Chapitre 11 Premières gouttes de sang

POV Slevin

Ma tête me brûlait fortement telle de l'acide imbibant le moindre de mes vaisseaux sanguins, déchiquetant le peu de connexion qu'il me restait. Mes os se broyaient pour se consolider à nouveau en une matière beaucoup moins fragile, rendant mon ossature plus imposante comme si j'avais fait de la musculation pendant des mois ; ma peau devint plus rêche perdant alors de sa douceur et sa pigmentation, plus pâle qu'à mon habitude mais loin d'être cadavérique, je fus simplement moins bronzé si on peut dire. Le sang qui circulait dans mes veines devint plus chaud, bouillonnant comme s'il se trouvait dans une bouilloire, un accès de fièvre s'empara de moi me faisant frissonner sans que je ne puisse contrôler le moindre mouvement. Je me retrouvai allongé à terre, sanglotant à moitié, ne sachant déterminer si j'avais chaud ou froid, si je pleurais ou criais... Ce fut une sensation fortement désagréable dont je souhaitais la fin, je ne supportais pas ce que mon corps m'infligeait. Je voulus me lever, c'était sans compter sur mes jambes qui fléchirent immédiatement me remettant à terre. Ma vue se troubla avant de retrouver sa netteté.

Je vis alors le regard d'Oraïa se poser sur moi, son sourire affaibli, cependant une étincelle parcourut tout de même ses yeux. Il était heureux de ce qui se produisait en moi, il n'avait pas échoué dans son plan et cela le réconfortait de la mort qui l'attendait d'ici peu. Alors, un de ses sbires arriva à ses côtés, sans me prêter le moindre regard, demanda à ses congénères de l'aide afin de transporter leur ancien Maître dans une pièce à part, pendant que j'agonisais seul, au sol, dans cette grande pièce vide.

Soudain, je manquai d'air, je suffoquai sans pouvoir calmer ma respiration. Mes poumons, du moins ce qu'il en restait à présent, se vidèrent du peu d'air qu'ils contenaient, j'eus l'impression de me noyer même si à la place de l'eau, c'était le vide qui les habitait. Alors, mon cœur se contracta réduisant ses battements et ma suffocation se stoppa, je respirai à nouveau, mais d'une façon totalement différente. Ne ressentant plus aucune douleur, je compris que le processus était achevé. Sans trop me précipiter, je me relevai sur mes jambes qui ne faiblirent pas, puis je me dirigeai vers ce grand miroir rouge posé au fond de la pièce derrière cette grande table qui ne servait pas à grand chose. A l'approche de mon corps contre l'objet, je vis aux premiers abords le changement au niveau de mes yeux, ils n'étaient plus couleur chocolat mais un marron clair qui virait au bordeaux, comme si je n'avais pas dormi durant des mois, mes yeux paraissaient alors injectés de sang, or c'était tout simplement la nouvelle teinte de mes iris. La couleur devint plus terne fonçant alors mon regard, mes muscles se raidirent à l'approche d'un de mes anciens camarades ; tout avait changé en moi, je ne pouvais le nier, désormais la bête m'habitait, plus aucune notion d'humanité ne coulait dans mes veines, mon cœur était devenu cette pierre dure et froide qui ne ressentait plus rien si ce n'est de la colère.

Je sentis des pas derrière moi, à l'entrée de la pièce exactement, des pas hésitants qui ne savaient pas si la possibilité d'accéder à la pièce était autorisée . Mes muscles se détendirent un peu, puis ne détachant pas mon regard de la glace, je souris.

- Tu peux entrer Sirk. Cela ne sert à rien de rester planté sur le seuil de la porte. Avance donc mon cher ami.

Sirk était devenu, ces deux dernières années, ce que l'on pourrait qualifier de meilleur ami, bien entendu je n'avais pas les mêmes rapports avec lui que ceux que j'avais eu avec Mickael mais, pouvoir parler ou bien chahuter avec quelqu'un était plaisant. Mais désormais, je le sentais, il me craignait, j'étais devenu ce monstre que tout le monde redoutait, je venais de tuer le seul et unique Maître de ce monde, le laissant agoniser sur le sol. Mon ex-ami ne savait comment agir avec moi et je le sentais. Je ne pouvais l'en blâmer, je ne me ferais pas confiance non plus à sa place, cependant, une hiérarchie se mettait en place et j'allais devoir faire connaître mon nouveau statut, ainsi que mes nouveaux pouvoirs.

- Tu me crains désormais ?

- Pourquoi cette question ?

- Je suis transformé et tu n'oses plus passer le seuil d'une malheureuse pièce. Que dois-je ne penser mon cher ami ?

- Je ne te crains pas Slevin, juste que ayant entendu ta fureur quelques minutes auparavant, je craignais que cette dernière soit toujours présente et hésitais donc à te déranger.

- Voilà qui est fort prévenant de ta part Sirk. N'aie crainte, arracher le cœur d'Oraïa a calmé ma folie.

Je me retournai dans sa direction pour l'inviter à entrer. Il fit un pas vers moi puis un deuxième qui fut plus aisé cette fois.

- Je venais juste te prévenir qu'Oraïa n'est pas mort.

- Comment ça pas mort ? Je lui ai arraché le cœur.

- Vrai, mais ignores-tu donc notre véritable nature Slevin ? Me demanda-t-il sur un ton posé de peur de me heurter.

Je sentis alors un changement tout autre dans ma façon de respirer, chose à laquelle je n'avais prêté aucune intention il y a encore quelques minutes. C'est en voulant respirer un bon coup, pour ne pas m'emporter, que je me rendis compte que mes poumons ne me servaient plus à rien, désormais l'air qui pouvait se dégager de mon corps passait par les pores de ma peau. Une sensation vraiment particulière.

- Tu lui as arraché le cœur, ce qui l'affaiblit au plus au point certes, mais toi même sais combien il est compliqué de détruire l'un d'entre nous.

- Les os, je dois lui briser les cervicales.

- La colère t'a empêché d'y penser le moment venu mais tu peux y remédier, si tel est ton souhait.

Je plongeai alors mes yeux dans les siens, essayant de sonder du mieux que je le pouvais son esprit, afin d'y chercher le moindre caractère de trahison mais je n'y vis rien, mon ami était tout bonnement, malgré ce que j'avais fait et ce que j'étais devenu, celui sur qui je pouvais compter. Toutes les fois où je lui avais parlé d'Amanda, il n'avait sourcillé ou répété quoi que ce soit, pourtant c'était un pur Destroyer sans la moindre notion d'humanité. Voilà qui désormais en faisait un allié redoutable.

- Peu importe, il est faible. Son cœur n'est plus que poussière désormais.

- Il souhaite te voir. C'est pourquoi il m'a fait venir, il pensait que si je venais à toi, au lieu d'un de ses alliés, tu serais plus enclin à le voir, si la requête venait de moi.

- Affaibli mais toujours aussi malin. Je te suis.

Je me doutais d'ores et déjà de ce qu'il voulait mais le voir souffrir me satisferait au plus au point, si bien que nous ne mirent pas longtemps à arriver dans la pièce où il se trouvait, allongé sur un lit en bois aux pieds dorés, un couvre-lit léger sur son corps cachant la blessure que je lui avais infligé.

A mon entrée dans la pièce, tous devinrent méfiants, puis baissèrent le regard chaque fois que je passais à côté d'eux. Oraïa quant à lui souriait si bêtement que ça en devenait presque agaçant. Il ne cessait de me fixer sans pourtant me provoquer. Sa voix était faible mais suffisamment audible pour que tous dans la pièce entendent ce qu'il avait à me dire.

