Ok, moze da prode !
— Ca veut dire quoi, ça ?
— Je n'en sais rien, dans le doute, on va dire qu'il nous laisse passer.

Thorin embraya et passa le barrage policier pour aller vers la Strada Milev. Ils étaient arrivé trop tard, Kili, paniqué à l'idée de laisser Eirik entre les mains de Vladimar, ne les avait pas attendu et avait lancé ses hommes à l'assaut du bâtiment occupé par les terroristes. Théo avait demandé à ses propres hommes de n'intervenir qu'en dernier recours pour ne pas avoir à expliquer sa collaboration avec un groupe de terroristes et ses agents étaient maintenant occupés à suivre la réincarnation de Bolg, qui avait pris la fuite.

La police moldave était arrivée après et était maintenant occupée à sécuriser le périmètre, ils ne purent donner aucune nouvelle aux deux agents américains qui décidèrent d'aller voir par eux-mêmes les bâtiments désaffectés.

— Ils n'y sont plus, c'est certain.
— Je veux bien te croire, mais nous devons bien commencer à chercher quelque part.
— A mon avis, ils sont tous déjà loin.
— Quelle galère…

Thorin soupira et arrêta la voiture au pied de l'immeuble qu'une équipe de policiers était actuellement occupée à fouiller. Un supérieur les aborda en fronçant les sourcils :

Gospodo, ovo je mesto zločina , molim vas pustite .
Sorry, we don't speak moldovan.
Reporter ?

Théo répondit à la négative et présenta sa carte à l'agent qui haussa un sourcil suspicieux en les détaillant avant de prendre la parole dans un anglais approximatif :

— La place est interdite. Vous devez partir.
— Non. Il s'agit du groupe de terroristes qui a attaqué Londres il y a deux jours. Ils ont deux otages avec eux, dont un enfant. Nous devons savoir exactement ce qu'il s'est passé ici.

Le commissaire moldave fronça les sourcils en déchiffrant les paroles du canadien qui s'était efforcé de parler distinctement malgré son accent français, puis il écarquilla les yeux lorsqu'il compris enfin l'enjeu de la mission de ses deux interlocuteurs :

— Nous savons pas. Ils se battent, deux heures avant. C'est tout nous savons.
— Savez vous s'il y a eu des victimes ?
— Oui, il y a eu. Tout ça, morts.

L'agent leva ses mains pour montrer sept doigts et Thorin ressentit au fond de lui une pointe de panique à l'idée que Kili ou Fili fassent partie des morts.

— J'aimerais étudier les corps des victimes.
— Ils sont ici.

Le moldave pointa une ambulance du doigt et Thorin le remercia et il sortit de la voiture.

— Raphaël, va faire un tour et essaie de glaner des informations.
— Je ne suis pas ton chien, fais le toi même si tu n'es pas capable de demander les choses poliment.

Le brun haussa un sourcil et se tourna vers Thranduil qui n'avait pas bougé, toujours assis à sa place et qui contemplait distraitement ses ongles propres.
Le blond sursauta lorsque la portière passagère s'ouvrit brusquement et que Thorin se pencha sur lui, un sourire dangereux accroché aux lèvres :

— Je ne te préviendrai qu'une seule fois mon grand : ne me donne pas une bonne raison de te renvoyé dans les pattes de Fitzgerald… Lui ou moi… On sera deux à se faire un plaisir de te mater pour insubordination…
— Tu ne me renverras pas chez Fitzgerald.
— Ha oui ? Comment peux-tu en être si sûr ?
— Parce que tu n'es pas du genre à laisser un autre me démolir à ta place.
— Je pourrais toujours broyer les miettes.

Raphaël fronça les sourcils et soutint le regard poignant de Thorin, incapable de discerner, entre la sincérité ou le jeu, à quel point il était sérieux dans ses paroles. Il décida de ne pas se laisser intimider et il leva fièrement le menton.

— Tu as raison de profiter maintenant… Thorin… Je ne suis engagé avec toi que quelques mois… Tu n'auras plus d'autres occasions de m'avoir ainsi à tes ordres… Et vu que l'autorité de tes galons est la seule chose sur laquelle tu peux compter…

Noblement, il sortit de la voiture sans se soucier de la proximité que cela impliqua vis à vis de Théo qui ne bougea pas et il le frôla pour se diriger vers les bâtiments qui grouillaient de policiers spécialistes.

oOo

— Je t'écoute.

