutes de marche morose, la jeune fille aux longs cheveux noirs et raides se stoppa devant un épais mur de pierres brutes. L'humidité de l'air avait considérablement augmenté et la pénombre ambiante permettait à peine d'y voir à quelques mètres. Rien ne laissait supposer qu'une quelconque salle puisse être dissimulée dans un endroit pareil du château !
- « Solitudinem », énonça-t-elle, à l'image de ce fameux jour où elle était venue en aide à Chloé Lutharia dans ce même couloir.
Aussitôt, le mur de pierre s'effaça et Sylvia put rejoindre la pièce souterraine très haute de plafond lui servant de Salle Commune. La vision des reflets blafards des torches vertes à la surface des crânes décoratifs d'un noir laqué suffit à lui donner la nausée. Elle n'avait qu'une hâte : que minuit arrive pour qu'elle puisse quitter ce lieu qu'elle détestait !
A peine eut-elle le temps de descendre les quelques marches de marbre sombre menant au centre de la salle qu'une voix l'interpella derrière elle, la faisant sursauter.
Une jeune fille aux épais cheveux bruns ébouriffés et au visage carré lui faisait signe depuis un long canapé de cuir vert ouvragé. Sylvia reconnut presque aussitôt l'une de ses camarades de chambre : Tiphany Solange, l'une des rares élèves de Serpentard relativement sympathique lui adressant la parole, malgré ses grands airs par moment.
- Ah, Sylvia ! fit-elle en lui intimant d'approcher d'un geste de la main, je t'attendais justement ! La préfète veut te voir apparemment, elle m'a dit de te prévenir qu'elle t'attendait dans sa chambre.
- Lyn ? s'étonna Sylvia en faisant quelques pas vers l'adolescente, pourquoi ça ?
- Aucune idée, répondit la prénommée Tiphany en haussant les épaules, elle m'a juste demandé de te transmettre le message.
La jeune fille fronça les sourcils, surprise. Que pouvait bien lui vouloir la Septième Année ? S'agissait-il de son évanouissement intempestif de la dernière fois ? Lyn ne lui avait fait aucune histoire jusqu'à présent à ce sujet, avait-elle changé d'avis ?
Si c'était le cas, il valait peut-être mieux ignorer la demande et se terrer quelque part dans le château –à la bibliothèque par exemple. La jeune femme avait beau être avenante, elle n'en restait pas moins impressionnante d'autorité et Sylvia doutait de pouvoir lui dissimuler son secret concernant la mystérieuse pièce secrète de ses rêves bien longtemps si elle venait à lui faire subir un interrogatoire.
Très rapidement, la jeune fille se reprit cependant, se massant le front dans une attitude méditative. Si Lyn soupçonnait effectivement quelque chose, la fuir ne servirait qu'à amplifier ses doutes ! Mieux valait la confronter dans l'instant et régler le problème au plus vite ! Peut-être se faisait-elle simplement des idées après tout ?
- Merci, fit-elle à l'adresse de Tiphany, cédant finalement, tu peux m'indiquer la direction de son dortoir ?
- Le dernier au fond du couloir des filles, obtempéra la jeune fille avec un sourire, tu ne peux pas le rater ! Bon courage avec elle…
Sylvia la remercia avec un petit rire nerveux avant de s'éclipser, passant rapidement sous la haute arcade gothique menant aux dortoirs. D'autres torches vertes accrochées à des chaines pendaient du plafond, nimbant ses parois de lueurs maladives, ce qui ne l'aidait guère à combattre son appréhension.
Trainant des pieds, Sylvia laissa les portes de bois d'un noir laqué défiler autours d'elle, avançant avec angoisse jusqu'à la dernière, se profilant au loin dans la pénombre, son cœur battant fort au sein de sa poitrine, sa robe effleurant les dalles impeccables du sol dans un bruit feutré.
Lorsqu'elle ne fut plus qu'à quelques pas du dortoir de la préfète, l'adolescente n'eut d'autre choix que de s'arrêter, la respiration légèrement saccadée. Elle ne pouvait plus faire marche arrière à présent, il fallait foncer et tout risquer si Lyn venait à lui poser des questions concernant son évanouissement !
Inspirant un grand coup pour se donner du courage, elle leva deux doigts, prête à frapper. C'est alors qu'elle l'entendit. De l'autre côté de la porte, à peine audible, un feulement animal résonna brusquement, la faisant se figer sur place, l'échine glacée. Quelque chose n'était pas normale, elle le sentait au fond de son être. De de l'autre côté du battant, une présence autre que celle de Lyn lui parvenait. Une présence qui suffisait à lui faire dresser les cheveux sur la tête et lui intimait de toutes ses forces de prendre ses jambes à son coup.
