Pov Mozart
Les oiseaux chantaient dehors, me réveillant avec une douceur incroyable. Ma main chercha le corps aimé à mes côtés, mais elle ne trouva que le vide. Etonné, j'ouvris les yeux pour voir où il avait bien pu passer, mais aucune trace de lui dans la chambre. Ses vêtements avaient disparus, signe qu'il était parti… Je me demandais quelques secondes si j'avais rêvé la nuit dernière, mais d'agréables douleurs purent me confirmer que c'était plus que réel. Soupirant, je me retournai sur le ventre et cachai mon visage dans mon oreiller, d'humeur bien plus maussade.
Mon Antonio m'avait fait l'amour hier, mais se pouvait-il qu'il l'ait fait sans m'aimer ? Etait-ce seulement possible ? N'avait-il aimé que mon corps ? Si ce n'était pas le cas, s'il m'avait aimé moi et non pas uniquement l'enveloppe de chair que je représentais, il serait encore là avec moi… Peut-être regrettait-il de m'avoir cédé une nouvelle fois…
La mort dans l'âme, je me levais et me préparai à aller au palais pour une nouvelle journée de labeur. Nous étions mardi… autant dire que la semaine ne faisait que commencer… Si notre accord tenait toujours, il fallait que je patiente encore 3 jours pour connaître la félicité la plus totale dans les bras de celui que j'aimais –et qui ne m'aimait peut-être pas…
Dans le hall du palais je croisai Lorenzo qui devina bien vite à mon air sombre que quelque chose n'allait pas. C'était devenu un ami très proche, au point qu'on abandonne les vouvoiements, pendant la période de séparation que m'avait imposé mon aimé. Son bureau étant plus proche de notre position que le mien, il m'y guida sans chercher à me tirer les vers du nez devant tous ces courtisans avides de ragots. Mon ami me laissa le temps de m'installer sur un canapé avant de commencer à m'interroger.
_ C'est à cause de la soirée d'hier ? Tu n'as pas apprécié ce que tu as vu quand tu as suivi Antonio…, s'imagina-t-il.
La trahison d'Haydn me revint à l'esprit et je m'empressai de lui en faire part. Lorenzo fut profondément choqué mais ravi de la réaction de mon aimé. Pour le moment je m'étais arrêté au moment où mon aimé m'avait raccompagné.
_ Mais où est le problème alors ?s'étonna Lorenzo. Qu'est-ce qu'il s'est passé après ?
_ Ben, je l'ai supplié de rester, il est monté avec moi et… on… enfin…
A mon rougissement il comprit immédiatement ce que je voulais dire et afficha un sourire amusé.
_ Je ne vois toujours pas où est le problème. Vous vous êtes remis ensemble, non ?
_ Justement ! Ce matin il avait disparu !m'exclamais-je les larmes aux yeux. Je ne sais pas où nous en sommes ni rien de ce qu'il envisage pour les semaines à venir !
Lorenzo grimaça. Il n'aimait pas me voir dans cet état, je le savais très bien.
_ Tu… tu crois qu'il m'aime ?hésitais-je. Au moins un tout petit peu…
Mon ami détourna le regard, comme s'il savait que ce qu'il allait me dire allait me faire de la peine. Mon cœur s'affola, prêt à être brisé d'une seconde à l'autre.
_ Tu sais Wolfgang, Antonio ne s'est jamais étalé sur ses sentiments. Il préfère se montrer très peu démonstratif pour se préserver des personnes mal intentionnées qui voudraient utiliser ses sentiments contre lui, et dans un sens il a bien raison. Je ne sais pas si Antonio t'aime, je pense qu'il préférerait se couper une main que de m'avouer qu'il est amoureux, mais je sais qu'il est très attaché à toi, sinon il n'aurait pas réagit si promptement avec les menaces de mort qui pesaient sur ta personne.
