Titre : An deine Stimme (Au son de ta voix).
Auteur : Sahad
Note : Navrée pour le long moment d'attente... Après des examens, un diplôme, un déménagement, un travail et maintenant une recherche de travail, j'avoue que j'ai pas mal mis de côté mes écrits. J'espère que ce chapitre vous plaira et que vous n'avez pas trop décroché.
Note 2 : Réponses aux reviews !
Rocher : Merci d'avoir suivi.
Laura : Ce chapitre ne répond probablement pas à tes questions mais peut-être le prochain.
Madison2a : Désolée de t'avoir déprimée... Quoique... Héhé.
Draya Felton : Ta review m'a beaucoup touchée. J'espère que ce chapitre te décevra moins même si je n'ai pas vraiment pour projet de laisser les FW de côté, bien qu'elles ne joueront pas un trop grand rôle dans cette histoire (sauf si je change d'avis mais je ne pense pas).
Amanda : Qui sait, qui sait... ? Moi ! Héhé... Je ne te dirai pas s'il récupère sa voix, je te laisse aller voir.
Oh !C'est Anne !!: Coucou Océane, ça me fait plaisir que tu m'aies suivie sur après le blog. Je ne sais pas si tu seras encore là, vu le temps que j'ai mis à updater mais si c'est le cas, j'espère que tu aimeras toujours.
Shin-ichi : Les lettres ne jouent pas de rôle dans ce chapitre, mais dans le prochain peut-être... Bill doit rebondir en tout cas. Peut-être entraînera-t-il les autres... ?
Elleay sahbel, Ketty : Voilà la suite. J'espère que vous serez toujours là pour la lire.
THunsterblich1 : ça m'amuse de te voir décortiquer les jumeaux que j'illustre à ma façon. J'espère que la suite te plaira tout autant.
Bonne lecture.
Chapitre 12 :
Tom était assis sur le lit, à côté du corps allongé de son jumeau, lui caressant doucement l'épaule, le dos de ce dernier reposant contre son flanc à lui. Bill était venu le retrouver en pleurs au chantier et, lorsqu'il avait enfin réussi à le calmer, son frère avait refusé d'écrire quoique ce soit, le regard fuyant. Ils étaient rentrés et le jeune brun était directement monté à la chambre du dreadeux, se laissant tomber sur le lit et s'y recroquevillant. Tom soupira et se pencha un peu plus sur son jumeau :
« Bill... Qu'est-ce qu'il y a... ? Dis-moi... Je peux pas comprendre si tu ne me le dis pas... »
Sa voix était faible et douce, comme s'il parlait à un animal blessé... Ou plutôt comme si le fait d'élever la voix risquait de faire tomber ses dernières barrières : il était fatigué et inquiet, se sentant dans l'impuissance d'aider son frère et même rejeté. Bill tressaillit et leva enfin les yeux vers le jeune châtain, ses joues étaient encore tramées de noir grisâtre, son regard rougi ; ils restèrent un moment à se dévisager en silence puis Bill se redressa et enlaça le cou de son homologue, se pressant contre lui. Cela ne pouvait pas éclairer davantage son frère mais au moins, il ne se sentait plus totalement à part ; ils restèrent ainsi un long moment avant que le jeune brun ne se détache pour finalement saisir un cahier et un crayon. Tom se redressa et s'approcha un peu plus pour lire par-dessus son épaule.
- Tom, répond-moi sincèrement. –
L'intéressé fut troublé par cette soudaine anxiété chez son frère mais se contenta de hocher lentement la tête pour lui faire comprendre qu'il acceptait la requête. Bill l'observa quelques instants à peine avant de se repencher sur le cahier :
- Tu crois vraiment que je vais reparler ? –
Le dreadeux lut la phrase et ses yeux allèrent chercher ceux de son jumeau. Ce dernier attendait sa réponse, l'inquiétude se lisant dans son regard, ainsi que la supplique silencieuse d'une réaction quelconque. Tom n'hésita pas une seconde, ne pouvant être que sincère envers lui :
« Je le crois pas, Bill, j'en suis sûr. J'ai jamais douté du fait que tu retrouveras ta voix. Et si tu te sens d'attaque à ce moment-là, je remonterai sur scène avec toi. C'est une promesse. »
Les yeux noisette de son frère cherchèrent les siens, comme pour être sûr qu'il pouvait oser y croire, que ce n'était pas juste pour lui faire plaisir. Un timide sourire étira ses lèvres et il serra le dreadeux dans ses bras, posant sa tête au creux de son épaule, fermant les yeux pour se laisser bercer par cette douce chaleur. Tom resta un long moment à le veiller avant de finalement accepter de se coucher, fatigué et soucieux.