Figé sur place, retenant sa respiration, elle écouta, à l'affut d'un autre bruit bestial susceptible de lui confirmer la présence d'une créature quelconque derrière la porte. Une perle de sueur froid coula de son front rien. Avait-elle rêvé ?
Prenant son courage à deux mains, elle se décida finalement à terminer son geste et frappa deux petits coups contre le battant, une boule de stress au fond de la gorge.
Seul le silence lui répondit, suivit brusquement d'une certaine forme d'agitation.
- Entrez ! fit brusquement la voix de Lyn de l'autre côté, arrachant un soupir de soulagement à Sylvia.
Hésitante, elle apposa sa main sur la poignée de fer ouvragé et la fit pivoter, pénétrant dans le dortoir de la préfète. Cette dernière l'attendait, assise sur son lit couvert de soie verte, les jambes croisées. Discrètement, Sylvia balaya la pièce du regard, à la recherche de la chose qu'elle avait cru entendre feuler de l'autre côté de la porte. En dehors des meubles et de la jeune fille, la chambre semblait vide. Seul un petit Syphlorin d'un rouge sépia pépiait en haut d'une des colonnes de lit, la dardant des deux billes d'un noir d'encre lui servant d'yeux.
- Ah, Sylvia, fit Lyn en se relevant, agissant avec un naturel déconcertant, je t'attendais plus tard ! Entre, entre, et ferme la porte je te pris.
Chassant de son esprit sa paranoïa, la jeune fille s'exécuta d'un geste raide, restant à bonne distance de la préfète. Cette dernière s'affairait désormais devant sa malle personnelle au pied de son lit, y rangeant soigneusement une pile de grimoire et de parchemin qu'elle semblait avoir étudié sur son lit jusqu'à présent. D'où elle se tenait, Sylvia crut reconnaitre un complexe traité de Métamorphose qu'elle avait entraperçu dans la Réserve de la Bibliothèque à ses heures perdues.
- Excuse-moi, fit Lyn une fois sa besogne terminée, refermant la valise d'un geste sec, je voulais te parler suite à ce qui s'est passé jeudi dernier mais je n'en ais pas trouvé le temps avant ce week-end, la Septième Année possède un programme de court plutôt chargé, crois-moi !
Sylvia émit un faible sourire afin de dissimuler son malaise. Comme elle s'y était attendue, la préfète soupçonnait bien quelque chose ! Qu'allait-elle donc pouvoir inventer pour se défendre ? Devait-elle mentir ?
Depuis son lit, Lyn semblait observer son désarroi, inébranlable. La jeune fille ne put retenir un rosissement embarrassé.
- Je vais être directe, repris la préfète, je sais que toi et tes amis dissimulez quelque chose depuis votre arrivée à Poudlard. Quelque chose qui vous concerne.
Sylvia ouvrit courageusement la bouche, prête à la contredire avec véhémence mais la Serpentard de 7ème année l'interrompit d'un geste du doigt, l'intimant au silence jusqu'à ce qu'elle ait terminé de parler.
- Je sais aussi que vous avez peur tous les cinq de ce que pourrait entrainer votre différence, surtout connaissant le Ministère. Je connais ce sentiment… Alors je voulais te faire savoir que quoi que vous dissimuliez je sais qu'une fille capable de se prendre un sort de plein fouet pour protéger une parfaite inconnue n'est pas quelqu'un de mauvais et, par conséquent, je ne vous poserez pas de problèmes avec vos secrets. Je te fais confiance sur ce point.
Sylvia ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux de surprise. Elle ne s'attendait pas à un tel discours ! Lyn était définitivement une jeune fille pleine de surprise…
- En revanche, poursuivit la préfète après une courte pause le temps de savourer la porter de ses paroles, si vous avez le moindre problème je veux que tu viennes me voir immédiatement et que tu m'en parles ! Vous n'êtes encore que des novices dans le monde de la magie et il peut s'avérer parfois bien plus dangereux que vous autres adolescents ne le supposez… Je n'aurais donc qu'une seule exigence : soyez prudents, quoi que vous trafiquiez. C'est clair ?
