Bonsoir chers lectrices et lecteurs !

Bien qu'il y ait eu peu de commentaires écrits qui m'aient été envoyés suite au dernier chapitre, les rares que j'ai reçu ont été très élogieux, et je ne doute pas qu'un nombre bien plus important de lecteurs ont apprécié, et continuent d'apprécier cette fiction.

Deux choses que j'aimerais faire savoir : le titre de ce chapitre vous semble bizarre, mais vous allez comprendre pourquoi je l'ai nommé comme cela ; ensuite, à propos du rêve de Drago dans le chapitre précédent, on ne m'en a pas parlé, mais c'est un passage clé car il y a des éléments du rêve qui sont prémonitoires.

Pour ce qui est du peu de retours des lecteurs, sachez que ça m'attriste car je suis un peu dans le flou en ce moment. Je ne sais pas si ce que j'écris est bien ou non, si je vais dans la bonne direction. Les commentaires que je reçois m'éclaircissent, argumentés ou non, critiques ou non. Si je n'ai rien pour m'éclairer, ce sera très dur pour moi de continuer à écrire.

J'ai cependant conscience que nombre de lecteurs préfèrent (à tort ou à raison) commenter seulement à la fin d'une histoire. Eh bien pour tous ses lecteurs-là, rendez-vous à la fin. Oui, oui il y aura une fin à cette (interminable) fiction. Ce n'est pas pour tout de suite néanmoins.

Je n'ai plus à présent qu'à vous souhaiter une bonne lecture ; )

Théodore Barney

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Chapitre 37 : Braisardente

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Les cinq cadavres étendus à ses pieds baignaient dans des mares de sang noir comme de l'encre. Dans le silence de l'immense réfectoire désert de la prison d'Azkaban, seul s'entendait le souffle ténu de sa respiration, et aussi les sifflements de son enfant qui rampait lentement entre les corps.

- Nagini, ma douce, murmura-t-il en se baissant pour la caresser. Cela faisait si longtemps que nous ne nous étions vus…enfin tu me reviens.

Le serpent géant siffla et fit fourcher sa langue, dévoila deux crocs gigantesques couverts de venin, puis glissa hors de l'emprise de son maître.

- Oui tu as faim, je sais, murmura-t-il à nouveau en Fourchelang. Je te laisserais manger, mais avant je dois montrer ces corps à quelqu'un. Il ne devrait plus tarder.

A cet instant, une porte s'ouvrit dans le fond du réfectoire, et un homme s'avança dans l'immense salle déserte où les détenus prenaient leurs repas en compagnie de leurs geôliers. Il était très grand, sinistre, vêtu de noir de pied en cap.

- Monseigneur, dit-il en posant un genou à terre devant lui.

- Redresse-toi Walden.

Walden Mac Nair se releva. Il toisa Lord Voldemort de ses yeux pâles profondément enfoncés dans les orbites. Il dépassait son Seigneur de près de douze centimètres, ce qui n'impressionnait nullement celui-ci. Walden Mac Nair avait beau avoir été pendant de longues années fonctionnaire au Ministère de la Magie, il était désormais Geôlier en Chef de la prison d'Azkaban, forteresse qu'il connaissait comme sa poche puisqu'il y avait passé plusieurs années en étant emprisonné, avant que Voldemort ne le libère. On disait de Mac Nair qu'il était le Justicier de Voldemort, tant ses talents de bourreau avaient rendu service à son Seigneur. Comme toujours, Mac Nair portait à son côté son immense hache à la lame parfaitement aiguisée qui servait pour les exécutions.

- Qui les a tués ? marmonna le bourreau en désignant les cinq cadavres d'un signe de tête.

- Nagini s'en est chargée.

- C'étaient mes prisonniers, grogna Walden Mac Nair. Vous auriez dû les confier à ma hache si vous souhaitiez leur mort.

- Tu dormais Walden. C'est la nuit au-dehors.

- Et vous m'avez envoyé la jeune Chang pour quoi alors ?

- Cho Chang est l'un de mes meilleurs capitaines malgré son jeune âge, déclara le Lord Noir de sa voix doucereuse. Sois satisfait de l'honneur qu'elle t'a rendu en se déplaçant pour te réveiller.

- Pourquoi venir ici ? vous avez une prisonnière que vous devez garder à Little Hangleton il me semble.

- Elle a été emmenée ailleurs. J'en ai assez de Little Hangleton. J'ai soif d'action…et de sang.

Cho Chang arriva à ce moment-là dans le réfectoire, faisant se retourner les deux hommes.

- Nous parlions de toi très chère, déclara Voldemort.

- Nagini a accompli son travail à ce que je vois. Il faudrait lui laisser finir son repas ne pensez-vous pas ? répondit Cho.

- Patience, patience. Je voulais montrer les corps à Walden avant.

Le bourreau se pencha pour étudier les cinq cadavres. Il y avait un gobelin, un elfe de maison, un centaure, une femme et un enfant.

- Gripsec, de la banque Gringotts, le leader de la rébellion des gobelins ; Kreattur, le serviteur de la famille Black ; Firenze, le centaure que j'avais envoyé tuer deux étudiants de Poudlard ; le professeur Trelawney, qui a prophétisé la naissance de celui qui causerait ma perte ; et le dernier, Fabius Fortarôme, le fils aîné du glacier du Chemin de Traverse.

Voldemort tourna son regard vers le Geôlier en Chef d'Azkaban une fois qu'il eût fini de parler.

- Nagini leur a tous tranché la gorge avant que ma capitaine Chang ne vienne te réveiller. Ils étaient tous déjà si faibles que ça a été une formalité de les arracher de leurs geôles pour les traîner jusqu'ici.

- Et…si je puis me permettre…pourquoi eux en particulier monseigneur ? se risqua Mac Nair.

- Parce qu'ils savaient des choses. Et qu'il fallait que je les fasse taire à jamais. Tu comprendras Walden…ou plutôt non, car dans ce cas-là je me verrais obliger de te tuer toi aussi…ce qui serait très regrettable. Retourne te coucher et ne parle à personne de ce que tu as vu cette nuit. Ça reste entre nous ?

- Je…oui monseigneur, fit le bourreau en s'inclinant.

- Parfait, fit Voldemort en esquissant un rictus obscène. Ce sera notre petit secret.

Lorsque Nagini se jeta sur les cadavres égorgés pour terminer son repas, tout commença à devenir flou, le Lord Noir, le réfectoire, la lumière des torches, tout se brouilla comme s'il y avait un nuage de brume…

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…et tout devient noir.

Harry ouvrit douloureusement ses paupières, l'esprit tourmenté par la vision qu'il venait d'avoir. Sa cicatrice le brûlait, son cœur battait douloureusement dans sa poitrine et il avait un affreux mal de crâne. Un coup d'œil jeté à côté de lui permit de s'assurer qu'heureusement Pansy dormait encore. Il pouvait s'estimer heureux d'avoir des visions la nuit pour l'instant, mais le jour où il ferait un malaise devant tout le monde, ça compliquerait sérieusement les choses.

Comme toujours, il ne parvenait pas à se souvenir des paroles échangées entre Voldemort et ceux qui étaient avec lui, seul continuait à flotter dans son esprit l'image des visages, de la pièce, des cadavres.

Dans la caravane où il dormait, il entendit les ronflements bienheureux de Ron, seul bruit audible dans la quiétude nocturne. Il se leva pesamment, enfila un pull par-dessus son tee-shirt et un jean pour couvrir ses jambes fines et musclées. Avant d'atteindre la porte de la caravane, il observa dans la pénombre ses amis en train de dormir sur des lits superposés. Ils rêvent, pensa-t-il amèrement. Jamais ils n'auront les visions dégoûtantes que je suis obligé d'endurer. Merlin les bénisse, personne ne mériterait d'être tourmenté comme moi.

Harry sortit dehors et referma doucement la porte de la caravane derrière lui. Le ciel était mauve et les étoiles brillaient encore au firmament, mais une faible lueur pourpre à l'est signalait déjà le lever du soleil. Harry n'avait aucune idée de la région où se trouvait la Baie des Gitans, mais ce qui était certain c'est que l'automne n'était pas encore arrivé dans cet endroit, la preuve étant la chaude brise qui lui caressait le visage. Tout autour de la caravane où il passait la nuit depuis plus de deux semaines désormais, il observa d'autres habitations sommaires où logeaient les gitans.

En se rapprochant du rivage, Harry observa les péniches amarrées dans la baie. Lorsque la péniche de Manzone l'avait conduit ici, il y avait des dizaines de bateaux de toutes tailles. Désormais, seul une petite quinzaine était encore là. Les autres étaient repartis pour un nouveau long périple sur les mers, sans doute dans l'optique de concrétiser quelque négoce de marchandises.

Une fois qu'il eût bien profiter de la vue de la baie, Harry se décida à rentrer à l'intérieur de la caravane où il logeait. Peut-être arriverait-il à dormir une heure ou deux avant que tout le monde ne se réveille ?

- Tu étais parti où ? questionna une voix douce dans les ténèbres.

- Pansy ? s'esclaffa-t-il. Tu es réveillée ?

- Je t'ai entendu te lever et partir. C'est très désagréable tu sais de dormir sans un corps chaud à côté de soi. On le sent tout de suite lorsque l'on est seul dans un lit.

Elle entoura ses bras autour de sa nuque et l'embrassa à pleine bouche, et comme toujours Harry se laissa aller aux caresses de sa chère et tendre Pansy. Elle était uniquement vêtue d'une petite nuisette remarqua-t-il en l'enlaçant au niveau de la taille, et cela l'excita soudainement.

