Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic appartiennent à JKR, je ne retire de ces fanfictions aucune rémunération ou gain financier…

Remarques : Slash Rogue/Harry – Post tome 6 - Prologue faisant exception, je passerai à chaque chapitre du Pov de Severus à celui de Harry

Hmpf. Un très long chapitre à lire aujourd'hui, j'espère que ça vous plaira malgré tout ;)

Et encore merci aux quelques personnes qui suivent cette fic et prennent le temps de m'y laisser des reviews (pas moins de deux chapitres écrits en une semaine grâce à vos encouragements, merci !)

Allez, retour au POV de Severus donc, et bonne lecture :')

Si longtemps…

Chapitre 11

Il se redressa brusquement dans son lit, sa main agrippant solidement la baguette qui était un instant auparavant sous son oreiller. Severus fixait l'obscurité, la respiration lourde, la sueur perlant le long de sa tempe.

Mais il n'y avait rien.

Aucun Seigneur des Ténèbres, aucun Lucius Malfoy pour le torturer sans pitié.

Ce n'avait été qu'un cauchemar. Réaliste au possible mais un simple cauchemar. D'ailleurs, de ce qu'il s'en rappelait, après seulement une « petite » journée de torture, il avait été enfermé dans sa prison. Alors ce mauvais rêve ne relevait seulement que de ses angoisses et même pas d'une réalité passée.

Le maître des potions se détendit, remit son arme en place et s'allongea à nouveau contre les oreillers maintenant légèrement humides.

Il ne dormirait plus maintenant, son esprit refuserait tout repos supplémentaire – même si son corps était tenté d'en réclamer. Le sorcier se contenta donc de garder les yeux ouvert en fixant les ténèbres. Il ne pouvait pas vraiment dire qu'il les aimait mais il en avait pris l'habitude dans ces damnées geôles.

Son esprit dériva, cherchant à rejouer les évènements de la journée précédente, de son réveil à son retour, seul, dans ses nouveaux quartiers. Et, bien malgré lui, ce fut l'image du survivant qui lui vint d'abord à l'esprit. Malgré toutes ses résolutions, en dépit de toute la volonté qu'il avait essayé d'y mettre, lorsqu'il l'avait rejoint en début de soirée, le serpentard était presque directement retombé sous sa coupe.

Pendant un instant, même, il en avait presque mis de côté tout ce que Minerva lui avait patiemment révélé, réussissant par la même occasion à oublier un instant qu'à peine retrouvée il allait déjà la perdre.

Et puis Harry lui avait parlé de l'horcruxe et la réalité l'avait durement rattrapé.

Il allait perdre Minerva McGonagall, la seule personne qui avait encore un peu d'amitié et de respect pour lui. Parce qu'il ne se faisait aucune illusion. Certains le méprisaient au sein de l'Ordre, d'autres éprouvaient de la pitié pour lui. Quelques-uns le craignaient encore. Et, même les Weasley – parce qu'ils étaient trop « nobles » pour d'autres sentiments moins honorables – ne devaient éprouver qu'une vague compassion envers lui.

Ensuite, celui qu'il aimait – et qui réveillait en lui des émotions depuis longtemps oubliées – allait la suivre dans la tombe.

Severus ne pouvait rien y changer, ni pour l'un ou pour l'autre, il était impuissant.

Dans un sens, il pouvait comprendre pourquoi le gryffondor haïssait tant les arts sombres. Certes, leur si mauvaise influence dépendait surtout de ses utilisateurs et de ses utilisations mais ils étaient bien trop souvent alimentés par la vengeance, ou tout autre sentiment aussi dévastateur. Et le maître des potions en avait lui-même fait l'expérience.

Il soupira.

Ca ne lui apporterait rien de s'attarder sur des faits malheureux qui ne pouvaient être changés. Et le fait qu'il avait révélé à Harry l'état de Minerva semblait bien en faire partie. De premier abord, cela lui avait paru des plus pertinents mais… lorsqu'il avait vu le choc dans les yeux verts, il s'était demandé s'il n'avait pas fait une nouvelle erreur. Le fait qu'il ait eu le besoin de retrouver sa proximité à ce moment-là n'en était qu'une des conséquences fâcheuses.

Parce qu'il aurait dû être aveugle pour ne pas remarquer que le jeune homme trouvait certains de ses comportements suspects. Si un simple regard était déjà capable d'irriter Celui-qui-a-survécu, qu'espérait-il accomplir en tentant de lui apporter du réconfort par sa soudaine proximité et son contact, une main se permettant impunément de caresser sa joue ? S'il ne l'avait pas arrêté, il aurait sans doutes continué son geste en lui offrant un baiser tendre et à même d'alléger sa douleur…

Ce qu'il pouvait être pathétique. Le survivant ne l'aurait considéré qu'avec plus de dégoût encore.

Et pourtant… Il y avait eu autre chose dans les yeux poisons. Une reconnaissance momentanée avait précédé son exaspération. Et Severus était trop à la recherche – bien malgré lui – de ce genre de réalité pour avoir manqué cette étincelle d'espoir.

Se raccrocher à tous types de signes positifs de la part de son cadet envers lui. Comme ça pouvait être pitoyable.

L'origine de ses sentiments n'était même pas claire pour lui ; ses propres explications sur la chose étaient à peine assez convaincantes pour qu'il y croie lui-même.

Le serpentard reprit sa baguette et inonda la pièce de lumière avant de se lever pour se préparer à la longue journée qui l'attendait.

Cela n'avait jamais été son genre de se morfondre sur ce qu'il n'aurait jamais et ce qu'il allait perdre, et ce même après qu'il ait pris la vie à Albus. Et, personne, lui encore moins que les autres, n'avait besoin qu'il s'enfonce dans l'auto-apitoiement.

