La journée fut certainement l'une des plus longues pour Tara. Elle fit son possible pour passer inaperçue, se fondant dans le décor et fuyant les lieux dès que quelqu'un approchait d'un peu trop près d'elle. Elle fut amenée à croiser Dobby dans la journée mais elle prit sur elle pour ne pas le regarder. Elle savait que dans le cas contraire, elle se trahirait aux yeux de tous. Et elle ne pouvait pas prendre le risque de perdre Drago et Anna. Pas encore une fois. Elle avait cru mourir de chagrin la première fois alors aujourd'hui, elle allait tenter de se rattraper. Si c'était encore possible.
Vers 22h50, Tara était en train de finir les quelques retouches de sa tenue lorsqu'elle entendit un poc ! derrière elle. Elle se retourna et vit l'elfe de maison qui se tenait devant elle. Elle lui sourit mais celui-ci semblait méfiant.
- Dame Tara ? Êtes-vous seule ?
- Bien sur.
- Je dois néanmoins le vérifier.
L'elfe ferma les yeux quelques instants puis lorsqu'il les rouvrit, il lui sourit et lui tendit la main :
- Si vous êtes prête, nous pouvons partir !
Tara saisit la main de l'elfe et se laissa emmener dans le tourbillon qu'elle détestait tant. En temps normal, elle était déjà mal à l'aise lors du transplanage mais cette fois, elle était terrifiée. D'une part, elle ne contrôlait pas du tout le voyage et d'autre part, elle allait retrouver Drago. Et elle n'était pas sure des dispositions qu'il aurait vis à vis d'elle.
Lorsqu'elle sentit le sol réapparaitre sous ses pieds, elle ouvrit les yeux. Elle regarda autour d'elle et réalisa qu'elle ne savait absolument pas où elle se trouvait. Une forêt étouffante l'entourait et il y régnait une obscurité intense. De plus, la nuit tombée n'arrangeait rien dans la visibilité. Elle se mit à chercher des yeux son mari mais la forêt paraissait déserte.
Soudain, une voix s'éleva :
- HOMINIUM REVELO !
Rien ne se produisit. Et alors, Tara vit apparaître celui qu'elle cherchait. Ses yeux se remplirent de larmes mais elle n'osait pas faire ce que son cœur désirait ardemment. A savoir, courir vers lui pour se jeter dans ses bras. Elle resta là où elle était, laissant ses larmes couler sans aucune honte. Il s'approcha d'elle et lui dit timidement :
- Bonjour chérie, ça faisait longtemps.
Tara n'y tint plus et se jeta sur lui, le serrant contre elle.
- Je te demande pardon. Si tu savais comme je regrette, articulait-elle difficilement entre ses sanglots. Il ne s'est pas passé une journée sans que je m'en veuille. J'aurais du ...
- Chut ... lui murmura t-il en la serrant plus fort. N'en parlons plus. L'important c'est que tu es là.
- Vous m'avez tellement manqué ... mais où est Anna ?
- Elle n'est pas là. Je t'ai fait venir ici mais ce n'est qu'un lieu de transit avant d'aller dans notre vrai refuge.
- Mais pourquoi ... ?
- Je ne pouvais pas prendre le risque ...
- Alors ... tu ne me fais plus confiance ?
- Ce n'est pas ça, c'est juste que ...
- Je sais ...
Tara s'écarta de Drago et le regarda avec amertume. Elle ne pouvait pas lui en vouloir, après tout, il avait raison de vouloir protéger Anna. Il s'était déjà montré assez prudent alors qu'elle ... Mais elle se sentait comme une étrangère qu'il ne connaissait plus. Et la douleur était difficile à supporter. Elle n'y avait pas pensé même si elle devait avouer que ça aurait du être évident.
Drago s'adressa alors à l'elfe de maison :
- Tu peux rentrer maintenant. Merci de l'avoir emmenée jusque là mais tu dois reprendre ta place. Et je te le répète, tu ne dois en parler à personne.
- Je vous le jure, maître.
Et l'elfe disparut dans un poc sonore. Drago se tourna vers Tara et lui dit doucement :
- Tu es prête ?
La jeune femme hocha la tête et il lui prit la main pour transplaner avec elle.
Tara serra fortement la main de Drago mais cette fois, le vide n'y était pour rien. Lorsqu'ils arrivèrent, elle se retrouva dans un petit village qui lui était totalement inconnu. Drago lui sourit et l'entraina au bout d'une rue qui ne menait a priori à rien d'autre qu'un terrain laissé à l'abandon.