- J'aimerais bien dormir, parvient-il quand même a déblatéré tandis que son amante lui retirait son pull et son tee-shirt pour pouvoir appliquer ses caresses et ses baisers le long de son torse.

Pansy ignora délibérément sa remarque, forçant Harry à insister.

- Les autres vont nous entendre si on fait du bruit, gémit-il tandis qu'elle l'allongeait sur le dos et grimpait à califourchon sur lui, les pans de sa nuisette relevés jusqu'à hauteur de son ventre et ses cuisses largement écartées.

- Ça rend l'acte d'autant plus excitant, lui souffla-t-elle dans l'oreille. Mais à mon avis, ils ne se réveilleront pas.

Elle prit les mains d'Harry dans les siennes et les appliqua sur son ventre plat. Sa peau était douce et lisse, frémissante tandis qu'il y traçait des cercles invisibles avec ses doigts. Il ne s'écoula dès lors que quelques instants avant qu'elle ne se retrouve nue, tout comme lui. Lorsqu'il la pénétra, elle poussa un gémissement de plaisir si bruyant qu'il craignit que toute la caravane ne s'éveille. Ses craintes étaient infondées cependant, et on n'entendit d'autre son que le bruit de leurs ébats.

Lorsque Harry se retira hors de l'intimité moite et humide de son amante pour qu'elle se blottisse contre lui, un chant de coq leur annonça qu'une nouvelle journée commençait.

Au final, Harry et Pansy furent les derniers à sortirent de la caravane pour aller prendre leur petit-déjeuner dans l'herbe auprès des autres gitans. Tous deux avaient été tellement épuisés par leurs ébats qu'ils avaient sombrés dans un semi sommeil le temps d'une heure.

Harry observa la mine qu'avaient ses autres compagnons de route tandis qu'il s'installait aux côtés de Pansy devant un petit-déjeuner servi par Chayana, la femme de Manzone.

Neville qui n'avait jamais été en grande forme durant leur voyage sur la péniche à cause de son mal de la mer, semblait plus requinqué que jamais en cette douce matinée. Deux semaines passées au même endroit sur la terre ferme avaient suffi pour lui redonner des couleurs. Quant à Dean, il semblait aller aussi bien qu'il pouvait l'être en l'absence de Ginny. Ron avait un peu plus mauvaise mine, même si sa blessure à l'arcade sourcilière avait entièrement cicatrisé. De toute façon, tant que Ron mangera tout ce qui lui passera sous le nez comme un glouton, il n'y aura pas lieu de s'inquiéter, jugea Harry. Du côté de Tracey, le constat était le même que Neville. Le fait d'être à nouveau sur la terre ferme la rendait en meilleure forme qu'elle l'avait jamais été sur la péniche. Sur Pansy, il y avait motif à être optimiste, voir même enthousiaste, tant elle semblait heureuse. Harry savait que c'était parce qu'il était à ses côtés.

Et puis venait Hermione. Et là, Harry ne pût s'empêcher de faire la grimace. Sa meilleure amie, son inséparable sœur de cœur, celle qui lui avait tant de fois redonné espoir, en cet instant elle lui donnait envie de désespérer. Ses cheveux étaient sales et en bataille, ses mains étaient crasseuses avec ses ongles rongés et noirs de terre, ses genoux écorchés, son joli minois amoché par plusieurs cicatrices qui couraient sur son front, ses pommettes, son menton ou son nez, et enfin son regard était terne, alors que Harry avait toujours trouvé admirablement beau cette lueur d'intelligence et de malice quelque peu séduisante et aguicheuse qui dansait autrefois dans ses prunelles chocolat.

- Il faut que tu prennes des forces Hermione, dit-il en se glissant à côté d'elle, délaissant Pansy pour quelques instants afin de s'enquérir sur l'état de son amie la plus chère.

- Je n'ai pas très faim, marmonna-t-elle en touillant sans conviction dans son bol de porridge avec sa cuillère en métal.

Sa voix aussi s'était dégradée, jugea Harry. Sa voix était rauque, cassée, enrouée, grinçante. Il se demanda si elle n'était pas malade ou si elle était blessée à un endroit qu'elle ne voulait pas qu'on voit.

- Nous allons bientôt reprendre la mer, déclara Harry. Si tu es malade il vaudrait mieux que tu le dises maintenant. On peut toujours reporter le départ.

- Quand partirons-nous ? demanda-t-elle.

La lassitude et l'abattement étaient prononcés dans sa voix, et il devina qu'elle en avait assez d'attendre. Lui aussi il en avait assez, et tous ses amis aussi il n'en doutait pas.

- Je vais demander à Manzone.

Il se leva et laissa Hermione à son humeur morose et taciturne pour partir en quête du chef du clan. Il trouva aisément celui-ci, car il se trouvait non loin de là, assit sur un vaste siège de bois et occupé à dévorer le petit-déjeuner préparé par son épouse. Toute sa fratrie se trouvait là, y compris son gendre Silvio et la famille de celui-ci.

- Quand partirons-nous chef Manzone ? le questionna Harry après avoir respectueusement incliné la tête.

- Mmh…bonne question sorcier…bonne question…dans peu de temps c'est une certitude…

Cela faisait quinze jours qu'il répétait que le départ aurait lieu dans peu de temps. Harry commençait sérieusement à en avoir marre. Il tapa nerveusement du pied dans la terre meuble pendant que Manzone cherchait ses mots.

- Il est possible que nous vous payions un supplément si nous partions dès aujourd'hui.

- Dès aujourd'hui ? fit Manzone en fronçant les sourcils.

- Mes amis et moi commençons à nous impatienter, bien que la Baie des Gitans soit un endroit très agréable à vivre.

- Nous avons un autre problème à gérer jeune sorcier, déclara soudain le fils aîné de Manzone qui répondait au nom de Mayron. Vieille Rupa est souffrante.

Harry resta coi quelques instants. Ainsi donc, ceci expliquait cela.

- Pourquoi ne pas nous l'avoir dit ?

- Les affaires de notre clan ne vous concernent pas, répliqua Mayron. Nous partirons lorsque Vieille Rupa sera rétablie. Il est hors de question de l'abandonner sur la terre pendant que nous prenons la mer. Un clan reste toujours uni.

Cela marquait la fin de la discussion. Harry retourna auprès de Pansy, un peu écœuré d'apprendre des nouvelles sur le tard.

- Qu'est-ce qui se passe ? lui demanda-t-elle.

- Il se trouve que Vieille Rupa la tante de Manzone est souffrante. Ce qui complique pas mal de choses. Aucun des gitans ne veut reprendre la mer tant qu'elle ne sera pas rétablie. A mon avis, vu son âge, il se pourrait bien qu'elle décède dans peu de temps.

- Harry ne dit pas des choses pareilles ! Il y a une autre solution. On pourrait aller voir un des autres clans qui se trouvent ici pour leur proposer de nous emmener vers Paris.

- Paris…, gronda Harry. J'ai souvent entendu le nom de cette ville ces derniers temps, mais j'ai fortement l'impression que je n'en verrais jamais la couleur.

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Une fois le petit-déjeuner prit en commun, chacun alla vaquer à ses occupations. Allongé sur son lit dans la caravane, Harry pensa a beaucoup de choses. Il se demanda où se trouvait Severus Rogue en ce moment. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas eu de nouvelles de ce qui se passait en Angleterre (hormis les brèves et sporadiques visions provenant de l'esprit de Voldemort) qu'il se mit à élaborer des scénarios plus noirs les uns que les autres sur ce qui se passait là-bas : Rogue avait été tué, Poudlard démantelé, Voldemort et Ombrage régnaient de concert sur un pays ravagé par les incendies et jonché de cadavres, ou de mourants qui imploraient l'aide de Harry Potter le Survivant.

Je n'ai rien d'un héros, songea sombrement Harry. Comment pourrais-je les sauver ?

Il se mit à se demander qui pourrait bien être à part lui le héros capable de mettre un terme à la guerre. Rogue ? peut-être. Draco ? à vérifier. Mac Gonagall ? peu probable. Molly et Arthur Weasley ? avec de la chance. A moins que…

Un craquement sonore se fit entendre à l'extérieur, et Harry se redressa immédiatement, baguette brandie. Ce bruit-là, il ne l'avait pas entendu depuis fort longtemps, mais il savait très bien ce qu'il signifiait.

- Qui est là ? fit-il en ouvrant la porte de la caravane.

Il n'y avait personne, pourtant le bruit de transplanage lui avait semblé tout proche. Il referma la porte de la caravane derrière lui…et c'est alors qu'on l'empoigna fermement par derrière d'une main tandis qu'une autre lui bâillonnait la bouche pour couvrir son cri d'effroi et le rendre inaudible. Harry ne se laissa pourtant pas faire aussi facilement, et il se mit à gigoter pour se libérer de l'emprise de son ravisseur tout en lui décochant des ruades avec ses pieds.

- Harry arrête ça pour l'amour de Merlin !

Il cessa aussitôt de se débattre lorsque cette voix si familière lui murmura à l'oreille. L'individu qui l'emprisonnait avec ses bras le fit alors se retourner…et Harry demeura incrédule. Devant lui se tenait Remus Lupin. Oui, il ne rêvait pas, c'était bien Lupin qui se tenait face à lui. Harry se frotta quand même les yeux pour être sûr, se pinça même le bras, mais Lupin se trouvait toujours face à lui.