Minerva lui avait déjà demandé s'il pouvait aider à reconstituer les stocks de potions – qui se vidaient toujours trop vite – et s'attarder sur celles qui posaient plus de problèmes, car plus puissantes, aux aurors et anciens élèves pour l'instant en charge de leur préparation. A dire vrai, personne n'était vraiment expert dans la matière, et la mort de Slughorn s'était révélée devenir un handicap sérieux dans leurs démarches. Les élèves apprenaient actuellement avec un ancien auror mais la rareté de certains ingrédients ne leur permettait plus de mettre en pratique autre chose que la réalisation des potions les plus basiques. Et il était nécessaire pour lui de lister tout ce dont il allait avoir besoin.

Severus avait également informé la directrice de sa volonté de participer à la bataille qui aurait lieu le lendemain à Pré-au-lard. Il savait parfaitement qu'il était suffisamment remis pour pouvoir être un atout précieux pour leur camp. Elle avait accepté sans commentaires inutiles puis lui avait fait part des détails de leur plan. Une particularité inattendue était qu'ils s'alliaient avec des aurors extérieurs à l'Ordre tout en prenant également tous leur tenue officielle. Apparemment, le Seigneur des Ténèbres considérait l'Ordre du Phénix comme une plus grande menace et cette parade permettait d'éviter, assez souvent, que les mangemorts ne se concentrent que sur des cibles précises. Jusqu'à présent, cela s'était révélé assez efficace.

Le sorcier songea un instant à Harry. Certains autres points de l'organisation des attaques de l'Ordre n'allaient certainement pas lui plaire… mais, en temps de guerre, certains choix étaient primordiaux.

Et puis, il y avait le problème de Bill Weasley aussi. Greyback l'avait atteint une nouvelle fois – cela datait d'avant même la capture du survivant - et il vivait, selon les propres dires de Minerva, des transformations plus douloureuses encore que celles de Lupin en son temps. La moins bonne qualité de la potion Tue-Loup y jouait un rôle mais elle avait affirmé qu'un sort y avait été lié. Cela aussi était un travail qu'il devait entamer au plus tôt.

Severus consacra bien vite ses quelques heures de sommeil perdu à l'élaboration de plans de travail corrects. Lorsqu'il fut l'heure du déjeuner, un elfe de maison vint de lui-même le lui apporter. Ces créatures devaient sûrement avoir pris cette habitude avec tous les occupants inhabituels du château puisque, bien évidemment, il aurait pu paraître malvenu de faire s'asseoir dans la Grande Salle toutes ces personnes profondément impliquées dans la guerre avec des élèves à qui on tentait de laisser une part d'insouciance.

Et il continua ainsi jusqu'aux alentours de l'heure de la réunion.

Le serpentard prit avec lui quelques documents et se dirigea d'un bon pas vers leur lieu de rendez-vous. Bien qu'il avait été tenté un instant, il avait choisi de ne pas se montrer envahissant au point de frapper à la porte du jeune homme ou bien de l'attendre devant celle-ci. En lui-même, il s'était plus durement jugé encore en s'affirmant qu'il en devenait ridicule.

Lorsqu'il atteint le bureau de Minerva, ils se saluèrent poliment et il profita des quelques minutes qui leur restait avant l'arrivée de Potter pour lui donner un premier aperçu de ses besoins et projets en potions.

Severus entamait le cas du plus âgé des enfants Weasley lorsque l'on frappa à la porte ; Harry entra juste après en avoir reçu l'invitation, les salua, s'assit, et attendit patiemment qu'il termine son exposé à la directrice. D'après ce qu'il put voir des réactions du jeune homme, ce dernier avait retrouvé toute la force tranquille qu'il lui connaissait depuis ces derniers jours. Le maître des potions perçut seulement sa surprise lorsqu'il mentionna Bill Weasley mais celle-ci fut rapidement remplacée par un voile de tristesse avant qu'il ne redevienne impassible. Il n'avait pu que connaître une part de l'état de l'enfant de Molly et Arthur, même si la chose n'avait apparemment pas été une des premières dont il s'était souvenu.

- Bien. Je me chargerai au plutôt des préparatifs nécessaires à votre travail, Severus, conclut-elle finalement en déposant ses listes sur une pile déjà hautes d'autres documents.

Elle se tourna finalement vers le plus jeune sorcier et ne perdit pas de temps avec les formes.

- Comme je l'ai déjà dit à Severus, votre retour est plus que nous n'en espérions à l'heure actuelle. Bien que nous continuons à limiter les zones contrôlées par les mangemorts, il faut avouer que de ne pas savoir où vous étiez retenu prisonnier nous mettait dans une impasse. Le moral général a baissé ces dernières semaines, et nous nous sommes malheureusement montrés plus imprudents aussi.

La femme les observa quelques instants derrière ses lunettes avant de continuer.

- J'imagine que vos amis vous ont déjà mis au courant de certaines de ses conséquences – entre autre, la perte d'Hagrid et de ses alliés géants - mais, comme vous le savez, ce jour-là, nous avons également su libérer des centaines de moldus.

Harry hocha légèrement la tête.

- Ce qui m'amène à vous demander… dans quelles proportions vous ont-ils informés de nos plans de batailles ?

- Ils ne m'en ont pas vraiment parlé, en fait. Rogue m'a dit ce que vous prévoyez de faire à Pré-au-lard mais sans plus.

- Lui avez-vous parlé de notre comportement au combat, Severus ?

Le serpentard secoua la tête et Minerva soupira imperceptiblement. Le survivant fronçait déjà les sourcils devant leur échange.

- Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir ?

