Bonjour,

Comme d'habitude, un grand merci à toutes les personnes qui suivent cette histoire.

Voici un nouveau chapitre pour vous.

Bonne lecture,

Perhentian

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Chapitre 12 – Mars 1999

– Dépêchez-vous !

– Par ici !

– Poussez-vous !

– On ne pousse pas !

Les éclats de voix atteignirent Hermione avant même que ses pieds ne touchent le sol. Paradoxalement à la panique et l'agitation qui émanaient de ces cris, Hermione ressentit un immense soulagement à reprendre contact avec la réalité. Elle avait réussi à voyager par cheminée. Elle était vivante.

– Yes ! murmura-t-elle en ouvrant les yeux.

Elle était à l'extérieur, en plein milieu d'une rue bondée. Vivement, elle sortit de la cheminée – elle n'avait aucune idée du temps après lequel les flammes se remettaient à bruler –, et se plaça dans le recoin sombre le plus proche qu'elle put trouver. D'un mouvement de baguette, elle conjura une cape légère qu'elle enroula autour d'elle, avant d'en rabattre la capuche sur son visage. Un sortilège de maintient plus tard, elle était prête à affronter le monde extérieur.

La rue ressemblait étrangement à celle où elle était allée acheter une baguette, mais Hermione ne savait pas si elle se trouvait à un autre endroit de la même rue, ou si toutes les rues sorcières étaient semblables. De nombreux sorciers se pressaient autour des cheminées, la plupart se bousculant pour essayer de rentrer dedans et de s'en aller au plus vite. Soudain des bruits d'explosions retentirent et Hermione agrippa instinctivement sa baguette.

Un groupe de sorciers portant des robes toutes identiques se précipita vers la source des explosions qui se poursuivaient. Tous ses sens en alerte, Hermione scruta la rue autour d'elle mais rien ne semblait avoir été détruit. Les explosions devaient venir de plus loin. L'agitation des passants cependant redoublait autour des cheminées, et Hermione se sentit particulièrement mal à l'aise, sans savoir si cela était dû à la foule compacte autour d'elle, où à l'angoisse liée à sa tentative d'évasion.

Elle regarda les sorciers en uniforme, hésitant quand à la démarche à suivre. Elle avait toujours respecté les figures d'autorité, mais si elle était effectivement au même endroit que la dernière fois, alors cette rue était sous l'emprise du seigneur des ténèbres. Et si les passant s'inclinaient avec peur devant lui, il contrôlait aussi sûrement la police. Comme il lui avait lui-même dit un mois plus tôt, personne ne lui viendrait en aide, à part peut-être les fameux résistants…

– Un peu de calme messieurs dames ! Tout est sous le contrôle de la police magique, retentit une voix magiquement amplifiée. Veuillez rentrer chez vous dans le calme.

L'effet de son ton autoritaire fut cependant rapidement douché par un nouveau bruit d'explosion, plus proche, et l'éclatement dans le ciel d'un projectile qui cracha d'immenses flammes dans toutes les directions, créant un nouveau mouvement de panique. Hermione conjura immédiatement le charme du bouclier, mais les flammes restèrent heureusement en hauteur.

Une fois le danger écarté, elle jeta un coup œil prudent vers les cheminées. Elle n'avait pas vraiment d'autre endroit où elle pouvait aller en cheminée. Elle se sentait suffisamment chanceuse d'avoir pu sortir par ce moyen du château de Serpentard, et elle ne voulait pas vraiment pousser sa chance en annonçant une destination au hasard. Elle devrait sortir de cette rue par voie terrestre, et si possible discrètement.

Des membres de la police magique semblaient encadrer l'évacuation des sorciers, mais leur attention était surtout concentrée sur les explosions d'un côté de la rue. Ils semblaient particulièrement désorganisés, comme s'ils n'avaient pas l'habitude de gérer ce type d'incident, et malgré ses appréhensions Hermione réussi sans mal à se faufiler dans le sens opposé. Elle remonta adroitement le flot de sorciers à contre sens, et au fur et à mesure de sa progression la rue se fit de plus en plus vide. Elle croisait de temps en temps des représentants de la police magique, mais elle réussit à chaque fois à se dissimuler derrière des personnes ou des devantures de magasins.

Enfin, la rue devint complétement déserte. Hermione s'arrêta un instant, regardant autour d'elle. Elle repéra une librairie, Fleury et Bott, affichant un magnifique panneau « Fermé », et d'autres magasins beaucoup plus étranges, eux aussi précipitamment fermés.