- Vous…mais…qu'est-ce que…que faites-vous ici ? oh Merlin…ça fait si longtemps…

- Nous n'avons pas de temps pour les retrouvailles, trancha brusquement Remus. J'ai transplané jusqu'ici pour venir t'avertir : toi et tes amis vous courrez un très grave danger. Ils arrivent…

- Qui ça ils ?

- Les mangemorts. Ceux de la bande à Fenrir Greyback, tous des loups-garous. Ça fait des mois que je voyage avec eux en infiltré pour le compte de l'Ordre du Phénix. Mon statut de loup-garou me permet de passer inaperçu. C'est Greyback qui m'envoie ici. Il croit que je suis parti tâter le terrain en éclaireur. Harry, il faut que tu le saches : quelqu'un ici t'a trahi. Greyback n'aurait jamais sût où tu étais autrement.

- Quelqu'un ici ? suffoqua le brun à lunettes.

- On s'en fiche pour l'instant. Décampe d'ici avant que les mangemorts ne débarquent. Il y en aura beaucoup. Et ce soir c'est la pleine lune.

- Vous ne savez pas qui…

- Non Harry, je n'en sais rien. Seul Fenrir est au courant de qui il s'agit. De toute manière, tu le sauras bien assez tôt. Va prévenir tes amis et fiche le camp d'ici aussi vite que tu peux. Prend un bateau par exemple…mais surtout n'essaie pas de transplaner. Fenrir pourrait te retrouver à la trace.

- Merci de tout cœur Remus…c'est…si courageux de votre part…merci infiniment…

- On se reverra Harry, mais pas cette nuit j'espère.

Remus Lupin le serra très fort contre lui, et Harry lui rendit son étreinte avec toute la force dont il était capable.

- Plus tu grandis et plus tu ressembles à James.

Le maraudeur lui glissa un sourire porteur d'espoir, puis il transplana sous ses yeux. Sitôt qu'il eût disparu, Harry laissa s'échapper des larmes de rage et s'effondra à moitié contre la caravane en s'arrachant les cheveux.

- On m'a trahi…encore une fois…ne me laissera t'ont donc jamais en paix ? La paix bordel ! c'est tout ce que je demande !

Il avait crié trop fort apparemment, car Ron et quelques autres accoururent de derrière la caravane pour voir ce qui se passait. Ils trouvèrent un Harry en proie à une lutte intérieure, le cul dans l'herbe et des cheveux dans les mains. Lorsque le brun à lunettes leva la tête en les entendant approcher, il les fixa avec tant de colère noire que tous crurent qu'il allait sortir sa baguette et jeter des sortilèges de mort à tout va.

- Ça va Harry ? questionna Ron d'un air alarmé, tandis que Hermione et Pansy rejoignaient le petit groupe qui était composé du rouquin, de Dean, Neville et Tracey.

- Qui ? s'écria Harry sans répondre à son ami. Qui d'entre vous m'a livré au loup Fenrir ? Qui donc ? dénoncez-vous ! je veux un nom !

- Mon chéri qu'est-ce qui se passe ?! sanglota à moitié Pansy en le regardant avec de grands yeux effrayés. Je t'en supplie pour l'amour que tu me portes…

- TAIS-TOI ! hurla Harry. Je m'en vais…

Il n'eût pas le temp de faire trois pas que Ron l'empoigna et lui envoya en pleine figure un stupéfix d'une telle violence que la tête d'Harry parti en arrière et qu'il s'effondra sur le sol, évanoui.

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Le monde était si éclatant lorsqu'il rouvrit les yeux, que pendant plusieurs instants il fut aveuglé. Puis le monde retrouva ses couleurs naturelles, même si des points blancs continuaient à obstruer sa vision. Il se trouvait dans la caravane, dans son lit. A ses côtés, Ron se tenait assis, une tasse à la main. Dès que Harry ouvrit les yeux, il le força à ouvrir la bouche pour lui faire avaler le contenu de la tasse. Le breuvage à l'intérieur avait une odeur de thé parfumé, et il sentit le goût du miel sur sa langue.

- Harry ? entendit-il Ron demander.

- Oui ?

- Combien j'ai de doigts ?

- Trois, fit-il en observant Ron lever trois doigts en l'air.

- Qui suis-je ?

- Ronald Billius Weasley, né le 1er mars 1980 à Londres, fan de l'équipe des Canons de Chudley, arachnophobe notoire…

- C'est bon, c'est bon, t'es pas obligé de raconter ma vie non plus. Je ne t'ai pas causé un trauma crânien, c'est bon à savoir.

- Pourquoi tu dis ça ? marmonna Harry en se redressant sur les coudes.

Il se frotta les tempes, ressentant une douleur sourde lui marteler le crâne. Voyant qu'il mettait du temps à se souvenir, Ron prit le parti de lui remémorer lui-même ce qui s'était passé.

- Je t'ai stupéfixié mec, commença le rouquin. J'aurais pu te causer un trauma crânien parce que ma baguette était à peine à quelques centimètres de ta tête, et comme tu le sais c'est très dangereux de jeter un stupéfix à quelqu'un d'aussi près. Tu es resté trois heures évanouit, et là tu viens de te réveiller.

- Pourquoi tu m'as fait ça ? marmonna Harry sans aucune colère dans la voix.

- Euh…ça va pas te plaire…mais tu es devenu un peu…dingue…je sais pas ce qui t'as pris…tu as hurlé à Pansy de se taire…et puis tu disais que tu t'en allais…j'ai un peu paniqué je crois en te voyant dans cet état…

Et là, Harry se souvient de tout. Absolument tout. Il resta bloqué dans la même posture plusieurs instants, puis il regarda Ron dans le blanc des yeux.

- Quelle heure est-il ?

- J'en sais rien moi…ça va bientôt être midi je crois. T'as faim ?

- Non. Ron écoute-moi attentivement d'accord ? on a un très gros problème. J'ai piqué une crise parce que je venais de voir Remus Lupin transplaner devant moi. Il m'a révélé qu'il était venu à moi pour me prévenir que Fenrir Greyback sait où nous sommes. Et Greyback sait où nous sommes parce que quelqu'un m'a trahi.

Ron ouvrit des yeux gros comme des soucoupes.

- Tu es sûr que tu ne divagues pas Harry ?

- Ron ça n'a rien d'une plaisanterie. Lupin m'a dit de fiche le camp avant la fin du jour, parce que Greyback arrivera cette nuit ici-même avec sa meute de loups. Ce soir c'est la pleine lune. Tu tiens tant que ça à rester ici cette nuit pour voir si je dis vrai ?

- Attend ! attend ! une chose à la fois : déjà, occupons-nous de savoir qui t'a livré à Greyback.

- Ce n'est pas toi en tout cas. Voilà une excellent nouvelle.

- Ce n'est ni moi ni Hermione, ni Neville, ni Dean, ni Pansy, ni Tracey.

Harry se leva d'un bond et posa la tasse de thé sur une commode.

- Où sont-ils ?

- Dehors avec le clan de Manzone. Ils aident à préparer le déjeuner.

- Vu l'état actuel des choses, je préfère ne me fier qu'à toi pour le moment. Viens avec moi, on va aller observer.

Le grand rouquin escorta au-dehors un Harry encore un peu affaibli par le sortilège qui l'avait rendu inconscient plusieurs heures. Lorsqu'ils arrivèrent devant le petit feu de camp dressé par les sorciers, les compagnons de route du brun à lunettes jetèrent à celui-ci des regards anxieux.

- Il va mieux ? se risqua Neville en s'adressant à Ron.

- J'irai mieux quand nous serons partis d'ici, riposta directement Harry.

Hermione se leva et s'avança alors vers lui. Toute morosité et toute lassitude s'était évaporée pour laisser la place à une expression profondément inquiète.

- Harry, qu'est-ce qui se passe ?

- On est en danger de mort, répondit Ron à Hermione. Harry a vu Remus Lupin transplaner devant lui, venu l'avertir de l'imminence d'une attaque. Fenrir Greyback sera ici dans quelques heures avec sa meute de loups. Hermione, quelqu'un ici a vendu Harry.

- Et si c'était un mensonge ? répliqua immédiatement la jolie brune en toisant intensément Harry. Tu y crois toi Ronald ?

- J'y crois, même si je n'ai pas eu l'occasion de voir Lupin ni d'entendre ses paroles.

- Vous pouvez m'interroger au Véritaserum, déclara Harry. Je dis la pure vérité.

- C'est pour ça que tu es devenu dingue ? gronda Dean en se levant à son tour. Tu crois vraiment ce que t'as raconté le loup-garou ? qui voudrait ta perte ici ? les gitans haïssent les sorciers tous autant qu'ils sont, et aucun de nous six ne sommes du côté de Greyback.

- Je fais confiance à Lupin, répliqua Harry.

- Pas moi. C'est un loup-garou, ne l'oublie jamais. Il a beau prétendre être de l'Ordre du Phénix, être Auror ou tout ce que tu veux, ça reste un homme dangereux. Pour ma part, je le mets à la même table que Greyback. Il a forcément tué des hommes dans sa vie, lors des nuits de pleine lune. Celui qui affirmerait le contraire serait bien naïf.

Harry regarda Dean de manière féroce.

- C'est toi le traître ? c'est toi ? avoue-le !

