Hello tout le monde !
Merci de tous nos coeurs pour vos reviews ! Vous êtes formidables et écrire/traduire pour vous est un plaisir.
Bonne lecture !
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Somewhere beyond happiness et sadness
I need to calculate
What creates my own madness
End I'm addicted to your punishment''
- Getting away with murder by Papa Roach
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Chapitre 12 :
Showtime
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Personne – et John utilisait ce mot comme un terme très générique englobant aliens et politiciens entre autres – personne ne devrait se retrouver confiné dans une voiture pendant cinq heures avec Sherlock. Personne. Point final.
Au début, ce fut tolérable. Enfin, aussi tolérable que la révélation des habitudes masturbatoires de John pouvait l'être. Mais quand même. Puis, au bout d'à peine trente minutes, les trépignements commencèrent. Puis vinrent les insultes en guise de déduction... ou l'inverse. Et John commit finalement fait l'erreur fatale de changer de siège pour passer du côté de Natalie.
Et là, l'enfer commença.
A un moment où Sherlock tourmentait le chauffeur, Natalie chuchota à l'intention de John : ''Ça te pose problème si je tue ton copain ?''
''Je t'en prie, ça m'évitera de le faire moi-même.''
''T'es le meilleur, John.''
Ça, Sherlock l'entendit.
Et John dut changer une nouvelle fois de siège et revenir auprès du brun.
Jusqu'à la fin du voyage, le détective s'employa à presque s'étaler sur John en envoyant des regards noirs à tout le monde, y compris à l'homme sur les genoux duquel il était assis.
Le ciel était couvert de nuages sombres quand ils atteignirent St. Andrews, ce qui eut un impact merveilleux sur l'humeur déjà massacrante du brun. John était certain que le chauffeur souffrait à présent de dommages cérébraux irréversibles.
Pourtant, ils arrivèrent finalement devant la propriété des Lewis et toquèrent. Ronald Lewis, l'oncle de Natalie, était un homme grand et replet avec un crâne chauve et un visage aimable et avenant. La jovialité avec laquelle il accueillait sa nièce et deux parfaits inconnus, dont l'un fronçait les sourcils à la manière d'un hibou irascible, était un peu surprenante.
Après une brève présentation classique – pendant laquelle John offrit son plus beau sourire et Sherlock émit un simple 'mph'd' – et des nouvelles prises par Natalie à propos de son frère, ils furent menés dans un salon douillet et chaud. S'y tenait une femme grande avec un visage sévère et une expression neutre minutieusement composée. Mr Lewis la présenta comme sa femme, Margaret Lewis.
''La nuit dernière, des agents du département local de police sont venus et ont délégué deux gardiens pour surveiller la maison. Je leur en ai demandé la raison, mais ils m'ont répondu que l'ordre venait de New Scotland Yard. Et Natalie a dit la nuit dernière qu'elle nous expliquerait tout aujourd'hui. Est-ce que nous avons des problèmes ?'' demanda Mr Lewis dès qu'ils furent installés.
''Est-ce que vous avez des problèmes ou est-ce que vous êtes le problème dépendra de ce que je trouverai une fois que j'aurai obtenu toutes les réponses dont j'ai besoin.''
Oh, bordel, pas déjà. John cacha son visage dans ses mains qu'il frotta contre son front. Mr Lewis, étonnamment, ne les jeta pas dehors sur le champ. Il les regarda juste l'un après l'autre avec une expression perplexe. Mrs Lewis, néanmoins, creusa un trou de son regard dédaigneux dans le visage de Sherlock.
''Alors de quoi souhaitez-vous parler, Mr Holmes ?'' demanda-t-elle, attaquant directement le cœur du sujet. Sherlock sembla légèrement impressionné de voir quelqu'un qui n'avait pas pour objectif de lui faire perdre son temps.
''Du père de Natalie.''
Un éclair de surprise traversa le visage de la femme dont les yeux s'arrêtèrent un instant sur celui de Natalie. Lorsqu'elle répondit à Sherlock, cependant, ce fut sur un ton plat : ''Et pourrions-nous savoir pourquoi vous vous enquerrez à propos d'informations si personnelles ?''
''Bien sûr. Je suis actuellement en cours d'investigation pour une enquête-''
''Avec New Scotland Yard,'' ajouta rapidement John, ce qui lui rapporta un regard cinglant de la part de son compagnon. Mais John savait que cette précision rendrait les Lewis plus faciles à entreprendre.
''Il semblerait que votre nièce et votre neveu soient en danger de mort. Natalie peut vous informer plus amplement sur les détails de cette affaire. Maintenant, si vous vous sentez concernés par leur bien-être, je vous prie de coopérer.''
Un silence prolongé accueillit cette déclaration, pendant lequel Mr et Mrs Lewis échangèrent un long regard. La scène rappela à John un documentaire qu'il avait vu sur Animal Planet, dans lequel deux lions s'observaient en décrivant un cercle lent avant de passer à l'attaque.
''J'ai bien peur de ne pas pouvoir vous aider sur ce sujet, puisque je ne sais rien à ce propos.''
Sherlock arqua un sourcil.
''Ah, vraiment ? Très bien, parlez-moi de l'homme pour lequel travaillait votre sœur.''
La tension dans la mâchoire de Mrs Lewis était visible. ''Je ne vais pouvoir vous fournir beaucoup d'informations sur ce point non plus.''
''La moindre information sera intéressante.''
Sherlock avait une voix tellement encourageante que John se prépara à un tour de montagnes russes. D'autant plus qu'à ses côtés, Natalie s'avança, sans doute pour dire quelque chose. John posa doucement sa main sur la sienne pour l'en dissuader pour l'instant.
Margaret Lewis regarda Sherlock un bon moment avant de déclarer : ''Ma sœur a été employée en tant que secrétaire par un entrepreneur londonien, quelques mois avant son emménagement ici. Elle travaillait beaucoup et n'avait que peu de temps libre. C'était, selon elle, un bon employeur.''
Quand, même après une minute de silence, elle n'ajouta rien, Sherlock demanda : ''Est-ce là tout ce que vous avez à nous dire ?''
''C'est tout ce que je sais.''
''En êtes-vous sûre ?''
''Que voulez-vous dire, Mr Holmes ?''
''Ce que je veux dire est d'une pertinence insignifiante, sur ce sujet.'' Sherlock fit un vague geste de la main. ''Ce que vous avez à dire est de la plus haute importance. Et quand vous déclarez que vous ne possédez aucune information complémentaire, cela signifie-t-il que vous ne savez rien de la liaison que votre sœur entretenait avec son employeur ? Ou que vous ignorez qu'il a refusé de prendre ses responsabilités lorsqu'elle est tombée enceinte ?''
Natalie laissa échapper une exclamation choquée.
''Oh Dieu !'' Mr Lewis se laissa choir contre le dossier de son siège.
''Comment avez-vous obtenu ces informations, Mr Holmes ?''
''J'ai mes méthode, Mrs Lewis.''
John parvint à ne pas quitter du regard Mrs Lewis qui observait fixement Sherlock avec une expression vide. Ses yeux la trahirent malgré tout.
''Marge, je pense que tu devrais le leur dire,'' brisa finalement la voix douce de Ronald Lewis dans le silence.
''Nous le dire ? Nous dire quoi ? Que vous deux, vous saviez pendant tout ce temps ? Que vous nous avez maintenus volontairement dans l'ignorance, Freddie et moi, à propos de notre père ?'' La voix de Natalie tremblait. Elle était penchée en avant, au bord du sofa sur lequel ils étaient assis. Une expression accusatrice et blessée tirait son visage.
''Nous avons fait ce qui était le mieux pour vous, Annie. Ne nous accuse pas de vous aimer.''
Margaret ne tressaillit pas dans son siège, même dans un moment comme celui-là. Une femme particulièrement forte, songea John.