John sursauta lorsque son colocataire s'assit à côté de lui en le sondant de son regard si poignant. Il ouvrit la bouche pour lui demander en quoi consistait sa question, mais il avisa le mouchoir ensanglanté qu'il maintenait contre son nez et il soupira lourdement.

— Tu t'es encore fait frapper…
— Il y a des gens qui n'ont pas de sens de l'humour.
— Dis plutôt qu'ils ne partagent pas le tien… C'est Finéas Robben qui t'a fait ça ?
— Ce type a de sérieux problèmes…

John hocha distraitement la tête et soupira à l'évocation du blond. Depuis qu'il avait appris que Thorin s'était lui aussi réincarné à cette époque et qu'il n'allait pas tarder à revenir à Londres pour récupérer son frère jumeau, l'ancien médecin nageait dans un état second.

— John ?

Il sursauta et leva les yeux pour capter le regard profond et inquisiteur de Sherlock et il déglutit.

— Vous avez discuté un bon moment, tous les deux, cette après-midi. Cela fait longtemps que vous vous connaissez ?
— Je ne l'avais jamais rencontré avant aujourd'hui.

Le brun lança un regard perplexe au plus petit qui commençait à se dire qu'il était temps qu'il avoue deux ou trois petites choses au grand maitre de la déduction avant que ce dernier ne tire des conclusions infondées, mais plus réalistes que la vérité.

— Par contre… Son frère… Je pensais ne plus jamais entendre parler de lui.

Sherlock fronça les sourcils en s'enfonçant dans son fauteuil, les doigts croisés et les yeux plantés sur son colocataire qui cherchait ses mots.
Le médecin estimait que le plus vraisemblable serait de dire qu'il avait rencontré et Théo pendant la guerre, mais il connaissait Sherlock et il savait que celui-ci tilterait au moindre lapsus. Alors il décida de rester aussi proche de la vérité que possible.

— Il se trouve que… Nous nous sommes rencontrés en Afghanistan, il y a quelques années. Il faisait ses armes en tant qu'officier supérieur et… Et nous avons eu une aventure.

Le flegme blasé dans lequel Sherlock s'était drapé vola un instant en éclat alors qu'il se redressa en écarquillant les yeux et Bilbo lu dans son regard une lueur qu'il ne parvint pas à traduire.

— Tu es sorti avec Théodore Robben ?
— Je ne suis pas gay ! Ce n'était qu'un-
— Si, tu l'es, mais ce n'est pas le sujet. Qu'y a t-il eu entre vous ?

John haussa un sourcil, mais décida de ne pas argumenter. Après tout, depuis qu'il vivait en colocation avec Sherlock, il avait tellement asséné qu'il n'était pas gay qu'il avait fini par persuader tout le monde du contraire. Et comment maintenir une telle chose avec ce qu'il était en train de dévoiler ?

— Ca n'a duré que le temps du service et… La rupture a été brutale. Je suis heureux de savoir qu'il… va plutôt bien, du moins, aux dernières nouvelles. Mais je ne sais pas si je suis prêt à le revoir.
— Tu en as envie ?
— Bien sûr ! J'ai l'ai sincèrement aimé, mais les choses ont… changé.

John avait marqué une pause en remarquant, une nouvelle fois, cette lueur étrange dans le regard de Holmes qui se leva en attrapant son violon qu'il accorda distraitement.

— Il ne se rappelle pas de toi.
— Pourquoi me dis-tu ça ?
— J'étais là quand il a donné ses ordres à ses hommes. Il était concentré sur Eirik, mais il t'a totalement oblitéré… Ton sort ne lui faisait ni chaud ni froid.
— Non. Je veux dire, pourquoi m'annonces-tu une chose pareille avec autant de désinvolture?
— Je pensais qu'il valait mieux que tu le saches, avant de te faire des idées quant à d'hypothétiques retrouvailles...
— Veux-tu me faire du mal ?

John était parfaitement conscient que jamais Théo n'aurait pu assimiler le nom John Watson avec Bilbo Sacquet, c'est pourquoi la révélation du brun le laissa de marbre. Mais les réactions de Sherlock étaient étranges, il se sentait propulsé plusieurs années en arrière, lorsque le détective, après deux ans d'absence post-mortem, avait refait surface pour trouver Mary accrochée à son bras.

