Cela faisait plusieurs minutes que je regardais Jacob dormir. Les jambes pendantes au dessus du bras du fauteuil, je doutais qu'il fut installé confortablement. Il étai recroquevillé, trop grand pour le meuble, mais pourtant plongé dans un sommeil profond. Moi-même j'étais allongée sur le canapé, une couverture épaisse à motif de loup sur les épaules. Je n'avais dormis qu'une demi-heure mais je me sentais responsable de ne pas avoir veillé sur Embry. Ayant été le voir aussitôt réveillée, je m'étais rassurée en le voyant dormir paisiblement. J'étais donc de nouveau assise, perdue dans la contemplation du visage de mon imprégné.

Je décidais de me lever définitivement avant de regretter l'attitude que j'avais envers Jake et sortis sans un bruit. La température extérieure fit contraste avec la chaleur de mon corps et un frisson me parcouru. Je fis le tour de la maison, directement attirée par l'atelier de Jacob. J'étais plongée dans son monde et je faisais abstraction de notre séparation. J'étais curieuse de savoir ce qu'il y avait fait depuis tout ce temps. Poussant la porte du bâtiment, je fus surprise de voir que rien n'avait changé. Les motos étaient toujours là ainsi que les outils éparpillés sur le sol. La crise de larme m'avait complètement vidée et je ne réagis même pas au fait que nous avions échangés notre premier baiser dans cette pièce. Je n'avais plus envie de pleurer, ni même de faire demi-tour. Il n'y avait quasiment aucuns bruits à part ceux de la forêt environnante et cette ambiance était reposante. La lumière se reflétait sur le bois des murs et les rayons du Soleil donnaient une couleur jaunâtre apaisante. M'asseyant sur le bureau, je fermai les yeux, un léger sourire étirant mes lèvres. J'avais l'impression d'être dans un havre de paix, mais cette situation fut de courte durée.

Au bout de quelques minutes une odeur lupine fit son chemin jusqu'à moi et je reconnus en celle-ci l'odeur de Jared. Il avait l'air d'être seul d'après le bruit de ses pas. J'hésitais entre rester ici ou aller a sa rencontre. Finalement, je pris mon courage à deux mains et sorti de l'atelier. Il s'était transformé et marchait à grandes enjambées vers la maison. Quand il me vit, il s'arrêta brusquement et pointa un doigt furieux vers moi.

- toi! Hurla-t-il en s'approchant rapidement.

Je sentais mes muscles se tendre, mon corps prêt à défendre à la moindre attaque.

- c'est de ta faute s'ils sont là! Continua Jared.

Il tremblait et respirait fortement. Il devait vraiment vouloir me parler pour réussir à redevenir humain avec l'état dans lequel il était.

- c'est toi qu'ils cherchent!

J'étais interloquée de me sentir aussi soudainement agressée pour rien. Comment les vampires avaient-ils put savoir que j'étais là? Et après plusieurs années ils me cherchaient toujours?

- qu'est-ce que tu raconte? Demandais-je en essayant de ne pas m'énerver.

- je dis simplement ce que ces buveurs de sang comme toi disent! C'est à cause de toi qu'ils nous ont attaqués! Si ils sont là c'est parce qu'ils t'on retrouvés, et maintenant c'est à nous qu'ils s'en prennent!

Ma mâchoire était crispée à un tel point que j'en avais mal aux dents. Je ne supportais pas qu'on m'accuse ouvertement de choses dont je n'étais pas responsable. Mes lèvres étaient pincées, signe que je cherchais à ne pas attaquer verbalement le loup garou, mais si il continuait dans cette optique, je ne tarderais pas à déborder moi aussi.

-tu pense peut être que je l'ai fait exprès? Lançais- je sèchement.

Il s'approcha, son visage à quelques centimètres du miens.

- personne ne peut prouver le contraire, dit-il en chuchotant presque.

Je bouillonnais de rage, sentant mes poings se serrer à mesure que mes yeux transperçaient les siens.