''Pourquoi, Tata ? Je t'ai suppliée de me parler de mon père. Et tu- tu m'as toujours menti ? Pourquoi ?''
''Parce que j'ai fait une promesse à ta mère. Elle ne voulait pas que vous sachiez quoi que ce soit à son propos.''
''Quoi ? Pourquoi ? Pourquoi maman nous aurait-elle fait ça ?''
''Parce que votre père a refusé de vous reconnaître, votre frère et vous,'' intervint Sherlock. C'était un miracle qu'il soit resté silencieux si longtemps. ''Il était déjà marié quand il a commencé sa liaison avec votre mère, et ce scandale aurait ruiné son image publique, puisque je suis relativement certain que c'est une personnalité notable de l'élite.''
''Vous le saviez aussi ? Sherlock, vous... - et toi John ?'' Elle se tourna vers lui. ''Est-ce que tu étais au courant aussi ?''
Avant que John puisse ouvrir la bouche, Sherlock demanda : ''Et quand bien même il aurait su ? Même s'il le savait, qu'est-ce qui vous fait croire qu'il vous l'aurait dit alors que je ne souhaitais clairement pas que vous soyez mise au courant ? Ne faites pas l'erreur de vous croire plus imp-''
John saisit le coude de Sherlock aussi subtilement qu'il pouvait le faire dans une pièce où tous les yeux étaient posés sur lui et secoua furieusement la tête à l'attention du crétin jaloux. Sherlock pinça les lèvres pour les tirer en une moue contrariée, mais ne termina pas sa phrase.
Merci, putain, songea John.
''Cependant, si vous en avez fini avec vos plaintes misérables et votre sentimentalisme dégoulinant, pour l'instant bien entendu, puis-je continuer cette enquête qui est la raison réelle de notre venue ici ?''
Ou pas. John regarda tous les visages horrifiés et se frotta le front.
''A présent, serai-je celui qui comblera les trous béants dans cette affaire ou vous déciderez-vous à coopérer dans cette enquête pour sauver la vie de ceux que vous clamez ainsi aimer ?''
La question acérée était dirigée vers Margaret qui continua d'observer Sherlock avec un visage empli de dégoût. Le détective, pour sa part, lui rendit volontiers son regard. John n'avait qu'une envie : les faire sortir, Sherlock et lui, de cette pièce. Peu importait combien il voulait connaître cette histoire, il n'avait pas franchement envie de gérer un Sherlock énervé, en cet instant.
''Non, pas vous, non. Je veux l'entendre d'elle.'' Étonnamment, Natalie n'avait pas l'air bousculée par les simagrées du détective. Ses yeux étaient verrouillés sur ceux de sa tante, à présent.
John n'avait pas totalement relâché sa prise sur le coude de Sherlock. Il raffermit son étreinte. Le message était clair : Laisse-les régler ça. Et John remercia sa chance que Sherlock n'explose pas immédiatement.
''Tu as entendu ton ami. Tout ce qu'il a dit est vrai. Qu'est-ce que je peux te dire de plus ?'' Le calme de cette femme était troublant.
''Qu'est-ce qu- qu'est-ce que tu peux me dire de plus ? Tu me demandes ça, sérieusement ? Bordel ! Tu te prends pour qui ? Je ne peux même pas-'' Natalie prit une profonde inspiration pour calmer son tremblement. ''Aurais-tu l'obligeance de m'expliquer pourquoi vous vous êtes assis sur cette vérité si longtemps, bordel ? Et, s'il te plaît, ne me parle pas de promesses et de devoirs à la con.''
''Annie, ne l'accuse pas-'' Mais Mr Lewis fut interrompu par son épouse.
''Ma promesse faite à ma sœur mourante peut te sembler insignifiante, mais ne te permets pas de me juger sur la base de tes idéologies si pauvrement formées. Je ne suis pas toi, je n'ai pas à être tenue responsable de mes actions selon ton opinion et tes jugements. C'était le désir de ta mère de ne jamais vous parler de votre père. Un père qui a nié toute responsabilité sur votre ascendance ; qui a voulu compenser sa lâcheté en proposant un genre de compensation financière mensuelle à ses propres et uniques enfants. Oui, uniques. Ne prends pas cet air si choqué. Tu voulais savoir la vérité, Annie, n'est-ce pas ? Sois prête à l'entendre.'' Elle dirigeait son regard vers Sherlock, à présent ; le dégoût précédent avait disparu. ''Vos informations sont totalement correctes, Mr Holmes. Pardonnez-moi de ne pas avoir coopéré, ma loyauté envers ma petite sœur ne m'autorisait pas à briser ma promesse. Mais, à présent, je ne peux ni ne souhaite plus garder tout cela pour moi si ça peut sauver la vie de mes enfants.'' Elle serra la main avec elle couvrait ses autres doigts. ''La liaison a commencé rapidement après qu'Olivia a obtenu son poste. Elle nous l'a d'abord dissimulée. Mais quand je l'ai appris, j'ai essayé de lui faire entendre raison. Il était riche et marié et était plus âgé qu'elle. Je reconnais une relation vouée à l'échec quand j'en vois une et je savais que ça ne lui attirerait rien d'autre que des problèmes. C'est exactement ce qui s'est passé quand elle lui a parlé des bébés. Il a refusé de leur donner son nom. Mais il a proposé à Olivia une aide financière. Il a utilisé comme excuse l'impossibilité de divorcer d'avec sa femme, puisque, du fait de leur contrat pré-nuptial, il aurait dû lui laisser une part énorme de ses possession si le divorce était de son fait. Ma sœur a été effondrée après cela ; elle a dû quitter son travail. Elle a même pensé à... avorter.'' Ses yeux se posèrent une seconde sur sa nièce avant de revenir à Sherlock. ''Mais je- nous ne l'avons pas laissée faire. Elle a accouché dans une clinique familiale privée à Londres. Après cela, elle a emménagé chez nous. Cet homme haïssable a essayé de la contacter et a eu l'audace de lui dire qu'il avait la volonté d'ouvrir un compte pour les enfants, mais ma sœur a refusé de prendre quoi que ce soit venant de lui. Après quelques années – Annie et Freddie avaient à peu près trois ans à ce moment-là – nous avons appris que l'épouse était morte dans un accident de voiture. Olivia, naïve comme elle l'était, s'est laissée à espérer qu'elle et les enfants seraient reconnus... Elle y est retournée, s'est fait jeter une nouvelle fois, a perdu tout espoir, enfin, et est revenu vivre avec nous une fois encore. Trois ans plus tard, on lui a diagnostiqué un cancer... Et vous connaissez la suite. Ronald et moi avons adopté les enfants après sa mort.''
La respiration tremblante de Natalie trahissait le fait qu'elle pleurait silencieusement. John leva la main pour la réconforter mais n'en eut pas le temps.
''Quoique je ne puisse pas prétendre comprendre les raisons pour lesquelles vous n'avez pas mentionné le nom de cet homme une seule fois, sentiments probablement, j'ai besoin d'une identité précise. Oh et, aussi je- je vous présente ma... euh... compassion.'' Il regarda John avec suffisance. Tu vois, je sais me comporter de façon correcte.
''Edward C. Milverton,'' répondit Mr Lewis.
''Celui qui est mort il y a cinq mois ?''
''Oui, celui-là.''
''Il est mort ?'' Tous les yeux revinrent à Natalie qui parlait pour la première fois depuis le monologue de sa tante. ''I- il a gâché la vie de Maman, il nous a abandonnés, il a trompé sa femme et puis il- il vient de mourir ? Comme ça ?''
''A quoi vous attendiez-vous ? A ce qu'un ange vengeur descendrait du ciel pour lui faire expier ses péchés ? Nous sommes dans la vraie vi-''
''Nous devrions y aller, on, euh... oui, on devrait y aller.'' Donner un coup de pied à Sherlock n'était pas une option, actuellement, alors John se contenta de couvrir sa voix de la sienne. Et il n'en eut rien à faire du regard noir que cela lui occasionna.
