Chapitre XI • 1928.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par « ils ont disparu » ?!
Freya sursauta, faisant trembler les tasses sur le plateau d'argent qu'elle tenait entre ses mains. La voix de Grimmson continua à hurler derrière la porte de la Division 31 :
- Trouvez-les moi ! Je les veux vivants !
Les yeux de Freya tombèrent sur la surface en argent vieilli du plateau.
Son image légèrement brouillée était fatiguée.
Comment en était-elle arrivée là ? Comment en était-elle arrivée à devoir servir le thé et le café aux réunions de cet infâme personnage ?
Cela faisait 3 jours.
3 jours qu'ils étaient sans nouvelle des frères Dragonneau.
3 jours qu'elle avait reçu l'ordre de cacher le contenu du tiroir confidentiel de son ancien patron.
Le renvoi de Thésée avait été comme un coup de tonnerre, au Ministère, comme dans la presse. Bientôt, des affichettes avec leurs portraits tapissaient les murs gris et morts des nombreux couloirs. Et justement, elles étaient aussi affichées juste à côté de la porte du bureau de la division. Les yeux bleus de Freya se posèrent avec hésitation sur les photos qui remuaient en noir et blanc.
« AVIS DE RECHERCHE »
« Sorciers Disparus »
Le visage sévère et presque immobile de Thésée Dragonneau contrastait vivement avec l'expression gauche de son jeune frère. Pourquoi Grimmson voudraient à ce point les retrouver ? Pourquoi Thésée lui aurait-il demandé de cacher ces documents ? Ils n'avaient pourtant l'air que de futiles journaux.
La porte devant elle s'ouvrit brutalement et elle ne put réprimer un autre sursaut.
Les visages contrariés et fatigués de Phineas et Coffin apparurent derrière celle-ci. Depuis le renvoi de leur patron, ils avaient été étranges eux aussi. Sans parler de Gideon, qui lui, n'étaient même plus à son poste à l'infirmerie du Ministère.
Ils étaient fermés, froids, distants.
Phineas la regarda vaguement avant de la contourner pour filer avec Coffin dans le couloir sombre. Il cachait quelque chose.
En fait, ils cachaient tous les trois quelque chose.
Elle entra dans le bureau de la Division 31.
- Ah Freya, cela fait une éternité que j'attends ce thé, souligna Grimmson avec un sourire fourbe.
Essayant d'éviter au mieux son regard malsain, elle se racla la gorge et amena le plateau sur le bureau. Elle claqua le support en argent sur la surface boisée et fit de même avec la tasse qu'elle avait amenée juste devant ses mains.
Le thé déborda négligemment sur les quelques papiers qui trainaient là et Grimmson siffla entre ses dents. Avant qu'elle ne puisse se retirer, il lui attrapa la main avec fermeté et elle ne put retenir une inspiration de surprise.
Elle tenta de se défaire de sa poigne de fer alors qu'il l'attirait vers lui, mais elle n'y parvint pas. Suivant son bras, Freya se pencha au dessus du bureau de son nouveau patron. Son visage qu'elle souhaitait impassible se fissura pour laisser place à des yeux craintifs et dégoûtés.
Le rictus devant elle s'intensifia.
Elle était désormais si penchée au dessus de lui qu'elle pouvait entendre et sentir dans son cou les souffles qui s'échappaient de ses lèvres gercées entrouvertes.
- Je les trouverai, Freya. Je finirai par les trouver.
Cette fois-ci un souffle tremblant s'échappa de la gorge de la sorcière. L'autre main de Grimmson alla bientôt frôler sa joue blanchie et elle réussit à contenir une nouvelle expression de pur dégoût. Il continua suavement :
- Je les trouverai tous... Les frères Dragonneau et tous ceux qui sont de leur côté.
Cette fois-ci, elle ne put s'empêcher de lui jeter un regard assassin, ignorant la proximité répugnante de leurs deux visages. Il compléta dans un murmure rauque et dangereux :
- Et vous Freya… de quel côté êtes-vous ?
Une vague de frissons la secoua, dans ses veines, son sang s'était glacé. Figé.
Dans son dos, elle entendit une porte, puis une cascade de documents s'écraser contre le sol.
- Lâchez-la, Grimmson.
Elle reconnut la voix tout de suite.