- Comme tu peux le voir, je ne suis pas mort Slevin. Cependant, je ne suis plus apte à gouverner ce royaume et ton nouveau fait de toi l'élu, mon unique remplaçant possible, comme étant mon unique remplaçant, ainsi chaque membre de notre peuple te doit le respect le plus total; suivre tes ordres et ne jamais te trahir au risque de subir ton gourou.

- Ces paroles sont vraiment hilarantes venant de votre bouche.

- Tu penses que je t'ai trahi mais c'est faux, j'ai seulement fait en sorte que les choses arrivent plus vite que prévu.

- Impatient, tel un gamin au pied du sapin le jour de noël.

- Prêt à faire des sacrifices pour gagner le combat.

- Sacrifier votre vie pour une histoire qui date de plusieurs siècles, voilà qui est bien pathétique.

- Pense comme tu le désires Slevin, en attendant mon plan a parfaitement fonctionné. Certes, je n'avais pas prévu l'état dans lequel je me retrouve actuellement, mais c'est un bien petit prix à payer pour la gloire qui nous est due.

- Eh bien j'espère que vous aimez cette agonie car vous y resterez aussi longtemps que je le souhaiterai.

- Malveillant à souhait.

- Ne me provoquez pas trop Oraïa, ma patience a peu de limite.

- Qu'en dira Amanda ?

A l 'énoncé de ce prénom, mon cœur ne ressentit rien, pas même un raté, il y eu juste un vague sourire qui naquit sur mon visage. Le démon qui m'habitait, faisant de moi un mort à 90% ne tenait plus en place, il n'attendait qu'une seule et unique chose : la combattre.

Je tournai le dos à celui qui fut le Maître de mon nouveau royaume et sortis de la pièce sans me retourner.

POV Amanda

Si j'avais retenu l'heure exacte à laquelle j'avais fermé les yeux, j'aurais pu vous dire combien de temps exactement j'avais dormi, or j'en étais tout bonnement incapable mais cela m'avait fait un bien fou. Un vrai sommeil récupérateur, voilà ce qu'il m'avait fallu pour retrouver la pêche, du moins physiquement car moralement... Les évènements de la veille m'avaient vraiment fatiguée mais cette nuit m'avait fait un tel bien, que le poids qui se trouvait sur mon cœur la veille n'était plus là, enfin plus totalement là, pour être honnête. Disons que j'allais essayer d'avancer, concrètement, je n'ai pas trop le choix étant donné que je suis censée tuer mon ancien amour et, à en croire par la tempête de la veille entre nos pouvoirs et ceux de Slevin, ça ne saurait tarder, il me faut donc intensifier mes aptitudes, tout en ne perdant pas de vue ma vie que je qualifierais de normale. Voilà ce dont j'avais vraiment besoin aujourd'hui, retrouver mes amis, avoir une journée banale, loin de tout et, surtout, du souvenir douloureux de mon ancien amant.

Tourner la page n'est pas chose évidente mais lorsqu'un chapitre se termine, il faut savoir en commencer un nouveau.

Je ne savais pas comment réagir avec Peter ni ce que nous allions faire mais, désormais, nous ne pouvions ignorer ce que nous ressentions l'un pour l'autre, seulement faire coexister ses sentiments avec notre mission ne sera sûrement pas une tâche facile, n'oublions pas qu'on nous surveille quelque part derrière cette bibliothèque magique.

Après avoir pris une bonne douche et avoir mis quelques affaires propres qui appartenaient à Maya, je pris mon courage à demain et descendit avec un nœud à l'estomac à l'étage, sentant la bonne odeur du petit déjeuner. Le trac, pour la première depuis des mois, j'avais le trac. Pourtant, ce n'était pas la première fois que nous ne retrouvions dans la cuisine tous les deux mais quelque chose était différente et ça me mettait les chocottes, dans le bon sens, je vous rassure. Mais il est vrai qu'en dehors de Slevin, je n'ai fréquenté aucun autre garçon...

Oh mon dieu ! Peter a-t-il déjà eu une relation avec une fille ?

Cette question de mon subconscient venait de me désarçonner, si bien que je restai planté là, en bas des escaliers, essayant de trouver une réponse censée me convenir pour m'enlever de cette torpeur. Ne me demandez pas pourquoi je flippe comme ça, je ne saurais l'expliquer, enfin si je saurais, mais au risque de passer pour une folle. Voilà, je venais de donner un nouveau coup de stress. Mes mains étaient moites, mon cœur battait la chamade et mes jambes, eh bien, je serais sur la lune que je ne le saurais même pas tant je ne les sentais plus. Alors je sentis une présence sur ma droite, je tournai la tête et je vis Maya.

- Pour une fois, c'est lui qui fait le pti dej'. Je pense que nous allons nous régaler.

Je ne répondis pas, la tête encore ailleurs, essayant de dénouer mes muscles qui s'étaient raidis.

Pourquoi avoir si peur de le revoir ? C'est Peter, pas le monstre du Loch Ness.

- Détends-toi Amanda, il ne t'a pas demandé en mariage.

Cette taquinerie me fit enfin réagir.

- Hein ? Quoi ?

- Tu es toute crispée. Cela fait à peu près cinq minutes que tu es bloquée ici, à respirer comme un bœuf et à avoir les bouffées de chaleur comme une femme de cinquante ans.

- Merci pour la comparaison, cela me va droit au cœur.

- Tu vois ce que je veux dire. Amanda, vous vous êtes implicitement avoué ce que vous ressentiez, rien ne changera pour autant. Il est toujours Peter, ton protecteur et, toi, tu es toujours... toi, l'Elue...

- ... Elue qui est tombée amoureuse de son protecteur, chose pas recommandée du tout par ton peuple, et qui doit tuer celui qu'elle a aimé toute sa vie. Tu as raison, il n'y a rien qui n'ait changé, hormis une petite chose !

- Laquelle ? Me demanda-t-elle perdue par ma réflexion.

- Je meurs de faim.

- Retournement de situation, dis donc. J'ai failli oublier que tu étais humaine à cent pour cent.

- Ah, ah, je suis morte de rire.

- Au moins, tu respires à nouveau comme quelqu'un de normal.

- Merci, lui dis-je avec un sourire amical.

- Allons-y, le connaissant, il va en faire des tonnes. No stress, c'est juste Peter.

Nous avancions en direction de la cuisine où la bonne odeur emplissait de plus en plus nos narines à mesure que nous avancions vers la pièce. Arrivées sur le seuil de la porte, nous le vîmes mettre, dans des assiettes blanches, un œuf sur le plat pour chaque, accompagné d'une tranche de bacon et de mini pancakes avec un léger petit filet de coulis de sirop d'érable. J'en avais tout simplement l'eau à la bouche, comme tout humain qui se respecte et qui n'a pas mangé depuis presque vingt-quatre heures.

Il sentit probablement notre présence car il releva la tête et nous fit son plus beau sourire lorsqu'il nous vit, adossées à la porte, en train de l'admirer avec son petit tablier blanc. Vouloir tout faire paraître normal était attendrissant.

- Mesdemoiselles, si vous voulez bien vous donnez la peine.

Il nous fit signe de prendre place autour de la table sur laquelle une assiette nous attendait. Une fois installées, il mit les jus de fruit à disposition et s'installa avec nous. Il ne se mit pas à côté de moi mais à côté de sa sœur qui parut gênée pourtant, cela ne me choqua pas.

- Peter, c'est un régal.

- Merci sœurette. As-tu passé une bonne nuit Amanda ?

- Euh... oui je me sens reposée. Je ne sais combien d'heures j'ai dormi mais j'ai l'impression d'être la belle au bois dormant et d'avoir dormi durant des semaines.

- L'un des aspects de ton pouvoir ! Eh bien tu as fait une grosse nuit, si on peut dire les choses ainsi.

- Ah bon ? Mais quelle heure est-il ?