Toute envie de mentir anéantie, Sylvia ne put que se contenter de hocher la tête en signe d'approbation, estomaquée. Malgré ses recommandations surprenantes, Lyn lui apparaissait comme de plus en plus digne de confiance. Avoir une alliée à Serpentard la soulageait d'un poids inimaginable et elle était incapable de déterminer si elle devait exprimer sa reconnaissance envers la jeune fille ou au contraire faire preuve de prudence. Dans le doute, elle se contenta de prolonger son mutisme, se dandinant légèrement sur place sous l'effet du stress.
- C'est tout ce que j'avais à dire, affirma Lyn au bout d'un moment avec un sourire, tu peux y aller, merci de ton attention.
- M-Merci à toi, bredouilla Sylvia, pour tout ce que tu fais pour moi depuis mon arrivée dans cette Maison !
Lyn se contenta d'un bref signe de la main comme pour indiquer que son attitude était normale et l'adolescente s'empressa de tourner les talons d'un pas maladroit, pressée d'échapper à l'atmosphère oppressante de la salle.
- Oh, une dernière chose ! l'interrompit Lyn alors qu'elle posait déjà un pied dans le couloir des dortoirs, ne fait pas confiance à n'importe qui à Poudlard, à Serpentard comme ailleurs. Tout le monde ne garde pas les secrets aussi bien que moi.
Sylvia hocha la tête une seconde fois en signe d'assentiment avant de disparaitre prestement de l'autre côté de la porte, le cœur battant la chamade sous l'effet du stress. Qu'avait bien pu vouloir dire la préfète par cette ultime recommandation ? Se méfiait-elle de quelqu'un en particulier ?
La tête pleine d'interrogation, la jeune fille rejoignit la Salle Commune d'un pas vif, cherchant son Syphlorin des yeux. Quoi qu'il en soit, il allait falloir informer Arthémis et les autres de cette étrange entrevue au plus vite !
Mélanie grimpa à toute allure le tunnel menant aux dortoirs des garçons, dérapant à moitié sur la terre meuble le constituant. Elle savait, pour l'avoir espionné à ses heures perdues, que celui de Joshuan et d'Hadrien n'était pas très loin. Plus que quelques mètres à parcourir et elle toucherait au but…
Oubliant de frapper, elle se jeta littéralement contre la porte circulaire, la faisant rapidement pivoter. Une chance que les filles pouvaient déambuler dans les chambres des garçons sans rencontrer de problèmes ! Selon Zita, l'inverse était loin d'être vrai et le sort réservé aux jeunes hommes se rendant en douce chez la gente féminine était loin d'être enviable.
- Joshuan ? héla-t-elle, brûlant d'impatience en le cherchant des yeux sur les lits aux épaisses courtepointe en patchwork, tu es là ? Il faut que je te parle !
Une forme bougea sur le sommier le plus proche, la faisant légèrement tressauter. Mélanie se tourna presque aussitôt dans cette direction pour découvrir l'objet de tous ses désirs dans un bien piètre état. Ses traits étaient tirés et ses cernes plus soulignées que jamais, tant et si bien qu'elle mit quelques secondes avant de le reconnaitre. Il avait, de plus, quitté son uniforme scolaire, troquant sa robe de sorcier habituelle contre une chemise bleue à carrée à moitié dissimulée par un veston. Un collier constitué de trois arcs de cercles entremêlés pendait de son maigre cou et il avait l'air exténué.
- Mélanie ? s'étonna-t-il d'une voix fiévreuse, clignant des yeux, embués de sommeil, qu'est-ce que tu fais ici ?
La jeune fille réfréna aussitôt son impatience, confuse. Hadrien n'avait pas menti en affirmant que Joshuan se sentait mal : il avait vraiment l'air malade ! Peut-être était-il plus sage de remettre à plus tard sa demande d'aide ?
- Désolée, s'empressa-t-elle de s'excuser, je ne savais pas que tu étais si épuisé… Tu veux que je parte ?
- Maintenant que tu es là… ! protesta Joshuan en se forçant à se redresser, visiblement un peu faible, c'est rien, je manque juste de sommeil… Je fais pas mal d'insomnies en ce moment ! Qu'est-ce que tu veux ?
Mélanie eut un rire nerveux. La situation était nettement plus embarrassante que ce qu'elle avait imaginé de prime abord. Confier un secret aussi important à quelqu'un qu'elle fréquentait à peine comme Joshuan, même avec la bénédiction de ses amis, était une tache ardue. Elle réalisait subitement qu'elle n'avait absolument pas réfléchi à ce qu'elle allait lui dire précisément ni à quel point elle devait lui dévoiler la vérité.
