Or you can broil the meat, fry the onions, stew the garlic in the red wine...and ask me to supper. I'll not care, really, even if your nose is a little shiny, so long as you are self-possessed and sure that wolf or no wolf, your mind is your own and your heart is another's and therefore in the right place."
― M.F.K. Fisher, The Art of Eating
Ou tu peux faire griller la viande, frire les oignons, faire revenir l'ail dans du vin rouge... et m'inviter à souper. Ça m'est égal vraiment, même si ton nez est un peu trop brillant, du moment que tu gardes ton sang-froid et que tu es certain que, loup ou pas, ton esprit est bien le tien et que ton cœur est à quelqu'un d'autre, et par conséquence, là où il doit être.
M.F.K. Fisher, The Art of Eating
Chapitre 12 : In the Right Place
La pluie s'abattait sur lui comme un rideau de fer, limitant sa vision à de vagues ombres sans formes, ni contours. Perdu dans l'orage qui grondait au dessus du Chemin de Traverse, Remus pivota sur lui-même, baguette au poing, tentant désespérément de repérer quelqu'un, n'importe qui, allié ou ennemi.
Autour de lui, les éclats des sorts illuminaient régulièrement une portion de la rue centrale mais pas assez pour qu'il puisse discerner quoi que ce soit. Son odorat, plus développé que la moyenne, ne lui était d'aucune utilité. L'odeur de chair brûlée était trop présente pour qu'il sente autre chose, mais qui avait été touché ? Et dans quelle proportion ? Il ne parvenait pas à repérer Sirius ou Tonks, ou qui que ce soit d'autre.
Son ouïe ne lui servait pas davantage. Le sort explosif de Bellatrix ne l'avait pas touché mais non content de le propulser en périphérie de la bataille, la déflagration l'avait complètement assourdi.
Il était perdu, en pleine nuit, au milieu d'un échange meurtrier, sous un torrent de pluie, et ne parvenait pas à déterminer quel côté était le sien. Voilà, voilà pourquoi ils ne devaient pas organiser ce genre d'opération eux-mêmes. Voilà pourquoi il aurait dû écouter sa raison et prévenir Dumbledore ou, tout du moins, Minerva.
Les choses avaient dérapé dès les premières minutes. Les informations de Mondingus avaient été erronées. Ils s'étaient préparé à affronter deux ou trois Mangemorts, pas une dizaine. N'ayant plus l'avantage du nombre, ils n'avaient pas tardé à être submergés.
L'orage avait éclaté un peu avant qu'ils arrivent, Bellatrix à leur tête. Visiblement la sorcière ne craignait rien et surtout pas le Ministère. Sans s'embarrasser de discrétion, elle menait le groupe, riant fort et sautillant avec un enthousiasme enfantin qui faisait froid dans le dos. Comme prévu, ils s'étaient dirigé vers la boutique d'Ollivander. Comme prévu, Sirius et Kingsley avaient refermé le piège sur eux, les acculant à la boutique. Excepté que d'autres Mangemorts avaient émergé de l'ombre et que ni Charlie, ni Fol'Oeil, ni Sirius n'avait réussi à les repousser avec efficacité.
Du haut de leur perchoir, Tonks et lui avaient tenté de les débarrasser du plus pressé, à savoir Bellatrix qui lançait Avada sur Avada. Mais à la seconde où la cadette des sœurs Black avait aperçu sa nièce, ça avait été fini et la mission avait véritablement basculé en enfer. Il ne lui avait fallu que deux sorts bien placés pour la faire dégringoler du toit.
Le sang de Remus n'avait fait qu'un tour.
Exactement de la même manière que plus tôt dans la soirée, lorsque Tonks était entrée en tenant la main de Charlie, son loup avait rugi avec une telle force que Remus n'avait pas réussi à réprimer un frisson d'effroi.
Il savait que certain loup-garous, à l'instar de Greyback, fusionnaient pleinement avec leur loup, assumant à tel point leur malédiction qu'ils se comportaient chaque heure de chaque jour comme tel, pleine lune ou pas. Remus avait toujours tout fait pour tenir à l'écart sa partie animale : le loup et lui étaient deux entités bien distinctes. Un fait que Tonks avait malencontreusement remis en cause.
Son loup s'était entiché d'elle. Peut-être davantage. Lui aussi était entiché d'elle. Peut-être davantage. Était-ce la raison pour laquelle il était si dur de le faire taire ? Voir Charlie agir avec elle comme s'ils étaient en couple – ce qu'ils étaient d'ailleurs probablement – déclenchait une telle vague de jalousie... Pas au point de perdre le contrôle, cela il en était certain. Il maîtrisait son loup depuis trop longtemps pour en arriver là, ce qu'il avait si soigneusement expliqué à Sirius plus tôt. Son ami avait eu l'air de trouver la situation comique, répétant sans cesse qu'il n'y avait rien de grave, qu'il éprouvait juste des sentiments amoureux et qu'il était grand temps. Comme d'habitude, l'Animagus traitait les choses comme une bonne plaisanterie, sans comprendre le préoccupant de la situation.
Remus avait mis le doigt sur ce qui était précisément préoccupant lorsqu'il avait sauté du toit sans autre forme de procès, sans savoir à qui de son loup ou de son propre cœur il obéissait. Une chance qu'il se soit rappelé juste à temps d'user de sa baguette ou il aurait fini sur la chaussée comme une crêpe. Voilà une autre des raisons pour lesquelles une relation avec Tonks serait dangereuse, trop inquiet pour elle, il avait abandonné un poste qui leur prodiguait un avantage tactique.
Pour rien, qui plus est.
A la minute où il avait touché terre, un peu brutalement mais intact grâce au sort qu'il avait hâtivement formulé dans sa chute, il s'était précipité vers l'endroit où elle était tombée. A temps pour toucher Bellatrix avec un incarcerem. Mais déjà, la visibilité avait été très mauvaise et les cordes ne s'était enroulées qu'autour de son bras droit, ce qui l'avait fait rire. Il aurait dû tenter un stupefix...
