The harder they fall appartient à LadyExcalibur2010

Se passe le soir du 4 juillet, lorsque Bella passe du temps seule avec ses fils.


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Ce qui reste

Bella

Ça y est nous y étions - le deuxième anniversaire de la mort de Mac. Cette année, ça semblait mieux et c'est comme ça que c'est censé être, je suppose. Guérir prend du temps. Combien de fois avais-je entendu cela dans ces groupes de soutien? J'avais arrêté d'y aller un an auparavant. Ce n'était plus utile au point où nous en étions.

D'une certaine façon nous faisions ça ensemble, les garçons et moi.

"D'abord je voudrai vous dire que vous vous êtes bien comportés avec les Cullen." Jake fit un grand sourire et poussa Sam du coude.

"Deuxièmement avant que nous parlions de papa, je voudrai vous parler de demain soir. M. Edward et moi pourrions sortir demain soir. Et je veux savoir si ça vous convient de rester ici avec le docteur et Mme Cullen pendant que nous serons absents?"

Ils hochèrent la tête tous les quatre.

Je m'arrêtai un instant. "Donc ça ne vous pose pas de problème de rester ici avec M. et Mme Cullen?"

"Le Docteur est sympa," dit Emmett avec un haussement d'épaules. "Ça me convient." Puis il fit un petit sourire. "Il te suffit de ne pas rentrer trop tard."

"J'essaierai," le rassurai-je. "Seth?"

"Ça me va, Mme Cullen parait gentille aussi."

"Sam?"

"Le docteur Cullen m'a dit que je pouvais aller dans son bureau. Il a tellement de livres." Voilà qui allait occuper Sam, je le savais. Quiconque lui donnait accès à des livres s'en faisait un ami pour la vie.

"Jake?"

"Elle a préparé une tonne de cookies," confia-t-il avec un sourire. "Nous nous entendons très bien tous les deux."

Je me retins de grogner. Jake était sans cesse à la recherche de sucre et c'est ce qu'il ferait lorsque je ne serait pas là. "D'accord j'en conclus que c'est bon pour demain soir. " Je supposai que ma nervosité se voyait parce que Seth tendit sa main et tapota la mienne.

"Ne sois pas nerveuse, maman c'est juste un rendez-vous."

Je hochai la tête essayant de ne pas rire à son expression sérieuse. "D'accord les gars... maintenant parlons d'aujourd'hui et ce que ça représente pour chacun d'entre nous."

Leurs visages devinrent solennels.

Lorsque nous avions quitté la maison, je leur avais dit de prendre deux choses avec eux spécialement pour ce soir. D'abord une chose qui était en relation avec un bon moment, un jour ou un événement qu'ils avaient passé avec leur père. Cet objet n'aurait aucun sens pour d'autres, juste pour eux. Et deuxièmement leur souvenir préféré avec Mac, une image de lui qui resterait à jamais gravée dans leur mémoire parce qu'ensemble, nous ne nous laisserions pas oublier.

Je fixai mes fils assis en cercle autour de moi. Nous étions par terre ; chacun de nous avait quelque chose posé devant lui. Nous allions en parler dans quelques minutes. Je les regardais, tous, ces visages familiers et aimés. Emmett qui ressemblait et agissait comme son père. Il avait été le premier miracle que nous avions créé.

Après qu'Emmett soit arrivé Mac avait été très fier, il s'était pavané dans tout l'hôpital comme s'il venait de réussir quelque chose que personne d'autre n'avait jamais fait. Bien sûr il avait raison, personne d'autre n'avait fait un Emmett. Mac avait distribué des cigares puants à tout le monde dans son unité rendant l'atmosphère irrespirable en peu de temps. Je n'étais pas là mais ses copains m'avaient raconté.

Je me rappelai de certains de leurs visages : Johnny Whitaker (il était mort 6 mois avant Mac dans un accident de la circulation en rentrant chez lui, après son travail), Marshall Terigson qui avait quitté l'armée et aux dernières nouvelles vivait à Hawaï. Red McPherson, un petit homme mince qui avait tendance à provoquer des bagarres avec des mecs plus costauds que lui - ça incluait Mac. Il avait épousé une chef pâtissière et il possédait une petite pâtisserie à Phoenix. Je pouvais l'imaginer dans la cuisine en train de terroriser tout le monde autour de lui. Ils le surnommaient Napoléon pour des raisons évidentes. Ensuite il y avait Thomas Reynolds. Nous étions très proches depuis longtemps, restant en contact nous rapprochant ou nous éloignant comme les familles de militaires le font. Il était toujours dans l'armée pour ce que j'en savais. C'était ceux que je connaissais le mieux sur la base.

