Oui je sais, ça fait des années que vous n'avez plus entendu parler de moi. Plusieurs de vous pensiez même que j'avais abandonné mes fiction. Bah non!J'ai eu beaucoup de soucis durant ces deux années et je m'excuse réellement de vous avoir mis de côtés. Pour me faire pardonner je reviens avec un chapitre et non un note de l'auteur (on connait tous des auteurs qui font ça). Alors bonne lecture et encore une fois je m'excuse pour ce long temps de latence.
Chapitre 11-1: Démon
L'espace étroit limitait ses mouvements. Ses muscles étaient crispés et contractés. Il avait soif et chaud. Ses paupières étaient lourdes et dans sa tête cognaient à un rythme infernal de multiples cloches. Une faible lumière éclairait le lieu clos, lui permettant d'observer les contours de sa prison. Il était fatigué, épuisé. Sa peau était couverte de multiples plaies infectées qui ne cessait de le brûler. Une certaine torpeur s'était emparée de lui; dans laquelle il voulait juste s'abandonner. Mais les brûlures sur sa peau l'en empêchaient. La douleur le rappelait à chaque fois. Il devait affronter la vie ou affronter la mort. Dans une ultime force il frappa une nouvelle fois sur le plafond de sa prison. Ses blessures se rouvraient, propageant dans son corps de vives décharges de douleur. Ses yeux étaient à présent mi-clos. Dans un espoir vain, Karma se résigna à prononcer ce qui seront les derniers mots de son existence et ferma les yeux pour un sommeil libérateur.
Peur, panique.
Tristesse, colère.
Espoir et désillusions.
Tous ces sombres sentiments prenaient petit à petit le dessus sur Nagisa Shiota.
Impuissance.
Son être était las. Son esprit absent.
Petit à petit, il s'éteignait.
Faiblesse.
Faible, voilà ce qu'il était.
Lâcheté.
Lâche car il n'en pouvait plus. Son âme avait bien trop été torturé. Il ne pouvait pas le retrouver. La partie était finie, et il avait perdu.
Perdu?
Que pouvait-il faire d'autre. Devant l'écran, Karma avait cessé de se débattre, cessé de se raccrocher à la vie. Il avait fermé les yeux et reposait. Quand à lui, que pouvait-il faire?
Tu lui avais promis.
Techniquement non. Non, il n'avait rien promis à Karma.
Karma lui avait exigé de le retrouver. Il avait tout essayé, mais rien n'y faisait.
Tout? Vraiment? Assis dans cette voiture, as-tu réellement tout essayé?
Bien sur qu'il avait tout fait. Il avait volé, mentit, tué. Il avait franchi ses limites. Il avait mis Nagisa Shiota d'un côté et avait puisé sa force dans un être qui n'était pas lui. Il avait fait tellement de choses...
Des regrets?
Bien sûr qu'il en avait. Il aurait pu ne pas en avoir si il avait retrouvé Karma. Mais à présent il était seul.
Alors retrouve le.
Nagisa, assis à l'avant du véhicule, les yeux brumeux posés sur l'écran, serra brusquement ses poings. Sebastian le fixait, une pointe d'angoisse et de pitié dans le regard. A cet instant, l'adolescent avait l'air si faible. Il portait sur ses épaules, le poids de la vie d'un être. Sebastian ignorait le pourquoi de l'attachement si fort de ce garçon envers son maître. Mais ce qui était sûr, c'est que Nagisa était un enfant. Et un enfant avait besoin d'être accompagné, avait besoin qu'on prenne des décisions pour lui. Un enfant avait besoin de quelqu'un sur qui s'appuyer quand les choses tournaient mal. Et Nagisa n'avait pas cette personne. Nagisa était seul. Et seul, il allait rechercher une présence. Une présence qui prendrait toutes les décisions à sa place. Une présence qui lui dicterait ses choix.
Comment pourrait-il le retrouver? Il ne cessait d'essayer. Le seul indice qu'il avait, était cette vidéo. Tracer le signal prendrait beaucoup trop de temps et Karma ne bénéficiait que de six heures supplémentaires de vie. Il était acculé, piégé. Son adversaire avait tout prévu, tout planifié. Il ne cessait de jouer avec lui. Il avait laissé l'espoir et l'assurance s'insinuer en Nagisa pour le briser avec plus d'impact. Il jouait avec son mental avec une facilité déconcertante. Comme sur un plateau d'échecs sur lequel Nagisa était son pion et Karma le roi adverse. Oui sans le savoir, Nagisa n'avait été qu'un pion pour cet homme. Un pion sur lequel reposait toute sa stratégie pour coincer le roi adverse. Pouvait-il déjà prononcer "échec et mat"?