– Bon, je fais quoi moi maintenant ? soupira Hermione.

D'un pas lent, elle continua sa progression dans la rue vide. Des bruits d'explosion retentissaient toujours derrière elle au loin, et l'angoisse de la jeune fille augmenta considérablement. Elle avait croisé quelques rues perpendiculaires, mais toutes étaient étroites et sombres, et Hermione avait préféré ne pas s'engouffrer dedans, continuant plutôt à remonter la rue principale. Elle tenait toujours fermement sa baguette, et elle commençait à se demander si elle arriverait à sortir de cette rue avant qu'il ne la rattrape, lorsque ses réflexions furent interrompues par des bruits de pas précipités, venant de derrière elle.

Il devait y avoir au moins une dizaine de personnes, et dans la rue déserte Hermione n'avait aucun endroit où elle pouvait se réfugier. Paniquée, elle regarda rapidement autour d'elle, soupesant ses options, avant d'opter pour la ruelle louche sur la droite, portant le nom rassurant d'Allée des Embrumes. Elle s'y engouffra rapidement, s'éloignant de seulement quelques pas avant d'être totalement dissimulée dans l'ombre, comme si la ruelle était magiquement enchantée pour être particulièrement sombre.

Une dizaine de policiers magiques passèrent en vitesse, et ils venaient juste de disparaitre que de nouveaux pas se firent entendre, cette fois venant du fond de l'Allée des Embrumes. Ils étaient beaucoup plus discrets, et Hermione fut presque surprise de voir trois sorciers masqués émerger soudainement juste à côté d'elle. Ils n'étaient certainement pas en uniforme de la police magique, et ils semblaient fuir quelque chose à la vue des fréquents regards qu'ils jetaient derrière eux.

– Il faut que nous partions rapidement d'ici, fit précipitamment l'un d'eux.

– Sortons dans le chemin de traverse, répondit un autre. Peut-être que la police n'y a pas encore activé les barrières anti-transplanage.

Hermione n'hésita qu'un instant.

– N'y allez pas, fit-elle en surgissant juste à côté d'eux.

Ils se tournèrent vers elle d'un mouvement rapide, et un instant après Hermione avaient trois baguettes pointées droit sur elle. Elle se demanda confusément pourquoi elle réussissait toujours à se retrouver dans des situations pénibles, et qu'est ce qui avait bien pu la pousser à prévenir ces personnes, qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, au lieu d'assurer sa propre sécurité.

– Une dizaine de policiers viennent juste de passer par là ! murmura-t-elle rapidement en désignant l'allée.

Comme pour lui donner raison, des bruits de pas se firent de nouveau entendre, et les trois sorciers s'enfoncèrent de nouveau dans l'Allée des Embrumes, Hermione les suivant prudement. Mais ils avaient à peine fait quelques pas que cinq autres sorciers émergèrent du fond de l'allée. En quelques instants une bataille rangée s'engagea entre les huit sorciers, et Hermione se recula dans la pénombre.

– Stupefix !

– Diffindo !

– Endoloris !

– Expilliarmus !

Hermione hésitait à profiter de la confusion ambiante pour s'en aller discrètement, lorsqu'elle reconnut avec stupeur Vincent Crabbe parmi les assaillants, qui étaient à visages découverts. Un autre coup d'œil lui permit d'identifier Gregory Goyle. Un fol espoir gonfla en elle. Pour que ces sorciers fuient à la fois la police magique et ses geôliers, il y avait une chance non nulle qu'ils fassent partie de cette fameuse résistance. Et si rien n'assurait à Hermione qu'ils ne soient pas encore pires que le seigneur des ténèbres, elle savait qu'elle ne pourrait pas indéfiniment errer dans cette rue, et qu'elle ne pourrait probablement pas se débrouiller seule dans le monde magique.

– Stupefix, lança-elle en sortant discrètement de sa cachette.

Son sortilège, doucement murmuré, atteignit sans encombre Gregory Goyle, et celui-ci s'écroula par terre dans un bruit mat. Un sentiment d'euphorie remplit Hermione devant ce résultat qu'elle n'avait jamais pu atteindre avec le seigneur des ténèbres, et c'est d'un mouvement fluide qu'elle évita le sortilège de découpe que lui lança l'un des adversaires, plus réactif que les autres. Son cœur semblait vouloir sortir de sa poitrine sous le coup de l'adrénaline, et Hermione se focalisa entièrement sur le combat.

