Je ne sais pas quoi dire... je suis tellement désolée d'avoir disparu de la circulation ! Je me rattraperai, promis ! D'ailleurs, le prochain chapitre est déjà prêt, tout frais, tout beau !
Merci pour les reviews du dernier chapitre !

Bonne lecture à tous !


Chapitre 12 : Je suis la plaie et le couteau.

Je suis la plaie et le couteau

Je suis le soufflet et la joue

Je suis les membres et la roue,

Et la victime et le bourreau.

Je suis de mon cœur le vampire,

-un de ces grands abandonnés

Au rire éternel condamnés,

Et qui ne peuvent plus sourire.

Julie se réveilla en sursaut et regarda frénétiquement autour d'elle. Elle se trouvait toujours dans la chambre du motel dans lequel ils s'étaient arrêtés, quelque part prêt de la frontière canadienne. Cela faisait deux semaines qu'Albus, James et elle avaient quitté l'Angleterre. Deux semaines terribles, étouffantes, à se réveiller en sursaut au moindre bruit et à dormir la baguette sous l'oreiller et l'épée de Godric Gryffondor à portée de main au cas où ils se seraient fait suivre à leur insu au cours de leur fuite. Deux semaines que Julie se repassait en boucle ces vers de Baudelaire qu'elle avait entendu son frère peiner à réciter lorsqu'il était au lycée et qu'elle n'avait pas encore intégrer Beauxbâtons.

La victime et le bourreau.

La française frissonna en repensant à ces mots, et ses yeux se posèrent instinctivement sur l'épée. Puis elle regarda ses mains et eut une soudaine envie de vomir : elle se précipita dans les toilettes exiguës de la chambre et sentit son estomac se retourner. Juste à temps.

« -Julie… »

Celle-ci ne se retourna pas, toujours penchée au-dessus de la cuvette des toilettes. Elle sentit Albus réunir ses cheveux et les tirer légèrement en arrière afin qu'ils ne soient pas éclaboussé par ce qu'elle rejetait. Entre deux nausées, elle sourit en pensant que cette situation aurait pu se produire en d'autres circonstances : il aurait juste suffit qu'ils ne se soient jamais mêlé de ces histoires de meurtres. James et elle n'auraient pas suivis l'étranger sur le chemin de Traverse et seraient aller boire un verre au Chaudron Baveur avec le reste du groupe. Albus les aurait rejoints, et quelques heures plus tard ils se seraient tous retrouvés chez elle à boire et à rire, Julie enfermée dans les toilettes pour vomir le trop plein d'alcool qu'elle aurait ingurgité, Albus retenant ses cheveux en se moquant du fait que les français ne savaient pas boire et qu'ils feraient mieux de laisser ça aux anglais. Julie l'aurait insulté avec hargne et James serait intervenu avant qu'ils ne passent tous deux aux mains. C'est ainsi qu'ils seraient devenu un trio soudé.

Pas en affrontant une secte de psychopathes.

« -Tient. » dit Albus en lui tendant un verre d'eau. Julie le remercia et le bu avec difficulté, puis s'approcha du lavabo pour se brosser les dents et se regarda attentivement dans le miroir. Elle eut un mouvement de surprise en constatant que ses joues s'étaient creusées et que de grands cernes lui barraient le visage et lui donnaient l'aspect d'un inferius. Sans se soucier du fait qu'Albus était dans la même pièce qu'elle, elle releva son tee shirt des Harpies, désormais trop grand pour elle, et contempla son ventre, estomaquée. Elle pouvait presque voir ses côtes. Elle se rendit également compte que son jean était devenu trop large et que ses bras faisaient peur à voir.

« -Qu'est-ce que… » commença t-elle avant de se taire soudainement et de porter une main à sa bouche. Depuis combien de temps n'avait-elle pas parlé ? Sa voix était faible et rauque, un peu comme si…

« -C'est bon d'entendre ta voix. » chuchota Albus en s'asseyant sur le rebord de la baignoire. Il lui sourit, puis lui tendit sa brosse à dent sur laquelle il avait déjà mis un peu de dentifrice. Julie la saisit et se mit à frotter ses dents avec forces, fixant Albus afin qu'il lui explique ce qui se passait. « Tu… ne te souviens pas ? » demanda t-il, surprit. « Après notre départ de Poudlard, » reprit-il « tu as cessé de parler. On aurait dit que tu étais dans une bulle, tu refusais de manger et tu vomissais chaque aliment que James et moi nous parvenions à te faire avaler. Je crois que tu viens de te réveiller. » Julie cracha et se rinça la bouche, puis lança un regard désolé à son ami.