Tellement faible. Tu me déçois. Tu n'es et resteras donc qu'un déchet.
Oui. Il était un déchet et il le restera.
Un déchet visant à exterminer tous les autres déchets de la planète.
Oui. C'était sa mission Il devait tous les exterminer. Sans aucun remord. Il devait juste effectuer les actions, les unes après les autres. Mais lesquelles?
Nagisa se mordit la lèvre retenant un sanglot. Tous ses repères avait été ébranlé. Il avait besoin d'oublier, de se reposer sur quelqu'un. Il avait besoin d'évacuer toute cette pression sur ses frêles épaules. Il en avait assez. Il avait besoin d'une bulle dans laquelle s'évader. Plus de réflexion. Juste quelqu'un qui prendrait toutes les décisions, qui prendrait soin de lui. Jusqu'à présent, Korosense avait plutôt bien rempli ce rôle. Il l'avait aidé à trouver sa place dans la société. A s'assumer en tant qu'être humain. Mais Nagisa ne voulait pas une place dans la société. Il ne voulait pas devoir répondre à des exigences pré-établies. Il ne voulait même pas exister. Tout ce dont il avait besoin c'est de quelqu'un qui existait pour lui. Il avait besoin de Karma. Beaucoup plus qu'il ne le pensait jusqu'ici.
Mais Karma n'est pas là.
Ça il le savait, pas besoin de le lui rappeler. C'est un peu pour cette raison qu'il se trouvait dans cette voiture de luxe à broyer du noir et à discuter avec une voix dans sa tête. Cette même voix qui l'assombrissait chaque seconde.
Tu ne le retrouveras peut-être pas à tant. Peut-être jamais.
Du sang s'écoulait de la plaie ouverte sur sa lèvre engendrée par ses morsures violentes. Goutte après goutte tombèrent sur ses mains s'agrippant à son pantalon. Des larmes commencèrent à remplir ses yeux d'un bleu désormais brouillé. La réalité le frappait à nouveau. Mais toujours plus fort. Il avait besoin de quelqu'un à ses côtés. Un besoin vital qui rongeait aussi bien son esprit que ses neurones.
Je peux t'aider.
Comment une voix le pouvait-elle?
Pourquoi se poser la question? Elle était là. Elle avait toujours été là.
Ecoute moi.
Repose toi sur moi.
Suis juste mes ordres.
Ces paroles étaient tellement envoûtantes. Elles le berçaient et le transportaient dans un sous-monde; un sous-espace.
Je suis là. J'ai toujours été là. Je serai toujours là.
Tu n'as pas à éprouver quelque chose.
J'assumerai toutes tes actions parce que ce sont les miennes.
Laisse moi juste prendre le dessus. J'étancherai notre soif.
Sebastian observait l'adolescent à ses côtés. Petit à petit il avait senti l'ambiance à l'intérieur de la voiture changer. Elle devenait plus sombre, le mettant légèrement mal à l'aise. Nagisa ne parlait pas, les yeux toujours rivés sur l'écran. Il ne bougeait pas semblant même ne pas respirer. Ses sourcils étaient froncés comme s'il se concentrait sur quelque chose.
Sebastian regardait l'adolescent semblant en proie à un combat intérieur. Mais contre qui?
Sebastian était le majordome attitré de Karma Akabane. Il lui a déjà été donné de voir ou de faire des choses horribles et dégoûtantes. Il lui est à plusieurs moments arrivés de devoir finir le travail sans moral de son patron. Malgré tout dans toutes ses situations, Sebastian n'avait jamais ressenti cette émotion qui nouait son estomac et étreignait son cœur. Sebastian avait toujours effectué son travail sans aucune hésitation et n'avait jamais ressenti aucun remord. Les visages défigurés par la peur, les voies étranglées qui suppliaient ne l'avaient jamais suivi dans son sommeil. Il lui était arrivé un nombre incalculable de fois de craindre son patron. Ces instants où il le voyait avec cette lueur meurtrière dans ses yeux rouges incandescents, son sourire assassin. Dans ces instants là, Sebastian se surprenait souvent à trembler. Mais jamais cette émotion n'avait pris possession de lui à ce point. Son coeur battait à tout rompre et ses doigts tremblotaient contre le volant. Il osa jeter un nouveau coup d'oeil à l'adolescent à sa gauche. Nagisa avait la tête basse, tandis qu'un faible rictus étirait ses lèvres. Ses mains étaient posées à plat sur ses cuisses, l'index de la main droite tapotant contre sa cuisse droite. La tension pesante sur le coeur du majordome s'intensifia. Quelque chose se déroulait devant ces yeux. Une métamorphose.