Le duel qui s'en était suivi avait été court, trop pour qu'il parvienne à discerner la silhouette de Tonks. Bellatrix était bien plus forte que lui et avait l'avantage de la magie noire. Il s'était contenté de l'éloigner autant que possible de sa nièce, espérant que la jeune femme aurait la présence d'esprit et la force de se traîner à l'abri. Des autres, ils n'avaient rien vu.
Il s'était jeté à terre pour éviter le sort de Bella et le présentoir à sa droite avait explosé, le rejetant au loin. Sonné, il lui avait fallu plusieurs secondes avant de se remettre. Si la Mangemorte l'avait suivi, il se serait probablement fait tuer. Heureusement pour lui, elle semblait avoir d'autres affaires plus pressées.
Et donc, il était là, incapable de discerner quoi que ce soit, certain que ses amis étaient en difficultés mais récalcitrant à l'idée de se jeter dans la bataille au risque de déstabiliser un autre membre de l'Ordre. Sans compter le poids écrasant de la culpabilité. Si seulement il avait prévenu Albus à temps, si seulement...
Le loup argenté qui s'échappa du bout de sa baguette et disparut dans la nuit n'arriverait probablement pas à temps pour leur éviter des pertes. Les secours seraient longs à venir, trop longs.
Que pouvait-il faire ?
Rassemblant son courage, il s'entoura prudemment d'un bouclier et avança avec précaution vers le combat. Sa surdité était un désavantage qui, ajouté à la pluie qui tombait à verse, finirait certainement par le faire tuer. Il ne recula pas pour autant.
Au bout d'interminables secondes où le seul bruit qu'il perçut fut les battements affolés de son cœur, il finit par repérer Charlie. Du sang maculait le côté droit de son visage, et il se tenait juste devant Anthony. Avachi contre le mur, le garçon semblait assommé. Il espérait qu'il n'était qu'assommé.
Trois Mangemorts au visage masqué acculaient le fils Weasley mais Charlie tenait bon, visiblement prêt à tout pour protéger son meilleur ami. Exactement comme Sirius et lui l'auraient fait l'un pour l'autre. Il attaqua par le flanc, prenant leurs ennemis par surprise et permettant à Charlie de désarmer, puis d'immobiliser celui du milieu.
Pris dans le duel, Remus dut reculer et se déplacer, tant et si bien que lorsque son stupefix toucha finalement son adversaire, Charlie et Anthony étaient hors de vue et, lui, à nouveau seul au milieu du déluge.
Puis un corps vola droit sur lui, déchirant le rideau de pluie. Remus n'eut que le temps de se préparer à l'impact avant que la silhouette ne se métamorphose en une autre, bien plus compacte qui, d'un coup de reins, se rétablit en plein air et retomba sur ses pattes. Le chien grogna d'un air menaçant avant de lui jeter un bref coup d'œil. Constatant probablement qu'il n'avait rien, Sirius galopa vers là d'où il venait. Le loup-garou suivit.
Et il se retrouva enfin au cœur de la bataille.
A sa droite, forme massive, Alastor et Kingsley se battaient côte à côte, si près que leurs épaules se touchaient presque. La méthode de Sirius, plus brutale, consistait à approcher sous forme canine, et attraper au bras ou à la gorge l'inconscient qui avait baissé sa garde.
Pas de trace de Nymphadora.
Remus hésita à se lancer dans le combat. Non pas que son aide eût été superflue... Les deux Aurors peinaient et Sirius devait bondir comme un damné pour éviter les sortilèges qui le prenaient pour cible, mais... Tonks ? Bellatrix n'était pas parmi eux et il savait que là où il trouverait la femme, il trouverait également la Métamorphomage.
Une nouvelle fois, il se sentit déchiré entre ce que son honneur lui dictait et ce que son instinct lui ordonnait. Une nouvelle fois, il n'était pas certain de qui de lui ou son loup était aux commandes. Ça ne l'empêcha pas d'avancer, sans s'arrêter pour aider ses amis. A peine lança-t-il quelques stupefix et quelques incarcerem par dessus son épaule, avant de se précipiter vers la boutique d'Ollivander.
Il l'atteignit sans trop de difficultés. Aucune lumière ne brillait, que ce soit au premier ou au deuxième mais, de l'extérieur, il était dur d'affirmer avec certitude qu'il n'y avait véritablement aucun signe de vie. Et de fait, il constata rapidement que la porte d'entrée pendait sur ses gonds, béante. Bellatrix ne laisserait rien l'empêcher de remplir une mission...
Excepté qu'elle n'était pas seule et que Remus eut à peine le temps de s'abriter derrière un rayonnage rempli de boîtes en carton, pour éviter qu'un sort indéterminé ne le heurte en pleine poitrine. Personne ne semblait s'être aperçu de son entrée, en revanche. Flanquée des deux frères Lestrange, Bellatrix luttait contre Tonks. Ni Rabastan, ni Rodolphus n'était véritablement impliqué dans le combat, peinant à trouver une ouverture. Bella était assez 'exclusive' dans ce qu'elle considérait être des divertissements et entre deux insultes lancées à sa nièce, elle ne cessait d'ordonner à son mari et son beau-frère de la laisser faire.
Comme eux, Remus chercha par où s'insérer dans le duel pour soutenir la jeune femme. L'endroit serait détruit avant longtemps. A chaque sort qui manquait sa cible ou rebondissait sur un bouclier les étagères explosaient et des dizaines de baguettes roulaient au sol. Ses yeux fouillèrent désespérément la pièce, à la recherche de quelque chose qui pourrait lui servir, ignorant au mieux le loup qui, considérant sa possible compagne menacée, grondait à l'intérieur de lui.