Grimmson aussi, puisqu'il laissa échapper un rire amusé en s'éloignant du visage de la sorcière. Sans lui lâcher la main, il recula dans son siège, appuyant nonchalamment son dos contre le dossier de la chaise.
- Oh, mon cher Nott, railla-t-il.
Elle sentit Marcus s'approcher dans son dos, ses pas étaient lents, précautionneux.
- Ôtez vos mains de ma soeur, Grimmson.
Le ton était à la fois tremblant et enragé. Freya ne pouvait pas se retourner, mais elle pouvait assez bien imaginer le visage de son frère en cet instant : rouge de colère, les sourcils noirs froncés et les yeux bleus glacials.
Grimmson finit par lâcher Freya et elle recula instantanément de quelques pas, cognant contre le torse de son frère. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il soit si proche. De l'autre côté de son visage, effectivement écarlate de rage, Freya remarqua la baguette noire au bout du bras tendu de son frère. La baguette, dirigée droit vers Grimmson, tremblait sensiblement.
L'intéressé parut d'autant plus amusé.
- Oh je vous en prie, Nott, vous n'y pensez pas sérieusement.
Il y eut une pause durant laquelle Marcus rabaissa sa baguette avec lenteur, ses yeux bleus haineux étaient toujours dirigés droit vers le sinistre sorcier.
Ce dernier reprit avec un sourire faussement navré :
- Vous et moi, nous savons très bien qui pourrait bénéficier d'une telle confrontation.
Freya ne vit pas la réaction de son frère, car sa main se cala sur son épaule et l'obligea à entamer un demi-tour, vers la sortie. Avant de se tourner complètement, Marcus ajouta d'un ton sombre :
- C'est la dernière fois que vous posez vos sales mains sur ma soeur, Grimmson.
Le coeur de Freya bondit dans sa poitrine, c'était la première fois que son frère la défendait si ouvertement. Elle se demanda ensuite s'il avait épuisé toutes ses réserves de courage pour les dix prochaines années. Le bras solide de son frère la poussa vers la porte.
Le frère et la soeur Nott atteignaient presque la sortie que la voix, plus du tout amusée, de Grimmson résonna une dernière fois :
- Le thé, il est froid.
Marcus l'avait traînée jusque dans le bureau de sa division, où les quelques aurors présents s'agitaient dans tous les sens. Freya ne voulut pas l'admettre mais elle se sentait encore fébrile suite à cet échange avec Grimmson. Elle eut du mal à recomposer son visage hautain et à garder des jambes droites malgré leurs tremblements incessants. Son poignet était rouge écarlate et brûlait sous ses doigts chevrotants.
Elle n'avait pas remarqué que Marcus l'avait conduite jusque la chaise de son bureau, avec deux mains fermes, il appuya sur ses épaules pour la faire asseoir. Ses jambes plièrent sans résistance et elle s'écroula dans l'assise.
- Fais attention à lui, Freya, il...
Marcus jeta un coup d'oeil à sa droite, puis à sa gauche, comme s'il voulait vérifier que personne ne l'entendrait. Il reprit tout bas :
- ... il est très dangereux.
- Merci pour ce conseil, cher frère, je ne l'avais pas remarqué.
Freya avait relevé ses yeux courroucés vers lui.
Ce fut à son tour d'être agacée. Et alors que Marcus soupirait de nouveau, les yeux de Freya balayèrent rapidement le bureau de la division 32. Sur tous les murs, tous les bureaux, il y avait les affichettes concernant les frères Dragonneau.
- Pourquoi sont-ils recherchés exactement ?
Sa voix cristalline s'étaient radoucie comme étouffée par une soudaine inquiétude. Le visage de Marcus se referma une nouvelle fois.
- Ils doivent être interrogés, répondit-il comme s'il s'agissait d'une évidence.
- Interrogés pour quoi ? Ce ne sont pas des criminels, rétorqua Freya.
Marcus mit un doigt sur sa bouche rouge avec un froncement de sourcil. En silence, les petits mouvements de sa tête disaient : non.
Freya n'insista pas.
Une nouvelle fois, il vérifia que personne ne les écoutait.
- Pas ici, dit-il.
La nuit tomba très vite sur le Manoir Nott.
Freya se regarda une nouvelle fois dans le miroir de sa coiffeuse, donnant un dernier coup de brosse dans ses cheveux noirs serpentins. En reposant la brosse sur la table boisée, elle réajusta rapidement le petit foulard rouge qu'elle avait noué autour de son poignet, cachant ainsi la large marque bleue-noire qui s'était installée. Dehors, elle entendait un véritable raffut sur les cailloux de l'allée principale. Elle ne put retenir un soupir entre ses lèvres rouges.