— Bien sur que non. Au contraire. Il faut que tu saches que tu n'es pas le seul à avoir tourné la page, lui aussi se débrouille très bien sans toi, surtout depuis qu'on lui a assigné un nouveau collègue... Et puis tu as toi-même dit que les choses avaient changé...
— Tu es jaloux ?

L'ancien médecin n'était peut-être pas une flèche en déduction, mais il y avait certaines choses qui étaient suffisamment éloquentes pour ne pas passer inaperçues. Sherlock, qui avait entamé un air tzigane au violon, manqua une note, mais reprit son morceau, plus doucement, après lui avoir envoyé un regard faussement outré. John remarqua de quelle manière ses épaules se raidirent et il en fut interloqué un instant, mais le brun enchaina :

— Je ne suis pas jaloux. Je souhaite simplement t'éviter une nouvelle déception amoureuse…
— Ce n'était pas une déception amoureuse, Mary était-
— Je ne parle pas de Mary. Je viens d'évoquer une déception amoureuse, pas un mariage. Théo t'a fait plus de mal que la mort de ton épouse.
— Comment peux-tu affirmer une chose pareille ?

Sherlock cessa de jouer et éloigna l'archer de l'instrument avant de se tourner vers son colocataire, droit et impeccable.

— Théo Robben… Un nom que tu n'as jamais évoqué, jamais, nulle part… Quand nous nous sommes rencontré, tu enchainais les conquêtes féminine en certifiant que tu n'étais pas gay à qui voulait bien l'entendre et, maintenant que tu entends à nouveau parler de lui, tu t'enfermes dans le silence après avoir passé trois heures à discuter avec son frère… Sans parler du fait que le type en question a une belle gueule d'enfoiré, égoïste et arrogant… Il ne peut que t'avoir fait du mal.
— Tiens, j'en connais un autre comme ça…
— Non. Je ne suis pas comme lui. Je suis pire.

Une discrète moue boudeuse ourlant ses lèvres, Sherlock recommença à jouer du violon et tourna le dos à un John éberlué qui se demanda s'il n'était pas en train de subir ce que l'on appelait communément une crise de jalousie de la part de son colocataire. Incertain quant à la conduite à tenir, il se leva et prit la direction de la sortie, attrapant son manteau au passage. Passant la porte, il s'arrêta et se tourna vers le détective qui jouait face à la fenêtre et il ouvrit la bouche, mais sans savoir quoi dire, alors il se retourna et s'arrêta en haut des marches pour souffler du bout des lèvres :

— Le jour où tu cesseras de considérer l'amour comme un inconvénient… Saches que…

Il se tut, incapable d'en dire plus et il resta silencieux, avant de reprendre plus sèchement :

— Bref, bonne soirée.

Sherlock ne broncha pas et il continua à jouer jusqu'au moment où il entendit la porte d'entrée claquer, puis il continua, sans vraiment avoir conscience du temps qui passait.

oOo

— Ha, Salaï, c'est un sacré butin que tu nous as offert là !
Papa, sans ton aide, jamais je n'y serai parvenu.
— Allons, tu es un véritable leader, tu as ça dans le sang, Salaï ! Je suis fier de t'avoir élevé.

Salaï haussa les épaules et laissa le padre lui offrir une accolade mielleuse. Ils se trouvaient sur le tarmac d'une petite piste non loin de Tiraspol et les deux mafieux supervisaient le chargement des caisses d'armes et de munitions que les hommes de Kili montaient dans l'avion privé du plus vieux. Ce dernier était venu avec ses meilleurs hommes en soutien pour son fils adoptif qu'il avait beau trahir très régulièrement, il restait incapable de le laisser totalement seul face au danger. Bolg et ses hommes avaient donc été submergés par l'esprit tactique du vieux mafieux conjugué à la détermination implacable de Salaï.

Vladimar avait été contraint de fuir, laissant sur place une quantité phénoménale d'armes de pointe, quelques liasses de billets verts et une petite dizaine de très jeunes femmes, destinées à alimenter les immondes trafics d'êtres humains à travers l'Europe et Kili ne chercha pas à savoir si les mafieux comptaient les ramener en Italie elles aussi ou bien s'ils les laissaient sur place.