« -Vous n'aviez vraiment pas besoin de ça… » Albus se releva et la saisit par les épaules.

« -Ne t'inquiète pas pour nous. James et moi avons compris que ta situation était difficile. » La française sentit sa gorge se serrer et regarda à nouveau ses mains. Elle fut prise d'une violente envie de vomir mais se retint et reprit un peu d'eau.

« -Oui. » dit-elle difficilement. « Je n'arrive pas à croire que je l'ai… » Albus l'incita à se taire et resserra sa prise autour des frêles épaules de la jeune fille.

« -Tu n'avais pas le choix, Julie. Même si nous ne connaissons pas l'homme qui nous a aidés là-bas, je pense qu'il avait raison en disant que cette… chose était plus néfaste que bénéfique. Nous n'aurions pas pu partir sans nous en débarrasser, et comme l'épée n'obéit qu'à toi…

-Comment ça ? » demanda faiblement Julie. Elle se souvenait en effet que le professeur lui avait dit que l'épée l'avait choisi, mais sur le moment elle n'y avait pas prêté attention. Albus la regarda à nouveau, gêné.

« -James et moi ne pouvons plus la toucher. Enfin, on peut, mais c'est comme si elle nous glissait immédiatement des mains pour réapparaitre à tes côtés.

-Est-ce que c'est… normal ? C'est une des propriétés de l'épée ?

-Pas que je sache. » répondit il en se frottant les yeux. Julie choisit de laisser ses questions de côté pour regarder son ami plus attentivement. Lui aussi s'était amaigri et semblait hagard, comme s'il n'avait pas dormi depuis longtemps. Elle se souvint qu'il avait en effet passé de nombreuses nuits à son chevet et à prendre soin d'elle tandis qu'elle était plongée dans son mutisme. Se sentant à la fois coupable et reconnaissante, elle se rapprocha de lui et l'enlaça doucement, essayant de lui faire parvenir toute la gratitude qu'elle éprouvait envers lui en ce moment-même. Elle n'aurait jamais pu se supporter elle-même s'il n'avait pas été aussi compréhensif. Dans un premier temps surpris, Albus ne régit pas tout de suite, puis, comprenant l'état d'esprit de la jeune fille, il lui rendit son étreinte. James, qui venait de se réveiller et constatant que ni son frère, ni Julie, n'étaient dans la chambre à coucher, se rendit dans la salle de bain à ce moment-là et resta un instant hébété devant ce tableau. Gêné de les interrompre, il toussota néanmoins afin de signaler sa présence, en passant une main dans ses cheveux emmêlés.

« -Moi aussi j'ai le droit à un câlin ? » Julie se détacha d'Albus et regarda son autre ami, surprise, puis tendit son bras vers lui pour l'inciter à venir avec eux. Celui-ci ne se fit pas prier et se blottit lui aussi contre la française qui les enserrait tous les deux, un sourire aux lèvres. Elle ne s'était pas sentie aussi bien depuis ce qui lui semblait être des années. Après plusieurs minutes, tous les trois s'éloignèrent les uns des autres et se regardèrent avec attention, avant d'éclater de rire. Ils en avaient presque les larmes aux yeux tant la situation était irréaliste : trois jeunes gens de vingt ans et plus, perdus dans un motel pourri, en train de se câliner dans une salle de bain minuscule afin d'échapper à la dure réalité de la vie… James se reprit avant les deux autres et regarda Julie qui lui fit un sourire contrit.

« -Je ne veux pas cassez l'ambiance, mais nous devons nous dépêcher de partir d'ici… » commença t-il. « Ou nous allons rater le bus qui nous amènera directement à Juneau.

« -Tu sais déjà ou nous allons ? » demanda Julie. James acquiesça avant de préciser :

« -L'université d'Alaska Southeast.

-Je vois… » dit Julie, se souvenant à présent des paroles de l'homme qui les avait aidé à Poudlard. « Pensez-vous que nous pouvons lui faire confiance ? Ce… professeur ? » Les deux frères s'étaient visiblement déjà concertés à ce sujet et regardèrent Julie avec un sourire en coin. Albus retourna dans la chambre et revint avec deux bouts de papier à la main : la liste qu'avait faite le double plus âgé de James, et un morceau de feuille sur laquelle était inscrit une adresse. Julie attrapa la liste et chercha à lire entre les lignes, ne comprenant pas pourquoi les deux jeunes hommes la lui avaient apportée. Puis elle regarda plus attentivement l'autre papier.