– Incendio, fit-elle en y mettant toute sa force.

La robe de l'un des sorciers prit violement feu, et cela suffit pour que les trois sorciers masqués prennent rapidement le dessus et immobilisent ceux qui étaient encore debout. Le silence s'abattit dans la rue, et les trois sorciers et Hermione restèrent immobiles, s'observant.

Doucement, Hermione les sonda avec sa magie. Celui de gauche n'avait pas une magie très imposante, mais elle était déterminée et rassurante. Celui du milieu, le plus grand, avait une magie douce et puissante, semblant couler comme de l'eau autour de lui. Mais c'est la magie du dernier qui était la plus impressionnante. Vive, changeante, résolue. Loin de la puissance du seigneur des ténèbres, mais visiblement au-dessus de celle du sorcier moyen. Et sans cette noirceur qui semblait coller à celle du seigneur des ténèbres.

Luttant contre sa peur, Hermione se dirigea d'un pas qu'elle espérait calme vers eux.

– Je voudrais partir avec vous, annonça-t-elle d'une voix claire.

Elle avait baissé sa baguette, même si elle restait sur ses gardes.

– Nous devons partir, fit celui de gauche d'un ton mécontent, sans la regarder. Il faut qu'on atteigne la fin de l'Allée des Embrumes avant que tout le périmètre ne soit complétement bloqué…

– Je ne peux pas rester là, s'il vous plait, tenta de nouveau Hermione.

– Ta baguette, ordonna celui avec la vive magie.

Après un infime instant d'hésitation, Hermione laissa reposer sa baguette dans sa paume. Elle vit le sorcier réaliser les mouvements de baguette de l'Expilliarmus, et sa baguette s'envola dans ses mains.

Elle les suivit ensuite jusqu'au bout de l'allée des embrumes. Lorsqu'ils parvinrent au bout, un Stupefix vola vers elle. Elle ne l'évita pas, et sa dernière pensée avant de sombrer dans l'inconscience fut qu'elle espérait ne pas s'être trompée.

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Harry, Ron et Kingsley regardèrent la silhouette de la jeune fille allongée sur le lit. Des cheveux broussailleux encadraient un visage fin plutôt joli, et si la cape de la jeune fille avait disparue avec le temps, la belle robe ouvragée qu'elle portait en dessous était en parfait état. Harry était certain de ne l'avoir jamais vue avant, alors qu'elle semblait avoir à peu près son âge.

– Pourquoi tu as accepté de la prendre avec nous ? demanda Ron d'un ton mécontent.

– Elle nous a aidé. Et on n'allait pas la laisser au milieu de la rue alors qu'elle venait d'attaquer des mangemorts ! répondit Harry d'un ton irrité.

L'un comme l'autre savaient que leur irritation n'était pas tant liée à la jeune fille, qu'à l'échec de leur mission cet après-midi.

– Harry a raison, fit calmement Kingsley. Nous avons un peu de temps avant la prochaine réunion de l'ordre, profitons-en pour lui demander des éclaircissements. Au pire, nous lui appliquerons un sortilège d'oubliette. Tu as récupéré sa baguette Ron ?

– Oui. Elle est soigneusement rangée dans le salon.

Harry laissa échapper un reniflement moqueur. Soigneusement n'était pas vraiment un mot s'accordant bien avec Ronald Weasley. Ce dernier l'ignora royalement, et son air faussement outragé réussi presque à remonter l'humeur sombre d'Harry.

– Et si c'était une tentative pour nous infiltrer ? demanda Harry.

Il ne pouvait s'empêcher de trouver étrange sa soudaine présence dans l'allée des embrumes, alors que les alentours du chemin de traverse étaient en cours d'évacuation.

– Voyons ce que cette jeune fille a à nous raconter, et nous aviserons après, fit sagement Kingsley.

Harry hocha la tête. Sans baguette elle ne pourrait de toute façon rien faire dans l'immédiat pensa-t-il, même s'il ne put empêcher un frisson de parcourir son dos en repensant avec quelle force la robe de Travers s'était enflammée suite au sortilège de la jeune sorcière.

– On remet nos masques ? interrogea Ron.

– Un charme de dissimulation devrait suffire, répondit Kingsley.

Quelques mouvements de baguette plus tard leurs visages disparurent complétement dans la pénombre de leur capuche. Puis tous trois se tournèrent vers la jeune fille, baguettes levées.