— Alors, tu es certain que tu ne veux rien en échange ? Ce n'était qu'une histoire de vengeance ?
— Je te l'ai déjà dit… Tout ce que je veux, c'est le gamin blond. Tout le reste, je te le laisse.
— Salaï… Il est bien mignon, ce petit viking, mais il ne vaut pas la victoire que tu viens de nous donner…
— Ho que si, bien plus même…
— … Donc, en dédommagement de notre petite mésaventure avec ces russes, il y a quelques jours, qui sera rapidement oublié, je l'espère…
— Je ne sais même pas de quoi tu parles, papa.
— …
Et en récompense pour ce coup d'éclat, je te propose de récupérer le casino de Milan. J'y ai fait rajouter une piscine au sous-sol, elle sera bientôt terminée.
— En si peu de temps ?
— Les travailleurs polonais mettent beaucoup de cœur à l'ouvrage s'ils sont bien encouragés.

Le padre lui envoya un clin d'œil cruel et il avança vers l'avion pour donner quelques ordres et hâter l'opération.
Kili fourra nerveusement les mains dans les poches et il expulsa un souffle lourd avant de faire demi-tour. Il essaya une nouvelle fois d'appeler Thorin, mais il tombait systématiquement sur le répondeur. Il savait que ce dernier avait atterri en Moldavie, mais il ignorait où et quand et il se doutait bien que Théo n'allait pas apprécier de cavaler derrière lui à travers toute l'Europe indéfiniment.

Il pénétra dans un petit bâtiment précaire qui jouxtait la piste et il congédia les deux hommes armés qui montaient la garde devant une porte.

— Il s'est calmé ?

Les hommes haussèrent les épaules dans une réponse plutôt négative avant de sortir du bâtiment et Kili souffla profondément avant de déverrouiller la porte pour pénétrer dans une petite pièce meublée au minimum.
Un feulement furieux l'accueillit et il présenta ses paumes vides.

Calmati, ti direnulla di male.
Égbannaþér aðnálgast !

Déboussolé par les dernières heures qu'il venait de vivre, blessé par les mauvais traitement de Vladimar et profondément terrorisé parce qu'il adviendra de lui dans un futur proche alors qu'il était aux mains d'une bande d'assassins italiens sans comprendre pourquoi, Eirik se mit en garde, montrant au mafieux qu'il ne se laissera pas faire sans opposer la moindre défense, dusse-t-elle se montrer veine. Et Kili n'en menait pas large, nerveux, il passa sa main dans les cheveux, maudissant la barrière de la langue qui continuait de les séparer alors qu'il ne rêvait que d'une chose : le prendre dans ses bras. Mais s'il était à l'aise en français, c'était une autre histoire en anglais.

— I don't want to hurt you, Eirik.
— Go away.

S'il y avait bien un facteur auquel il n'avait pas pensé, c'était celui-là : Fili le craignait et non sans raison. Il avait vu Kili abattre de sang froid les trois terroristes qui le gardaient. Il l'avait vu orchestrer la mise à sac du repaire de Bolg et ordonner la mort de tout homme qui se dresserait face à eux, sans frémir un seul instant.

— Please… Eirik, listen to me.

Il soupira une nouvelle fois face au regard intense de celui qu'il considérait, quoiqu'il arrive, comme son frère et constater que celui-ci le regardait comme un monstre, rien d'autre, lui vrilla le ventre avec une brutalité douloureuse.

Pris d'une inspiration soudaine, il écarta un pan de sa veste sombre pour en sortir un revolver. Eirik se crispa et une étincelle angoissée traversa ses yeux avant que ceux-ci ne s'écarquillent sous l'incompréhension lorsque, après avoir vérifier qu'il soit bien chargé, Kili lui tendit en accrochant son regard :

I want you to trust me. Please. Fais-moi confiance.
— Who are you ?
— Kili. I'm sorry. I wanted to…
délivrer… hem, deliver, you. Earlier.
— Why ?

Les sourcils froncés,Fili s'approcha doucement du brun et lui prit timidement l'arme des mains avant de reculer rapidement, mais Salaï lui attrapa fermement le poignet pour le garder prêt de lui, tachant de se montrer le plus doux possible.

Le plus jeune sursauta, mais il n'essaya pas à se débattre et il le dévisagea intensément, cherchant à trouver une explication dans son regard tellement expressif. Ils s'étudièrent longuement et Kili fut bouleversé de le voir si jeune.

L'italien avait au moins sept ans de plus que l'islandais, l'écart était donc plus grand dans cette vie que dans la première et, cette fois-ci, Kili était le plus vieux. Il déglutit et fit un pas en avant pour s'approcher du blond qui se raidit.

You are hurt.

