MistyLight : J'allais poster mon chapitre et j'ai remarqué ton commentaire juste avant, quelle chance ^^ ! En fait, je ne m'y attendais vraiment pas. Je crois que c'est parce que je n'attends plus rien maintenant =) ! Je suis vraiment contente que ça te plaise. C'est vrai que le fait que ça soit moitié UA et moitié UR, peut bloquer. J'avais peur que les personnages OS soient un frein. D'autant plus satisfaite que tout ça te tienne en haleine et j'espère que ça continuera. Bonne lecture avec la suite que voilà. Et a samedi prochain.

Chapitre 11

Pour Fang, fin août et mi-septembre furent autant synonyme de frustration que de désespoir. Etro, qui avait promis de reprendre rapidement contact avec elle pour l'aider à retrouver Lightning, tardait à accomplir sa promesse, et la pulsienne commençait à voir sa patience s'effriter.

Elle avait eu la possibilité de voir sa femme uniquement dans un songe et cela, seulement pour la sauver. Le temps que Fang avait pu avoir avec Lightning avait été bien trop court pour qu'elle en soit réellement satisfaite. Elle n'avait même pas pu lui révéler la raison qui l'avait conduite six cent ans dans le passé.

Qu'est-ce que devait penser Lightning ? Avait-elle déjà des suppositions ? Fang avait espéré la revoir dans un rêve. Elle avait naïvement espéré qu'Etro lui accorderait au moins cela, mais en dehors des quelques heures de sommeils qu'elle arrivait à peine à glaner, et les cauchemars, il n'y avait eu aucun signe réel de son amante dans un autre songe. Et le temps commençait à se faire douloureusement long.

Fang replaça sa lance dans son dos alors qu'elle pénétrait le village, revenant d'une après-midi de chasse. Elle avait sérieusement eut besoin d'aller se défouler, au risque de craquer dans l'enceinte de Neo-Bodhum, et tous les villageois n'avaient pas mérité de subir sa colère. Tandis qu'elle passait les falaises qui bordaient l'entrée principale, une voix fluette provenant de sa gauche, l'arrêta dans sa marche.

- La chasse a été bonne ? demanda Vanille, assise sur les bas rochers qui faisaient face à la plage.

Fang tourna la tête vers elle, un peu surprise de trouver sa cadette ici. La rouquine donnait l'impression de la suivre. Quoiqu'il arrive, Vanille n'était jamais très loin de son périmètre et si la brune avait le malheur de réussir à la semer, elle pouvait être certaine que cela ne durait pas plus d'une heure.

Fang finit par hausser les épaules. Elle n'avait pas chassé pour ramener du gibier et elle revenait les mains vides, ce qui n'était pas vraiment une bonne idée en sachant que l'automne venait de commencer. L'hiver serait à leurs portes plus vite qu'ils ne l'imaginaient et avoir des provisions en réserve ne pouvait que leur être bénéfique.

- Pas vraiment fructueuse, se contenta-t-elle de répondre. Qu'est-ce que tu fais là ?

Vanille esquissa un petit sourire et sauta au sol, se retrouvant à la hauteur de son aînée. Fang l'observa réajuster ses vêtements, avant qu'elle ne se place à ses côtés et qu'elles reprennent leur marche ensemble.

- J'ai passé l'après-midi à te chercher. C'est les sentinelles de jour qui m'ont dit t'avoir vu te diriger vers l'extérieur, apparemment bien décidée à aller chasser.

- Et tu t'es dit que tu allais m'attendre ici ?

- Je voulais savoir comment tu allais, et je sais que si je n'avais pas pris cette initiative, tu m'aurais évitée. Encore.

- Je vais bien, Vanille, soupira Fang.

- Tu n'es pas obligé de faire semblant avec moi, je sais que c'est faux !

Fang s'arrêta et soupira, puis tourna finalement la tête vers la rouquine. Elles s'observèrent pendant un instant, avant que la brune n'esquisse un léger sourire.

- Je ne sais plus vraiment quoi penser en ce moment… avoua Fang.

Elle soupira une fois de plus et décida de s'asseoir sur l'un des rochers à proximité de la plage. Elle pouvait déjà entendre le ressac des vagues qui s'écrasaient contre les falaises, et le vent de cette fin d'après-midi siffler à ses oreilles. L'automne commençait à se faire sentir, rafraichissant considérablement les soirées après des journées plutôt clémentes.

Vanille s'assit à ses côtés et respecta son silence, attendant patiemment qu'elle se mette à parler.

- Ça va faire un mois, Vanille, souffla Fang. Et plus le temps passe et plus je me demande à quoi je dois m'attendre. Je n'ai pas eu de nouvelle d'Etro… Et si Lightning était définitivement perdue dans le temps ?

- Ne dis pas ça, contra doucement la rouquine.

- Pourquoi pas ? C'est peut-être vrai. Peut-être qu'Etro n'a aucune solution pour sauver Light. Elle n'a déjà pas eu assez d'énergie pour maintenir assez longtemps ma connexion avec elle, alors comment pourrait-elle en avoir assez pour carrément la faire revenir à notre époque ?

- Il ne faut pas que nous partions défaitistes, Fang.

- Je ne pars pas défaitiste ! J'essaie d'être rationnelle !

Un silence pesant les entoura et Fang se mura dans un mutisme buté. Quoiqu'en dise Vanille, elle savait qu'elle avait raison. La ligne du temps était quelque chose de fragile. Y faire traverser une personne, c'était déjà prendre le risque que celle-ci ne retrouve jamais son époque. Et sa femme avait fait un bond de six cent ans dans le passé, c'était énorme. Les chances de pouvoir la faire de nouveau traverser toutes ces époques jusqu'à la sienne, sans la perdre définitivement en route, étaient plus que mince.

Le cœur de Fang se serra douloureusement dans sa poitrine. Il y a un mois de ça, elle venait juste de prononcer ses vœux. Des vœux d'amour, de protection et de bonheur. Des vœux qu'elle chérissait et qu'elle attendait depuis longtemps de pouvoir exprimer. Fang baissa les yeux sur ses mains jointes sur ses cuisses, son regard se posant sur sa main gauche ou brillait son anneau de mariage. Les reflets du quartz, provenant de son lien d'union avec Lightning, étincelèrent dans les derniers rayons de soleil.

Elle fit tourner son alliance autour de son doigt. En acceptant de porter cette bague et de lier son âme à celle de Light, Fang avait fait des promesses. Bon sang, elle avait même promis à Serah de toujours veiller sur sa sœur. Elle se rappelait avec une horrible exactitude des moindres mots qu'elle avait échangés avec sa jeune belle-sœur, quelques instants à peine après la cérémonie.

Serah l'avait chaleureusement serré dans ses bras, lui demandant affectueusement dans le creux de l'oreille :

- Prend bien soin de ma sœur, d'accord ?

- Tu peux avoir confiance en moi.

C'était ce qu'elle avait répondu avec assurance. Sans hésitation, sans faille, Fang avait promis et Serah n'avait pas douté.

