Chapitre 12 : Partir ou rester


La réponse le prit de court. L'inconnu venait de dire qu'il était Charlus Potter, le père de James, mais c'était tout bonnement impossible. D'après les renseignements qu'il avait sollicités auprès des gobelins, les seuls Potter encore en vie étaient James, Lily, Godric et lui-même. Pointant sa baguette en direction du vieil homme, Harry le fixa d'un air suspicieux avant de prendre la parole à son tour.

- Vous mentez. Hormis mes parents et mon frère, il n'y a plus aucun autre Potter et si ma mémoire est bonne, les parents de James sont décédés il y a de cela plus de dix ans !

- Je ne le nie pas, bien au contraire. Répondit l'homme d'un ton affable.

- Mais alors comment…

Le Serpentard stoppa net tandis qu'il se mettait enfin à réfléchir. La dernière chose dont il se rappelait, c'était de s'être trouvé dans un lit à l'infirmerie et d'avoir eu une dispute avec les Potter devant ses amis. Il avait d'ailleurs bu une fiole de potion fortifiante et ensuite… plus rien.

Contemplant plus attentivement l'endroit où il se trouvait, Harry se rendit compte qu'il ne trouvait visiblement plus à Poudlard mais dans un endroit d'une blancheur presque immaculée. Le garçon songea que le décor ressemblait un peu à la gare de King's Cross mais ce n'était pas exactement cela non plus.

Alors que le jeune Potter poursuivait méthodiquement son raisonnement, il sentit une boule d'appréhension se former dans sa gorge.

- Où sommes-nous exactement ? Lâcha-t-il finalement, ses yeux écarquillés par la possibilité la plus vraisemblable mais aussi celle qu'il n'osait même pas imaginer.

Le dénommé Charlus ne répondit pas immédiatement, se contentant de lui adresser un sourire mélancolique tout en lui indiquant d'un geste de la main de venir s'asseoir dans l'un des deux fauteuils situés en face d'eux… des fauteuils dont il aurait pu jurer qu'ils ne se trouvaient pas là quelques instants auparavant.

Une fois assis en face de lui, le vieil homme reprit la parole d'une voix douce, teintée d'amusement.

- Où penses-tu que nous nous trouvions, Harry ?

- Je… je l'ignore.

Non, ce n'était pas qu'il ne le savait pas, c'était plutôt qu'il ne voulait pas le savoir. Crispant ses mains sur les accoudoirs du fauteuil, le Serpentard prit tout de même le temps de réfléchir à ce qui avait bien pu se produire. Ce n'était pas la fatigue qui avait pu le faire mour… qui avait pu l'amener ici mais peut-être que la potion fortifiante et le philtre de paix avaient mal réagi ensemble. Pestant contre lui-même de ne pas avoir réfléchi à deux fois avant de boire la fiole, Harry laissa ses pensées dériver sur ses amis qui avaient été présents auprès de lui.

Théo, Neville, Tracey, Hermione, Blaise et même Daphné… tous avaient été présents à son chevet lorsqu'il s'était réveillé. Jamais il n'avait pu leur dire à quel point il leur était reconnaissant d'être ses amis et maintenant… il était visiblement trop tard.

Les yeux embrouillés par les larmes, Harry abandonna son masque d'impassibilité et laissa échapper un sanglot avant de prendre la parole d'une voix étranglée.

- Je suis mort, c'est bien ça ?

Il ne vit pas Charlus se lever mais il sentit ses bras se refermer sur lui pour l'étreindre. Pour la première fois depuis des années, Harry Potter pleura. Les larmes coulaient librement le long de ses joues et il laissait échapper des sanglots à peine étouffés par la poitrine du vieux sorcier. Onze années de vie donc plus de la moitié passées sous le joug des Dursley et à peine commençait-il à se faire des amis… qu'il en arrivait à ça. Une mort stupide et inutile.

Néanmoins, il ne lui était pas coutumier de se laisser aller de cette façon, surtout en présence d'autres personnes. S'il avait réussi à se forger une carapace en acier pendant son enfance chez les Dursley, ce n'était certainement pas pour ensuite redevenir le petit garçon faible et pleurnichard qui dormait dans le placard à balai sous l'escalier.