Durant ces quelques secondes de réflexion qu'il s'accorda, il ne put s'empêcher d'être frappé par la ressemblance choquante entre Bellatrix et Nymphadora. Cela ne s'arrêtait pas à la ressemblance physique qu'accentuaient les cheveux sombres de la jeune Auror... Elles se battaient avec la même fluidité, la même finesse. A les observer, il avait l'impression de regarder un ballet. Elles esquivaient, sautaient, maniaient leur baguette respective avec une telle grâce...
Il s'agissait là des seules similitudes. De ce qu'il pouvait discerner dans la quasi-obscurité, l'expression de Tonks était déterminée alors que celle de Bellatrix était effrayante de folie. Son amie boitait, ce qui ne manqua pas de l'inquiéter. Combien de temps encore pouvait-elle tenir ? Sa chute avait été brutale. Un miracle qu'elle soit encore debout...
« Rassemblez les baguettes ! » ordonna sèchement Bellatrix, entre deux éclats de rire. « Je renverrai sa tête à ma chère sœur. »
Rabastan et Rodolphus échangèrent un regard indécis puis entreprirent d'obéir à la sorcière, s'emparant des boites encore intactes sans se soucier de ce qu'ils emportaient. Voyant cela, Tonks tenta de diriger quelques sorts vers eux, mais Bellatrix demandait son entière attention et, quoi que conscient que la jeune femme ne pourrait pas tenir indéfiniment, Remus jugea qu'il était plus urgent d'empêcher les deux frères d'emporter les baguettes.
« Reducto ! » lança-t-il, en quittant sa cachette.
Son intervention inopinée n'eut pas tout à fait l'effet voulu. Non content de distraire les trois Mangemorts, elle eut le malheur d'attirer l'attention de Tonks. L'Auror et Bellatrix se reprirent à peu près au même instant mais, à la grande rage de Remus, se jetèrent avec d'autant plus d'entrain dans leur duel.
Rodolphus et Rabastan furent plus lents, ce qui lui offrit l'opportunité de jeter un incarcerem sur le cadet. Excepté que Rodolphus avait toujours été plus vif que son frère et para pour lui d'un bouclier.
Bientôt, l'univers de Remus ne se résuma plus qu'à des centaines de cartons pleins de baguettes qui volaient dans tous les sens et deux ennemis déterminés à faire couler son sang. Ni Tonks, ni Bellatrix n'était plus dans son champ de vision.
Et le loup hurlait à la mort.
°°O°°O°°O°°O°°
Albus se tournait et se retournait dans son lit sans parvenir à trouver le sommeil. Ce n'était pourtant pas faute d'épuisement. Ses os le faisaient souffrir et sa vieille carcasse n'aspirait qu'au repos. Un repos que son esprit enfiévré refusait de lui accorder.
Il avait déjà déterminé qu'un certain nombre d'Horcruxes était le secret de l'immortalité supposée de Tom Jedusor. Mais combien ? Ses recherches l'avaient amené à considérer comme piste plausible la bague des Peverell, le médaillon de Serpentard et la coupe de Poufsouffle. Le journal avait déjà été détruit par Harry... Combien pouvait-il en avoir créé ? Combien de fois s'était-il laissé aller à ce processus hasardeux ? Et où pouvaient-ils bien être dissimulés ? Il avait délimité plusieurs cachettes possibles. Restait le plus délicat, comment les détruire ? Il devait étudier le procédé plus précisément avant d'agir.
Voilà des questions qu'il s'était posées incessamment ces dernières semaines... Il soupira en songeant à la manière dont Minerva l'avait pressé pour des réponses, plus tôt, après le dîner. La sorcière était curieuse de savoir où il avait disparu ces jours-là, un peu vexée aussi qu'il ne la juge pas digne de sa confiance.
Blesser Minerva n'était jamais un plaisir, cela le rendait plus malheureux qu'il n'aurait su le dire, mais avait-il d'autre choix que de lui opposer un refus ? Ce n'était pas une information qu'il projetait de confier à l'Ordre. Il avait une confiance totale en chacun des membres qui formaient le cercle principal de leur organisation, mais cela représentait un trop gros risque. Tom ne devait pas soupçonner qu'il avait percé son secret à jour. A aucun prix.
Parfois, il lui arrivait de souhaiter que les choses soient plus simples. Il n'éprouvait aucun plaisir particulier à être celui qui détenait toutes les clefs. La responsabilité était immense, le poids par trop écrasant. A lui de déterminer à qui révéler telle information et à qui la cacher, à lui de décider qui remplirait telle ou telle mission... A lui de se sentir responsable lorsqu'un de ses agents était tué. A lui d'envoyer quelqu'un vers sa mort possible sans sourciller. A lui d'endosser le manteau de la Lumière.
Ironique à quel point ils voulaient tous faire de lui un héros, alors qu'il ne l'avait jamais été. Albus Dumbledore, le champion de la Lumière... S'ils savaient... Si seulement ils savaient...
Peut-être cela serait-il plus facile. Les regards seraient méfiants, on chuchoterait dans son dos, on le critiquerait, on le craindrait peut-être... Mais les décisions de vie et de mort ne seraient plus les siennes.
Fermant les yeux, il s'aventura à rêver d'une vie où ses choix auraient été différents. Une vie où il aurait prêté plus attention à Alberforth, où il n'aurait pas laissé son arrogance lui monter à la tête... Une vie où Ariana respirerait encore et où son lit ne serait pas aussi froid. Une vie où quelqu'un serait là pour parler avec lui jusqu'à ce que le sommeil cesse de le fuir.
Une vie où le rire de Gellert ne résonnerait pas uniquement dans ses souvenirs...
Il sentit la larme rouler sur sa joue mais ne fit pas un geste pour l'essuyer. La solitude était le pire des fléaux. Accablait-elle autant Lord Voldemort ? Troublait-elle autant son repos ? Non... Sûrement pas. Tom ne connaissait pas l'amour et ce qu'on n'avait jamais possédé ne nous manquait pas.
