Drago ne put réprimer un soupir de soulagement. Cela faisait une semaine qu'il passait toutes ses journées enfermé avec l'insupportable Miss-je-sais-tout et, enfin, il en voyait le bout. Son chaudron arborait une couleur jaune pâle satisfaisante, tout comme celui de sa voisine. Il n'avait qu'une envie : quitter cette pièce et ne plus jamais se trouver à moins de trois mètres de Granger et son chat qui lui trainait dans les jambes à longueur de temps. Il ne savait pas pourquoi mais la bête semblait s'être entichée de lui et elle avait passé la semaine avec eux, ronronnant à ses pieds avec un air très énervant sur la gueule. Il avait envie de lui mettre un bon coup de pied pour l'expédier loin de lui mais il avait promis à Blaise qu'il se conduirait bien. D'ailleurs, il se demandait encore ce qui lui avait pris d'accepter une chose pareille.
De toute la semaine, ils ne s'étaient pas adressés un mot mais il avait pourtant trop entendu son horrible voix. Granger passait son temps à réciter à voix haute le nom de ingrédients, la recette de la potion et les effets de chacun des ingrédients quand on les utilisait autrement. Autant dire qu'il commençait à devenir fou et qu'il devait faire preuve d'un contrôle de soi immense pour ne pas lui plonger la tête dans son chaudron.
- Enfin fini ! dit-elle et sa voix le sortit de ses pensées.
Il ne répondit pas, se contentant de lui jeter un regard impassible. Elle baissa les yeux, comme il l'avait souvent vu faire. Il se délectait du pouvoir qu'il avait sur elle. Il ne savait pas si c'était réellement de la peur, mais la meilleure amie de Potter ne faisait pas preuve du même courage quand elle était face à lui. Il se demanda ce qui provoquait cette réaction chez elle, toujours si fière de ses compétences, de ses ascendances moldues. Pendant leurs années à Poudlard, elle lui avait toujours tenu tête et il fallait que ce soit lui qui soit en position de faiblesse - puisqu'il n'était pas vraiment en mesure de marcher la tête haute au Square Grimmaurd - pour qu'elle n'ose plus le faire.
Il haussa les épaules. Vraiment, il ne la comprendrait jamais, la Miss-je-sais-tout.
- Il faut la tester, dit-il en secouant légèrement la tête, sortant de ses pensées.
- Pardon ?
- La potion, Granger, lâcha-t-il en levant les yeux au ciel.
De quoi d'autre voulait-elle qu'il parle ?
- Tu es volontaire, Malefoy ? demanda-t-elle avec un sourire en coin.
Cela ressemblait déjà plus à ce qu'il connaissait d'elle.
- Ça ne sert à rien de la tester sur moi, éluda-t-il froidement. Je suis un bien meilleur occlumens que toi. Le Veritaserum n'a aucun effet sur moi.
- Et pourquoi devrais-je être ton cobaye ? s'énerva la brune.
- Crois-moi, j'aurais encore préféré faire ça avec ton chat mais je ne crois pas qu'il soit d'une quelconque utilité.
Outrée, Hermione ouvrit grand la bouche, avant de le jeter un regard noir et de croiser les bras sur sa poitrine en guise de mécontentement. Drago leva les yeux au ciel et présenta une louche de potion qu'elle but d'une traite. Il sortit ensuite de sa poche le flacon de Veritaserum que Rogue lui avait confié et lui tendit. Elle le but également, déjà plus hésitante.
Drago eut un sourire diabolique qui manqua de la faire s'étouffer.
- Ne me regarde pas comme ça Malefoy, fais ce que tu as à faire et c'est tout !
- Alors Granger, dis-moi, ce n'est pas exaspérant de baver tous les jours devant Weasley alors qu'il ne te regarde même pas ?
La jeune femme ouvrit brusquement les yeux avant de baisser la tête, sentant ses joues s'empourprer. Elle serra les poings, prête à frapper.
- J-Je ne vois pas de quoi tu parles, murmura-t-elle, les yeux embués.
Pourquoi fallait-il toujours qu'il frappe là où ça faisait le plus mal ?
Drago eut un sourire narquois.