Délicatement, il passa un doigt léger sur la pulpe des lèvres, qu'un coup avait ouvert, pour en retirer le sang séché qui avait perlé, puis il frôla du bout des doigts sa pommette abimé, faisant tressaillir le plus petit qui chassa sèchement sa main.

I'm fine.

Kili le lâcha à contrecœur et le laissa s'éloigner de lui, cherchant les mots pour lui expliquer ce qu'il se passait, lui demander de quoi il avait besoin ou simplement ce qu'il voulait. Pour lui, il était prêt à tout, tant que le blond ne lui demandait pas de disparaître de sa vie.
Il entendit sur le tarmac l'avion du padre décoller et il vit Fili froncer les sourcils, incertain quant à la conduite à tenir. Le blond avait une arme et, maintenant, l'italien était seul avec lui, il pouvait le tuer et retrouver sa liberté.
Kili devina son cheminement de pensée et il déglutit. Il connaissait son frère, il savait qu'il ne tuerait qu'en dernier recourt, mais après tous ces évènements, son enlèvement, sa captivité, la violence de ses tortionnaires, puis l'intervention de Kili… Il vit dans le regard du blond que ce dernier se sentait acculé.

Mais Eirik soupira et posa son arme sur la table branlante de la salle avant de lever les yeux vers le brun, lui demandant doucement de le laisser partir en s'exprimant avec un vocabulaire simple :

All I want is that you let me go.
— No…
That, I can't.
— Why ?

Kili soupira et passa ses doigts dans sa crinière, de moins en moins à l'aise.

Do you… Do you know why they… did that, to you ?

Il n'était pas certain de son élocution, mais il voulait savoir si Bolg ou Azog avaient évoqué la réincarnation d'une manière ou d'une autre. Si Eirik était conscient que son esprit avait déjà vécu une vie avant celle-ci. Mais son manque de vocabulaire lui faisait défaut et il se savait bien incapable d'expliquer une chose pareille.

Sorry, but they did not bother to draw me a picture.

Kili haussa un sourcil, sans comprendre la phrase de l'islandais agacé qui avait parlé trop vite.
Mais, à l'intonation, il sût que Fili lui faisait comprendre que sa question était stupide et voir son frère le considérer comme un étranger nuisible lui fit mal. Il voulut reprendre la parole, mais un crissement de pneu sur le tarmac les fit sursauter tous les deux. Salaï récupéra son revolver avant de faire un signe au blond de rester derrière lui et ils sortirent du bâtiment.
Kili poussa un soupir de soulagement lorsqu'il vit Théo descendre de la voiture et le regard ténébreux du canadien s'illumina lorsqu'il avisa ses deux neveux, sains et saufs.

Il s'approcha de Kili qui rangea son arme et il lui empoigna la nuque, emprisonnant son regard dans le sien pour lui asséner en français :

— Ne refais plus jamais ça.
— Promis.

Le plus vieux le lâcha ensuite et il se tourna vers Eirik, dont les traits tirés ne pouvaient pas gommer la force de son regard, quoique totalement déboussolé, et Thorin se sentit fondre tant sa ressemblance avec Fili était frappante.
Il avait trop souvent vu, dans ses cauchemars les plus terribles, ce dernier regard, si poignant, que son premier héritier lui avait envoyé, juste avant que la lame d'Azog ne perce sa poitrine, et il dut bander toute sa volonté pour se contenir et ne pas étreindre de l'islandais, comme il crevait d'envie de faire, enfin.
Théo avait eu son frère au téléphone un peu plus tôt et celui-ci lui avait fait savoir que leur neveu, aux dernières nouvelles, ne se souvenait pas de sa première vie. Comment Finn pouvait savoir une chose pareille restait un mystère pour Thorin, mais il ne s'en soucia pas pour l'instant. Sortant sa carte et cachant sa fébrilité, il se présenta en anglais, parlant avec douceur :

— Bonjour Eirik, je m'appelle Théodore Robben. Je travaille dans la lutte anti-terroriste internationale. Un avion nous attend à Chisinau pour nous ramener à Londres.
— Je ne suis pas le seul à avoir été capturé par ces types. Il y avait un enfant et un homme avec moi.

Le visage de Théo resta impassible, pourtant, au fond de lui, son cœur manqua un battement : Fili lui était rendu à l'identique, droit et noble, d'abord concerné par les autres avant de se soucier de lui.