- Eh bien, il est presque treize heures.

- Quoi ?

J'avais presque crié sans le vouloir.

- Désolée, c'est que je n'ai pas l'habitude de me lever aussi tard. Je n'ai même pas regardé l'heure sur mon téléphone, ni si j'avais reçu des messages des copains.

- Mickael m'a téléphoné pour savoir si je t'avais aperçue hier car tu ne répondais pas au téléphone.

- Oh !

- Je lui ai dit que tu étais ici en effet, qu'on travaillait sur le devoir d'histoire, chose mensongère car j'ai fini notre devoir, mais au moins, nous avons un prétexte pour les entraînements. Il m'a demandé pourquoi tu n'avais pas répondu à ton téléphone. Je lui ai donc expliqué que tu n'avais plus de batterie et que, comme tu es resté dormir ici après avoir passé la soirée avec Maya, tu n'avais pas pu le charger.

- Et il t'a cru ? Demandai-je surprise.

- Oui mais il a dit qu'il fallait que tu donnes de tes nouvelles au plus vite, sinon il viendra te botter les fesses.

- Eh bien il ne sera pas déçu, je comptais rentrer chez moi déposer mes affaires de cours, faire semblant de recharger mon téléphone et les appeler. J'ai besoin d'une après-midi avec mes amis.

- Amanda, il faut que tu t'entraînes.

- Je sais et je n'oubllie pas ma mission, mais là j'ai besoin de... souffler, oui, c'est le mot ! C'est pas une bonne nuit de sommeil qui me fera oublier que tu as failli te sacrifier par ma faute, que Slevin a failli te tuer et qu'ensuite... ba, qu'il est parti. Je viendrai m'entraîner ce soir promis, mais là, j'ai juste besoin d'être avec eux, rien qu'avec eux. Ca fait tellement longtemps...

- Tu as raison. Ils sont aussi ta force, et sans qu'ils le sachent ton soutien, tu as besoin d'eux. Je ne cherche pas à t'en éloigner tu sais...

- Seulement à les protéger, je sais mais penses-tu vraiment que Slevin va débarquer aujourd'hui, dans un lieu public après hier ?

- A vrai dire, je n'en sais absolument rien mais je me dois de rester méfiant.

- Je la surveillerai !

- Non ! Ecoutez, c'est gentil à vous deux de faire attention à moi et mes amis, vraiment. Mais je veux une journée normale, sans pouvoir, sans mensonge, juste nous comme avant... tout ça. Je ne vous mets pas à l'écart, j'ai juste besoin d'un retour aux sources.

Il y eut un silence qui me fit froid dans le dos, j'eus la nette impression de les avoir blesser mais je ne pouvais pas leur mentir juste pour leur faire plaisir, je voulais être avec mes amis, et seulement avec eux, sans rien d'extraordinaire dans notre vie.

- S'il vous plaît, ne le prenez pas mal...

- Tu ne pars pas sans nous dire où vous vous retrouvez, au cas où, me d it Maya pendant que Peter gardait le silence.

- Promis, je t'envoie un texto dès que je connaîtrai le lieu de rendez-vous.

Alors, je regardai Peter qui ne disait toujours rien.

- Je t'ai blessé ?

- Je pensais faire partie de tes amis moi aussi. Shannon sera là ?

Une petite crise de jalousie ou je rêve ? Non, il y avait autre chose je le voyais à son regard.

- Oui, Shannon sera là étant donné que c'est la petite-amie de Mickael. Peter, je ne vais pas rester cacher toute ma vie parce que mon psychopathe d'ex me court après pour me faire la peau.

- Je n'ai jamais dit ça.

- Alors, c'est quoi le problème ?

- Je vais vous laisser, je n'aime pas être au milieu.

- Non, reste Maya, dans quelques minutes nous serons plus que nous, entre être frère et sœur.

Nos regards se croisèrent et je compris...

- Peter...

- C'est bon Amanda !

- Non, ça ne l'est pas.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Je suis perdue moi.

- Ton frère pense que parce que vous n'êtes qu'à moitié humain, je ne veux pas de vous cet après-midi.

- Je n'ai pas dit ça.

- Mais tu le penses.

- Peter, tu es ridicule. Nous avons souvent partagé des moments avec elle et ses amis, tu le sais fort bien. Si tu réagis aussi mal, c'est parce que tu as peur et, plutôt que de créer une dispute stupide, tu ferais mieux de le lui dire. Elle en a assez bavé hier pour ne pas avoir de nouveau le cœur brisé.

Sa sœur, qui était depuis quelques mois mon amie avait ciblé le problème à la perfection et décida de plaider en ma faveur, je lui en fus reconnaissante car je ne pense pas être assez forte aujourd'hui pour lui dire aussi directement les choses.

- Alors je ne vais plus aller au lycée, au cinéma ou faire les boutiques parce qu'à tout moment je risque de mourir ? Avant même d'avoir des super pouvoirs, je risquais n'importe où, n'importe quand de me faire écraser par une voiture, violer par un fou ou je ne sais quoi. Ma vie a changé, j'ai changé, mais tout ne doit pas changer sous prétexte que je dois sauver le monde. Celle que je suis, c'est avant tout grâce à mon entourage, je ne peux assurer leur protection qu'en étant le plus souvent avec eux. Tu veilles sur moi, je dois veiller sur eux, sinon qui les sauvera le jour où il décidera de s'en prendre à l'un d'eux pour m'atteindre ?

- Désolé, je me montre trop protecteur.

Je me levai et me dirigeai vers la sortie, arrivée à ses côtés, je le forçai à lever les yeux vers les miens.

- Trop prudent et c'est normal. Mais plutôt que d'insinuer des choses stupides, dis clairement le fond de ta pensée la prochaine fois.

Pour la première fois depuis la veille, nos tatouages s'animèrent, nous étions parfaitement en connexion.

- J'y vais.

Rompre le contact fut dur mais je voulais vraiment profiter de cet après-midi avec mes amis.

- Surveille ton téléphone, Maya.

Je claquai la porte du manoir derrière moi.

POV Peter

Elle devait être épuisée suite aux évènements de la veille, car il était plus de onze heures et elle dormait toujours. Je fus cependant heureux de ne pas avoir eu de rêve partagé, cela me rassura, sa nuit n'avait pas été agitée mais apaisante.

Après quelques petits exercices, je pris une bonne douche pour laisser la place à ma sœur. Debout de très bonne heure, nous avions discuté de ce qui s'était passé la veille lorsque nous avions quitté le royaume. Je n'eus pas besoin d'entrer dans les détails, elle se doutait fort bien que ce ne fut pas un moment des plus agréables pour l'un comme pour l'autre. Lorsque je lui parlai du moment, dans le jardin, où nous nous étions implicitement avoués nos sentiments, une étincelle passa dans son regard et je compris qu'elle attendait cela depuis si longtemps, qu'elle avait envie de sauter partout, cependant elle s'en abstint sans la moindre difficulté.

La douche fut agréable et relaxante. Après m'être vêtu, je descendis à l'étage pour me rendre dans la cuisine, car il était presque midi et je pressentais qu'Amanda allait bientôt se réveiller. Mon radar fut efficace car environ une dizaine de minutes plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit et des pas résonnèrent au plafond en direction de la salle de bain. Je l'entendis descendre, puis s'arrêter en bas des escaliers, rejointe par ma sœur. Je n'entendis rien de leur conversation mais le stress commençait à se manifester, j'avais peur que tout ce que l'on s'était dit la veille ne l'ait été sous le coup de l'émotion et que tout redevienne comme avant, comme si rien ne s'était passé. N'étant jamais tombé amoureux, je ne savais pas comment agir ou réagir, ma seule option était d'écouter mon cœur.