Ce n'était ni un « oui », ni un « non », tout juste un « peut-être »… Il me fallait quelque chose de plus sûr ! Me levant prestement, j'attrapai ma veste et saluai mon ami avant de disparaitre de son bureau. Il fallait que je voie Antonio, qu'on mette toute cette histoire au clair une bonne fois pour toutes ! Je ne pouvais pas vivre un jour de plus dans l'incertitude !
Courant dans les rues Viennoises, il ne me fallut pas longtemps pour arriver chez celui que j'aimais plus que ma propre vie. J'entrais sans frapper, pour ne pas changer les bonnes habitudes, et remarquai immédiatement les 4 valises entassées dans le hall. Mon cœur manqua plusieurs battements. Mon aimé avait-il l'intention de déserter la cour Viennoise sans même m'en avertir ?
Entendant du bruit à l'étage, je me dirigeai vers les marches et entrai dans sa chambre sans prendre la peine de frapper. Ce que je vis me fit penser à un cauchemar, un horrible cauchemar… Une jeune femme aux yeux noisette, aux cheveux d'ébène et à la silhouette élancée se reposait sur le lit. Il exhalait de sa personne un charme qui ne m'était pas inconnu, me donnant une sensation oppressante de déjà vu. Mais ce n'était pas ça qui m'avait choqué, c'était la bosse qui déformait son ventre… Elle était enceinte, et pas qu'un peu…
Les yeux toujours écarquillés, je repérai mon amant qui n'avait pas encore perçut ma présence. Sa concubine –puisque j'imaginai que c'était le titre qui convenait le plus- lui adressa quelques mots en Italien qui le poussèrent à se retourner vers moi.
_ Wolfgang ? Qu'est-ce que tu fais ici ?s'étonna-t-il.
_ J'ai à te parler, grognais-je en lui adressant un regard noir.
Toujours aussi surpris, mon aimé quitta la pièce en échangeant quelques mots en Italiens accompagnés d'un sourire tendre. Une fois la porte de la chambre fermée, je laissai exploser ma fureur.
_ Tu te moques de moi ? Tu m'imposes deux mois de rupture et tu en profites pour prendre une nouvelle amante et pondre un rejeton batard ?
Mes mots étaient durs et tranchants mais ma douleur n'avait pas de limites. Cet enfant à naître n'avait pas pu être conçu avant notre accord, c'était impossible, alors Antonio avait faillait à sa parole. D'autant plus qu'entre moi et cette femme qui portait son enfant, le choix serait vite fait…
Je ne m'attendais pas à ce que mon amant réagisse si violemment, me plaquant contre le mur le plus proche, me maintenant à distance du sol en me tenant par le col de ma chemise. La fureur dans ses yeux témoignait de son attachement à cette femme, donc je pouvais d'ores et déjà faire une croix sur notre relation…
_ Pour qui te prends-tu pour insulter un enfant de mon sang ?tonna-t-il.
_ Justement ! On n'avait peut-être pas parlé de fidélité mais je pensais que c'était un acquis ! Je ne pensais pas voir débarquer une femme qui attend un gosse de toi !
_ Un quoi… ?s'étonna mon aimé dérouté.
Gros silence. Il avait parfaitement compris ma phrase mais pourtant il n'arrivait pas à l'assimiler… Aurais-je mal interpréter cette situation ? Toujours est-il que mon amant me lâcha, soudain très calme, et me fixa comme si j'avais perdu la raison.
_ Il n'y a rien qui t'a choqué chez cette femme ?me demanda-t-il penaud.
_ Elle est enceinte.
_ Et à part ça ?
_ Euh…
Que je la jalousai comme aucune autre ? Qu'elle était la plus chanceuse des personnes peuplant cette terre ? Non, vraiment, je ne voyais pas…
_ C'est ma sœur, m'annonça-t-il en jaugeant ma réaction.