- J'ai confiance, avait déclaré la jeune Farron. Tu es la meilleure chose qui soit arrivée à ma sœur. Je sais que tu la soutiendras et la protégeras quand elle en aura besoin, comme tu sauras lui donner la liberté qui lui sera nécessaire. Je sais aussi que tu n'hésiteras jamais à lui remettre les idées en place si elle se montre trop bornée.

- Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour le rendre heureuse, Serah.

La plus jeune l'avait seulement regardé et lui avait souri. A cet instant, Fang n'avait eu besoin de rien d'autre, que de savoir que l'unique famille qui restait à Lightning l'acceptait. Il n'y avait rien de plus sacré pour Fang que la famille. Elle s'était unie magiquement et ce rituel signifiait bien plus qu'une simple union. Elle aimait cette femme plus que tout au monde. La pulsienne serait prête à faire n'importe quoi pour elle.

- Fang ?

La voix de Vanille la tira de ses pensées et elle tourna la tête vers sa cadette. Le visage de la rouquine était tiré d'inquiétude et Fang inspira.

- Je ne veux pas la perdre maintenant, c'est trop tôt, souffla-t-elle douloureusement. Jamais. Je ne le supporterais pas, Vanille.

Fang déglutit, baissant légèrement la tête. Avant de le réaliser, deux bras fins et chaud l'entourèrent et son nez plongea dans le cou accueillant de la plus jeune. Une douce odeur fruitée imprégna ses narines, lui rappelant son enfance. Fang inspira profondément, rendant l'étreinte, y puisant toute l'énergie et toute la force dont elle avait besoin.

La tête sur l'épaule de Vanille, Fang apprécia les tendres caresses que les petites mains de sa cadette lui prodiguaient sur son cuir chevelu. Elles restèrent ainsi pendant un moment, se ressourçant dans le calme ambiant, avant de devoir affronter de nouveau la dure réalité de leur vie actuelle.

Une soudaine bourrasque de vent se leva, plus violente que la légère brise qui passait sur elles quelques instant plus tôt. Les derniers rayons de soleil de cette fin de journée furent tout à coup cachés par de gros nuages gris. Le temps venait brusquement de changer et Fang fronça les sourcils en se reculant. Vanille et elle levèrent le nez vers le ciel et se regardèrent.

- Nous devrions rentrer, préconisa Vanille. J'ai l'impression qu'il va bientôt se mettre à pleuvoir.

- Tu ne trouves pas ça étrange ? demanda Fang.

La rouquine fronça les sourcils, relevant la tête vers les nuages. Elle sembla réfléchir un instant avant de regarder de nouveau la brune.

- C'est vrai que ça semble bien trop soudain.

Avant même que Vanille n'ait terminé sa phrase, un épais brouillard les enveloppa, masquant leur visibilité à quelques centimètre à peine. Fang et Vanille se levèrent instantanément et la plus âgée se plaça devant la plus jeune en signe de protection. Fang attrapa instinctivement un poignet dans l'une de ses mains et pendant une seconde, elle eut l'impression de revivre une vieille scène qui s'était déroulée six cent ans auparavant. Mais en définitive, elle avait toujours agit ainsi avec Vanille, alors cela ne lui semblait pas vraiment surréaliste.

- Reste près de moi, souffla Fang.

Vanille se contenta d'acquiescer, et la brune se détourna d'elle pour sonder ce qui l'entourait, à la recherche d'une quelconque menace. Fang avait l'impression de revivre la même situation que le jour ou Lightning avait disparu au milieu de cette épaisse brume noire, au travers de ce portail temporel.

Qu'est-ce qui allait se passer maintenant ? Est-ce que ça allait recommencer ? Est-ce qu'Etro avait trouvé une solution et lui ramenait enfin sa femme ? Est-ce que c'était seulement possible ? La déesse de la mort avait elle-même affirmé ne pas avoir assez d'énergie et de puissance pour maintenir une certaine stabilité dans ses invocations.

Plus d'une semaine auparavant, Etro lui avait permis d'entrer en contact avec Lightning, créant un lien entre leur deux esprits, un endroit où il leur était possible de se retrouver. Mais elle ne pouvait pas garder cette connexion ouverte trop longtemps.

Un temps que sa compagne avait cru n'être qu'un rêve, et la brune n'avait pas eu l'opportunité de lui dire le contraire. Elle aurait préférée pouvoir lui révéler qui se cacher derrière toute cette histoire. Lui apprendre la vérité et pourquoi elle se retrouvait bloquée six cent ans dans le passé. Fang avait eu du mal à croire que Bhunivelze soit derrière tout ça, mais s'il y avait bien un dieu capable d'autant de fourberie, c'était lui. Il était un monstre cruel qui se fichait des vies humaines à défaut d'Etro, qui malgré sa puissance amoindrie, se révélait être une déesse plus compatissante et concernée.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda soudainement Vanille, alors que l'épais brouillard ondulait autour d'elles. Tu vois quelque chose, Fang ?

La plus âgée des pulsiennes colla Vanille dans son dos, s'assurant de sa présence. Il était hors de question qu'elle l'a perde dans cette masse peu rassurante.

- Non, rien, répondit-elle doucement.

- Comment ça se fait ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu crois que ça recommence ?

Le ton de Vanille était tendu et inquiet. Fang lui jeta un rapide coup d'œil avant que son attention ne soit interpellée par une soudaine apparition. Elle fronça les sourcils, détaillant difficilement une petite et frêle silhouette qui se distinguait au milieu de cette brume compacte.

Après un instant de réflexion, Fang réalisa que c'était une jeune fille à la peau tellement pâle qu'elle semblait translucide et aux long cheveux bleu corail, qui ondulaient dans son dos. La brune fit un pas dans sa direction tandis que l'adolescente, qui ne devait pas avoir plus de quatorze ans, la fixait de ses grands yeux verts.

Fang la connaissait. Du moins, elle avait connu l'une d'elle à son époque. Paddra Nsu-Yeul. Yeul pour faire plus court. Ces pauvres jeunes filles. Des prophétesses qui portaient, génération après génération le même prénom et arboraient le même physique, et à qui la déesse Etro octroyait le don de clairvoyance. Un pouvoir autant fascinant que destructeur, puisque plus Yeul avait des visions, plus cela la conduisait inévitablement à la mort. Celle qui avait réussi à survivre le plus longtemps n'avait pas dépassé les dix-sept ans.

Vanille se déplaça légèrement derrière elle, attirant son attention.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle.

- Yeul.

- La prophétesse de Paddra ? s'exclama la rouquine. Mais elles sont toutes mortes depuis des siècles !

Le cœur de Fang rata un battement et elle inspira profondément.

- Alors peut-être que j'ai enfin le signe de la part Etro, que j'attendais tant, répondit Fang.

Elle se détacha de Vanille et s'avança d'un deuxième pas, avant d'être arrêtée par sa cadette.

- Attends ! Tu ne vas pas y aller, quand même ?

- Si tu as peur, tu peux m'attendre ici ! se contenta de répliquer Fang.

