Chapitre 12
La maison de Lily était pleine de rire et de chaleur, tout pourrait être parfait si Pétunia n'était pas là à lancer des œillades meurtrières à sa sœur chaque fois qu'elles se croisaient. Sa mère nous avait préparé des sandwichs à la confiture, nous discutions de choses et d'autres, à mon plus grand bonheur, Lily n'avait pas encore commencé à parler de Potter, bien que je craignais que cela n'arrive tôt ou tard.
Contre toute attente, spécialement la mienne, c'est moi qui mis en première le sujet sur le tapis, sa relation avec Potter n'étant pourtant pas la première de mes préoccupations en ce moment. J'étais bien assez occupée par mes propres relations sociales pour me mêler de celles des autres.
Ou peut-être pas tant que ça, en fait.
« Alors, toi et Potter… c'est du sérieux ? » Demandais-je, mine de rien.
Elle me jeta d'abord un regard surpris, l'air de se demander ce qu'il m'arrivait et quelle mouche avait bien pu me piquer.
« On peut dire ça comme ça, oui, » Fit-elle, perplexe.
J'acquiesçais légèrement, me questionnant sur pourquoi, par Merlin, je lui posais ce genre de questions. Je me rappelais mes conversations avec Sirius, où lui me posait ce genre de questions auxquelles je n'avais pas de réponses. Et ça venait aussi, en tout cas c'est ce que je me disais avec le recul, que j'espérais très fort qu'elle me réponde que non, tout n'allait pas comme sur un petit nuage.
« Il est vraiment différent de l'image que tu as de lui, Marlene. »
J'acquiesçais de nouveau en réfrénant un soupir, je savais bien que le saint Potter n'était pas un être de vices qui ne méritait que haine, mépris et indifférence.
« Il m'a invité à passer le nouvel an chez lui avec ses amis en me disant que je pouvais amener quelqu'un, tu devrais venir aussi, ça vous permettrait de faire connaissance, » Ajouta-t-elle, ne se douter pas que le problème ne résidait pas là.
« Je ne sais pas, Lily, mon père a besoin de moi… »
« Il y aura Sirius, » Enchérit-elle, comme si cela pouvait me faire changer d'avis.
Je fronçais les sourcils, je n'avais aucune raison d'aller là-bas, j'en avais bien assez des visions d'horreur des deux tourtereaux à Poudlard pour ne pas m'en rajouter durant mes courtes vacances.
« Ca ne va pas être possible, je suis désolée de t'abandonner sur ce coup-là… » Fis-je piteusement.
Elle soupira et balaya les vestiges de la conversation d'un mouvement de main.
« Comment va ton père ? »
Je pris ma tasse de thé entre mes mains, tentant de réchauffer un peu mon cœur qui se glaçait d'effroi face aux sujets nouvellement abordés.
« Il… s'en sort, j'imagine, » Dis-je. « J'ai confiance en lui. »
Elle sourit, Lily avait toujours été admirative du lien qui nous unissait, moi et mon père, nous étions de même tempérament et avions traversé les mêmes épreuves, ça nous avait rapproché bien plus que tout autre chose.
Malgré ce début de séjour plutôt catastrophique, j'appréciais passer du temps avec Lily, nous marchions dans les grands près enneigés derrière chez elle, discutions de choses et d'autres, les flocons de neige parsemaient sa chevelure de feu, dans ce décor, elle avait comme une aura angélique qui planait autour d'elle, ou peut-être bien que c'était mon imagination qui avait inventé cette partie. Elle était jolie, Lily, tellement jolie.
Je rentrai chez moi au bout de quelques jours, comme à son habitude, le regard de mon père s'était illuminé, alors qu'il avait transplané devant la maison des Evans pour me ramener à la notre. Il m'avait pris dans ses bras et avait déposé un baiser sur mon front, puis, après avoir salué et échangé quelques brèves paroles avec les Evans, nous étions partis et j'avais enfin pu retrouver mon chez moi.
Mon chez moi, comme je l'appelais, c'était une petite maison, pas très loin de Londres et des quartiers sorciers. L'allée était bordée par des plantes en mauvais état, reflet de la vie qui se trouvait à l'intérieur de la maison. Depuis que maman n'était plus là, il n'y avait guère plus grand monde qui s'occupait de la maison.