Ils venaient chez nous au moins un week-end par mois pour boire de la bière et fanfaronner. Nous avions été les premiers à avoir un bébé alors ils n'arrêtaient pas de poser des questions bizarres à Mac. Quand je l'entendis parler de notre vie sexuelle, je mis le holà. Pas d'informations personnelles.

Mac honora ma requête - il savait bien évidemment que c'était un ordre.

Je souris en voyant ce qu'Emmett avait choisi. Ça avait du sens. Il prenait son rôle auprès de ses frère très au sérieux. Je le regardai et caressai son visage comme je l'aurais fait s'il avait l'âge de Jake. Et pour l'instant il l 'avait. Jeune, petit et vulnérable. Il était toujours vulnérable, peut importe l'image qu'il voulait donner. Ses souvenirs de Mac étaient les plus forts, les plus vivants et c'était pour ça que c'était lui qui avait souffert le plus.

Mes yeux vagabondèrent vers Seth. Lorsque le travail commença pour que Seth naisse, onze jours trop tôt, Mac était partit pour des manœuvres. Un voisin dut me conduire à l'hôpital rapidement et un autre dut garder Emmett. Mac était arrivé dans la salle de travail, couvert de boue et puant. Mais il était arrivé trois minutes avant que Seth ne naisse alors je lui avais pardonné.

J'appris plus tard qu'il avait fait une partie du chemin en tank. Ce qui m'avait toujours fait rire. Il était venu vers moi dans le genre Pony express*, traversant les marais à toute vitesse avec le tank, l'échangeant ensuite contre une jeep de l'armée puis contre la voiture d'un ami. L'un de ses copains avait fini de le conduire à hôpital.

Quand Emmett avait accueilli son nouveau frère en lui mordant le pied, Mac l'avait pris dans le couloir pour lui expliquer pourquoi il ne fallait pas le faire. Emmett n'avait pas eu l'air très impressionné par le raisonnement de son père mais il savait qu'il ne fallait pas lui désobéir. Lorsqu'ils revinrent ils avaient tous les deux les sourcils froncés de la même façon et leurs deux paires d'yeux bleus étaient plissées identiquement. Ça avait été très difficile de ne pas rire.

Seth faisait passer ses objets d'une main à l'autre, ses doigts s'agitaient rapidement sans s'arrêter. Ses yeux allaient de l'un à l'autre, regardant ses frères me regardant. Attendant...

Sam attendait patiemment que mes yeux se posent sur lui. Ce garçon - cet enfant avec un cerveau qui ne manquait jamais de m'étonner - et sa compassion m'avaient toujours aidé à me bouger...J'étais bénie d'être sa mère. Mac et moi n'avions jamais pu comprendre d'où Sam tenait cette faculté, certainement pas de notre famille, il n'y avait aucun génie. Même Mac avait admis que les ivrognes n'utilisaient pas leur cerveau de manière très efficace. Mon père était intelligent mais pas un génie. Il travaillait dur et faisait passer ça pour de l'intelligence. Ma mère était rêveuse mais créative. L'esprit de Will était rapide et intuitif mais rien de génial.

Sam utilisait sa tête sans effort comme il utilisait ses poumons. Pour lui c'était simplement sa façon d'appréhender le monde.

Lorsqu'il eut un an et demi son pédiatre vit qu'il y avait quelque chose de différent chez lui. Trois ans plus tard, Sam lisait comme les grands et Mac et moi ne pouvions que rester là à l'admirer. Mac avait été si fier de ce merveilleux enfant, notre troisième fils, qui devait, en principe être le dernier.

Jake se tortillait, son derrière frottant le tapis. Nul doute que son anxiété allait de pair avec son niveau de glycémie. Il avait un talent rare pour renifler les choses, même dans la cuisine la plus propre. Il se lécha les lèvres se souvenant sans doute de ce qu'il ait réussi à voler comme gourmandise. Mais ce soir il n'y aurait pas de punition.

Il serrait très fort une photo entre ses mains. C'était sa photo préférée de Mac. Ce n'était pas surprenant de voir que c'était ça qu'il avait amené avec lui.

"D'accord les frères James," dis-je. " Je vois que chacun a pris sa chose préférée qui vous fait penser à papa." Ils hochèrent tous la tête, leurs visages solennels, les mains tranquilles.