- Mais, où va t-on ? Et où sommes nous ?
- Nous sommes à Godric's Hollow et je t'emmène dans une maison un peu particulière. Tiens lis ça et grave le dans ta mémoire.
Tara lut un petit parchemin sur lequel une écriture fine et penchée avec inscrit : « Domaine de la Lumière, Impasse de Merlin, Godric's Hollow ». Une fois qu'elle eut relevé la tête, une maison apparut sous ses yeux et Drago récupéra le parchemin qu'il réduisit en cendres. Face à l'air surpris de Tara, il s'expliqua :
- Cette maison est incartable et elle est protégée par le sortilège de Fidelitas. Il fallait que le gardien du secret lui-même te communique son existence pour que tu puisses la voir.
- Et à qui appartient cette maison ?
- Je t'expliquerais tout à l'heure, entrons. Nous ne devons pas rester trop longtemps dehors, on ne sait jamais ...
Tara suivit Drago à travers un jardin enneigé et pénétra dans une maison relativement vaste. Lorsqu'ils eurent franchis le pas de la porte, Tara entendit les échos d'une conversation animée et Drago dit à haute voix :
- C'est moi. Et Tara est là aussi.
Les voix cessèrent et quelques personnes firent leur apparition. Tara reconnut instantanément Ron Weasley et Hermione Granger ainsi que Luna Lovegood. Mais elle ne connaissait pas les autres. Cependant, lorsque Ron vit Tara, il s'avança vers elle, un regard haineux sur le visage et leva sa baguette en hurlant :
- C'est elle qui a fait tuer Neville ! Comment pouvez-vous la laisser venir ici ? ENDOLO ...
Tara, prête à recevoir le sortilège auquel elle était habituée depuis des mois, bomba le torse, sachant pertinemment que ce serait plus rapide de le prendre de plein fouet. Mais Hermione avait saisi le bras de Ron et criait :
- Tu es fou ou quoi ? Ce sortilège est impardonnable ! Tu ne vas pas faire comme eux !
Ron ne semblait pas décoléré mais une pointe de honte apparut dans ses yeux.
Un vieil homme apparut dans la pièce. Tara savait déjà qui il était pour l'avoir rencontré bien des années plus tôt mais cette période lui semblait appartenir à une autre vie.
- Bienvenue Tara, dit le vieil homme. Au cas où tu ne t'en souviendrais pas, je suis Albus Dumbledore. Et tu te trouves au quartier général de l'Ordre du Phénix.
Tara était ébahie. Mais qu'est-ce que Drago faisait ici ? Et comment avait-il fait pour les retrouver ? Mais Dumbledore ne parut pas s'attarder sur sa surprise et reprit :
- Je crois que tu connais déjà Ronald Weasley, Hermione Granger et Luna Lovegood. Je ne te présente pas non plus James Potter puisque tu l'as eu comme professeur. Et voici Sirius Black et Remus Lupin ainsi que Nymphadora Tonks et Alastor Maugrey.
Tara hocha la tête en signe de salutation. Elle avait déjà croise Tonks et Maugrey car elle avait eu à faire aux aurors des années plus tôt.
- Où est Anna ? Demanda précipitamment Tara. Enfin ... je veux dire, enchantée de faire votre connaissance mais je voudrais voir ma fille.
- Bien entendu, répondit Dumbledore. Luna, peux-tu aller la chercher même si je pense qu'elle dort.
Luna disparut une seconde qui parut durer des heures. Le silence régnait et Tara voyait bien qu'elle n'était pas la bienvenue. Lorsque Luna revint, elle tendit une petite fille endormie à Tara, avec un sourire bienveillant.
Tara prit Anna dans ses bras et entreprit de la couvrir de baisers en pleurant abondamment. Elle se tourna face à la porte pour cacher aux autres ce moment de retrouvailles tant attendu. Mais alors qu'elle caressait le visage de Anna et embrassait sa petite main, la petite fille se réveilla et se mit à pleurer. Progressivement, elle se mit à hurler et malgré tous les efforts de Tara pour la calmer, Anna ne s'apaisait pas. Drago prit Anna des bras de Tara qui le regarda faire, impuissante. Le bébé cessa alors de pleurer et se laissa bercer par son père en se rendormant progressivement.