- peut être que le fait de vouloir te tuer n'est qu'une excuse, continua-t-il. Tu es revenue juste pour répandre ton petit venin de vampire, pour te venger une nouvelle fois contre nous…

Je me mis à rire nerveusement.

- tu ne crois pas que t'en fait un peu trop Jared? Si j'avais voulu me venger voilà bien longtemps que je serais revenu, et crois moi j'aurais put m'occuper de vous toute seule et d'une façon plus discrète!

J'avais l'impression d'adopter une posture ennemie face à lui. Je n'avais plus aucuns liens avec eux, et la seule chose qui me retenait était la hargne que j'éprouvais envers Jared. Ma peine et la rancœur que je ressentais envers moi-même s'étaient transformées en colère. Mes battements cardiaques s'étaient dangereusement accélérés mais j'avais encore soif de vengeance.

- je connais les conséquences et la gravité de ce que j'ai fait il y a six ans sans que tu ais le besoin de me le rappeler au quotidien. Je sais que cette dispute a pris de l'ampleur dans toute la meute et je sais aussi que ma place n'est pas ici, seulement j'ai fait le choix de venir pour Emilie et Sam, pas pour toi ni ceux qui ne veulent pas me voir. Tu n'as strictement rien à dire dans cette histoire Jared, alors avant de régler à ta façon les affaires des autres tu ferais mieux de t'occuper des tiennes.

Je décidais de reculer avant d'en dire de trop mais apparemment le loup garou n'en avait pas terminé.

- attend, de quoi tu parles? Mes affaires vont très bien! Cria-t-il tandis que je me tournais vers la forêt.

Je pivotais face à lui, un sourire carnassier planqué sur le visage.

- oh alors mentir à Kim tu appelle ça une affaire qui va très bien?

Quand ses sourcils se froncèrent, je sus que j'avais visé là où ça faisait mal et j'en profitais pour en rajouter.

- chacun fait des choix regrettables dans sa vie, tu devrais t'en rendre compte autant que moi. En attendant si la prendre pour une conne est une affaire qui fonctionne pour toi, alors je te souhaite bien du succès!

Sur ce, je partis de nouveau vers la forêt, ruminant tout ce qui n'était pas sortit de ma bouche. Je voulais continuer, lui dire que je ne comptais pas récupérer Jake, que j'avais autant peur que lui des vampires qui les attaquaient mais encore une fois j'étais bien trop en furie pour m'abaisser à des excuses. Je regrettais de ne pas avoir évolué de ce côté-là, de réussir à mettre à part ma fierté pour tenter d'apaiser les conflits. Je baignais entre deux eaux, celle où j'étais prête à tout pour me racheter, et celle qui me faisait couler à chaque disputes dans des vagues de rage incontrôlables.

Au fur et à mesure que les arbres défilaient devant mes yeux à vitesse surhumaine, je me rendais compte que rien n'avait changé en moi. J'étais toujours cette hybride gâtés et incapable de rester calme. Mes pensées allaient à l'encontre de mon caractère et je n'arrivais pas changer dans le bon sens. J'aimais Jake, comme une imprégnée pouvait le faire, mais à quel prix? Je ne pouvais pas me rapprocher de lui, et de toute façon je comptais repartir dès le mariage. Il fallait qu'il sache. Qu'il ne me reverrait plus, que même si Lena n'était pas sa destinée elle était là pour lui contrairement à moi. J'avais honte de le laisser de nouveau mais le comportement des garçons n'avait fait que confirmer ma certitude de ne pas rester ici. Je le faisais souffrir plus qu'autre chose en étant à la Push.

Je sentis une présence se rapprocher de moi coupant court à toutes mes pensées. Une odeur inconnue. Je décidais de ralentir et regrettais aussitôt ce geste. Sans que je ne puisse prévoir une défense, un poids énorme me projeta sur le côté et je percutais le sol violemment, glissant sur quelques mètres. Je me redressai rapidement, un peu sonnée malgré tout et regardai les alentours. La chose avait été aussi vite que moi et aucune odeur de loup ne me parvenait.