« -Qu'est-ce que c'est ?

-L'adresse du professeur Alec Barker. Il fait partit des gens auxquels on peut se fier, d'après mon double du futur. Nous avons contacté l'université depuis une cabine téléphonique, et…

- Trois heures à galérer pour trouver comment elle fonctionnait… » marmonna Albus dans sa barbe naissante. James le fusilla du regard, énervé qu'il lui coupe la parole.

« -Et donc, » insista-t-il, « nous leur avons dit que nous souhaitions nous inscrire en Histoire de l'art au prochain trimestre. Ils nous ont annoncé que les inscriptions étaient terminées, mais que si nous le souhaitions nous pouvions aller insister auprès du professeur référent Alec Barker, qui enseigne cette matière, et ils nous ont donné son adresse. » Les deux frères avaient un air sûr d'eux, se regardant avec fierté, et la jeune fille se dit qu'elle avait décidément raté pas mal de chose ces dernières semaines. Puis elle croisa à nouveau son reflet dans le miroir et grimaça.

« -Je ne peux pas sortir d'ici dans cet état-là. Vous non plus d'ailleurs, surtout si nous ne devons pas attirer l'attention des gens.

-On a juste de quoi se changer. » dit James.

« -Et comment va-t-on faire pour payer le motel plus le bus ? » demanda Julie qui se rappela que lorsqu'ils étaient encore en Angleterre il ne leur restait pas beaucoup d'argent moldu. Elle comprit aussitôt que quelque chose clochait, vu les regards que se lançaient les deux garçons.

« -En fait… commença Albus.

-Nous ne pouvons pas payer les deux…

-Alors…

-Nous allons devoir partir sans payer. » termina James. Julie les regarda avec les yeux ronds et hésita entre hurler et exploser de rire. Au lieu de quoi, elle préféra virer les garçons de la salle de bain pour pouvoir se rendre un minimum présentable. Elle retira ensuite son tee-shirt des Harpies et le regarda avec peine. Puis elle le jeta à la poubelle. Elle ne pouvait plus porter d'habits sorciers sans qu'ils courent le risque d'être découverts.


« -Tu peux pas faire gaffe, non ?

-C'est vous qui m'avez foncé dessus, espèce de mégère !

-T' entends ce qu'il me dit ? T'as entendu comment il me parle, l'autre ? » Tania regarda son mari, George, sortir de la voiture et se diriger vers le malotru qui avait osé l'insulter. Celui-ci déglutit difficilement et leva la tête pour pouvoir regarder l'homme dans les yeux. Ce dernier, aussi haut que large, devait bien mesurer dans les 1m95 et porter 120 kilos de muscles bien rodés. A se demander comment il avait pu rentrer dans une voiture aussi minuscule. Il remit ses lunettes en place et balbutia :

« -Non, c'est…

-T' as insulté ma femme ? » L'homme à la chemise bleu ciel commençait à transpirer abondamment malgré le froid hivernal qui sévissait depuis plusieurs semaines. Néanmoins il trouva le courage de répondre et se redressa :

« -J'étais dans mes droits : c'est votre femme qui a fait marche arrière sans regarder derrière elle. Regardez ! Mon part-choc arrière est complétement fichu et… »

Depuis la fenêtre de la chambre qui donnait sur le parking à l'arrière du motel, James, Julie et Albus ne perdaient pas une miette de la scène. Bientôt, le gringalet qui essayait de discuter avec le géant tapa du pied sur le sol et poussa son interlocuteur du doigt. Aussitôt, celui-ci l'attrapa par le collet et le plaqua contre la voiture. Sa femme hurlait derrière lui et l'inciter à lui mettre « une bonne raclée, à c'te bourge » afin qu'il « apprenne c'que c'est qu'la vraie vie ! ». Julie se détourna de la fenêtre et prit son sac à dos, bientôt suivie des garçons qui délaissaient à regret ce spectacle si distrayant. Ils descendirent ensuite discrètement les escaliers sur trois étages et s'arrêtèrent devant l'accueil. Le gérant les regarda d'un air mauvais. Il se souvenait de ces trois jeunes qui étaient arrivés complétements crasseux à son motel et il avait longuement hésité avant de leur laisser une chambre. Lorsqu'ils étaient entrés, hagards, il aurait juré que c'étaient trois fugueurs, drogués jusqu'à la moelle. La fille particulièrement, regardait ses mains avec horreurs et ne cessait de trembler comme si elle était en manque. Le gérant s'était rappelé de son frère, Jimmy, lorsqu'il avait décidé d'arrêter : crise de manque, vomissement, actes violents… Il avait détruit son appartement et il avait été obligé de l'accueillir chez lui pendant trois mois. Les trois plus longs mois de sa vie. Mais le plus jeune des trois avait réussi à le convaincre en lui donnant un acompte et il s'était finalement décidé à leur offrir le gîte.