- C'est Lupin le traître, retorqua Dean avec un petit rictus. Tu crois vraiment qu'il n'est pas ami avec Greyback et sa bande ? depuis qu'il a été mordu, Lupin a été marginalisé par tous les sorciers, comme tous ceux de sa race. Greyback et lui se considèrent comme des victimes. Ça m'étonnerait qu'il veuille t'aider. L'inverse en revanche…

- Lupin était un ami de mon père ! cria Harry d'une voix vibrante de rage. T'y connais rien Dean ! c'est Greyabck lui-même qui a mordu Lupin quand il était enfant ! C'est toi qui m'a trahi ! avoue-le ! avoue !

Ron et Hermione enserrèrent leur ami avec leurs bras afin qu'il ne se jette pas sur Dean. Neville, Pansy et Tracey observaient la scène avec effroi, ne pouvant pas proférer un seul son.

- Arrêtez bande de fous ! s'exclama soudain Mayron, le fils aîné de Manzone en débarquant à l'endroit où les sorciers avaient établi leur feu de camp.

Harry arrêta de gigoter, mais Ron et Hermione ne le lâchèrent pas pour autant. Mayron les considéra tous avec mépris.

- Vous dérangez mon clan et moi pendant notre repas. J'exige de savoir quelle est la cause de cette bagarre.

- Nous devons absolument partir d'ici, déclara Ron. Des sorciers vont venir ici cette nuit pour tous vous tuer. Il faut rentrer sur la péniche et prendre le large pendant qu'il est encore temps.

Harry se calma en voyant que Ron le croyait totalement et expliquait la situation à sa place de meilleure manière qu'il aurait jamais été capable de faire. Dean par contre continuait à bouillir de ressentiment.

- Tiens donc, serait-ce une ruse pour hâter votre départ ? ricana Mayron. J'ai déjà expliqué à l'un d'entre vous que ma grande-tente était souffrante, pour ceux qui ne le sauraient pas. Nous ne partirons pas aujourd'hui. Et à l'avenir, évitez de me menacer moi et mon clan, ou bien mon père pourrait revenir sur sa décision de vous avoir laissé la vie sauve.

Le jeune gitan trentenaire s'éloigna d'eux d'un pas mesuré, les laissant en plein désarroi.

- Ils ne nous croient pas, suffoqua Harry.

- Tant pis, grogna Ron. On a qu'à voler une des péniches qui se trouvent encore dans la baie et on s'enfuie avec.

- Et on abandonne les gitans à la mort ? belle mentalité Ronald, applaudit faussement Hermione avec un rire sarcastique.

C'est alors que Tracey s'éclaircit la gorge.

- Qu'est-ce qui vous arrive à tous ? vous devenez fous, vraiment. Vous ne voyez pas que c'est ce qu'ils veulent ? les gitans, les mangemorts, tout le monde cherche à nous diviser. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de traîtrise et de Lupin qui transplane sans prévenir ?

- Je ne suis pas un menteur, asséna Harry en se dégageant de la prise de Ron et Hermione.

- Non, mais tu as ça sur le front, dit Tracey en désignant sa cicatrice. Si Lupin t'as parlé d'une traîtrise, c'est de ta cicatrice dont il s'agit. Cette cicatrice qui te permet d'entrer dans l'esprit de Voldemort et lui d'entrer dans le tien. Le voilà l'informateur qui as dit à Greyback où tu étais : Lord Voldemort lui-même.

Harry écarquilla les yeux devant la justesse de la remarque, au contraire d'Hermione qui plissa les siens pour toiser avec humeur son ami à lunettes.

- Qu'est-ce que je t'ai dit et redit Harry ? Ferme ton putain d'esprit !

Harry se recroquevilla face à la violence de la saillie, et il comprit trop tard qu'il avait merdé sur toute la ligne, qu'il avait pété un câble pour rien ce matin, qu'il avait retourné Dean contre lui, Mayron et tous les gitans à nouveau, et Pansy par-dessus le marché, sans compter qu'il avait perdu de précieuses heures en étant évanoui. Tout était de sa faute.

- J'ai encore eu des visions la nuit dernière, fut tout ce qu'il parvient à bredouiller.

Dans son dos, il entendit Pansy éclater en sanglots et s'en aller d'un pas pressé. Tracey ne tarda pas à la suivre pour aller lui apporter du réconfort. Dean jeta un ultime regard venimeux à Harry avant de se diriger vers la caravane en passant à bonne distance de lui, comme s'il empestait. Même Ron s'en alla après avoir poussé un profond soupir et jeté un coup d'œil au feu de camp à moitié éteint autour duquel ils auraient dû partager un bon repas entre amis comme ils le faisaient depuis plus de deux semaines.

- Tu devrais demander à Rogue de te refaire des cours d'occlumencie et de legilimencie comme quand tu étais en cinquième année, déclara Neville en s'approchant d'Harry.

Il ne répliqua rien. Il n'y avait rien à dire. Inconsciemment il savait que ce jour-là allait finir par arriver, exactement comme quand Ron avait commis la bévue de transplaner pour aller chercher des pommes, alors qu'ils se trouvaient encore en Angleterre.

- On parlera de ça si on revoit Rogue un jour, trancha Hermione. En attendant, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

- Donne du véritaserum à Harry. Il faut être sûr qu'il a bien vu et entendu ce qu'a dit Lupin.

Hermione s'exécuta, farfouillant dans ses poches avant d'en retirer une petite fiole au liquide de couleur verte. Harry en bu une lampée sans protester, puis il répondit à toutes les questions que Neville lui posa.

.

C'était presque le crépuscule, et pourtant personne n'était encore parti. Le clan de Manzone était occupé à fêter on ne savait quelle festivité gitane tandis que Harry et ses compagnons se morfondaient dans leur caravane. Depuis les vitres de leur logis de fortune, on distinguait la lueur ardente des feux de camp et les volutes de fumée qui s'élevaient très haut dans le ciel. On entendait aussi la musique des tambours, des guitares, des flûtes de pan et des banjos, ainsi que les chants gitans qui résonnaient dans l'air du soir dans une langue qui n'était pas de l'anglais. On pouvait aussi sentir depuis la caravane les odeurs de lapin et de caille grillés et cuits à la broche.

- On devrait peut-être se joindre à eux, hasarda Ron dans la semi-pénombre de la caravane.

- On devrait surtout foutre le camp d'ici, répondit Dean d'un ton aigre.

- C'est trop tard j'en ai peur, dit Neville avec un soupir. On pourrait peut-être transplaner ou bien…on pourrait utiliser le balai d'Harry.

- Mon balai ne peut pas supporter plus de trois personnes. On ne pourra pas tous s'enfuir avec.

Un long silence tomba à nouveau suite à ce bref échange de paroles. Au-dehors, le ciel vira à l'orange mordoré, puis au rose vif, au pourpre ardent, à l'indigo profond, au bleu sombre, et puis au noir de l'encre. Dans le firmament, seule brillait désormais la lueur lointaine et glaciale des étoiles, et aussi celle de l'astre de nuit, la lune. Une lune parfaitement ronde, énorme, d'une angoissante couleur jaunâtre, qui éclairait de ses pâles rayons la Baie des Gitans.

Ne pouvant en supporter davantage, Hermione sortit de la caravane. Après un moment d'hésitation, Ron se décida à la suivre.

- Où tu vas ? l'interrogea le rouquin une fois qu'ils furent sortis dehors.

- J'ai les nerfs à vif, expliqua-t-elle. Je vais aller m'amuser un peu avec le clan de Manzone.

- Je t'accompagne dans ce cas.

Elle haussa les épaules, signifiant que peu lui importait. Lorsqu'ils arrivèrent aux abords de l'immense brasier sur lequel flambait un lapin et plusieurs cailles empalés sur des broches, la femme de Manzone, Chayana se porta à leur rencontre. Elle les autorisa à se joindre à son clan, non sans un regard soupçonneux à l'égard d'Hermione.

Ron ne cessa de jeter des coups d'œil à la pleine lune dans le ciel nocturne, pendant que Hermione partait danser avec les gitans autour du feu. Il avait plus peur que ce qu'il osait s'avouer à lui-même, et il attendit. Il attendit encore et encore, les doigts serrés sur sa baguette au fond d'une de ses poches. Main rien ne vient. Aucune attaque. Les festivités gitanes touchaient à leur fin lorsque Hermione se retrouva de nouveau à ses côtés, les joues rougies par la chaleur du feu de camp et les cheveux décoiffés.

- On peut rentrer ? lui demanda Ron.

- Oui, je suis épuisée.

- D'accord.

Sa mine était anxieuse, et son amie ne tarda pas à le remarquer.

- On aurait déjà dû être parti d'ici depuis longtemps Hermione, expliqua-t-il. J'ai l'impression d'être le seul à prendre l'avertissement de Harry au sérieux…attend deux secondes ! tu as entendu ?

- Quoi ?

- Un craquement sec…là-bas, du côté du rivage…

Il y en eu un deuxième, et là Hermione l'entendit. Le craquement produit par un transplanage. Dans les instants qui suivirent il y'en eu deux autres, puis quatre, puis sept, puis dix, puis quinze. L'air se mit à crépiter tout autour d'eux. Ron jeta un regard affolé vers les gitans qui étaient en train de regagner leurs tentes et leurs caravanes. Ils avaient laissé flamber le grand feu de camp, ce qui éclaira considérablement la vision de Ron. Sans le feu, il n'aurait même pas aperçu les silhouettes qui se mouvaient dans l'obscurité.

Un hurlement lugubre lui écorcha les oreilles, et Hermione se plaqua contre son torse, affolée comme un lapin prit au piège.