Je venais de subir ma première attaque de vampire.

Un rire aigu résonna dans mes oreilles. Un rire de femme.

- montre-toi au lieu de faire ta maligne! Criais-je.

Un léger bruissement de feuilles me fit me retourner, et une main glaciale saisit mon cou pour me claquer le long d'un chêne centenaire. Je montrai les crocs comme un chien attaqué sur son territoire aurait put le faire, et analysai le physique de mon adversaire. Elle était brune, plutôt jolie avec son teint de porcelaine si ses yeux n'avaient pas été rouges sang. Elle affichait un sourire vainqueur qui rajeunissait encore plus son visage poupon.

- on se rencontre enfin Renesmée, dit-elle d'une voix cristalline qui ne correspondait pas du tout à son regard assassin.

Je serrais son poignet comme si cela pouvait lui faire relâcher sa prise. Elle était plus forte que moi, me réduisant à l'état de proie.

- à qui ai-je l'honneur? Demandais-je d'un ton empli de fausse joie.

- Annabelle, mais appelle moi Anna, ou Belle, répliqua-t-elle en riant.

- je crois que Monstrueux Vampire serait plus adapté! Sifflais-je.

Elle resserra sa prise, empêchant l'air de passer dans ma gorge. J'étouffais presque, commençant à voir des étoiles autour de moi.

- ne fait pas ton intéressante! C'est dommage je n'ai pas trouvé ton grand père, sinon j'aurais pus te l'amener pour que tu lui dises un dernier au revoir!

- ça fait bien longtemps qu'il est parti d'ici!

Je ne compris pas pourquoi, mais la jeune femme décida d'enlever sa main de mon cou et me laissa respirer. Je me penchai un peu en avant, peinant à reprendre mon souffle.

- t'avise pas de bouger, m'ordonna t-telle. Cela fait si longtemps que j'attends ce moment. Mais tu étais en Floride avec le reste de ta famille. Donc intouchable. Mais là, nous avons deux vengeances pour le prix d'une seule!

Elle jubilait dans ses propos et moi je n'osais rien faire. Sans m'en rendre vraiment compte, j'étais avide d'entendre ce qu'elle avait à me dire.

- tu possède un sang très précieux tu le sais. Et quelques facultés non des moindres…

Annabelle s'était mise à tourner en rond, tel un prédateur qui attendait le moment propice.

- et alors? Demandais-je, voyant qu'elle était perdue dans ses pensées.

Elle releva la tête vers moi et en un quart de seconde, fut presque à toucher mon visage avec son nez.

- tu es exquise… parfaite, Renesmée, déclara-t-elle en chuchotant, se rapprochant dangereusement de ma jugulaire. Tu pourrais me donner l'invincibilité avec les pouvoirs que j'ai déjà…

Le sang battait dans mes tempes et je savais qu'au moindre mouvement elle pourrait me tuer. Je fermai les yeux, renonçant à me défendre physiquement mais cherchant à tout prix un moyen de rester en vie.

- je pourrais aussi te tuer, Annabelle, dis-je tout bas en insistant sur les syllabes de son prénom.

Je doutais qu'elle fut effrayée par ma menace, mais cela lui fit tout de même relever la tête.

- oh tu crois. Essaye donc.

Elle fit glisser ses doigts sur mon avant bras jusqu'à les poser délicatement dans mes cheveux. Ce parcours fut comme enflammé, me laissant l'impression d'un millier de fourmillement là où sa peau était entrée en contact avec la mienne. De minuscules décharges électriques se répandaient dans mes veines, remontant peu à peu dans tout mon bras, empêchant le moindre mouvement de ma part. Elle avait la faculté de bloquer les muscles, ce qui pouvait être très pratique pour chasser et retenir ses proies, en l'occurrence, moi.

- qu'en dis-tu? En plus de tes transmissions d'images par la pensée je pourrais torturer les gens à ma guise et les regarder souffrir des heures et des heures durant.