- Eh bien, Monsieur Potter, dans notre contexte actuel, il est malheureusement un fait que les rangs de Vous-savez-qui grossissent de jour en jour. Nous avons donc dû nous résoudre à des méthodes plus dures pour combattre en espérant dissuader d'éventuelles nouvelles recrues à se joindre à lui.

- Ce qui veut dire ?

Et là, Severus pouvait facilement percevoir l'appréhension dans son ton.

- Sur un champ de bataille, notre second objectif, après la mission pour laquelle nous décidons d'aller affronter l'ennemi, est d'en tuer le plus possible.

Le survivant resta muet, bien qu'il pâlit fortement.

- Il faut que vous compreniez, continua la directrice, que la simple capture n'est plus qu'une vague option. Lorsque nous faisons des prisonniers, il n'est pas facile de trouver des lieux appropriés où les garder. Nous devons puiser dans nos propres réserves pour les nourrir et, neuf fois sur dix, Vous-savez-qui parvient finalement à les libérer. Peu sont ceux qui ont facilement accepté cette idée et quelques-uns ne peuvent toujours pas si résoudre, votre ami Ron en est un exemple concret. Mais il n'en reste pas moins vrai que ce choix, aussi extrême soit-il, a modéré un certain engouement de la part des plus jeunes à le rejoindre durant ces derniers mois.

Il y eut un long silence durant lequel ils attendirent, aussi bien Severus que son ancienne collègue, une réaction de la part du gryffondor. Le maître des potions avait bien conscience qu'il accordait une importance particulièrement grande à la vie, qu'elle fut alliée ou ennemie, et une réaction pleine de colère de sa part était prévisible.

Cependant, ils n'eurent droit qu'à une réponse emplie de lassitude.

- Je ne suis personne pour juger vos actions dans une guerre que vous endurez maintenant depuis deux ans. Mais ne me demandez pas d'accepter l'idée ou de m'y plier dès à présent. C'est un pas que je ne suis pas prêt à franchir.

Le jeune sorcier avait baissé la tête et ses mèches cachaient en partie ses yeux et sa cicatrice.

Minerva hocha la tête en signe de compréhension.

- Je ne vous demanderai pas de prendre part à ses attaques si vous ne vous en sentez pas la force. A cet effet, d'ailleurs, je vous suggère de participer à quelques cours que les aurors de nos rangs donnent à nos nouvelles recrues. Je sais que vous avez appris beaucoup durant les mois qui ont suivi… la disparition d'Albus, mais je crois qu'il pourrait vous être bénéfique de vous familiariser avec certaines de nos techniques actuelles.

- J'y participerai, assura-t-il d'une voix atone. Et j'aimerais également prendre part à l'attaque prévue à Pré-au-lard.

Severus se raidit à cette demande. Il pouvait à peine se faire à l'idée qu'ils tuaient les mangemorts et il voulait déjà plonger au cœur des combats ? Et, inévitablement, remettre sa propre vie en jeu. Il aurait pourtant voulu qu'il en soit à l'abri quelques temps encore, ne pas le voir si vite s'exposer à nouveau au danger…

- Monsieur Potter, tenta toutefois de le raisonner Minerva, les risques ne sont pas minimes. Vous êtes à peine de retour, vous n'avez pas à-

- C'est mon devoir. Au même titre que tout membre du Phénix.

- Mais il pourrait être dangereux pour vous de-

- Tous les autres ont affronté ces mêmes dangers pendant deux ans ! la coupa-t-il à nouveau. Je ne vais pas me soustraire à mes obligations sous prétexte que je suis « l'Elu » ou tout autre bêtise du genre !

Le survivant s'était levé, peut-être sans s'en rendre compte, et fixait la directrice d'un regard brûlant. Quant il sembla enfin prendre conscience de son éclat de colère, il se rassit lentement.

- Et pour ce qui est de mon apparence, marmonna-t-il d'un ton plus calme, j'utiliserai un sortilège ou du polynectar si nécessaire, je ne veux pas prendre le risque que vous soyez encore obligés de me protéger de la convoitise de Voldemort.

Severus se crispa involontairement au nom maudit. Mais, la réaction flamboyante de son cadet, qui aurait pu l'irriter en d'autres temps, l'avait laissé songeur et fasciné. Courage, détermination, maturité. Ces qualités restaient toujours présentes malgré le destin auquel il ne semblait pas pouvoir échapper. Comment avait-il fait, au temps de Dumbledore , pour n'assimiler cela qu'à de l'orgueil et de l'arrogance ? Il avait vraiment eu un don pour refuser d'admettre ce qui lui était clairement révélé…

Aucun des deux ne prêtait cependant attention au maître des potions ; le regard de Potter ne flanchait pas et Minerva l'observait d'un air pincé.

- Bien, puisque vous êtes certain de ce que vous voulez, finit-elle par céder. Puisque Severus m'a assuré que votre coma n'altérait plus en rien vos capacités, je suppose qu'il est inutile d'essayer de vous dissuader. Je vous demanderai seulement de consulter votre ami Ron Weasley pour qu'il vous informe des moyens les plus sûrs pour immobiliser les ennemis que vous ne souhaitez pas tuer, il vous donnera quelques idées sur comment les isoler des mangemorts susceptibles de les ranimer.

- Entendu, acquiesça le survivant sans plus de contestations.

- Puisque cela est clair, je tiens maintenant à vous tenir au courant des arrangements internes à Poudlard, et de la place des membres de l'Ordre en dépit de la présence des élèves, mit-elle en avant s'en perdre contenance face à sa précédente défaite.