Tara eut l'impression de recevoir un coup de poignard dans son cœur de mère. Alors Anna ne se souvenait plus d'elle. Elle avait même peur de sa propre mère. Les bras de la jeune femme pendaient lamentablement à ses côtés, inutiles. Elle regarda Drago tendre la petite fille à Luna qui repartit, probablement la recoucher. Puis Dumbledore reprit la parole sous les yeux de tous les autres qui paraissaient gênés pour Tara.
- Je crois qu'il est temps que nous commencions. Venez.
Tara regarda Drago sans comprendre mais il lui fit signe de le suivre. Le groupe se dirigea alors dans une grande salle ou était installée une longue table. Apparemment, ils allaient avoir une réunion. Lorsque tout le monde eut prit place, Tara aux côtés de Drago, Dumbledore s'installa en bout de table, comme pour présider.
- Tara, je suppose que tu connaissais l'existence de l'Ordre avant aujourd'hui, demanda t-il en regardant la jeune femme approuver de la tête. Pour être rapide, nous dirons juste que nous avons recueilli Drago et Anna car ils en avaient besoin et que les idéaux mangemorts semblaient désormais douteux pour Drago. Il nous a rapporté ce qu'il savait des actions de Voldemort et je voudrais te demander ce que tu sais. Ce que tu as appris depuis son départ.
- Je suis navrée mais je n'ai rien à vous apprendre ... dit la jeune femme en baissant la tête.
- Tara ! S'écria Drago. Comment peux-tu être fidèle à celui qui a brisé notre famille ?!
- Non ... murmura la jeune femme, ce n'est pas ça. Je n'ai rien à vous apprendre car je ne sais rien.
- Peux-tu nous expliquer ? Demanda Dumbledore d'une voix douce.
- Quand Drago est parti, commença Tara qui fixait toujours la table, le Seigneur des Ténèbres s'est mis très en colère et ... enfin depuis, je suis totalement exclue de leurs réunions. En fait, pour eux, je n'existe plus. Je ne sais même pas pourquoi je suis toujours en vie.
- Tara, demanda Dumbledore avec encore plus de douceur, est-ce que l'expression de la colère de Voldemort aurait un rapport avec ta réaction face à l'attaque qu'allait te lancer Ronald quand tu es arrivée ?
Tara ne répondit pas. Elle avait honte. Dumbledore reprit au milieu des murmures outrés des membres de l'Ordre.
- Je me disais qu'il était étrange que tu n'aies pas peur du sortilège. Et à tu une idée de ce que font tes parents ou ceux de Drago ?
- Ils ont eux aussi du subir la colère du Seigneur des Ténèbres. Lucius et Narcissa ne me parlent plus du tout et mes parents, je ne les ai pas vus depuis des semaines. Ils sont en « mission » je crois, mais je ne sais pas laquelle.
- Comme c'est facile ! Rugit Potter. Qui nous dit qu'elle dit la vérité ? Albus, pourquoi ne la soumettez-vous pas à la Légilimancie ? Je suis sur qu'elle a beaucoup plus de choses à dire que ça !
- James, dit Dumbledore d'une voix plus dure, d'une part, je refuse de recourir à de telles pratiques. Ce ne serait pas digne de l'Ordre. Et d'autre part, ce serait tout à fait inutile. Je me suis laissé dire que cette jeune femme a hérité des dons d'Occlumens de son père.
- Même quand il n'est pas là, il nous met des bâtons dans les roues celui-là, s'exclama Potter avec dédain. Servilus ...
Tara ouvrit de grands yeux. Elle se souvenait s'être posé la question il y avait bien longtemps de savoir qui était ce Potter dont elle avait entendu parler. Et entendant sa façon d'appeler son père, la mémoire lui était revenue.
- Alors c'était vous ?! S'écria t-elle. Vous étiez à Poudlard avec mes parents ! C'est vous qui les avez harcelé toutes ces années durant ! Alors c'est ça la morale de votre Ordre ? Il n'y a vraiment pas de quoi être fier ...
- Tara, intervint Dumbledore visiblement un peu en colère, je te prierais de ne pas te mêler d'affaires qui ne te concernent pas. De plus, cette histoire date de plus de 20 ans et j'estime qu'il y a désormais prescription.
- Je suis navrée ... ajouta Tara honteuse. Elle savait qu'il avait raison et que sa colère n'avait rien à voir avec Potter.
- Je me doutais un peu que tu n'aurais pas plus d'informations, reprit Dumbledore en ignorant délibérément l'altercation. Je pense que pour ce soir, nous pouvons en rester là. Tara, tu es bien consciente qu'en entrant dans cette maison, tu as mis un terme définitif à tes liens avec les mangemorts.