On frappa à la porte, et sans attendre une quelconque réponse de sa part, elle s'était entrouverte, laissant apparaître la tête brune et bien peignée de Marcus. Il avait l'air étrangement serré dans sa veste de costume noir. Elle avait à peine eut le temps de cacher le grand livre de Carneirus dans un tiroir de sa coiffeuse. Mais Marcus ne sembla pas le remarquer.
- Ils sont arrivés, annonça-t-il avec un ton distant.
Freya hocha juste la tête avant de sortir de sa chambre, balayant les pans froissés de sa robe en soie noire. Elle allait se diriger vers les grands escaliers, mais son bras se retrouva de nouveau coincé dans la paume de son frère. Il la regarda avec un air indéchiffrable.
- A propos de tout à l'heure...
Il paraissait chercher ses mots avec peine.
- Tu ne devrais pas afficher clairement que tu es du côté des Dragonneau, et encore moins au Ministère.
- Je... ne suis pas particulièrement de leur côté, je-...
- Freya, tu refais ce visage.
- Quel visage ?
- Celui que tu faisais quand tu avais huit ans et que tu avais caché mes manuels de Potions.
Les yeux bleus de la sorcière toisèrent le visage de son frère avec agacement. Elle pinça ses lèvres rouges alors que les voix de leur père et de leur oncle résonnaient désormais dans le hall. Les yeux clairs de son frère tombèrent fébrilement sur le foulard rouge autour de son poignet droit, et dans un geste hésitant, il souleva la main de sa soeur. Elle se laissa faire alors qu'il soulevait légèrement le tissus écarlate pour dévoiler ce qu'il cachait.
L'ombre noire et douloureuse sur son poignet sembla le décontenancer. Le visage rond de son frère évolua rapidement entre différentes expressions : colère, regret, agacement. Il finit par remettre le foulard rouge avec douceur au dessus de la tâche noire que Grimmson lui avait infligée. Il détourna le regard, soudainement mal à l'aise, sûrement que les mots lui manquaient.
- …Bref, ne parle pas des frères Dragonneau, à qui que ce soit, et évite le plus possible Grimmson…
Il s'approcha un peu plus d'elle et lui donna une étrangement tendre et petite tape sur le bout de son nez avec son doigt.
- …Et ne fais rien de stupide.
L'agacement déforma les traits ronds de Freya. Mais elle n'eut pas le temps de lui rétorquer quoique ce soit, puisque Marcus l'avait déjà contournée pour atteindre les escaliers. Elle remarqua avec surprise que le visage de son frère, jusque là si grave, s'était mué en une expression plus habituelle : un sourire satisfait, des sourcils légèrement soulevés. Il descendit les marches rouges de l'escalier avec une attitude hautaine et fière.
Il était instantanément redevenu le Marcus qu'elle détestait tant.
- Oncle Hector ! S'était-il exclamé avec son faux sourire alors qu'il atteignait les dernières marches.
- Marcus, quel plaisir, répondit l'Oncle avec un sourire froid.
Alors qu'il saluait aussi leur tante, Freya fit elle-aussi son entrée dans le hall, descendant les marches pourpres avec lenteur.
Elle détestait ce genre d'évènements familiaux.
Ils étaient un perpétuel supplice.
Les yeux en bas de l'escalier la fixaient en silence.
- Joyeux Noël, Oncle Hector, articula Freya avec un sourire poli.
- Joyeux Noël Freya, tu es ravissante.
- Merci, mon oncle.
Elle aperçu le sourire amer de sa tante derrière le Ministre. Freya lui fit un petit geste de la tête, amplifiant la courbe surfaite de ses lèvres.
- Tante Alizon, quelle joie de vous voir.
C'était un mensonge, bien entendu.
La tante émit un petit son sarcastique en enfonçant sa tête pincée dans son écharpe en fourrure foncée. Elle jeta un bref coup d'oeil vers Marcus, et ce dernier lui prit instantanément la main pour y placer un petit baiser. Les manières exagérées de son frère l'agaçait ; mais cela faisait toujours rire l'oncle Hector et cela faisait énormément plaisir à leur tante.