Elle retira son bras de la poigne légère de Vanille et reprit son avancée jusqu'à Yeul. Fang entendit sa sœur adoptive la suivre aussitôt et elle esquissa un sourire en coin. Une fois qu'elle fut à la hauteur de la prophétesse, la pulsienne brune échangea un regard avec la descendante de Paddra.

Fang avait déjà entendu parler des jolis yeux verts des Yeul, mais ceux-ci étaient ternis par le néant. Ils étaient mornes et elle savait que cela n'était pas seulement dû à la mort. Aucune des Yeul n'avait eu de vie. Elles avaient toutes été éduquées dans la crainte, dans la tristesse de savoir que jamais elles ne pourraient être libres tant qu'elles n'auraient pas rejoint Etro dans le Valhalla.

- Tu es une des Yeul de Paddra, fit Fang après un instant.

- Oui. La seule que la déesse Etro ai retrouvée, pour l'instant.

La voix était profonde, caverneuse. Une voix d'outre-tombe, qui fit frissonner les pulsiennes. Fang sentit Vanille qui vint presque se coller contre elle, alors que ses yeux ne lâchaient pas Yeul.

- Tu fais partie du Valhalla maintenant, dit Fang. Que fais-tu ici ? Pourquoi ?

- J'ai uni le peu de force qu'il me restait à celle de la déesse. Suite à ça, elle a trouvé une solution pour aider sa championne.

Fang pinça les lèvres, se retenant de préciser qu'avant d'être la simple guerrière d'Etro, Lightning était sa femme. La respiration de Vanille eut un accroc, tandis que la sienne se coupait sous l'euphorie de la révélation.

- Laquelle ? demanda-t-elle, la gorge nouée.

- Etro voit tout ! fit la voix lourde de Yeul. Passé, présent et avenir.

Fang fronça les sourcils et échangea un rapide coup d'œil avec Vanille.

- Ça, je le sais déjà ! répondit-elle. Je ne vois pas le rapport avec ce que je viens de te demander.

Elle a vu ce qu'il pourrait arriver si elle arrachait soudainement sa championne de sa nouvelle époque. Etro a jugé ça trop dangereux ! Elle n'a pas assez d'énergie pour pouvoir la faire rebondir de siècles en siècles sans risquer de la perdre dans le temps. Il suffirait d'un seul écart, pour qu'elle soit perdue dans un trou temporel. Etro ne veut rien tenter qui compromettrait la survie de sa championne.

Fang afficha un air confus. La joie qui l'avait momentanément envahie chuta brutalement au point zéro. Son ventre et sa poitrine se serrèrent, et Vanille posa une main réconfortante sur son bras.

- Alors quoi ? souffla la brune. Qu'est-ce qu'on fait ? Je croyais que ta déesse avait une solution ! pesta-t-elle finalement.

- Elle en a une !

- Alors laquelle ? s'agaça Fang.

Cette tension commençait à lui peser autant que le calme impassible dont était dotée la jeune prophétesse. L'entité de Yeul n'avait pas bougé d'un cil depuis qu'elle était apparue. Ses longs cheveux ondulaient toujours dans son dos alors que le brouillard rendait l'air moite et étouffant. Les yeux de Yeul se braquèrent dans les siens, froids et impénétrables.

- Etro veut de nouveau faire de toi une l'cie, et te faire traverser à ton tour le temps, jusqu'à revenir six cent ans dans le passé.

Fang fronça les sourcils et secoua la tête d'incompréhension.

- Quoi… ! souffla Vanille derrière elle.

- Je croyais que c'était trop risqué, coupa Fang. Qu'elle n'avait pas assez d'énergie pour pouvoir faire rebondir un corps de siècles en siècle sur la trame du temps.

- La déesse est prête à prendre ce risque, avec toi.

Fang eut un rire sec alors que le souffle de Vanille se coupait. Bien sûr, c'était tellement évident.

- Je suis bien moins importante pour Etro que Lightning, énonça-t-elle clairement. Et cette garce mise tout sur l'amour que j'ai pour ma femme. Si je l'aime tellement, alors je suis prête à risquer ma vie pour aller la chercher.

Yeul ne répondit pas. Elle n'affirma pas et n'infirma pas non plus les allégations de Fang, mais son regard resta fixé dans le sien et la brune savait parfaitement qu'elle avait raison. Après tout, Etro, qui était dotée de sentiments, avait beaucoup d'affection pour Lightning. Aux yeux de la déesse, elle-même n'était qu'une humaine insignifiante en comparaison.

- Fang ! protesta Vanille.

- Tais-toi ! interrompit cette dernière.

Un lourd silence les enveloppa, pendant lequel Fang affronta le regard provocateur de Yeul.

- Etro connait déjà ma réponse, exprima-t-elle finalement avec ardeur.

- Fang ! contesta Vanille.

- Vanille, ce n'est pas le moment ! grogna la brune.

- Tu ne peux pas accepter ça ! Tu ne peux pas risquer ta vie comme ça ! Lightning ne serait pas d'accord !

- Vanille, s'il te plaît ! tempêta Fang. Light n'est pas là, justement, et je ferais tout ce qui m'est possible pour la récupérer.

- Mais…

- J'ai fait une promesse, Vanille. Tu es celle qui a béni notre union, tu devrais comprendre.

Vanille lâcha son bras et resta silencieuse. Fang sentait ses yeux sur elle et toute la désapprobation qu'elle avait par rapport à sa décision. Mais elle ne reviendrait pas dessus. C'était son choix. Elle faisait ça pour Lightning, pour retrouver sa femme, la sauver et peut-être leur permettre d'avoir enfin l'avenir qu'elles méritaient. Une fois que tout cela serait réglé, elle tuerait elle-même Bhunivelze s'il le fallait pour que cette ordure ne leur cause plus jamais aucun problème.

- Que ta déesse fasse bien ce qu'elle veut, si cela me permet de retrouver la femme que j'aime.

- Pour affronter cette époque et assurer ta survie, Etro est d'accord de t'offrir des pouvoirs. Es-tu réellement prête à redevenir une l'cie ?

- Oui !

- Fang, c'est insensé ! protesta violement Vanille.

Yeul se focalisa sur son accord, et le brouillard sembla s'épaissir autour d'elles. Des bourrasques de vent les frappèrent et Fang plissa les yeux. Les portes du temps étaient en train de s'ouvrir, créant une brèche dans l'environnement, juste derrière Yeul. Pendant une fraction de seconde, elle eut peur que cela échoue.

- Est-ce que j'ai une chance de survivre ? s'écria-t-elle à l'adresse de Yeul.

- As-tu peur, pulsienne ? répondit la voix caverneuse autour d'elle, alors que la fine silhouette de la prophétesse se dissipait. Tu ne serais pas humaine, si ce n'était pas le cas ! reprit-elle alors que Fang gardait le silence. Sache qu'Etro et moi avons mis tout en œuvre pour que ta traversée se passe sans encombre.