- Je parle de toi, Granger et de la belette qui ne remarque pas à quel point tu te fatigues pour attirer son attention. Je dois avouer que j'hésite. Je ne sais pas si c'est ridicule ou simplement navrant. Qu'en penses-tu ?
- Tu es odieux, répondit-elle d'une voix tremblante.
- Au moins, nous avons la preuve que notre potion est réussie, rétorqua-t-il sans se départir de son sourire inhumain.
- Et tu n'imagines pas à quel point c'est un soulagement pour moi, aboya la lionne. Tu es la pire compagnie que je connaisse, Malefoy ! Tu es méchant, froid et tu n'es intéressé que par ta petite personne. Alors je suis peut-être ridicule ou navrante à tes yeux, mais sache que ton opinion sur moi est le dernier de mes soucis ! Au moins, j'ai un cœur, ce dont tu sembles dépourvu et j'ai des gens qui m'aiment ! Qui as-tu à part Blaise ? Et combien de temps penses-tu qu'il va tenir avec la façon dont tu le traites ? C'est le seul à te prêter de l'intérêt ici et tu le traites comme un elfe de maison ! Si tu veux tout savoir Malefoy, de nous deux, je pense que c'est toi qui es navrant ! Tu me fais pitié !
Elle acheva sa tirade, les joues rouges et les yeux embués de larmes de colère. Elle s'était dangereusement rapprochée de lui, un doigt menaçant pointé vers lui. Drago, impassible, l'observait avec un sourire en coin cachant le dégoût que lui provoquait cette proximité. Il n'avait pas été affecté par son petit sermon, il se moquait pas mal de savoir ce qu'elle pouvait penser de lui. Cachée derrière ses cheveux bruns broussailleux, ses yeux marrons le fusillaient littéralement du regard.
Il fit un pas vers elle, si bien que le doigt tendu d'Hermione percuta son torse, et baissa les yeux vers elle.
- Je me disais bien que la lionne en toi finirait par rugir, Granger. Mais je ne pensais pas que ta voix serait encore plus désagréable quand tu te mettais à hurler. Je me demande si je ne préférais pas quand tu récitais par cœur tes leçons de Poudlard.
- Je ne fais pas ça, protesta Hermione, presque hystérique.
- Il faut croire que chez toi, le côté Miss-je-sais-tout est inconscient. Déplorable.
Il avait cracher ces derniers mots avec une telle violence qu'elle recula malgré elle. Il lui lança un dernier regard, entre la moquerie et l'agressivité et quitta la pièce.
- C'est ça, fuis, espèce de lâche ! hurla Hermione, furieuse.
Mais seul le silence lui répondit. Dans une rage folle, elle se rendit dans la cuisine.
- Ça s'est bien passé avec la fouine ? demanda Ron qui mangeait goulument une cuisse de poulet.
- Oh la ferme, Ronald ! hurla-t-elle en lui lançant un regard furibond.
Il sursauta, de même que Ginny, Harry et Blaise, et baissa les yeux dans son assiette. Elle s'assit à table et engloutit un morceau de viande à son tour. Un silence gêné tomba autour de la table.
Le lendemain, ce fut le soleil qui brûlait son visage qui réveilla la lionne. Elle avait passé une très mauvaise nuit, ressassant sans arrêt les dernières paroles de Malefoy. Était-elle si peu discrète que même lui avait remarqué son intérêt pour le rouquin ? Elle soupira. Elle avait assez pensé à ça la veille. Aujourd'hui devait être une belle journée, alors elle se contenterait de l'ignorer. Elle descendit les marches. La maison était quasiment vide. La plupart d'entre eux était déjà parti pour le Terrier, emportant leur dose de potion.
Elle embrassa Harry et Luna, adressa un sourire cordial à Ron et Blaise et prit place à table en ignorant royalement le blond, qui discutait avec le métisse et le lui rendit bien.
- As-tu ta fiole de Polynectar, Harry ?
Il acquiesça d'un signe de tête.
- Parfait, alors nous partons dès que nous sommes tous prêts !