On bouscula violemment Freya dans les jambes, et elle faillit perdre l'équilibre. Le petit garçon de sept ans releva ses yeux bruns vers Freya.
- Je vous ai eue, cousine Freya.
Puis il se mit à courir partout dans le hall, tapant dans les encadrements de porte avec une fausse baguette. Il croisa le chemin de Torry et se mit à hurler :
- L'elfe est affreux, Mère !
Le faux sourire de Freya se crispa.
Cet enfant était terrible.
- Pour l'amour du ciel, Hector II, je vous en prie, éloignez-vous de cette immonde créature.
Cette fois-ci, la courbe des lèvres de Freya s'aplatit complètement.
Sa tante aussi, c'était quelque chose.
Elle reçut un petit coup de coude dans son bras et elle releva les yeux vers Marcus, qui souriait toujours dans la direction de leurs oncle et tante. Il l'incitait à faire de même, en silence.
Freya dû se retenir de lever les yeux au ciel.
Le dîner fut une épreuve presque insoutenable.
- Votre dîner est exquis, chère Theodora…
La voix criarde de la tante Alizon avait déchiré le silence pesant dans la sombre salle à manger. Theodora Nott adressa un vague sourire dans sa direction, mais sa belle-soeur ajouta plus bas :
- … bien qu'il s'agisse de la même chose chaque année.
Freya ne supporta pas qu'elle s'en prenne ainsi à sa mère, qui, comme tout le monde le savait, ne parlait plus depuis bien longtemps.
La sorcière émit un joli rire cristallin en soulevant son verre de vin.
Ses yeux bleus méprisèrent sa tante de l'autre côté de la table.
- Oh, dans ce cas peut-être que nous pourrions fêter Noël chez vous l'année prochaine, très chère tante Alizon ?
Elle parut surprise de l'impertinence de sa nièce.
Freya continua, ignorant le petit coup de pied que lui donnait soudain Marcus sous la table.
- Vous pourriez nous cuisiner votre ragoût de chevreuil, votre spécialité si je ne m'abuse ?
Cette fois-ci, la tante Alizon s'étouffa presque sur sa gorgée de vin.
Freya porta la serviette de table blanche à sa bouche rouge, dissimulant presque entièrement le sourire satisfait qui naissait sur son visage. Les souvenirs d'enfance de l'ignoble ragoût de chevreuil, à moitié brûlé, resurgirent, et elle avait envie de glousser.
A côté d'elle, Marcus remua maladroitement sur sa chaise.
Il laissa échapper un rire nerveux :
- Oh oui, cela fait si longtemps que nous ne sommes pas venus dans votre magnifique demeure, ma tante.
Cela sembla avoir calmé la crise naissante chez la sorcière plus âgée en face de Freya. Elle parut flattée et plaça sa main devant sa bouche avant de rire de manière agaçante.
- Oui, il est vrai que notre demeure est très bien tenue, se vanta Alizon, d'ailleurs j'ai récemment récupéré des portraits de mes ancêtres Yaxley. Ils sont absolument somptueux, nous pensions les installer dans le grand salon.
Le reste du dîner fut un échange de banalités agaçantes.
Freya remarqua cependant le silence et les regards étranges que s'échangeaient l'Oncle Hector et le père Nott. Et d'un coin de l'oeil, elle voyait qu'elle n'était pas la seule à l'avoir remarqué, puisque les yeux de Marcus oscillaient frénétiquement entre les deux patriarches.
La fin du calvaire arriva enfin.
La Tante Alizon avait quitté le Manoir avec leur jeune et intenable cousin, alors que l'Oncle Hector restait encore au Manoir, pour s'entretenir avec leur père.
Theodora, étrangement épuisée, avait escaladé les marches pourpres et avait disparu derrière le couloir sombre de l'étage, laissant seuls Marcus et Freya.
Le frère et la soeur Nott échangèrent un long regard silencieux.
La porte du bureau de leur père était close, et seuls quelques murmures pouvaient se faire entendre à travers l'épaisse paroi boisée.
- Tu devrais aller te coucher, Freya, invita poliment son frère.
- Je ne suis pas fatiguée.
- Tu as pourtant l'air épuisée, tu commences tôt demain, non ?
- Nous commençons à la même heure, Marcus.
- Monte.
- Non.
Marcus soupira en pinçant l'arête de son nez droit.