Se fustigeant intérieurement pour s'être ainsi lamenté sur son propre sort, le Serpentard sécha ses larmes avec sa manche et leva ses yeux rougis vers son grand-père. En le voyant de près, il lui fut plus facile de reconnaître un certain air de ressemblance, ses joues et son nez notamment mais son attitude était en revanche très différente de celle de James Potter. Là où l'Auror regardait souvent les gens de haut, Charlus arborait une expression douce et soucieuse, et ses yeux… l'enfant lisait tellement d'affection mais aussi de souffrance dans son regard azuré.

- Je… je suis désolé, c'est juste…

- Chut, tu n'as aucune raison d'être désolé. C'est normal de pleurer, il n'y a rien de honteux à cela…

Le vieil homme esquissa un léger sourire et tapota légèrement le bout du nez de son petit-fils avec son index.

- Pour être honnête, je suis très impressionné par ce que tu as accompli jusqu'ici. Je ne parle pas seulement de tes notes ou de la manière dont tu as recréé la Carte du Maraudeur… mais plutôt des amitiés que tu as nouées, avec tes camarades de Serpentard comme avec les deux jeunes élèves de Gryffondor.

Charlus rapprocha son fauteuil du sien d'un geste de sa baguette et plongea la main dans une de ses proches, en sortant une vieille photo en noir et blanc. On pouvait voir plusieurs adolescents d'environ treize ou quatorze ans, tous revêtus de l'uniforme de Poudlard et appartenant à différentes maisons. Harry crut reconnaître un jeune James Potter au milieu, portant le blason caractéristique des Gryffondor, jusqu'à ce qu'il n'aperçoive la date notée en bas à droite de l'image.

1933.

Sa mâchoire menaçant de se décrocher tant il avait ouvert la bouche, le Serpentard adressa un regard interrogateur à son aïeul. Ce dernier éclata de rire avant de répondre à sa question muette.

- Et oui, c'est bien moi ! Mais ce n'est pas cela que je voulais te faire remarquer, regarde plutôt la jolie fille à côté de moi.

Visiblement du même âge que Charlus, la jeune fille avait de longs cheveux noirs et des yeux clairs. Son expression était fière et farouche et lorsque l'image bougeait, on pouvait la voir donner une tape amicale dans le bras du Gryffondor.

Ce n'est qu'à cet instant qu'il s'aperçut qu'elle portait le blason des Serpentard sur sa poitrine.

Ainsi donc, contrairement à son géniteur qui paraissait résolument opposé aux Serpentard, son grand-père en avait fréquenté une… voilà qui lui redonnait un peu d'espoir vis-à-vis de sa famille. Si seulement c'était Charlus qui avait vécu plutôt que James…

- Qui est-ce ? Finit-il par demander, d'un ton emprunt de curiosité.

- A cette époque, elle s'appelait Dorea Black. Elle jouait comme attrapeuse dans l'équipe de Quidditch de Serpentard et j'occupais le même poste dans celle de Gryffondor. Pendant six années, nous nous sommes affrontés sur le terrain et avons remporté un nombre quasi-identique de matchs…

Il fit une courte pause, un sourire nostalgique fleurissant sur ses lèvres, avant de reprendre, ses yeux s'illuminant d'une lueur malicieuse.

- Dix ans après que cette photo ait été prise, elle acceptait enfin ma demande en mariage et devint Mme Dorea Potter.

- Mais alors c'est ma…

- Ta grand-mère, oui. C'est à elle que ton frère et toi devez d'être vivants aujourd'hui puisqu'elle a sacrifié sa vie pour sauver les vôtres.

Voilà une autre chose qu'il avait ignoré… et que le monde sorcier en général ne devait pas savoir non plus. Lorsqu'il avait enfin pu accéder au Chemin de Traverse après la visite du professeur McGonagall, le jeune Potter avait essayé de rassembler le plus grand nombre d'informations possibles sur les événements du 31 octobre 1981. Coupures de presse, ouvrages historiques, magazines… et si les Potter y avaient droit à au moins un paragraphe, voire à plusieurs chapitres, Harry n'avait pas le souvenir d'y avoir jamais vu figurer le nom de sa grand-mère.

- Comment se fait-il que personne ne l'ait jamais su ?

- Albus Dumbledore est très doué pour dissimuler les choses dont il ne veut pas qu'elles soient rendues publiques. Heureusement, il lui arrive aussi de se tromper.

Le vieil homme tendit alors la main vers lui et posa délicatement son index à l'emplacement de sa cicatrice. Une fois encore, ses yeux bleus s'emplirent de mélancolie et de tristesse tandis qu'il reprenait la parole dans un murmure.

