15.
Bien qu'en congé, Skyrone s'était levé avec les poules et il était venu partager le petit déjeuner de son cadet roux.
- Tu sais que tu as une mine épouvantable, toi ?
- Je suis un peu fatigué.
- On le serait à moins, grommela son aîné en tendant sa tasse pour qu'il le resserve de café. Plus de quarante-huit heures quasi sans dormir durant ta brève cavale, toutes celles à diriger Unités et Armée hier, et je doute que tu aies pu récupérer cette nuit. Je me trompe ?
- Oui, bien trop éreinté que pour trouver le sommeil. Et la tension de cette opération ne s'est toujours pas éliminée. Je me reposerai plus tard, j'ai une réunion qui risque de durer pas mal de temps, pour clôturer mon grand nettoyage !
- Et ensuite ? s'enquit Skyrone, sombre, préoccupé. La cour martiale ?
- Non, pas si mélodramatique. Juste le tribunal Militaire j'imagine. Enfin, rien que de l'esbroufe puisque la finalité n'est pas un mystère : je serai renvoyé à mes pénates en n'étant plus qu'un simple civil !
- Ce n'est pas juste…
Le grand rouquin balafré ne put s'empêcher d'éclater de rire.
- Décidément, tu es aussi naïf qu'Albior ! En revanche, tu n'as pas l'excuse de l'âge ! Où donc as-tu vu que la vie était juste, que les gentils étaient récompensés ? Et là, j'ai plutôt été le méchant de service !
- Tu as fait ton devoir, de manière plus que discutable, soit, mais c'étaient tes ordres.
Aldéran secoua négativement la tête.
- On ne m'avait jamais précisé les modalités de ma mission… J'ai choisi en toute liberté !
- Forcément, on te l'avait laissée entière ! protesta encore Skyrone. Ils ne t'ont jamais, vraiment, arrêté et donc ils avalisaient tes actes.
Aldéran poussa une assiette de toasts beurrés vers son aîné ainsi qu'un pot de confiture de fruits rouges fraîchement préparé du week-end.
- Si on considère que celui qui a lâché le monstre qui était en moi pour affronter et défaire ceux dont j'étais devenu l'égal manipulait les ficelles de toutes ses marionnettes, à commencer par ses propres pairs, avait comme unique objectif de tout mettre à terre, on dira que les dés étaient pipés à la base.
- Raison de plus pour ne pas te faire porter le chapeau, à toi seul, se récria Skyrone.
- C'est ainsi. La vérité sur Grendele est peut-être connue à présent, il faut effectivement que quelqu'un paie pour son meurtre.
- Mais la galactopole va recommencer à être sûre avec la défaite des Seigneurs et la mort de deux des Rois ! Ca a été une boucherie sans nom dans les rues, mais tu les as nettoyées, comme tu le dis si bien !
Après un moment de silence, Skyrone plongea la cuillère dans sa salade de fruits.
- Pourquoi Ouchan s'est-il retourné contre ses pairs ? Pour avoir leurs territoires ?
- Aussi…
- Mais cela n'explique pas non plus pourquoi il a tiré sur ceux qui venaient t'exécuter puisque tu avais imprudemment mis les pieds sur le terrain alors que rien n'était sécurisé !
- Sky, c'est ce que je fais tout le temps, siffla son cadet roux. Même si ce fut un leurre, je n'aurais pas eu des étoiles sur mon uniforme si j'étais demeuré derrière un bureau !
Il jeta un coup d'œil à sa montre.
- C'est l'heure, je vais à l'AL99-DS1, c'est là que la Générale Elumaire veut m'exécuter, devant tous et que je parte avec mon carton la queue entre les jambes !
- Aldie…
- Oui, Sky ?
- Ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose si tu redevenais un simple citoyen, tu as largement mérité d'avoir la paix !
- Comme si j'étais fait pour une vie tranquille…
- J'attends ton retour ici, Aldie. Tu ne dois pas être seul dans ce genre de situation.
- Merci, Sky.
N'en menant pas large mais le dissimulant soigneusement, Aldéran s'était retrouvé face à Shale Elumaire, à Munir Kolchelle le Coordinateur des Polices, mais aussi en présence de ses trois Subordonnés !
- Tout s'est peut-être passé entre nous, fit la Générale du SIGiP en fixant Soreyn, Kycham et Jarvyl, mais il importe que le final se passe au vu et sus de tous.
- Qu'il en soit selon votre désir, répondit froidement le grand rouquin balafré en ignorant les regards d'excuse que lui lançaient ses amis. Je peux vous faire mon rapport sur les diverses Interventions d'hier ou on passe directement au prononcé du jugement ?
- Ne soyez donc pas si pressé, Général Skendromme. La façon dont cette réunion va se terminer ne fait aucun doute, pour personne, mais je ne crois pas qu'on ait envie d'y arriver si vite !
Un très léger sourire passa sur les lèvres de Shale Elumaire.
- Et puis, pourquoi est-ce que la fin serait écrite d'avance ? Rien de ce qui avait été prévu ne s'est réalisé.
- Le Générale Skendromme a atteint son but, jeta précipitamment Soreyn.
- Ne te mêle de rien, rétorqua sèchement Aldéran. Je suis assez grand pour me défendre ! Plus un mot, aucun de vous trois.
Il croisa les bras sur la table et se tourna à nouveau vers la Générale du SIGiP.
- Voici donc comment les faits se sont déroulés hier, commença-t-il.
La matinée touchait à sa fin quand celle qui avait été la première secrétaire d'Aldéran déboula dans la pièce.
- Shérylane, j'avais demandé à ce qu'on ne nous dérange pas ! Nous sommes loin d'en avoir fini !
- C'est la Clinique… L'état d'Albior vient considérablement de se dégrader : il s'enfonce !
La secrétaire n'avait pas fini sa phrase qu'Aldéran s'était précipité hors de la salle de réunion.
Comme si une tornade s'était engouffrée dans la chambre, les médecins s'étaient vus balayés comme des fétus de paille quand Aldéran était rentré, sautant sur le lit pour prendre le visage du cadet de ses fils entre ses mains.
- Mais que faites-vous, M. Skendromme ? ! glapit l'un des médecins. Descendez de là immédiatement !
A peine relevés, tous se figèrent à la vue des ailes de lumière, qui les éblouirent.