Le faible rictus disparut aussi rapidement qu'il était apparu. Nagisa ouvrit les yeux et releva sa tête. Il inspira longuement et rejeta l'air accumulé avec lenteur. Son regard était vide et fixait la vitre devant lui sans vraiment la voir. Le temps s'écoula avec une lenteur exaspérante. Sebastian ne pouvait s'empêcher de fixer le profil son voisin. Rien n'avait changé. Il avait toujours autant l'air perdu et désespéré à la recherche vaine d'un solution. Sebastian se permit d'expirer discrètement de soulagement. Mais son souffle se bloqua immédiatement lorsque les deux prunelles scintillantes se tournèrent vers lui. La vitesse des battements de son coeur subit une vive accélération. Les deux prunelles n'avait pas l'air perdu dans le désespoir. Elles étaient littéralement perdues dans la folie. Dans une folie profonde et tranchante. Nagisa avait perdu son combat intérieur. Quelqu'un avait gagné. Quelqu'un qui n'était pas le petit et fragile adolescent que son patron avait séquestré.
Sebastian avait fait et vu autant de choses horribles et dégoûtantes qu'immorales et dégradantes dans sa vie. Il avait aidé à tuer avec des méthodes abjectes. Il avait vu la folie humaine en oeuvre incarnée dans son patron. Il avait déjà ressenti cet odieux sentiment qui nouait son estomac et étreignait son coeur, lui faisait remonter à certains moment sa bile dans sa gorge. Mais jamais il ne l'avait ressenti autant que maintenant.
Sebastian éprouvait la peur pour la première fois de sa vie, craignant la folie humaine incarnée en un si petit être.
« Akabane Karma va mourir.»
Il avait énoncé cette stricte vérité d'une voix neutre comme s'il s'agissait d'une prévision météo. Ses yeux d'un bleu polaire étaient ancrés dans ceux minuscules de son professeur poulpe.
Korosense ne répondit rien, analysant son élève ayant le plus de potentiel. Nagisa avait une âme d'assassin. Jusqu'à présent cette partie de lui était endormie, mais Korosense savait depuis longtemps qu'elle aurait fini par se réveiller. Tôt ou tard. Il aurait voulu la canaliser avant son éveil. Il aurait voulu que Nagisa soit prêt, physiquement et psychologiquement, à affronter cette partie sombre de lui et à la soumettre. Que Nagisa arrive à l'utiliser à bon escient et à la contrôler. Malheureusement, il avait échoué. Un lamentable échec en tant que professeur. Il n'aurait jamais dû le confier à Karma malgré sa confiance en lui. Trop de dangers trônaient autour du garçon aux cheveux rouges. Après tout Akabane Karma est un dieu de la mort. Un dieu de la mort est toujours menacé. Il avait été négligent et avait ainsi mis en danger un de ses élèves. Un de ses élèves les plus prometteurs mais paradoxalement le plus fragile. A présent, il ne voyait plus le Nagisa Shiota qu'il avait voulu sauver, attentionné et un peu maladroit, devant lui se tenait un être sanguinaire mut par un immense soif de sang. Il ne recherchait même pas la vengeance, simplement la mort.
« En ce moment, il est dans un cercueil et il lui reste un maximum de cinq heures à vivre.»
La phrase fit écho dans les oreilles du poulpe (oui il en a forcément) plusieurs fois sans qu'il n'en comprenne réellement le sens.
« - Quoi?!
- Vu que vous êtes amis j'aimerais que vous recherchiez l'endroit où il a été enterré. »
Korosense se colora de rose, signe de honte.
« - Tu savais?!
- Vous ne m'auriez jamais donné comme mission de tuer un dieu de la mort. Cela dit si ça peut vous réconforter je ne m'en suis rendu compte qu'au moment où Karma a disparu.
- Je ne sais même pas quoi dire...
- Alors ne dites rien. Juste, allez vous le rechercher?
- A une seule condition.
- Je vous écoute.
- Vous viendrez tous les deux dans ma classe après tout ça.
- S'il est vivant.
- Il le sera.»