- J'ai tant de choses à te dire, Harry… et si peu de temps.

Le jeune Potter haussa un sourcil en entendant ces derniers mots et lui adressa un regard confus.

- Peu de temps ? Mais je croyais…

- Moi aussi mais il semblerait que l'un de tes professeurs soit particulièrement déterminé à te sauver. Regarde.

Le Serpentard suivit l'index de son grand-père du regard et leva la tête, apercevant une sorte de… brèche dans le toit en verre. Il vit alors une lumière en émerger avant de prendre forme humaine.

Severus Rogue se tenait désormais à quelques mètres d'eux. Sa silhouette était translucide mais pas tout à fait comme celle d'un fantôme. Le maître des potions tendit alors la main vers lui, son visage exprimant une grande concentration mais il pouvait aussi lire de l'inquiétude dans ses yeux noirs, d'ordinaire insondables.

- Venez, Potter !

- Professeur Rogue ? Que faites-vous ici ?

- Je suis venu pour…

Il ne termina pas sa phrase, son regard se posant finalement sur l'homme qui se tenait désormais debout aux côtés du garçon. Ne prenant même pas la peine de dissimuler sa surprise, Severus déglutit avant de prendre la parole d'une voix rauque.

- Vous… vous êtes venu le chercher ?

- C'était la raison principale de ma venue, en effet mais je crois que cela n'est plus nécessaire, n'est-ce pas ? Répondit Charlus d'un ton amusé.

Le sorcier mit un genou à terre et étreignit son petit-fils. Harry mit quelques secondes avant de retourner son étreinte, réalisant à peine ce qui était en train de se produire. Il avait accepté de mourir et de partir avec son grand-père de l'autre côté mais maintenant que l'opportunité se présentait de revenir parmi les vivants… il hésitait.

Son grand-père dut le sentir parce qu'il posa une main sur son épaule avant de secouer la tête de gauche à droite, un sourire tendre flottant sur ses lèvres.

- Ta grand-mère et moi t'attendrons aussi longtemps qu'il faudra… et j'espère pour toi que l'on ne se reverra pas avant de longues, très longues années. C'est bien compris ? Le sermonna-t-il d'une voix faussement autoritaire, que démentait son sourire.

La gorge serrée, Harry se contenta d'acquiescer, incapable de prononcer le moindre mot en cet instant. Il se contenta de le serrer dans ses bras avant de finalement se retourner vers le professeur, dont la silhouette était de moins en moins distincte.

- Vite ! Prends ma main !

Le garçon courut vers lui et attrapa sa main, se retournant une dernière fois en arrière.

A sa grande surprise, Charlus s'était dirigé vers l'étrange créature, dont il ne restait visiblement plus que des cendres. Il se pencha et ramassa ce qui ressemblait à une petite émeraude de forme octaédrique, qu'il lança en direction d'Harry.

Ce dernier l'attrapa par réflexe et eut le temps de voir un sourire malicieux se former sur les lèvres de son aïeul.

- Lorsque tu seras devant le tableau, dis-leur que la théorie d'Alphard était exacte et que tu en portes désormais la preuve.

- Le tableau ? Quel…

Harry n'eut pas le temps d'en dire plus, tout se mit à tourbillonner autour de lui avant qu'il ne ressente un choc semblable à une décharge électrique.

Puis ce fut le néant.


Amelia Bones venait de recevoir une visite des plus inhabituelles. Deux émissaires gobelins, tous deux occupant de hauts postes à responsabilités dans la hiérarchie de Gringotts, venaient de lui apporter sur un plateau d'argent des preuves que James et Lily Potter avaient enfreint une procédure de reniement à l'égard de leur fils Harry.

L'authenticité des souvenirs qui lui avaient été fournis était incontestable mais ce n'était pas ce qui l'intriguait le plus. En effet, le Ministre de la Magie en personne avait évoqué cette affaire de reniement quelques semaines plus tôt, essayant de manière plus ou moins subtile de lui faire comprendre qu'il était dans son intérêt que les époux Potter récupèrent la garde de leur enfant.