– Enervatum ! fit Kingsley en agitant sa baguette.

La jeune fille devant eux papillonna des yeux un instant, avant de prendre conscience de son environnement, des trois sorciers, et des baguettes pointées sur elle. Elle se releva rapidement sans les quitter du regard, et se posta près du lit, dans une attitude clairement défensive. Son expression était à la fois méfiante et inquiète, même si elle ne semblait pas avoir peur.

– Faites-vous partie des résistants ? demanda-t-elle en plissant suspicieusement des yeux.

Sa méfiance venant d'augmenter d'un cran, Harry resserra sa main sur sa baguette. Avant aujourd'hui, aucune information n'avait filtré dans les médias sur leur l'existence des résistants. Seuls des mangemorts pouvaient être au courant, et si la jeune fille ne portait pas la marque, rien ne prouvait que cela n'était pas fait exprès pour les berner. Un rapide coup d'œil de la jeune fille sur sa baguette lui indiqua qu'elle avait remarqué son mouvement et elle sembla se tendre légèrement.

– C'est à nous de vous poser des questions mademoiselle, répondit Kingsley d'un voix calme mais ferme.

La jeune fille se tourna vers lui et elle le regarda avec suspicion. Elle était visiblement sur le qui-vive, comme si elle pensait qu'ils allaient lui jeter un sort alors qu'elle était désarmée.

– Nous n'allons pas vous faire de mal, précisa Kingsley. Nous voulons simplement avoir quelques réponses.

Après un instant de réflexion, elle hocha sèchement la tête, comme pour les inviter à poser leurs questions.

– Comment vous appelez-vous ? demanda posément Kingsley.

– Hermione.

– Hermione comment ? intervint Ron d'une voix sèche.

La jeune fille se tourna calmement vers lui avant de répondre.

– Je ne souhaite pas vous donner des informations sur ma famille.

– Et pourquoi ? Parce que tu viens d'une famille de mangemorts ? fit Ron.

– Je veux simplement protéger ma famille, tant que je ne serai pas certaine que vous ne leur ferait aucun mal je ne vous donnerai pas mon nom, fit-t-elle, une lueur de défi au fond de ses yeux marrons.

De nouveau, elle sembla s'attendre à ce que l'un d'entre eux lui lance un sort pour la faire parler.

– Et c'est quoi des mangemorts ? enchaina-t-elle.

Un silence stupéfait s'abattit dans la pièce. Même s'il ne pouvait voir leurs visages, Harry se tourna avec étonnement vers Ron et Kingsley. Qui diable ne connaissait pas les mangemorts, les plus proches fidèles de Voldemort ? La jeune fille les prenait-elle pour des idiots ?

– Venez-vous de l'étranger mademoiselle ? demanda calmement Kingsley.

– Non, je viens de Londres à l'origine. Mais j'ai été enlevée en août dernier. Je me suis enfuie, et les hommes qui vous poursuivaient, deux d'entre eux étaient mes geôliers. Comme vous vous battiez contre eux, je me suis dit que vous pourriez peut-être m'aider.

La stupéfaction d'Harry augmenta d'un cran.

– Les hommes que vous avez reconnus, qui était-ce ? demanda Kingsley.

Harry admira son habilité à garder une voix calme et mesurée. Mais cela n'était pas si étonnant, Kingsley avait été un auror avant la chute, et il avait sûrement dû mener beaucoup d'interrogatoires étranges.

– Vincent Crabbe et Gregory Goyle, répondit la jeune fille.

– Crabbe et Goyle ? s'étonna Ron. Ce sont eux qui t'ont enlevée ?

Harry ne pouvait que partager sa réaction. De ce qu'il en avait vu à Poudlard, ni Crabbe ni Goyle n'étaient particulièrement brillants. Ils se contentaient en général d'obéir à cet abruti de Drago Malefoy et de lui servir de gardes du corps lorsqu'il se pavanait dans les couloirs.

– Non, c'est Tyler Greengrass qui m'a enlevée, répondit la jeune fille.

Cette fois-ci, Harry regretta de ne pas pouvoir s'assoir. Qu'est-ce que le ministre de la magie de Grande Bretagne, et accessoirement mangemort du premier cercle de Voldemort, avait à voir avec cette fille ?

– Tyler Greengrass ? s'étonna Kingsley. Vous êtes sûre ?