- C'est quoi ça ? gronda un des gitans non loin de là où se trouvaient les deux sorciers. Me dites pas qu'y a des loups ici ? J'vais les faire décamper si y en a de ces sales bêtes !

Ron le reconnu : il s'agissait de Silvio, le gendre de Manzone. Il était plutôt petit, mais trapu et musclé. Il entra dans sa caravane, et en ressortit peu après avec une carabine à la main. Il enfourna quelques cartouches à l'intérieur et chargea le fusil.

Une douzaine de hurlements de loups répondirent au premier. Lupin avait eu raison, et Harry aussi : les loups-garous étaient bien là. Ce n'étaient pas des loups ordinaires, Ron le sentait à des dizaines de mètres de distance. Sur sa gauche, il entendit un cri rauque, et à la lueur des flammes du feu de camp, il distingua au loin un homme en train de se métamorphoser en loup. Cette vision lui souleva le cœur, et il se retrouva sur les genoux en train de se maîtriser à grand-peine pour ne pas vomir.

Silvio épaula sa carabine et visa le loup le plus proche.

- NON ! s'écria brusquement Hermione. JE VOUS EN SUPPLIE NE TIREZ PAS…

Sa voix se perdit dans le bruit assourdissant de la détonation quand Silvio appuya sur la détente. La balle tirée frappa le loup-garou de plein fouet, l'envoyant rouler sur le sable et les galets du rivage. L'effroyable hurlement de douleur qu'il poussa fut le signal qui déclencha l'attaque de la meute.

En tête venait un loup-garou d'une taille prodigieuse, et Hermione le reconnut sans peine : il s'agissait de Fenrir Greyback.

- Protego ! s'écria aussitôt Hermione en dégageant sa baguette d'une de ses poches.

La jeune femme redressa Ron qui était encore en proie à la nausée, et celui-ci formula également le charme du Bouclier dans la foulée de son amie.

Dans l'obscurité on ne pouvait pas dénombrer les loups, mais il semblait à Ron et Hermione qu'ils surgissaient des ténèbres comme des termites d'une termitière, en un flot ininterrompu. De nombreux loups toutes griffes dehors se brisèrent contre le dôme protecteur du charme du Bouclier. Cela ne les empêcha cependant pas de se redresser pour attaquer à nouveau, même si la plupart préférèrent se détourner vers les gitans et leurs caravanes.

Complétement affolé, Silvio tira trois autres coups avec sa carabine. Une seule balle toucha sa cible, se plantant dans la patte du loup le plus proche de lui. Les coups de feu sonnaient comme le carillon funèbre d'un signal de détresse. Ils eurent d'ailleurs le mérite d'attirer d'autres gitans, qui sortirent de leurs caravanes avec des revolver, des couteaux de boucher et des vieux fusils usagés pour venir prêter main forte à Silvio.

La lutte fut rapide, mais d'une brutalité extrême. Et en quelques battements de cils, se fut le carnage. Greyback déchiqueta Silvio de ses immenses crocs, brisant sa nuque d'un violent coup de mâchoire avant de commencer à se repaître de son corps tandis que la carabine du malheureux était brisée en morceaux par les pattes des nombreux loups qui bondissaient à la suite de leur meneur. Hermione et Ron virent quatre loups jetés à terre par des coups de feu tirés par les gitans, mais ceux-ci furent rapidement submergés par le nombre des bêtes, et quelques-uns se sacrifièrent pour permettre aux autres de regagner les caravanes et de s'y barricader.

- Pétrificus totalus ! Incarcerem ! Stupéfix ! Tarrentallegra ! formula Ron en visant tour à tour les loups qui se trouvaient dans son champ de vision.

- Impedimenta ! Expulso ! Glaciem ! Incarcerem ! lui fit écho Hermione.

Leurs sortilèges atteignirent tous leur cible, envoyant des loups culbuter contre les galets du rivage, en pétrifiant d'autres sur place et en entravant d'autres dans des chaînes solides. Un loup-garou atterrit même dans les flammes du feu de camp à-demi éteint, et il poussa un long hurlement d'agonie tandis que son pelage flambait et que ses pattes griffaient inutilement l'air pour se sortir du brasier.

- Il faut partir d'ici ! s'écria soudain quelqu'un derrière eux.

Ron et Hermione se tournèrent et virent Neville, Tracey, Pansy, Harry et Dean qui venaient de sortir de leur caravane, leurs affaires sur le dos.

- Les gitans ! cria Hermione en retour. Il faut aider les gitans !

Ron lui saisit brusquement le poignet. Ses yeux étaient exorbités par la peur, la terreur même. Pourtant sa voix était parfaitement calme et posée quand il parla.

- Si on reste ici on va tous y laisser notre peau Hermione. Tirons-nous avant que Greyback ne mette la patte sur Harry.

Hermione pinça les lèvres. Muette d'effroi, elle écouta le déchirant grincement d'une caravane lorsque celle-ci se renversa et que sa porte céda sous le poids des loups qui cherchaient à forcer le passage. Ailleurs, des gitans hurlaient à l'aide tandis que leurs tentes de couchage étaient lacérées et mises en pièces par les loups, avant que ce ne soit les hommes eux-mêmes qui soient tués et déchiquetés par les fauves assoiffés de sang.

Hermione sentit les larmes lui monter aux yeux, et elle les ferma un instant pour les refouler. Des souvenirs aveuglants de clarté lui revirent en mémoire, des souvenirs d'une nuit qui ressemblait atrocement à celle-ci : la chute de Rogue du haut de la tour d'Astronomie, le vieux chêne séculaire de Poudlard fendu en deux par la foudre, le brasier qui dévorait la pelouse du parc, et pire que tout, les hurlements qui venaient du stade de quidditch.

En cette nuit de pleine lune, ses six amis restants devaient sans aucun doute avoir comme elle des flashs de cette terrible nuit du 29 juin, lorsque Ron avait perdu son bras dans les flammes, que Hagrid était mort et que les ténèbres étaient tombées sur Poudlard.

- D'accord, finit-elle par abdiquer.

Ça ne lui ressemblait pas de faire ça en pareille situation, elle le savait. Si elle s'était trouvée seule, elle aurait provoqué et affronté les loups-garous, se sacrifiant au besoin pour permettre au maximum de gitans de prendre la fuite. Mais là, elle n'était pas seule. Et si ses amis mouraient, en particulier Harry, elle n'osait imaginer les conséquences.

Hermione observa plusieurs gitanes et leurs enfants s'enfuir à toutes jambes d'une caravane assaillie par les loups, et se jeter dans une barque pour ramer jusqu'à une des péniches qui se trouvaient amarrées dans la baie. D'autres gitans s'élancèrent à leur suite, certains ne prenant même pas la peine de monter dans une barque, et ralliant les péniches à la nage à la lumière de la pleine lune. Ceux-là auront la vie sauve, pensa Hermione. Les loups-garous savent nager mais ils ne peuvent pas monter sur les péniches sans cordes ni échelles.

Ses amis et elle prirent la décision de ne pas rejoindre une péniche. Aucun d'eux ne savait manœuvrer un bateau, et de toute manière ils avaient apporté assez de soucis comme ça aux gitans. Ils devaient poursuivre le reste de leur voyage seuls, comme avant. Tout aurait pu être tellement plus simple, songea Hermione en se souvenant de leur embarquement à Southampton par une matinée brumeuse de septembre.

- Pétrificus totalus ! s'écria Ron en pétrifiant un loup qui bondissait dans leur direction, ses crocs rougis par le sang humain. Allez Hermione en route ! la pressa-t-il en lui tendant son sac à dos que Harry lui avait transmis.

La jeune femme pressa le pas, faisant tout son possible pour ne pas jeter un regard derrière elle. En chemin, elle assomma d'un sortilège deux loups occupés à enfoncer la porte d'une caravane, puis elle en formula un autre qui incendia le pelage d'une énième bête. Elle faillit se retourner et revenir sur ses pas lorsqu'il lui sembla que quelqu'un l'appelait depuis une des caravanes. « Hermaioni ! » criait la voix, à moitié étouffée par les grondements des loups, les hurlements des hommes et les tirs de carabine. C'est Myro, pensa-t-elle. Il y avait un temps où elle l'avait ardemment désiré, mais ce temps-là était désormais révolu. Hermaioni, c'est un très beau nom que tu as là. Ça pourrait être un nom de marinière, lui avait-il dit un jour.

Elle ne se retourna pas, ne s'arrêta pas. Progressivement elle accéléra l'allure, puis elle se mit à courir sans s'arrêter, ne prenant ni pause pour boire, se reposer ou regarder derrière elle. A ses côtés, sa propre meute courrait comme elle à en perdre haleine. C'était une bien petite meute, une meute humaine et en fuite, qui n'avait commis aucun acte sanguinaire. Et pourtant, c'était une meute tout autant responsable du carnage commis sur les rivages de la Baie des Gitans que celle composée de fauves qui hurlaient à la pleine lune.

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Drago avait foutrement raison d'affirmer que le temps semblait figé lorsqu'on était dans le Val sans retour, songea Blaise. Le temps ne semblait même pas figé, il était figé. Le métis se faisait cette réflexion tout en fixant le ciel où un pâle soleil d'automne parvenait à grand-peine à transpercer une mer de nuages gris. Blaise était allongé dans l'herbe, les bras croisés derrière sa nuque, flânant depuis ce qui lui semblait être une éternité à l'ombre du vieux chêne blanc comme l'os que Drago nommait l'Arbre de Vie.