Atterré. J'étais tellement obsédé par l'idée que quelqu'un puisse tenter de prendre ma place que j'en devenais presque paranoïaque. Toujours aussi accablé, je me laissai glisser contre le sol pour choir sur le sol froid, les yeux grands ouverts fixant le vide.
_ Wolfgang ? Wolfgang !m'appela une voix aux accents inquiète.
Ce ne fut que lorsque quelqu'un se mit à me secouer que je me défis de ma transe, levant les yeux vers l'homme que j'aimais et qui me tenait par les épaules en essayant de me réveiller. Il était si beau, et moi j'étais en train de tout gâcher…
_ Ce n'est qu'une impression ou tu deviens de plus en plus jaloux ?me sourit-il amusé.
C'en fut trop pour moi, j'éclatai en sanglots, trop effrayé d'avoir mit fin à cette histoire si tumultueuse mais si apprécié de ma personne. Surpris, mon aimé écarquilla les yeux et, ne sachant comment réagir, m'attira à lui pour me plaquer contre son torse dans une tentative maladroite de me consoler. Je laissai libre cours à mes larmes contre lui, m'agrippant à sa chemise comme s'il en allait de ma survie –ce qui était le cas après tout…
_ Je suis tellement désolé Antonio, je ne voulais pas dire ça, je ne savais pas…, sanglotais-je. Ne me quitte pas, je t'en supplie…
_ Ne te mets pas dans des états pareils pour ça, souffla-t-il en caressant mes cheveux. Je commence à m'habituer à ce trait de ton caractère.
Il releva mon visage et m'adressa un sourire doux en essuyant mes joues humides de ses pouces. Ne tenant plus, je me jetais sur ses lèvres pour l'embrasser avec toute l'énergie du désespoir. Mon amant se fit un plaisir de répondre à mon baiser, toujours assis au sol avec moi. Avide de plus contact, je m'installai sur ses genoux et passai mes mains dans ses cheveux pour approfondir ce baiser qui devenaient déjà très langoureux.
L'air commençait déjà à me manquer mais je me refusais de me séparer des lèvres de mon aimé plus de quelques secondes donc je me ravitaillai peu et assez fréquemment pour poursuivre le plus longtemps possible. Quelques gémissements m'échappèrent, à peine étouffés par les lèvres soyeuses contre les miennes glissaient inlassablement. Je ne réalisai pas tout de suite qu'une porte s'était ouverte, et encore moins qu'une personne était sortie de la pièce sur laquelle elle donnait, mais un hoquet de surprise eut vite fait d'arrêter mon aimé.
Il se retourna alors vers sa sœur qu'il l'observait stupéfaite. Je pouvais sentir la panique qui montait rapidement en lui, mais je le comprenais. Comment sa sœur allait-elle réagir en prenant l'ampleur de la relation tordue qui était la notre ? Mon aimé risquait-il de perdre tous liens avec ce qui restait de sa famille ? Notre secret s'apprêtait-il à être dévoilé aux yeux de tous… ?
Mon amant m'aida à me relever et entama un monologue –certainement justificatif- en Italien. Sa sœur –dont j'ignorais toujours le nom- écarquilla encore plus les yeux à mesure qu'il parlait, attrapant nerveusement son pendentif, mais garda le silence bien après qu'Antonio cesse de parler. Mon cœur battait à tout rompre, angoissé à l'idée que notre liaison dépende de sa réaction. Antonio resta de marbre, ses mains se pliant et se dépliant pour canaliser son stress proéminent.
Finalement, sa sœur le regarda à nouveau, un sourcil arqué et une moue indéchiffrable aux lèvres. Mes mains devinrent moites et tremblèrent violemment. Le moment était trop fatidique, trop lourd pour moi. Une main vint agripper la mienne, comme pour me soutenir. La poigne de mon aimé était ferme, presque douloureuse, mais elle me faisait du bien.