Severus eut droit à une répétition de certains points révélés la veille et un approfondissement d'autres. Apprendre, entre autres, qu'un certain nombre d'élèves des trois dernières années suivaient les cours de manière aléatoire pour soutenir l'Ordre du Phénix ne sembla pas perturber le gryffondor. Après tout lui-même, à leur âge, avait déjà mis en place la fameuse « Armée de Dumbledore » qui à l'époque avait fait ses émules.

Plusieurs sujets plus ou moins essentiels abordés plus tard, Minerva s'arrêta pour les observer pendant de longues secondes. Elle ferma les yeux un instant.

- J'imagine que Miss Granger et Monsieur Weasley ont déjà dû vous en parler, s'adressa-t-elle à Harry, mais je doute que vous ayez eu beaucoup d'information à ce sujet, enchaîna-t-elle en revenant au maître des potions. Vous a-t-on exposé l'éventuelle solution pour extraire l'horcruxe du corps de Monsieur Potter ?

- Vaguement, répondit-il prudemment par ce qu'il avait senti sa gorge se serrer à cette mention.

- Monsieur Potter, pourriez-vous me résumer la situation selon ce que vous en a dit votre amie ?

Il hocha la tête et commença à parler. Magie noire, dommages pratiquement garantis pour celui qui se chargerait des incantations, effets secondaires incertains pour celui vers qui les sorts seraient dirigés, chances de survie très limitées… Même si la voix qui énonçait ces faits était froide et dénuée de peur, Severus n'en avait pas moins un goût particulièrement amer dans la bouche.

- Je vois qu'elle vous a exposé clairement ce qu'elle en a découvert jusqu'à présent. Et que pensez-vous de tout cela ?

Le survivant parût surpris par sa question et formula une réponse un peu hésitante.

- Ca me paraît un peu… extrême, c'est vrai. Mais, enfin, si c'est la seule solution possible, j'imagine que le risque vaut la peine d'être pris.

- Est-ce ce que vous pensez – que c'est l'unique solution, ou bien est-ce Miss Granger qui vous l'a affirmé ?

Il vit le jeune sorcier se mettre légèrement sur la défensive. Il était bien connu qu'il n'aimait pas qu'on remette la parole de ses deux meilleurs amis en doutes. L'homme le plus âgé était quant à lui particulièrement intrigué par la prudence avec laquelle la directrice marchait sur ce terrain.

- Vous savez, Monsieur Potter, je regrette de devoir dire cela mais je ne saurais trop vous conseiller de ne vous fier qu'aux paroles de Miss Granger…

- Pourquoi ça ? demanda-t-il un peu agressif.

Minerva ne s'en formalisa pas.

- Cette idée est loin de faire l'unanimité au sein de l'Ordre. Déjà, l'utilisation de la magie noire pour notre protection en brisant l'individualité du choixpeau a été très difficilement tolérée. Bien que, lorsque l'on m'a rapporté son comportement inhabituel à l'arrivée de Severus, j'ai retrouvé un peu l'espoir que nous pourrions faire marche arrière plus tard. Il est presque considéré comme une partie de l'âme du château et, depuis que le portrait d'Albus a brulé, j'aime à croire que son esprit est resté au sein de ses murs – et de ces phénomènes si particuliers tel que l'incarnation du choixpeau - pour veiller sur nous…

L'étincelle de tristesse était bien présente dans ses yeux et même Potter avait un très léger sourire nostalgique. Severus, quant à lui se sentait encore légèrement mal à l'aise mais il savait que ces deux personnes – oui, même le survivant – n'avaient plus de rancune envers lui pour la disparition du vieil homme.

- Enfin, bref, tel n'est pas le propos, se reprit la directrice. Comprenez-moi bien, à ce moment-là, nous n'avions vraiment pas d'autres choix. Mais, en ce qui vous concerne, cela n'est qu'une première solution que nous avons pu mettre en avant. Nous l'avons découverte il y a moins d'un mois et l'empressement de Miss Granger à la mettre en pratique ne doit pas vous influencer dans votre choix de-

- Hermione ne chercherait jamais volontairement à me mettre en danger, coupa le plus jeune en fronçant les sourcils.

- Je sais cela, soupira-t-elle, mais elle n'est plus tout à fait la même que celle que vous avez connue. D'autres raisons influences ses décisions, et elle-même ne semble pas vraiment s'en rendre compte.

Harry - et Severus également - la fixa, perplexe.

- Vos deux amis n'en parlent pratiquement jamais mais il faut que vous sachiez que depuis que ses parents ont été torturés puis exécutés par les Malfoy, ses idées ont parfois tendances à être pour le moins… radicales.

Le maître des potions vit clairement le choc se marquer sur le visage du sorcier. Minerva cependant continua.

- Elle a été une des premières à prendre le parti du fait qu'il fallait éliminer définitivement tout mangemort qui se présentait sur le champs de bataille. Ne croyez pas pour autant qu'elle aime ça, précisa-t-elle devant la panique naissante du gryffondor. Elle souhaite simplement qu'il n'y ait plus de victime dans notre camp et que la guerre prenne fin. Même si pour cela elle doit prendre des décisions qu'elle regrettera toute sa vie.

La femme se tut pour lui laisser digérer l'information. S'il ne parvenait pas à démêler toutes les émotions qui passaient sur le visage du survivant, Severus n'en ressentait pas moins pour autant un certain soulagement. Peut-être n'allait-il pas le perdre après tout, peut-être passeraient-ils au travers des mailles de cette guerre.

- Enfin, reprit-elle finalement, prenez le temps d'y réfléchir. Nous ne sommes pas encore proches de trouver le repaire de Vous-savez-qui et l'affrontement final n'aura sans doute pas lieu avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, puisque nous devons d'abord démanteler le plus grand nombre possible de ses réseaux. Il est inutile que vous preniez une décision trop hâtive.