Alors que lui...
Peut-être aurait-il préféré savoir se repaître uniquement de pouvoir... Mais déjà à l'époque, il n'avait su s'en contenter. C'était Gellert plus que l'attrait des reliques qui l'avait fasciné. L'aura quasi-magnétique du jeune homme, les reflets du soleil dans ses cheveux blonds, la passion dans ses yeux gris. La passion dans ses baisers.
L'image d'Ariana s'imposa à lui, chassant momentanément celle de Gellert. Tel était le châtiment qu'il devrait endurer jusqu'à la tombe : penser à l'unique homme qu'il avait su véritablement aimer ramenait le souvenir de sa sœur, étendue par terre, morte. Et la culpabilité... Oh la culpabilité...
Abandonnant tout espoir de s'endormir, Albus rejeta les couvertures et s'extirpa de son lit. Il aurait aimé qu'il soit aussi facile de repousser le passé. Lentement, ménageant son corps fatigué, il se traîna jusqu'à la fenêtre et se perdit dans la contemplation du domaine. La nuit sans lune était sombre, il n'y avait pas grand chose à voir mis à part quelques oiseaux nocturnes à la recherche de leur repas.
Il était néanmoins plus simple de fixer un des hiboux que de regarder le coffret en ivoire blanc posé sur sa table de nuit. A chaque fois qu'il l'apercevait, cela lui trouait le cœur. Évidemment, il aurait pu le poser ailleurs, le dissimuler comme l'était son jumeau, mais il n'était pas lâche à ce point. Et puis parfois, pas souvent, mais parfois, le contenu lui apportait un maigre réconfort.
Pas suffisamment pour que le souvenir d'Ariana n'efface définitivement celui de Gellert. On aurait pu croire que les sentiments auraient disparu depuis le temps, mais Albus savait qu'ils ne s'en iraient jamais. Il l'avait su à la seconde où il les avait reconnus pour ce qu'ils étaient. Une autre des raisons pour lesquelles il pouvait si parfaitement faire confiance à Severus. Lui plus que quiconque était bien placé pour comprendre que l'amour ne s'éteignait pas toujours.
Ils étaient vieux, à présent... Les conditions de vie à Nurmengard n'étaient guère meilleures que celles d'Azkaban. La seule différence consistait en l'absence de Détraqueurs mais divers enchantements runiques gravés à l'intérieur même des pierres qui composaient l'édifice garantissaient le même sentiment de désespoir, l'idée venait de Gellert lui-même. Oui... Ils étaient vieux, à présent, et chaque jour, Albus s'attendait à recevoir un hibou lui annonçant la mort de l'ancien mage noir.
Curieux qu'il soit devenu une légende en en abattant une autre. Curieux que le rival qu'il avait refusé d'affronter pendant cinq longues années ait été celui à le hisser à la position à laquelle il était aujourd'hui. En refusant de suivre Gellert, il avait refusé sa quête du pouvoir absolu. En s'opposant à lui, il l'avait atteint.
Personne ne soupçonnait quoi que ce soit. Pour beaucoup Grindewald n'était plus, en Angleterre, qu'un nom pratiquement oublié qui n'avait son importance qu'en relation à sa propre histoire. Comment auraient-ils pu deviner ?
Comment auraient-ils pu savoir qu'il attendait et craignait à la fois ce hibou qui lui annoncerait le pire ? Cela faisait des années qu'il s'y préparait. Des années durant lesquelles il n'était jamais parvenu à déterminer si la disparition de Gellert l'apaiserait ou non.
Le hibou qu'il suivait des yeux piqua vers le sol.
Un loup argenté bondit juste sous son nez.
Il eut un mouvement de recul, cherchant instinctivement la baguette qu'il avait laissée à côté du coffret, puis reconnut le Patronus. Remus.
« Besoin d'aide. » lâcha la voix du loup-garou. « Chemin de Traverse. Dix Mangemorts. Peut-être plus. Sept des nôtres en difficulté. »
Le message n'était pas encore fini lorsque Albus atteignit la cheminée. Ses genoux heurtèrent brutalement le sol, lui arrachant une grimace.
« Minerva ! » appela-t-il, dès que les flammes eurent virées au vert. « Minerva ! »
Il fallut d'interminables secondes avant que sa sous-directrice n'entre dans son champ de vision.
« Que se passe-t-il ? » demanda la sorcière avec inquiétude.
Elle n'était pas tout à fait réveillée, mais cela ne dura pas longtemps. Il lui résuma l'appel à l'aide de Remus et la pria de prévenir autant de membres de l'Ordre qu'elle pourrait en trouver.
« Je vous rejoins dès que... » commença-t-elle, mais il la coupa d'une secousse de la tête.
« Non. » déclara-t-il. « Je vous veux à Poudlard, Minerva. »
Il avait besoin que quelqu'un de confiance reste à l'école et protège les élèves. Ça ne parut pas lui plaire mais elle l'accepta bon gré mal gré.
Il ne perdit pas davantage de temps. Métamorphosant d'un coup de baguette ses vêtements de nuit en une tenue plus adéquate au combat, il se dépêcha de quitter ses appartements et de se hâter le long du chemin qui le mènerait aux grilles du domaine. Les protections anti-transplanage étaient parfois un réel problème.
Lorsqu'il apparut finalement sur le Chemin de Traverse, une dizaine de minutes s'étaient déjà écoulées et il espérait de tout cœur que ce n'était pas trop tard. La pluie le surprit et il lui fallut un instant pour se ressaisir. La visibilité était médiocre et il dut se guider aux sons. Les éclats de voix le menèrent assez vite à l'amas de combattants. Pas de trace de Remus et, s'il tenait compte du Patronus du loup-garou, trois autres manquaient à l'appel. Sirius, Alastor et Kingsley peinaient contre les six Mangemorts qui s'opposaient à eux.