- Oui, monsieur, dit Tara à mi voix.
En fait, c'était faux. Elle n'avait pas pensé à ça du tout. Mais elle n'avait pas besoin de réfléchir plus longtemps : elle ne retournerait pas au manoir.
- Drago, conclut Dumbledore, je te laisse le soin de montrer sa chambre à notre invitée.
- Bien Albus, répondit Drago en hochant la tête.
La réunion prit fin et Drago entraina Tara à l'étage. Il s'arrêta devant une porte et sourit à Tara :
- Tu vois, ça aurait pu être pire.
- Oui, répondit Tara qui n'était pas convaincue. Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Avec eux ? Comment es-tu arrivé là ?
- C'est un peu compliqué mais je crois qu'Albus a dit l'essentiel. Quand je suis parti, j'ai erré pendant des jours avec Anna. Jusqu'à ce qu'Albus vienne me trouver un jour. Il m'a écouté quand je lui ai dit ce qui se passait. Il était mon seul espoir. Et il m'a pardonné et m'a accepté au sein de l'Ordre. Tu sais, c'est quelqu'un de bien. Il a été le seul à accepter que j'aille te chercher. Il a dit que tout le monde a droit à une seconde chance.
- C'est gentil ...
Drago déposa un baiser sur la joue de Tara et lui souhaita « Bonne nuit » en faisant mine de s'éloigner. Surprise, elle s'exclama :
- Mais ... où tu vas ?
- Et bien ... dit-il mal à l'aise, je dors là bas, avec Anna.
Elle le regarda s'éloigner après qu'il lui eu adressé un geste de la main. Elle ne pénétra dans la chambre que lorsqu'il eut refermé la porte de sa propre chambre.
La chambre de Tara avait un aspect particulièrement austère. Il n'y avait que le strict minimum : un lit et une table de chevet avec une petite lampe. Tara s'assit sur le lit et se laissa tomber sur le côté. Elle se mit alors à pleurer. Jusque là, elle avait tenu le coup au manoir en se disant qu'un jour, elle retrouverait son mari et sa fille et que tout reprendrait son cours. Mais cet espoir était mort ce soir là. Anna ne la voyait plus comme sa mère et Drago ne partageait même plus sa chambre avec elle. Elle était devenue une étrangère à leurs yeux. Elle n'existait plus pour les mangemorts, ce qui n'était pas spécialement gênant mais elle n'existait plus non plus pour sa famille. Elle se sentait si seule ...
Elle resta des heures allongée à ressasser ces idées et finit par ne plus pouvoir pleurer. Un peu comme si la source s'était tarie. La douleur était insupportable et elle ne voyait qu'une seule manière d'arrêter de souffrir.
Elle se leva et enleva sa cape. Elle la déposa sur le lit et abandonna sa baguette dessus. Elle ne voulait plus avoir aucun contact avec la magie. Elle sortit alors de la chambre et écouta. Aucun bruit ne troublait le silence de la maison. Elle descendit alors et se dirigea vers la porte d'entrée. Elle se tourna vers l'escalier qui l'aurait menée jusqu'à Drago et murmrua : « Je vous aimerais toujours ... » puis sortit. Elle regagna l'endroit où elle était arrivée avec Drago quelques heures plus tôt, ignorant le froid mordant. Et après avoir jeté un dernier regard en direction de la maison, elle transplana.
Elle réapparut sur une plage de galets. La lune se reflétait dans la mer et Tara observa le paysage dont elle ne pouvait apprécier la beauté. Elle essaya de se rappeler la dernière fois où elle était venue ici avec Drago. A l'époque, ils n'étaient pas encore mariés et ... il l'aimait. Elle eut mal au cœur en réalisant que ce n'était plus le cas. Elle releva sa robe et posa la main sur l'étui attaché à sa cuisse. Elle en sortit l'objet qu'elle y cherchait et qui brilla dans la clarté de la Lune. Elle avait opté pour ce moyen car elle n'était plus digne de la magie alors autant faire comme les moldus.
La jeune femme regarda la mer et abattit son poignard sur sa gorge. Elle sentit le liquide brulant couler sur sa poitrine et s'allongea sur les galets en les regardant se teinter de rouge. Elle pensait à Anna qui semblait considérer Luna bien plus comme une mère qu'elle même et à Drago qui l'avait remisée loin de son cœur. Elle se sentit s'endormir en se souvenant du son de la voix de son mari qui prononçait son nom.