''Quoi ? Non, bien sûr que non ! Vous venez d'arriver. Ne pensez même pas à partir avant le déjeuner.''
John était quasiment sûr que Mr Lewis était un saint dissimulé. Les personnes qui les accueillaient à bras ouverts après avoir subi la crème du crétinisme de Sherlock ne pouvaient pas être de simples mortels.
''Non, nous ne pouvons pas nous retarder plus. Le tueur ne va pas attendre que nous terminions de déjeuner.''
''Qu'est-ce que vous comptez faire ?''
''Résoudre l'affaire, évidemment.'' Sherlock fronça les sourcils, semblant ne pas comprendre pourquoi Natalie pouvait poser cette question à cet instant.
''Non, je veux dire, si l'homme est mort, ça signifie que ce n'est clairement pas lui qui essaie de nous tuer. Alors quel est votre plan, à présent ?''
'' 'Clairement' ?'' Sherlock lui envoya un arc de sourcils iconique des Holmes. ''Qu'est-ce qui rend cela si clair pour vous ? Pourquoi pensez-vous que sa mort annihilerait les chances que quelqu'un qui lui soit lié veuille vous faire du mal ? Et si sa mort était justement le déclencheur de cette série de meurtres ?''
Les yeux de Natalie s'arrondirent considérablement, à l'instar de ceux des autres présents.
''Alors vous pensez que c'est Milverton ?''
''Mais comment serait-ce possible ? Il est mort !'' John fut soudain frappé par une idée : ''A moins que... quelqu'un exécute ses ordres. Mais... pourquoi maintenant ? Après tant d'années ?''
John vit Sherlock afficher un sourire ironique. Cela continuait de le fasciner de voir combien Sherlock le traitait différemment du reste du monde.
''C'est le mystère que nous devons résoudre, n'est-ce pas ? Je veux que vous gardiez tous yeux et oreilles ouverts. Natalie, si quoi que ce soit qui soit le moins du monde suspicieux arrivait, n'appelez pas John. Contactez Lestrade ou envoyez-moi un message, si vous n'avez pas le choix.''
''Attendez !'' Natalie les arrêta avant qu'ils puissent se tourner pour partir. ''Je- je voulais juste vous présenter mon frère.''
''Pourquoi ?'' Un autre coup de coude de John, et cela se transforma en ''Hmph.''
''Nous serions enchantés de le rencontrer, Natalie.''
O-O-O
''Annie !''
Le soulagement envahit Natalie dès qu'elle entendit cette voix et qu'elle vit le visage qui la regardait comme si Noël avait été avancé cette année.
''Salut Freddie !''
Le sourire qu'elle reçut en retour était le plus beau sourire du monde. Innocent, franc, libre de tout affichage de fausse joie. C'était un bonheur pur. Elle se pencha en avant pour serrer dans ses bras son frère et lui déposa un rapide baiser sur la joue.
''Comment ça va, chéri ?''
''Biii-ien.'
''J'ai des amis ici qui veulent te rencontrer. Tu veux leur dire bonjour ?''
Freddie arbora un sourire qui brisa un peu le cœur de Natalie. Il aimait rencontrer de nouvelles personnes, mais...
Elle se leva, redressa les lunettes penchées sur le visage de son frère et poussa le fauteuil roulant pour qu'il puisse être face aux invités.
''Prêt ?''
Un nouveau sourire attendrissant suivit un enthousiaste ''Ouuuuui.''
Natalie demanda à John et Sherlock d'entrer. Elle n'était pas certaine de la façon dont Sherlock réagirait, mais elle savait qu'elle pouvait compter sur John.
Celui-ci entra en premier et prit deux secondes pour mettre de côté son choc initial lorsqu'il vit le visage semblable à celui d'un petit garçon à la place d'un homme de vingt-trois ans.
''John Sherlock, voici mon frère, Fredrick, le frère le plus génial du monde.'' Debout derrière le fauteuil, elle passa une main dans les mèches brun foncé et ébouriffées de son frère.
''Salut.'' La voix de Freddie était faible et timide.
''Bonjour Fredrick. Je m'appelle John, et voici Sherlock. Et on est ravis d'enfin de rencontrer.''
Béni soit John, songea Natalie.
''Bonjour.'' Même Sherlock lui adressa un hochement de tête poli et un mince sourire.
''J- ooon et Sh- Sh... 'Lock ?''
''C'est ça. Moi c'est On' et lui c'est Lock. Et tu es Fredrick, c'est ça ?''
Natalie souffla un rire. La tête de Sherlock... impayable !
''Je m'a'elle Fweddie,'' protesta Freddie.
''Ah, Freddie. Oui, oui bien sûr ! Désolé. Oh, alors t'aimes bien l'Espace ?'' demanda John en prenant soudain conscience de la pièce pleine d'objets et de posters en rapport avec l'univers.
''Ouuii, meau'oup.''
'' 'Bien aimer' ne rend pas vraiment justice à l'amour de Freddie pour l'Espace. Il est totalement passionné. Hein ?''
Freddie envoya un immense sourire à John. Il l'aurait tourné vers sa sœur également, s'il avait pu.
''Tu sais quoi ? Lock est super fan de tous ces trucs sur les étoiles aussi,'' dit John en regardant Freddie avant de se tourner vers son copain en remuant les sourcils. ''Hein, Lock ?''
Sherlock avait l'air d'avoir avalé un citron. ''C'est un coup particulièrement bas, John.'' Il avança et se tint derrière John. ''Tu n'aimes pas tellement les docteurs, n'est-ce pas, Freddie ?'' Le sourire qu'il afficha était de mauvais augure.
Freddie secoua la tête aussi furieusement que le lui permettait son corps : ''Non, non, do'teuw, aaw, méééééchants. Noooo-oon.''
''Eh bien John est docteur, n'est-ce pas John ?'' Sherlock était satisfait d'une façon tout à fait suffisante.
John ferma les yeux et secoua la tête. Il envoya un regard coupable à Freddie dont les yeux étaient interrogateurs.
''Oui, c'est vrai. Je suis médecin, oui. Mais je ne traite que des rhumes et des grippes, ou des maux de ventres. Et mon seul patient, c'est lui, ce Lock.''
'' 'Waiment ?'' demanda Freddie avec espoir.
''Oui, vraiment. Demande-lui. Hein, je suis ton docteur, Lock ?''
''Oui, c'est tout à fait le cas !'' intervint Natalie.
La confirmation offerte par sa sœur satisfit profondément Freddie qui sourit avec joie.
Sherlock se dirigea à pas bruyants vers la fenêtre pour regarder à l'extérieur.
Natalie arqua un sourcil vers John. Celui-ci secoua silencieusement la tête et articula sans bruit : ''Laisse-le bouder pour l'instant.''
''Alors, Freddie, c'est quoi que tu préfères avec l'Espace ?'' John traîna une chaise derrière lui pour s'asseoir, et Freddie commença à lui parler de son langage ralenti et des mouvements réduits que ses mains pouvaient accomplir, trop heureux de trouver quelqu'un qui veuille passer du temps avec lui.
Natalie observait le duo avec une affection triste, toujours debout à côté de la chaise de son frère. Si seulement...
Elle pouvait sentir un regard sur elle. Elle leva la tête et rencontra les yeux de Sherlock.
Ils s'observèrent l'un l'autre avant que Natalie ne s'approche de lui et se tienne à ses côtés.
Ils ne parlèrent pas immédiatement.
''Paralysie cérébrale.''
Ce n'était pas une question, alors Natalie se contenta d'émettre un ''Mmmhm.''
''Spastique ?''
''Oui.''
''De naissance ?''
''Non. Il a toujours été lent, mais pas comme ça. Le diagnostic a été fait plus tard... quand nous avions quatre ou cinq ans, peut-être.''