Fang inspira et expira profondément, détaillant son environnement, qui se mit à tourner autour d'elle. Le brouillard s'éclaircit, laissant apparaitre les contours flous de son village, qu'elle allait bientôt quitter. La brèche s'ouvrit un peu plus, déchirant le paysage qu'elle avait en face d'elle et son souffle se coupa.

- Dis aux autres ce que je m'apprête à faire, Vanille ! s'exclama Fang, alors qu'elle se sentait être déjà aspirée dans la brèche.

- Ne compte pas partir sans moi ! s'écria sa cadette.

Fang n'eut pas la possibilité de protester. Deux bras entourèrent fermement sa taille tandis qu'elles plongeaient dans la trame du temps, tournoyant dans une spirale sans fin. Ses yeux se fermèrent et juste avant de perdre connaissance, Fang eut une pensée pour la famille qu'elle laissait derrière elle, sur Néo-Bodhum, avant qu'elle ne pense à Lightning. Elle allait revenir, avec sa femme. Peu importe le temps que cela prendrait et les risques qu'elle encourrait.

Fang était prête à revivre une guerre de Transgression s'il le fallait. Elle était prête à combattre de nouveau Cocoon et même son propre peuple, si elle y était obligée, pour avoir la chance de vivre cet avenir radieux qu'elle avait seulement eu le temps d'entrevoir avec Lightning. Elles seraient bientôt de nouveau réunies, et pour l'instant, ça lui suffisait pour supporter l'idée que son destin soit encore maudit.

oOo

- NON ! FANG !

Lightning se redressa brutalement en position assise, le corps raide et moite de sueur. La respiration haletante, elle posa des yeux hagards sur les murs de la chambre d'ami, que lui avait gracieusement offert Hagen.

Des murs en pierres, des meubles en bois massif, une chaise rustique sur laquelle reposait la robe traditionnelle d'été que lui avait prêté la guérisseuse. Elle lui en avait fourni une aussi pour les saisons froides, qui approchaient à grand pas, mais celle-ci était suspendue dans l'armoire. D'épais rideaux marron étaient à moitié fermés sur une large fenêtre, que Lightning avait laissée ouverte pour supporter les dernières chaleurs estivales.

Elle déglutit et inspira profondément, son regard se perdant vers le ciel étoilé qu'elle apercevait de son lit. Ça faisait plusieurs nuits qu'elle faisait le même cauchemar et Lightning avait perdu espoir de faire un nouveau songe aussi réaliste que celui dans lequel elle avait eu l'impression de réellement retrouver son amante.

A la place, son subconscient mettait en scène de nombreuses situations plus dramatiques et terrifiantes les unes que les autres. Le fait de ne pas savoir la raison de sa présence ici, et ce qui l'attendait sur le long terme lui pesait aussi de plus en plus. Lightning était fatiguée, autant moralement que physiquement, mais elle savait qu'elle n'arriverait pas à se rendormir. Sa nuit était fichue, encore une fois. Si son esprit ne voulait pas lui donner Fang, il aurait au moins pu faire un effort et lui offrir un peu de répit.

Elle poussa la fine couverture qui recouvrait ses jambes, puis se leva et s'approcha du rebord de la fenêtre. Le ciel rosissait à peine à l'horizon, signe que la nuit touchait presque à sa fin. Lightning jeta un coup d'œil vers la porte de sa chambre, soulagée de constater qu'elle n'avait pas réveillé Hagen avec ses hurlements intempestifs.

Ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Au début, Lightning avait été surprise que la guérisseuse n'accoure pas dans sa chambre pour savoir pourquoi elle criait de la sorte le prénom de la fille du chef. La femme dormait une porte après elle, et même si les murs semblaient épais, l'ancienne guerrière n'était pas certaine pour autant qu'ils couvrent si bien les bruits en plein milieu de la nuit.

Mais maintenant, deux semaines après qu'elle ait enfin discuté avec Fergus et obtenu une certaine liberté, Lightning était juste contente qu'Hagen respecte son intimité. L'aînée Farron avait surpris quelques regards posés sur sa personne, mais pas une seule fois l'ancienne du clan Dia ne lui avait posé des questions.

Lightning croisa les bras sous sa poitrine, reportant son attention sur l'immense verger qui surplombait l'arrière de la maison. Elle frissonna. L'automne avait à peine débuté, mais on sentait déjà les premières fraicheurs et bientôt, elle allait devoir se résigner à refermer la fenêtre pour garder le plus de chaleur possible.

Elle regarda son lit, cependant, l'idée même de refermer l'œil la fit se détourner de nouveau. A la place, Lightning avisa se tenue. Elle portait une simple chemise en coton qui lui arrivait au-dessous des genoux et se dit qu'à cette heure-ci, elle ne risquait rien à aller faire une petite promenade. Elle ne croiserait personne dans le verger, et ça lui ferait le plus grand bien de prendre l'air et de se dégourdir les jambes.

Se mordillant le coin de sa lèvre inférieure, Lightning n'hésita qu'une seconde. Elle ne voulait pas qu'Hagen ait des ennuis. Si elle avait l'autorisation pour vadrouiller un peu partout dans le village, elle n'avait pas vraiment celle de le faire seule. Habituellement, et pour le peu qu'elle sortait, n'étant pas encore totalement à l'aise dans cette époque, Lightning se contentait d'accompagner Hagen partout où elle allait.

Elle s'était rendue compte que c'était plus prudent. Le premier jour où elle avait enfin mis un pied dehors, l'ancienne guerrière avait bien remarqué les regards hostiles des villageois à son encontre. De loin, elle avait même aperçu Ranulf et, pendant une fraction de seconde, Lightning avait frissonné à la pensée de son gourdin.

Sortir seule était risqué pour sa survie. Elle s'était même rendu compte que par moment, les deux hommes qui gardaient sa chambre quand elle était encore prisonnière, la suivaient parfois de loin. Elle était perpétuellement surveillée et malgré le fait qu'elle comprenne l'animosité de ses gens et leur prudence, Lightning ne pouvait pas s'empêcher de se sentir frustrée et captive.

Tout à coup, l'idée même de vagabonder entre les pommiers du verger sans avoir à se préoccuper des habitants, ou d'une quelconque attaque en douce, se fit plus séduisante. Elle se fichait bien de la fine chemise en coton qui lui servait de tenue et, avant même d'y réfléchir plus sérieusement, Lightning enjamba le rebord de la fenêtre et se retrouva de l'autre côté.

Ses pieds nus rencontrèrent la fraicheur de l'herbe humide et elle jeta un coup d'œil à la porte de sa chambre, le cœur battant la chamade. Pendant un instant, elle eut l'impression d'être une adolescente qui faisait le mur, alors que ses parents dormaient dans la pièce à côté, lui faisant confiance pour faire pareil. Sauf que tout cela n'était que théorique, parce que c'était bien une situation qu'elle n'avait jamais vécue étant plus jeune.

Aucun bruit ne lui parvint et, avec un léger soupir, Lightning se détourna de l'encadrement de la fenêtre et se dirigea vers la colline du verger. Une fois qu'elle eut grimpé la bute, elle respira à pleins poumons l'air ambiant.