Je déposais mes affaires et redescendais rapidement, mon père avait pris sa journée pour la passer avec moi, ça ne se produisait pas assez souvent pour que je fasse la fine bouche. Nous parlions de sujets légers, de l'école et de ce que nous allions manger le soir même, il me montra la plante verte qu'il avait acheté à un magasin moldu, pour ajouter un peu de vie au salon et me parlait de cette amie qui travaillait au Ministère et ramenait parfois des chocolats faits maison. Je souris, et mon sourire s'agrandit alors que mon père continuait à me raconter toutes ces anecdotes, il semblait qu'un poids s'était détaché de ses épaules, depuis la dernière fois où nous nous étions vus et ça me réchauffait le cœur.
Durant la semaine, je m'occupais de la plante verte et travaillait à mettre un peu de bonne humeur dans la maison, l'entrain que j'y mettais était assez exceptionnel venant de moi, je n'étais pas quelqu'un de très enthousiaste, mais mon père m'avait manqué et je savais qu'il avait besoin d'un petit rayon de soleil dans cet hiver qui allait sûrement être glacial.
« Joyeux noël ! » M'exclamais-je d'une voix chantante, déposant sur son lit un plateau remplis de bonnes choses à manger, certainement assez mal cuisinées, étant donné que je n'avais pas vraiment l'occasion de m'entraîner à Poudlard.
Il me sourit tendrement et s'étira avec précaution pour éviter de renverser quoi que ce soit sur ses draps.
« Je ne pensais pas que noël arriverait aussi vite, » Il continuait de sourire avec une douceur que je ne lui connaissais plus. « Je n'ai pas eu le temps d'aller chercher un sapin cette année, désolé. »
« C'est une tradition moldue stupide, » Je répondis en balayant la question de la main, sans vraiment croire à ce que je disais.
« J'ai quelque chose pour toi. »
Il se leva, laissant son petit déjeuner de côté et partit dans la pièce adjacente. Il revint une ou deux minutes plus tard, une grande boîte entre les mains. Je fronçais les sourcils et me levais, avec toute ma grâce habituelle, pour me poster devant lui.
« Joyeux noël, ma Marlene. »
J'ouvrais la boîte, l'émotion commençant à me piquer les yeux, mon père m'offrait toujours de magnifiques cadeaux, je ne savais pas si cela venait du fait qu'il voulait se racheter de ne jamais avoir été très présent dans ma vie ou parce qu'il ne savait pas quoi faire de son argent, à part racheter des plantes vertes. J'y découvrais une cape brodée, dont le tissu me semblait extrêmement léger et doux, certainement autant qu'elle était onéreuse.
Je la sortis de son étui et luttai pour qu'aucune larme émue ne roule sur ma joue. Il fallait l'avouer, je n'étais pas une inconditionnelle de la mode, ma tendance à me « laisser aller », vestimentairement parlant, avait d'ailleurs été sujet à moqueries dans mes douces années.
Je tournais une nouvelle fois le vêtement vers la lumière du jour, le tenant à bout de bras, pour en apprécier la couleur et le textile. Mon père semblait ravi de me voir m'émerveiller devant ce bout de tissu.
Je n'avais jamais adoré la mode, je me contentais de vieux vêtements appartenant à mes aînés et de ce que m'achetait ma mère. Autant dire que cela faisait un moment que je n'avais pas renouvelé ma garde robe.
Il était possible que mon père se soit fait la réflexion et ait voulu me rappeler cette époque bénie où tout était si simple.
« Tu aimes ? »
« J'aime beaucoup, » Répondis-je, faisant un mouvement hésitant vers l'avant pour le prendre dans mes bras.
Nous n'étions pas très tactiles, mon père et moi, mais à la mort de ma mère, il y avait eu ce besoin de contact, de savoir que l'autre était là, qui s'était profondément ancré en nous. La petite Marlene McKinnon n'avait jamais eu de relation fusionnelle avec son père, mais ce n'était plus le cas de l'adolescente désabusée, Auror en devenir, qui cherchait de nouveaux repères.
.