Je pinçai les lèvres et regardai Seth. "Pourquoi ne parlerais-tu pas en premier Seth?" Il jeta un coup d'œil vers Emmett , car c'était toujours lui qui commençait. Emmett haussa les épaules. Seth n'était jamais le premier, donc ça l'inquiétait. Il fallait que je fasse plus d'efforts pour le faire passer en premier. Quelquefois il était perdu dans le tourbillon et c'était ma faute.

Seth s'éclaircit la voix. "Euh... j'ai amené le jeu de cartes préféré de papa," dit-il en tendant la boite usée rouge et blanche. Mac emmenait toujours ces cartes quand il était déployé et il faisait très attention de ne pas les perdre. J'avais offert de lui en acheter d'autres une bonne douzaine de fois. Il avait toujours refusé. "Non mon cœur," me dirait-il. "Ces cartes me portent chance."

Elles étaient dans sa poche le jour où il est mort. Ils me les avaient mises dans le paquet de ses effets personnels.

Seth s'éclaircit la voix de nouveau. "Je me souviens quand papa m'a appris à jouer au poker," dit-il. "Je venais d'avoir huit ans et il m'avait dit que j'avais l'âge d'apprendre et que tous les hommes devraient savoir jouer au poker et fumer le cigare. Il me dit que le cigare pouvait attendre jusqu'à ce que j'aie douze ans. " Il rit mais nous savions tous que son père ne vivrait pas assez longtemps pour le voir quand il aurait douze ans. "J'ai râlé mais il m'a dit que c'était comme ça et puis c'est tout." Il haussa les épaules. "Je me souviens que nous étions seuls lui et moi et il y avait tout un tas de cure-dents sur la table." Il me regarda. "Et c'est l'un de mes meilleurs souvenirs de papa, apprendre à jouer au poker, juste lui et moi." Il cligna des yeux. "Il faisait vraiment froid dehors parce que c'était juste après mon anniversaire."

Je me souvenais de ce jour-là aussi. J'étais restée silencieusement adossée à la porte alors que Mac lui donnait toutes les instructions pour que son visage reste aussi impassible que possible. Regarder Seth alors qu'il essayait d'imiter l'expression du visage de son père avait été inestimable. Je me souvins quand Seth avait baissé la tête pour regarder son jeu, Mac avait regardé notre fils et souri, rendant son amour et sa fierté évidents.

J'étais retombée amoureuse de Mac une fois de plus ce jour-là.

Je déglutis difficilement et je hochai la tête. "Merci de m'avoir rappelé ce jour, Seth." Je souris. "C'est l'un de mes souvenirs préféré aussi."

Sam se mit à parler, ce qui était assez inhabituel. "Puis -je parler maintenant maman?"

"Bien sûr, chéri."

Il tendit un dessin. Une empreinte de main et de pied d'enfant sur un papier jaune vif. Sam fait toujours des choses qui sortent de l'ordinaire. Son professeur avait été surpris lorsqu'il s'était enlevé la chaussure pour faire cette empreinte. Quand je lui avais demandé pourquoi, il me dit que son père ne reconnaitrait pas sa main mais qu'il pourrait tout à fait reconnaître son pied. Sa logique m'échappait jusqu'au moment où Sam expliqua qu'il se souvenait que Mac lui faisait des chatouilles sous les pieds. J'aurai dû mieux le savoir et ne pas douter de la logique implacable de Sam.. Sur le papier 'Je t'aime papa. Tu nous manques. Nous sommes fiers de toi' étaient griffonnés. "J'avais fait ça pour papa," dit-il. "Et tu le lui as envoyé par mail," continua-t-il en me regardant. "Et papa s'est fait prendre en photo par un de ses copains tenant ce dessin puis il me l'a envoyé." Sam sourit.

"Et ton père l'a ramené à la maison," dis-je tranquillement.

Sam hocha la tête. "Papa m'a dit que c'était le courrier le plus important qu'il avait jamais reçu." L'expression de Sam me toucha beaucoup et je fis l'effort de ne pas me laisser aller. Je suis sûre que je pleurerai ce soir à moment donné mais avant je voulais que cette petite réunion soit finie.

Emmett mâchouillait sa lèvre inférieure. "Emmett tu es prêt?" Je savais pour plusieurs raisons que ce jour était plus difficile pour lui. Il avait été proche de son père. Avant que Mac ne parte la dernière fois, Emmett et lui avait commencé à parler de choses comme de la première voiture, commencer l'école secondaire, sortir... Et puis Mac était parti définitivement avant d'avoir pu l'aider avec tout ça.