OoOoO
« Bill... Bill, mon cœur, réveille-toi. »
Le jeune brun entrouvrit péniblement les yeux, il était lourds et pâteux... Il ne s'était pas démaquillé la veille. Cette constation le fit soupirer et il leva finalement les yeux vers sa mère ; elle lui sourit gentiment et alla ouvrir les volets, laissant la lumière s'abattre sur l'adolescent comme une malédiction. Du moins, le ressentit-il ainsi lorsque la lumière blanche lui brûla les yeux. Il tourna la tête et regarda en direction du réveil : 11h12. Tom était parti depuis longtemps... Cela le mina mais il n'y pouvait rien : son frère devait travailler malgré sa jambe pour gagner de l'argent. Il sursauta presque lorsque sa mère s'assit sur le lit, le tirant de ses pensées :
« Tu as bien dormi ? » demanda-t-elle.
Bill hocha la tête à défaut de pouvoir véritablement lui répondre. Il commençait à s'habituer à cette façon de communiquer par des gestes, de simples mouvements de tête ou tout simplement une expression du visage. Simone esquissa un sourire empreint de tristesse, s'habituant elle aussi au silence de son fils... Tom refusait de l'admettre, c'était normal : il s'agissait de son frère, de son petit frère jumeau. Mais les jours étaient passés depuis l'accident et rien n'avait changé, pas même un gargouillis étranglé, rien. Elle posa sa main contre la joue de son enfant et murmura :
« Va te préparer, mon poussin... Aujourd'hui, on doit aller à l'hôpital, voir un médecin. »
L'adolescent hocha doucement la tête et regarda sa mère partir dans le couloir, allant probablement préparer quelque chose à manger. Il n'avait pas faim mais il mangerait pour elle. Son sourire triste ne faisait que lui renvoyer en plein visage cette image pathétique de lui-même... Etrangement, aujourd'hui, il ne se sentait pas particulièrement malheureux, rien à voir avec la veille ; une simple sensation de vide planant en lui. Il se leva lentement, se débarbouilla et alla se prendre une douche, laissant libre court à ses pensées alors que l'eau chaude lui caressait le corps.
Ce jour maudit lui paraissait tellement loin à présent... Comme si des semaines, des mois, s'étaient écoulés depuis. Et pourtant il ne parvenait toujours pas à parler, ni même chuchoter. Peut-être qu'il ne pourrait jamais plus finalement... Peut-être fallait-il qu'il s'y fasse... ? Il se lava et s'enroula dans une serviette, toujours plongé dans ses pensées. Aujourd'hui, il était dans un état d'esprit où plus rien n'avait réellement d'importance. Peut-être finirait-il sa vie ainsi ? Qui s'en soucierait ? Allant dans sa chambre, il attrapa quelques vêtements et s'y glissa, recouvrant son corps de tissu noir... Après tout, n'était-il pas en état de faire son deuil ? Le deuil de Bill Kaulitz de Tokio Hotel ? Aujourd'hui, il s'en sentait capable... Juste vide...
Se retournant pour sortir, son regard se posa sur la fine pile de post-it qu'il avait décroché de sa porte et rangés délicatement... Les post-it que son jumeau lui avait laissés chaque jour. Une intuition le traversa et il retourna dans la chambre de son jumeau, cherchant ce même petit bout de papier jaune. Il lui en avait laissé un. Il en avait presque la certitude. Ses yeux se posèrent partout, sur le bureau, sur les étagères, derrière la porte... Son calme et son vide laissèrent peu à peu place à une certaine panique alors que ses gestes se faisaient plus rapides pour soulever les affaires, ouvrir l'armoire : il était là, quelque part... Il DEVAIT être là ! Son énervement se tourna vers le lit qu'il défit dans son intégralité, faisant virevolter les draps, mais surtout, un éclair jaune qui attira son attention : il saisit le bout de papier en plein vol.