Ça sentait la rosée du matin et la terre humide. Une brise passa sur ses jambes et Lightning sentit la chair de poule envahir sa chair. Septembre avait bien avancé, mais il faisait encore bon. Cependant, Hagen l'avait prévenue que les températures allaient considérablement chuter entre octobre et novembre. Et que cela n'était rien à côté des chutes de neige de l'hiver.

A son époque, le temps semblait plus clément. En sept ans, le village n'avait essuyé que deux ou trois hivers rudes, et cela n'avait rien eu d'insurmontable. Vanille et Fang avaient à chaque fois prévus, quelques mois en avance, l'arrivé d'une saison hivernale difficile. Grâce à ça, ils avaient pu faire le plein des stocks de nourritures et tout s'était relativement bien déroulé.

Ici, chaque saison semblait bien définie et la suivante ne mettait pas longtemps à rattraper la précédente. La veille, Hagen lui disait justement qu'elle ne serait pas étonnée de voir arriver les premières pluies d'ici quelques semaines.

Lightning leva le nez vers le ciel et croisa ses bras sous sa poitrine. Elle aimerait être de retour chez elle avant l'hiver et avoir la chance de célébrer les fêtes de Noël avec sa famille. Elle avait déjà manqué tellement de Noëls avec Serah, étant toujours trop occupé à la Garde Civile pour ramener le plus d'argent possible, et assurer un avenir à sa cadette. Mais depuis qu'elle avait entamé une nouvelle vie, sept ans auparavant, Lightning avait mis un point d'honneur à être présente à tous les moments importants.

Noël était la fête préférée de Serah. La jeune Farron commençait dès le mois de novembre à la préparer et elle faisait en sorte que tout soit parfait. Elle répétait que ça ne servait à rien de faire trop grand, mais il fallait quand même que ça reste unique pour qu'ils puissent tous s'en rappeler, même des années plus tard.

Lightning se souvenait de chaque Noël qu'ils avaient tous célébrés ensemble. Elle se souvenait de son premier Noël, alors qu'elle venait de se mettre en couple avec Fang. Elle se souvenait des premiers cadeaux qu'elles s'étaient offerts alors qu'elles venaient d'officialiser leur relation. Et elle se souvenait de l'ambiance de leur maison, de l'amour, de la joie et du partage. Cette année, elle serait seule et une douleur lui vrilla la poitrine.

Lightning déglutit et inspira, décidant de repousser au plus loin les pensées négatives qui l'envahissaient. Elle détailla son environnement dans la pénombre ambiante. Si le jour commençait doucement à se lever, la lune dominait encore une bonne partie, éclairant les rangs de pommiers. L'ancienne guerrière s'engagea aussitôt dans celui qui se présentait devant elle.

Elle marcha sans se préoccuper de sa destination. Peu importe où elle atterrissait, elle avait besoin de ne penser à rien et pour ça, il fallait qu'elle mette son corps en action. Si cela lui était possible, elle donnerait même tout pour avoir droit à un combat amical. Mais valait mieux pour elle qu'elle ne montre pas à ce peuple qu'elle était une excellente combattante, sinon il y avait fort à parier que Fergus allait très vite réviser son jugement sur son compte. Et que ces habitants la voient comme une menace était bien la dernière chose dont elle avait envie.

Lightning arpenta le verger pendant un moment. Le temps avait filé sans qu'elle y fasse attention et quand elle sortit de ses pensées, elle se rendit compte que cette fois, le jour avait entamé son ascension. Le ciel de la nuit avait laissé doucement sa place aux premiers rayons de soleil, commençant à peine à illuminer l'horizon. Elle s'arrêta après quelques minutes de marche au bord d'un précipice qui plongeait vers une forêt dense.

Deux semaines auparavant, c'était dans cette même forêt qu'elle avait accompagné Hagen et Vanille à la recherche de champignons lunaires. Lightning s'était sentit revivre, alors qu'elle arpentait en silence la terre battue, écoutant attentivement les bruits qui faisaient vivre la forêt.

Hagen et Vanille furetaient entre les buissons et les crevasses des troncs d'arbres, discutant et rigolant tranquillement. Lightning les avait observées faire pendant un moment, restant subjuguée par leur capacité à vivre, tout simplement, malgré la menace des soldats de Cocoon qui pesait sur leur tête. Vanille était une jeune adolescente douce et pleine de vie et, dans un sens, Lightning retrouvait un peu de sa propre Vanille dans le caractère et le comportement de cette jeune fille.

Hagen, bien qu'elle fasse tout pour inculquer le plus de connaissances possible à sa cadette, laissait une certaine liberté à cette enfant. Lightning savait parfaitement pourquoi. Leur vie était précaire et parfois difficile, trop pour une gamine qui sortait à peine de l'enfance et qui était encore loin d'être une femme. Vanille avait besoin de cette insouciance, d'autant plus que deux ans auparavant, elle avait essuyé la perte de tout son clan. C'était déjà beaucoup pour une adolescente d'à peine treize ans.

Lightning avait d'autant plus aimé cette soirée qu'elle avait eu le sentiment d'être entièrement libre. Personne pour surveiller le moindre de ses faits et gestes, elle avait pu être elle-même sans craindre de quelconques représailles. Vanille vagabondait partout, lui parlant et s'amusant comme si elle la connaissait depuis toujours. Hagen était restée plus modérée, mais pour la première fois depuis qu'elle était arrivée dans cette époque, l'ancienne guerrière avait eu l'impression d'avoir une amie.

oOo

La nuit était à peine tombée et Lightning avait découvert ce qu'étaient des champignons lunaires. Elle avait souri en s'apercevant que ces petits végétaux, qui avaient la forme d'un cèpe, s'illuminaient comme des loupiottes bleues un peu partout dans la forêt, une fois qu'il faisait sombre.

Elle faisait en sorte de ne pas s'écarter du chemin ni de s'éloigner de ses deux compagnes de promenade qui, elles, exploraient chaque recoin qui les entourait. Lightning observa Hagen, qui avait déniché l'un de ces agarics et qui le déposait précautionneusement dans son panier en osier. La guérisseuse revint ensuite vers elle et la cocoonienne jeta un coup d'œil aux champignons qui tapissaient le fond.

Elle plissa les yeux sous la lumière d'un bleu électrique qu'ils dégageaient, avant de froncer le nez face à leur aspect.

- Ils sont vraiment comestibles ? ne put-elle s'empêcher de demander.

Hagen détourna son regard de Vanille et le posa sur elle, esquissant un sourire amusé.

- Ça t'intéresse vraiment ?

Lightning la fixa. Le ton était clair et concerné. Est-ce qu'elle semblait réellement si désintéressée de tout ?

- Oui, bien sûr, répondit-elle doucement. Je suis peut-être moins douée que vous, mais j'ai quelques capacités pour les soins.

- Tu es guérisseuse ? questionna Hagen, un peu surprise.

- Non. J'avais d'autres spécialités… Mais je m'en sortais bien pour soigner.