« -Monsieur ? » Le gérant, tout à ses souvenirs, avaient complétement oublié ses clients. Il les regarda à tour de rôle, méfiant, et se sentit rasséréné en voyant le sourire joviale de la petite. Elle était toujours aussi maigre, mais au moins elle avait pris des couleurs et avait cessé de poser ses yeux partout comme si un monstre allait surgir pour l'engloutir.

« -Monsieur, je crois qu'il y a un problème sur le parking. » continua l'autre. Le gérant regarda son écran de surveillance et jura. Il savait que son client bourru allait lui poser des problèmes, avec son hystérique de femme !

« -Bougez pas. » bougonna-t-il. « Je reviens, le temps de régler ça… » et il partit en courant. Les trois jeunes gens se regardèrent et prirent la direction de la sortie, à l'opposé de l'endroit où était allé le vieil homme, comme si de rien n'était. Une fois dehors, Julie remonta son pantalon désormais trop grand, Albus vérifia que ses lacets étaient bien noués et James redressa son gros sac sur ses épaules. Puis, ils coururent comme si leur vie en dépendait, certains que le gérant n'allait pas tarder à comprendre la supercherie.

« -Comment tu as fait pour savoir qu'ils allaient se mettre à se battre ? » demanda James à Julie, toujours en courant.

« -J'ai lancé un sortilège de confusion à cette femme » commença Julie avec difficulté, déjà essoufflée par la course. « Et j'ai mis un peu de potions Coup d'éclat du magasin de Farces et attrapes de ton oncle dans leurs petit déjeuner ce matin, lorsque nous sommes descendus manger. Il nous en restait juste assez.

-Brillant ! » dit Albus, un sourire rêveur aux lèvres. « Je n'aurais pas fait mieux ! » Julie acquiesça, ne se sentant pas le moins du monde coupable : la chambre du couple se trouvait juste à côté de la leur, et on pouvait entendre leur ronflement depuis l'autre bout du motel. Vengeance !

« -Le bus est déjà là ! » dit James.


« -C'est ici. »

Julie tenait une carte de la ville devant elle et regardait avec intérêt la grande –ou plutôt l'immense- maison qui se trouvait devant elle. La demeure était construite dans un bois sombre qui se fondait parfaitement dans le paysage : de nombreux pins l'entouraient et lui faisait ombrage, si bien qu'on aurait pu croire qu'elle était plongée dans la nuit. L'air glacial ne rendait pas l'atmosphère plus chaleureux, cependant il se dégageait de cet endroit une impression d'étrange sérénité. Un vent polaire fit trembler les aiguilles des pins ainsi que le jeune trio qui se tenait sur le perron de la demeure, sans oser frapper à la porte. Ils se sentaient à la fois intimidés et surexcités : peut-être allaient-ils enfin trouver des réponses à leurs nombreuses questions.

« -Bon. On va pas non plus y passer la journée. » dit Albus avant de frapper avec force. Après plusieurs secondes qui parurent une éternité, la porte s'entrebâilla de quelques centimètres. Les trois jeunes gens baissèrent la tête et se retrouvèrent nez à nez avec un petit garçon qui ne devait pas avoir plus de six ans. Celui-ci les regardait timidement et ses joues se tintèrent de rouge en apercevant le visage de Julie. La jeune fille essaya de se donner un air rassurant et dit d'une voix chantante :

« -Bonjour. Nous venons voir le Professeur Barker, est-ce qu'il peut nous accorder un peu de temps ?

-Vous êtes qui ? » demanda le garçon en rougissant de plus belle.