De nouvelles paroles furent échangées dans la langue natale de celui que j'aimais. Je n'y comprenais strictement rien mais visiblement la sœur d'Antonio n'était ni furieuse, ni dégoûtée, ce qui était déjà pas mal. Un soupir trahit le soulagement de mon aimé alors que sa sœur m'adressait un sourire timide. S'approchant de moi, elle m'enlaça, avec plus de chaleur que mon aimé n'en manifestait habituellement, et me chuchota quelques mots que je ne parvins pas à comprendre. Je lui rendais son étreinte du mieux que je pu et la laissai s'échapper de moi. Elle se dirigea ensuite vers mon amant pour reproduire ses gestes et lui plaquer un baiser sur la joue. Devant mon air d'incompréhension totale, mon Antonio me sourit gentiment et attrapa mes mains.
_ Elle t'a souhaité la bienvenue dans la famille, m'expliqua-t-il. Elle ne parle pas un mot d'Autrichien.
Je lui souris, tendu mais très heureux, et les deux Salieri me le rendirent. Autant dirent que le sourire de mon aimé multiplié par deux c'était… ouf ! Il n'y avait même pas de nom ! Maintenant qu'ils étaient côtes à côtes, il fallait admettre que la ressemblance était frappante… mais je préférais quand même mon Antonio.
Mon amant conversa avec sa sœur quelques secondes avant qu'elle hoche la tête et se dirige vers sa chambre après m'avoir adressé un dernier sourire. Je compris que mon Italien lui avait cédé sa chambre parce qu'elle était la plus confortable et en fus d'autant plus attendrit.
Une fois seuls dans le couloir, mon aimé se tourna vers moi et me tendis la main. Ravi, le m'empressai de la prendre et le suivis au salon où nous nous installâmes sur le canapé. Je ne savais pas ce qu'il attendrait de moi en ce moment, c'était tellement nouveau pour moi… Notre accord supprimait la possibilité de discutions épuisantes par leurs longueurs, mais la présence de sa sœur interdisait nos hypothétiques ébats.
_ Elle s'appelle comment ?demandais-je pour vaincre ce silence écrasant.
Mon Antonio releva brusquement la tête au point que je craigne d'avoir posé la mauvaise question, mais un sourire s'afficha sur ses lèvres, un sourire d'une douceur telle que je n'en avais encore jamais vu auparavant… Certes, mon aimé le montrait très rarement, mais il était plus humain que la grande majorité des personnes que je connaissais.
_ Anita. Elle s'appelle Anita.
Je lui souris timidement et me risquai à lui demander plus d'informations sur elle, grainant au passage quelques ébauches des pans de l'enfance de mon aimé. J'appris que de ces 3 sœurs, elle était celle qu'il préférait, par sa douceur et son talent naturel pour la musique, et qu'il s'était battu pour qu'elle fasse partie de la bonne société Italienne pour pouvoir se marier avec un homme de bonne famille. Même s'il avait tenu à apporter une rente conséquente, mon Antonio avait eu la chance que sa sœur inspire de l'amour à un riche homme qu'elle aimait en retour et qui lui offrait tout le confort qu'elle pouvait désirer. Malgré cela Anita était restée très simple dans ses habitudes et s'était décidée à annoncer la naissance du premier –ou de la première- neveux –ou nièce- à mon aimé qu'elle avait choisit d'office pour parrain.
_ Et toi Wolfgang ? Tu ne m'as jamais parlé de ta famille…, réalisa brusquement mon amant.
Dire que j'étais surpris était l'euphémisme du siècle ! Nos règles étaient pourtant simples –et trop strictes…- mais mon Antonio décidait de les violer de lui-même. Même si j'étais euphorique, le sujet ne m'inspirait pas autant de gaité que lui…
_ On peut pratiquement dire que je n'ai pas de famille, soupirais-je triste. Ma mère est morte quand j'étais encore jeune, alors qu'elle m'accompagnait dans ma vaine quête de gloire, et mon père m'en a toujours tenu pour responsable. Il en était tellement épris… jamais il ne me le pardonnera… Et ma sœur… Je pense qu'elle est jalouse de ma condition d'homme qui me permet de mener ma vie comme je l'entends. Etant une femme, elle n'a pas le droit de se produire dans des salons pour faire connaître sa musique et mon père l'a mariée au premier prétendant assez riche pour attirer son attention.