Le regard de la jeune fille s'était fait incertain, comme si elle ne comprenait pas vraiment leurs réactions.

– Il s'est présenté comme cela. Et le seigneur des ténèbres l'appelait Tyler.

– Le seigneur des ténèbres ? croassa Harry.

– Quoi ? fit Ron au même moment.

Mais qu'est-ce que c'était que cette histoire ? se demanda Harry.

– Oh, désolée, reprit la jeune fille. Vous ne savez peut-être pas de qui je parle. Le seigneur des ténèbres c'est…

– Nous savons de qui vous parlez mademoiselle, l'interrompit Kingsley d'une voix blanche. Tout le monde sait qui est le seigneur des ténèbres.

Harry remarqua que sa voix était chancelante. Kingsley semblait aussi perturbé que Ron et lui. Comment pouvait-elle suggérer qu'ils ne connaissaient pas le seigneur des ténèbres ? Est-ce qu'elle était dérangée ?

– Ah, merveilleux, répondit-elle d'un ton étrangement désabusé.

– Vous avez donc rencontré le seigneur des ténèbres ? enchaina Kingsley.

– C'est pour lui que Tyler Greengrass m'a faite enlever, répondit-elle avec un brin de colère dans sa voix.

Harry abandonna sa posture digne et s'appuya contre le mur. Il avait l'impression de nager en plein délire.

– Vous étiez prisonnière du seigneur des ténèbres ? continua Kingsley avec étonnement. Depuis août ?

– Oui, répondit la jeune fille.

Cette fois ses yeux flamboyaient d'indignation, et Harry la regarda avec incompréhension. Elle n'avait pas du tout l'air d'avoir été la prisonnière du seigneur des ténèbres. Certes, elle avait l'air fatiguée, mais elle ne portait aucune trace visible de maltraitance physique. Et Harry voyait mal Voldemort faire enlever des jeunes filles pour prendre le thé avec elles.

– Tu as été torturée ? demanda-t-il tout de même avec préoccupation.

– Oui, au début, répondit la jeune fille en haussant légèrement les épaules comme si cela ne la touchait pas – ou plus. Mais cela fait quelques semaines qu'il ne m'a rien envoyé de vraiment méchant.

– Quoi ? fit Ron.

La jeune fille les regarda, l'air de se demander pourquoi ce qu'elle disait déclenchait toujours chez eux des exclamations étonnées.

– Tu voyais souvent le seigneur des ténèbres ? demanda Harry avec incrédulité.

– Quelques fois par semaines, répondit la jeune fille.

Harry n'en croyait pas ses oreilles, et Ron et Kingsley étaient visiblement dans le même état. Mais qui était cette fille ? Voldemort ne fréquentait que ses plus proches mangemorts. Il était complétement inaccessible au commun des mortels, et ceux pour qui il se rendait accessible n'avaient généralement que trop le temps de le regretter. Personne ne passait autant de temps avec le seigneur des ténèbres. Encore moins une prisonnière !

– Et pourquoi tu voyais si souvent le seigneur des ténèbres ? demanda suspicieusement Ron.

– Je n'ai jamais demandé à le voir ! répondit Hermione avec véhémence. C'est lui qui voulait analyser ma magie ! Et ces dernières semaines je ne sais même pas ce qu'il avait en tête du tout, je ne sais même pas pourquoi je suis toujours vivante !

Son ton à la fois furieux et désespéré amena un silence dans la petite pièce, et Harry repassa dans sa tête ce qu'il avait entendu. Analyser sa magie ? À quelles étranges expériences pouvait bien se livrer le seigneur des ténèbres ? Et pourquoi ?

– Et est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer qui est exactement le seigneur des ténèbres ? demanda alors la jeune fille, prenant une fois de plus Harry par surprise. Et pourquoi tout le monde se prosterne devant lui ?

La dernière phrase avait été prononcée avec une frustration évidente.

– Le seigneur des ténèbres est aujourd'hui le dirigeant de l'alliance magique, se dévoua Kingsley.

– L'alliance magique ?

– Elle recouvre les communautés sorcières de la plupart des pays européens, ainsi que quelques pays du Moyen Orient et d'Asie, rajouta Kingsley. La Russie depuis décembre aussi.

– Oh mon dieu ! fit la jeune fille en mettant une main devant sa bouche. Je n'avais pas imaginé que c'était à ce point ! Et oh… la Russie… en décembre… c'est pour ça qu'il était aussi satisfait ! Il a donc vraiment les pleins pouvoirs ? Cela ne gêne pas les sorciers de se laisser gouverner par un psychopathe à l'ego démesuré ?