- Tu as beaucoup pleuré, je te laisse dormir. Passe une bonne journée. Tom. –
Un profond sentiment de bien-être l'envahit et un mince sourire étira ses lèvres... Il l'avait refait... Juste pour lui... Consciencieusement, il plia le papier jaune et le glissa précieusement dans sa poche. Aujourd'hui, il avait besoin de le sentir près de lui, même s'il était loin. Même si ce n'était qu'un bout de papier, c'était la démonstration de l'attachement de son frère pour lui. C'était tout, bien plus que le monde. Il descendit les escaliers et se rendit dans la cuisine où sa mère l'attendait, leur repas sur la table. A peine fut-il assis que la sonnette retentit, Bill échangea un regard avec sa mère avant que celle-ci n'aille ouvrir la porte.
« Bill. » elle revint dans la cuisine. « Une amie à toi est venue te parler. »
L'intéressé haussa un sourcil : une amie ? Depuis le lycée, voire même le collège, il ne comptait plus d'amies filles, juste des connaissances... Mais il ne grimaça pas et se leva pour aller voir qui pouvait bien passer et le demander. Il se figea presque en découvrant une brune assez grande, bien que plus petite que lui, et très fine, le regard clair et la moue des plus expressives. Chanty avait toujours ses vêtements flashy et ne semblait pas vraiment tenir compte des regards curieux qu'elle attirait. Il la regarda un long moment avant de prendre rapidement un bloc note et un stylo à côté du téléphone et de fermer la porte derrière lui. La jeune fille ne sembla pas plus vexée que cela de rester sur le pas de la porte, attendant simplement que son aîné la rejoigne sur les marches, s'asseyant lui aussi.
« Je te dérange ? » demanda-t-elle.
Son vis-à-vis secoua négativement la tête : non, elle ne le dérangeait pas particulièrement. Il n'était pas si pressé d'aller à l'hôpital, de se faire entendre dire qu'il ne parlerait probablement jamais plus. Il pinça ses lèvres un moment avant de se décider à écrire quelques mots :
- Désolé d'être parti hier... C'était cool le concert. –
« Pas de mal. » répliqua Chanty, esquissant un sourire en coin. « Je t'ai vu partir en bousculant tout le monde... »
Bill sentit l'embarras lui empourprer les joues et préféra détourner les yeux, la rue devenant tout à coup très intéressante. Cette réaction amusa visiblement beaucoup son interlocutrice qui retint tout commentaire sarcastique et poursuivit :
« Je suis désolée pour ce que tu as du ressentir... » elle se redressa et épousseta sa jupe. « C'est Gustav qui m'a donné ton adresse. Je voulais juste te dire que j'étais désolée si ça t'avait blessé. Voilà. »
Le jeune brun la regarda un long moment avant d'esquisser un sourire et d'hocher la tête. Chanty lui adressa un sourire à son tour et s'écarta pour partir lorsqu'un geste de son vis-à-vis attira son attention : l'ancien chanteur s'était replié pour pouvoir écrire sur son calepin. L'adolescente resta un instant figée, à le scruter, touchée par cette image d'un garçon qui, pour pouvoir s'exprimer, ne pouvait pas se tenir droit, devant se courber sur son papier... Pour elle qui luttait pour toujours garder la tête haute, c'était quelque chose d'impensable. Elle sentit un petit pincement au cœur, compatissant pour ce chanteur qui s'était tut par accident. Bill se redressa alors et lui tendit son calepin, la laissant lire ses quelques mots :
- Tu me diras quand vous ferez un autre concert. J'aimerais pouvoir écouter votre musique. –
La brune lut et sentit un sourire étirer ses lèvres, elle hocha doucement la tête, ravie que le jeune garçon accepte de renouveler l'expérience. Puis elle s'agenouilla sur les marches pour être à sa hauteur :
« Ça me ferait vraiment plaisir. » murmura-t-elle doucement, puis elle plongea son regard dans le sien. « Je sais que ça va probablement te faire mal que je dise ça mais... J'aimerais bien un jour... T'entendre chanter... Pour de vrai, avec nous... »
Bill ne détourna pas les yeux bien que la remarque aie porté, à la fois agréable et douloureuse. Il hocha simplement la tête, s'abstenant de dire à son interlocutrice qu'il allait justement aller à l'hôpital pour savoir ce qu'allait devenir sa voix... Ou ne pas devenir. Il lui adressa un geste d'au revoir en la regardant partir. Une jeune fille gentille, maladroite derrière ses allures fières... Il l'aimait bien. Sur cette pensée, il se détourna et retourna chez lui, reposant le bloc près du téléphone, non s'en en avoir retiré les pages qu'il avait gribouillées.