Je les entendis avancer en direction de la cuisine alors que je finissais la présentation des assiettes pour le petit-déjeuner, enfin à cette heure-là nous pouvons dire le déjeuner. Le parfum sucré d'Amanda envahit alors mes narines et je sus immédiatement qu'elle se trouvait dans l'entrée de la pièce, à me regarder cuisiner et mettre la table. Machinalement, ma tête se releva pour les regarder mais je ne vis qu'une seule personne à qui je souris immédiatement en guise de bonjour.

- Mesdemoiselles, si vous voulez bien vous donnez la peine.

Je leur fis signe de prendre place autour de la table où se trouvait une assiette puis je mis à disposition les jus de fruit pour celles qui le souhaitaient. Amanda ne mit pas longtemps à jeter sur son assiette, ce qui me fit sourire.

- Peter, c'est un régal.

- Merci sœurette. As-tu passé une bonne nuit Amanda ?

- Euh... oui je me sens reposée. Je ne sais combien d'heures j'ai dormi mais j'ai l'impression d'être la belle au bois dormant et d'avoir dormi durant des semaines.

- L'un des aspects de ton pouvoir ! Eh bien tu as fait une grosse nuit, si on peut dire les choses ainsi.

- Ah bon ? Mais quelle heure est-il ?

- Eh bien, il est presque treize heures.

- Quoi ?

Elle dut être surprise car elle avait presque crié, ce qui me fit sursauter.

- Désolée, c'est que je n'ai pas l'habitude de me lever aussi tard. Je n'ai même pas regardé l'heure sur mon téléphone, ni si j'avais reçu des messages des copains.

- Mickael m'a téléphoné pour savoir si je t'avais aperçue hier car tu ne répondais pas au téléphone.

- Oh !

- Je lui ai dit que tu étais ici en effet, qu'on travaillait sur le devoir d'histoire, chose mensongère car j'ai fini notre devoir, mais au moins, nous avons un prétexte pour les entraînements. Il m'a demandé pourquoi tu n'avais pas répondu à ton téléphone. Je lui ai donc expliqué que tu n'avais plus de batterie et que, comme tu es resté dormir ici après avoir passé la soirée avec Maya, tu n'avais pas pu le charger.

- Et il t'a cru ? Demanda-t-elle surprise.

- Oui mais il a dit qu'il fallait que tu donnes de tes nouvelles au plus vite, sinon il viendra te botter les fesses.

- Eh bien, il ne sera pas déçu, je comptais rentrer chez moi déposer mes affaires de cours, faire semblant de recharger mon téléphone et les appeler. J'ai besoin d'une après-midi avec mes amis.

- Amanda, il faut que tu t'entraînes.

- Je sais et je n'oublie pas ma mission, mais là j'ai besoin de... souffler, oui, c'est le mot ! C'est pas une bonne nuit de sommeil qui me fera oublier que tu as failli te sacrifier par ma faute, que Slevin a failli te tuer et qu'ensuite... ba, qu'il est parti. Je viendrai m'entraîner ce soir promis, mais là, j'ai juste besoin d'être avec eux, rien qu'avec eux. Ca fait tellement longtemps...

- Tu as raison. Ils sont aussi ta force, et sans qu'ils le sachent ton soutien, tu as besoin d'eux. Je ne cherche pas à t'en éloigner tu sais...

- Seulement à les protéger, je sais mais penses-tu vraiment que Slevin va débarquer aujourd'hui, dans un lieu public après hier ?

- A vrai dire, je n'en sais absolument rien mais je me dois de rester méfiant.

- Je la surveillerai !

- Non ! Ecoutez, c'est gentil à vous deux de faire attention à moi et mes amis, vraiment. Mais je veux une journée normale, sans pouvoir, sans mensonge, juste nous comme avant... tout ça. Je ne vous mets pas à l'écart, j'ai juste besoin d'un retour aux sources.

Je ne trouvai quoi répondre, je comprenais parfaitement cette envie de normalité mais la peur que Slevin lui tombe dessus m'angoissait au point que je l'aurais séquestrés si je l'avais pu ! Bien entendu, c'était une chose que je n'avais pas le droit de faire.

- S'il vous plaît, ne le prenez pas mal...

- Tu ne pars pas sans nous dire où vous vous retrouvez, au cas où, me dit Maya pendant que Peter gardait le silence.

- Promis, je t'envoie un texto dès que je connaîtrai le lieu de rendez-vous.

Je sentis son regard se poser sur moi mais je l'évitai.

- Je t'ai blessé ?

- Je pensais faire partie de tes amis moi aussi. Shannon sera là ?

Je ne pouvais réagir autrement. Que des humains, voilà ce qu'elle voulait aujourd'hui, se retrouver uniquement avec des personnes normales qui ne lui rappellent pas ses blessures. Mon cœur se serra mais je contins ma tristesse ne voulant rien faire paraître du moins, le moins possible.

- Oui, Shannon sera là étant donné que c'est la petite-amie de Mickael. Peter, je ne vais pas rester cacher toute ma vie parce que mon psychopathe d'ex me court après pour me faire la peau.

- Je n'ai jamais dit ça.

- Alors, c'est quoi le problème ?

- Je vais vous laisser, je n'aime pas être au milieu.

- Non, reste Maya, dans quelques minutes nous serons plus que nous, entre être frère et sœur.

Nos regards se croisèrent enfin et je sus qu'elle comprenait alors ce qui me posait problème...

- Peter...

- C'est bon Amanda !

- Non, ça ne l'est pas.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Je suis perdue moi.

- Ton frère pense que parce que vous n'êtes qu'à moitié humain, je ne veux pas de vous cet après-midi.

- Je n'ai pas dit ça.

- Mais tu le penses.

- Peter, tu es ridicule. Nous avons souvent partagé des moments avec elle et ses amis, tu le sais fort bien. Si tu réagis aussi mal, c'est parce que tu as peur et plutôt que de créer une dispute stupide, tu ferais mieux de le lui dire. Elle en a assez bavé hier pour ne pas avoir de nouveau le cœur brisé.

Maya prit sa défense, telle une avocate devant un juge, ce qui j'en suis certain fit plaisir à Amanda qui avait besoin d'avoir un allier sur ce coup-là. Cela aurait dû m'énerver mais pouvais-je vraiment lui refuser cette envie de passer du temps avec ses amis après ce qu'elle venait de vivre ?

- Alors je ne vais plus aller au lycée, au cinéma ou faire les boutiques parce qu'à tout moment je risque de mourir ? Avant même d'avoir des super pouvoirs, je risquais n'importe où, n'importe quand de me faire écraser par une voiture, violer par un fou ou je ne sais quoi. Ma vie a changé, j'ai changé, mais tout ne doit pas changer sous prétexte que je dois sauver le monde. Celle que je suis, c'est avant tout grâce à mon entourage, je ne peux assurer leur protection qu'en étant le plus souvent avec eux. Tu veilles sur moi, je dois veiller sur eux, sinon qui les sauvera le jour où il décidera de s'en prendre à l'un d'eux pour m'atteindre ?

- Désolé, je me montre trop protecteur.

Elle quitta sa chaise et arrivée à ma hauteur, elle leva de son index ma tête pour que nos regards se rencontrent.

- Trop prudent et c'est normal. Mais plutôt que d'insinuer des choses stupides, dis clairement le fond de ta pensée la prochaine fois.

Depuis la veille, nos tatouages ne s'étaient pas animés, du moins jusqu'à maintenant. Un frisson me parcourut. Je voulais la prendre dans mes bras pour ne plus la laisser partir mais je ne le pouvais, je ne pouvais me résoudre à la priver de sa liberté humaine, elle en avait besoin pour continuer à avancer.

- J'y vais.