Les voix emportées de l'Oncle et de leur Père les firent tourner vivement la tête vers la porte boisée. Ils s'approchèrent tous les deux à tâtons de l'encadrement boisé et se plaquèrent contre le mur noir en fronçant les sourcils.
La bouche de Marcus articula une nouvelle fois en silence : « monte ».
Freya l'ignora, se recentrant sur les voix anxieuses.
- … Je suis pieds et mains liés, Teignous. Je n'ai pas le choix.
- Ce Grimmson est dangereux, c'est maintenant le patron de ma fille, Hector.
- J'en suis conscient, mais il va falloir faire avec pour le moment, Teignous.
- Silence.
Marcus et Freya se contemplèrent un instant avec des sourcils froncés.
- Il me faudra un motif valable pour le faire quitter le Ministère, Teignous.
Il y eut du mouvement dans le bureau de son père, et Marcus et Freya se décollèrent de la porte. Marcus accourut se cacher dans la pièce voisine et Freya se retrouva seule devant le bureau.
La porte s'ouvrit.
Son père n'avait pas l'air ravi de la trouver là.
- Freya-…
- Père, je voulais vous proposer un thé, mentit-elle avec beaucoup trop d'aise.
- Oh, c'est adorable, Freya, intervint l'oncle Hector avec un discret sourire.
Si son père n'étais pas dupe, il ne fit aucun commentaire.
En passant dans la pièce voisine, le plateau posé dans les mains, Freya lança un regard assassin à Marcus. Etait-il devenu un spécialiste en matière de fuite ? Il haussa simplement les épaules avant de disparaître dans le couloir.
En déposant le plateau dans le bureau maintenant silencieux de son père, les yeux bleus de Freya tombèrent sur une pile de paperasse et parchemins sur le bureau de son père. Il y avait des noms, des prénoms, de gens qu'elle ne connaissait pas. Cela paraissait si ancien, qu'elle arrivait à peine à déchiffrer l'écriture géométrique. Il y avait de tout, des registres de naissance en latin, des actes de mariages, des déclarations de décès… Et les noms de famille étaient étrangement familiers. Nott, Fawley, Yaxley, Malefoy, Gaunt, Prewett…
La voix sèche de son père la fit sursauter.
- Bonne nuit, Freya.
Elle n'insista pas et quitta la petite pièce en jetant un dernier regard vers la pile de documents.
Qu'est-ce que père faisait avec tout cela ?
Freya s'appuya contre la porte close de sa chambre, expirant longuement. Un bruit étrange et métallique la fit sursauter et elle dégaina sa baguette de sa longue manche noire et satinée.
Rien.
Il n'y avait rien, pourtant.
En s'allongeant dans son lit, sa main alla chercher le pendentif ovale sous son oreiller.
Son coeur manqua un battement.
Le pendentif, il n'était plus là.
D'un coup vif de baguette, la lumière revint dans sa chambre et elle se leva brusquement, ignorant la sensation de froid qui s'emparait de ses jambes nues.
En fait, cette sensation de froid n'était rien comparé aux frissons qui lui glacèrent le sang.
Le pendentif, il était posé sur le bois de sa coiffeuse, alors qu'elle ne l'avait pas touché.
- Torry, c'est toi ?
Elle n'eut aucune réponse.
En déglutissant difficilement, elle attrapa le pendentif et le fourra de nouveau sous son oreiller, le coeur battant contre les parois de sa cage thoracique.
Elle ne ferma pas l'oeil de la nuit.
Le lendemain matin fut particulièrement difficile.
La neige avait recouvert Londres d'un lourd manteau blanc. Le vent s'était levé, glacial et sec, et bientôt, le Ministère commençait une campagne de mise en garde contre les risques de transplanage dans de telles conditions météorologiques.
Mais en fait, l'ambiance était encore plus glaçante à l'intérieur du Ministère.
Alors qu'elle venait à peine d'arriver, elle avait croisé le regard venimeux et satisfait d'Abraxas Malefoy qui la salua avec un mouvement de tête et un sourire acerbe. Il disparut dans le hall grouillant de sorciers pressés.
Elle cogna contre quelqu'un en se retournant.
- Porpentina, balbutia Freya en ne dissimulant pas sa surprise.
L'américaine paraissait épuisée.
L'agacement resurgit sur son fin visage en entendant son prénom, mais elle ne dit rien.