— M. Watson a été libéré la nuit dernière. Lucien Tomson était à Tiraspol, avec toi. Les autorités locales l'ont retrouvé dans les bâtiments que la mafia italienne a si gentiment nettoyés…

Kili regarda ailleurs pour ne pas avoir à soutenir le regard de son oncle, même s'il ne comprenait pas tous les mots, il parvenait à suivre la conversation et le ton portait un certain reproche qui ne passa pas inaperçu.

— Nous allons le ramener avec nous une fois qu'il aura passé les tests de santé à l'hôpital.
— Que va-t-il advenir de moi ?
— Tu resteras sous protection. Tant que Vladimar ou Azog resteront libre de leurs mouvements, toi et tes proches seront menacés. Mais cela ne doit pas t'empêcher de vivre ta vie.
— Laquelle ? Ma vie vient d'être réduite en miette.
— Ne t'inquiète pas pour ça, il t'aidera à la reconstruire.

Eirik fronça les sourcils en accrochant une nouvelle fois le regard de Salaï qui faisait un effort pour suivre la conversation et qui acquiesça aux mots de Théo.

— Qui est cet homme ?
— Ton nouvel ange gardien, tu peux avoir pleine confiance en lui.

L'attitude et l'assurance de Théo rassurèrent légèrement Eirik qui commençait à croire que le cauchemar était fini. Il lança un nouveau regard à l'italien qui lui sourit gentiment et il se sentit profondément réchauffé par ce sourire effronté qu'il trouva charmant et qui souleva un écho au fond de lui, le déstabilisant.

oOo

— Tu fais comme tu veux. Ils ont retrouvé tout le monde, il n'y a plus rien à faire en Moldavie. Soit tu retournes au Texas pour retrouver ta chère et tendre, soit tu me rejoins à Londres, ils ne vont pas tarder à prendre un vol pour revenir.
— Je vais venir à Londres, au moins pour voir Fili, je repartirai certainement au Texas après.
— Ok. Moi je suis coincé dans leur commissariat, ils me considèrent comme un terroriste et ils ne veulent pas me laisser sans surveillance... J'attends des nouvelles de Théo, de toute manière. Il n'a plus son portable et moi je n'en ai toujours pas récupéré, c'est galère pour la communication.
— Très bien. Tiens moi au courant et sois sage, ils vont vite comprendre qu'un glandu comme toi n'a rien à foutre dans une organisation terroriste, ne t'inquiète pas.
— Oui, oui…

Frérin raccrocha au nez de Dwalin et il tendit le téléphone à la femme qui le lui avait gentiment prêté.

— Merci, Molly. Les aliens ne sont plus là ?
— Non… Mycroft avait un appel à passer et Sherlock n'est pas revenu après que vous l'ayez frappé une deuxième fois.

Le blond nota sans mal le reproche qui fit vibrer la voie de la légiste et il passa une main dans ses cheveux en souriant nerveusement.

— Ce n'est pas entièrement ma faute, c'est lui qui m'a cherché…
— Oui. Il a tendance à attirer l'antipathie des gens… Mais les anglais ne sont pas aussi prompts que les canadiens à en venir aux mains, il n'a pas l'habitude.
— Les anglais ne sont pas aussi prompts que les canadiens, c'est tout.
— Bien sûr que si, il faut juste savoir les prendre dans le bon sens.

Finn haussa un sourcil et, lorsqu'elle se rendit compte du double sens de sa phrase, la légiste eut un hoquet catastrophé et plaça ses mains devant la bouche en rougissant d'embarras.

— Pardon ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire !

Le blond lui envoya un sourire séduisant et il la regarda dans les yeux, achevant de l'embarrasser :

— Si tu veux, nous pouvons discuter de cela autour d'un café.

oOo


Merci d'avoir lu !
Encore merci à tous les reviewers !

Au prochain épisode :

Petit chapitre de transition : la pression retombe.

Toutefois, vous aurez :

Théo et Raphaël : bourreaux d'enfant;
Billie ou Jayden, qui aura le dernier mot ?
Raphaël fait face à Thranduil.

Les dialogues entre Kili et Fili sont, dans ce chapitre, en anglais, mais j'ai essayé de les rendre le plus simple possible.
J'avais tenté de les mettre en français, mais je trouve ça rend mieux en anglais.
Dans les chapitres suivants, dès que les discutions deviennent plus complexes ou plus longues, je traduis systématiquement en français.