Elle rompit le contact sans la moindre hésitation, je dus me résoudre à la laisser partir pour passer du temps avec ses amis. Intérieurement, je priai pour qu'il n'y ait aucun contact avec un Destroyer.

- Surveille ton téléphone, Maya.

Elle claqua la porte du manoir derrière elle.

Je débarrassai la table pour ensuite faire la vaisselle, ma sœur voulut m'aider, chose que je ne refusai pas, sa compagnie ne m'était pas désagréable et puis, cela m'éviterait de ruminer, elle le savait fort bien, voilà pourquoi elle était restée.

- Tu sais, je pense vraiment que ça va lui faire le plus grand bien de passer un moment avec ses amis, elle n'a pas voulu te mettre à l'écart...

- Je sais, elle a juste voulu s'éloigner de cette nouvelle vie pour un retour aux sources, de façon à retrouver cet espoir qu'elle avait au début de sa mission.

- Je ne pense pas qu'elle espère encore sauver Slevin, Peter, je pense juste qu'elle a besoin de se déconnecter de tout ça.

- Je ne mets pas sa loyauté en doute Maya, je dis juste qu'au fond elle ne pourra pas s'empêcher d'espérer.

- Certes, mais en attendant, elle ne l'a pas retenu hier soir. Elle sait fort bien que son nouveau combat est d'un tout autre ordre.

- Oui et tu as raison je me fais trop protecteur, peut-être même étouffant depuis hier, je devrais lâcher du leste.

- Voilà de bien sages paroles.

- Te moque pas.

Je lui balançai le torchon pour qu'elle essuie ce que je nettoyais lors de notre discussion.

Je n'étais pas habitué à ce genre de réaction de ma part, la jalousie ou même la possessivité m'était pas une chose inconnue mais il est vrai que, depuis qu'elle est entrée dans ma vie, ces sentiments avaient fait irruption sans même que je puisse les comprendre, jusqu'à hier. Je peux dire merci à ma moitié humaine pour cela. Par conséquent, cela avait créé une tension entre Amanda et moi, chose que je détestais par dessus tout, j'espérais qu'elle comprendrait que je ne voulais pas prendre de risque. Maintenant qu'un pas en avant avait été fait, je ne voulais pas que l'on recule...

Mais je devais être honnête, cette angoisse qu'au fond elle espère toujours que Slevin puisse redevenir celui d'avant me terrassait. Pourtant Maya avait raison, elle ne l'avait pas retenu hier soir ; cependant, peut-être n'avait-elle pas compris qu'il devenait alors son ennemi et que, bientôt, un combat aurait lieu et qu'elle devrait le tuer pour sauver la Terre. Ma confiance en elle était inébranlable mais je ne pouvais pas mettre de côté le fait qu'elle l'avait aimé et perdu en si peu de temps.

Je laissai mon angoisse se dissiper pour proposer à ma sœur de s'entraîner, de façon à me défouler et de me remettre de mes blessures.

- Tu es sûr ? Ton dos est encore sensible !

- Je bois l'infusion depuis hier soir, ça devrait aller.

- Hum...

- De toute façon, tu n'as pas le choix, alors rendez-vous à la bibliothèque.

On fit la course jusqu'à la pièce concernée, volant comme des fantômes dans les airs puis, arrivés devant la porte, nous nous arrêtâmes. Ma sœur avait gagné, étant la plus rapide de nous deux, je ne pouvais en douter, cependant j'avais toujours une lueur d'espoir de pouvoir la battre un jour.

- Je suis la meilleure.

- Attention aux chevilles, sœurette.

- Quoi ?

- Une expression humaine.

- Ah !

Une fois entrés dans la pièce, nous commençâmes par nous échauffer puis, sans perdre de temps, nous bougeâmes nos corps et nos esprits de façon à être concentrés au maximum, pour commencer l'entraînement.

POV Amanda

Retrouver mon appartement m'avait fait vraiment beaucoup de bien, il m'avait manqué. Bon, ce n'est qu'une grande pièce avec des meubles certes mais c'est chez moi et on n' est jamais mieux que chez soi. En arrivant, j'avais immédiatement remis mon téléphone en charge, de façon à pouvoir contacter mes amis. Une fois la batterie montrant qu'elle était en charge, j'envoyai un message à Emilie, pour savoir si elle était disponible cet après-midi.

"J'ai mangé avec Mickael et Shannon, on peut se retrouver dans une trentaine de minutes, si tu veux ?"

J'étais tellement contente de sa réponse que je ne perdis pas un instant pour lui répondre.

"D'accord. Le parc municipal, c'est bon ?"

Une endroit superbe qui permettait aux amis ou familles, voire même aux amoureux de se retrouver pour passer quelques instants ensemble, sans être importunés toutes trente secondes pour une cigarettes ou de la monnaie. Autrefois, nous y allions beaucoup ici quand Slevin était encore... comme nous.

"Au parc, tu es sûre ?"

Après les cours principalement, nous nous y rendions pour réviser entre amis assis sur une couverture avec de quoi nous sustenter si l'un de nous avait un creux.

"Oui, je suis sûre."

Il est vrai que depuis la mort de Slevin, aussi vrai soit-elle pour eux, nous n'y avions jamais remis les pieds mais il était temps d'aller de l'avant et puis, j'en avais besoin, je pense pour enlever cette boule qui me serrait la gorge.

"D'accord, à tout à l'heure."

J'allais enfin passer une vraie après-midi avec mes amis, sans penser à quoi que ce soit, retrouver le semblant d'une vie normale, parler de tout sauf de démon ou de je ne sais quoi qui pourrait surgir. Peter avait eu du mal à le comprendre, mais je pense que Maya lui aura fait entendre raison et puis, je n'avais pas besoin de sa permission, si je voulais voir mes amis, j'en avais le droit. Mais je comprenais fort bien qu'il s'inquiétait pour moi, ainsi que pour eux, après tout, on ne sait pas ce qu'il s'était passé quand Slevin était parti hier. Juste qu'il était en colère, provoquant cet espèce d'orage dans le ciel qui en trente minutes s'est calmé... De toute façon, je pense franchement que nous le saurions bien assez tôt.

Je décidai de me changer, de façon à porter mes propres vêtements, ne voulant pas que mes amis s'imaginent quoi que ce soit, connaissant leur imagination débordante et je n'avais vraiment pas envie de me justifier sur le fait que je portais les affaires de Maya, bien que je me doute que, quand Peter avait eu Mickael en texto tout à l'heure, il lui avait expliqué que j'avais passé la nuit au manoir car il était trop tard pour que je rentre.

Je me rendis dans ma chambre pour choisir ce que j'allais mettre. En regardant dehors, je vis que le temps n'avait pas changé donc je me décidai de mettre un débardeur noir avec par-dessus un pull à manche longue couleur chocolat puis un jean bleu foncé avec mes bottes en cuir noir qui remontaient tout le long de ma jambe pour s'arrêter pile juste avant mes genoux. En voulant retourner dans mon salon, je passai de nouveau devant ma salle de bain sans pour autant y entrer, je n'étais pas prête à repenser à ce qu'il s'était passé le matin de la veille, c'était trop frais, trop douloureux.

Je pris ce qui me servait de sac à main, en réalité c'était plus à sac bandoulière qui était beaucoup plus pratique et surtout qui éloignait les voleurs potentiels, et je sortis de mon appartement n'oubliant pas de prendre mon téléphone portable et mes clés pour fermer la porte. Sur la route, je n'oubliai pas de prévenir Maya du lieu de rendez-vous, n'obtenant aucune réponse de sa part, j'en déduis qu'elle devait être occupée. Mon mp3 allumé, les écouteurs sur mes oreilles, je décidai d'aller à pied jusqu'au lieu de rendez-vous qui se trouvait à une vingtaine de minutes de marche de chez moi. En musique, pour me détendre, j'écoutai le nouvel album de Rihanna Talk that talk, ce qui me permit de ne penser à rien d'autre qu'à sa voix et la joie que je ressentais de retrouver mes amis.