L'équilibre s'inversa lorsqu'il entra dans la danse.
°°O°°O°°O°°O°°
« Lumière. » grogna Bill, en jetant un bras sur son visage.
Fleur se blottit un peu plus contre son torse et marmonna quelque chose dans sa langue maternelle. Elle dormait, déduisit l'esprit ensommeillé de Bill. D'où venait la lumière dans ce cas ? Il se força à ouvrir les yeux au moment précis où la voix du Professeur McGonagall remplit la minuscule chambre du studio de sa petite-amie.
Il n'attendit pas la fin du message avant de se lever d'un bond, totalement réveillé, à présent. Si certains étaient en difficulté sur le Chemin de Traverse, il était persuadé que Charlie en faisait partie. Cela faisait des jours qu'il écoutait son frère pester à chaque pause déjeuner qu'ils avaient passé ensemble. Quand ce n'était pas sur les gobelins, c'était sur Dumbledore.
Il ne faisait aucun doute pour lui que Sirius aurait réussi à le convaincre.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Fleur, les yeux plissés contre le lumos hâtif qu'il avait jeté.
Il lui résuma rapidement la situation tout en enfilant pantalon et pull-over.
« Je viens. » annonça-t-elle, juste au moment où il s'apprêtait à transplanner.
Il aurait préféré qu'elle s'abstienne mais savait qu'elle le suivrait quoi qu'il dise. Elle était courageuse, c'était une des raisons pour lesquelles il... Courageuse, douée et magnifique. Sa Fleur...
« Dépêche-toi, alors. » exigea-t-il, sans méchanceté.
Il aurait tout aussi bien pu se taire, elle était déjà en train d'enfiler, à la va-vite, un pull et un sweat. La dernière chose qu'elle fit avant d'attraper sa main fut d'attacher ses longs cheveux en une queue de cheval pour dégager son visage.
« Vas-y. » ordonna-t-elle, avec une expression déterminée.
Il hésita. Si courageuse, si... Ils ne sortaient ensemble que depuis quelques semaines. Ils n'avaient même pas encore décidé si leur relation était sérieuse ou bien si ce n'était qu'une simple passade... Et pourtant, pourtant... Il n'était que trop certain des sentiments qui palpitaient en lui. Lentement, sûrement, il tombait amoureux d'elle.
Il transplanna avant de pouvoir s'attarder sur cette pensée. La pluie les heurta tous les deux avec brutalité. Il vit Fleur frissonner mais la jeune femme ne vocalisa pas son inconfort, comme lui elle écouta jusqu'à repérer les éclats de voix qui signalaient le combat. Il n'était, cependant, pas dur à repérer. Des flammes bleuâtres léchaient les murs de la boutique d'Ollivander et une partie du bâtiment attenant.
De là où ils étaient, grâce au feu magique que la pluie tuait lentement, il pouvait voir les silhouettes drapées de noir des Mangemorts et, face à eux, quatre autres dont celle, que l'on ne pouvait confondre, de Dumbledore.
Fleur s'élança vers eux et Bill la suivit. Puis s'arrêta, la laissant courir et entrer dans la danse bien avant lui.
Charlie n'était pas avec eux.
Son instinct lui assurait que son frère était là.
Posant sa baguette à plat sur sa main, il marmonna rapidement la formule qui le guiderait jusqu'à son cadet.
D'abord la baguette resta immobile et une bouffée de soulagement l'envahit. Peut-être que Charlie avait été raisonnable, peut-être qu'il était avec Tonks en train de faire la fête comme ils avaient l'habitude de le faire, peut-être que... La baguette tressaillit, puis tourna sur elle-même avant d'indiquer la droite.
Bill n'eut qu'un infime moment d'hésitation, déchiré entre Fleur, qui luttait déjà bec et ongles contre un Mangemort, et Charlie. Les liens du sang... murmura une voix dans sa tête qui ressemblait à s'y méprendre à celle de sa mère.
Et, sans plus regarder en arrière, il s'élança dans la direction de son frère.
Certaines familles de Sang-Purs enseignaient à leurs enfants à quel point leur sang comptait parce qu'il était la preuve de leur supériorité. Aux sept enfants Weasley, on avait appris que le sang comptait, tout simplement. La famille aurait toujours dû passer en priorité. Paradoxalement, leur famille ne comportait pas uniquement des relations par le sang. Il y avait tant de pièces rapportées que leur credo en devenait risible. Les liens du sang, devise des anciens Weasley, tombée en désuétude depuis bien des générations.
Peut-être moins cruelle que le Toujours Pur des Black et moins pompeuse que le A mundo condito des Delacour.
Il ne tarda pas à repérer Charlie, dans une petite ruelle près du lieu de l'affrontement. Pas de Mangemort mais, préférant ne pas prendre de risque, Bill dressa autour d'eux un bouclier qui stopperait la plupart des maléfices.
Son frère était assis par terre, le corps de son meilleur ami dans les bras et la tête baissée. L'espace d'une seconde, il craignit le pire. Anthony n'avait pas l'air conscient. Il n'était même pas certain que l'homme respire encore...
« Charlie ? » appela-t-il prudemment, s'agenouillant à côté de lui.
Charlie tourna immédiatement la tête vers lui, dévasté. Bill n'était pas certain que les traînées humides sur ses joues soient toutes dues à la pluie.
« Je ne trouve pas son pouls. » murmura son frère, si bas qu'il lui fallut tendre l'oreille. « Je ne trouve pas son pouls. »
C'était un peu idiot mais, soudain, Bill eut l'impression d'être revenu vingt ans en arrière. Lorsque le vieux chat, que même Percy n'avait pas connu, était mort et que Charlie n'avait cessé de le suivre partout, inconsolable.