Maintenant que de nouvelles pièces du puzzle se trouvaient en sa possession, la directrice du Département de la Justice Magique y voyait déjà un peu plus clair. Il ne faisait aucun doute que c'était Dumbledore qui avait encouragé Fudge à lui rendre ce petit service, peut-être pour rester dans les bonnes grâces des Potter ou pour une quelconque autre raison…

Cela étant dit, l'attitude des gobelins était également surprenante. Habituellement, les petits êtres ne s'impliquaient dans les affaires sorcières que lorsqu'ils y avaient un intérêt pécuniaire. Cela n'avait pas l'air d'être le cas ici puisque tout l'argent qu'ils parviendraient à extorquer aux Potter serait directement transféré dans le coffre du jeune Harry.

Toutefois, il y avait plus étrange encore. Gornuk avait laissé entendre que les personnes à qui les Potter avaient confié leur fils n'étaient pas des plus recommandables. Amelia devait reconnaître qu'elle ne disposait d'aucune information sur Vernon et Petunia Dursley mais peut-être était-il temps de rectifier cela.

Elle fut sortie de ses pensées lorsqu'elle entendit quelqu'un frapper à sa porte.

- Entrez. Se contenta-t-elle de dire d'une voix forte.

Un homme d'une quarantaine d'années pénétra alors dans la pièce. Avec ses cheveux bruns grisonnants au niveau des tempes et sa moustache broussailleuse, Alexander Savage était un sorcier à l'apparence assez banale. Fils de parents moldus, il n'avait visiblement jamais apprécié les robes de sorcier et préférait porter des vêtements moldus, en l'occurrence un costume noir assez banal et un long imperméable gris.

- Vous m'avez fait demander, Mme Bones ?

A côté de son apparence plus ou moins négligée, il était toujours étrange de l'entendre s'exprimer d'une voix grave et respectueuse. En fait, c'était justement le fait que l'homme ait l'air d'un citoyen lambda mais soit en réalité un sorcier éduqué qui en faisait une ressource de choix pour le Bureau des Aurors. Amelia en avait été convaincue dès le premier jour et c'est pourquoi, quelques années en arrière, alors qu'elle occupait encore le poste de directrice du Bureau des Aurors, elle lui avait demandé de quitter son emploi d'enquêteur à la brigade de police magique pour entrer sous ses ordres.

Une autre qualité de cet homme était son honnêteté et sa détermination à faire respecter la loi tout en respectant un certain code moral. D'autres Aurors étaient tout aussi bons sur le terrain mais leur loyauté demeurait incertaine. Shacklebolt était trop proche de Dumbledore à son goût et Dawlish… rapportait le moindre détail de ce qu'il voyait à Fudge. A contrario, Savage n'avait pas d'agenda caché et c'est précisément pourquoi elle avait décidé de faire appel à lui.

- Oui, Alexander. Je vous en prie, asseyez-vous.

L'Auror s'exécuta, sortant un paquet de cigarettes et un briquet de sa veste. Il alluma ensuite une cigarette mais ne la porta pas à ses lèvres, se contentant de la laisser reposer sur le cendrier présent sur le bureau d'Amelia. Il rangea le paquet mais laissa le briquet devant lui, avec son capuchon ouvert.

C'était un appareil ensorcelé des plus intéressants, dont Savage disait avoir eu l'idée en voyant Albus Dumbledore utiliser un appareil similaire pour éteindre les lumières d'une rue. A la différence du déluminateur du directeur de Poudlard, le briquet de l'Auror n'affectait pas la lumière mais créait, lorsque son capuchon était abaissé, une bulle qui agissait à la fois comme un sortilège d'impassibilité et un sortilège d'insonorisation.

Ainsi, ceux qui essaieraient d'écouter leur conversation n'entendraient qu'un mélange de murmures et de bruits indistincts mais pas le moindre mot qui serait dit.

- Je suppose qu'il ne s'agit pas d'une mission officielle ?

- Pas tout à fait. Je voudrais que vous vous renseigniez sur une famille de moldus pour moi. Leur passé, leurs habitudes, leurs passe-temps…

- Les renseignements habituels… mais ils doivent être liés à une affaire sensible si vous faites appel à moi plutôt qu'à la Brigade de Police Magique.

Amelia eut grand peine à se retenir de grimacer. Les officiers de police étaient compétents, et ils ne lui posaient pas le moindre problème… mais leur directeur était une toute autre histoire. Tiberius McLaggen était un homme arrogant et ambitieux, qui convoitait son poste depuis des années et guettait la moindre occasion de s'en emparer. Lui faire confiance équivalait à s'avancer à bras ouverts et sans baguette vers une horde de détraqueurs.