- Voilà, avec des amies ont aurait besoin de ton aide ce soir vers minuit… Ça ne t'embêterait pas de m'accompagner ? se contenta-t-elle de demander, évasive.
Joshuan haussa les sourcils, interloqué.
- Euh, ça fait un peu tard et ce soir je ne sais pas si c'est une bonne idée vu mon état, protesta-t-il, peu convaincu, pourquoi est-ce que vous auriez besoin de moi de toute façon ?
Mélanie se mordit la lèvre, elle aurait du s'en douter : il n'allait pas la suivre bien gentiment sans poser de questions avec si peu de détails ! Il allait falloir aller plus loin…
Au fond d'elle, la jeune fille commençait à se sentir anxieuse. Qu'allait-il se passer si elle s'était trompée sur le compte de Johsuan et s'il décidait de parler de la salle secrète au directeur de l'école plutôt que de les aider dans le secret ? En agissant de la sorte elle risquait de faire basculer sa vie comme celle de ses amis de façon irréversible. Devait-elle réellement continuer jusqu'au bout ? Elle pouvait encore s'en tirer sans plus d'explication et s'éclipser !
- C'est important, insista-t-elle d'un ton suppliant, se forçant à poursuivre. Après toute l'assurance qu'elle avait montrée face à Arthémis, il fallait qu'elle fasse confiance à son jugement, s'il-te-plait…
- Non désolé, fit Joshuan en secouant la tête, d'un ton plus ferme, cette nuit ce n'est pas une bonne idée, vraiment…
Penaude, Mélanie fit mine de comprendre et s'apprêta à rebrousser chemin, les épaules basses, lorsqu'un trait de génie la frappa.
- C'est au sujet de mon évanouissement de jeudi dernier, affirma-t-elle brusquement sur un coup de tête, plantant ses yeux dans ceux, sombres de son interlocuteur. Celui-ci soutint son regard.
- Comment ça ? interrogea le jeune homme, visiblement subitement intéressé, attends… Est-ce que tes amis en question ce serait ceux qui sont arrivés à l'école en même temps que toi cette année ? Ceux qui ont perdu connaissance eux aussi jeudi… ?
Mélanie eut un mouvement de recul, brusquement suspicieuse.
- Comment est-ce que tu sais ça… ? questionna-t-elle sur la défensive en plissant les paupières.
Joshuan haussa les épaules.
- Tu croyais que j'allais me contenter de rester sans réponse après ton attitude bizarre de jeudi ? dit-il, un soupçon d'ironie dans la voix, je suis allé voir Mademoiselle Traine à l'infirmerie après ton départ et elle m'a confirmé que trois Serdaigle et une fille de Serpentard avait été retrouvés évanouis un peu plus tôt. Tous en 5ème année curieusement et tous à peu prêt au même moment que toi ! Il se trouve que j'en ais vu deux dans cet état justement en allant chercher le professeur Londubat pour t'aider.
Mélanie se figea. Elle qui pensait que personne n'était au courant de ce détail dans sa Maison ! Au moins cela confirmait que Joshuan était capable de garder quelque chose pour lui… Mais pour combien de temps ?
- Je sais aussi que tu t'es absentée de ton dortoir dans la nuit de jeudi après ta perte de connaissance, je fais des insomnies dernièrement souviens-toi, poursuivit-il d'une voix déterminée, alors vous cachez bien quelque chose tous les cinq ?
L'adolescente resta interdite face aux propos de son camarade de Poufsouffle. Ainsi il en savait déjà autant ? La prudence n'était plus de mise désormais, aller droit au but semblait être la meilleure solution. Puisque Joshuan jouait carte sur table, autant en faire autant !
- C'est exact, obtempéra-t-elle en crispant les poings, on a découvert quelque chose à Poudlard ce fameux jeudi… Quelque chose d'incroyable ! Et c'est bien lié à notre évanouissement collectif. Seulement on a besoin de toi pour en savoir plus, c'est vraiment important pour nous… Pour moi !
Le jeune homme resta silencieux, l'oreille attentive, comme pour l'enjoindre à continuer. Son Syphlorin, à peine visible dans la pénombre de la pièce, les épiais au sommet d'une commode.