Elle pressa juste un long doigt contre ses lèvres pincées et elle entraîna Freya dans la foule de sorciers. Freya ne posa pas de question, et se laissa guider et mêler à la masse d'individus.
- Si vous cherchez un endroit discret où disparaitre pendant quelques minutes, j'ai ma petite idée, suggéra Freya dans un chuchotement.
- Je vous suis, répondit simplement Goldstein.
Freya la tira vers un couloir désert, puis dans un ascenseur.
Quand les portes métalliques s'ouvrirent de nouveau, elles se ruèrent dans un autre dédale de couloirs gris, puis après quelques tournants et portes, elle se retrouvèrent dans une vaste pièce, grouillante de chouettes et hiboux. Ils volaient dans tous les sens, le bec rempli de lettres et parchemins. Freya dû esquiver un volatile avant de pointer du doigt un petit bureau vide et abandonné au fond de la salle.
- C'est là que je venais essayer de retrouver les courriers perdus de mon ancien patron, expliqua-t-elle avec une expression amère.
Cette vie-là paraissait si loin désormais.
Goldstein regarda tout autour d'elle.
- Êtes-vous vraiment sûre que cet endroit est…
- Oui, personne ne vient jamais ici.
Porpentina hocha la tête avant d'expirer avec un mélange de soulagement et d'inquiétude. Des froissements d'ailes vinrent balayer sa frange noire, dévoilant ses sourcils profondément froncés.
- Que faîtes-vous ici, Porpentina, vous-…
- J'ai été convoquée par votre patron, Grimmson.
Freya ne manqua pas le ton amer dans la voix de l'auror devant elle.
- Ils voulaient m'interroger au sujet des Dragonneau.
- Vous interroger, mais… ?
- Je n'ai rien dit, coupa Goldstein, de toute manière je ne sais rien.
Elle croisa les bras autour de son buste étroit.
- Etant auror du MACUSA, ils ne peuvent pas m'interroger longuement, ils ont dû me laisser partir. Mais ce Grimmson, il est.. suspect.
À la mention de son nouveau patron, Freya frémit.
- Que vous a-t-il demandé ? Questionna Freya avec une voix presque silencieuse.
- Si je savais où ils étaient, ce qui n'est pas le cas.
Elle soupira en ajoutant :
- Puis, des questions plus étranges. Il m'a demandé si au MACUSA j'avais entendu des choses concernant la situation actuelle en Amérique latine…
Les images des articles concernant les attaques de Moremplis en Amérique latine revinrent à l'esprit de Freya. Les articles que Dragonneau lui avait demandé de cacher.
Devant elle, Porpentina esquiva un autre oiseau.
- Le plus étrange, c'est qu'il m'a demandé si je connaissais le livre de Carneirus.
- Carneirus ? …Les prédictions Astrologiques ?
Porpentina hocha simplement la tête.
- J'ai menti, bien entendu, mais comment se fait-il que ce Grimmson se mette à parler du livre qui nous mené tout droit dans le faux Rassemblement de Bruxelles ?
- …Tout droit dans un piège, murmura Freya, soudainement pensive.
Un mouvement soudain de plusieurs chouettes à leur droite les firent sursauter et Porpentina dégaina sa baguette avec une soudaine tension.
Rien, pourtant.
Sans quitter cette partie de la salle des yeux, Porpentina enchaîna :
- Je ne pense pas que ce soit un hasard que Queenie et Croyance soient en Guyane et que Grimmson me pose des questions à propos de l'Amérique latine.
Un irrépressible frisson secoua de nouveau Freya.
- Je vais continuer à rechercher les Dragonneau, annonça-t-elle avec une voix étrange.
Elle se recentra sur la sorcière britannique, abaissant lentement sa baguette. Ses sourcils se froncèrent d'autant plus, créant des petits plis sous sa frange noire.
- Je vais être d'autant plus surveillée, mais si jamais vous entendez quoique ce soit à leur propos…
- Je trouverez un moyen de vous contacter, articula tout bas Freya.
- Je change d'auberge tous les soirs en ce moment, dans l'allée des Embrumes.
Devant le regard étonné de Freya, l'américaine expliqua avec un haussement d'épaules :
- On y voit tous types d'individus, mais au moins, je me fonds un peu dans la masse.
Ses fines lèvres se courbèrent vaguement, mais le sourire était triste. Ses yeux noirs aussi.