Mon aimé m'adressa un petit sourire triste et compatissant avant de m'ouvrir ses bras. Je m'y blotti confortablement et me laissai alors qu'il caressait doucement mes cheveux. Le moment était parfait. Mes paupières se firent de plus en plus lourdes pour finalement se fermer et ce fut confortablement lové contre mon aimé que je passai la nuit.
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_ Comment a-t-on pu en arriver là ?soupira mon aimé affligé.
Je me posai la même question. Après notre réveil –tout en douceur- nous avions passé deux bonnes heures dans un calme apaisant, mais ça c'était avant qu'Anita se lève… Autant dire que j'avais trouvé pire que moi sur ce coup-là… On pourrait difficilement trouver plus surexcitée qu'elle, et encore… elle se retenait en sachant qu'elle portait un enfant et donc que c'était dangereux…
En ce moment nous nous trouvions dans la cuisine, transformée pour l'occasion en immense champ de bataille. Nous étions couverts de farine et le plan de travail ne se voyait même plus sous la couche de condiments qui avaient donné leurs vies lors de cette sanglante guerre. Pour la défense d'Anita, Antonio ne l'avait pas encouragée à arrêter ses bêtises, il l'avait pratiquement soutenue en répliquant à sa première attaque.
Antonio adressa quelques mots à sa sœur en Italien, m'expliquant à voix basse que nous irions en ville après nous être nettoyés. Affichant un sourire ravi, Anita lui sauta dans les bras et monta en vitesse à l'étage. Cette fille me faisait rire. Elle faisait ressortir le meilleur de mon aimé, l'enfant intérieur qu'il était resté malgré la rigueur de sa vie.
_ Tu ris maintenant mais ça ne fait que commencer, commenta Antonio en s'apercevant de mon hilarité.
Je m'approchai de lui et balayai sommairement la farine qui blanchissait ses cheveux avant de l'embrasser tendrement. Nous avions quelques minutes pour souffler avant que la tornade refasse son apparition et je comptai bien en profiter un maximum. Mes bras passèrent autour du cou de l'homme qui me possédait corps et âme alors que les siens entouraient mon corps pour me serrer contre lui. Soupirant d'aise contre ses lèvres, je me séparais à regret en entendant les pas légers d'Anita s'approcher.
_ Vas te nettoyer, j'irais après toi, m'offrit gentiment mon aimé.
_ Tu ne viens pas avec moi ?m'attristais-je.
_ Tu sais très bien que ça va dégénérer, me sourit-il amusé.
_ Je serais sage, minaudais-je en passant mes bras autour de son cou.
Il posa par réflexe ses mains sur mes hanches et me fixa alors que je lui faisais les yeux doux. A mesure que je voyais la sévérité faiblir dans ses yeux, je poussai le vice un peu plus loin en déposant une trainée de baisers de son cou à ses lèvres. Un léger grognement dépassa ses lèvres et je su que c'était gagné. Souriant triomphalement, je le tirai à l'étage par la main et pénétrai dans la salle d'eau.
Une fois à l'intérieur de la salle, je refermai la porte et m'approchai de mon amant d'une démarche féline. Mon aimé me coupa mon élan en attrapant un gant de toilette pour le passer sur mon visage. Dépité, je m'affaissai sur moi-même, entendant le rire de mon Antonio faire écho à mon attitude. Oui, j'avais dit que je serais sage, mais je n'avais pas précisé quand !
Antonio ne fut malheureusement pas de la même humeur que moi, me retournant en me bloquant contre un mur pour pouvoir essuyer toute la farine qui blanchissait la peau de mon cou. Même si j'aimais le sentir pressé contre moi, j'aurais préféré que ça se fasse entre d'autres circonstances. Soupirant, je me laissai finalement faire, reconnaissant que je n'avais aucune chance contre lui.
