Chapitre 12 :

Kévin reste stupéfait devant un Nathan complètement nu qui lui laisse deviner ce qu'il a en tête les concernant. En une fraction de secondes Kévin se ressaisit rapidement, s'excuse auprès de Nathan, lui dit quelques mots, lui fait comprendre que rien ne se produiras entre eux, ni ce soir, ni un autre soir et qu'il vaut mieux qu'il se rhabille. Il tourne les talons avec perte et fracas, non sans un mot pour son invité surprise. « Tu sais où est la sortie ». Nathan remet ses vêtements à la hâte, déçu et prend la porte.

Kévin arrive dans le salon, encore dépité par ce qui vient de ce passé. Il ne sait pourquoi mais il s'en veut d'avoir laissé entrer Nathan chez lui, et se sent fautif d'avoir apparemment blessé Yann par ce simple fait. Il dirige son regard vers la baie vitrée et s'aperçoit que Yann est dehors, assis sur l'un des fauteuils de jardin, scrutant le ciel, étoilé à perte de vue. Il le rejoint silencieusement d'abord puis fait sentir sa présence par un raclement de gorge nerveux et coupable, dans une démarche qu'il souhaite nonchalante mais qui traduit son malaise…

Y : C'était du vite fait …

K : Arrête … il s'est rien passé.

Y : Qu'est ce que tu lui à raconter pour t'en débarrasser si facilement ?

K : Je lui ai dit que je … voyais déjà quelqu'un…

Y (dans un sourire moqueur) : Vraiment ?

K : Evidemment je me suis bien garder de lui dire que j'étais manifestement le seul sur cette terre à en être capable ! (Sourit-il, ce qui fait rire Yann par la même occasion) Tu sais, j'ai pas vraiment rencontré de mec, j'veux dire sérieusement, depuis … Yoann.

Y : …

K : On était sur la plage chez nous à Biarritz. Il pestait et jurait tout ce qu'il pouvait contre lui-même. Il venait de péter sa planche en deux. Moi j'étais encore sur ma planche au large avec mon copain du moment et d'un coup je l'ai vu de loin se tenir la tête et s'effondrer sur le sable en un éclair…

Y : Rupture d'anévrisme ?

K (acquiesçant de la tête, les larmes au bord des yeux) : J'ai rien pu faire pour lui, j'étais trop loin … il était trop tard … j'ai même pas pu lui dire au revoir … il était déjà partis …

Y : Comment il était … ton frère ?

K (souriant à son souvenir) : C'était un emmerdeur finis ! Il pouvait te mettre les nerfs en boule en un quart de seconde. Il ne savait pas ce que voulait dire le mot « rangement », c'était infernal ! Ses boxers trainaient partout jusque sur les poignets de portes. Et il avait cette indéniable incapacité à se servir d'une quelconque technologie sous peine de la retrouver configurée dans une dimension démoniaque ! Ca me rend fou rien que … de penser que… de repenser … à lui. C'était mon petit frère quoi ! Finis-il toujours le sourire aux lèvres.

Yann sourit en écoutant le récit et la description charmante que Kévin fait de son petit frère. Et pourtant il ressent dans son intonation, dans ses mots, dans sa voix et les tremblements qui l'accompagnent à certains moments, tout l'amour inconditionnel qui lui portait et qu'il lui porte toujours…

Y : J'suis vraiment désolé Kévin…

K : C'est impossible que ta sœur se résigne à signer ce foutu papier !

Y : Je sais pas … j'espère que t'a raison. Mais quoi qu'il arrive, si je me réveille pas sous peu, il sera trop tard… l'activité de mon cerveau décline de jour en jour d'après ce que j'ai compris à l'hôpital …

K (le même sourire de contenance sur les lèvres) : Ca fait un bon équilibre avec les fois il a surchauffé comme ca ! Et puis on se retrouve au même niveau !

Y : Dis pas ça ! T'es quelqu'un de bien Kévin. Pas très souriant c'est vrai mais craquant !

K : Merci … j'ai pas toujours été comme ça tu sais.

Y : Ah oui ?

K : … Viens, j'veux te montrer quelque chose … suis-moi.

Kévin retourne à l'intérieur du loft et le temps que Yann le rattrape, il est déjà la tête dans les cartons qu'il n'a pas encore eu le temps de déballer suite à … tout un tas de circonstances … et au bout d'un petit moment en sort un immense album photos, pas très récent à première vue. Il s'installe à côté de Yann sur le canapé et bien calé entre les coussins, ouvre la page de garde. Celle-ci laisse apparaître des photos de famille, sa famille mais en particulier de son frère, Yoann et lui. La plupart ont été prisent sur la plage, pendant qu'ils surfaient ou qu'ils se chamaillaient sur le sable. Le paysage est d'une beauté à couper le souffle selon la vision qu'en à Yann en les regardant. Et le bleu de l'océan qui transparait sur le papier glacé un peu vieillis lui rappel celui des yeux bleus de Kévin. Il a l'impression qu'il pourrait s'y noyer tellement s'est enivrant. D'autres les montres dans la vie de tout les jours, certaines même font découvrir à Yann que Kévin à été visiblement sauveteur sur les plages de Biarritz. Il sourit en le voyant dans son short et son débardeur à la « Alerte à Malibu ». Mais toutes reflètent la même chose … la vie … la joie… le bonheur apparent de ses deux frères qui on l'air si liés malgré leur différence d'âge. Mais qui malgré tout se ressemble sensiblement, physiquement parlant, bien que Yoann paraisse plus chétif à côté de son grand frère déjà parfaitement musclé. C'est beau à voir et Yann sourit encore et toujours. Bien que la peine qu'il ressent pour Kévin d'avoir perdu son frère si tôt ne le quitte pas non plus. Kévin n'en rate pas une miette et se sent bien à cet instant, comme apaisé…