Blaise se redressa lorsqu'il entendit son ventre gronder bruyamment pour réclamer à manger. Il se frotta les yeux pour chasser la fatigue, puis il s'étira et se redressa de toute sa taille. Au-dessus de sa tête, les feuilles vermeilles du vieux chêne bruissèrent face à une légère brise fraîche venue du Nord. La brise apporta également à Blaise une délicate odeur de grillé qui fit gronder derechef son ventre vide.

Il attendit impatiemment, puis au bout de ce qui lui parût être un siècle, la tête blonde de Drago émergea de l'autre côté du Miroir aux fées. Lorsque son ami arriva à sa hauteur, il laissa tomber dans l'herbe la carcasse grillée du gibier qu'il était parti chasser.

- Dis donc tu en as mis du temps mon gars, commenta le métis.

- Quelle ingratitude, s'indigna faussement Drago. Même pas un remerciement. Tu me déçois Blaise.

- Eh dis donc ! répliqua-t-il en donnant un coup d'épaule au blond. Hier j'ai mis moins de temps que toi et tu n'as même pas daigné me parler. Tu t'es même permit de te réserver les deux tiers de ma prise de chasse.

- Comment tu savais que c'était hier ? questionna Drago avec un petit sourire fourbe. Et comment tu sais si tu as mis moins de temps que moi ? je te rappelle que le temps n'a pas cours dans le Val sans retour.

- Le Val des fainéants on devrait l'appeler, ou alors le Val des dormeurs, rétorqua Blaise.

Drago ricana, puis il s'agenouilla et à l'aide de sa baguette il commença à découper la chair de l'animal qu'il avait tué à la chasse.

- Le Val des dormeurs, c'est pas mal comme nom. T'en as d'autres en réserve comme ça ? en attendant, moi contrairement à toi je n'ai pas ramené une pauvre perdrix.

Blaise ne le contredit pas car il ne le pouvait pas. Drago venait en effet de ramener de sa chasse un véritable met de choix, un jeune daim qu'il avait réussi à débusquer on ne savait où dans la forêt.

- Oui bon d'accord, tu as ramené du daim et alors ? à nôtre dernier repas tu t'es réservé les deux tiers de ma perdrix !

- Ouais, eh bien je t'accorderais la moitié de la viande aujourd'hui au lieu d'un tiers si ça peut te faire plaisir.

- Tu le fais exprès ? interrogea Blaise en devinant sans peine que Drago s'amusait avec ses nerfs de la même façon qu'il s'amusait autrefois à martyriser les petits nouveaux à Poudlard. De base j'ai plein droit sur la moitié de la viande je te signale ! comme tu m'en as chipé les deux tiers la dernière fois, j'ai bien droit aux deux tiers aujourd'hui.

- Tu ne saisis pas un truc apparemment, ricana à nouveau Drago. Je ne nourris pas que moi et toi. Le petit phénix doit manger lui aussi.

- Q…quoi ? c'est une plaisanterie ? depuis quand les phénix mangent de la viande ? et en quoi ça justifie que tu me prennes les deux tiers de ma prise de chasse ?

- C'est étrange pas vrai ? pourtant oui Blaise, les phénix mangent de la viande. Ils mangent à peu près de tout en fait. Pourtant je ne pense pas qu'il aimera le daim, même s'il avait bien becqueté sa part de perdrix la dernière fois.

Blaise leva les yeux et scruta la forêt autour de lui.

- Où est-ce qu'il est ?

- Qu'est-ce que j'en sais ? déclara Drago. Il m'a accompagné lors de la chasse, et puis après il a tracé son chemin tout seul. Ne t'inquiète pas, il reviendra.

- Il n'a que quelques jours d'existence et il sait déjà voler. C'est…assez impressionnant.

Drago hocha la tête, puis il distribua la moitié de la viande à Blaise. Après la perdrix et deux autres oiseaux dont Drago ne se rappelait plus le nom, c'était du daim qu'ils mangeaient aujourd'hui. Leur quatrième repas depuis qu'ils étaient arrivés dans le Val. Sachant qu'il avait pris l'habitude de ne manger plus qu'une fois par jour depuis le mois de juillet et sa fuite du manoir familial, il estima qu'il s'était écoulé quatre jours, voire cinq depuis la naissance du phénix.

- On ne pourra pas survivre éternellement de la chasse, commenta Blaise une fois qu'il eût achevé son repas.

- Il y a la cueillette aussi, fit remarquer son ami. On trouve des bonnes baies dans ces bois.

Blaise haussa les épaules et s'allongea dans l'herbe pour faire une sieste. Pour l'instant, ce mode de vie en plein air lui convenait, mais il savait au fond de lui que ça ne pouvait durer éternellement. Pourtant l'endroit était idyllique, le gibier se trouvait en abondance il n'en doutait pas, et comme Drago l'affirmait, il y avait également des variétés de fruits facilement récoltables et mangeables.

Cependant, passer sa vie à se cacher du monde extérieur et rester dans l'inaction constante ce n'était pas ce qui lui convenait. Pour l'instant, il était fatigué par un long voyage, mais quand il sentirait que toutes ses forces lui seraient revenues, alors il faudrait qu'il dise à Drago que le moment était venu de partir. Il sombra dans le sommeil en songeant à ce que dirait le beau blond à ce moment-là.

Ce fût un furtif bruissement d'ailes qui le réveilla. En ouvrant les paupières, Blaise vit le phénix nouveau-né perché sur la plus basse branche de l'Arbre de Vie. Il le contempla un long moment, essayant de se souvenir de ce à quoi avait ressemblé le vieux phénix qui avait appartenu à son ancien directeur. L'oiseau de feu perché sur l'arbre ne tarda pas à le fixer en retour, forçant Blaise à détourner la tête. Son regard tomba alors sur Drago qui lisait quelque chose non loin de lui.

- Ton phénix est revenu, lui fit-il remarquer.

- Ce n'est pas mon phénix, corrigea le blond.

- Tu lis quoi encore ? demanda Blaise en s'approchant de son ami.

- J'ai passé je ne sais combien de temps à tenter de recoller les morceaux du vieil ouvrage de la bibliothèque du directeur.

- A quoi ça sert sérieux ?

Drago se contenta d'hausser les épaules. Il tenait beaucoup à se livre, cela se déchiffrait aisément sur son visage. Blaise lui déclara qu'il partait récolter quelques baies dans les bois et de l'eau au ruisseau, mais avant qu'il ne s'éloigne trop, Drago le rappela.

- Ecoute Blaise…je sais que ça ne va pas te plaire…

- Dis toujours, soupira le métis.

- …mais je pense avoir une idée…je sais que ça va te paraître fou…

- Drago je n'ai pas mille ans de vie devant moi comme les phénix, alors…

- J'ai l'intention de me fabriquer une nouvelle baguette.

Blaise resta coi. Un de ses sourcils finit par se hausser, puis par se froncer, mais il ne déclara rien.

- J'ai eu cette idée aujourd'hui tandis que je lisais une des rares pages du livre qu'il me reste. Ce passage parlait de la légendaire baguette de Sureau, tu sais celle qui aurait été fabriquée par…

- La Mort en personne ? ouais je vois de quoi il s'agit. Le Conte des trois frères de Beedle Le Barde. Ma mère m'a raconté je ne sais combien de fois cette histoire quand j'étais petit. C'est à l'aîné des mythiques frères Peverell que la baguette à échût. Et alors ? Qu'est-ce que tu veux me dire ?

- La baguette de Sureau, déclara Drago presque dans un murmure. Ça n'a jamais été une légende. Elle existait. Dumbledore en était le possesseur. Et elle a été réduite en cendres en même temps que Dumbledore, lorsque son corps a été incinéré juste après sa mort. J'étais là lorsque Rogue a allumé le bûcher.

- Drago tu recommence à me faire peur.

- Tu vois cette gravure ? déclara son ami en lui tendant la vieille feuille de parchemin écornée et défraîchie par le temps. La baguette, regarde la baguette. Sa forme était unique au monde.

Blaise fronça à nouveau les sourcils, observant l'image qu'il avait sous les yeux. A la réflexion se dit-il, la baguette de son ancien directeur ressemblait quand même de façon troublante à cette gravure.

- Pourquoi tu me racontes tout ça Drago ?

- Parce que j'ai envie de me fabriquer une nouvelle baguette.

- Mais pourquoi donc ?

- Bientôt j'aurais à me battre pour de vrai Blaise. Je vais devoir tuer, comme me l'a très justement dit Severus Rogue. Il me faut une arme plus puissante que celle que j'ai entre les mains en ce moment. Dumbledore était un sorcier puissant parce qu'il avait une baguette puissante. Cette baguette de Sureau est détruite à jamais maintenant. A moi de créer une nouvelle arme aussi redoutable, capable de rivaliser avec celle de Voldemort lui-même.

- Ce n'est pas la baguette qui fait le sorcier, mais l'inverse.

- Je sais. Heureusement, j'ai été bien entraîné aux arts du duel et je suis doué avec les sortilèges comme avec les enchantements.

- Ouais d'accord, mais tu n'es pas un fabricant de baguettes.

- On peut toujours en trouver.

- Ollivander est mort, tu te rappelles ?

- Il y en a d'autres. Tu as déjà entendu parler de Gregorovitch ?

- Ouais. C'est un bulgare de sinistre réputation. On dit qu'il est mage. Mais en attendant, tu comptes la fabriquer avec quels matériaux ta baguette ?

- Ceci, déclara Drago en désignant le grand chêne au tronc et aux branches blanches. Du bois de chêne à la place du sureau, l'Arbre de Vie à la place de la Mort, la sève à la place du sang. Et pour finir, une plume de phénix.