- On a un problème, finit par lâcher Mélanie, se jetant enfin à l'eau, notre découverte nous dépasse honnêtement et on pense que tu peux nous aider. Tu es le meilleur élève de Runes de notre promotion et je pense que tu es digne de conscience aussi alors… Est-ce que tu serais prêt à partager notre secret et à nous venir en aide ce soir ? S'il-te-plait…
Joshuan eut l'air d'hésiter un instant. Le discours de la jeune fille avait tout pour le faire douter. Après tout, qui était réellement ces cinq adolescents débarqués à Poudlard de nulle part au milieu de la 5ème année ? Plus d'une rumeur circulait à leur sujet depuis leur arrivée et il était difficile de démêler le vrai du faux pour quelqu'un comme lui.
Lentement, l'adolescent porta sa main chargée de bagues à sa baguette magique, posée à côté de lui sur sa commode personnelle. Mélanie se figea, s'attendant à recevoir un maléfice à tout instant cependant, et à sa grande surprise, le jeune homme pointa le bout de bois en direction de la porte du dortoir à la place, un air sombre sur le visage.
- Assurdiato, psalmodia-t-il bien distinctement.
Un léger bourdonnement s'éleva presque aussitôt dans la pièce, signe que le sortilège de discrétion avait fonctionné.
Surprise, Mélanie dévisagea la porte un instant avant de se retourner vers Joshuan. Celui-ci avait croisé les bras sur son lit, sa baguette précieusement conservée entre ses doigts, ses sourcils froncés.
- Très bien, obtempéra-t-il, je t'aiderais mais dans ce cas je veux que tu me racontes toute l'histoire depuis le début. Et pas de négociations possibles !
La jeune fille soupira. La bataille n'était pas encore gagnée…
- C'est une longue histoire, prévint-elle, et pour être franche je ne suis pas sûre de tout comprendre moi-même… Ça te va quand même ?
- On a toute la journée jusqu'à minuit, sourit Joshuan avec une pointe d'ironie, déridant légèrement son interlocutrice.
Puisqu'il fallait se lancer…
La nuit était tombée depuis plusieurs heures sur Poudlard. A l'extérieur la lune, presque pleine, baignait le parc de sa lueur blafarde, filtrant à travers la poussière des carreaux de la Salle des Trophées.
Nerveuse, Arthémis porta un énième regard à sa montre, comme elle le faisait à chaque nouvelle minute écoulée depuis son arrivée sur place. Les aiguilles semblaient avancer avec une lenteur frôlant l'indécence.
- Elle est en retard, fit-elle remarquer pour la quinzième fois en recommençant à faire les cents pas, s'adressant à Noah et Lucile, assis devant les deux commodes dissimulant leur passage secret. Aucun d'entre eux ne prit la peine de répondre.
- J'espère qu'elle n'a pas rencontré de problème avec ce Joshuan, s'inquiéta Sylvia, adossée contre le mur d'en face, le regard perdu vers l'extérieur, je dois avouer que je me méfie un peu de tout le monde depuis ce que m'a dit Lyn tout à l'heure…
- A mon avis c'est plutôt d'elle qu'on devrait se méfier, fit très justement remarquer Lucile, se redressant légèrement afin de gagner en confort sur le tapis rapiécé de la pièce, elle en a beaucoup deviné toute seule ! Si elle venait à changer d'avis et à prévenir les professeurs on pourrait avoir de sérieux problèmes, rien que pour avoir quitté les dortoirs après le couvre-feu !
Noah, plongé dans un silence méditatif depuis son arrivée, n'ajouta rien, se contentant de remonter légèrement ses lunettes sur son nez. En cet instant précis, il était à des lieux de songer aux conseils de Lyn dont Sylvia leur avait fait part par Syphlorin un peu plus tôt dans la journée. En réalité, il n'avait que ce mystérieux Joshuan en tête.
La possible arrivée d'un nouveau garçon dans le groupe n'était pas pour lui déplaire ! Il avait beau très sincèrement apprécier la compagnie et l'amitié d'Arthémis et des autres, se trouver être la seule présence masculine de leur petite bande n'aidait pas à diminuer son sentiment de solitude par moment. Peut-être était-ce faire preuve d'égoïsme mais il espérait très sincèrement au fond de lui que le Poufsouffle accepterait de les aider sans faire d'histoire et que tous deux pourraient se lier d'amitié facilement. De sa vie, il n'avait jamais eu d'ami vraiment proche à qui se confier, trop souvent intimidé, voire rejeté par ses camarades de classe. Il était du genre solitaire après tout, cela n'avait rien d'étonnant…
Alors qu'il se plongeait un peu plus dans les souvenirs de son passé de moldu, qui lui semblait désormais être ceux d'une toute autre personne à des lieux de lui, la porte de la Salle des Trophées se mit à grincer, les faisant tous se raidir brusquement.