Excepté que c'était pire.
Il tendit une main qui tremblait quelque peu vers la gorge d'Anthony. Il lui fallut plusieurs secondes pour trouver la jugulaire, bien d'autres encore avant de sentir une faible pulsation.
« Il est vivant. » soupira-t-il, soulagé « Il faut l'emmener à Sainte Mangouste. »
D'urgence. Il ne s'y connaissait pas du tout en sort de soin.
« Merlin. » souffla Charlie. « Merlin... »
Bill était légèrement choqué de le voir ainsi. Charlie avait un sang-froid à toute épreuve. Il ne perdait jamais son calme. Il ne l'avait encore jamais vu dans un tel état.
Et ses soupçons ne firent que s'intensifier.
« Tu l'aimes. » lâcha-t-il, avant d'avoir pu s'en empêcher. Avant même d'avoir pu y réfléchir.
Les yeux bleus de son frère se braquèrent dans les siens, méfiants sous l'angoisse. Puis, il ferma simplement les paupières et laissa retomber la tête contre le mur dans son dos.
« Oui. » avoua Charlie, avec un fin sourire. « Oui, je l'aime. »
Sans comprendre ni pourquoi, ni comment, Bill se mit à sourire à son tour.
« Cool. » commenta-t-il.
Ils se regardèrent à nouveau, avec un certain amusement. Mais cette soudaine bulle de gaîté ne tarda pas à éclater avec les appels paniqués de leurs noms. La voix de leur mère se mêlait à celle de Fleur et de leur père.
« Ne le dis pas aux parents. » plaida Charlie.
Bill lança des étincelles pour les attirer. L'affrontement était terminé et il y avait des blessés à traiter.
°°O°°O°°O°°O°°
Sirius bondit devant Fleur et, d'une torsion du poignet, fit apparaître un bouclier composé d'eau qui avala les flammes bleuâtres que l'un des Mangemort – il pensait que c'était Avery mais n'était pas certain – ne cessait de lançait vers eux. La boutique d'Ollivander avait très certainement goûté aux méfaits de ce sortilège...
Il continua d'épauler la jeune fille, certain qu'elle était bien trop inexpérimentée pour un tel échange. Certes, elle était douée, championne du Tournoi des Trois Sorciers et tout ça... Mais la réalité était bien différente de la théorie.
Néanmoins, elle savait y faire, il devait le lui reconnaître. A eux deux, ils ne tardèrent pas à désarmer leur adversaire.
« Sirius ! » appela sèchement Dumbledore.
Abandonnant à Fleur le soin de l'immobiliser, il tourna la tête vers le Professeur. Quatre Mangemorts étaient étendus à ses pieds. Derrière lui, Fol'Œil et Arthur avaient entrepris d'éteindre les flammes qui léchaient la façade et que la pluie ne semblait pas parvenir à totalement éradiquer. Plus loin, Molly et Kingsley montaient la garde, baguettes pointées sur leurs prisonniers.
« Qui manque à l'appel ? » interrogea le vieux sorcier, avec un mécontentement clair.
Sirius était bon pour une nouvelle leçon de morale dès qu'ils seraient en sécurité...
Jetant un regard alentour, il fit un inventaire rapide de qui était là et qui ne l'était pas.
« Remus. » lâcha-t-il, inquiet. « Tonks. Charlie et Anthony. »
« Bill. » rajouta Fleur, en les rejoignant.
L'Animagus sentit son souffle se coincer dans sa gorge. Il avait été tellement certain que se battre avait été la chose à faire... Agir même mal, lui semblait plus juste que de ne rien faire et... même là, même en sachant que tant d'entre eux manquaient, il ne parvenait pas à regretter son choix. Pas quand l'adrénaline pulsait si agréablement dans ses veines. Pas quand il se sentait lucide pour la première fois depuis des semaines.
« Il faut fouiller les alentours. » déclara-t-il. « Fleur, va... »
Une fenêtre au premier étage de la boutique explosa et un corps tomba jusqu'à eux. Sans le réflexe de Dumbledore, la personne serait sans doute morte. Le vieux sorcier ralentit sa chute, suffisamment pour que l'atterrissage ne soit pas trop brutal.
Au vu du grognement qu'émit Remus, il ne fut tout de même pas agréable.
Sirius n'hésita pas une seconde à se jeter à genoux auprès de son meilleur ami. Dans son dos, il entendit les autres se mettre à appeler les disparus.
« Pourriez-vous m'expliquez, messieurs ? » s'enquit Dumbledore, derrière lui.
Le ton se voulait poli mais dissimulait mal son mécontentement. Ou bien le Directeur n'avait jamais tenté de le cacher. Dans les deux cas, il n'en avait pas grand chose à faire.
« Rien de cassé, Lunard ? » interrogea-t-il.
Il posa la main sur l'épaule du loup-garou mais, à sa grande surprise, Remus se dégagea brusquement. Acceptant la main que Dumbledore lui tendit pour se remettre debout.
« Où est Tonks ? » siffla immédiatement le Maraudeur. « Elle combattait Bellatrix... »
Il y avait un éclat mauvais dans le regard de Remus. L'éclat du loup.
Pour la troisième fois ce soir là, Sirius éprouva l'impression tranchée que la situation avait dégénéré.
« Charlie et Anthony ont besoin de soin. » annonça Arthur, en courant vers eux. « Pas de traces de Tonks. »
Dumbledore se passa une main sur le visage.
« Emmenez les chez Andromeda. » ordonna le Directeur. « Évitez Sainte Mangouste autant que possible. Sirius, Remus, retournez au Square Grimmaurd. Alastor, Kingsley pourront... »
« Je ne pars pas sans savoir où elle est. » coupa Remus.
Sirius se tint entre eux avec incertitude. Il n'avait aucune envie de retourner au QG sans savoir ce qui était arrivé à sa cousine, mais il avait encore moins envie de traîner dans le coin lorsque les idiots du Ministère commenceraient à rappliquer.