Il y avait un manque là.

"Euh... ouais..." Emmett vouta ses épaules, une autre posture qui lui venait de Mac. Ça signifiait qu'il était mal à l'aise. Sa main alla vers sa mâchoire pour la frotter. Il était anxieux. Il tendit une montre à gousset. "Elle était à papa," dit-il simplement. "C'était la seule chose qu'il avait de son père." Il la touchait avec révérence. Comme pour le jeu de carte elle était revenue avec ses effets personnels. Je leur avait distribué à chacun quelque chose que leur père avait toujours avec lui en zone de guerre.

D'où j'étais je ne pouvais pas les voir mais je savais qu'il y avait des gouttelettes de sang dans les petits creux. Ce devait être du sang de Mac ou peut-être pas. Peu importait, elle représentait la fin de sa vie. A Dover les gens avait pris grand soin de tout nettoyer avant de nous rendre ses affaires mais si vous regardiez de près vous pouviez le voir. Et j'avais regardé attentivement.

Emmett haussa les épaules et remit la montre dans sa poche. Comme son père il était un homme de peu de mots. C'était fini pour lui.

Jake tremblait sur place pratiquement. Je ris et le regardai. "D'accord, je crois que c'est ton tour cette fois."

"J'en ai assez d'être toujours le dernier juste parce que je suis le plus jeune'", dit-il.

"Tu as raison," admis-je.

"C'est vrai?" Il parut surpris.

Je hochai la tête et il regarda Emmett d'un air de défi. Emmett leva des yeux et lui fit signe de passer à autre chose. Jake leva un leurre de pêche et je revins au jour où Mac le lui avait donné.

"C'était le préféré de papa," dit-il doucement. Il me regarda. " Et le jour avant qu'il ne parte, il m'avait promis qu'il m'apprendrait à m'en servir dès qu'il rentrerait." Bien sûr Mac n'avait pas été capable de tenir cette promesse. Je regardai Jake dans les yeux et il n'y avait pas de colère comme dans ceux d'Emmett. Il n'y avait que de la tristesse. Jake était triste que son père ne puisse plus lui apprendre à pêcher mais il n'était pas en colère. Pour Jake l'acceptation avait été plus facile. Son père était mort c'est tout.

En les regardant je savais que c'était ce qui me manquerait le plus. Les moments où il n'était pas là et que son absence se faisait sentir. Il n'apprendrait jamais Emmett à conduire, il n'aiderait jamais Seth à améliorer son bluff au poker. Il ne verrait pas Sam obtenir son diplôme à l'université et il n'apprendrait pas Jake à pêcher.

Nous parlâmes et rîmes et pleurâmes.

"Vous vous souvenez de la fois où M. Thomas l'a ramené à la maison?" demanda Emmett. Je m'en souvenais. Thomas fêtait la naissance de son fils et Mac était allait l'aider. Un peu trop. Thomas m'avait aidé à monter Mac dans notre lit tandis que Mac avait décidé qu'il fallait que nous écoutions Freebird. Il était un grand fan de Skynyrd Lynyrd.

"Tu te souviens comment il coupait un petit bout de gâteau chaque fois que maman en faisait un?" dit Seth calmement. Je grognai et ris en même temps, me souvenant de la colère que je piquais quand je découvrais qu'il manquait un petit bout de gâteau, chaque fois.

"Ou la fois qu'il m'a aidé à chasser le monstre de sous mon lit?" dit Jake d'un air tranquille. Pendant des mois il avait fait des cauchemars à propos d'un monstre sous son lit. Puis un jour, Mac était parti à la chasse au monstre et en avait débarrassé la chambre de Jake. Pour toujours.

"Je me souviens qu'il me laissait lire pour lui," chuchota Sam. "Il montait et s'asseyait sur mon lit." Mac était infiniment patient avec Sam quand il déchiffrait les mots et les sons. Souvent je les voyais lovés l'un contre l'autre, ils s'étaient endormis. Mac avait toujours un petit sourire sur le visage, et ses grosses bottes salissait la couette de Sam.

"Et toi maman?" demanda enfin Seth. "Qu'as-tu ramené en souvenir de papa?"

Je les regardai tous les quatre et souris à travers mes larmes. "Je n'ai besoin de rien pour me rappeler de lui tant que je vous ai, vous."


* Le Pony Express était un service de distribution rapide du courrier aux États-Unis entre 1860 et 1861