_ Tu peux y aller, m'autorisa-t-il en me lâchant. Prend une chemise dans mon armoire pour remplacer la tienne.
_ Si tu crois que je vais abandonner sans lutter, fis-je menaçant.
Mon aimé arqua un sourcil, ne me prenant pas au sérieux. Grand mal lui en fasse… Je récupérais le gant de toilette, le trempai dans la bassine d'eau froide et m'avançai. Antonio me défia du regard, me provoquant silencieusement. Ne lui laissant pas d'occasion d'en réchapper, je lui fis un croche-pied et le fis basculer au sol. Mon aimé se rattrapa de justesse pour ne pas se faire trop mal en tombant et je profitai de cette fenêtre de temps pour m'assoir sur son bassin, prenant ainsi la position de force.
_ Ha ha !fanfaronnais-je.
_ Wolfgang si tu…
Je l'interrompis en lui collant le gant glacé sur le visage. Mon aimé se débattit gentiment, gêné par cette froideur, mais je ne le retirai pas pour autant. Riant aux éclats lorsque j'enlevais enfin le gant pour le laisser respirer, je ne compris pas comment il se débrouilla pour renverser les positions, me tenant par les poignets pour m'empêcher de reprendre le dessus. Ce n'est pas ce qui m'empêcha d'essayer et nous débutâmes une série de roulades en nous amusant comme des gamins. Ça aurait pu durer encore longtemps si nous n'avions pas fini par percuter le meuble sur lequel la bassine d'eau froide était posée. Cette dernière, déjà en équilibre précaire, tomba à la renverse, déversant toute son eau froide sur nous avant de s'écraser au sol en se fracassant en 1.000 morceaux…
Je me figeai net, appréhendant la réaction de celui que j'aimais. D'une part nous étions trempés –et glacés- mais en plus la salle d'eau était un champ de bataille –comme la cuisine…-, trempe et jonchée de morceaux de porcelaine… Toujours installé sur son bassin, mon regard craintif croisa celui de mon aimé. La profondeur de ses yeux noisette était allumée d'une étincelle d'amusement… Non ! Je n'avais pas rêvé ! Il éclata de rire devant mon air gêné et je ne pus que l'imiter, me blottissant contre lui quelques minutes plus tard le temps de me reprendre.
_ Je suis désolé, m'excusais-je une fois le calme revenu.
_ J'ai fait bien pire avec Anita quand j'étais plus jeune, me confia-t-il.
Relevant la tête, je l'observai me sourire tendrement et ne résistai pas à la tentation de l'embrasser. Le baiser resta chaste mais il était absolument divin. J'avais l'impression de rêver. Tout se passait si bien depuis l'arrivée de sa sœur –ou plutôt depuis la découverte de la trahison d'Haydn. Je découvrais un Antonio tendre et aimant que j'aimais encore plus.
_ Il faut se changer, commenta mon aimé en me sentant frissonner contre lui.
S'il pensait que c'était l'eau gelée qui me faisait trembler… Il ne me laissa pas le temps de le détromper, m'attirant avec lui dans la chambre qui accueillait nos ébats chez lui. Ouvrant son armoire, il me tendit une de ses chemises blanches. Sans éprouver la moindre gêne vis-à-vis de mon observation insistante –et avide…-, mon aimé se dévêtit rapidement pour se mettre une chemise sèche sur le dos.
_ Tu baves Wolfgang, rit mon Antonio.
_ Hein ? Quoi ?
Je rougis d'embarras en réalisant ce qu'il me disait et m'essuyai vivement le coin de la bouche. Je remarquai alors qu'il se moquait de moi, ou plutôt de l'état de l'état béat dans lequel il m'avait plongé. Même si j'appréciai ce moment si complice, je grognai pour la façon, fondant intérieurement devant son sourire. Ne réalisait-il pas à quel point il était beau ?