Elle éclata dans un rire de démente, et me fit prendre en compte la situation. Que je le veuille ou non et par je ne sais quel moyens elle allait prendre toute ma force et ce qui faisait de moi un vampire. La seule chose qu'il me restait était d'espérer non sans craintes que la meute repère rapidement sa présence.

- ça va aller très vite, il te suffira juste de hurler et de me supplier d'arrêter. Tu pourras te débattre aussi, mais au final ton corps humain subsistera et tu finiras comme un légume, déclara-t-elle ravie d'entendre mon cœur s'emballer.

- et comment comptes-tu t'y prendre? Demandais-je la voix tremblante.

- je n'ai pas qu'un seul pouvoir tu sais… d'ailleurs j'ai le pouvoir de récupérer tout les pouvoirs, c'est pour cela que je convoite le tiens. Ensuite, viendra le tour des Cullen….

Elle avait le regard perdu dans un délice qui n'appartenait qu'à elle. Je voyais le piège se refermer. Cela ne faisait que quelques minutes que j'étais prisonnière mais j'avais l'impression de voir défiler des heures.

- tu n'es pas invincible, déclarais-je lentement.

- je sais, et c'est d'ailleurs pour ça que je vais me dépêcher de m'occuper de toi. Maintenant!

Je retins ma respiration, toujours bloquée entre le tronc et elle, mon bras infecté pendant à mes côtés.

- si les loups arrivent…

- ils ne seront pas assez rapides! Ricana-t-elle.

Voyant son visage se pencher vers moi, je fis la première chose qui me vint à l'esprit mais qui ne comportait aucunes chances de survie. Je la poussais de mon bras valide, et détalais entre les arbres le plus vite que je pouvais sachant qu'en moins d'une seconde plus rien ne me retiendrait à cette planète. Je pensais à Jacob tant que je le pouvais encore et à ma famille, jusqu'au moment où mes genoux s'affaissèrent sur le sol, suivis de la paume de ma main qui glissa sur la terre, emportés par Annabelle qui s'était déjà saisie de mon cou et y plantait ses crocs avides de mon sang. À peine eurent-ils transpercés ma peau que mon cri de souffrance ne résonnait déjà plus dans mes oreilles. Une ombre s'abattit sur mes paupières, et en même temps que la douleur de la morsure, le sentiment de pouvoir respirer de nouveau m'envahit. Elle ne m'écrasait plus.

Dans un mouvement non contrôlé je me retournai et me recroquevillai sur moi-même, ma main tremblante appuyant sur ma jugulaire comme si ce geste allait stopper le poison. Je ne m'entendais pas gémir, et je n'arrivais pas à réfléchir sur le fait que le vampire était parti. Je sentais mon sang bouillonner à mesure que son venin prenait possession de moi. Le fait de respirer me paraissait insoutenable mais pourtant je ne cessais de chercher de l'air. Je brûlais littéralement de l'intérieur et j'étais prête à tout pour m'affranchir de cette sensation. Un sifflement strident bloquait mon ouïe, je n'entendais plus rien sauf les ultrasons en continue. Je perçus quelque chose de différent sur mon bras, comme si quelqu'un cherchait à me bouger. Se pouvait-il qu'elle se soit déjà débarrassée de la meute ou un autre vampire s'était joins à elle?

Je fis un effort considérable pour ouvrir les paupières et lutter contre la lumière aveuglante de là où j'étais. Une forme m'empêchait de voir directement le ciel mais je n'arrivais pas à considérer de quoi il s'agissait. Cela bougeait, mais n'avait pas l'air de vouloir m'attaquer. Seulement, une brusque vague de douleur me ramena à mon propre corps et en brûlait de plus en plus de surface. J'avais l'impression qu'elle occupait plus mon bras droit car je ne pouvais pas le bouger. Je sentais mes muscles se tendre et ma mâchoire s'ouvrir pour laisser s'échapper une plainte que je ne percevais pas. Je voulais crier à l'aide mais rien ne sortait de ma bouche que je ne puisse comprendre.

Tout allait se terminer comme ça alors. Aussi brutalement. J'allais partir en ayant contre moi une partie de ma seconde famille.