Harry crut qu'il allait manquait d'air et faire un malaise. Ron s'étouffa bruyamment. Et Kingsley, comme Harry un peu plus tôt, craqua et se reposa contre le mur pour ne pas s'effondrer. Elle avait traité Lord Voldemort, le seigneur des ténèbres, dirigeant ô combien redouté de l'alliance magique, de psychopathe à l'ego démesuré. Elle était complétement inconsciente.

– La plupart des sorciers n'agissent pas par peur de représailles, répondit Kingsley lorsqu'il fut de nouveau capable d'articuler une phrase.

Harry perçut la légère note de découragement dans la voix de Kingsley, et il ne pouvait que le comprendre. Ils étaient si peu à se battre aujourd'hui contre lui.

– Mais vous, vous agissez n'est-ce pas ? fit la jeune fille.

– Effectivement, répondit Harry.

– Laissez-moi vous aider, s'il vous plait !

Harry fixa son regard sur la jeune fille. Elle semblait déterminée, et elle n'avait même pas l'air d'avoir peur.

– Tu n'as donc pas peur de lui ? demanda Harry avec curiosité.

– Bien sûr que j'ai peur de lui, répondit la jeune fille. Mais quelle différence de toute façon ? Maintenant que je me suis enfuie, si le seigneur des ténèbres me retrouve, il me tuera quoi que je fasse.

Elle avait frissonné à la fin de sa phrase, mais son regard n'avait pas vacillé.

– Est-ce que vous pourriez nous raconter comment vous vous êtes enfuie ? Demanda Kingsley.

Harry était assez curieux de savoir aussi.

– Hum, commença la jeune fille. Le seigneur des ténèbres et moi étions dans la salle de duel lorsque l'un de ses serviteurs est arrivé. Severus.

– Severus Rogue ? Demanda Kingsley.

– Il n'a pas dit son nom de famille. Il venait prévenir le seigneur des ténèbres qu'il y avait des attaques. Et pour faire bref ils ont fini par partir tous les deux en oubliant de reprendre ma baguette. Ensuite j'ai erré dans les couloirs du château avant d'entendre des personnes aller au Chemin de Traverse en cheminée. Et une fois qu'ils sont partis, j'ai fait la même chose.

– Et ça a marché ? Juste comme ça ? s'étonna Ron.

La jeune fille hocha la tête et Ron éclata soudainement d'un rire joyeux.

– Et bien, les jumeaux ont dû sacrement mettre le bazar pour qu'ils perdent autant la tête ! Si on avait su que les restrictions sur les cheminées seraient levées on aurait pu aller encore plus loin !

– Cela ne devait concerner que les sorties, tempera Kingsley. Même s'il s'agit quand même d'une monumentale erreur… cela m'étonnerait que ce soit le seigneur des ténèbres qui ait donné cet ordre d'ailleurs.

– Il n'était plus dans le château quand je suis partie je crois, fit la jeune fille. Je ne savais même pas qu'il était possible de mettre des restrictions sur les cheminées.

Cette foi c'était le dépit qui prédominait clairement dans sa voix.

– Comment cela se fait-il que tu connaisses aussi peu le monde sorcier ? demanda Ron avec incrédulité.

– Je suis moldue, répondit la jeune fille.

– Ah non ! Tu es une sorcière, on t'a vue lancer des sortilèges, rétorqua Ron.

– Je veux dire que j'étais moldue avant. Avant août.

– Tu veux dire que tu ne savais pas que tu étais une sorcière ? intervint Harry.

– Non.

– Et tu n'as jamais entendu parler du monde magique avant août dernier ? continua Ron.

– Non.

– Comment est-ce possible ? demanda Harry, plus pour lui-même que pour la jeune fille.

– Pourquoi ce ne serait pas possible ?

Harry se dandina, mal à l'aise.

– Normalement tous les enfants sorciers sont identifiés à leur naissance dans les registres du ministère, répondit Kingsley. Les enfants venant de familles non sorcières sont normalement récupérés à partir de 4 ou 5 ans.

– Récupérés ? releva la jeune fille. Pour leur apprendre à faire de la magie ?

Le malaise d'Harry augmenta à cette innocente question. Elle ne savait visiblement rien du monde sorcier, ni de ses lois.

– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda la jeune fille.

– Les enfants venant de familles non sorcières sont donnés à aux familles des plus proches partisans du seigneur des ténèbres, lâcha Kingsley.

La jeune fille resta muette de stupeur devant eux, un air horrifié apparaissant sur son visage.

– Sérieusement ? finit-elle par dire. Les sorciers pratiquent l'esclavage ? Mais c'est complètement barbare ! Comment pouvez-vous autoriser cela ?

– Cela n'a pas toujours été le cas, fit Kingsley avec douceur. Avant l'arrivée au pouvoir du seigneur des ténèbres il y a 11 ans, tous les sorciers étaient traités pareils, quelle que soit leur origine. Il y avait une certaine forme de racisme bien sûr, mais cela n'empêchait pas les nés-moldus d'aller à Poudlard.

– Poudlard ? demanda Hermione.

– L'école de sorcellerie, précisa Ron.

– Le seigneur des ténèbres à tous pouvoir dans l'alliance magique aujourd'hui, reprit Kingsley. Mais ce n'est pas pour autant que c'est normal. Nous essayons justement de le renverser pour faire changer cela.

– Je vous aiderai autant que possible, affirma Hermione. Je refuse de laisse le seigneur des ténèbres dicter ma vie !

oOoOoOo

Lord Voldemort était d'une humeur particulièrement massacrante ce soir-là.

Déjà, Severus Rogue était venu interrompre sa session avec la sang-de-bourbe parce que les manoirs de ses mangemorts étaient attaqués. Ces abrutis de Amycus et Alecto Carrow avaient même réussi à être blessés. Et Voldemort avait à peine mit les pieds au ministère de la magie, qu'un quelconque secrétaire déboulait dans le bureau de Tyler pour annoncer que Pré-au-Lard, le Chemin de Traverse et le Ministère de la magie étaient eux aussi attaqués.

Ni la lueur d'effroi qui avait envahi le regard du secrétaire lorsqu'il avait remarqué la présence du seigneur des ténèbres, ni ses cris de douleur sous son Doloris prolongé n'avaient apaisés la fureur de Lord Voldemort.

Il avait immédiatement fait venir les mangemorts de ses deux premiers cercles et les avaient fortement incités à être plus qu'une bande d'incapables. Il avait lui-même transplané dans l'atrium du ministère de la magie pour évaluer les dégâts – et faire passer sa colère. Et tout cela pour quoi ? Pour se rendre compte que les détonations et les avalanches de flammes étaient des fichus feux d'artifices retravaillés.

Il n'y avait absolument aucune menace. Certes Voldemort pouvait reconnaitre qu'il s'agissait de belle magie, mais tout était dans l'illusion. Rien de plus puissant qu'un basique Incendio. C'était à se demander comment les Carrow avaient ne serait-ce que réussi à se faire blesser. N'y avait-il donc plus en Angleterre le moindre sorcier digne de ce nom ?

En se rendant compte qu'il devait s'agir d'une diversion, Voldemort avait immédiatement fait passer le message, et certains de ses mangemorts avaient fini par tomber sur des résistants. Mais non, même là, ils n'avaient pas été fichus d'en capturer un seul. Lord Voldemort s'était alors assuré que leur soirée soit encore plus mauvaise que la sienne.

« Pop »

L'elfe n'était même pas complétement matérialisé dans la pièce que la baguette du seigneur des ténèbres était déjà pointée dessus. La lumière verte de l'Avada Kedavra commençait à poindre au bout de la baguette pour punir l'imprudent, lorsque Voldemort se rendit compte qu'il s'agissait de l'elfe de la sang-de-bourbe. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien avoir encore fait ? Le seigneur des ténèbres eut un mauvais pressentiment.

– Maître, Dory est venue prévenir le maître que mademoiselle Hermione n'est pas dans sa chambre, maître, fit rapidement l'elfe d'une voix tremblante.

– Pas dans sa chambre ? répéta Voldemort, son ton des plus glacial.

– Dory apportait le repas de mademoiselle Hermione mais Dory n'a pas trouvé mademoiselle Hermione.

Voldemort transplana immédiatement dans la chambre d'Hermione et il ne lui fallut qu'un instant pour confirmer que la jeune fille n'y était effectivement plus. Et depuis longtemps. Sa présence magique n'était qu'à peine perceptible. Et la réalisation le frappa. Il avait fait venir Severus cet après-midi, en même temps que tous ses mangemorts des deux premiers cercles. Severus qui était censé surveiller Hermione. Hermione qui avait sa baguette.