« Bill ? Tu viens manger, mon lapin ? Il faudrait se dépêcher un peu... »
Il comprenait l'envie pressante de sa mère à vouloir l'emmener, à vouloir savoir, mais elle le mettait mal à l'aise et il ne ressentait plus la sensation de vide du matin. Plutôt une appréhension anxieuse. Il mangea sans grande conviction, juste ce qu'il fallait pour ne pas faire grimacer sa mère, et ils sortirent, prenant la voiture. Le trajet se fit dans le silence le plus total : Simone ne trouva aucun sujet suffisamment intéressant à aborder, Bill ne pouvait que se murer dans le silence, sa mère ne pouvant pas lire et conduire en même temps, et aucun des deux ne semblait vraiment disposé à mettre la radio. Le jeune brun porta son regard sur le paysage qui défilait, essayant de concentrer davantage son attention sur des pensées concernant son jumeau plutôt que l'hôpital et sa prochaine auscultation.
L'hôpital arriva rapidement en vue, trop rapidement au goût de l'adolescent mais il s'abstint de toute remarque écrite et déboucla sa ceinture avant d'attendre sa mère sur le parking, le temps que celle-ci mette quelques pièces dans l'horodateur, laissant tout le loisir à Bill de contempler cette immense structure de béton peint en blanc, totalement impersonnel. C'était au fond peut-être ce qui dérangeait le plus le jeune brun dans un hopital : ce côté totalement dénué de personnalité, froid et, aussi ironique que cela puisse paraître, totalement inhospitalier. Détournant légèrement le regard, Bill remarqua un autre détail qui le dérangea passablement : pourquoi diable mettait-on des pompes funèbres à côté d'un hôpital ? Sous les fenêtres des patients qui plus était ? L'adolescent secoua doucement la tête en retenant une mimique de dégoût et remercia presque d'un regard sa mère qui venait de se glisser à sa hauteur.
« Ça va aller, mon cœur... » murmura Simone en lui passant une main réconfortante dans les cheveux. « Je suis avec toi. Tout ira bien. »
Bill esquissa un sourire bien que cette dernière phrase n'ait plus aucun sens pour lui : Tom la lui avait souvent dite... Notamment le jour de cet incident, et ça n'avait pas été. Et puis, de toute façon, comment cela pourrait-il bien aller alors qu'il était persuadé qu'il allait à l'hôpital pour foncer droit dans un mur ? On allait simplement lui dire avec un sourire désolé qu'il ne pourrait jamais plus prononcer un seul mot, qu'il était destiné à vivre muré dans un profond silence, incapable de s'exprimer autrement que par écrit. Ce flot de pensées négatives achevèrent de lui donner envie de partir très loin de cet endroit. Et pour parachever ce sinistre tableau : le ciel était gris orageux. Etonnant comme ce genre de détail anodin pouvait prendre de l'importance en pareilles circonstances.