Mes os devaient certainement être en train de se réduire en morceau. La douleur ne pouvait être pire qu'à ce moment là. Mon cœur commençait à se figer entre les flammes qui ravageaient depuis un moment ma poitrine et mes poumons avaient du mal à suivre mon besoin d'oxygène.

Je n'avais même pas put m'excuser auprès de Jacob, lui dire combien je l'aimais et que je voulais le voir heureux avec ou sans moi.

Un poids revint de nouveau et je me sentais prête à supplier qu'on me tue. Peut être l'avais-je dis tout haut car un contact froid repris possession de mon cou et le feu s'arrêta. Pendant une infinité de minutes je ne sentis plus rien d'autre que les canines enfoncée dans ma peau. Comme si tout s'était envolé, je percevais la mort comme un don précieux et me laissai aller à l'obscurité qui me tendait les bras.

o0o0o0o

Le Paradis était une chose de vraiment étrange. Dans beaucoup de légendes j'avais lu qu'on ne se souvenait pas de notre vie, et que parfois on se retrouvait dans un endroit où l'on avait été et dont on gardait un merveilleux souvenir. Moi, j'étais là, assise au milieu de la foule qui ne cessait de parler, de marcher, sans prêter attention au fait que j'étais la seule à ne pas bouger. Jamais je n'étais venue dans un lieu pareil. Il y avait des couleurs partout, des objets insolites et tapes à l'œil, disposés sur des stands qui formaient un immense marché. Ce qui me permettait d'avoir la certitude de penser à ma propre vie, était que je cherchais mes parents. J'avais une idée précise de leur visage, de leur caractère. Comment aurais-je pus alors oublier un tel endroit et me souvenir de ma famille? À moins que le fait d'être un vampire changeait la donne. Mais nous, avions nous droit au Paradis? Peut être était-ce une réplique et que c'était pour cela que je me souvenais de mon existence. Les légendes étaient donc fausses.

Il y avait une ambiance festive mais je me sentais exclue. Je ne parvenais à faire aucuns mouvements et sentais la chaleur irradier mon dos. Simplement mon dos. Les gens me contournaient, remuant la poussière du sol en parcourant le dédale de commerçants. J'étais à même le sol et pourtant il me semblait largement confortable. Je me sentais bien malgré mon impossibilité de bouger. Chose que je ne comprenais pas d'ailleurs. On m'avait dit que le Paradis permettait d'être libre. Encore à cause de mon statut que je ne profitais pas de tout les privilèges?

J'avais la désagréable impression de ne pas être à ma place ici. Mourir après seulement quelques années de vie n'était pas non plus normal à mes yeux, mais ce n'était pas à cause de ma longévité. Je me sentais comme intruse à ce monde.

Je ne parvenais pas à tourner la tête et pourtant je savais exactement ce qu'il y avait près de moi. À ma droite une femme d'origine africaine vendait des gousses de vanille. D'ailleurs l'odeur envahissait mes narines et je ne me souvenais pas l'apprécier autant. Je ne percevais pas son visage avec précisions mais je sentais sur moi son sourire. Un sourire étrange, crispé et tordu. Non pas un geste sincère mais quelque chose de forcé, comme un signe pour me dire que je ne resterais pas très longtemps assise ici en paix. Et en effet, ne discernant plus sa silhouette, je sus qu'elle venait vers moi. Une main se tendit dans mon champ de vision, et, sans que je n'aie le temps de douter sur mes capacités à la saisir, elle empoignait déjà mon bras pour me relever. Me trouvant enfin à sa hauteur, je pus voir que son sourire avait disparu et qu'elle arborait un air grave malgré que je ne puisse distinguer correctement les détails.

- ouvre…tes yeux…

Ouvrir mes yeux? J'étais prête à lui rire au nez quand une étrange sensation parcouru mon être. Pourquoi avais-je l'impression qu'elle ne se fichait pas de moi?

- mais, je suis morte, déclarais-je calmement.