''Hmm.''
Le silence s'étendit.
''Vous ne partagez pas, n'est-ce pas ?'' demanda-t-elle soudainement en regardant par la fenêtre.
''Non.'' Sherlock ne se tourna pas pour la regarder. ''Il est à moi, Natalie. Ne faites pas d'erreurs stupides.''
''Même si j'occultais le fait que John n'a d'yeux pour personne d'autre que vous, ça ne marcherait pas, de toute façon. On est trop similaires.''
''Non, vous n'êtes pas smimlaires. Personne ne peut être comme lui. Il est unique.''
Natalie choisit de ne pas répondre à cela.
''Nourrissez-vous des sentiments romantiques pour John ?'' La voix de Sherlock sembla guindée.
Natalie pivota. John était en train de soutenir un livre et acquiesçait solennellement à ce que Freddie lui expliquait de son langage cassé.
''Est-ce qu'on ne souhaite pas tous avoir un John dans notre vie ? Un John sur lequel se reposer quand le fardeau devient trop lourd ? Un John qui ne nous juge pas d'être ce qu'on est ?'' Sherlock s'était également tourné pendant qu'elle parlait. Il l'observa pendant un long moment avant de diriger son regard vers John. ''Si, je... j'imagine que c'est le cas.''
'J'aime John,'' médita Natalie à voix haute, et elle vit les épaules de Sherlock se tendre instantanément. Elle contint un petit rire : ''Mais pas d'une façon romantique. J'imagine que j'aime l'idée d'avoir quelqu'un comme John dans ma vie. Mais pas nécessairement lui. Quelqu'un comme lui. Fort, fiable, loyal. Quelqu'un que ça ne dérangerait pas de passer du temps avec Freddie. Qui ne le regardera pas avec pitié.'' Elle dut s'arrêter. Freddie était positivement éclatant de joie. Inconscient du fait qu'un tueur était tapi quelque part pour effacer ce sourire à jamais. Un tueur engagé par leur père, très vraisemblablement. ''Mais Sherlock, je ne suis pas une menace.''
''Je n'ai jamais pensé que vous en étiez une.'' Cependant, il ne pouvait dissimuler la légère incertitude dans sa voix.
Elle renifla.
John les regarda, levant des sourcils interrogateurs. Natalie lui sourit seulement en secouant la tête. Le blond tourna son attention vers Freddie à nouveau.
''Et s'il trouvait quelqu'un de mieux ?'' La voix de Sherlock semblait sur la réserve.
La question prit Natalie totalement au dépourvu. Elle savait que Sherlock manquait de confiance, mais elle ignorait que c'était ça qui lui faisait peur.
''Est-ce qu'il a déjà fait quoi que ce soit qui ait pu vous faire penser que ça pourrait arriver ?''
''Bien sûr que non !''
''Est-ce que vous pensez qu'il aurait besoin de quelqu'un de mieux ?''
La mâchoire de Sherlock se contracta puis se relâcha. ''Il mérite mieux.''
''Il mérite ce qu'il veut. Et que veut-il, Sherlock ?'' Natalie pouvait voir les émotions traverser ce beau visage. Elle savait également qu'elle n'obtiendrait pas de réponse à cette question. Elle décida donc d'en poser une autre : ''A quel point compte-t-il pour vous ?''
''Suffisamment pour lui sacrifier mes capacités de raisonnement.'' La réponse fut instantanée.
Par d'autres, cette réponse aurait semblé étrange mais Natalie connaissait assez Sherlock pour savoir qu'il venait pratiquement de lui dire qu'il abandonnerait sa vie pour John. Parce que ces ''capacité de raisonnement'' étaient le cœur de l'identité de Sherlock.
''Est-ce que vous le lui avez dit ?''
''Il le sait.''
''Tout le monde n'est pas capable de déduire comme vous le faites, sale môme. Et ne considérez jamais votre couple comme acquis.'' Ignorant le regard noir qu'il lui jeta, elle continua : ''Parfois, certains mots doivent être dit à haute voix, même si on les sait déjà. Cela peux vous sembler illogique, mais les simples mortels ont besoin d'entendre confirmation de notre amour, de notre affection, de temps à autres.''
Sherlock cligna rapidement des yeux, puis dit : ''Oh.''
O-O-O
Etonnamment, Freddie fut bouleversé de savoir que 'On' devait partir et, moins étonnamment, sa réaction fut quelque peu différente pour le cas de 'Lock.' Pendant que John s'occupait de convaincre le frère de Natalie qu'il reviendrait vite le voir, Sherlock interrogea leur cousin, Adam, qui était rentré à la maison.
Tous deux décidèrent de laisser Natalie avec sa famille jusqu'à ce que l'affaire soit résolue. Natalie accepta, quoiqu'avec un peu de réticence. John la rassura en lui promettant qu'il parlerait à Mycroft pour tous les problèmes liés à son travail que son absence imprévue pourrait soulever plus tard.
Quand leur voiture tourna au coin de la rue et que John ne put plus faire de signes de la main à Freddie qui était au portail et tentait d'agiter ses doigts en un au revoir maladroit, le blond poussa un soupir et se laissa couler dans son siège.
Sherlock était silencieux à ses côtés, ce que John prit comme une bénédiction. Ils seraient enfermés ensemble dans la voiture pendant des heures. Encore. Le blond ne perdrait aucune occasion de profiter d'un Sherlock calme et silencieux.
Mais ce silence ne fit pas long feu, puisqu'au bout d'environ dix minutes, John entendit Sherlock demander : ''Que veux-tu, John ?''
''Manger. Je meurs de faim.'' Il posa une main sur son ventre creux comme pour le consoler. Il était certain que Sherlock leverait les yeux au ciel et répliquerait d'un moment à l'autre.
Peut-être fut-ce la raison pour laquelle ce que fit Sherlock à la place laissa John ahuri.
''Arrêtez la voiture au prochain restaurant,'' ordonna-t-il au chauffeur avant de se mettre à regarder par la fenêtre, à nouveau.
John observa son copain minutieusement. Maintenant qu'il y pensait, la question était plutôt étrange venant de Sherlock. Pour commencer, lorsque le détective demandait aux autres ce qu'ils voulaient, c'était uniquement d'une façon rhétorique. Ensuite, cette question n'avait aucun lien avec l'affaire ; Sherlock avait honnêtement voulu savoir ce que John voulait. Ce qui signifiait... qu'il était temps de faire sonner l'alarme.
L'ancien soldat aurait été stupide croire qu'il avait répondu à la question de Sherlock en lui parlant de son ventre affamé. Non, cette question n'était pas ponctuelle ni impulsive. Elle plongeait ses racines loin et réclamait par conséquent une réponse d'une profondeur égale. Et tout tendait vers une seule et unique direction : Sherlock vivait actuellement un dilemme émotionnel. A propos de John. Au milieu d'une affaire.
Oh bordel.
Mais devait-il le sonder à ce propos dès maintenant ? Ou était-ce mieux de lui laisser le temps de réfléchir à ça par lui-même ? Non, définitivement pas une bonne idée. Le petit con avait cette tendance à mal interpréter tout ce qui impliquait des émotions. Et s'il avait des doutes quant à l'amour de John pour lui ?
John posa une main hésitante sur celle gantée de Sherlock, toujours incertain de la meilleur façon d'aborder le sujet.
La voiture s'arrêta devant un pub.
Sherlock avait l'air surpris, mais si c'était en raison de cette halte soudaine ou à cause du contact de leurs mains, John ne pouvait le dire. Le blond ne pouvait laisser la tension s'accumuler dans ce cerveau hyperactif qu'était celui de Sherlock. Il saisit le brun par le col avant qu'il ne puisse sortir de la voiture et attira sa bouche contre la sienne.
Le baiser fut bref, déterminé, intense et assuré. John ne l'approfondit pas et Sherlock était trop surpris pour réagir. Ils s'écartèrent après quelques secondes.