« -Julie Fontaine, James et Albus Potter. » L'enfant eu un mouvement de recul en entendant leurs noms et il fut soudainement tiré vers l'intérieur de la maison, avant que la porte s'ouvre complètement sur deux adolescents qui leur lancèrent un regard suspicieux. Pendant quelques minutes, les deux groupes s'affrontèrent du regard, se détaillant, cherchant une faille chez l'autre. Les deux nouveaux arrivés avaient été surpris de tomber sur les trois jeunes gens qui avaient l'air de vagabonds, visiblement affamés et morts de froid. L'un d'eux, le plus robuste et le plus grand avait les cheveux emmêlés et des yeux bleu qui brillaient d'intelligence malgré la fatigue qui marquait durement ses traits. L'autre aurait pu être son portrait craché s'il n'avait pas été légèrement plus petit et plus fin. Il se passait sans arrêt la main dans les cheveux et les regardait d'un air narquois, un léger sourire aux lèvres, comme s'il trouvait ce revirement de situation particulièrement amusant. Enfin, la troisième personne, une fille, aurait pu être très jolie si elle n'avait pas eu un visage aussi maladif. Cependant elle gardait un air farouche qui démontrait qu'elle n'était pas aussi faible qu'elle le semblait.

L'un des deux adolescents s'avança vers eux et leur dit d'un air supérieur :

« -Vous pouvez le prouver ? » Julie, James et Albus se regardèrent, plutôt soucieux. Puis la jeune fille se dit qu'il fallait tenter le tout pour le tout et déposa son sac à dos sur le sol avant de le fouiller frénétiquement. Du coin de l'œil, elle vit les deux garçons qui leur avaient ouvert sortir leurs baguettes de leurs poches arrières et se tenir prêts.

Puis elle réussit enfin à sortir l'épée de Griffondor de son sac. Celle-ci brilla plus que d'habitude devant le regard ébahit des nouveaux venu. Satisfaite, la française rangea l'épée et les regarda tour à tour.

« -Nous pouvons entrer, maintenant ? » D'un geste dédaigneux, les deux garçons s'effacèrent afin de leur libérer le passage. Julie passa devant eux sans leur accorder un regard et ses deux amis firent de même en serrant les poings. Pour qui se prenaient-ils ?

Ils se stoppèrent au milieu d'un grand salon d'allure confortable, dont le sol était recouvert de nombreux tapis épais, bien que défraichis par le poids des années. Dans un coin de la pièce, un feu de bois crépitais et donnait envie de s'y réchauffer en s'étendant sur un des nombreux canapés du salon. Les murs étaient presque invisibles tant il y avait de photos (pour la plupart sorcières) et d'étagères bourrées à craquer de livres et de grimoires usés par l'humidité.

« -Vous pouvez attendre ici. » dit celui qui avait l'air le plus sympathique. Il resta un instant les bras ballants avant de se ressaisir et de tendre la main. « Je m'appelle Billy Norton, et voici Chayton Clark. » dit-il en poussant son camarade pour qu'il fasse de même. Ce dernier grogna et salua les invités d'un signe de tête. Son ami soupira et leur fit un sourire d'excuse. « Pardonnez-nous pour l'accueil, nous devons prendre quelques précautions en ces temps…

-Sombres. » finit James. Son interlocuteur acquiesça et les fit s'assoir prêt du feu.

« -Et voici Max ! » dit-il en frottant la tête du petit qui leur avait ouvert en premier. « Il est un peu timide mais vous verrez avec le temps que c'est une vraie tête brûlée.

-S'ils restent. » ajouta Chayton. Sa déclaration jeta un froid qui ne sembla pas vouloir se dissiper. Julie se mit à détailler les deux jeunes hommes. Billy était aussi roux que Roxanne (elle eut un pincement au cœur) et était exagérément grand. Ses gestes paraissaient sûrs d'eux alors que son visage donnait l'impression qu'il était maladroit et timide. Chayton, de son côté, avait les cheveux longs, noirs et brillants, et des yeux sombres qui donnaient l'impression qu'il pourrait transpercer n'importe qui d'un seul regard. Plus petit que son ami, il n'en était pas moins impressionnant en raison de sa carrure d'athlète et de son expression presque meurtière. Bref, il faisait peur.

Néanmoins Julie décida de faire comme si de rien n'était et engagea la conversation sur un autre sujet.

« -Vous habitez ici tous les trois, en plus du professeur ?