Nagisa leva un sourcil en observant son poule de professeur qui avait l'air beaucoup trop confiant. Celui qui a orchestré toute cette histoire devait bien se douter que Nagisa irait demander de l'aide à son professeur ayant la capacité de se déplacer à match 20. Il pencha la tête sur la gauche en considérant le poulpe géant avec beaucoup trop de sentiments. Il soupira et plongea son regard brillant d'une froide détermination dans les deux minis pupilles de son professeur.
« - Tâchez de rester en vie. Il me tarde de mettre fin à vos jours.
- J'ai hâte de te revoir dans ma classe, Nagisa Shiota.»
Le garçon aux cheveux bleus se tourna sans un regard et sortit tout simplement de la classe. Korosense observa cette frêle silhouette s'en aller puis disparaître au détour d'un couloir. Nagisa n'avait pas encore grandi.
Korosense connaissait Karma bien avant sa métamorphose en poulpe. Il était son plus grand mais surtout son seul vrai rival au titre de dieu de la mort. Malgré le fait que ce titre ne les intéressait pas plus que ça, ils avaient tous deux hérités de ce don maudit. Korosense avait avec lui l'expérience. Karma de son côté avait la jeunesse. Une jeunesse qu'il allait tenté de conserver encore bien longtemps.
Le bruit de la sonnerie retentit. Les portes du grand manoir s'ouvrirent d'elles même. Sans aucune question, l'adolescent pénétra dans le domaine immense. Il ne prêta aucune attention au décor pourtant merveilleux de cette grande bâtisse. Ses pas était sourds, le bruit étant avalé par le gazon. Son regard rivé droit devant lui, regardant la distance le séparant de la porte d'entrée rétrécir à chacun de ses pas.
Un serviteur l'attendait devant celle-ci. Il lui proposa de prendre son manteau, mais Nagisa ne l'entendait pas. Il avait un objectif. Tout le reste était dérisoire, sans aucune valeur. La porte d'entrée s'ouvrit laissant apparaître un intérieur luxueux caractérisé de dorures et de lustres. Il avança de quelques pas laissant la porte d'entrée se refermer derrière lui. Le serviteur le conduit au milieu de la grande salle d'entrée qui dans les temps anciens correspondait sûrement à une salle de bal. En face de lui se trouvait un immense escalier, se fendant en deux, conduisant aux étages supérieurs. La salle était éclairée par un magnifique lustre de cristal dont la lumière se reflétait avec les dorures des tapisseries accrochées au mur. Le serviteur abandonna là Nagisa et s'en alla après avoir fait la révérence.
Nagisa leva les yeux au ciel et s'assit sur le carrelage froid, au milieu de cette salle. Il ferma les yeux sachant que son attente allait prendre un certains temps.
Ses pas claquaient sur les escaliers. Le son résonnait en écho dans le manoir. Nagisa ouvrit les yeux et les leva immédiatement vers les escaliers. Devant lui, Gakushû Asano dans toute sa splendeur. Ses cheveux roux avaient été ramenés en arrière dans une coiffure distinguée. Son corps était vêtu d'une chemise blanche rentrée dans un pantalon de costume noir, une ceinture noire liant les deux vêtements. Il portait des chaussures en cuir pour soirée, ce qui expliquait les claquements résonnant dans la pièce. Un sourire suffisant étirait ses lèvres. Il s'arrêta au milieu de l'escalier, regardant de haut le frêle adolescent qui était en train de se relever. Il ne put s'empêcher une remarque désobligeante:
« - Oh mais je t'en prie, ne te sens pas obligé de te lever. Il me semble que tu aies retrouvé ta véritable place: au pied de l'échelle.»
Nagisa ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Il fit un quart de tour sur lui même pour se retrouver en face du jeune héritier. Celui-ci fronça les sourcils au visage sans expressions qu'affichait le bleu. Un léger rire cristallin emplit la salle et ce fut au tour de Nagisa d'être légèrement troublé.
« - Sais-tu que c'est de cette manière que naisse les plus grands meurtriers? De la folie?
- ...
- Suis-moi on va discuter quelque peu.»
Sans se faire prier, le bleuté se mit à marcher vers le roux. Arrivé à sa hauteur, le maître de maison se retourna sans aucune crainte et se mis à avancer. Le bleuté le suivit tel un automate. Seul leurs pas résonnant sur le carrelage se faisait entendre dans tout le manoir. Le rythme était calme et périodique. Ils arrivèrent devant une large porte au motifs anciens que Gakushû ouvrit. Une immense table leur faisait face, faisant comprendre que cette pièce n'était autre que la salle à manger. Le roux partit naturellement s'asseoir au bout de la table. Nagisa s'assit à six chaises de lui, le regard braqué sur cette personne suffisante.