_ Tu recommences !s'amusa mon aimé en se dirigeant vers la porte, déjà prêt.
Je lui tirai puérilement la langue avant de lui tourner le dos, son rire faisant office de l'unique réponse qu'il m'offrit. La porte se referma derrière lui, me laissant seul dans cette chambre qui avait abrité certains de mes plus beaux souvenirs. Respirant profondément l'odeur de mon aimé imprégnée dans le tissu immaculé, je me défis de la mienne pour la jeter négligemment sur celle dont mon Antonio venait de se séparer et enfiler la sienne. Bon… ce n'était pas vraiment mon style de chemise… mais que demander de plus quand j'étais si délicieusement entouré de son odeur ? C'était juste envoutant…
Boutonnant la chemise dans les escaliers, je ne fis pas vraiment attention où je mettais les pieds et manquai de peu de m'étaler dans les marches, fort heureusement rattraper par mon aimé qui me surveillait. Son air résigné me fit rire mais ses lèvres me firent bientôt taire de la plus agréable des façons. Je serais resté ainsi pendant des airs, à l'embrasser à en perdre haleine, mais un toussotement pas si discret nous rappela que nous n'étions pas seuls.
Après m'avoir aidé à enfiler me remettre sur mes pieds, mon aimé s'éloigna pour attraper les vestes et les distribuer, aidant même galamment sa sœur à enfiler la sienne. Quelques minutes de marche plus tard, nous étions au palais. Anita avait exigé de connaître l'endroit où travaillait son frère, donc nous nous dirigions vers la fosse aux lions, bien que l'idée ne me plaise aucunement. Il fallait reprendre nos habituels masques d'indifférence froide et de mépris, et je détestai ça, d'autant plus que nous venions de partager des moments tellement forts…
Mon aimé n'eut pas besoin de me demander avant que je prenne une entrée différente, ne souhaitant pas attirer à nouveau les soupçons. Chaque pas qui m'éloignait de mon Italien me semblait insurmontable. Pourtant il me fallait tenir, nos survies dans cette cour en dépendaient. N'ayant nulle envie de me retrouver seul dans mon bureau, je me dirigeai vers la grande salle de réception, pensant y trouver quelqu'un avec qui discuter. Au détour d'un couloir, je croisai Lorenzo qui discutait avec mon aimé qui était de dos à ma position et ne me vit pas. Mon ami m'adressa un sourire sans que mon Antonio s'en aperçoive et je poursuivis ma route, sachant parfaitement qu'il était plus sage d'attendre les conclusions de mon librettiste que de les interrompre maintenant.
Des éclats de voix me parvinrent un peu plus loin. Une femme visiblement, aux accents Italiens… Mon cœur s'affola. C'était Anita qui criait de la sorte ! Courant comme si ma vie en dépendait, j'arrivais rapidement devant le duo d'Italiens qui se disputait violemment. Clairement contrariée, Anita laissa passer un silence avant que sa rage ne la dépasse et qu'elle gifle avec violence l'homme qui lui faisait face. Je sentais les choses allaient dégénérer, alors je m'interposai rapidement, la protégeant lorsque l'Italien se remit et répliqua d'une jolie droite… que je reçu à sa place…
A moitié sonné, je me massai la mâchoire et repoussai machinalement l'Italien en le voyant s'approcher d'Anita de façon menaçante.
_ On ne lève pas la main sur les femmes !m'écriais-je.
_ Dégage de là, grogna-t-il. Ça ne te concerne pas le morveux.