Lightning détourna la tête, focalisant son attention sur Vanille, qui farfouillait dans d'épais buissons. Elle préférait rester évasive sur ses capacités, jugeant peu recommandable d'annoncer ainsi qu'avant de soigner, elle était un soldat, une guerrière qui tuait. Même si elle savait faire preuve de jugement lors d'un combat, il n'en restait pas moins qu'avant d'apprendre à soigner, sa main abattait son épée pour anéantir des vies.

Quand elle était devenue une l'cie, Lightning avait découvert par la suite qu'en plus d'avoir des prédispositions pour le combat et la magie de foudre, elle était capable de refermer des plaies ouvertes et guérir des infections. Elle avait même réussi à pousser l'exploit jusqu'à faire revenir un mort à la vie. Cependant, depuis qu'elle avait perdu son statut de l'cie, Lightning n'avait plus aucun pouvoir.

Et elle avouait ne pas avoir essayé à les retrouver. Elle savait qu'elle avait gardé quelques restes de ses capacités de soins, sachant qu'elle était capable de guérir d'une plaie plus rapidement que la normale, mais en sept ans, Lightning n'avait pas poussé ses facultés à se développer. Elle était même la première à trouver sa dernière guérison miraculeuse, malgré ses maigres compétences.

Je pourrais t'apprendre quelques notions, si tu veux, fit soudainement Hagen, la tirant de ses pensées. Après tout, ça t'occuperait. Tu vas finir par t'ennuyer à force de ne rien faire et l'hiver est long. Autant mettre ton temps à d'un but, non ?

Lightning la jaugea du regard pendant un instant, avant de glisser une main dans ses mèches roses.

- Je ne sais pas, souffla-t-elle. J'aimerai plutôt trouver une solution pour rentrer chez moi.

- Je comprends. Mais tu n'as aucune piste par où commencer. Si seulement ton village avait un nom… ça serait plus facile.

- Désolée, grimaça Lightning en réponse.

Elle évita de poursuivre la conversation, préférant étouffer dans l'œuf ce sujet. Elle ne voulait pas mentir de nouveau à Hagen, alors Lightning se contenta de rester silencieuse. La guérisseuse soupira légèrement tandis que Vanille poussait une exclamation de joie, dénichant enfin son premier champignon lunaire.

- J'en ai un, Hagen ! Ça y est ! s'écria-t-elle en revenant prêt d'elles sur le sentier.

- Super ! met-le dans le panier.

L'adolescente s'exécuta, le déposant délicatement dans le fond du panier avec ses congénères. Elle repartit aussitôt, laissant de nouveau les deux femmes seules. Un silence léger les enveloppa, avant qu'Hagen ne prenne la parole.

- Pour te répondre, ces champignons ne sont pas comestibles, non. J'extrais ce qui les compose et ça permet de faire un excellent onguent contre les infections magiques. Ça me sert surtout quand certains chasseurs reviennent après avoir affronté des créatures vénéneuses.

Lightning acquiesça, fascinée par les connaissances de cette femme. Elle jeta un coup d'œil en coin à cette grande rousse. L'ancienne guerrière retrouvait certain traits de Vanille dans ceux d'Hagen, comme elle se rendait compte de l'inverse maintenant qu'elle connaissait Hagen.

La guérisseuse était une femme qui méritait d'être écoutée. Elle était forte, indépendante, courageuse et talentueuse. Elle était l'Oracle d'Oerba, celle qui était en lien direct avec la déesse Etro, mais en dehors de ça, elle était quelqu'un qui avait vu et vécu beaucoup trop de choses en une seule vie et qui s'en était relevée.

- J'aimerais beaucoup que vous m'appreniez quelques notions de soin. Si je m'ennuie, je pourrais toujours vous aider.

Hagen tourna la tête vers elle et lui adressa un sourire amical.

- Et moi, je serais ravie de pouvoir t'aider à rentrer chez toi.

Lightning lui offrit un regard reconnaissant, retenant un soupir dans le creux de sa gorge.

- Si seulement j'avais une idée de par où commencer, souffla-t-elle.

- Tu n'as même pas un petit indice ? tu ne te souviens vraiment de rien.

- Non, rien ! Mais je me disais…

- Oui ? incita Hagen.

Lightning stoppa sa marche et se tourna vers la guérisseuse. Elle passa sa langue sur ses lèvres avant de demander :

- Est-ce qu'il y a un temple dédié à Etro, dans les environs ?

Le visage d'Hagen affiche un air surpris, l'observant sans rien répondre pendant une seconde.

- Il y en a un de l'autre côté de la forêt, révéla-t-elle. Il est à environ une après-midi de marche.

Le cœur de Lightning fit un bond dans sa poitrine. C'était une chance inouïe. Peut-être aurait-elle la possibilité d'entrer en contact avec Etro pour en savoir plus. D'après elle, il n'y avait que la déesse de la mort qui pouvait se trouver derrière cette situation, et l'ancienne guerrière voulait une explication. Pourquoi lui faire ça après tout ce qu'elle avait sacrifié pour l'aider ?

Lightning avait combattu pour elle. Elle avait été sa championne, alors même qu'elle ne le voulait pas. Elle avait tout donné pour qu'Etro puisse rester en vie et garder son trône intact dans le Valhalla. Elle ne méritait pas aujourd'hui, de vivre une nouvelle épreuve. Etro lui avait promis de veiller à ce qu'elle soit heureuse et Lightning avait eu confiance en elle. S'était-elle montrée trop naïve ?

- Est-ce que vous pensez que je pourrais m'y rendre ? demanda Lightning.

- Il faudrait voir ça avec Fergus, et avant qu'il prenne une décision, l'hiver sera surement déjà aux portes du village. A cette saison, il est imprudent de s'éloigner d'Oerba, même pour traverser la forêt.

- Pourquoi pas tout de suite ? demanda Lightning.

Hagen secoua la tête, pinçant légèrement les lèvres.

- Nous sommes bientôt en automne et dans deux mois, il va y avoir la fête de Samain, qui annonce l'hiver. Fergus sera bien trop occupé pendant ce laps de temps. Peut-être serait-il plus judicieux d'attendre les prochaines floraisons.

- Les prochaines floraisons ? souffla Lightning. Le printemps prochain, vous voulez dire ?

Hagen acquiesça, lui adressant un regard désolé. Lightning eut la désagréable impression qu'une pierre venait de tomber dans son estomac. Attendre le printemps prochain ? Ça faisait combien de temps ça ? Au moins six mois, si elle ne se trompait pas.

C'était impensable. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre six mois ici. Quand bien même la compagnie d'Hagen et de la jeune Vanille était agréable, il fallait qu'elle trouve un moyen de rentrer rapidement chez elle.

- Je ne peux pas attendre six mois, c'est impossible ! Je dois faire quelque chose rapidement !