- Le MACUSA m'a rappelée, Freya…
Ses lèvres tremblèrent légèrement, et elle refit un sourire, comme si elle essayait de dissimuler une émotion intense et déchirante.
- … j'aimerais revoir Norbert une dernière fois avant de repartir pour New York.
- Vous êtes en retard, Freya, remarqua Grimmson sans relever ses yeux d'un dossier ouvert sur le bureau devant lui.
Freya ne prit pas la peine de lui répondre, et apporta la tasse de thé.
Elle réprima un tremblement alors que la vaisselle toucha le bois du bureau. Le dossier dans les mains de Grimmson contenait des photos, plein de photos.
Les visages souriants de Norbert, Thésée et Leta Lestrange y bougeaient sensiblement dans une librairie. Sur une autre, Thésée dans un chic costume noir et blanc, avec à son bras, Leta, radieuse dans une robe sombre et une coiffe de plumes noires. Juste derrière celle-ci, une autre image de des deux fiancés, main dans la main, Leta fixait l'objectif avec un discret sourire, alors que Thésée avait ses yeux rivés sur elle, une jolie courbe éclairait son visage, et son regard… Il était doux et il pétillait.
La couverture de papier se referma brutalement sur les photos et Freya tressaillit. Que faisait Grimmson avec toutes ces photos ?
Un autre détail attira son attention, un dossier sur le côté du bureau, comportant un nom qui lui était aussi familier : « Dumbledore ».
Grimmson dût suivre son regard, car il lui chuchota avec une voix rauque et malsaine :
- Abraxas est parti tenir compagnie à notre vieil ami, Albus…
- Dumbledore n'a rien à voir là-dedans, défendit Freya avec une voix tremblante.
Il s'esclaffa en reculant dans sa chaise.
Bientôt, ses deux pieds vinrent se poser disgracieusement sur la surface du bureau, écrasant volontairement les dossiers « Dragonneau » et « Dumbledore ».
- Dumbledore a tout à voir là-dedans, ma chère Freya. Tout.
Elle ne manqua pas son rictus alors que ses yeux malveillants tombèrent sur son poignet, enveloppé dans un foulard sombre. Révulsée, elle tourna les talons et s'assit à son bureau, traitant machinalement des dossiers ennuyeux. Mais dans l'un d'entre eux, elle trouva une adresse.
Et pas n'importe laquelle.
Celle de Thésée Dragonneau.
Tout le reste de la journée, elle sentait le regard mauvais et malsain de son nouveau patron dirigé dans sa direction. Sans qu'elle comprenne encore vraiment pourquoi.
Bientôt, 1928 arriva.
Cela faisait à présent une semaine que les frères Dragonneau avaient disparu.
Ne laissant derrière eux que d'étranges articles à cacher et un Ministère à leur poursuite.
Un bruit étrange provenant du balcon de Marcus la fit sursauter cette nuit-là.
Elle ne dormait pas, non.
C'était un bruit furtif, qui contrastait avec le bruit du vent qui sifflait dehors contre la roche solide du Manoir. Freya se hissa vivement en dehors de son lit. Elle n'était pas en chemise de nuit, non. En fait, elle était habillée, prête à mettre les voiles dès que le reste de la maisonnée serait endormie. Il y avait un endroit où elle devait aller ; cette adresse qu'elle avait vue, celle de Dragonneau.
Par la fenêtre, elle ne voyait rien ; rien à part l'épais manteau de neige et les vieux arbres qui se pliaient fébrilement sous le vent.
D'un coup de baguette, son manteau gris atterrit dans ses mains, elle l'enfila rapidement avant de transplaner dans le froid de dehors.
Elle n'aurait peut-être pas dû ignorer les avertissements du Ministère quant au transplanage dans cette tempête qui noierait bientôt Londres tout entier. L'air glacé fouettait son visage alors qu'elle se distordait dans le vent sec et presque acide. Elle atterrit pourtant, les deux pieds joints dans la neige, juste devant une vieille mal entretenue façade d'un appartement de style victorien.
Elle resserra la baguette entre ses doigts gelés.
Personne dans la rue déserte et enneigée, la lumière du réverbère se mit à cligner de manière inquiétante et Freya devint tout à coup bien trop consciente des propres battements de son coeur. Chaque pulsation était agaçante, lui rappelant à quel point, au fond d'elle-même, elle était craintive. Elle gravit les quelques marches glissantes qui menaient jusqu'au perron.