-Oui ! » répondit Billy « Plus trois autres personnes, dont la sœur de Chayton. Tu ne seras pas la seule fille ici, Julie, ne t'inquiète pas ! » La française et ses deux amis échangèrent un regard d'incompréhension et Billy reprit, hésitant. « Tu… vous comptez bien venir habiter ici, tous les trois, n'est-ce pas ?

-C'est-à-dire que… » commença Julie, avant que James ne la fasse taire d'un regard. Il valait mieux ne rien révéler avant que le professeur ne leur parle.

« -Pour l'instant rien n'est sûr. » dit Albus pour clore la conversation. A peine eut-il prononcé ces mots que la porte d'entrée s'ouvrit pour laisser passer un vieillard et une jeune fille qui devait avoir 15 ans. Le vieil homme sourit au groupe et ôta son manteau, ses bottes et son chapeau élimé avant de venir s'assoir prêt du feu dans un fauteuil qui semblait lui être réservé.

« -Bien, bien, bien, je vois que vous êtes arrivés sans encombres. Je suis ravi de vous rencontrer en chair et en os, je suis le professeur Alec Barker.

-Enchanté. » répondirent les trois jeunes gens d'une même voix, intimidés face à cet inconnu qui semblait déjà les connaître. Le sourire du professeur s'élargit et il sortit sa baguette de la poche intérieur de sa veste avant de faire apparaitre huit tasses remplit à ras bord de chocolat chaud.

« -Buvez donc. Vous avez l'air affamé et mort de froid. » Il n'en fallut pas plus pour que les trois jeunes gens se jettent sur les tasses, sous les regards étonnés de leurs congénères. « J'imagine bien que vous êtes épuisés par votre voyage, mais j'aimerais que vous nous racontiez votre histoire afin que nous y voyions plus claire. Je vous expliquerai ensuite ce qui se passe ici, et peut-être même pourrais-je vous éclaircir quelques points qui obscurcissent votre esprit.

-C'est que… » commença James « C'est pour le moins compliqué, et nous ne sommes pas sûr d'avoir le… la permission d'en parler à qui que ce soit.

-Si cela concerne vos doubles du futur, je suis au courant. » dit le professeur, à la surprise générale. Visiblement, ses pensionnaires, eux, n'étaient au courant de rien. « Je connais votre histoire, je la suis depuis un bon bout de temps. Non, ce que je voudrais, c'est que vous la racontiez à ceux qui seront bientôt vos partenaires.

-Quoi ? » dit Chayton en bondissant de son siège avant de se ressaisir. « Professeur, vous espérez vraiment qu'ils fassent partit de la résistance ? Ils n'ont visiblement aucune expérience, il suffit de les regarder attentivement pour s'en rendre compte !

-Je ne pense pas que tu aies plus d'expérience qu'eux, Chayton.

-Tais-toi, Chilam ! » dit-il en se tournant vers la fille qui se crispa d'indignation.

-Chayton, ne parle pas comme ça à ta sœur, veux-tu ? » demanda le professeur en fronçant les sourcils. « Par ailleurs, si tu laissais nos hôtes parler, tu apprendrais qu'ils ont vécu bien plus de choses que ne le croit. » Cela eu le mérite de calmer le jeune homme qui se rassit en grognant. Visiblement, le professeur avait une autorité sans faille sur ses pensionnaires.

« -James, si tu parlais le premier ? »

Las, celui-ci ouvrit la bouche avant de la refermer presque aussitôt.

« -Je… je ne sais pas du tout comment tout ça a commencé. » balbutia-t-il. Julie posa une main réconfortante sur son épaule et murmura :

« -Le chemin de Traverse. »

Ah, oui. Le chemin de Traverse… James commença à raconter ce qui lui semblait s'être déroulé des dizaines d'années plus tôt.