Le garçon hocha très légèrement la tête.

- Sur ce, Messieurs, les congédia-t-elle, nous dînerons tous ensemble dans la Grande Salle vers deux heures, après le repas des élèves, avant de mettre au point les derniers détails pour demain. Et, Severus, j'enverrai un elfe de maison dans vos quartiers d'ici quelques minutes avec les premiers ustensiles et ingrédients qui vous seront nécessaires.

- Merci, je me mettrai au travail dès que possible.

Elle les salua tous les deux avec un sourire – bien que Severus remarqua son teint plus pâle que d'habitude - et ils quittèrent son bureau en silence.

Les deux hommes se séparèrent sans un mot. Mais le maître des potions ne sut cacher sa surprise lorsque Potter, qui était parti dans la direction opposée, le rattrapa.

- Attendez, j'ai une question à vous poser, affirma-t-il comme s'il venait à peine de s'en souvenir. Mais… pas ici.

Il acquiesça, intrigué, puis reprit sa marche comme le gryffondor le suivait jusqu'à ses quartiers.

Ils entrèrent finalement dans une salle qui aurait pu être un salon mais qu'il avait déjà aménagé comme un laboratoire de potions et l'invita à s'asseoir sur le seul canapé installé dans un coin de la pièce.

- Ce ne sera pas la peine, refusa poliment le jeune sorcier. En fait, je voulais simplement savoir si vous connaissiez les circonstances dans lesquels McGonagall a été touchée par ce sort.

L'homme souleva un sourcil d'étonnement.

- J'ai juste besoin… besoin de savoir si elle pourrait avoir beaucoup de raison de regretter cet incident ou bien si… si elle considère que ce sacrifice en a valu la peine, se justifia-t-il bien qu'il ne lui avait rien demandé.

- Pour elle, cela en a valu la peine, affirma Severus tout en voyant le léger soulagement passer dans les yeux verts. Plusieurs familles ont demandé refuge au château et elle est allée d'elle-même, en tant que directrice, vérifier qu'elle pouvait le leur permettre et les conditions qui en découlaient. Il y avait parmi eux une famille de mangemort. Mais ils sont parvenus à sauver les quatre autres familles. Les enfants sont scolarisés ici à présent et les parents ont pris part au combat.

Harry eut un léger sourire et, bien qu'il fût également triste, il ne put pas manquer l'étincelle de fierté et d'affection qui passa dans ses yeux à l'égard de Minerva.

- Merci, dit-il d'un air distrait avant de le quitter.

- Mais je vous en prie, Monsieur Potter, souffla-t-il pour lui-même tandis qu'il passait la porte, peut-être avec une très légère pointe de jalousie dans son ton qu'il étouffa bien vite.

Minerva méritait cette inquiétude et cette affection. Elle était une femme d'une force tout aussi rare que l'était sa fierté, juste comme peu de personnes. Et il avait parfaitement compris sa position lorsqu'elle lui avait annoncé son état.

« Il est de notre devoir de protéger les enfants. »

Combien de fois n'avait-il pas entendu cette phrase sortir de sa bouche durant les réunions de l'Ordre lorsqu'Albus vivait encore ? Il n'aurait même pas su les compter tant cela était prioritaire pour elle.

Severus lui avait dit un jour que son cœur la perdrait, et il n'était pas heureux d'avoir eu raison, mais il ne pouvait pas lui en vouloir d'être restée elle-même, même dans de telles circonstances.

« Pop »

- Voici le matériel que Madame la Directrice a demandé qu'il soit remis à Monsieur Rogue, dit d'une voix respectueuse un elfe de maison qui lui semblait familier mais dont il aurait bien été incapable de retrouver le nom.

Avant même qu'il n'ait pu dire un mot, l'elfe disparût à nouveau et le maître des potions soupira.

Bien, il était temps qu'il se mette au travail.

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Le dîner de la veille lui avait paru long, et la réunion qui avait suivi encore plus.

Il lui avait été difficile de détourner le regard du survivant qui parlait et riait avec ses amis, de l'autre côté de la large table où ils s'étaient tous réunis Malgré certains regards étranges qu'il avait parfois posés sur Charlie Weasley et Hermione Granger, Harry avait eu l'air parfaitement heureux, là, loin de lui. Il s'était même demandé s'il gardait un masque pour eux ou si la simple présence de ses amis était suffisante pour qu'il puisse oublier pendant un certain temps leur situation.

Par dépit, et parce que sa joie le blessait tant qu'elle le rassurait, Severus avait entamé la conversation avec le patriarche des Weasley en attirant son attention sur le cas de son fils le plus âgé. Il ne lui avait pas été difficile de converser avec lui et sa femme durant une bonne partie du repas tant l'état de leur fils les inquiétait.

Par la suite, Minerva l'avait introduit dans une discussion avec quelques aurors sur ce qu'ils connaissaient des forces du Seigneur des Ténèbres, de ses comportements et autres histoires du genre. La femme l'avait d'ailleurs sans doute installé à cette place, juste à sa droite, bien à dessein. Elle avait semblé être profondément persuadée qu'il ne devait pas s'isoler, malgré tout les regards de mépris que cette décision avait entrainés. Il ne savait toujours pas s'il devait lui en vouloir ou la remercier.