Plus elle passait du temps ici, plus sa famille à son époque penserait qu'elle avait définitivement disparu. Peut-être même se disaient-ils qu'elle était déjà morte. Lightning imaginait la tristesse et la douleur de Serah et de Fang. Celle de ses amis. Snow devait prendre soin de sa sœur, mais l'ancienne guerrière savait combien Serah pouvait être bornée quand elle le voulait. La première fois qu'elle avait disparu dans le Valhalla, la jeune Farron s'était renfermée sur elle-même et Snow avait décidé de partir pour retrouver Lightning et que Serah retrouve le sourire.

C'était inacceptable ! Lightning ne pouvait pas patienter sagement ici alors que les conséquences de sa disparition pouvaient être aussi importantes. Elle ne voulait pas que cela détruise sa famille. Fang avait Vanille, certes, mais la pulsienne était tellement entêtée qu'après un mois, elle avait déjà dû commettre l'irréparable pour la retrouver. Lightning savait que Fang n'écouterait pas Vanille dans ces circonstances.

- Je suis désolée, fit soudainement Hagen, la coupant dans ses pensées. Il n'y a pas d'autre solution.

- Je pourrais très bien y aller seule ! énonça Lightning avec vigueur.

- Non ! Ce serait bien trop dangereux ! contra Hagen.

- Je sais me défendre !

Lightning fronça les sourcils et se campa sur ses pieds, se tournant vers Hagen. Elle n'était pas une faible femme, loin de là. Elle était capable d'affronter les monstres de Gran Pulse et de traverser cette forêt, s'il le fallait, pour atteindre ce maudit temple.

- Je n'en doute pas, répondit gentiment la guérisseuse.

- Bien ! Alors accordez-moi seulement d'avoir un guide et je m'en sortirais. Vous avez dit que ce n'était qu'à une après-midi de marche, en partant tôt le mat…

- Ce n'est pas aussi facile ! coupa Hagen.

L'ancienne guerrière referma la bouche et fixa la grande rousse. Bien sûr que si c'était facile. D'une facilité enfantine même. Hagen détourna la tête, tripotant nerveusement la hanse de son panier en osier. Lightning la détailla et fronça légèrement les sourcils.

Finalement, elle soupira et se laissa tomber sur la souche d'un tronc d'arbre. Elle était loin d'être stupide et elle venait de réaliser le fond du problème. Cela aurait dû lui sauter tout de suite au visage, mais elle s'était laissée emporter par l'espoir d'avoir enfin des réponses.

- Personne ne voudra m'aider, c'est ça ! déclara-t-elle. Et même si je me fiche que quelqu'un m'aide à traverser cette forêt pour trouver le temple d'Etro, Fergus n'acceptera pas de me laisser partir. Je suis toujours une menace pour lui. Une horrible cocoonienne qu'il vaut mieux éviter de laisser vadrouiller sans surveillance.

La rancœur qu'elle éprouvait dut s'entendre dans ses paroles car elle vit Hagen pincer les lèvres, son visage gardant un air peiné. Lightning soupira de dépit et laissa son regard se perdre au loin à travers les immenses et robustes arbres de la forêt d'Oerba. Du coin de l'œil, elle apercevait Vanille, qui avait laissé tomber la chasse aux champignons lunaires pour simplement fureter à travers les bois.

Hagen lui demanda de ne pas trop s'éloigner avant de venir s'asseoir à ses côtés sur la souche. La guérisseuse déposa son panier entre ses pieds et Lightning fut attirée par la lueur bleutée qu'il s'en dégageait. Elles restèrent plongées dans un silence reposant pendant un moment puis une main tiède se posa sur l'avant-bras de Lightning, la faisant légèrement sursauter.

- Je suis vraiment désolée, répéta Hagen, lui adressant un léger sourire.

Lightning secoua la tête. Elle retira doucement son bras de la prise légère des doigts de la guérisseuse.

- Vous n'y êtes pour rien, Hagen, souffla-t-elle gentiment.

L'ancienne guerrière tourna la tête vers elle et lui adressa un petit sourire, espérant la rassurer, puis elle leva le nez vers le ciel étoilé. Elle mentirait si elle disait qu'elle n'était pas déçue. Lightning avait espéré pouvoir jouir d'une certaine liberté de déplacement, maintenant que Fergus lui avait accordé le bénéfice du doute, mais cela se résumait aux frontières du village. Probablement que si elle enfreignait cette règle tacite, elle serait ramenée manu militari devant Fergus et que sa sentence serait révisée. Lightning ne serait pas étonnée de finir entre les barreaux de sa prison, avec laquelle l'homme l'avait déjà menacée.

Les six prochains mois allaient être longs et éprouvants. La frustration qu'elle ressentait face à l'inactivité dont elle allait devoir faire preuve n'avait pas de limites.

- J'aimerais pouvoir faire pl…

- Non ! coupa Lightning. Vous faites déjà beaucoup trop pour moi.

Il était inconcevable que cette femme en fasse plus pour elle. Lightning comprenait parfaitement qu'elle devait respecter la place qui lui était due dans cette époque. Certes, elle avait du mal à l'accepter, mais elle n'était qu'une étrangère. Pire que ça, elle était une habitante de Cocoon, un monstre aux yeux des pulsiens. Elle n'avait aucun droit de réclamer quoique ce soit d'eux et elle n'accepterait pas qu'Hagen l'aide de nouveau.

Lightning ne voulait pas prendre le risque que les villageois se retournent contre elle et qu'elle perde sa famille à cause d'elle. Hagen ne méritait pas ça. L'ancienne guerrière détourna la tête et observa les environs, appréciant le calme de la forêt. La tête rousse de Vanille dépassait d'un buisson à quelques pas. C'était paisible et reposant, tout ce dont elle avait besoin pour l'instant. Il ne lui restait plus qu'a fait preuve de patience.

- Je passerai cet hiver et je supporterai l'attente de ces six prochains mois, déclara-t-elle. Je vous prouverai que vous pouvez avoir confiance en moi, que je ne suis pas comme les autres cocooniens que vous avez rencontrés. Et j'arriverai à rentrer chez moi.

Lightning eut une pensée pour Fang, et elle lui demanda silencieusement de l'attendre, de ne rien faire d'inconsidéré. Quoiqu'il arrive, elles se retrouveraient. Elle pria pour que Snow et Lebreau arrivent à remonter le moral de sa tendre petite sœur et, dans six mois, elle pourrait de nouveau la serrer dans ses bras. Ça allait vite passer, se dit Lightning.

Elle refréna ses sentiments, empêchant la peine et le manque de l'envahir. Elle devait rester maitresse d'elle-même, lucide et alerte, pour supporter cette nouvelle épreuve. Comme pour toutes les autres, elle la surmonterait aussi.

- Ta femme et ta famille doivent te manquer atrocement, fit soudainement Hagen.

Lightning se redressa et tourna la tête vers la guérisseuse. Elle pinça les lèvres et déglutit, puis détourna le regard, préférant éviter d'affronter celui de la rousse.

- Je sais ce que ça fait de perdre la personne qu'on aime, poursuivit Hagen.

- Je sais, souffla Lightning. Vous me l'avez déjà dit.

- Oui, je sais. Alors tu sais aussi que je peux comprendre ce que tu ressens.