''Pourquoi ?''
Cela brisait toujours un peu le cœur de John de voir que Sherlock ne pouvait pas assimiler l'idée que quelqu'un, même lui, pouvait vouloir lui montrer son affection sans aucune raison particulière.
''Je t'aime, voilà pourquoi.''
Il embrassa Sherlock une fois de plus avant de lui faire signe de sortir de la voiture.
O-O-O
Sherlock composa un numéro de téléphone après leur retour à Baker Street. Pas celui de son frère, ni celui de Greg, et John entendit plusieurs fois le mot ''notaire'' prononcé. Puis le détective se mit à bricoler son ordinateur portable et John piqua un somme dans son fauteuil rouge.
Le dîner consista en une simple soupe au bouillon de poulet et du pain, avec un pudding délicieux (grâce à Mrs Hudson, bénie soit-elle). John dut donner la béquer Sherlock pour le nourrir. C'était la nouvelle toquade du brun ; il refusait de manger, chez eux, sauf si John le nourrissait. Ce dernier essayait de ne pas se plier à ce caprice mais le processus fonctionnait malgré tout de la façon suivante : il dressait la table et servait la nourriture. Sherlock n'y touchait pas et ouvrait la bouche quand John s'apprêtait à prendre sa première bouchée. A partir de là, qu'est-ce que John était-il censé faire, à part nourrir cet adorable et incorrigible crétin ?
Et, pour être honnête, John chérissait ces moments.
''Bordel... Je veux hiberner pendant les dix prochaines années,'' déclara le blond après avoir fait la vaisselle. Il attendit une réponse (ou un grognement quelconque). Quand rien ne vint, il ajouta : ''Je vais au lit, Love.'' Il regarda le dos de Sherlock qui se contentait de secouer la tête en marmonnant Dieu savait quoi. John soupira et sourit affectueusement.
Il voulait que Sherlock résolve cette affaire avant qu'il y ait le moindre blessé. Pas seulement à cause de Natalie et Freddie, mais également parce qu'il voulait que le monde sache combien Sherlock était merveilleux.
Il alla dans leur chambre, serra l'oreiller de Sherlock dans ses bras, inspira profondément et laissa le sommeil l'emporter.
A un moment de la nuit, John sentit deux bras l'envelopper et un corps froid se presser contre son dos. Malgré ces foutus pieds gelés, il sourit, à moitié endormi, et se blottit contre le corps derrière lui.
Au matin, Sherlock était parti.
O-O-O
''T'es où ?''- JW
''Sorti.''- SH
''TU ES OU BORDEL ? Ça fait des heures que je t'attends et que je m'inquiète. Tu m'as même pas réveillé avant de partir ce matin ''-JW
''Tu as dit que tu souhaitais dormir.''-SH
John fixa l'écran. Il aurait dû demandé à Sherlock ce qu'il ce passait, la veille. Il aurait dû insister. Soudain, la question posée dans la voiture sembla menaçante.
''Où es-tu ? Tout va bien ? Tu rentres quand ? Tu as besoin de moi ?''-JW
Sherlock prit son temps pour répondre. En attendant, John essaya de s'apaiser. Il est juste occupé, voilà tout. Ce n'est pas parce qu'il a un problème. Il va bien. Il va vite répondre.
''J'en ai fini ici. Je suis en train de rentrer.'' -JW
Un autre message lui parvint alors que John lisait encore le précédent.
''J'aurai toujours besoin de toi.''-SH
Non, quelque chose n'allait définitivement pas.
O-O-O
Sherlock informa John des avancées de l'affaire quand il arriva chez eux. Il venait de rendre visite au notaire de Milverton, mais le cabinet notariale lui avait indiqué que celui-ci était à l'étranger pour le moment et ne pouvait être contacté. Sherlock avait essayé de les 'convaincre' mais cela avait créé un tel scandale que le détective avait été jeté à la porte.
John cacha son ricanement. Sherlock lui jeta un regard létal.
''Et après ?''
''Après, le fessier pompeux qui me sert de frère m'a appelé pour jubiler sur le fait qu'il pouvait contacter le notaire dans la minute, pour peu que je le lui en fasse la demande.'' Sherlock cracha pratiquement les mots.
''Et je présume que tu lui as dit d'aller se faire foutre ?''
Sherlock fronça les sourcils. ''Non. J'ai pensé que tu apprécierais que j'accepte la proposition de Mycroft en ce qui concerne cette affaire.''
John pressa ses lèvres, tentant clairement de réprimer un rire et échouant lamentablement. Sherlock voulut le frapper. Et l'embrasser passionnément.
''J'apprécie grandement, Love, que tu sacrifies ton ego et décides d'être un homme sage. J'apprécie très fort, vraiment.''
''John.'' Il espérait que sa voix transmettait correctement l'avertissement. ''Nous devons y aller, néanmoins, alors si tu en as fini avec les moqueries, nous pouvons partir dès maintenant.''
''Partir pour où ?''
''Le manoir de Milverton, évidemment ! Quoi d'autre ?''
''Quoi ? Mais il est mort, non ? Et qu'est-ce que le notaire a dit ?'
''Qu'il a été menacé lui aussi et a subi une attaque avant de s'exiler du pays.''
''Attaqué ? Par qui ? Ne me dis pas que le père de Natalie a essayé de tuer son propre notaire !''
''Il y un testament, John. Un testament dans lequel feu Edward Milverton a laissé quatre-vingt pour cent de ses possessions aux enfants qu'il a ''conçu hors mariage avec Olivia Show.''
Sherlock regarda les yeux de John s'ouvrirent aussi largement que des soucoupes. ''Quatre-vingt pour cents ?! Bordel de merde ! Le vieux connard n'a eu aucun scrupule à abandonner ses enfants et maintenant il leur laisse ses possessions ?! Il a eu une apparition divine avant de mourir ou quoi ?''
Sherlock tapa du pied et observa son copain prononcer ces choses insignifiantes et ridicules, passant totalement à côté de la plus importante-
''Attends !''
Enfin ! Sherlock leva les yeux au ciel.
''S'il leur laisse ses possessions, ça signifie qu'il n'a pas essayé de les tuer. Alors... qui ?''
''Son neveu, Charles Milverton. L'unique héritier de l'Empire Milverton, si ce n'était le testament. Il a essayé d'obtenir ledit testament pour le falsifier et, quand le notaire le lui a refusé, il a tenté de le lui prendre par la force.''
John mâchouilla sa lèvre pendant un moment. ''Quand est-ce arrivé ?''
''Deux mois après la mort d'Edward Milverton, selon le notaire.''
''Il n'a pas essayé de contacter la police ?''
''Il n'avait aucune preuve, sauf sa parole. Toutes les menaces ont été précautionneusement faites en personne et à l'oral. Mais, si, il a lancé une main courante contre le neveu, qui a été rejetée après une vérification de routine. L'argent peut acheter pratiquement tout, John.''
Bien que John n'était pas d'accord avec ce dernier point, l'heure n'était plus aux débats. ''Et ce notaire, pourquoi n'a-t-il pas essayé de contacter la famille de Natalie?''
''Il n'y avait aucune information pour remonter aux jumeaux en dehors de leurs noms, leur date de naissance et une ancienne adresse. Le notaire a clamé avoir fait de son mieux, ce que je doute avoir été suffisant, pour contacter la famille avant de quitter le pays. Et il a également clamé avoir été très attentif de ne divulguer que de vagues détails à propos des jumeaux au neveu de Milverton. Mais il n'a clairement pas été assez prudent puisque nous savons que le neveu a appris la date de naissance et a commencé une série de meurtres.''
John acquiesça pensivement. ''Et nous allons arrêter ce neveu ?''
''Oui, après l'avoir fait avouer.''
''Tu as informé Greg ?''