Blaise avait la mine songeuse. C'était l'idée la plus audacieuse qu'il avait entendue depuis longtemps de la part de Drago, et il devait avouer que cela le prenait au dépourvu, mais que cela le rendait très curieux et intrigué également.

- C'est une idée intéressante. Je vais y réfléchir moi aussi pendant ma récolte de baies.

- Tu sais pourquoi je veux rajouter une plume de phénix à l'intérieur de ma future baguette ?

- Je crois…ce ne serait pas Harry…

- Oui Harry, mais surtout Voldemort. Une plume de l'ancien phénix Fumsec dans chacune de leurs deux baguettes, les baguettes jumelles. C'est ce qui manquait à la baguette de Sureau. C'est ce qui ne manquera pas à ma future baguette en bois de chêne blanc. Avec une plume de phénix, une baguette contient un petit bout d'immortalité.

.

Blaise passa le reste de son temps jusqu'à la tombée de la nuit à vadrouiller dans le Val des faux amants, principalement pour récolter des baies, des châtaignes ou des marrons, mais aussi pour surveiller la forêt. C'était devenu un réflexe pour lui de partir en éclaireur, même s'il savait consciemment que personne à part lui et Drago ne se trouvait ici. Lorsque le crépuscule arriva, Blaise vit qu'il était arrivé près du tumulus de pierres que Drago appelait le Tombeau des Druides. C'était ce tumulus qui marquait la porte d'entrée et de sortie du Val sans retour. Sans l'artefact magique que possédait son ami aux cheveux blonds, il n'avait pas moyen de franchir cette porte, il le savait. Il s'assit donc sur un morceau de pierre isolé et contempla depuis les hauteurs le coucher du soleil à l'horizon. Le Tombeau des Druides se trouvait sur un petit plateau, une élévation de terrain qui donnait une vue plongeante sur le Val périlleux. Même à la hauteur à laquelle il se trouvait, Blaise parvenait à distinguer la ramure vermeille de l'immense chêne blanc millénaire parmi la multitude d'arbres de la forêt. Las, il fit tourner sa baguette entre ses doigts et exerça quelques sorts sur des pierres et des cailloux pour se détendre.

Lorsque le ciel devient noir et qu'il ne distingua plus que le tumulus de pierres devant lui, Blaise se décida à redescendre des hauteurs.

- Lumos ! formula-t-il pour se diriger malgré l'obscurité.

Sa petite provision de fruits et de glands dans un sac de toile, Blaise apparût finalement dans la petite clairière en plein cœur de la forêt. L'eau de l'étang était aussi immobile et limpide qu'un miroir, et il eût envie pendant un court moment de se jeter dedans pour s'y baigner. C'était assez inconfortable en vérité de se laver chaque jour au ruisseau, mais il résista à la tentation de plonger son grand corps fatigué dans l'eau du Miroir aux fées. Qui sait quels enchantements Morgane avait bien pu placer dans les profondeurs du lac ?

- Tu n'étais pas obligé de ramener des provisions, commenta Drago lorsque Blaise arriva au pied du vieux chêne séculaire.

- Ça change du gibier.

Drago avait déjà amassé un peu de bois mort pour en faire un feu à l'aide de sa baguette, et Blaise s'empressa de faire griller marrons et châtaignes ensemble avant de les déguster avec son ami. Pendant qu'il mangeait, Blaise vit soudain une plume blanche sur le sol, à moitié enfouie sous les feuilles mortes. Il la dégagea et l'observa d'un œil intrigué.

- Qu'est-ce qu'il y a Blaise ?

- Je viens de me souvenir d'un truc. La nuit où le phénix est né, je ne sais pas si tu l'as vue mais il y avait une chouette blanche perchée sur l'arbre. Elle m'a regardé, je m'en souviens.

- Et alors ?

- Eh bien tu en connais beaucoup des chouettes blanches ? des Harfangs je crois qu'on les appelle comme ça. Moi j'en connais un : Hedwige.

- Le rapace de Harry Potter ? eh bien quoi Blaise ? tu as peur que Potter nous surveille c'est ça ?

- Ça me trouble. Je ne me suis jamais posé la question mais…tu penses que Harry pourrait être un animagus ?

Drago éclata de rire.

- Alors là Blaise c'est la meilleure que j'ai entendue depuis longtemps ! par les couilles de Salazar, mais où est-ce que tu vas chercher ça ?!

- Je ne vois pas ce qu'il y a de si drôle, se renfrogna le métis. Son père était un animagus.

- Je pense sincèrement que Potter a mieux à faire que de nous épier dans les bois.

Le jour suivant, Blaise n'évoqua plus le sujet de la chouette blanche. A la place, il questionna assidument Drago à propos de la future baguette qu'il voulait fabriquer. Tous deux parlèrent des dimensions que la baguette devait avoir, de sa taille exacte, de sa forme, de sa couleur, de sa composition interne. Parmi des vieilles feuilles de parchemin, Drago esquissa des croquis à l'aide d'une plume qui se trouvait dans ses bagages. De temps à autre, le jeune phénix se posait non loin d'eux pour les observer de ses grands yeux noirs comme du goudron. Mais l'oiseau de feu ne restait jamais très longtemps auprès des deux sorciers, prenant son envol dès que l'on s'intéressait trop à sa présence.

- Il est encore farouche, commenta Blaise.

- Il le sera toujours. On ne domestique pas un phénix, on l'aime et on le hisse d'égal à égal.

- Dumbledore t'as dit ça ?

- Plus ou moins. C'est vrai que Fumsec était très vieux, il était donc un peu plus enclin à toujours rester sagement au même endroit, mais seul Albus avait la possibilité de le caresser, ou même de l'approcher. Et puis, Fumsec est né et à vécu toute son existence à Poudlard. Ce phénix-là est né en pleine nature, et j'ai bien l'intention qu'il y reste.

- Comment tu vas t'y prendre pour lui prendre une plume ?

- Ça ce sera la touche finale pour ma baguette, nous n'en sommes pas encore là.

- D'accord. Et pour l'écorce de l'Arbre de Vie alors ? c'est un arbre sacré, non ?

- Ouais, mais si tu connaissais un peu les arbres Blaise, tu saurais que l'écorce ça repousse.

- Ah ouais ? je vois. Tu vas procéder comment du coup ?

- On a bien avancé dans les croquis, donc je pense bientôt que je trouverais la forme exacte de la baguette que je veux. Une fois cela fait, je vais construire un moule à titre de modèle en taille réelle. Avec ce moule je vais pouvoir définir la quantité de bois de chêne que je veux pour ma baguette.

Blaise hocha la tête, mais il hésita à formuler ce qu'il avait à l'esprit. Au bout d'un moment, il se lança :

- Et tu veux qu'on parte d'ici quand ?

- Quand j'aurais collecté tous les ingrédients nécessaires à la fabrication de la baguette. Ça prendra du temps, mais j'espère bien y arriver le plus rapidement possible. Ne t'inquiète pas, fit-il en voyant la mine soucieuse de Blaise, je ne compte pas rester éternellement ici. J'aimerais bien, mais le devoir m'appelle ailleurs. Je peux collecter les composants d'une baguette, mais il faut que je trouve un fabricant confirmé capable de les assembler, parce que moi je ne suis pas capable de le faire.

- Ce qui nous ramène vers Gregorovitch, commenta sombrement son ami.

- S'il n'y a que lui, on ira vers lui, trancha Drago. Même si je pense qu'il n'y a pas que cet homme qui fabrique des baguettes.

- Ollivander était le meilleur de tous. Il te l'aurait fabriquée en deux temps trois mouvements ta baguette. Ce sanguinaire de Voldemort l'a tué malheureusement.

- Eh bien tant pis. Je m'en fiche du temps que ça prendra, mais je veux que le travail soit bien fait. Ce qu'Ollivander pouvait accomplir rapidement, un autre pourra le faire sur un temps plus long. Ce n'est pas un problème.

Blaise fini par acquiescer, puis il partit chasser du gibier pour leur unique repas quotidien. Cette fois-ci, le phénix l'accompagna lui aussi, volant à un ou deux mètres au-dessus de sa tête dans un silence léger et avec une grâce soyeuse. Baguette brandie en main, le métis était à l'affût du moindre bruit d'animaux. Au bout d'un certain temps passé à vadrouiller en vain, il choisit de se poster derrière un fourré, non loin du petit ruisseau où il allait se baigner chaque jour. Le phénix l'avait abandonné depuis longtemps pour partir en quête d'il ne savait trop quoi. Blaise attendit patiemment derrière le buisson qu'un animal se présente pour s'abreuver au cours d'eau. Régulièrement, il tapait son ventre pour faire taire les gargouillements de protestation que celui-ci émettait en réclamant à manger. Il était sur le point d'abandonner cette tactique, mais finalement il se vit récompensé de sa patience lorsqu'un petit lapin mordit à l'hameçon.

D'autres lapins émergèrent bientôt d'entre les arbres et vinrent s'abreuver à leur tour. Blaise arma son bras, les muscles crispés par la concentration. Il savait comment faire pour abattre un animal. Le sortilège de la mort était impardonnable, il le savait, aussi bien à l'encontre des sorciers qu'à l'encontre des animaux. Mais il avait au moins la vertu d'offrir une mort rapide et sans douleur aux animaux destinés à être mangés. Ça au moins, même le Département de la Justice Magique du Ministère le reconnaissait explicitement. Un éclair éblouissant de lumière verte, et tout était fini. Pour Blaise, c'était très loin d'être la pire manière de mourir. L'espace d'un instant, il repensa à ce qui était arrivé aux parents de Neville Londubat, et aussi à ce qui était advenu de Barty Croupton Junior après que celui-ci ait subi le baiser du Détraqueur. Blaise était intimement convaincu qu'il était mille fois préférable de recevoir le sortilège de la mort plutôt que de finir comme ces gens-là.