- Elle n'est pas morte, et je vais la retrouver.

- Je voulais seulement dire, que si tu veux en parler, je suis prête à t'écouter, répondit gentiment Hagen.

La rosée resta murée dans un silence buté. Que pouvait-elle dire de toute façon ? Il lui était impossible de parler de Fang. De révéler qu'elle venait de six cent ans dans le futur, que sa femme était la fille du chef d'Oerba, qui avait elle-même vécu six cent ans dans une stase de cristal, avant d'être réveillée pour participer à une guerre dans laquelle elle n'avait été qu'un pion. C'était surréaliste comme histoire, et Hagen la prendrait certainement pour une folle, si elle la lui racontait.

Même si c'était la vérité, Lightning avait une chance sur cent pour que ça passe. Depuis qu'elle avait mis les pieds ici, l'ancienne guerrière avait le sentiment que certaines choses étaient différentes. Il y avait bien la base de ses souvenirs. L'existence des dieux, notamment de la déesse Etro, mais aussi la présence des fal'cies, mais elle n'avait pas entendu parler de l'cies ou de cristal, et encore moins de cie'ths.

Pendant un instant, elle en était venue à se demander si elle était bien dans le passé, ou si elle avait atterrit dans une réalité alternative. Une autre vie, une autre histoire. Peut-être n'y avait-il pas de l'cie à qui on confiait des tâches. Peut-être que les fal'cies n'avaient qu'une importance moindre, dans ce monde.

Peut-être que la guerre qui existait entre Gran Pulse et Cocoon, dans cette époque, était différente de celle dont elle avait entendu parler dans ses livres d'histoires. Et si c'était le cas, Lightning était plus désespérée que jamais. Si actuellement, elle ne se trouvait pas sur la trame du temps mais sur celle d'une autre réalité, comment pourrait-elle rentrer un jour chez elle ?

Il était déjà très difficile de voyager sans risque dans le cours de l'histoire, et chaque bond dans le temps pouvait tout ruiner d'une époque à l'autre. La plus banale des actions pouvaient avoir des répercutions inimaginables, si on n'y prenait pas garde. Comment ça se passait dans une autre réalité ?

Lightning resta silencieuse tout le restant de la soirée, plus perdue encore que quelques minutes auparavant, alors que plusieurs scénarios se jouaient dans sa tête. La boule au ventre, elle était démoralisée de constater que tous finissaient toujours d'une manière tragique.

oOo

Revenant au présent, Lightning poussa un léger soupir et s'assit sur le rebord de la falaise. Les pieds dans le vide, elle posa son regard sur l'immense forêt en contrebas. Le ciel commençait enfin doucement à s'éclaircir à l'horizon, tirant sur les nuances rosâtres de l'aube.

Une envolée d'oiseaux aux plumes noires la surprit, attirant son attention sur les volatiles qui s'en allaient à tire-d'aile de la cime des plus hauts arbres. Les créatures nocturnes allaient laisser leur place aux diurnes, jusqu'à ce que la nuit tombe et que le cycle ne se rejoue encore. Tout ce qui se passait ici était normal, naturel et Lightning inspira profondément, appréciant le calme qui la parcourait après la tension qui l'avait agitée suite à son cauchemar.

Elle repensa à cette soirée-là en forêt avec Hagen. Sur l'instant, Lightning lui avait été reconnaissante qu'elle respecte son silence. Elle était confuse, déboussolée et ne savait plus vraiment ce qu'elle devait faire, ce qui l'attendait par la suite aussi. Elle avait ressenti le besoin d'être seule. Cependant, maintenant elle doutait et l'absence de sa famille et de Fang se faisait douloureuse.

Lightning n'avait qu'une envie : aller vers Hagen, la seule amie qu'elle ait ici, et lui parler. Peut-être même qu'elle pourrait lui révéler toute la vérité et laisser la femme décider de si elle était folle ou non, et sceller son sort par la même occasion. Plus d'une fois, l'ancienne guerrière avait eu envie de lui faire face, mais à chaque fois, elle se demandait ce que cela lui apporterait. Au fond d'elle, Lightning ne voulait pas aggraver sa situation, et il lui était impossible de changer sa version sans que cela soit le cas.

Pour les habitants du village, pour Fergus et ceux du conseil d'Oerba, ça voudrait dire qu'elle avait menti et rien ne leur assurerait qu'elle ne recommencerait pas. Ça voudrait dire qu'il leur était impossible d'avoir confiance en elle et qu'il n'était pas improbable qu'elle soit une espionne envoyée dans leur village pour tous les anéantir.

Après tout ce qu'Hagen avait fait pour elle, la guérisseuse ne méritait pas de croire que Lightning s'était jouée d'elle. La dernière chose dont l'ancienne guerrière avait envie, c'était qu'on pense qu'elle avait trahi et abusé de la gentillesse d'Hagen. Alors, elle préférait garder le silence, et se persuader que tout s'arrangerait en temps et en heure.

Dans six mois, elle pourrait se rendre au temple d'Etro. Lightning allait tout faire pour y arriver. Elle obtiendrait une explication de la part de la déesse et elle pourrait enfin rentrer chez elle. Avec un peu de chance, elle aurait peut-être même la possibilité de partir aussi vite qu'elle était arrivée. Sans que personne n'ait le temps de se rendre compte de quoique ce soit.

Lightning étira légèrement son dos, fermant les yeux, essayant de se détendre. Elle avait besoin de se persuader elle-même pour supporter son quotidien. Pour se donner de l'espoir et de la motivation, pour continuer d'avancer dans cette époque qui n'était pas la sienne.

- Vous semblez bien soucieuse.

Lightning fut surprise, son cœur bondissant violemment dans sa poitrine, alors qu'elle reconnaissait aussitôt cette voix douce, chaude et veloutée. Son estomac se contracta, autant de joie que de douleur, tandis qu'elle tournait la tête vers la source du son.

Se tenant là, debout devant elle, Lightning découvrit une belle jeune fille à la crinière d'ébène. Un sourire malicieux étirait ses lèvres, une lueur amusée brillait dans deux magnifiques prunelles émeraude et elle semblait pleine d'insouciance.

Elle ne portait pas le sari qu'elle lui avait connu, mais une longue robe bleue, simple et unie, à fines bretelles, qui mettait sa haute taille et sa minceur en avant. Une fine ceinture en cuir entourait sa taille et ses épaisses boucles noires étaient négligemment relevées. Deux petites tresses pendaient sur sa clavicule, ce que Lightning avait toujours apprécié. Combien de fois elle avait eut l'irrésistible envie d'entortiller l'un de ses index autour ? Combien de fois l'avait-elle déjà fait celles de sa femme ?

Sauf que là, devant elle, leur corps seulement séparait par quelques centimètres, ne se trouvait pas son amante mais bien la Fang de dix-sept ans. Lightning plongea ses yeux dans les billes émeraude qu'elle connaissait si bien et qui lui manquaient cruellement, retenant son souffle dans le creux de sa gorge.

oOo

A samedi prochain pour la suite…