Se contentant d'acquiescer de la tête, la directrice réajusta son monocle et lui tendit un dossier assez fin. Alexander l'ouvrit sans attendre, examinant les photos des époux Dursley et de leur fils, puis les quelques parchemins qui résumaient leur lien avec le monde magique et une biographie extrêmement sommaire.

Le regard de l'Auror s'arrêta sur une photo qui ne représentait pas l'un des Dursley mais un garçon aux cheveux noirs et aux yeux verts.

- Le petit… c'est bien un Potter, non ?

- Oui et non. Son nom est Harry James Potter et il est le fils du Capitaine Potter et de son épouse mais… pour des raisons qui demeurent assez obscures, ils ont recouru à une procédure de reniement à son encontre il y a dix ans et l'ont immédiatement confié à la famille Dursley.

Savage fronça les sourcils, lissant sa moustache d'un air absent avant de reprendre la parole d'une voix songeuse.

- N'existait-il pas un décret du Magenmagot énonçant qu'un jeune sorcier sans parents devait être placé dans une famille sorcière plutôt que moldue ?

Amelia ne cesserait jamais d'être étonnée par les connaissances d'Alexander. A sa connaissance, il n'avait jamais été particulièrement intéressé par la politique – ou tout du moins était-ce un sujet qu'il n'abordait jamais – et pourtant, le sorcier semblait être au courant d'obscurs décrets que la plupart des gens ne prenaient même pas la peine de lire lorsqu'ils étaient publiés dans la rubrique politique de la Gazette du Sorcier.

- C'est exact et je me suis posé la même question mais il est apparu que le Président-Sorcier du Magenmagot leur a donné une dispense dans ce cas précis, en prétextant qu'il était préférable pour le bien-être de l'enfant que ce dernier soit placé dans sa famille proche, à savoir chez sa tante et son oncle.

Là encore, Albus n'avait pu s'empêcher de tirer les ficelles. Sous ses airs de grand-père bienveillant, le vieux bouc adorait jouer avec la vie des gens comme s'il ne s'agissait que de pions sur un échiquier. Amelia le savait mieux que personne puisque par sa faute, elle avait perdu son frère Edgar et presque la quasi-totalité de sa famille. De toute la Maison Bones, sa nièce Susan et Amelia elle-même étaient les deux seules survivantes de la guerre contre Voldemort…

- Je vois… Je suppose que nous suivons la procédure habituelle ? Un congé d'une semaine ?

Savage n'avait jamais été du genre à prendre ses jours de repos, à moins d'être cloué dans un lit à Ste Mangouste… c'est pourquoi Amelia lui avait proposé par le passé d'employer les congés accumulés comme des couvertures pour de courtes missions de surveillance ou d'infiltration que Bones préférait ne pas rendre publiques. C'était grâce aux informations qui lui parvenaient par le biais de ces opérations que la directrice du Département de la Justice Magique avait été en mesure de résister aux intrigues de ses adversaires politiques, comme McLaggen ou encore Dolores Ombrage.

- Oui, nous emploierons la procédure habituelle. N'oubliez pas de m'envoyer les rapports préliminaires toutes les 24h… et soyez prudents, il se peut que Dumbledore ait des agents sur place.

- J'en prends bonne note. Geminio.

L'Auror copia le dossier sur les Dursley et le plaça dans sa sacoche avant d'écraser la cigarette à moitié consumée dans le cendrier. Il récupéra son briquet et se dirigea vers la porte, adressant un léger sourire à sa supérieure tout en ouvrant la porte du bureau.

- Merci pour ce congé, Mme Bones.

Et il disparut comme il était venu, refermant silencieusement la porte derrière lui.


A plusieurs centaines de kilomètres de la Grande-Bretagne, un homme était assis derrière un bureau, en train d'examiner un plan de bataille. Les Carpates étaient une chaîne de montagnes réputées pour abriter de nombreux clans de vampires. Ces derniers s'étaient toutefois montrés assez… tranquilles ces derniers siècles, et étaient même restés neutres pour la plupart pendant la guerre contre Voldemort.

Malheureusement, certains Mangemorts y avaient trouvés refuge après la chute du mage noir, exortant les créatures de la nuit à se rebeller contre les sorciers et à revendiquer leur liberté et leur droit de se nourrir comme bon leur semblait sur des moldus ainsi que sur les sorciers qui les opprimaient.