Elle allait agiter sa baguette devant la grand porte noire, mais elle était déjà entrouverte.
D'une main tremblante, elle poussa le pan boisé, le faisant grincer de manière sinistre.
Le Hall était plongé dans l'obscurité, et bientôt, avec sa baguette, elle en éclaira une partie. Le papier peint était usé et défraichi, comme si l'humidité l'avait partiellement rongé. Le parquet craquait sous ses pieds, et un autre frisson dégringola le long de son échine.
Au deuxième étage, après quelques portes grises et sobres, Freya atteignit une porte similaire, portant le numéro 28. C'était bien l'adresse qui avait été écrite dans un des dossiers qu'elle avait traité la veille.
Seulement, cette porte aussi, était entrouverte.
On était déjà venu ici.
Elle tendit sa baguette en tremblant.
L'autre main alla pousser lentement la porte, dévoilant une scène de chaos.
Un souffle tremblant s'échappa de ses lèvres dénuées de rouge.
Le petit salon avait été retourné, mis sans dessus dessous. Elle s'avança, toujours partiellement dans l'obscurité, chacun de ses pas hésitants entre les objets brisés qui jonchaient le sol. Toutes les pièces étaient ainsi, la petite cuisine, la salle à manger, la chambre… La chambre grise.
Le lit était complètement renversé, les draps et les oreillers déchirés. Il y avait des plumes partout. Et à chacun de ses mouvements, Freya les faisait s'envoler tout autour d'elle, les emportant dans son sillage hésitant.
La lumière au bout de sa baguette cligna, et cela ne la rassura pas du tout.
Tout était étrange ici. Elle se sentait étrange.
Et si Dragonneau avait été encore là lorsque tout cela était arrivé ? Et s'il avait été blessé ? Et s'il avait été-… Freya secoua sa tête avec déni. Non, elle se refusa d'émettre cette possibilité. Une vague d'inquiétude déferla sur elle, rendant ses jambes flageolantes et son souffle s'accéléra, faisant de vifs et désagréables allers-retours dans sa poitrine.
Il faisait si froid ici.
Ceux qui sont venus dans l'appartement de Dragonneau cherchaient quelque chose. Ou quelqu'un. Freya se dit finalement qu'ils cherchaient peut être les deux.
Elle eut tout à coup la sensation que les frères Dragonneau n'étaient pas juste recherchés pour interrogatoire. Ils étaient recherchés pour une toute autre raison, et tout cela n'était qu'une mascarade.
Ils étaient pourchassés.
On leur voulait du mal.
Très vite, le rictus de Grimmson devant les photos des frères lui revint en tête.
Un bruit.
Freya se retourna vivement, la baguette droit devant elle.
Un reflet étrange attira son attention, par terre. Elle se pencha pour ramasser un petit cadre photo. Il était brisé, et derrière les débris de verre qui scintillait, il y avait le visage souriant de Leta Lestrange. Elle semblait rire devant l'objectif.
Jamais Freya n'avait vu Lestrange comme cela.
Une vive et douloureuse inspiration s'échappa de sa poitrine.
Elle lâcha le cadre qui alla s'écraser contre le sol. Le reste du verre qui n'avait pas été brisé explosa contre le vieux parquet. Bientôt, c'est sa baguette qui tomba aussi, non loin de ses pieds encore trempés par la neige.
Le vent siffla dehors, faisant claquer un volet de la chambre.
La pointe de la baguette contre son cou s'enfonça un peu plus, remontant douloureusement sous sa mâchoire.
Freya n'eut pas d'autre choix.
Elle leva les deux mains en l'air.
- Je vous en prie, réussit-elle à articuler d'une voix tremblante.
Hello vous !
Un petit chapitre cette fois-ci !
Alors, que pensez-vous qu'il se passe en Amérique Latine ?
Qui a surpris Freya dans l'appartement de Thésée ?
Je vous laisse me donner vos théories en reviews !
Petit cadeau, j'ai mis en place un tumblr avec des images d'inspiration concernant l'univers de cette fiction (enlevez les espaces pour y accéder :) ) : vingt-huit-fb. tumblr. com
Il y a des images de Freya, du Manoir Nott, et … peut-être d'autres indices. ;)
Il évoluera en même temps que la fiction, donc n'hésitez pas à jeter un petit coup d'oeil de temps à autre.
A plus pour la suite,
Netphis.