- Avada Kedavra ! s'exclama-t-il en surgissant de derrière le fourré.

Le premier lapin tomba raide mort, et il laissa les autres détaler sur leurs longues pattes, estimant qu'un seul lapin suffirait pour aujourd'hui. Blaise enveloppa le petit cadavre dans une cape de laine noire, puis il décida de prendre un bain rapide dans l'eau glaciale du ruisseau, à la fois pour se laver physiquement, mais aussi pour se laver de la souillure morale d'avoir tué un être vivant.

- C'est bien Blaise, tu fais des progrès ! commenta Drago lorsque son ami fût revenu avec son trophée de chasse. C'est mieux que la perdrix déjà !

- Et ce sera mieux que la beigne que je vais te coller au visage tu penses ?

- Essaie et tu verras, ricana Drago.

Avec un rictus malicieux, Blaise lâcha sa prise de chasse et se jeta sur le blond, le bourrant de coups de poing dans les côtes, les biceps et les cuisses. Drago répliqua en le martelant de coups dans les mollets et les omoplates, et tous deux roulèrent dans l'herbe sans cesser de se battre. A la fin, ils roulèrent sur le côté s'en pouvoir s'empêcher de rire comme des adolescents de seize ans, massant leurs muscles douloureux et leurs hématomes avant de se remettre tant bien que mal debout. Drago ne réussit qu'à tenir une demi-seconde avant de retomber sur les genoux dans l'herbe, accentuant son fou rire et celui de Blaise.

- Bah alors Dragichou ? on est en sucre ?

- C'est Pansy qui m'appelait comme ça.

- Ouais mais Pansy et moi c'est la même. Frère et sœur de cœur comme on dit.

- Si t'étais un vrai frère, tu m'aiderais à me relever, souffla Drago en se traînant tant bien que mal jusqu'à l'endroit où il avait établi son lit de camp.

- Dis donc t'as perdu du muscle on dirait.

- Un petit match de quidditch ne serait pas pour me déplaire.

Leur fou rire s'arrêta là. Blaise se sentait bien mieux maintenant. Ça faisait si longtemps qu'il ne s'était pas battu avec Drago qu'il avait même oublié l'exaltation que cela procurait une fois le combat terminé.

- Bon maintenant au lieu de déconner soyons sérieux et préparons le repas.

- Toi prépare le repas, déclara Blaise. Moi je suis déjà allé chasser. Et je me réserve les deux tiers du lapin.

Drago le toisa en haussant un sourcil, une expression de défi dans le regard, mais une brusque crampe au niveau de la cuisse l'obligea à perdre son attitude de défiance, faisant rire Blaise à nouveau.

- Arrête ce rire ou je te le fais ravaler de force et en vitesse, grogna Drago en titubant comme s'il était ivre pour allumer le feu.

Blaise n'arrêta cependant pas de ricaner, sourd aux menaces creuses du blond. Il ne cessa que lorsqu'il eu ses deux tiers de lapin cuits et grillés devant lui.

.

On ne distinguait plus trop le jour de la nuit, mais de toute manière la notion du temps se perdait dans le Val sans retour. Blaise comptait les jours en repas, il s'écoula donc plusieurs repas tandis qu'au fur et à mesure, lui et Drago peaufinaient leur plan de fabrication d'une nouvelle baguette. La mer de nuages gris dans le ciel céda la place à l'océan bleu sombre de l'encre, puis à nouveau la mer de nuages revient, et ainsi de suite. Sur la terre ferme, la clairière demeurait immuable et immobile. Le projet de Drago en revanche avançait à grands pas.

Blaise aida tout d'abord son ami à fabriquer le moule qui devait servir de modèle à taille réelle pour la baguette. Ils durent s'y reprendre à trois fois, car les deux premiers moules n'étaient pas comme Drago les aurait souhaités. Rarement Blaise avait vu le beau blond aussi méticuleux, et malgré ça il se voyait obligé de l'aider parce que Drago ne pouvait pas tout faire tout seul. Drago brûlait les croquis obsolètes qu'il avait gribouillé, alimentant ainsi le feu de camp lorsque l'obscurité tombait sur la forêt et que le froid se faisait plus mordant. Il ne conservait que ceux qu'il jugeait utiles, et les utilisât pour réaliser le troisième et dernier moule, qu'il jugea cette fois-ci parfait.

Une fois cela fait, Blaise l'aida à s'attaquer à la partie la plus ardue et la plus délicate, à savoir récolter la sève et l'écorce de l'Arbre de Vie. Le chêne sacré renfermait sans aucun doute une puissance magique inconcevable pour de jeunes sorciers comme eux, mais Drago se risqua au bout d'un certain temps à découper de petites parcelles d'écorce à l'aide de plusieurs Diffindo formulés à voix basse. Blaise avait de plus en plus l'impression que l'arbre était un être humain, voyant comme du sang la sève dorée comme le miel qui coulait paresseusement du tronc, et entendant comme un frisson ou une plainte de douleur le murmure des branches et des feuilles du vieux chêne dans le vent.

Drago aussi sentait cela, et il veilla à écorcher la peau de l'arbre de la manière la plus délicate possible, récoltant le moindre millilitre de sève dans une gourde. Il empila également dans un petit coffret les morceaux d'écorce blanche prélevés sur l'Arbre de Vie. Ensuite, Blaise aida son ami à peser chaque morceau d'écorce récolté, afin de déterminer le poids exact de l'ensemble. Drago avait des impératifs stricts à respecter s'il voulait aller au bout du protocole.

Quand ils eurent à eux deux réussi à tout peser, lorsqu'ils eurent mesuré également la quantité de sève présente dans la gourde, ils entreprirent de collecter également plusieurs feuilles vermeilles encore accrochées aux branches et aux tiges pâles comme des doigts humains. Le vieux chêne perdait de plus en plus de feuilles, celles-ci formant un confortable tapis au pied de l'arbre, les immenses racines blafardes de celui-ci surgissant puis replongeant dans l'amas de feuilles mortes comme autant de serpents blêmes dépourvus de têtes.

- Pourquoi récolter les feuilles ? demanda une fois Blaise.

- Parce qu'elles font partie intégrante de l'arbre. Je vais en faire de la purée et mélanger le tout avec la sève.

- Ouais je vois…et ensuite ?

- Ensuite ce sera bon.

- Vraiment ?

- Vraiment. Je ne pourrai rien faire de plus.

Blaise poussa un profond soupir de contentement. Ces derniers temps, il avait plus eu l'impression d'être devenu un des elfes de maison que sa mère employait autrefois lorsqu'il était petit pour tailler les haies du jardin et tondre la pelouse.

- Jette-moi ça au feu, déclara Drago en lui tendant quelques feuilles et une reliure de cuir. Il est en miettes. Se sont les derniers feuillets de parchemin qu'il reste. Brûle-les, ça alimentera le feu.

Malgré l'apparente fermeté dans la voix du blond, Blaise sentit bien qu'il était peiné de devoir se débarrasser des derniers vestiges de ce qui avait appartenu à son ancien mentor et directeur. Si l'on éclipsait les fameuses Lettres d'émeraude qui demeuraient dans le sac de Drago, les pages racornies du vieil ouvrage étaient le dernier souvenir que le blond avait conservé de Albus Dumbledore.

- Je suppose que maintenant il te faut la cerise sur le gâteau ? déclara Blaise après avoir livré aux flammes les dernières feuilles de parchemin jaunies par le temps.

- Oui, la plume de phénix.

Instinctivement, Drago porta deux doigts à sa bouche et siffla, mais lorsqu'il voulût crier pour appeler le phénix, aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres.

- Il n'a pas de nom. Blaise, le phénix n'a pas de nom. J'ai oublié de lui en donner un.

A ce moment-là, l'oiseau de feu apparu au-dessus de la clairière, comme s'il avait entendu l'appel de Drago. Il survola un moment le Miroir aux fées, son plumage écarlate tournoyant dans les airs comme une flèche enflammée venue du ciel. Finalement, il se posa (fait rarissime) sur l'épaule même de Drago. Celui-ci posa avec précaution la main sur l'oiseau immortel, le caressant avec douceur, puis il en profita pour donner un coup sec qui lui arracha une plume. Le phénix poussa un chant de protestation furieuse, et il se sépara de l'épaule de Drago avec tant de violence que celui-ci perdit l'équilibre et manqua de tomber dans le feu de camp qui brûlait avec allégresse.

- Oh par Merlin ! tu n'as rien Drago ? s'inquiéta Blaise en se ruant vers lui pour le relever.

- Je ne crois pas, déclara le beau blond en fixant le jeune phénix qui s'était remis à tournoyer au-dessus de la clairière. En revanche je pense avoir trouvé un nom digne d'un tel oiseau.

- Vas-y, dis-le-moi, le pressa Blaise. Comment s'appelle-t-il ?

Drago détourna un instant le regard pour toiser le feu de camp, puis il fixa la plume écarlate qu'il tenait dans la main, et enfin il observa à nouveau le phénix qui ne cessait de voler dans le ciel.

- Braisardente.