En passant par certains endroits, je remarquai qu'il restait des marques du petit épisode neigeux que nous avions eu la semaine dernière, ce qui était très joli. Mais depuis quelques jours, il ne faisait pas moins de cinq degrés donc pas assez pour qu'il neige à nouveau.

Mon portable se mit à vibrer, je vis que c'était Maya qui me répondait en s'excusant de ne pas m'avoir répondu plus tôt car elle s'entraînait avec son frère. Traduction : Peter se défoulait. Je n'étais pas bête, je savais que cet entraînement avait pour but de dissiper sa frustration et son inquiétude, je ne pouvais lui en vouloir mais il devait comprendre qu'hier avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase et que j'avais besoin de souffler.

"Pas de souci. Bisous."

J'étais arrivé au lieu de rendez-vous sans même m'en rendre compte, trop absorbée par le paysage puis à regarder mon téléphone. J'entrai par le portail principal puis me dirigeai vers notre lieu de rendez-vous habituel, du moins auparavant, près du bassin d'eau dans lequel nageaient plein de petits poissons de toutes les couleurs. Je vis alors Emilie, une cigarette à la bouche bien sûr, assise sur le bord du bassin attendant patiemment. Elle sourit en me voyant.

- Tiens, une revenante.

Je baissais les yeux, gênée par cette remarque, parce que je savais qu'elle avait raison, cela faisait presque trois jours que je ne leur avais pas donné signe de vie.

- Ma belle, c'était une boutade. Bon, certes tu aurais pu tout de même nous envoyer un petit message disant que ça va etc.

- Oui, je sais. Désolée mais avec ce devoir...

- Et Peter, tu n'avais pas beaucoup de temps.

Je souris.

- Ah, ah, il s'est passé quelque chose ?

- Non !

- Arrête, tu as ce petit sourire que je n'ai pas vu depuis fort longtemps.

Et là, une pointe au cœur vint me gâcher ce moment. Le souvenir douloureux de la dernière fois que j'avais ressenti une telle chose.

- Amanda, ça va ?

- Oui.

- Désolée, je ne voulais pas évoqué Slevin de cette façon.

- Aucun souci. Il est temps que je passe à autre chose.

- Oui, en effet. Donc avec Peter... ?

Elle était tout bonnement incroyable, parfois elle me faisait penser à ce personnage incroyablement agaçant mais attachant d'une saga littéraire sorti, il y a quelques années ayant eut un succès mondial pour l'auteur, adaptée au cinéma, Alice Cullen, si je me souvins bien. Je vous jure parfois on dirait que c'est d'elle dont parlent les livres.

- Avec Peter, nous avons beaucoup travaillé sur notre devoir d'histoire.

- Mais vous avez fais des pauses ?

- Oui.

- Et ?

- Tiens, voilà Mickael et Shannon.

Elle tourna la tête dans la même direction que moi et leur sourit en les voyant.

- Ah ba, enfin, vous en avez mis du temps.

- Désolé mais le frère de Shannon peut être très envahissant, répondit Mickael.

- Le frère de Shannon ? Demandai-je voulant comprendre.

- Oui. A la fin de notre repas, il a appelé sa sœur pour qu'elle le rejoigne à dix minutes du café, il était dans une boutique et ne savait pas quel cadeau prendre pour l'anniversaire de sa petite amie

- Donc il avait besoin du conseil de sa frangine et lui a téléphoné

- Oui, c'est ça mais j'avoue que ces derniers temps nous ne nous sommes pas beaucoup vus, alors il a voulu profiter de ce moment au maximum, m'expliqua-t-elle

Tout le monde s'assit alors sur le ou au bord du bassin. Un silence s'installa alors qui ne dura que quelques secondes.

- Ca fait vraiment bizarre de retrouver ici, non ? Demanda Mickael, l'esprit ailleurs.

- C'est vrai, mais c'est aussi l'endroit idéal pour repartir à zéro et aller de l'avant.

- Aller de l'avant, tu as raison. En parlant de ça, tu es allée ... de l'avant avec Peter ?

- Chéri, tu m'avais promis de ne pas la harceler de questions.

- En effet, mais si tu regardes bien la situation, Emy est arrivé bien avant nous et l'a donc questionnée beaucoup plus que moi, j'ai donc le droit de me rattraper.

- Eh bien, fais-le d'une manière plus diplomate.

- Non, non, voilà trois jours que la miss se cache dans le manoir de son cher et tendre, elle ne m'échappera pas cette fois. Nous avons les moyens de vous faire parler, Mademoiselle Pierce.

Ce fut plus fort que moi, je finis en fou rire, il avait utilisé un accent qui se voulait différent mais c'était simplement risible tant c'était une mauvaise interprétation.

- Non mais Mickael, c'est quoi cet accent ?

- Ben quoi ?

Alors pour se moquer un peu plus, Emy l'imita et j'en pleurais de rire car c'était encore plus ridicule que lui ; Shannon était dans le même état que moi. Au bout de quelques minutes, notre légère petite folie s'arrêta et nous nous regardâmes essayant de nous retenir pour ne pas sombrer dans un nouveau-fou rire. Cela m'avait tellement manqué, ils m'avaient tant manqué.

- Sérieusement, vous avez fait que de travailler ? Demanda Mickael qui avait repris son sérieux.

- Bon d'accord, nous n'avons pas fait que ça !

Tous les trois se regardèrent avant de reporter leur regard sur moi.

- Ba dis-nous ! Me pressa Shannon.

- Attention, ils déteignent sur toi.

- Allez ! Renchérit Emy.

- Très bien. Nous avons mangé, dormi, prit plusieurs douches et parler puis dormir, travail, douche, manger...

- Ah, ah, il t'a donné des cours pour l'école du rire ou quoi ?

- Encore une de ces expressions frenchy ?

- Gna, gna, gna, me répondit-il en grimaçant.

- Ce n'est pas évident comme situation.

- Au contraire, c'est tout simple. Il te plaît, c'est plus qu'évident et lui, quand il te voir, il te dévore des yeux, d'ailleurs fais attention, tu risques de te retrouver sans culotte plus vite que tu ne le crois.

- Hein ?

Décidément Shannon se révélait de plus en plus depuis qu'elle était avec mon meilleur ami.

- Ce qu'elle veut dire, continua Emilie. L'attirance qu'il y a entre vous deux est plus que flagrante, rien ne peut vous empêcher d'aller plus loin...

Si seulement vous saviez... C'est tellement plus compliqué que ça !

- C'est vrai, il me plaît beaucoup.

- Alléluia ! Cria Mickael.

- Mais je ne suis pas sûre d'être prête.

- Et lui alors, il a jamais connu la moindre fille, tu crois pas qu'il flippe aussi de son côté.

- Comment tu sais ça toi ? Lui demanda Emy.

- Ba, c'est mon pote, oubliez pas. Il n'y a pas que les girly qui parlent entre elles.

- Je le savais déjà, Maya m'en avait brièvement parlé.

Je ne pouvais pas dire à mes amis que ce qui nous empêchait d'être vraiment ensemble était leur ex-ami revenu des morts, destiné à tuer tout ce qui se présenterait sur son passage et que je suis celle qui est censée les sauver, ayant Peter comme protecteur et que certaines lois magiques nous interdisaient d'être ensemble. Bien sûr, les membres de son Royaume, surtout son père, avaient deviné qu'il y avait quelque chose de fort entre nous, mais que dirait-il s'il se passait concrètement quelque chose ?