A la suite d'agressions de plus en plus nombreuses, la Confédération Internationale des Mages et Sorciers avait décidé en 1987 d'envoyer des forces armées sur place pour rétablir l'ordre et chaque pays avait envoyé une partie de ses troupes d'élite. Le Capitaine Sirius Black et son unité avaient été envoyés pour représenter la Grande-Bretagne… et cela faisait maintenant cinq ans qu'ils y étaient stationnés, combattant vampires et sorciers sur champ de bataille après champ de bataille, en gagnant à chaque fois un peu de terrain sur leurs adversaires.

Ils les avaient repoussés jusque dans le nord de la Roumanie et au rythme auquel la population vampire déclinait, il ne leur faudrait sans doute qu'une voire peut-être deux années pour finir complètement le travail. Sa vaillance au combat et sa réussite avaient valu à Sirius d'être nommé Commandant, le plus haut grade que pouvait atteindre un Auror, et qui le prédisposait en général à devenir directeur du bureau au bout d'un certain temps.

Aujourd'hui âgé de trente-et-un ans, Sirius était resté un homme svelte, dont le visage arborait les traits de noblesse caractéristiques des Black. Ses cheveux bruns, mi-longs, lui arrivaient presque au niveau des épaules. Délaissant finalement la carte qu'il avait étudiée pendant des heures, il jeta un regard circulaire sur la pièce qu'il occupait.

Plus spacieux, son bureau était meublé de manière assez spartiate, avec un large bureau derrière lequel était assis Sirius, plusieurs chaises, un coffre à sept serrures qui contenait l'essentiel de ses affaires et un canapé où il lui arrivait fréquemment de s'endormir. Une glace à l'ennemi était disposée derrière lui mais elle ne montrait que des ombres indistinctes.

Sur le bureau étaient posées deux piles de dossiers d'un côté, et de l'autre… des cadres photos.

Deux cadres, plus précisément. Le premier représentait deux hommes, bras dessus, bras dessous. L'un d'entre eux était Sirius lui-même, visiblement plus jeune, tandis que l'autre avait des cheveux châtains et un air plutôt fatigué sur son visage même si son expression était plutôt joyeuse, et plus calme que celle de Black.

Le second cadre était en deux parties, montrant à gauche la photo d'un bébé rieur, âgé de seulement quelques mois, doté de cheveux noirs et de grands yeux verts. La partie de droite représentait un enfant, guère âgé d'environ six ans, mais cette photo là ne bougeait pas et elle était légèrement floue, comme si elle avait été prise de loin.

Le seul autre objet présent sur le bureau, hormis quelques plumes et bouteilles d'encre qui trainaient, était un petit miroir sur pied. Ses subordonnés plaisantaient souvent à ce sujet, en disant que leur supérieur était narcissique et passait le plus clair de son temps libre à se regarder dans la glace… d'autres pensaient que c'était pour lui permettre de jeter discrètement un œil à sa glace à l'ennemi sans avoir à se retourner.

Aucun d'entre eux ne connaissait la véritable utilité de ce miroir, et Sirius désirait qu'il en reste un.

Il fut d'ailleurs surpris de voir un autre visage que le sien se dessiner à la surface du miroir. Après tout, un nombre très limité de personnes pouvait le contacter par le biais du miroir à double sens et tous prévenaient à l'avance par le biais de lettres pour qu'il puisse être en mesure de discuter avec eux sans être interrompu.

- Sirius, tu es là ?

- Oui, Alex. Est-ce que tout va bien ? Tu n'étais pas censé me contacter avant demain.

- Je sais, je sais mais ce que j'ai à te dire ne pouvait pas attendre.

Alexander Savage était pourtant un homme des plus patients, et c'était d'ailleurs ce qui en avait fait un enquêteur exemplaire dans les rangs de la police magique, alors qu'est-ce qui pouvait bien être aussi urgent pour qu'il le lui dise à l'avance ?

- Je t'écoute, Alex.

- Mme Bones vient de me confier une famille de moldus à surveiller… du côté de Little Whinging, ça te dit quelque chose ? Demanda Savage, un sourire flottant sur ses lèvres.

- Les Dursley ? Est-il arrivé quelque chose à Harry ? L'interrogea Black, les poings serrés.