''Mmhmm.'' Il ne voulait pas mentir directement à John et fut soulager que ce dernier ne semble pas s'apercevoir de l'omission. Il voulait résoudre cette affaire lui-même. C'était la sienne, et il ne laisserait pas ces abrutis de NSY tout gâcher.
''Ok, allons-y alors.''
''Prends ton arme, ça pourrait être dangereux.''
John sembla sur le point de protester puis se ravisa et alla la chercher à l'étage.
Sherlock enroula l'écharpe bleue autour de son cou et l'attendit. Il pouvait sentir son sang battre avec l'excitation dans ses veines.
C'est l'heure du spectacle.
O-O-O
Approximativement quinze minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans une de ces maisons coûtant plusieurs milliers de Livres, dans Chelsea. Le Manoir Milverton. Ils furent introduits dans un salon décoré de façon royale, clairement dédié à des rencontres avec des clients d'affaires.
Près de lui, John était exceptionnellement silencieux. Sherlock réalisa que le blond était entré dans son mode combat. Tapant du pied et pressant l'une de ses mains contre ses lèvres, le détective balaya la pièce des yeux, listant les possibles échappatoires et les points vulnérables. Ses déductions lui disaient que la violence serait au rendez-vous.
La porte s'ouvrit pour révéler un homme grand, blond et très séduisant qui devait avoir autour de trente-cinq ans, impeccablement vêtu dans un costume trois pièces. L'image parfaite de l'héritier de Milverton. L'homme lui souriait.
''Mr Holmes, je présume ?'' Charles Milverton tendit une main vers Sherlock.
''Vous présumez juste, Mr Milverton.'' Sherlock serra brièvement la main offerte.
''Et vous devez être son Robin, l'acolyte ?'' Le ton moqueur était dirigé vers John.
Sherlock leva ouvertement les yeux au ciel. Ce genre de provocation était franchement réchauffé et d'un ennuyeux... Et son John était bien trop intelligent pour mordre à l'appât.
''Wow, je ne pensais pas qu'on était si célèbres ! Oui, vous avez raison, je suis l'acolyte, le seul et l'unique.'' John lui adressa un sourire éblouissant.
Une commissure de Sherlock s'éleva en un sourire en coin ironique. Milverton masqua son irritation plutôt efficacement.
''Alors, Mr Holmes, que me vaut ce plaisir ?'' Milverton s'assit en face d'eux, dos aux fenêtres françaises ouvertes sur les jardins.
Sherlock savait que le moindre de leur mouvement était observé et que plusieurs hommes armés étaient cachés derrières ces buissons.
''Laissez-moi réfléchir,'' Sherlock feignit une pose pensive. ''Ah ! Ça serait les quatre meurtres.'' Il sourit de toutes ses dents.
Milverton laissa échapper un rire vigoureux. ''Êtes-vous certain qu'ils ne sont qu'au nombre que quatre et non pas six ?''
''Mm... plutôt sûr. Et vous le savez également, à moins que,'' Sherlock fronça les sourcils, méditatif. ''A moins que l'assassin chinois que vous avez engagé ne collecte ses cachets en avance en vous livrant de fausses informations.''
''Bien. Je suis impressionné. Mais dites-moi, Mr Holmes, comment avez-vous trouvé la connexion avec la Chine ? Je suis curieux.'' Un sourire tordu suivit ce commentaire.
''Je pensais que c'était évident, mais j'imagine que je ne peux pas exiger d'une personne ayant organisé des meurtres d'une façon si crasse et puérile qu'elle fasse preuve d'une réelle intelligence. C'est le poison utilisé par votre assassin pour anéantir l'une de vos victimes. L'herbe qui a été utilisée dans le poison pousse essentiellement en Chine et c'est plus ou moins la signature d'un réseau de mafia chinoise sous-terrain, un groupe appelé le Lotus Noir. Alors dites-moi, Mr Milverton, êtes vous l'un des investigateurs ou une victime de chantage ?''
''Aucun des deux. Un simple client, pourrait-on dire. Mais quoi qu'il en soit, vous ne pouvez rien prouver.'' Le ton traînant était las, mais Sherlock savait qu'il avait touché un point sensible.
''Ah oui ?''
''Non, parce que signature de l'arme ou non, cette accusation doit être soutenue par des preuves solides que vous ne possédez pas. Le Lotus Noir est connu pour cacher ses traces, ne le saviez-vous pas, Mr Holmes ? Je ne fais pas affaires avec des perdants.''
''Et qu'en est-il de cet aveux ?''
''Vous êtes celui qui investigue pour cette enquête. Vous ne pouvez par conséquent pas vous présenter vous-même comme témoin sans preuve tangible, pas plus que votre acolyte.''
''Pas même si je produis une preuve enregistrée ?'' Sherlock coinça ses doigts joints sous son menton. John n'avait pas quitté une seule fois des yeux leur interlocuteur, remarqua le détective.
''Non, pas même dans ce cas puisque vous n'en aurez pas l'opportunité.'' Milverton arbora un nouveau sourire mielleux.
Ah, la menace décisive. C'était ce que Sherlock avait pratiquement attendu. ''Vous réalisez que nous tuer ne changera pas vraiment la situation, puisque vous serez toujours poursuivi pour deux meurtres.''
''Vous n'êtes pas aussi intelligent que vous le prétendez, Mr Holmes, en êtes-vous conscient ? Il y a une excellente raison pour que mes gardes aient laissé entrer Mr Watson dans cette pièce avec son arme. Cela me sera utile pour présenter mon cas de légitime défense.''
Le corps de John se raidit presque instantanément. Sherlock tambourina du bout des doigts sur le bord du sofa. Est-ce qu'il aurait dû informer Lestrade ? Mais Mycroft savait qu'ils étaient ici et les filait en ce moment-même. Peu importait ce qu'il pouvait dire aux autres, Sherlock savait que son frère viendrait toujours à son secours. Tout ce dont il avait besoin était de gagner autant de temps qu'il le pouvait. Mais que ferait-il si jamais il arrivait quelque chose à John d'ici là ?
''Alors nous allons mourir aujourd'hui ?'' Sa voix semblait lassée.
''Sherlock-'' John perdait son calme. Mauvais timing.
Sherlock tapota son coude, rassurant, sans le regarder. Pas maintenant, John. On a besoin de temps. Plus de temps.
''Oui, il semblerait bien. Bien que je doive confesser que j'aurais aimé avoir quelqu'un comme vous à mes côtés, Mr Holmes. Vous êtes trop précieux pour être gâché ainsi. Mais je pense que vous pardonnerez mon instinct de survie. Ça n'a rien de personnel, je vous l'assure.''
''Oh, non, ne vous en faites pas pour ça.'' Sherlock fit un geste de la main pour éloigner le sujet. ''Ça n'a aucune importance.'' Il pouvait sentir le regard noir de John creuser un trou dans son profil. S'il te plaît, John, ne réagis pas. ''Mais j'ai une question : pourquoi essayer de tuer les enfants de votre oncle maintenant, alors que vous auriez pu le faire toutes ces années passées ?''
''Parce que mon oncle était un vieux sanglier sénile !'' soupira Milverton avec exaspération en se reposant en arrière contre le dossier du sofa. ''Initialement, c'était moi, le seul héritier ; il existait un testament autre, avant l'actuel, par lequel il me léguait la majorité de ses possessions. Mais après mes fiançailles avec une personne qu'il désapprouvait et mon implication avec quelques personnalités, disons, controversées, mon Oncle a décidé d'annuler l'ancien testament et de laisser son empire à ses bâtards. Quelque peu hypocrite de sa part, vous savez.''
''Comment cela ?''
''Vous voyez, d'abord il ne les reconnaît pas et ne leur donne pas son nom en raison de leur absence d'ascendance noble, mais il n'a jamais eu le moindre scrupule à mettre leur mère enceinte derrière le dos de ma tante. Il n'aurait même pas songé un instant à en faire ses héritiers, si je ne m'étais pas fiancé. Ne pensez-vous pas que c'est fichtrement hypocrite ?''