De toute façon, comme venait de le dire Mickael, Peter n'avait jamais connu de filles, du moins il en avait peut-être connues mais n'était jamais tombé amoureux, quant à moi, mon seul et unique amour était censé être mort et s'avère être mon pire ennemi. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Peut-être qu'avec Peter nous prendrions le risque de commencer quelque chose mais à quel prix ?

- Ecoutez, il est vrai qu'on... qu'il y a quelque chose entre nous, mais arrêtez de vouloir précipiter les choses. Il se passera ce qu'il doit se passer, point final.

- Tu as raison, mais c'est que ça fait tellement longtemps qu'on ne t'avait pas vue sourire de la sorte qu'on ne peut s'empêcher d'espérer...

- Vous êtes adorables mais, s'il vous plaît, laissez-nous gérer ça comme on le souhaite.

- Bon et pour le nouvel an, vous avez prévu quelque chose ?

- Toi oui, visiblement! Répondit Emy.

- Oui, chez moi avec mes amis.

- Tes amis ? Ah bon, et on peut savoir qui ils sont ?

- Ah ah, décidément vous êtes de vraies comiques aujourd'hui les filles.

- Que veux-tu, nous sommes tellement douées pour te faire tourner en bourrique.

- J'ai déjà proposé à Peter et Maya, ils ont dit oui.

- Ah bon ? Demandai-je, étonnée.

- Ah ah, à moi de rire hein, Peter ne t'en a pas parlé.

- Euh non, avouai-je.

J'allais donc passer la nouvelle année en compagnie de mon protecteur et de sa sœur, tout en étant accompagnée de mes amis. Etait-il trop égoïste de ma part de demander qu'il ne se passe rien d'autre que des choses normales pendant cette soirée qui aura lieu dans deux semaines ?

En fait, j'étais surprise qu'ils participent à cette soirée car je pensais réellement que, dans leur monde, ils ne fêtaient pas ce genre d'événement mais à y penser, pour paraître le plus humain possible, il fallait s'adapter aux différentes coutumes.

- Excusez-moi, vous auriez l'heure, s'il vous plaît.

Pendant que nous continuions de discuter, assis au même endroit depuis le début de cette rencontre, un homme d'une trentaine d'années vint se présenter devant nous. Il était grand, les cheveux clairs, les yeux de couleur verte, habillé en cuir noir qui cachait une chemise à carreaux marron.

- Euh...

Shannon regarda son téléphone.

- Il est quinze heures trente monsieur.

- Merci beaucoup vous êtes bien aimable.

Il nous tourna le dos et fit mine de repartir d'où il venait. Alors, je me rendis compte qu'il n'y avait plus grand monde dans cette partie du parc.

- Désolé, je ne veux pas vous importuner plus longtemps mais, vous n'auriez pas une cigarette à tout hasard.

- Mince, Emy, c'est ça qu'on a zappé d'acheter en sortant du café.

- Hum...

- Désolé, mais non nous n'en avons pas.

Le regard de l'homme se fit plus insistant ce qui ne me plaisait pas et à Mickael non plus car il ne détourna pas son regard.

- Il y a un problème ?

Alors ce frisson qui avait pour habitude de m'alerter m'ait parcourue de tout le corps, je compris que ce n'était pas un homme comme un autre qui se trouvait en face de nous.

- Mickael laisse tomber, le monsieur veut seulement une cigarette.

- Qu'il arrête de me fixer comme ça alors.

- Regarder n'est pas un crime, répondit celui-ci.

J'essayais comme je le pouvais d'éloigner mes amis de façon à ce qui ne leur arrive rien et, surtout, je fis semblant de ne pas comprendre ce qu'il était afin de ne pas créer de violence de sa part, mais Mickael ne m'aidait pas beaucoup pour le moment.

- Tu sais quoi mon chéri, nous avions dit à mes parents que nous en rentrerions pas trop tard, on devrait y aller.

- Oui, tu as raison. Amanda...

- Non, t'inquiète pas, ce fut court mais super. Nous devrions reprendre cette habitude plus souvent !

- Vous n'allez nulle part !

La sonnette d'alarme se réveilla en moi et je sentis mon tatouage s'animer, pourtant ni Peter ni Maya n'étaient dans les parages, mais je sentais mon pouvoir qui me démangeait fortement.

- Pardon ?

- Mickael, laisse tomber, lui dit Emilie essayant, elle aussi, de calmer le jeu.

Elle le prit par le bras, le tirant dans l'autre direction pour qu'ils puissent partir, mais le Destroyer la retint par le bras droit la serrant très fort.

- Vous êtes dingue !

Mickael voulut s'interposer mais Emilie fut projetée doucement mais assez fort contre le rebord du bassin, se cognant la tête, lui faisant perdre connaissance. Au moment même où Shannon voulut la rejoindre, il la prit par le cou, l'étranglant à moitié, lorsque Mickael voulut intervenir, il se retrouva parterre.

- Lâche-la! Criai-je pour que son attention se dirige vers moi.

- Tu en as mis du temps !

Je ne répondis pas, ne voulant pas perdre ma concentration. Ce que Peter redoutait, était en train d'arriver. Etait-il trop loin pour sentir mon tatouage s'animer à m'en brûler la peau ? J'étais seule face à un Destroyer polymorphe qui venait de blesser mes amis. Je devais agir mais je ne voulais pas risquer la vie de mes amis bêtement.

- Lâche-la ! Répétai-je pour la énième fois.

- Très bien.

Il lâcha Shannon qui se retrouva par terre, à moitié consciente essayant de respirer à nouveau correctement, sa jambe devait lui faire mal car elle la tenait comme pour compresser la douleur.

- Shannon, ça va ?

- J'ai mal à la jambe.

J'étais accroupie à ses côtés. Sa jambe gauche était devenue bleue à cause d'un hématome qui s'était formé suite à sa chute mais elle n'avait pas l'air cassée, ce qui me soulagea. Emy respirait toujours et commençait à bouger de nouveau ce qui me rassura, quant à Mickael, il avait des difficultés à se relever.

Je sentis mon ennemi se rapprocher de moi, alors je me levai et me retournai pour lui faire face demandant à Shannon de reculer.

- Slevin te salue.

Mon cœur se brisa de plus belle, non pas à l'évocation du prénom de ex Grand Amour mais parce que tout cela venait de lui, qu'il mettait en péril la vie des personnes qui autrefois étaient ses amis. J'en déduisis aussi que si les ordres venaient de lui, c'était que sa transformation avait eu lieu ; alors je repensais aux éclairs dans le ciel qui tonnaient la veille par-dessus le torrent de pluie que nous avions créée avec Peter. Désormais, tout s'expliquait. Je ne me sentais pas rassurée pour autant, c'était bien la première fois, depuis que je sais qui je suis que je me retrouve fasse à un Destroyer dans un lieu public, et que Peter n'est pas à mes côtés. Je devais faire face à la situation seule, en protégeant au maximum mes amis mais, pour le coup, c'était plutôt mal parti.

Alors je me relevai doucement pour ne pas créer un effet de panique chez mon ennemi. Je jetai tout de même un coup d'oeil à mes amis, qui sonnés par leur état n'avaient pas fait attention à l'évocation du prénom de leur ancien ami censé être mort lors d'un accident de voiture. Les filles étaient désormais l'une à côté de l'autre, essayant de se réconforter, ne sachant comment réagir, ni quoi faire trop apathiques. Dans un sens, cela m'arrangeait mais de l'autre, cela m'inquiétait beaucoup.

- C'est lui qui t'envoie ?

- Eh bien... Disons que je me promenais et que...

Voyant mon visage rempli de mépris, il arrêta nette sa fausse plaisanterie pour me répondre correctement.

- Je devais juste te surveiller.

- Pourquoi nous attaquer ?