Le plus discrètement possible, Mélanie se glissa à travers l'interstice, bien vite suivie par une autre silhouette, vêtu d'un simple pyjama de couleur bleu nuit, l'aidant à se fondre dans le décor. Noah se releva quelque peu, intrigué, tandis que tous tournaient la tête dans la direction des nouveaux arrivants, les laissant les rejoindre à pas feutrés. Tous deux étaient chargés de leur sac de cours, visiblement bien rempli.
- Désolée pour le retard, souffla la jeune Poufsouffle en rejoignant le groupe, légèrement haletante, Zita et Swann ont mis un temps fou à s'endormir et on a pensé que ce serait bien de ramener quelques dictionnaires de Runes en prime donc le temps qu'on se décide l'heure avait filé…
- Pas de soucis, la rassura Lucile en se levant, lissant les plis de sa robe d'un geste délicat de la main, alors c'est toi Joshuan ?
Elle s'adressait à l'inconnu derrière Mélanie, resté légèrement en retrait. Malgré la pénombre ambiante, il était indéniable qu'il avait quelque chose de séduisant, autant dans sa façon d'être que dans son visage fin.
- Oui, répondit-il de son habituelle voix rocailleuse, enchanté de vous rencontrer, Mélanie m'a parlé de votre problème et j'ai accepté de venir vous filer un coup de main pour ainsi dire… J'espère pouvoir vous aider !
- Tu jures de ne parler de ce qu'on va te montrer à personne ? questionna Arthémis d'un ton abrupte, les bras croisée sur sa poitrine, si tu ne tiens pas parole on risque d'avoir des soucis avec l'école mais en plus le Ministère risque de faire des embrouilles et de se pencher sur notre cas alors il est primordial que tu nous donnes ta parole avant d'aller plus loin.
Mélanie lança un regard courroucé à son ami mais Joshuan l'apaisa d'un sourire avant de planté son regard dans celui de la jeune fille, le soutenant sans problème.
- Je jure de garder votre secret tant qu'il ne met personne en danger, affirma-t-il en levant la main dans un geste solennel, et croyez-moi, je suis un homme de parole.
- Zita, Swann et Hadrien me l'ont confirmé, surenchérit sa comparse de Poufsouffle en rougissant légèrement, on peut lui faire confiance !
Arthémis dévisagea le jeune homme un court instant, sceptique. Il avait l'air gentil et, surtout, sincère dans ses paroles. De toute manière, elle n'avait d'autres choix que de lui faire confiance désormais, en priant pour que son intuition soit bonne à son sujet !
- Très bien, dans ce cas allons-y ! finit-elle par obtempérer, hochant la tête, écartez-vous.
Tous s'écartèrent, Joshuan s'éloignant avec maladresse, manquant de bousculer Noah au passage.
- Pardon, s'excusa-t-il, ne s'attirant qu'un balbutiement embarrassé de la part du jeune homme en question.
Lucile ne put s'empêcher d'observer ce spectacle du coin de l'œil, amusée. D'ici, il était difficile de dire lequel des deux garçons était le plus mal à l'aise.
En parallèle, Arthémis s'était accroupie entre les deux commodes, tendant le bras à travers l'interstice, effleurant le minuscule symbole à peine perceptible déverrouillant l'accès à leur fameuse salle secrète.
Joshuan ne put s'empêcher de faire un peu en avant, intrigué. Mélanie ne lui avait donné que très peu de détails sur l'emplacement de la pièce en question.
A cet instant, l'habituelle vive lueur électrique se dégagea du mur, écrasant les consoles chargés d'insignes. La magie semblait crépiter dans l'air tout entier. Rapidement, le symbole de Poudlard se mit à grossir tandis qu'Arthémis venait rejoindre les rangs de ses amis, sous le regard éberlué de Joshuan, atteignant des proportions titanesques.
Enfin, alors que la lumière diminuait progressivement, les lourdes portes de pierres coulissèrent, libérant un froid courant d'air sur les six adolescents, les glaçant des pieds à la tête.
- Après toi, sourit Mélanie en indiquant à son camarade de classe l'ouverture nouvellement dessiné à la surface du mur.
Il était temps de percer les secrets de la salle mystérieuse désormais.