Sa mère lui prit gentiment le bras et l'obligea à suivre son pas en direction de ce bâtiment que Bill aurait aimé fuir comme la peste. Leurs pas résonnaient en écho sur le parking, tel un compte à rebours qui le rapprochait inexorablement de ce coup de grâce. Pourquoi Tom ne pouvait-il pas être à ses côtés en un moment pareil ? Pourquoi fallait-il qu'il travail aujourd'hui ? Ce jour fatidique ? Mais il savait parfaitement pourquoi et sa main se glissa dans sa poche, se refermant avec force sur ce petit morceau de papier jaune... Au fond, tout au fond de lui, il était là... Il le savait. Toujours liés. Même dans les pires moments. Il s'était promis de ne jamais plus douter de lui. A peine entrèrent-ils dans le bâtiment que cette odeur si particulière à ses lieux assaillit ses narines, lui donnant presque un haut le cœur. Comme si elle le sentait, sa mère resserra son étreinte sur son bras :
« Ça va aller. » murmura-t-elle.
Bill s'abstint de toute grimace mais il n'en pensait pas moins. Il laissa sa mère parler avec la secrétaire, son regard parcourant le décor tout autour de lui, comme s'il guettait le moindre danger qui pourrait surgir à son insue. Il fut presque surpris lorsque sa mère le traîna à nouveau, cette fois-ci en direction de la salle d'attente. Encore une chose qu'il n'aimait pas particulièrement dans les hôpitaux : les salles d'attentes, cette pièce grande mais trop petite pour le nombre de personnes qui s'y trouvaient pour diverses raisons, cette impression d'étouffer au milieu de tous ces gens, cette endroit où ils ne faisaient que murmurer entre eux comme par peur de briser un silence quasi-religieux où retentissait l'infernal tic-tac de la pendule. Non, il n'aimait vraiment pas les hôpitaux. Peut-être était-ce parce que c'était pour lui qu'il venait que cet endroit l'insupportait à ce point...
« Monsieur Bill Kaulitz ? »
Quoi ? Déjà ? L'adolescent se raidit mais consentit néanmoins à se lever, sa mère ne desserrant pas sa poigne sur son bras. Avait-elle donc peur qu'il prenne la fuite ? Ou bien avait-elle peur tout simplement ? Craignait-elle, comme lui, le verdict de cette entrevue ? Bien que la réponse à cette question l'aurait peut-être quelque part conforté dans l'idée qu'il n'était pas le seul à redouter ce qui allait venir, mais il s'abstint toutefois d'aller chercher cette réponse dans les yeux de sa mère. Ils entrèrent dans la pièce et le médecin les fit asseoir. L'homme était déjà d'un certain âge et affichait un sourire avenant, comme pour le rassurer ; mais Bill préféra baisser les yeux, son pied jouant distraitement sur le carrelage de la pièce. Il l'entendait bien mais n'écoutait pas pour autant les questions qu'il posait, laissant tout le loisir à sa mère d'y répondre pour lui. De toute façon, qu'aurait-il écrit ?
On ne le força néanmoins pas à parler : l'homme écoutait attentivement ce que lui disait Simone Kaulitz, prenant parfois des notes. Bill ne chercha pas à fixer son attention sur la conversation, s'efforçant même à être à des milliards d'années lumière de là. Il s'en détacha tant et si bien qu'il manqua de sursauter lorsque l'homme se leva et s'approcha de lui pour l'examiner. Et ce fut une série d'interminables tests qui commença, l'adolescent ne cessant de penser à son jumeau afin de rendre son anxiété plus supportable... Il avait besoin de sa présence...
OoOoO
« Guido, tu... » David entra dans la pièce et chercha le blond du regard. « Guido ? »
Il était rare qu'il ne trouve pas le jeune homme dans sa pièce personnelle, comme ce dernier aimait l'appeler. Guido et lui n'avaient pas fait de longues nuits depuis un certain moment, ce qui expliquait peut-être la lenteur croissante de sa réflexion. Ce n'était pas faute de boire du café pour rester éveillé... Mais ils auraient bientôt besoin d'un week end complet pour reprendre des forces. Il allait quitter la pièce pour aller chercher son ami ailleurs, ne souhaitant pas que ce dernier oublie de se nourrir, mais un détail retint son attention : s'avançant jusqu'au « bureau », si l'on pouvait appeler cela comme ça, de ce dernier, il tira la chaise en arrière et esquissa un sourire. Guido était là, couché sur son manteau en position fœtale, dormant à poings fermés... Il était vrai qu'ils avaient peut-être un peu abusé de leurs forces. David resta un long moment à regarder son ami endormi, hésitant à le tirer de ce sommeil qu'au fond il méritait plus que tout. Puis il avança finalement sa main et secoua doucement le blond par l'épaule. Ce dernier étouffa un grognement et entrouvra un œil :
« ... Quoi... ? » articula-t-il dans un baillement au bout de quelques minutes.