Ainsi, une petite heure plus tard, ils transplanèrent tous pour atterrir au pied de la colline qui surplombait le Terrier. Harry avait pris l'apparence d'un moldu roux du village, Barny, et arborait un sourire édenté assez repoussant. Drago avait également changé d'apparence, sous les recommandations de Dumbledore, et il avait donc repris les cheveux bruns et les yeux verts de Monsieur Gorvive qu'il avait emprunté lors de leur escapade au Chemin de Traverse. Hermione avait revêtu une robe bleue pâle et des escarpins assortis. Elle avait réussi à dompter sa chevelure qui tombait délicatement sur ses épaules. Blaise et Ron portaient des costumes simples mais élégants.
Ils gravirent le chemin qui menait jusqu'à l'entrée du Terrier où Molly les accueillit avec un large sourire. Elle étouffa son fils dans ses bras, puis félicita Harry et Drago pour leur changement d'apparence en chuchotant discrètement. Ils rejoignirent le jardin où d'immenses installations avaient été mises en place pour l'occasion. Hermione perdit son regard dans la foule de sorciers aux foulards ornés de pierres précieuses et sorcières aux chapeaux ornés de fleurs exotiques et d'oiseaux ensorcelés.
- Ah, vous voilà enfin ! s'exclama George en s'approchant d'eux avec son frère.
- Cousin Barny, comment vas-tu ? lança Fred en lançant un regard moqueur à Harry.
Levant les yeux au ciel, Hermione reconnut également immédiatement les cousines vélanes de Fleur dont les rires sonnaient comme une mélodie à leurs oreilles. George, dont le regard était également tourné vers les jeunes femmes, donna un coup de coude à son frère.
- Il me semble apercevoir quelques cousines françaises du côté de Fleur. Elles auront besoin d'aide pour comprendre les coutumes anglaises. Je vais m'occuper d'elles...*
- Pas si vite, s'écria Fred en lui courant après.*
Il se précipita à sa suite, passa en trombe devant lui, bousculant au passage quelques groupes de sorcières d'âge mur et s'approcha des deux cousines vélanes.
- Permettez-moi to assister vous, dit-il dans un français approximatif.*
Hermione éclata de rire, malgré elle, suivi de Harry/Barny et Ron alors que George partait, penaud, s'occuper des cousines plus âgées de Fleur.
- Bonjourrr Herrrmione.
Elle cessa immédiatement de rire et se retourna vers le propriétaire de la voix, qu'elle avait reconnu sans aucun mal.
- Tu es rrravissante !
Ignorant le sourire moqueur de Drago/M. Gorvive, elle rougit violemment et sourit timidement.
- Bonjour Viktor, merci.
Il était toujours aussi grand que la dernière fois, si bien qu'elle se sentit minuscule devant lui. Il avait un teint sombre et cireux et ses épais sourcils noirs donnaient un air sérieux à son nez arrondi. Il lui adressait un large sourire qui lui donnait un air un peu gauche, mais elle se contenta de le lui rendre.
- J'ai bien rrreçu ta derrrnièrre lettrrre mais je ne t'ai pas rrrépondu carrr je savais qu'on se verrrait ici !
- Tu as bien fait, Viktor.
- Bien. On discuterrra tout à l'heurrre, j'ai dit à Fleurrr que j'irrrai m'occuper de Gabrielle.
Hermione hocha la tête et il partit.
- Je croyais que tu n'avais plus de contact avec Vicky ? marmonna Ron, dont les oreilles étaient devenues écarlates.
- Nous nous écrivons de temps en temps, répondit-elle simplement.
Ron n'eut pas le temps de répliquer, car ils furent à nouveau interrompus. Luna se planta devant eux avec son air lunaire. Elle était accompagné d'un homme assez grand, mince et aux longs cheveux d'un même blond que les siens.
- Bonjour les amis, dit-elle en souriant à Drago, qui haussa un sourcil en guise d'incompréhension.
Elle devait sans doute le prendre pour Potter, puisqu'ils étaient tout deux sous Polynectar, se dit-il.
- Je vous présente mon père, Xenophilius Lovegood, ajouta-t-elle.
- Oh, vous êtes l'éditeur du Chicaneur, s'extasia Hermione. Merci pour tout ce que vous faites pour Harry !
- Mais de rien, ma chère ! répondit-il en faisant de grandes gestes avec ses mains. Il n'est pas là d'ailleurs ? Je suis déçu, j'aurais tellement aimé le rencontrer.