K : J'étais … enfin, mon frère m'appelais souvent « Monsieur fossettes », parce que, selon lui, j'avais un sourire accroché aux lèvres en permanence qui faisant à chaque fois apparaître …

Y : Ces jolies fossettes que je n'ai eu l'occasion de découvrir qu'il y a peu de temps…

K (rougissant) : Ouai …

Ils continus à feuilleter les différents albums que Kévin à sortis de leurs emballages respectifs, attiré par l'envie irrépressible de son replonger dans son passé heureux et s'amusent comme des gamins à contempler tout ces souvenirs de l'enfance, en passant par l'adolescence et jusqu'à récemment. Deux ans pour être exact. Sans parler des nombreux clichés des magnifiques plages Biarottes prisent à chacun des périples Océaniques de Kévin et Yoann, les inséparables, posant dans l'eau, chacun d'eux assis sur sa planche …

Y : Ces photos sont superbes et ça va te paraître étrange mais en voyant ce paysage de sable et d'eau c'est comme-ci … je le connaissais déjà … j'ai le sentiment de l'avoir déjà vu … en rêve.

K : Voilà, C'est comme ça que j'étais … avant.

Y : Ca fait du bien de voir ça.

K : C'était le bon temps …

Y : Et ça le sera encore, non ?

K : Peut-être oui…

Y (tendant sa main à Kévin) : Tu promets …

Kévin sourit, faisant apparaître ses fameuses fossettes. Il ne sait pourquoi il est sur le point de faire cette promesse. Mais se surprend à penser qu'il est possible qu'il puisse la tenir et acquiesce en tendant sa main vers celle de Yann. Bien sûr ils ne peuvent pas vraiment se toucher, vu la composition de Yann en ce moment. Leurs mains se rapprochent lentement l'une de l'autre et à l'instant où leur niveau de proximité à atteint son paroxysme, elles paraissent comme soudées. L'une bien en chair, l'autre plus diaphane, moins … consistante. Mais en dépit de la situation plus qu'inhabituelle, le moment semble magique.

La sonnerie du téléphone portable de Kévin qui retentie, les tirent de leur évasion soudaine. Le temps s'est égrené à une vitesse tellement fulgurante qu'ils n'ont pas vu la nuit passer et ne se sont même pas aperçus que le petit matin s'est déjà levé depuis un bon moment. Et c'est ce coup de téléphone qui les ramène à la réalité et qu'ils réalisent qu'ils sont restés éveillés toute la nuit.

Après avoir entendu la mélodie à plusieurs reprises, Kévin décroche enfin pour découvrir qui peut bien l'appeler à une heure aussi … matinale…

K : Allô …

H : Monsieur Laporte ? C'est Henri, votre agent immobilier, vous vous souvenez ?

K : Evidemment oui mais … pourquoi m'appelez-vous … si tôt !

H : J'ai une bonne nouvelle pour vous. Vous êtes sûrement le gars le plus chanceux de Paris en ce moment !

K : Merci … mais je comprends pas …

H : Vous aimez votre nouveau loft ? Eh bien il est à vous ! On va pouvoir vous tirez de cette sous-location bancale pour vous faire un vrai bail, bien à vous, à votre nom et pour un bon moment …

K : Qu'est-ce que vous voulez dire par « un bon moment » ?

H : Très longtemps ! Je vous envois les papiers, vous n'aurez plus qu'à me les retournés signés et le tour est joué.

K : Mais … enfin pourquoi ils changent d'avis d'un coup et m'offre une vrai location ?

H : Une bien triste histoire. L'ancien locataire est apparemment dans le coma depuis un bout de temps et les choses étant ce qu'elles sont … ils ont décidés de le débrancher.

Kévin est sous le choc des dernières révélations et sans prendre la peine de se manifester auprès de l'agent immobilier toujours en ligne, il raccroche. Yann voit à l'expression de son visage que quelque chose ne va pas et commence à s'inquiéter …

Y : Kévin qu'est-ce qu'il ya ? Qui c'était ?

K : Il faut qu'on aille voir ta sœur !

Y : pourquoi ça ?

K : Je sais pas encore … t'as bien une petite anecdote pas très reluisante sur elle qui traine au fin fond de ta mémoire ?