« C'est l'heure de manger... Et je pense que tu mérites quelque chose de plus consistant que ces espèces de petits ours en gélatine qui jonchent ton bureau. » sourit David.
« Je mange pas que ça... » grogna Guido.
« Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre en voyant les paquets de Twix, Mars, Maltesers, Bounty, Skittles, et j'en passe, dans ta corbeille... » ricana le brun. « T'as dévalisé le distributeur de l'étage ou quoi ? »
« Nan... » grommela son vis-à-vis en s'extirpant de son coin douillet. « Y a aussi le distributeur d'en bas... Y avait pas assez dans celui de cet étage. »
David secoua la tête, se demandant comment son ami pouvait réussir à ingurgité autant de trucs sucrés sans prendre un seul pli de graisse sur son corps... Peut-être parce qu'il était plus jeune, mais ça, il ne l'avouerait jamais. Le regard de David s'arrêta sur les yeux de son ami : Guido avait les yeux rouges et fatigués, les cernes s'étaient creusées sous ses yeux, son teint avait perdu un peu de sa couleur... Tous les symptômes de quelqu'un qui se surmène.
« J'ai besoin d'une clope... » soupira ce dernier.
« Après manger ! » insista David, le tirant par le bras, ignorant le gémissement plaintif de son cadet.
Le grand brun savait bien qu'il avait tout intérêt à surveiller Guido : un homme qui aimait ce qu'il faisait mais à qui l'on demandait en plus de faire des heures supplémentaires... Il se dépensait sans compter. Le blond cendré finit tout de même par accepter de se faire traîner jusqu'à la cafétéria de l'entreprise et se servit on ne peut plus copieusement :
« Ah, j'ai oublié ma carte dans le bureau... » murmura-t-il, puis il adressa un grand sourire à son vis-à-vis. « Tu m'invites, bien sûr ! »
David soupira mais ne tenta pas de répliquer : le plus important était que son ami mange. Ils allèrent s'assoir à une table à l'écart et entreprirent d'engloutir leur repas comme pour certifier à la Terre entière qu'il était possible d'avaler plusieurs fois son poids en nourriture.
« Cette semaine est interminable... » gémit le brun.
« Bof... Pas plus que les précédentes. » répliqua son cadet en haussant les épaules.
« Tu en es à combien d'heures sup' pour te retrouver à dormir sous ton bureau ? » ricana David, tout de même curieux.
« Je ne sais plus... J'ai noté ça quelque part sur une feuille. » répondit Guido.
« Enfin... Fais quand même attention à ta santé. » soupira son aîné.
« Bah, je suis comme les cafards : je reviens tout le temps ! » sourit le blond.
« Nan, mais je suis sérieux. » insista son interlocuteur. « Avec tous les gobelets qu'il y a dans ta corbeille et dans les poubelles avoisinnant ton bureau, je me demande encore comment tu as pu t'endormir sous ton bureau. Toute cette caféine... »
« Boh, tu sais... C'est le privilège des jeunes de pouvoir s'endormir en toutes circonstances. » ricana à son tour Guido. « Et toi, à propos... Il paraît que tu as contacté Mr. Trümper... »
« Comment tu... ? »
« T-t-t-t-t-t... David, David, David. Tout se sait ici. Tu le sais bien. » lui rappela son cadet. « Les murs ont des oreilles... Enfin, qu'as-tu dit de beau à Mr. Le beau-père des jumeaux ? »
« Je lui ai dit la vérité. » rétorqua David comme si cela coulait de source. « Il a le droit de savoir. Et puis... Tu sais aussi bien que moi que peu importe le nombre d'heures sup' qu'on fera, on ne pourra jamais aligner assez d'argent pour les aider. Alors... »
Guido hocha doucement la tête, signe qu'il comprenait bien ce que lui disait son ami. Bien sûr qu'il avait parfaitement conscience que leurs efforts n'étaient qu'un grain de poussière... Mais c'était toujours mieux que rien, n'est-ce pas ? Jouant distraitement avec un cure-dent en le faisant danser entre ses dents comme une simple touillette à café, le regard dans le vague, il murmura :
« Tu as peut-être raison... Peut-être que ce qu'on fait ne représente qu'un grain de sable... »
« Guido... ? » s'étonna David en le regardant se lever.