Chilam, Chayton, Billy et Max avaient écouté avec attention le récit des trois visiteurs. Une fois la surprise passée, ils s'étaient tous rendu compte que les inconnus tremblaient et que leurs mains se crispaient à chaque fois que le professeur leur posait une question afin d'éclaircir leur histoire. Lorsque la fille –Julie- avait rencontré son affrontement avec un fidèle, et la façon dont elle en avait terminé, même Chayton avait été impressionné par son expression à la fois soucieuse et résolu. Outre le récit de leurs aventures, ce qui avait le plus étonné les pensionnaires était sans doute la façon dont les trois amis se relayaient pour parler, sans même échangé un regard : on aurait dit qu'ils étaient chacun dans la tête de l'autre, qu'ils avaient ressenti les mêmes choses alors même qu'ils n'avaient pas tous vécu les mêmes aventures. C'était comme si un lien puissant leur permettait de partager chaque pensée, chaque sentiment, sans qu'ils aient à ouvrir la bouche pour y mettre de mots. Chayton se sentait à la fois rassuré et indigné. Certes, les nouveaux venus avaient bien plus d'expérience que ce qu'il croyait : lui-même n'avait jamais eu l'occasion de tuer un Fidèle, même si il en avait déjà affronté quelques un. Cependant, il ne pouvait se résoudre à faire confiance à ces habitants d'Outre Atlantique : que connaissaient-ils de l'horreur de la guerre, de la Main Noire et de son armée de serviteurs prêts à tout détruire ? Comment pourraient-ils se battre alors même que ce pays n'était pas le leur ?

« -Bien. » dit le Professeur Barker en faisant apparaitre de nouvelles tasses de chocolat chaud. « Nous vous remercions de nous avoir permis de mieux comprendre la raison pour laquelle vous êtes arrivés ici. Maintenant, j'imagine que vous voulez savoir qui nous sommes et ce que nous faisons là, n'est-ce pas ? » Les trois jeunes gens acquiescèrent. « Vous êtes en Alaska, à Juneau, là où les fidèles sont le moins nombreux –aux Etats-Unis. Cette maison, dit-il en étendant les bras, est le QG de la résistance. Nous formons un large réseau à travers tout le pays, et ce depuis que la guerre a commencé –et que la Main Noire a remporté la victoire.

-Que savez-vous à propos d'elle ? » demanda Julie en déposant sa tasse de chocolat chaud.

« -La Main Noire contrôle tout. » répondit le professeur d'un air grave. « Elle envoie ses plus importants fidèles dans tous les villages sorciers pour garder le contrôle et amasser de nouveaux serviteurs. Il n'y a plus de gouvernement, plus personnes ne peut protéger la population sorcière –et moldue- mis à part nous. Pour l'instant, nous savons juste que trois personnes s'efforce d'exécuter les ordres de la Main Noire et sont ses dignes représentants : Kevin Lodge, Logan Smith et…

-Jessica Ridley. » termina Albus. Les trois noms dont il fallait se méfier, selon le James du futur.

« -Exact. » dit le professeur en regardant attentivement le jeune homme.

« -Monsieur, qu'est-ce que la Main Noire précisément ? Nous savons que c'est une secte, mais comment peuvent-ils réussir à rendre des gens ordinaires en bêtes sanguinaires ? » demanda James en se penchant par-dessus la table basse. Le vieil homme soupira et baissa la tête, semblant être plongé dans ses pensées.

« -Nous l'ignorons, hélas. Nous savons juste que c'est une sorte de réaction en chaîne : plus les gens sont touchés par la Main Noire, et plus les autres finissent par les suivre. Nous pensons qu'il existe un puissant sortilège, qui aurait été lancé plusieurs milliers d'années auparavant et qui commence seulement maintenant à porter ses fruits. Il serait alimenté par les sentiments négatifs des gens, et si l'on en croit les vestiges de fresques de la Main Noire que nous avons réussi à dérober, ces mêmes sentiments serviraient à nourrir une bête affreuse, monstrueuse, qui en ce moment même est quelque part sur terre et s'apprête à sortir. Et à détruire toute forme de résistance sur son passage, cela va de soi. » Encore une fois, un silence pesant accueillit sa déclaration.

-Et nous, pourquoi sommes-nous là ? » demanda Julie après un moment.

« -Vous… vous tous » dit-il en embrassant du regard les sept enfants qui l'entouraient, « êtes là parce que quelques chose vous a choisi pour combattre la Main Noire. Vous l'avez constaté, les sortilèges n'ont aucun effet sur les Fidèles. Seule une arme aux propriétés magiques peut les affaiblir dans un premier temps, puis les détruire. Or peu de personnes peuvent se vanter de pouvoir contrôler une telle arme. Il y en a treize sur terre. Nous en avons huit, toutes réunit sous ce toit, et nous pouvons espérer en retrouver deux autres. Vous comprenez maintenant, pourquoi vous êtes essentiels à la victoire ?