Je lui barrai toujours la route mais il m'assena un coup de coude assez fort dans le nez pour le faire saigner. Jurant comme un charognard, j'essayais de le repousser d'une main alors que l'autre contenait tant bien que mal l'afflux incessant de sang. Manquant gravement d'efficacité, l'Italien parvint à arriver devant Anita qui restait obstinément en place, le défiant silencieusement. Un trait de famille visiblement la provocation…
L'homme leva la main, près à gifler la sœur de mon aimé, mais une poigne ferme retint son poignet juste à temps. Soupirant de soulagement, je posai mes yeux sur le bienveillant sauveur pour voir mon Antonio dans une colère noire. Anita se dégagea de l'étreinte protectrice de son frère pour venir me porter un mouchoir et voir où en étaient mes saignements. Même si nous ne partagions pas la même langue, je nourrissais beaucoup d'affection pour cet adorable bout de femme et je me plaisais à penser que c'était réciproque.
_ Antonio ? Mais…, bafouilla l'Italien effrayé.
Mon aimé le coupa en le plaquant durement contre un mur de marbre, le faisant gémir de douleur. Remplaçant la prise qu'il avait sur son poignet par une pression de son avant-bras sur la gorge de cet homme affreusement mal éduqué, mon Antonio se fit encore plus menaçant.
_ Si tu t'avises encore, ne serait-ce qu'une seule fois, de menacer ma sœur, je me ferais un plaisir de creuser ta tombe moi-même. Me suis-je bien fait comprendre ?
_ Ou… Oui Antonio, trembla-t-il. Je ne savais pas que c'était ta sœur, je te le promets ! Je suis désolé, je…
_ Je ne veux pas de tes excuses, siffla mon amant. Disparait de ma vue.
L'homme s'exécuta dès que mon aimé eut relâché sa prise sur sa gorge, détalant comme un lapin. Soucieux du bien être de sa sœur et de la santé de l'enfant qu'elle portait, il l'examina pour s'assurer qu'elle n'était pas blessée et ce fut avec un soupir d'exaspération qu'elle me désigna. Mon aimé écarquilla les yeux et porta sa main à ma joue mais la rabaissa avant même qu'elle ait pu la caresser. Nous ne pouvions pas nous permettre ce genre de gestes en public…
Lorenzo nous rejoignit rapidement et évalua la situation avant de nous guider vers son bureau. Mon aimé me fit m'installer sur l'imposant canapé alors que mon ami librettiste présentait ses hommages à la sœur de mon Antonio. Parfaitement calme, mon amant vérifia que mon nez n'était pas cassé et nettoya d'un linge humide le sang qui commençait à sécher sur ma peau. Cette situation me rappela mon infraction dans son antre, mais tout c'était passé très différemment après ma rencontre précipitée avec son bureau…
_ Ne bouge pas, m'ordonna mon aimé concentré dans sa tâche.
_ Je vais bien !geignis-je.
Mon Antonio ne l'entendit pas de cette oreille et poursuivit son activité jusqu'à trouver satisfaction dans son travail. Peu désireux de le laisser s'éloigner, je l'attirai à moi et il s'allongea sur mon corps en veillant à ne pas se faire trop lourd.
_ Merci d'avoir défendu ma sœur, chuchota-t-il à mon oreille. Je te dois une fière chandelle…
_ Je crois que je connais un moyen d'effacer ton ardoise, souris-je.
De bonne volonté, mon Italien releva la tête pour me regarder pendant que je poserais mes exigences mais je choisis d'entourer son visage de mes mains pour l'approcher avec précautions de moi et l'embrasser avec amour. Mon aimé se prêta bien volontiers à ce baiser, l'approfondissant même en glissant sa langue dans ma bouche, et nous restâmes de la sorte pendant un bon moment. Nous ne nous séparâmes qu'une fois haletants, regardant l'autre avec désir, mais nous n'étions pas seuls…
Lorenzo nous abandonna peu après, nous laissant son bureau comme refuge. Anita vint se joindre à nous sur le canapé et se coucha près de son frère. Il était étrange de voir ce canapé accueillir 3 personnes endormies et pourtant il s'acquitta parfaitement de cette tâche.
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Spéciale dédicace à leeliche ^^