Ses lèvres s'étirèrent de nouveau mais cette fois d'une façon plus amicale, presque contrite. Ce fut à ce moment que je remarquais qu'il n'y avait plus personne autour de nous. L'odeur de vanille était toujours présente, la chaleur dans mon dos aussi, et pourtant nous étions deux dans cet endroit, sans une once de vie. Les étalages avaient disparus et je me retrouvais entourée d'un désert immense. Était-ce mon imagination qui modifiait le paysage?

- force toi…, continua t-telle.

Me forcer à quoi? J'avais la sensation que des murs invisibles entouraient l'endroit où j'étais, et petit à petit je me sentais enfermée.

- ouvre tes yeux…

Pourquoi ne pas lui dire simplement qu'ils étaient déjà ouverts?

- rejoins le Soleil…, dit-elle dans un murmure.

Elle commençait elle aussi à s'effacer, à devenir une ombre parmi les lieux, mais il m'était de nouveau incapable de bouger, voulant la retenir. Je me sentais engourdie, fatiguée. Je fermai mes paupières pour les rouvrir, comme si son conseil allait me procurer quelque chose, mais je fus seulement surprise de voir que j'étais désormais seule.

Seule et dans une léthargie de plus en plus importante. J'étais oppressée et une migraine se faisait sentir. Fermer les yeux. Non je devais les ouvrir. Trop tard.

Il faisait noir encore une fois. Un noir reposant. La vanille et la chaleur toujours présents, sauf qu'un souvenir me poussait à ne pas rester comme ça. Ouvrir les yeux. Je devais lutter, cherchant à ne pas m'enfoncer un peu plus. Je me concentrai sur mes sensations corporelles. Allongée assez confortablement, une clarté faisant son apparition, douleur au bras. Douleur au bras… aussi soudainement que cette phrase m'était apparue, une vague d'images envahit mon esprit. Une jeune femme brune, la forêt, Jared, Jacob et Embry. Ouvrir les yeux. Vite.

La lumière fut si intense que je plongeai ma tête vers ce qui me semblait être un oreiller. Mon cœur s'accélérait face à ce réveil brutal. J'attendis que ma vue s'habitue puis je distinguai une fenêtre, un tableau accroché au mur, sur du papier peint bleu. Ma chambre chez Emilie. Le temps que mes sens se remettent à fonctionner normalement, je passais en revue les images. Je me souvenais de tout.

Je voulais changer de position mais un obstacle ne le permis pas. J'étais allongé sur le côté droit, quelque chose dans mon dos. Quelqu'un. Un bras reposant sur ma hanche, un souffle chaud dans mon cou, une délicieuse odeur de vanille…

Je me mordis la lèvre inférieure. Il ne fallait vraiment pas que je bouge, mais mon bras me faisait souffrir. Un fourmillement désagréable s'en emparait. Je tentais de le dégager sans faire trop de gestes brusques, lentement et calmement.

- tu fais vraiment des rêves étranges, dit une voix rauque derrière moi.

Tout mes efforts venaient d'être réduis à néant. Mouvements ou pas, il avait dut suivre mon réveil à la secondes près. Comment, je ne le savais pas, car je parvenais désormais à contrôler mes rêves pour ne pas les afficher à tout le monde. Je me tournai donc sur le dos d'un geste lent et fixai le plafond. Sa main restait sur mon ventre.

- ça va? Demanda-t-il.

J'acquiesçais me sentant malgré tout pleine d'énergie.

- ça fait combien de temps? Demandais-je en ayant l'impression d'avoir changé de voix.

- nous sommes jeudi matin, il est neuf heures, si ça peut te donner une idée précise…

J'avais donc dormis une partie de la soirée ainsi que toute la nuit. Sans même le regarder, je sentais chez Jacob un immense soulagement. J'avais failli mourir, et pourtant j'étais là, allongée à ses côtés, réfléchissant aux nombreuses questions que je voulais lui poser. Si tout s'était passé dans un monde où mon foutu caractère n'existait pas, je serais certainement dans ses bras, à pleurer toutes les larmes de mon corps, rageant contre ma faute d'inattention qui aurait put me coûter la vie. Seulement là, je cherchais à éviter son regard pour ne pas commettre une erreur que je qualifiais de « désastreuse ». Je sentais pourtant les remparts se fissurer à mesure que je passais du temps avec lui.