Ensuite, il y avait eu la réunion, longue, fastidieuse, s'achevant peu de temps seulement avant que les élèves ne puissent pénétrer dans la Grande Salle pour le souper. Le nombre des membres avait triplé ou quadruplé depuis le vendredi. Et l'occasion avait été parfaite pour tout remettre à sa place, à commencer par leur nouvelle ligne de conduite – qui, à vrai dire, variait peu de la précédente – à savoir, réduire au maximum les forces dominantes du Mage Noir tout en cherchant son repaire, ou en l'en faisant sortir, pour une bataille plus conséquente. Le sous-entendu d'une bataille « finale » n'avait pas eu besoin d'être mis en avant pour que tout le monde comprenne.

Puis tout un tas de petits détails secondaires avaient été réglés. Et, enfin, divers propos avaient été échangés sur les idées de certains et les doutes d'autres. Beaucoup avaient posés de stupides questions à Potter qui avait semblé particulièrement sur les nerfs devant leurs mots, souvent, mal choisis et leurs regards compatissant. Parce que, bien sûr, tous savaient pour l'horcruxe. Quelques imbéciles avaient même eu le culot de remettre sa loyauté, à lui, Severus Rogue, en doute en dépit du fait qu'il était celui qui avait ramené leur « héros » ! Si Minerva n'avait pas été là, il n'aurait certainement pas muselé les paroles acides qu'ils méritaient d'entendre.

Ce rassemblement ne lui laissait donc pas un souvenir des plus agréables.

Seulement, maintenant, alors qu'ils se préparaient à prendre d'assaut les mangemorts en patrouille avant de pénétrer dans les bâtiments, il aurait tout donné pour être au chaud, à l'abri dans la Grande Salle, au lieu de ce terrain boueux d'une pluie récente, le visage fouetté par un vent trop froid pour la saison.

Le serpentard savait que le survivant – caché par un sort qui ne permettait qu'aux siens de savoir qui il était – attendait avec la même tension, entouré de quelques-uns de ses amis, que le signal soit donné.

Et ça ne tarda pas.

L'auror qui menait l'assaut permit au premier groupe de réduire au silence les mangemorts de garde et les bâtisses furent rapidement envahies par tous ces hommes et ces femmes, dont lui-même, étant vêtus comme les aurors du ministère, qu'ils le soient vraiment ou non.

Les confrontations se firent en groupes restreints et les sorts se mirent à siffler d'un camp comme de l'autre. Severus fut effleuré à sa jambe droite par un maléfice glacé mais il supprima son lanceur, d'un geste vif, par un avada kedavra. Il ne pouvait pas se permettre d'hésiter, aussi rebutant que cela pouvait être, il fallait les éliminer s'ils voulaient avoir une chance de s'en sortir.

Malgré le surnombre de leur adversaire, l'organisation de l'Ordre leur permit vite d'avoir le dessus. Le maître des potions savait que quelques membres de leur groupe étaient déjà tombés mais la seule chose à faire était de continuer à avancer.

En dépit de son inquiétude pour Harry, il se concentra sur sa tâche. Il avait confiance en sa force et il voulait croire que le jeune sorcier se sortirait indemne de cette bataille.

Leur but était d'éliminer Macnair, et ainsi faire perdre au Seigneur des Ténèbres l'un de ses sujets les plus hauts placés. Un informateur avait prétendu qu'il y aurait d'autres chefs en réunion avec lui au moment de leur attaque mais, comme cela n'avait pu être confirmé, ils s'étaient contentés du premier objectif. Seulement, si la réunion était bien réelle, ils pouvaient même espérer éradiquer un ensemble de têtes de son armée.

Severus lançait sort mortel sur sort mortel mais se limitait à l'impardonnable si connu. C'était cependant déjà suffisant pour faire ressurgir des images d'un certain massacre sur les ruines du Terrier. Il se força toutefois à garder l'esprit clair et à tenter d'attaquer d'abord les plus sauvages d'entre eux.

- Ne les laissez pas nous submerger ! cria soudain une voix qui lui était familière. Nous sommes plus nombreux qu'eux !

Le maître des potions vit soudain Macnair essayer de se creuser un passage dans les forces de l'Ordre mais un éclair vert l'atteint directement au cœur le laissant retomber face la première pour révéler une Hermione Granger échevelée mais repartant déjà au combat.

- Macnair ! Sale Sang-de-bourbe, attends un peu que je t'attrape !

Il vit surgir Avery fils d'une maison masquée par le renfoncement d'une rue et, avant même que l'homme n'ait eu l'occasion d'incanter vers la jeune femme, Severus élimina son ancien compagnon de Poudlard avec un très léger goût d'amertume. La seule expression qui se marqua sur le visage familier fut la surprise avant qu'il ne s'écroule à son tour au sol.

Au loin, il vit Harry lui jeter un regard qu'il jura être reconnaissant.

- CE SONT EUX ! hurla soudain un auror à plusieurs mètres d'eux.

Tous les combattants comprirent et s'efforcèrent de s'ouvrir un chemin jusqu'à la maison en question : les chefs s'étaient bien réunis dans le village, et ils venaient d'en supprimer deux d'entre eux. Alors qu'une dizaine d'entre eux avaient presque atteint l'endroit, il pouvait déjà entendre le son caractéristique de transplanages. Certains allaient sans doutes chercher du renfort alors que d'autres s'enfuyaient purement et simplement.

- Rogue ? Sale traître, c'est vous ! s'étrangla Pansy Parkinson en essayant de se débarrasser de lui dès qu'elle le vit.

Elle était un des trois chefs restant et sa seconde d'imprudence – car il avait été assez rapide pour éviter son sort - leur permit de réduire à deux le nombre des mangemorts retranchés derrière les vitres de la demeure.

Ils devaient se dépêcher avant que d'autres ne reviennent les prendre d'assaut, et le manque de temps jouait sur ses nerfs avec force. Derrière eux quelques-uns des membres de l'Ordre transplanaient déjà avec les corps des morts et avec les blessés.