« Peut-être qu'on est vraiment tout petits petits petits... » reprit le blond, esquissant un sourire. « Mais une petite souris ne suffit-elle pas à tuer un éléphant ? »
Sur ces quelques mots, le jeune technicien des sons et lumières s'éloigna, adressant un vague geste de la main en guise de salutation à son aîné, lui laissant à sa charge son plateau-repas, et disparut dans les couloirs, probablement pour aller fumer sa cigarette à l'extérieur. David resta un long moment pensif, songeant aux paroles de son collègue de travail : il n'avait pas tort dans le fond... Hochant doucement la tête, il se leva et alla ranger les plateaux avant de retourner à son tour dans les entrailles du bâtiment : il avait encore beaucoup de travail à faire.
OoOoO
Tom s'assit sur la chaise qui se trouvait derrière le comptoir, grimaçant : sa jambe le lançait et il ne pouvait profiter que d'un moment de répis pour la reposer un peu. Qui eût cru qu'une petite boutique d'objets « magiques » attirerait autant de monde ? La main sur sa jambe, ses doigts l'enserrèrent jusqu'à en devenir blancs, son autre bras replié sur le comptoir lui servant d'appui pour son front. Les dents serrés, il essayait de se convaincre que cette douleur n'était pas si terrible et qu'elle allait bientôt passer ; mais cette dernière semblait sérieusement vouloir lui démontrer le contraire.
« Tom ? » appela une voix.
L'intéressé releva la tête et croisa le regard de son employeuse qui revenait d'une livraison exceptionnelle. Cela ne lui avait pris qu'une demi-heure et pourtant, elle ne pensait pas retrouver le jeune homme aussi exténué. La transpiration luisait sur son visage où elle pouvait lire de la douleur. Elle s'approcha :
« Tu veux prendre une pause ? Va t'allonger un peu dans la réserve. Ça te soulagera. »
« Ça va aller. » lui assura l'adolescent, tentant d'avoir l'air convaincant. « C'est l'affaire de quelques minutes, ça va passer. »
« Tom... N'exagère pas. » le sermonna la petite femme. « Tu sais que ton entêtement ne t'a rien apporté de bon, la dernière fois. Va te reposer. D'autant plus que tu dois aller au chantier, ce soir. »
Vaincu, Tom hocha piteusement la tête et se leva, claudiquant jusqu'à la réserve où une petite pièce supplémentaire avait été aménagée pour que les filles de Christine ne s'ennuient pas lorsqu'elles venaient. Il se laissa tomber sur le lit, serrant les dents pour ne pas grogner de douleur tant sa jambe le faisait souffrir. Cela ne lui arrivait que rarement, mais lors d'un jour comme celui-ci où les clients affluaient sans discontinu, le fait de rester debout des heures entières finissaient par éveiller une vive douleur dans sa jambe... Comme pour lui rappeler qu'il avait fait une erreur. Une erreur qu'il ne devait pas reproduire...
Quelques minutes à peine s'écoulèrent avant qu'il ne sombre dans une profonde torpeur puis dans les méandres du sommeil, malgré la vive douleur de sa jambe.
OoOoO
Bill avait passé le dernier test. Le médecin était à présent sorti, les laissant seuls, sa mère et lui. L'adolescent ramena une jambe contre lui, l'enlaçant de ses bras, le regard dans le vague malgré l'anxiété. Il savait qu'il se rapprochait un peu plus du verdict à chaque seconde qui s'écoulait... Il déglutit difficilement, sentant comme un poids lui compresser le ventre et la nuque, comme si c'est deux parties de son corps étaient soudainement devenues hypersensibles et ne supportaient plus la gravité terrestre.