Dix ans plus tôt, Sirius avait tout essayé pour prendre la garde d'Harry mais Dumbledore lui avait barré la route à tous les niveaux, usant de sa position de Président-Sorcier du Magenmagot ainsi que son influence dans les services administratifs pour faire échouer toutes ses tentatives juridiques. Le directeur de Poudlard en était même venu à le menacer de le faire renvoyer du bureau des Aurors s'il continuait sur cette route…

Oh bien sur, cela n'aurait pas arrêté Sirius s'il avait eu une seule chance de réussir mais Remus et Alexander l'avaient persuadé de tenter autre chose. Black avait donc donné l'impression d'abandonner et Dumbledore en était resté là.

Pendant les cinq années qui suivirent l'abandon de son filleul, Sirius avait employé tout son temps libre à le chercher, épaulé notamment par Remus, et couvert au bureau par Savage. Lorsqu'il découvrit finalement le domicile des Dursley à Little Whinging, il songea à organiser une opération de sauvetage avec ses deux amis… avant de découvrir les barrières mises en place par Dumbledore pour empêcher tout sorcier de s'approcher de la maison.

Pire encore, les barrières étaient aussi effectives à l'extérieur de l'habitation, tant que Petunia ou son fils se trouvaient en compagnie d'Harry, les empêchant de s'approcher trop près…

Et aucun moyen indirect ne marchait non plus, qu'il s'agisse de hiboux ou de portoloins… les volatiles paraissaient se heurter à un mur en arrivant à proximité de la maison et les portoloins ne marchaient tout simplement pas.

Lorsque le jeune Potter commença à rentrer seul de l'école, Sirius y vit l'opportunité parfaite… avant de se rendre compte que l'enfant était surveillé de loin par des membres de l'Ordre. Le plus souvent, il s'agissait d'Arabella Figg mais elle patrouillait parfois avec Dedalus Diggle ou Elphias Doge… et les deux sorciers maintenant des barrières anti-transplanage et anti-portoloin sur le chemin d'Harry.

Désespéré de ne pas pouvoir sauver son filleul, Sirius avait décidé de l'approcher quand même, en prenant sa forme d'animagus. Ce fut à cet instant là qu'il fut heureux de ne pas l'avoir dévoilée à l'Ordre même s'il se doutait que James avait dû en parler à Dumbledore.

En tant que Patmol, il s'était souvent porté à sa rencontre, jouant avec l'enfant et essayant par tous les moyens possibles de faire naître un sourire sur son visage si sombre. Sirius avait prévu de tenter quelque chose à la fin de l'année scolaire mais Vernon Dursley empêcha ses plans d'aboutir, en commençant à l'emmener et le ramener de l'école tous les jours en compagnie de Dudley.

Quelques mois plus tard, Sirius se voyait assigné à la mission pour la CIMS et quittait la Grande-Bretagne. Rétrospectivement, l'animagus comprit que Dumbledore avait dû se rendre compte de quelque chose et avait trouvé un moyen sûr de l'éloigner d'Harry.

La voix d'Alexander le sortit toutefois de ses sombres pensées, le ramenant du même coup à la réalité.

- Le petit va bien, autant que je le sache, et il est à Poudlard maintenant. Mais ce n'est pas le plus surprenant. Les gobelins ont aidé Harry à compléter la procédure de reniement et apparemment, même Dumbledore n'arrive pas à ramener le petit sous la tutelle des Potter… Ragnok lui-même aurait pris l'affaire en main.

Le Vice-Président de Gringotts ? Il était rare que les gobelins s'impliquent dans les affaires des sorciers mais il était rarissime qu'ils en arrivent à en défendre un. Harry devait avoir fait une sacré impression à Ragnok si le gobelin était prêt à partir en guerre contre Dumbledore pour lui.

- Raconte-moi tout, je veux absolument tout savoir… et demande à Remus s'il peut apporter un miroir à Gringotts, à l'attention du Vice-Président.

Pour la première fois en l'espace de plusieurs années, la flamme de l'espoir se ralluma dans le cœur de l'ancien Maraudeur. Il avait entretenu la charade de son amitié avec les Potter dans l'espoir d'obtenir des informations sur Harry, et il s'était même déplacé à la gare de King's Cross en septembre, pendant l'une de ses rares périodes de repos, pour tenter de l'apercevoir… en vain.

D'ici peu, il pourrait dire à James ses quatre vérités et peut-être enfin donner à son filleul l'enfance qu'il méritait… en espérant qu'il ne soit pas déjà trop tard.