''En effet. Mais il n'y avait aucune annonce concernant vos fiançailles dans les journaux. Etait-ce une liaison secrète ?''
''Mmh, on pourrait dire ça, oui. Ma fiancée jouit d'une certaine réputation qui pourrait attirer une popularité indésirable. D'où ma décision d'en faire un mariage secret.''
''Et je présume que cette fiancée est une personnalité publique ?''
''Eh bien, oui, elle est plutôt appréciée dans son domaine de travail. Et vous savez quoi ? Je pense que je vais vous parler d'elle. J'aime parler avec vous, Mr Holmes, vous écoutez attentivement. Et ce n'est pas comme si vous alliez quitter cette pièce en vie.'' Il lui envoya un clin d'œil effronté avant de continuer : ''Ma fiancée s'appelle Irene Adler.''
''Irene Adler... La Dominatrix, plus largement connue comme La Femme,'' constata Sherlock. Une personnalité appréciée, en effet.
''Irene qui ?'' demanda doucement John. Mais avant que Sherlock puisse répondre, Milverton intervint.
''Vous la connaissez, Mr Holmes ?''
''Pas personnellement, pas vraiment mon domaine. Mais oui, je connais son existence et sa ligne de travail.''
''Irene qui, Sherlock ?'' demanda à nouveau John. Et, à nouveau, Milverton l'interrompit.
''Pas un acolyte très brillant, à ce que je vois.''
John se hérissa visiblement, enfin. Sherlock ne pouvait pas vraiment l'en blâmer. Milverton était plus agaçant que Mycroft.
''Oui, excusez-moi de ne pas connaître quelqu'un dont le nom ressemble à celui d'une danseuse érotique. Et laissez-moi combler une lacune dans vos renseignements : je suis également le compagnon de Sherlock.''
Sherlock savait qu'il aurait dû s'inquiéter de voir que John tendait pratiquement à leur ennemi de nouvelles munitions contre eux, mais il s'en senti immensément fier, à la place. C'était la première fois que John reconnaissait leur relation face à un parfait inconnu. Il étouffa sa joie et murmura à John : ''Tu n'es pas tombé loin, John. Elle fournit des plaisirs de type sexuel à ses clients.''
John se tourna vers lui avec des sourcils levés, avant ramener son regard sur Milverton : ''Je comprends pourquoi votre Oncle vous a viré du testament. A moins qu'il ait été son client, lui aussi ?'' Cette fois, ce fut John qui envoya un clin d'œil.
Qui aurait dit qu'ils étaient en train d'affronter leur possible fin ? Sherlock sourit ironiquement. Ils étaient parfaits l'un pour l'autre.
En face d'eux, Charles Milverton ferma brusquement la mâchoire.
Oh, alors John a aussi deviné ça correctement ! Intéressant.
''Voyons, voyons, John, nous ne devons pas tourner le couteau des vérités embarrassantes dans les plaies de nos prévenus.''
''Oh ? Tu veux dire que le fouet de sa fiancée a aussi été autour du cou de son oncle ? Bah vache !''
''John, nous ne devrions pas tant nous amuser pendant nos derniers instants à vivre, n'est-ce pas ?''
John gloussa de rire, en réponse.
Allez, Mycroft, ne sois pas en retard. Je ne peux rien laisser arriver à John.
''Je suis ravi de vous apporter tant de divertissement pendant vos dernières secondes de vie. Néanmoins je me dois de couper court à cet entretien, pour autant que j'apprécie vos jacassements puérils. Votre temps est écoulé. Mais je suis un homme plein de mansuétude, Mr Holmes, alors je vais vous offrir une échappatoire. Laissez tomber cette affaire.''
''En échange de quoi ?'' Sherlock imita la posture de Milverton et posa ses coudes sur ses genoux en se penchant en avant.
''Mon amitié et une réserve gratuite de votre poison préféré.''
Cette dernière partie fit écho dans la tête de Sherlock et tout se figea dans son corps. Autour de lui, les événements se déroulèrent au ralenti. Il vit John s'élancer en avant, entraînant Milverton au sol avec lui. Il regarda John frapper le corps sous le sien, encore et encore. Plusieurs portes s'ouvrirent d'un coup et des hommes armés tout de noir vêtus pénétrèrent dans la pièce. Sherlock ferma les yeux.
On l'avait méprisé pour son addiction. Sa mère avait pleuré en le tenant contre elle. Père l'avait déclaré la disgrâce de la famille Holmes. Mycroft avait grimacé de dégoût. Les dealers avaient tout fait pour l'attirer pour son argent. Les gens qui prétendaient se soucier de lui le prenaient en pitié. John s'était tenu à ses côtés et lui avait tenu la main.
Mais jamais dans sa vie personne ne lui avait jamais proposé de la drogue pour devenir criminel. Personne ne l'avait estimé si bassement. Lui-même ne s'était jamais vu si mauvais. Il n'était pas un toxico. Il n'était pas un junkie de base. Il avait besoin de drogue pour ralentir. Pour oublier. Il en avait eu besoin pour s'en sortir après Maman, après Barbe-Rousse, après John... John. John !
Sherlock ouvrit brusquement les yeux. John !
John était là, bras tordus derrière le dos. Un pistolet était pointé sur sa tempe gauche. Ses yeux inquiets focalisés sur lui. Une lèvre fendue. Des gouttes de sang roulaient sur son menton.
Quelque chose se relança, en Sherlock.
''La Terre en direction de Holmes ! Hello ? Rien qu'une mention de la drogue et vous êtes parti ? Eh bien, vous êtes plus taré que je ne le pensais initialement ! Oh, vous me rendez tout ça si facile,'' railla le connard. Des bleus apparaissaient déjà sur son visage pâle.
John grogna et lutta plus violemment pour arracher ses bras à l'étreinte de l'homme de main qui les retenait. ''Ne lui parle pas comme ça, connard. Sherlock, regarde-moi ! Sherlock, ne l'écoute pas, tu m'entends ? N'écoute pas ce fils de pute.''
''Vous pensez toujours que ce taré qui vous sert de compagnon vous choisira plutôt que sa bien-aimée cocaïne ? Regardez-le ! Il salive déjà, perdu dans un quelconque souvenir extatique. Comme un chien qui attendrait son-''
''Espèce d'enfoiré de merd-''
Un coup de poing atterrit sur la ligne de la mâchoire de John. Sherlock se leva enfin et vint nez-à-nez avec Milverton.
''Sale rat de gouttière, vous osez vous en prendre à lui ? A mon John ? Vous pensez que vous pouvez m'appâter par de la drogue pitoyable ? Vous pensez que vous pouvez exploiter mon addiction, l'utiliser contre moi ?'' Quelqu'un saisit son bras par derrière et l'obligea à reculer, l'éloignant de Milverton. ''Ne me comparez pas à vous. Vous n'avez aucune prise pour me contrôler. Rien. Vous êtes un crétin désespérément pathétique, et vous pensez pouvoir m'acheter ? Vous avez grandi comme un parasite, sur l'argent de votre Oncle, en satisfaisant votre libido avec les restes laissés par votre Oncle. Vous auriez dû vous écraser et passer votre vie à rogner les os que votre cher Oncle vous a jetés, quand vous en aviez la chance. Mais, à la place, vous avez fait du mal à John et vous me menacez. Pensez-vous réellement qu'un raté comme vous peut me manipuler ? Que pourriez-vous faire ?''
Milverton éclata d'un rire fou, son visage tordu comme celui d'une bête répugnante.
''Qu'est-ce que je peux faire ? Vous voulez le voir ?'' Ses yeux ne quittèrent pas un instant ceux de Sherlock. ''Tuez l'acolyte.''
Un tornade balaya la pièce à cet instant.