La journée passa à une vitesse folle, l'esprit de noël typiquement moldu avait fait son chemin jusque dans la maison et j'avais passé un moment à accrocher des guirlandes lumineuses. On avait besoin d'un peu de lumière et de couleurs dans cette maison, et j'étais bien décidée à mettre un peu partout.
Pour parfaire la journée, j'avais voulu faire un gâteau, et après la troisième tentative et un début d'incendie que mon père avait rapidement maîtrisé, le rendu me plaisait plutôt bien.
Nous étions assis à la table de la cuisine, à regarder la neige tomber par la fenêtre, lorsqu'une chouette, qui m'avait l'air de mourir de froid, vint s'y poser avec grâce, une missive accrochée à la patte.
Après un rapide coup d'œil à mon père, comme pour m'assurer que rien de dangereux ne pouvait arriver si j'ouvrais cette fenêtre, je me levais et la laissais entrer. Je décrochais la courte lettre et donnais une friandise à l'oiseau. Elle resta là pendant quelques minutes, semblant hésiter entre aller se réchauffer près du four, attendre que je griffonne une réponse, ou revenir au propriétaire.
Je déroulais le morceau de parchemin et retins difficilement mes yeux de se lever au ciel en lisant le message.
J'ai entendu dire que tu ne viendrais pas samedi soir célébrer avec nous à l'année qui commence, je considère cela comme une trahison et exige tes explications.
P.S. : Pense à moi quand tu t'encrasseras les poumons sous le gui et joyeux noël !
Amitiés,
Sirius.
Il avait rapidement griffonné son nom, comme s'il s'était, au moment de l'envoyer, que j'étais susceptible de ne pas savoir quel idiot pouvait m'écrire.
C'était pourtant assez évident, je n'avais pas tellement d'amis, et ceux qui l'étaient n'étaient pas des idiots.
« Qui est-ce ? » Me demanda mon père, coupant une autre part de gâteau.
« Sirius Black. »
« Oh… »
Sa réaction était loin d'être surprenante, les McKinnon, même s'ils avaient pu prôner un élitisme du sang pur jadis, s'était considérablement calmé et éloigné des familles telles que les Black. De plus, il devait certainement se rappeler de la diatribe pleine de venin à son encontre que j'avais tenue en revenant de mes dernières vacances.
« Vous êtes… »
« Amis. On est amis, papa, » Je m'empressais de répondre, sentant déjà quelle tournure la conversation pouvait prendre. Heureusement pour moi, le père McKinnon n'était pas un bavard.
De l'autre côté du parchemin, je répondis que j'avais d'autres chats à fouetter, mais que je l'attendrai pour ma première cigarette de 1978, même si ça allait certainement me paraître insurmontable de me passer de nicotine pendant plus de deux jours.
La chouette, un mot de nouveau accroché à la patte, resta à nos côtés quelques minutes de plus. Elle était très belle et aimait les gratouilles sur le haut de la tête. Elle me rappelait la chouette que nous avions lorsque j'étais petite.
Mon père, de l'autre côté de la table, me regardait avec un regard attendri, son air nostalgique me fit chaud au cœur, cela faisait longtemps que je n'avais pas réussi à lui redonner le sourire, et le voir heureux semblait faire s'évaporer tous mes petits tracas quotidiens. J'aurais fait n'importe quoi pour lui.
Depuis que j'étais rentrée, ses cernes avaient considérablement diminuées et il ne passait plus tout son temps au travail –même s'il ne voulait pas me le dire, je savais qu'il y passait tout son temps, j'avais des espions là-bas-, je l'avais même surpris à sourire plusieurs fois.
Devoir le quitter seulement quelques jours plus tard me brisait le cœur, je ne pouvais décemment pas, en plus de ça, partir faire la fête chez Potter. Ca et le fait que je ne supportais pas cet abruti.
Je repartis ouvrir la fenêtre et regardais la chouette s'effaçait peu à peu dans le ciel.
Ce nouvel an, je le passerai avec mon père, à lire à voix haute de vieilles pièces de théâtre que ma grand-mère écrivait et à siroter un verre de vin ou deux, un breuvage moldu qui avait toujours plu à ma famille, profitant de la chaleur d'un feu de cheminée, à défaut de profiter de la chaleur humaine d'un Black ou d'un Pettigrow ayant trop bu.