Harry lança un regard moqueur à Drago, qui levait les yeux au ciel de dépit. Pourquoi Potter arrivait-il à faire parler de lui même quand il n'était pas censé être là ? Il écouta avec une indifférence non feinte le monologue dans lequel se lança le père de Luna sur ô combien Potter était génial, ô combien Dumbledore était un grand homme, etc, etc...
Drago poussa un soupir de soulagement quand la cérémonie commença, trop heureux de pouvoir se libérer de ce désaxé.
- Mesdames et Messieurs, nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer l'union de deux âmes...
Il arrêta d'écouter à cet instant.
Hermione pleurait déjà à chaudes larmes, alors que la cérémonie avait à peine commencé. Devant l'autel, Fleur était resplendissante, ôtant tout intérêt aux autres femmes présentes. Magnifiée par sa robe de mariée d'un blanc semblable aux ailes des colombes qui volaient dans le ciel, elle regardait son fiancé, presque époux, avec des yeux débordant d'amour. Bill se tenait droit sur ses jambes, mais Hermione les vit clairement trembler quand Dumbledore, qui présidait leur union, ouvrit la bouche. Derrière eux, Ginny, Gabrielle et Charlie arboraient des sourires éblouissants. Le dresseur de dragons était désormais totalement remis de ses blessures, au grand bonheur de ses parents et ses frères et sœurs. Il était donc fièrement posté derrière son frère, en tant que témoin.
La cérémonie se déroula sans encombre et bientôt, Fleur Delacour devint Fleur Weasley. Le petit groupe se rejoignit immédiatement autour du buffet et Ron s'empressa de se servir une copieuse assiette.
- Quand je me marierais, je vous promets que je ne m'encombrerai pas de toutes ces futilités, déclara solennellement Fred. J'interdirais à Maman de s'occuper des préparatifs et vous pourrez venir habillés comme vous le voulez ! Hermione, je ne t'oblige même pas à te coiffer pour venir !
- Fred ! s'offusqua-t-elle, outrée avant de lancer un regard polaire à Drago qui riait discrètement.
- Alors tu ne devras pas non plus obliger Ron à s'habiller correctement, intervint George en riant. Quoique, visiblement, tu t'es déjà donné cette liberté, petit frère !
Ron rougit jusqu'aux oreilles et lui lança un regard noir, pendant que Harry éclatait de rire.
- Faux frère, lui marmonna le rouquin, boudeur.
Hermione ne put s'empêcher de sourire. Elle passa une main réconfortante sur le bras du garçon, qui rougit de plus belle et se mit à tousser pour cacher son trouble.
Grimaçant d'aversion, Drago s'éloigna du groupe sans un mot. Il observa les alentours et s'arrêta net, sentant son sang ne faire qu'un tour. Il chercha Dumbledore du regard et, quand il le trouva, se précipita vers lui.
- Professeur ! s'exclama-t-il.
- Ah, Éric, répondit le vieil homme. Comment vas-tu ?
- Professeur, il faut que je vous parle !
Dumbledore lui adressa un sourire franc et le prit par les épaules pour l'emmener quelques mètres plus loin.
- Que se passe-t-il Drago ? demanda Albus.
- J'ai un mauvais pressentiment, Professeur. Ils vont attaquer, j'en suis sûr !
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Je sens sa présence.
- De Voldemort ?
- Non, cracha le blond, désespéré par tant d'incompréhension. Mon père.
Dumbledore tiqua à cette évocation, hocha la tête et partit vers le petit groupe qui entourait toujours Harry. Il allait interpeler le garçon quand un filet bleu tournoya devant eux et se matérialisa en un lynx majestueux.
- C'est le patronus de Kingsley Shacklebolt, les informa Dumbledore en fronçant les sourcils derrière ses lunettes en demi-lune.
Le lynx se tourna vers le vieil homme et la voix grave de Kingsley s'éleva devant eux :
- Le ministère est tombé. Scrimgeour est mort. Les Mangemorts arrivent.*
* Ces phrases sont réellement tirées de Harry Potter et les Reliques de la Mort de J.K Rowling.
Voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Il ne se passe pas grand chose, mais les choses bougeront plus dès le prochain chapitre !
Donnez-moi votre avis !
Bises,
L.