Des tirs d'armes à feu. Des balles volèrent vers eux, depuis les buissons des jardins. Plusieurs corps tombèrent au sol au même instant. Un corps poussa Sherlock de derrière, l'allongeant au sol. Une douleur traversa son crâne. A travers le brouillard, il vit la silhouette de John, à terre. Il y avait tellement de sang partout. Il vit les cheveux de John devenir rouge. Puis sa vision devint noire.
Cris. John. Sang. Balles. Blessures. John. D'autres cris. John.
Il fallut un temps abominablement interminable à Sherlock pour réaliser qu'il était celui pour qui les cris étaient poussés. Il tenta d'ouvrir une mince fente de ses paupières, essaya de stabiliser sa tête tombante pour voir de qui ils provenaient. La voix semblait si familière... et ces yeux, ces... John ! John criait. John était vivant. John était avec lui !
''Jowwn... Jown... Jownnnn... Joh-''
''Sherlock ? Sherlock, tout va ba bien. Sherlock ? Sherlock !''
Pourquoi tremblait-il si violemment ? Pourquoi John ne pouvait-il l'entendre ? Pourquoi tout était si flou ?
''Jawwn... Jaw... awwn.''
''Sherlock ? Regarde-moi, REGARDE-MOI. Love, je vais bien. Je suis là Sherlock ! Ouvre les yeux, regarde-moi !''
Graduellement, il prit conscience que le tremblement ne venait pas de lui. C'était John qui le secouait. Le regardait. Il y avait du sang sur son visage. Du sang qui gouttait de son visage. Sang. John.
''John ! John ! Sang. John, du sang.''
''C'est pas le mien, c'est pas le mien, Sherlock, je ne suis pas touché. Je vais bien, tu vas bien. Greg est ici. Tout va bien, Love. On est saufs.''
Sherlock enfouit son visage dans le torse de John. Il aurait dû se sentir honteux d'être si vulnérable, si pathétique. Mais il s'en foutait. Il ne pouvait pas. Il avait failli perdre John. Encore. Il ne pouvait pas le laisser partir. Pas maintenant. Jamais.
''Je suis désolé je suis désolé je suis désolé je suis désolé.''
''Pour quoi ? Sherlock, pourquoi tu t'excuses ? Tu as résolu l'affaire !''
John, en le serrant contre lui, se balançait doucement d'avant en arrière. Le mouvement eut un effet bizarrement apaisant sur Sherlock.
''Non, je n'ai rien résolu, j'ai pas pu. Je t'ai presque fait tuer. John, John... Je t'ai presque perdu.''
''Non, Love, non. C'est faux. Je suis juste là. On est là tous les deux. On va bien. Maintenant est-ce que tu veux bien te lever ? Les secours sont là, je veux qu'ils t'auscultent.''
Sherlock secoua la tête, et le mouvement lui fit atrocement mal. Commotion potentielle.
''Je pense que tu as une commotion, Sherlock, laisse-les vérifier.''
''D'ac- d'accord.''
Sherlock se redressa et s'assit sur une chaise. Alors, seulement, il prit conscience de la scène dans son intégralité. Des corps sans vie, partout. Celui de Milverton était parmi eux, gisant tordu et déchiré ; ses yeux morts regardant le vide. Plusieurs blessures de balles dans son corps. C'était comme si tout le monde était mort sauf eux. Sherlock tenta de froncer les sourcils, mais cela le fit tellement souffrir qu'il résista à froncer les sourcils à nouveau.
''Ce n'est pas l'œuvre du New Scotland Yard,'' constata Sherlock.
''Non, en effet,'' confirma Lestrade qui apparut à côté de John.
''Ce n'est pas vous ? Qui, alors ?'' demanda John en essuyant le sang avec la couverture d'un orange criard. Il y avait trop de sang.
Sherlock ferma à nouveau les yeux. Il avait besoin de découvrir qui avait interrompu le meurtre, qui les avait sauvés. Mais il ne pouvait se concentrer sur rien quand John se tenait là, couvert de sang, et, en plus, sa tête le faisait beaucoup trop souffrir.
''Hey hey hey, on ne s'endort pas, ouvre les yeux, Sherlock. On ne dort pas.''
''Je ne dors pas,'' rétorqua-t-il. John cessa momentanément son houspillage et lui envoya un grand sourire.
Dément. Idiot. A moi.
Qui avait tué Milverton et ses hommes ?
Mycroft ? Hautement improbable. Mais... qui, alors ?
''Vous n'avez pas la moindre piste ?''
''Non, nous avons fouillé tout l'immeuble et les zones depuis lesquelles les balles ont été tirées. Mais nous n'avons rien pu relever. Pas même une empreinte de pas.''
Sherlock tenta de monter les yeux au ciel et grimaça à nouveau. ''Depuis quand le Yard est-il reconnu pour résoudre les crimes et collecter des indices dignes de ce nom ? Mais comment êtes-vous arrivés ici ? Mycroft ?''
''Oui, ton frère m'a informé. Et j'ai aussi reçu un message de John. Mais j'étais à l'autre bout de Londres et, sans ma présence personnelle, Donovan n'aurait pas pu entrer d'où le retard. Désolé pour ça.''
John lui avait envoyé un SMS ? Sherlock regarda abruptement son copain.
''Ne t'en fais pas, Love, on aura une looooongue conversation une fois qu'on sera tranquillement rentrés à la maison.'' Le sourire de John était tout sauf amusé.
Sherlock voulait se renfrogner mais ne pouvait pas. Alors il attrapa John, le tira à lui et enfouit son visage contre son torse à nouveau.
Ils étaient sains et saufs. Ils étaient ensemble.
O-O-O
Au même instant, quelque part dans Londres.
''Etait-il nécessaire de tuer mon fiancé ?''
''Yep.''
''Mais j'étais à deux doigts de me marier et d'obtenir toutes ses possessions. J'aurai pu le tuer moi-même à ce moment-là.''
''Ce n'était pas le but, ma chère.''
''Ne me dites pas que ce détective junior est si important que vous avez assassiné Charles pour lui ?''
''Ta prédiction est parfaite, seule la cible est erronée.''
''Cible erronée? Vous voulez dire... vous avez tué tous ces hommes et envoyé en l'air deux excellents contrats pour un vague médecin de l'armée fini ?''
''Je peux également te faire tuer pour l'avoir insulté, très chère. Vilaine, vilaine fille. N'oublie pas que tu n'es qu'une marionnette, Irene.''
''Je- ne savais pas qu'il était... important pour vous. Je m'excuse, Jim.''
''Pas de problème. Tout va bien. Rappelle-toi seulement ta position, d'accord ?''
''Bien sûr. Alors, quelle sera ma prochaine tâche ?''
''Mmmmmmmh, je te le ferai savoir. C'est ta semaine de deuil, après tout. Mes condoléances.''
''Vous êtes un sacré cas, Jim, le saviez-vous ?''
''Vraiment ? Je n'en avais pas la moindre idée ! Maintenant, dehors.''
…...
''Patron, c'est qui le suivant ?''
''La Générale Shan, bien sûr.''
''… Très bien.''
''Sebby, mon cher, penses-tu que je doive la laisser s'en sortir alors qu'elle a ignoré mes ordres directs de ne pas blesser John ?''
''Non, patron.''
''Bonne réponse !''
''Et qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?''
''Mmmmh, on prend un plat à emporter dans un restaurant indien. Est-ce que ça te plairait, Sebby ?''
''Oui.''
''Tu es adorable. Maintenant, va-t-en, puis amène-moi le nouveau dossier sur John.''
''Bien, Patron.''
.
Pour info : Le nom Milverton est tiré d'un des livres Sherlock Holmes d'ACD.
Et voilà pour cette semaine !
Et, pour que la transition se fasse en douceur... On approche de la fin, les copains :) Je vous en dirai plus dans le prochain chapitre.
Des bisous ! Merci d'avance pour vos reviews !
Nauss