- j'ai bien cru arriver trop tard, murmura t-il.

Je savais qu'à travers cette phrase je devais comprendre à quel point il avait eut peur.

- pourquoi je suis encore là? Demandais-je.

Sa respiration calme se promenait dans mon cou et descendait jusqu'à ma clavicule. J'en avais des frissons, et ceux-ci parcouraient mon corps jusqu'à s'arrêter au niveau de sa main brûlant qui reposait naturellement sur mon t-shirt.

- un vampire est arrivé après Leah. C'est elle qui s'est occupée de t'arracher à Annabelle. Il disait être végétarien comme toi et les Cullen. Il a aspiré le poison…, finit-il d'une voix basse.

Un sourire étira mes lèvres.

- et tu l'as laissé faire? Dis-je en riant.

Il ne répondit pas. Automatiquement, et non sans regrets après avoir accompli ce geste, je tournais ma tête vers lui. Le reste de mes membres suivit et je me retrouvais face à mon loup. Face à mon imprégné, dont si peut de centimètres nous séparaient.

- c'était la seule solution, dit-il en plantant son regard sombre dans le mien.

Mes barrières s'affaissaient. Si je ne faisais rien pour augmenter cette distance je me savais perdue. Tout ne tenait qu'à lui. J'avais failli mourir en le laissant dans une souffrance que seule une imprégnée pouvait infliger. Je ne pourrais jamais savoir à quel point il avait eut peur. J'étais à peine revenue que je recommençais déjà à jouer avec ses nerfs. Étais-je condamnée à le rendre malheureux?

Je contemplais les traits de son visage, approchant doucement ma main. Je n'avais pas le droit de faire ça. Dans ma tête résonnait les phrases qu'il m'avait dites à propos de l'imprégnation. Je pouvais faire de lui ce que je voulais, et je l'avais transformée en un être seul, triste, coincé entre son passé et ses sentiments.

Mes doigts couraient désormais sur sa peau, effleurant sa joue, son menton, ses lèvres, sans jamais vraiment s'arrêter. Nos souffles se mélangeaient comme autrefois, ses battements cardiaques s'accommodant aux miens.

- qu'est-ce que j'ai fait…, chuchotais-je plutôt pour moi-même.

Sa main remonta jusque mon épaule et vint essuyer une larme vagabonde sur mon visage. J'avais baissé les yeux, me sentant honteuse d'apprécier terriblement cet instant. Je ne savais pas ce qui pouvait être pire: que Leah soit arrivée trop tard et que je fus morte, le laissant au grès de ses peines, ou être là, face à lui, allongée sur ce lit à attendre que quelque chose, n'importe quoi, se produise, certaine d'aggraver la situation.

Il glissa une mèche de mes cheveux derrière mon oreille dans un geste tendre.

- tout le monde va bien?

- tout le monde.

- et Embry?

- il va mieux.

Comme si il faisait exprès de répondre simplement trois mots, je le fixai, me voulant dure, mais je savais que c'était peine perdu. Un courant électrique passait entre nos yeux, pareil à celui du premier jour et je dus attendre de m'en détacher pour reprendre mes esprits.

- on n'a pas le droit de faire ça…, déclarais-je lentement.

Sa paume me réchauffait le visage et j'avais une envie irrésistible de fermer les yeux et de me blottir contre lui chose en totale opposition avec ce que ma raison désirait. Je pensais à Lena et à la discussion que nous avions eut sur la plage.

- arrête, me dit Jacob.

J'enlevai ma main pour prendre la sienne et la poser sur les draps puis me remettais sur le dos. J'avais apparemment un problème avec mes facultés mais ce n'était pas le centre majeur de mon attention.

- quoi que tu fasses j'ai vu ce à quoi tu pensais et je sais que tu vas continuer, dit-il d'un ton neutre.