Severus vit un jeune homme – assez jeune pour être en cinquième ou sixième année - s'effondrer devant lui, l'épaule et la jambe en sang, et un bref instant plus tard les feux de retraites étaient lancés par les baguettes de plusieurs des aurors – et pseudo-aurors. Avant même qu'il ne puisse s'en rendre compte, la maison qui leur faisait face était en flammes, les corps de ses derniers occupants gisant devant et derrière les fenêtres.

Dans un réflexe, le maître des potions prit l'enfant étendu au sol et transplana directement.

Lorsqu'il arriva à l'infirmerie, fortement agrandie par rapport à ses souvenirs, il déposa le garçon sur l'un des lits encore vide avant de se permettre de s'appuyer contre un mur.

La sueur collait ses vêtements à sa peau, ces robes tachées du sang de l'élève, et sa jambe l'élançait un peu. Mais il en était sorti en un morceau. La bataille avait été intense, meurtrière, mais ils avaient apparemment, à leur façon, gagné celle-ci. Bien qu'il ne s'en sentait pas vraiment soulagé.

Severus se laissa glisser au sol – après tout, personne n'y prêterait attention ici – et libéra du tissu la partie de sa jambe qui avait été touchée par le maléfice. De la magie noire, bien entendu. Il prononça le contre-sort pour s'en défaire, serrant les dents sous l'afflux soudain de douleur. Il aurait une nouvelle cicatrice, celle-ci brune et dentée de rouge, mais il n'était plus à ça près.

L'homme se releva au moment où Pomfresh s'adressa soudain à lui pour lui demander s'il n'avait rien de grave.

- Non, je vais bien, assura-t-il.

Elle lui lança un regard septique qui faillit lui faire lever les yeux au ciel. Maintenant qu'il y prêtait attention, elle non plus n'avait pas paru être dérangée par sa présence lors de leurs réunions.

- Et ce sang ? insista-t-elle.

- Celui du garçon, dit-il en indiquant le lit où un autre médicomage s'occupait de l'enfant.

Avant qu'il ne puisse protester, elle passa rapidement sa baguette au-dessus de lui en retenant une grimace.

- Lorsque l'infirmerie sera plus calme, vous reviendrez me voir, Severus Rogue, et je ne tolèrerai aucune protestation ! acheva-t-elle, sans même attendre sa réaction, avant de se diriger vers d'autres lits.

L'homme lui jeta un regard exaspéré mais, en lui-même, il savait qu'il retenait un léger sourire. Sans même s'en rendre compte, le naturel avec lequel Poppy avait agi avec lui venait de rendre le souvenir de la récente bataille plus facile à accepter. Le combat était loin d'être inutile.

Ses yeux errèrent quelques instants dans l'infirmerie en se demandant, avec une très légère angoisse, où pouvait être Harry. Lorsqu'enfin son regard s'accrocha à la chevelure familière, il fit quelques pas vers lui puis s'arrêta devant la triste scène qui s'étalait devant ses yeux : quelques gryffondors entourant un lit où s'étendait le corps inanimé de Neville Londubat.

Alors, il n'avait pas rêvé, le sort mortel l'avait bien atteint.

Le maître des potions se disait qu'il devait les laisser se recueillir en paix mais il ne parvenait pas à quitter des yeux le survivant au regard profondément malheureux. Certes, on lui avait annoncé des morts récemment mais ce n'était pas comparable au fait de voir un ami tomber sur le champ de bataille.

Le jeune Weasley déposa une main sur son épaule mais il se dégagea un peu brusquement.

Severus fut également assez proche pour entendre Granger essayer de lui parler.

- Harry, il connaissait les risques, il n'y a rien que-

- Arrête. S'il te plaît, ne dis rien Hermione.

Il fixa encore le corps inerte quelques instants puis se détourna pour les quitter.

- Harry ! s'exclama son meilleur ami.

- 'coutez, j'ai juste besoin de rester seul un moment. Juste… seul…

Personne d'autre ne tenta de l'arrêter et les visages sombres fixèrent juste le corps de Londubat, impuissants.

- Il faudra qu'il s'y fasse, déclara soudain la brune en se récoltant quelques regards noirs des autres. Nous sommes en guerre et-

- Mais bon sang, Hermione ! Tu t'entends parler des fois ? On vient de perdre l'un de nos meilleurs amis et ça n'a même pas l'air de te faire réagir !

- Et toi ? Qu'est-ce que tu penses que cela va nous apporter de nous apitoyer sur son sort ? Il est mort ! On ne peut plus rien y faire !

- Je ne te reconnais plus…

Le reste de leurs échanges fut perdu pour Severus qui choisit de retourner dans ses quartiers. Il avait besoin d'une douche très chaude pour essayer d'effacer les yeux verts, hantés par la douleur, de son esprit. Quant il passa devant les appartements de son cadet, sa porte était close.

Granger avait raison dans un sens. Il fallait qu'ils s'y fassent. Pour leur survie, ou ne serait-ce que pour ne pas tomber dans un désespoir total. Lui-même luttait chaque jour pour accepter, même si parfois cela l'avait submergé. Mais Harry était différent. Il ne craquerait pas. Certes, il se mettait en colère, il ressentait profondément la douleur de la perte et refusait certaines choses de toute son âme, mais il finissait toujours par revenir plus fort et plus déterminé.

Aussi jeune et tant de force. Alors que lui se sentait plus fragile à chaque nouvel affrontement…

Severus se força à effacer tout signe d'abandon de son esprit. Il avait des choses bien plus concrètes à faire. Il avait donné toutes ses potions à Minerva et il avait préféré ne rien demander à Pomfresh malgré que la douleur se diffusait dans sa jambe. Mais c'était tolérable, et ses breuvages étaient sans doutes bien plus nécessaires ailleurs. Il n'en restait pas moins vrai qu'il était urgent qu'il se mette au travail, quitte à aller chercher les ingrédients plus difficiles à trouver par lui-même !