« Bill... ? » murmura Simone, attirant son attention. « Je vais chercher un peu d'eau, tu veux boire quelque chose ? »
Sa mère aussi était stressée par cette attente qui semblait interminable. Il hocha doucement la tpete, regardant sa mère se lever et sortir dans le couloir. A peine eût-elle franchit la porte qu'elle la ferma doucement derrière elle et s'y adossa doucement, inspirant et expirant profondément et avec difficulté : voir son fils ainsi était une épreuve des plus rudes. Elle se devait d'être là pour lui mais cette impression que tout lui échappait et qu'elle ne pouvait rien y faire commençait à lui peser. Elle détacha enfin de la porte et s'avança dans le couloir : elle avait vu une fontaine en arrivant. Un verre d'eau leur ferait sûrement du bien...
Elle saisit un gobelet et commença à le remplir, son regard fixe comme hypnotisé par ce liquide en mouvement.
« Maman ! » cria une voix aigüe.
Instinctivement, Simone releva la tête, regardant dans la direction du cri. Un petit garçon courut jusqu'à une femme qui devait être sa mère et s'agrippa à elle, tirant sur ses vêtements pour attirer son attention sur son babillage. La femme le réprimanda :
« Voyons ! On ne crie pas dans un hôpital ! Allez, viens ! »
Et elle le traîna à l'extérieur, l'enfant nullement troublé par la remarque, continuant de parler sans s'arrêter. Simone pinça doucement les lèvres et reporta son attention sur son verre... Ce petit garçon lui rappelaient ses jumeaux lorsqu'ils voulaient lui dire quelque chose de sensationnel, leurs visages souriants, leurs yeux emplis de cette joie toute enfantine... Elle sentit ses yeux la brûler et y porta doucement l'une de ses mains alors que des larmes commençaient déjà à s'en échapper. Tout cela était si loin... Bien sûr qu'elle avait souhaité que ses enfants lui reviennent, qu'ils soient davantage à ses côtés... Mais pas comme ça. Elle souffrait tant de voir son enfant mutilé.
La culpabilité l'étouffait à chaque fois que son petit Bill levait les yeux vers elle, sans une once de reproche, ne se doutant qu'elle avait formulé ce genre de souhait. Cela n'aurait rien changé en définitive, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. Coupable et impuissante alors que son enfant avait tant besoin d'aide et de réconfort... Sans parler de Tom dont l'entêtement aurait pu lui coûter bien plus qu'une jambe douloureuse. Tout cela lui échappait et elle avait l'impression de tenter de nager contre un torrent dont le courrant ne lui laissait aucune chance.
Pourquoi ? Cette question revenait, elle aussi, inlassablement dans son esprit. Pourquoi eux ? Pourquoi ses enfants ? Ils n'avaient rien fait qui mérite pareille injustice, pareil châtiment... Elle qui, inconsciemment, avait toujours cru que cela n'arrivait qu'aux autres.
« Madame Kaulitz ? »
L'intéressée releva des yeux rougis vers l'homme qui lui parlait. C'était le médecin qui revenait, un dossier en main. Elle essuya ses larmes, s'excusant à mi-voix et remplissant rapidement un deuxième verre. L'homme sourit tristement à ce spectacle touchant et s'approcha d'elle, lui proposant un petit paquet de mouchoirs. Simone accepta et le remercia d'un petit mouvement de tête.
« Allons, calmez-vous, madame... » murmura-t-il.
« Excusez-moi. » souffla-t-elle à nouveau, épongeant ses joues. « Mais c'est tellement dur... Je n'en peux plus... »
Le médecin hocha la tête et posa amicalement sa main sur l'épaule son interlocutrice, dans un geste de réconfort. Cela sembla apaiser quelque peu Simone.
« Madame Kaulitz... J'ai quelque chose à vous dire au sujet de votre fils. » annonça-t-il enfin.
A SUIVRE...