Il avait raison. Même si il ne se passait rien de plus je m'en voulais d'être là, si proche de lui, près du but si il n'y avait pas eut la présence de Lena à ses côtés. J'étais torturée entre la part imprégnée de mon cœur et celle raisonnable qui s'effaçait peu à peu sous le poids de l'envie irrésistible de rester là, avec lui, pour l'éternité.

La chaleur qui dégageait de son corps irradiait le mien, même à quelques centimètres de distance. Mon envie criait au rapprochement mais ma raison refusait chaque mouvement. Je me savais capable de rester coincée comme ça pendant des heures, et la seule personne qui pouvait tout faire basculer c'était Jake. Lui que je voyais si proche de craquer, capable de faire abstraction de tout juste pour moi, son imprégnée. Il était à la merci de ses sentiments, et si j'avais accéléré les choses, voilà plusieurs minutes que nous aurions scellés notre destin. Je tirais les ficelles, il était mon pantin. Si je baissai la garde ne serait-ce que quelques secondes, nous commettrions l'erreur. J'étais pourtant proche de finir le combat. Cette lutte incessante que je menais contre moi-même depuis six ans, et qui n'avait fait que se corser depuis mon retour pouvait en un instant se terminer. J'étais fatiguée mentalement de cette bataille, épuisée de m'empêcher de vivre, et ce fut là mon erreur.

La simple pensée, le doux besoin de me laisser aller. Il le perçu. Aussi rapide que cela avait été à traverser mon regard, à l'illuminer d'une envie interdite, Jake avait sut le voir.

Sans que je ne veuille réellement l'en empêcher, il se redressa et posa son coude au niveau de mon épaule pour se retrouver au dessus de moi. Je me mordais de nouveau la lèvre. Mes dernières résistances venaient de disparaître à la vue de ses yeux emplis d'envie. Ma main se glissa lentement dans son cou, et, chassant les pensées qui affluaient trop tard dans mon esprit, je n'eus pas besoin de l'attirer à moi pour que ses lèvres se posent avidement sur les miennes.

Le lien se créa de nouveau. Ce contact réanimait en moi la puissance de l'imprégnation et plus rien d'autre ne comptait désormais que cet instant. Comme si un courant électrique traversait mes muscles, je me sentais enfin vivante. J'avais son visage entre mes mains de peur de le perdre encore une fois, ressentant autant que lui cette bouffée d'énergie qui faisait de nous des âmes sœurs éternelles. Je cherchais sa bouche merveilleusement douce et ne cessais de respirer à plein poumons son parfum de vanille qui n'appartenait qu'à lui mélangé à la fragrance des bois. Je me sentais apaisée et je me doutais que les sentiments de Jacob se mélangeaient aux miens. Sa main parcourait ma hanche de gestes tendres, laissant sur son passage des brûlures bien plus agréables que celles que j'avais ressentis à cause du vampire. Mon ventre frôlait son torse musclé, et je prenais conscience que tout son être était mien.

Seulement ce bonheur devait avoir une fin, et aussi peu de temps que notre baiser avait duré, la réalité me frappa de plein fouet quand le loup garou quitta mes lèvres quelques secondes. Je gardais les yeux fermés et tentais de faire le vide, sauf que l'image de ce qui m'attendait quand Lena serait mise au courant commençait à envahir mon esprit. Il posa son front contre le miens et tentai de me faire passer un sentiment d'apaisement. Chose qui fut faible quand lui aussi se prit à ressentir de la honte. J'avais l'impression que nous pouvions communiquer sans se parler, sorte de lien télépathique qui renforçait notre union. En plus de mon pouvoir que je n'arrivais plus à contrôler, nous savions maintenant lire l'un dans l'autre comme dans un livre ouvert.

Jacob retrouva sa position initiale à mes côtés, et m'attira dans ses bras où je me laissais aller à ma culpabilité, nichant ma tête dans le creux de son épaule.

Jusqu'à ce que j'entende la porte s'ouvrir…