-Pas vraiment. » dit Albus en regardant ses ongles avec attention. « Je comprends pourquoi Julie vous est précieuse, mais mon frère et moi n'avons pas d'arme de ce genre.

-Pour l'instant seulement. » dit le professeur en souriant. « Je suis persuadé que les deux armes restantes vous sont destinées, il nous suffit de les retrouver avant la Main Noire.

-Quand est-il du Guide ?

-Vos doubles nous ont fourni de précieuses informations. La prochaine expédition se fera en Amérique du Sud, mais d'ici là, il vous faut des armes. » le vieillard se frappa les cuisses et se leva d'un bond. « Bien, assez parlé ! Mini, peux-tu nous préparer un bon repas s'il te plaît ? » Un elfe aux oreilles démesurées apparut et acquiesça d'un air important, avant de disparaître à nouveau. « Mini est à la disposition de tous les pensionnaires de cette demeure. » expliqua le professeur. « Il a préparé une chambre pour vous : Julie, tu dormiras avec Chilam. » Les deux jeunes filles se sourirent. « Albus et James, vous aurez vos propres chambres. » Il fit un clin d'œil à Julie et dit suffisamment bas pour qu'elle seule puisse entendre « il vaut mieux séparer les garçons, nous n'avons pas envie de passer nos nuits dehors sous prétexte qu'ils auront réussi à détruire ma maison, n'est-ce pas ? ».


« -Professeur ?

-Julie. Tu n'es pas couchée ? » La jeune fille baissa la tête et vint s'assoir près du vieil homme. Elle se sentit instantanément rassurée et se rapprocha du feu, tout en observant les nombreuses photos sur le mur. D'après ce qu'elle voyait, cela devait faire bien cinq ans que le professeur avait accueilli Chayton et Chilam. Billy, lui, n'apparaissait que sur des photos récentes. Elle secoua la tête et se concentra sur la raison de sa présence ici.

« -Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Lorsque nous avons vu nos doubles du futur, c'était le James plus âgé qui portait l'épée, pas… l'autre Julie.

-Et ?

-Et pourquoi est-ce que ça a changé ? » demanda la française en crispant les poings. « James veut –voulait- devenir auror, il est bien plus apte à porter une arme que moi ! Comment le présent a-t-il pu être modifié à ce point ? »

Le professeur redressa ses lunettes sur son nez, se leva et se dirigea vers le mur, observant les photos qu'il avait lui-même accroché au mur au fil des ans.

« -Il ne faut pas jouer avec le temps. » dit-il comme une sentence. « Ce n'est pas le sorcier qui choisit sa baguette, c'est la baguette qui choisit son sorcier, le savais-tu ? » Julie acquiesça en se demandant pourquoi un tel revirement de sujet. « Il en va de même pour les armes qui peuvent détruire les Fidèles. James a dit lui-même qu'il avait été incapable de saisir l'épée de Griffondor. Je peux simplement déduire que l'intervention de vos doubles n'a pas simplement altéré le cours des évènements, mais qu'elle a également changé vos personnalités, votre façon de penser, de réagir. Si tout s'était passé comme prévu, tu serais toujours en France en ce moment même, et James travaillerait au Ministère. D'ailleurs, pourquoi es-tu allée en Angleterre ? » demanda t-il soudainement, curieusement intéressé. Julie releva la tête vers lui, et ouvrit la bouche, sans qu'aucun son n'en sorte.

« -En fait, je… ne sais pas vraiment. Je suis partie sur un coup de tête. » Le professeur soupira et retourna s'assoir auprès de la jeune fille.

« - Ce qu'il faut que tu comprennes, c'est que l'arrivée de voyageurs du futur a totalement bouleversé le cours du temps. Vous ne vivrez sans doute jamais les mêmes choses qu'eux, même s'il pourrait y avoir quelques similitudes dans vos actions. »

La française acquiesça et remercia le professeur, avant de remonter dans sa chambre. Arrivée devant sa porte, elle se ravisa et fit demi-tour. Elle ouvrit la porte qui se trouvait à l'autre bout du couloir et alla se glisser dans le lit double qui se trouvait au milieu de la pièce. James et Albus grognèrent en même temps, sans se réveiller et Julie ne put s'empêcher de pousser un soupir soulagé. La réponse du professeur l'avait rassurée.

Albus ne mourra pas, n'est-ce pas ?


Euuuh... voilà quoi. Alors ? Verdict ?