Il pénétra dans sa salle de bain – remerciant mentalement les elfes qui y avaient déjà disposé tous les produits et vêtements nécessaires dès le soir de leur arrivée, fit venir à lui quelques affaires de rechanges et se dévêtit lentement. Il avisa d'une coupure sur sa hanche qu'il n'avait même pas remarquée avant tant l'adrénaline s'était répandue dans ses veines au plus fort du combat. Et puis, enfin, il laissa l'eau brûlante détendre ses muscles encore crispés et ses épaules contractées. Plus encore qu'avant son enfermement, il ne se lassait pas de profiter de ce genre d'instants de bien-être si simple.

Ce n'est qu'une demi-heure plus tard qu'il revint dans son laboratoire, épuisé mais plus aptes à voir les choses objectivement. Les pertes dans leur camp, il ne l'avait pas manqué, avaient été minimes. Entre cinq et dix personnes pour au moins une quarantaine de mangemorts abattus, dont cinq chefs pour le moins influents. Enfin, du moins cela avait été ce qu'il avait pu observer en dépit de l'urgence de la situation. Il ne connaissait pas non plus le nombre de blessés grave et…

Le souvenir de Londubat allongé sur son lit impeccablement blanc le ramena à Harry.

Dans quel état se trouvait-il à présent ? Terriblement en colère ou le cœur brisé de douleur ?

La dernière hypothèse le fit se sentir mal. Le jeune sorcier était seul, juste-là, à quelques mètres de lui, peut-être encore incapable de se faire à l'idée qu'il avait perdu un de ses plus précieux amis, qui représentait une part de sa vie passée paisible au château…

Avant même qu'il ne prenne conscience qu'il avait quitté ses quartiers, Severus frappait à la porte de son voisin. N'étant pas fermée, elle s'ouvrit sous le premier coup et, bien qu'il n'ait reçu aucune réponse, il entra malgré tout.

Le survivant était allongé sur son canapé, ses lunettes pliées dans sa main qui cachait ses yeux. Il bougea légèrement lorsque le maître des potions s'approcha et dévoila ses yeux verts.

- Ah. C'est vous, bien sûr…, soupira-t-il d'une voix fatiguée.

Evidemment – et il l'aurait su s'il avait écouté son bon sens, il n'était pas le bien venu. Le serpentard s'apprêtait à partir lorsque la voix du jeune homme lui parvint.

- Vous savez… Neville…

Il avait fermé les yeux comme-ci simplement dire son prénom lui faisait mal. Severus s'approcha de lui et se mit à son niveau car sa voix s'était éteinte en un murmure.

Le sorcier ouvrit à nouveau les yeux mais son regard semblait fixé sur une chose qu'il ne pouvait pas voir, perdu en un lieu inaccessible.

- Je… Je lui ai à peine parlé durant ces deux derniers jours. Il était en vie, et j'étais heureux de le revoir. Je pensais… Je pensais que nous aurions le temps de discuter et de rire comme au bon vieux temps… Il était… Nous n'avons qu'échanger un sourire familier avant la bataille et puis…

Il vit la tristesse emplir à nouveau ses yeux et il ne sut empêcher sa main de se porter à sa joue en une caresse réconfortante. Il regretta rapidement son geste mais, au lieu de le chasser, Harry ferma seulement les yeux et ne réagit pas plus que cela.

Les secondes s'égrenant, Severus finit par se pencher vers lui, effleura presque ses lèvres, et il sentit le coup de poing s'écraser sur son visage.

Le maître des potions recula de quelques pas mais resta sur ses jambes bien que légèrement sonné. Il observa un instant le sang qu'il avait récolté de sa lèvre avec son pouce puis releva la tête vers le gryffondor. Il s'était redressé, le fixait avec une fureur insondable et, peut-être parce qu'il se contentait de l'observer avec un regard qu'il s'imagina facilement refléter son trouble, il cracha les mots qui sortirent de sa bouche d'une voix coupante et dure.

- Je n'ai pas besoin de votre pitié et encore moins de votre satané désir envers moi !

- Ce n'est pas…

Mais, avant même que Severus n'ait la possibilité de lui dire qu'il se trompait, qu'il y avait plus que cela, Harry s'était déjà mis à crier.

- Ne le dites pas ! Partez ! MAINTENANT !

Et, lorsqu'il avisa de la baguette pointée sur lui, le maître des potions ravala les excuses qui ne risquaient que d'envenimer la situation et quitta les quartiers du plus jeune.

Arrivé dans son laboratoire il fixa un instant son matériel puis se mit mécaniquement au travail. Il ne voulait plus penser. Plus se dire qu'il avait tenté de profiter de sa faiblesse. Et il ne voulait plus entendre cette voix qui lui répétait qu'il venait de gâcher la seule chance que Potter avait bien voulu lui laisser.

A suivre…

Rha… même-moi j'hésite entre l'envie d'assommer Harry pour son incompréhension ou celle de maudire notre cher Severus pour avoir encore voulu brûler les étapes -.-''

Et, vi, je sais, je me suis un peu lâchée dans le genre 'description de la situation' mais c'est de cette façon que le chapitre m'est venu… j'espère que ça n'a pas été trop long à lire… Ne vous inquiétez pas, le suivant (déjà écrit) retrouve une longueur normale :p

J'attends toujours vos avis pour poster la suite (peut-être la semaine prochaine, ça vous dit ?) et vous dit à très bientôt !