« C'est un miracle que l'endroit ne grouille pas déjà d'Aurors... » remarqua-t-il, espérant que son meilleur ami entendrait raison.
Il était persuadé que Tonks était quelque part dans le coin, les autres allaient la trouver. Bellatrix n'aurait pas manqué de le leur faire savoir si...
« Tout ça, c'est ta faute. » s'énerva Remus, évitant une nouvelle fois la main réconfortante qu'il chercha à poser sur son bras.
« Ma faute ? » répéta-t-il, avec irritation. « Ce sont les informations de Dingus qui... »
« Si tu n'avais pas... »
« Assez ! » tonna Dumbledore. « Retournez au Square Grimmaurd. »
« Pas sans Tonks ! » rétorqua Remus, avant de s'éloigner dans la pluie battante, sans un regard en arrière.
C'était complètement fou. Oui, lui aussi était inquiet pour sa cousine, mais il savait que Fol'Œil était plus que probablement en train de ratisser les environs à sa recherche et qu'il la trouverait sans l'ombre d'un doute. Le mieux qu'il y avait à faire était de rentrer et de prévenir Pomfresh. Que la Médicomage se tienne prête...
Ça ne l'empêcha pas d'emboîter le pas à son ami.
La main de Dumbledore l'arrêta.
« Les Aurors seront bientôt là. » déclara le Professeur, plus gentiment que ce à quoi Sirius s'attendait. « Il ne serait pas bon qu'ils nous trouvent, vous ou moi, ici. »
Sirius acquiesça.
« Remus... » hésita-t-il.
« Alastor s'en chargera. » affirma Dumbledore.
°°O°°O°°O°°O°°
Couchée sur les pavés inégaux, Tonks ne trouva pas la force de bouger. La pluie s'abattait sur elle, son visage reposait dans une flaque et à chaque inspiration elle risquait la noyade, mais elle n'arrivait pas à convaincre son corps fourbu de faire ce que son cerveau lui ordonnait.
Elle supposait qu'elle pouvait s'estimer heureuse que Bellatrix n'ait pas pris le temps de l'achever. Une main sur son avant-bras gauche et sa chère tante avait transplanné sans demander son reste. Sans perdre de précieuses minutes à fouiller la ruelle remplie de poubelles renversées à la recherche de la fille d'Andromeda. L'odeur n'était pas des plus ragoutante et elle distinguait des rats énormes qui se pressaient à l'intérieur d'un des récipients en métal.
Même ce détail absolument répugnant ne fut pas assez pour qu'elle rassemble l'énergie de se lever. Sa dégringolade du haut du toit n'avait pas été la partie la plus terrible de la soirée, bien que ça n'ait pas non plus été une partie de plaisir. Des poubelles – n'avait-il pas été écrit qu'elle finirait parmi les ordures cette nuit là ? – avaient amorti sa chute. Elle s'en était tirée avec un coude extrêmement douloureux.
Elle s'était relevée juste à temps pour faire face à Bellatrix. Malheureusement, à vouloir parer un des sorts de sa tante, elle avait trébuché et son genou s'était tordu. Elle n'était pas tout à fait certaine de comment elle s'était retrouvée coincée à l'intérieur de la boutique ou de comment elle avait réussi à en sortir. Ne pas laisser Bella l'assassiner avait requis toute son attention.
Il y avait des coupures sur ses bras, plusieurs contusions... Mis à part ça, tout semblait en état de marche. Elle avait été chanceuse.
Ses paupières papillonnèrent d'elle-même mais elle s'efforça de rester consciente. Kingsley la tuerait si elle finissait noyée dans une petite flaque.
Des bruits de pas troublèrent le tumulte de l'orage et un nouvel afflux d'adrénaline se fit sentir. A quoi jouait-elle ? Faire une sieste alors que le coin pullulait de Mangemorts ? Joli coup, ma vieille...
Mais obliger ses membres à répondre à sa volonté était plus vite dit que fait. Où était sa baguette ? Sa main tâtonna autour d'elle sans parvenir à la trouver. Elle tenta de se redresser en s'appuyant sur son bras gauche mais, c'était lui qui avait encaissé la plupart de ses chutes de la nuit, et il céda sous elle.
Elle n'appréciait pas particulièrement d'avoir le visage plongé dans de l'eau crasseuse.
« Gamine ? » grogna une voix familière.
Elle en aurait presque pleuré de soulagement.
L'œil magique de l'ancien Auror ne tarda pas à la repérer et elle fut bientôt parfaitement en sécurité dans les bras de son mentor. Elle s'autorisa à fermer les yeux pendant qu'il écartait avec douceur les mèches noires qui lui tombaient sur le visage, puis inspectait soigneusement son corps à la recherche de blessures.
« Il te faut un Médicomage. » conclut Maugrey. « Mais je ne vois rien d'irréparable. »
Elle savait qu'il s'apprêtait à se relever – et à la remettre sur ses pieds dans le même processus – mais elle n'était pas tout à fait prête à ça. Attrapant par réflexe le bras qui la maintenait calée contre son torse, elle s'appuya davantage contre lui, puisant le réconfort dont elle avait besoin.
Malgré tous les beaux discours qu'elle avait pu faire, affronter Bellatrix s'était révélé absolument terrifiant. Sa tante était folle, aucun doute là dessus. Tout le monde avait eu raison sur ce point. Tout le monde aurait peut-être mieux fait de la mettre en garde sur sa puissance plutôt que sur sa folie. Jamais encore elle n'avait lutté contre quelqu'un d'aussi fort... Cela avait exigé beaucoup d'énergie et énormément de magie. Elle était vannée.
« J'ai cru t'avoir perdue pendant un moment, Nymphadora. » marmonna Fol'Œil.