« - T'as remarqué à quel point je me suis fait beau pour mon rendez-vous avec la mort?
Nagisa hocha la tête.
- Quand je pense que c'est la fin, énonça l'héritier pensif. Au moins je pars avec Karma...
- Karma n'est pas mort.
- Ah bon?
Asano Gakushû se retint de soupirer de soulagement.
- Karma a toujours été pour moi, un être mystérieux. A chaque fois que je le regardais, je me rappelais que je n'était qu'un simple humain, vivant au dépend des richesses d'un autre humain.
Il s'adossa contre la chaise, se passant une main dans les cheveux.
-Je ne regrette absolument aucun des actes que j'ai commis contre lui. Si on me donnait l'occasion je le referai sans hésiter.»
Nagisa sortit de table ne prenant pas la peine de replacer la chaise correctement. Il s'avança vers l'adolescent adossé contre sa chaise, le regard fixé au plafond. Celui-ci avait les lèvres étirées en un sourire sans conviction et dont les yeux étaient éteints.
Karma était un véritable démon. A moins que c'est moi qui suis devenu fou dès l'instant mon regard a croisé le sien.
Il soupira.
Nagisa s'assit sur la table en face du roux. Lui, ne bougea pas, toujours dans ses pensées.
« Je l'ai toujours détesté, et il m'a toujours détesté. Il m'a toujours fasciné et je l'ai toujours dégoûté. Je hais Karma Akabane tout comme j'aurai aimé qu'il m'appartienne.»
Il soupira une nouvelle fois et se redressa. Il s'assit correctement sur sa chaise. Son regard se fixa dans celui vide de l'azur. Son sourire s'étira finalement.
« - Tu es un grand meurtrier en devenir, Nagisa Shiota.
- Parce que mon regard exprime la folie?
- Bien évidement. »
Un silence s'empara de la pièce. Un silence calme, sans aucune ambiguïté. Un calme plat.
«- Je suis prêt. J'ai été heureux d'avoir vu le visage de la mort.
Nagisa glissa sa main dans sa poche et en fit sortir la seringue.
- Du poison? Moi qui osait espérer une mort non-douloureuse...
- Ça le sera. Tu t'endormiras d'abord puis les battements de ton cœur ralentiront petit à petit jusqu'à s'éteindre.
- Que me vaut cet honneur?, ironisa-t-il en levant un sourcil.
- Je garde ma rancœur pour ton père. »
Asano Gakushû ouvrit grand les yeux puis rit de bon cœur. Il essuya quelques larmes qui perlaient aux coins de ses yeux et pencha sa tête sur le côté. Il dessera sa cravate et tira sur un pan de son col.
Sans hésitation, Nagisa enfonça l'aiguille dans la carotide du roux, glissant petit à petit le poison dans son organisme. Leurs regards ne s'étaient pas lâchés. Après ce qu'il semblait être une éternité à l'héritier, Nagisa retira l'aiguille et remis la seringue vide dans sa poche.
Asano souriait toujours. Ainsi donc s'achevait sa vie. Le poison était fort par conséquent extrêmement rapide. Ses paupières était déjà lourdes et son corps paralysé. Mais il n'avait pas peur. Il avait déjà vu le visage de la mort de toute façon. Son regard fou était braqué sur lui.
« Soit fort Nagisa Shiota. Seuls les forts vivent. Les faibles n'ont pas leur place sur terre. »
Nagisa fronça les sourcils. Le sourire sur les lèvres de l'héritier était magnifique. Un sourire franc et libre.
« J'ai été faible et j'ai perdu. »
Sa tête se baissa, n'étant plus retenu par les réflexes du corps humain. Ses yeux s'étaient enfin fermés. Ses bras reposaient sur les appuis de la chaise. Il était assis dans la posture d'un prince fier.
Fier jusqu'au bout, pensa Nagisa.
Nagisa se leva de la table d'un mouvement souple. Encore une fois sans un regard, Nagisa marcha vers la porte. Chacun de ses pas résonnait en écho dans la pièce. Chacun de ses pas le rapprochait de son objectif. Chacun de ses pas représentait un nombre du décompte.
Le décompte de la mort.
« Les faibles n'ont pas leur place sur terre. »