Severus allait payer cher son manque d'à-propos. Voldemort sentait déjà sa baguette le démanger. Et Hermione ne vivrait pas assez longtemps pour comprendre ce qui lui arrivait. Refreinant ses envies de meurtres, il se contraignit à garder son sang-froid.

Un instant après, il était de retour dans la salle de duel où il avait pour la dernière fois vu la sang-de-bourbe. L'air portait encore la trace de sa puissance magique, et il put sans peine la remonter jusqu'à son sortilège d'ouverture sur la porte. Guidé par la magie d'Hermione et la magie du château de Serpentard, il reparcourut les mêmes couloirs que la jeune fille quelques heures plus tôt.

Lorsqu'il arriva dans la pièce qui servait d'antichambre d'arrivée aux quelques privilégiés autorisés à rentrer dans le château, il identifia immédiatement la cheminée devant laquelle elle s'était arrêtée. La trace s'arrêtait là, et Voldemort cru un instant que quelqu'un se moquait de lui. Hermione Granger n'avait pas pu utiliser les cheminées. Elle ne faisait clairement pas partie du petit nombre de personnes autorisées à les emprunter. Même la plupart de ses mangemorts ne pouvait qu'entrer et sortir par l'entrée principale.

D'un geste de sa baguette, il fit ressortir le registre des allées et venues, et le sentiment de colère qui l'habitait se mua en rage en découvrant qu'Hermione avait quitté le château pour le Chemin de Traverse.

Sous l'impulsion de la fureur du seigneur des ténèbres l'ensemble du mobilier de la pièce explosa. Hermione Granger venait de signer son arrêt de mort. Et il se chargerait personnellement de lui faire subir la mort la plus longue et la plus douloureuse possible quand il remettrait la main sur elle. Et une fois qu'elle serait de nouveau entre ses mains, il la ferait tellement hurler de douleur qu'elle le supplierait elle-même d'achever sa misérable existence.

Mais en attendant, il allait passer sa fureur sur quelqu'un d'autre. Bellatrix allait souffrir longuement ce soir. Seule elle avait le droit de retirer les restrictions de sortie sur les cheminées en cas d'urgence. En cas d'urgence ! Pas pour lutter contre de stupides feux d'artifices ! Pas pour se rendre une fois de plus ridicule face à ces résistants ! Et maintenant, il avait perdu la trace de sa sang-de-bourbe. Jamais il ne pourrait identifier sa magie au milieu du chemin de Traverse, surtout des heures plus tard.

D'un mouvement de baguette, Voldemort appela Bellatrix à lui, sa colère faisant trembler toute la pièce autour de lui.

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Au même moment, sans avoir aucune connaissance de la fureur du seigneur des ténèbres, Hermione se reposait tranquillement sur le lit de la pièce où elle était pour le moment consignée. Elle avait longuement parlé avec les trois sorciers, expliquant sa fuite, et rentrant plus en détail dans son histoire.

Ils lui avaient assuré qu'elle était en sécurité avec eux, et qu'ils la protégeraient. Et pour la première fois depuis des mois, Hermione se sentait effectivement confiante. Rien ne prouvait que les sorciers ne s'étaient pas simplement joués d'elle, mais Hermione avait envie de les croire.

Elle était furieuse de ce qu'elle avait pu apprendre. L'esclavage des né-moldus. Cela aurait été son destin s'il n'y avait pas eu cette barrière magique ! Elle s'était longuement interrogée sur la raison de la présence de cette barrière, et elle se demandait maintenant si quelqu'un n'avait pas voulu la protéger. Elle remerciant cette personne de tout son cœur. Certes, sa situation n'était présentement pas des plus brillantes, mais au moins elle n'était l'esclave de personne.

Le seigneur des ténèbres n'avait-il donc aucune considération pour qui que ce soit ? Elle savait ce qu'il recherchait, le pouvoir et la connaissance, et elle savait que seuls ses objectifs comptaient pour lui. Mais savoir que cet homme dirigeait une immense société magique, cela lui donnait des sueurs froides. Et malgré la peur que l'homme lui inspirait, malgré l'étendue terrifiante de ses pouvoirs, Hermione était déterminée à aider les résistants à le renverser.

Demain marquerait incontestablement le début d'une nouvelle vie.

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A/N : A la semaine prochaine !