L'aveu maladroit la convainquit d'ouvrir les yeux. Du regard, elle retraça le visage mutilé de son ami puis se força à sourire.
« Tu te débarrasseras pas de moi comme ça. » plaisanta-t-elle. « Je pensais qu'on avait établi ça... quoi ? Le deuxième jour ? »
Maugrey fut secoué d'un petit rire moqueur qui ne tarda pas à s'éteindre. L'œil magique s'agitait dans son orbite, surveillant les alentours. Elle y était trop habituée pour que ça la dérange mais ça ne faisait qu'accentuer l'anxiété qu'elle lisait sur ses traits.
Si elle en avait été dans son état normal, elle aurait probablement jeté ses bras autour de son cou et aurait serré jusqu'à l'étouffer, ce qui l'aurait fait râler pour la forme. Fol'Œil avait ses instants de faiblesse et la plupart d'entre eux étaient de son fait à elle.
La meilleure élève qu'il ait jamais eue, clamait-il avec fierté à qui voulait l'entendre, lorsqu'elle n'était pas à portée. Elle avait toujours fait semblant de ne pas savoir. Il avait toujours fait semblant de ne pas le penser.
« Ne me refais jamais une peur pareille, gamine. » la réprimanda-t-il sérieusement. « Vigilance constante ! »
Elle leva les yeux au ciel mais s'extirpa néanmoins de son étreinte.
« Cette salope m'a eue par derrière. » ragea-t-elle. « On a pas tous des yeux à l'arrière du crâne. »
Ils s'aidèrent mutuellement à se remettre debout ce qui, entre son genoux et sa jambe de bois, ne s'avéra pas aussi aisé que l'on aurait pu croire.
« Le Ministère ne va pas tarder à envoyer des gens. Question de minutes. » grinça Maugrey, alors qu'il atteignit le bout de la ruelle. « Tu devrais t'occuper de ce crétin avant qu'il ne se fasse arrêter. »
Il désigna quelque chose d'un geste du menton. Tout ce qu'elle discerna à travers le rideau de pluie fut une forme plus sombre qu'elle identifia comme celle d'un homme. Il fallut qu'elle avance encore de plusieurs mètres avant de reconnaître Remus.
Fol'Œil l'avait abandonnée pour donner des ordres à Kinglsey. Kingsley détestait qu'on lui donne des ordres...
Elle aurait voulu demander comment allaient les autres, si tout le monde était indemne... Elle resta plantée où elle était, à un mètre de lui, avec l'impression très désagréable d'être la fille la plus stupide du monde.
Remus semblait être fou de colère mais elle ne comprenait pas bien ce qu'elle avait fait pour en être la cible, et, en toute franchise, elle s'en fichait royalement. Elle était elle-même passablement énervée, avait passé une soirée moins qu'idéale et n'aspirait qu'à une bonne douche chaude et à son lit.
« Je ne sais pas ce que tu as à me reprocher... » avertit-elle. « Mais... »
Ses mots furent dérobés par la bouche qui s'écrasa sur la sienne. Des bras la pressèrent contre un corps chaud et elle ne s'accorda pas le luxe de la réflexion avant de passer les siens autour de son cou et de lui rendre son baiser.
Ça n'avait rien de tendre. Tout au contraire. Leurs langues luttaient pour le contrôle, chacun cherchant à s'imposer à l'autre et leurs corps se pressaient l'un contre l'autre, cherchant, désirant quelque chose qui n'arriverait certainement pas au milieu de la rue.
Les doigts de Remus se glissèrent dans ses cheveux emmêlés, à l'arrière de son crâne et dans son empressement appuyèrent sur une bosse toute neuve.
Elle ne put retenir un glapissement de douleur, mettant une fin brutale à leur étreinte enfiévrée.
« Désolé. » murmura-t-il, les yeux écarquillés.
Il était plutôt évident à son sens qu'il ne s'excusait pas de lui avoir fait mal. En temps normal, elle aurait probablement choisi ce moment là pour lui exposer en termes clairs et précis que son comportement était tout aussi insupportable qu'insultant mais, malheureusement, avec la fin de leur baiser, le reste du monde s'était remis à tourner.
Les appels angoissés de ses collègues, qui venaient d'arriver, lui rappelèrent qu'il y avait plus urgent. Il ne serait pas bon qu'on trouve le meilleur ami de Sirius Black à un endroit où des Mangemorts venaient d'être arrêtés...
« Va-t-en. » ordonna-t-elle, tournant un regard anxieux en direction des voix qui se rapprochaient.
Elle reconnaissait celles de Dawlish et de Grant. Ni l'un, ni l'autre ne chercherait plus loin que le bout de leur nez. Ça n'empêchait pas qu'ils étaient des amis et qu'elle préférait ne pas les inquiéter outre mesure.
« Je suis désolé. » répéta-t-il.
Puis il y eut un pop et elle se retrouva à contempler le vide. A temps, songea-t-elle, lorsque Grant lui attrapa le bras avec inquiétude.
« Tout va bien, Tonks ? » s'enquit l'Auror. « Fol'Œil dit que tu as besoin d'aller à Sainte Mangouste. »
Elle cilla, puis secoua la tête, se demandant s'il était possible qu'elle ait hérité d'un autre traumatisme crânien. Ses pensées et ses sentiments étaient très certainement embrouillés...
« Une chance que vous ayez été dans le coin, tous les trois. » remarqua Dawlish, sans malice. « Shaklebolt dit qu'ils te raccompagnaient chez toi ? »
Elle acquiesça distraitement, heureuse qu'ils aient décidé de se mettre d'accord la veille sur l'histoire qui servirait à couvrir la présence de l'Ordre. A quoi avaient-ils pensé ? Ils avaient évité la catastrophe de justesse.
Merlin, quand Dumbledore aurait vent de ce qui s'était passé, ils ne seraient pas sourds...
A mundo condito : depuis la création du monde