- C'est dans ma nature.

- Il te punira de ne pas lui avoir obéi.

- Il n'est pas mon chef ! Grogna le Destroyer.

- Vraiment ? Alors pourquoi avoir accepté sa demande de me surveiller, si tu ne le crains pas.

Un rictus se dessina sur son visage et je sus que j'avais tapé en plein dans le mille.

- Il s'est donc transformé.

- Oui et je vais prendre un malin plaisir à te blesser pour t'affaiblir.

- Amanda... Souffla Mickael toujours par terre.

- Mickael, reste allongé, ne te blesse pas d'avantage.

- Pars, il est peut-être dangereux.

Dangereux ? Si seulement mon ami avait la moindre idée du degré d'intensité que valait l'adjectif qu'il venait d'employer... Le regard de mon interlocuteur n'avait plus rien d'humain, la flamme démoniaque qui habitait son âme revint au premier rang et je pus lire la monstruosité de son être rien qu'en plongeant mes yeux dans les siens. Je compris alors que j'allais devoir protéger mes amis mais me protéger aussi pour ne pas mourir. J'allais devoir mettre en pratique ce que j'avais appris avec Peter mais serais-je assez forte pour le tuer ?

Alors de mon pied gauche qui brassa les airs frappant dans sa main droite qui brandissait un couteau qu'il avait fait apparaître je ne sais comment car il n'était pas dans sa main quelques secondes auparavant. Il fut surprit par mon coup mais pas assez pour lâcher son arme. Du revers de la main gauche, il vint me cogner le visage au niveau de l'arcade, celle-ci craqua au contact de sa peau rocailleuse, dure comme la pierre. Cela me confirma qu'il n'avait absolument rien d'humain, seule son apparence, celle que mes amis avaient sous leur yeux, donnait le change. Cependant, je ne tombai pas par terre, gardant mon équilibre du mieux que je le pouvais. Mon tatouage s'anima plus fort et, alors que j'essayais de me concentrer, il vint me mettre un coup de pied dans le ventre.

- Amanda ! Cria Mickael.

Ses cris auraient dû alerter les personnes se trouvant dans le parc mais je ne vis absolument aucun visage aux alentours.

J'essayai de me concentrer pour me rappeler des formules magiques que j'avais pu étudier avec Peter mais aucune ne me venait là comme ça, je devais être trop paniquée.

Tu parles d'une Elue, crise d'angoisse au premier vrai combat.

Alors je me souvins qu'une arme blanche pouvait les blesser ; certes pour elle pouvait aussi tuer mais accompagnée de paroles magiques, or à ce moment précis, aucune ne me vint, dès lors je devais le blesser suffisamment pour le faire battre en retraite, tel un lâche.

Au fur et à mesure qu'il se déplaçait, je me bougeais, essayant de reproduire les mêmes mouvements. Pourquoi me demanderez-vous ? Tout simplement pour le déstabiliser, c'est une tactique que Maya avait évoquée lors d'une de nos longues conversations, et à présent, ce détail était à mes yeux d'une importance capitale. Il bougea sur la gauche, je le suivis, puis il vient lever son bras droit tenant toujours le couteau, j'en fis de même l'arrêtant avec mon bras gauche quand il voulut m'entailler le visage. Il fut tant concentré sur les gestes que je répétais tel un miroir qu'il ne vit pas que j'allais le contraindre en lui faisant perdre son couteau. Je ne courus pas pour autant le chercher, je n'avais pas fini de le déstabiliser.

Mickael ne disait plus rien, il regardait ce qu'il se passait sans vraiment y comprendre quoi que ce soit. Je savais que Peter devrait leur effacer la mémoire donc je n'avais pas besoin de peser mes gestes.

Mon pied droit vint taper contre son tibia lui faisant perdre son équilibre ce qui me donna légèrement l'avantage. Du revers de ma main gauche, je le frappai au visage, du moins, je voulus le faire, mais il m'en empêcha de sa main droite, me bloquant le poignet. Il se releva et me fit voler dans les airs. J'atterris non loin d'un arbre qui aurait pu amortir ma chute. Mes amis hurlaient mon nom mais je n'y prêtai pas la moindre importance, je ne voulais pas être déconcentré. Je devais avoir une ou deux côtes de cassées mais je ne pouvais pas rester allongée alors qu'il se rapprochait dangereusement de moi. Je me relevai du mieux que je le pouvais, une fois sur mes deux pieds, je pris une profonde inspiration essayant de chasser cette compression sur ma poitrine, en vain. La douleur était horrible mais pas assez pour me faire abandonner. Il se rapprochait et je ne pouvais bouger, souffrant trop.

Je fermai les yeux, et je repensai à cette séance d'entraînement que nous avions eue il y a deux semaines. Peter m'avait appris à me déplacer le plus légèrement et le plus discrètement possible, me faisant apparaître tel un fantôme aux yeux de mes ennemis, rendant la fluidité de mon déplacement quasi transparent. Je me concentrai sur ce souvenir, sur le doux parfum de sa peau enivrant mes narines, sur ses paroles caressant mes oreilles me donnant une confiance en moi que je n'avais pas. Je me sentis flotter dans l'air, tel un ange doté d'ailes blanches et je me retrouvai de l'autre côté de la pièce. J'ouvris mes yeux et vis que je me trouvais aux côtés de mon ami toujours assis sur le sol, qui m'observait avec stupéfaction. Le Destroyer ne comprenait pas ce qui venait de se passer et se retourna me cherchant du regard.

Le couteau se retrouvant dans ma main, que était caché le long de mon avant bras, je me déplaçai tant bien que mal dans sa direction, voulant abréger ce combat et mettre mes amis à l'abri. Si seulement je pouvais être en train de rêver, Peter pourrait être là et m'aider...

J'aurais mieux fait de l'écouter !

Il essaya de frapper mais brassa du vent pendant que je lui entaillais le ventre. Un liquide d'une couleur bizarre en sortit, ça ne ressemblait pas vraiment à du sang, en fait, je ne saurais à quoi le comparer. J'avais réussi à le déstabiliser mais pas assez pour y voir de la peur. Il frappa dans ma côte, qui me fit crier de douleur mais je tins bon et restai debout. Alors une idée me vint à l'esprit, je ne me souvenais pas de la magie mais je me souvenais de comment appeler l'un de mes éléments.

Imaginant une cheminée en plein hiver allumée dans le salon de mes parents, je caressai les flammes sans me brûler et leur demandai de me venir en aide. Au souffle léger mais chaud qui caressa mon visage, je compris que j'avais une réponse positive à ma requête. La chaleur incandescente vint se déposer sur la peau rocailleuse de mon ennemi qui hurla de douleur. Il tomba à terre à quelques mètres de Mickael ; je me saisis de nouveau du couteau. Je m'approchai de lui, il me repoussa tout en criant, me projetant contre un arbre. Cette fois, mes côtes me firent émettre un cri à en réveiller les morts. Puis, je le vis s'avancer vers Mickael, mon sang ne fit qu'un tour dans mes veines, je courus le plus vite possible, et vint planter le couteau qui lui appartenait quelques minutes auparavant dans sa nuque. J'entendis un léger craquement mais pas suffisant pour le tuer, il s'étala de tout son long sur le sol, inconscient.

Je m'assis sur l'herbe essayant de retrouver une respiration normale, ce qui ne fut pas chose aisée. Puis, je vérifiai que Shannon et Emilie étaient saines et sauves. A l'approche de Mickael, je remarquai qu'il ne bougeait plus, peut-être s'était-il cogné la tête sans que je ne le vois. Je vins alors à sa rencontre, et m'arrêtai net.

Mon meilleur ami avait le torse lacéré par les griffes de mon ennemi, saignant abondamment, inconscient.