Les personnages d'Assassin's Creed appartiennent à Ubisoft.
La famille Keller est mon invention.
5 Janvier 1889
Six jours que l'éventreur avait disparu (officiellement), et si jour qu'il était bel et bien mort. Six jours que la vie reprenait doucement son cours dans la maison Frye, et six jours que Jacob était de retour. Après un court séjour à l'hôpital, Evie avait insisté pour s'occuper de lui et le rapatrier. S'il devait ne pas survivre à sa fièvre, disait-elle, alors elle préférait qu'il parte chez lui plutôt qu'entre les murs froids du St Thomas' Hospital. Loin de s'opposer à cette idée, Helen avait laissé sa chambre en guise de chambre de soins, et les deux femmes prenaient le relai l'une de l'autre pour veiller sur l'assassin. Plusieurs fois, Helen avait tenté de renouer le dialogue avec sa belle-sœur, mais cette dernière refusait obstinément d'écouter ce qu'elle avait à dire, prétextant que cela ne l'intéressait pas. Blessée, Helen errait comme une âme en peine lorsqu'elle n'était pas en train de s'occuper de Jacob. Oscillant entre la joie de l'avoir retrouvé, et la peine de s'être vue démasquée par l'homme qu'elle avait haït le plus au Monde.
Mais peu importait son adultère pour le moment. En six jours, Jacob n'avait pas ouvert les yeux. Plongé dans un profond sommeil, il était faible. Sa respiration était douloureuse, mais régulière. Ce qui était bon signe. Les antibiotiques fonctionnaient, les perfusions le maintenaient hydraté, mais rien ne semblait pouvoir le sortir de son coma.
Depuis son arrivée, Helen avait pris l'habitude de lui parler des heures durant. De tout, de rien. Quand elle ne se sentait plus capable, elle prenait un livre et lui faisait la lecture. Et quand plus rien ne réussissait à la maintenir éveillée, elle s'allongeait quelques minutes à ses côtés et glissait sa main dans la sienne. Là, elle pouvait l'écouter inspirer profondément, caresser sa paume, enfouir son visage entre sa tête et son épaule, et s'endormir jusqu'à ce que Evie ne la déloge.
Ce matin-là, la jeune femme peina à émerger quand la brune ouvrit la porte et la secoua. « Hmmm… Evie ? » Elle se frotta les paupières et jeta un coup d'œil en direction de la fenêtre. Il faisait jour, mais le ciel était emplit de gros nuages gris et la neige tombait toujours sans arrêt. « Quelle heure est-il ? »
« 10 heures. » Répondit Evie aussi sec. « Va te reposer, c'est mon tour. »
Elle déposa un plateau emplit de médicaments sur la table de nuit, de l'autre côté du lit, et croisa ses bras sur sa poitrine, attendant une réaction de la part de la rouquine. Celle-ci esquiva son regard en rougissant sensiblement. Mal à l'aise, elle appuya ses deux mains sur les accoudoirs du fauteuil afin de s'en extirper, puis referma son gilet sur sa poitrine.
« Je… Je peux rester encore un peu ? »
« Arthur est là. »
Oh.
Comprenant du même coup que sa place n'était plus ici, Helen se pencha longea avec son index la mâchoire de Jacob, avant de caresser doucement sa barbe qu'elle entretenait chaque jour. Elle déposa un rapide baiser sur son front puis trouva le courage de soutenir le regard d'Evie, laquelle ne sembla pas particulièrement lui prêter attention, trop occupée à changer la bouteille de la perfusion.
« Et quand Jacob se réveillera, tu as l'intention de continuer ton petit manège ? »
Prise de court, la brune arrêta ce qu'elle était en train de faire et la regarda, médusée. « Excuse-moi ? »
Helen tapa du pied sur le sol en sentant la colère lui piquer le nez. « Tu sais très bien de quoi je veux parler. »
« Et tu es certaine de vouloir en parler ici et maintenant ? »
« Et bien quoi ? » Riposta la rousse. « Combien de temps as-tu l'intention de me faire sentir si misérable ?! Ne crois-tu pas que je me sois suffisamment reprochée d'avoir… » Un sanglot l'interrompit, elle plaqua sa main sur ses lèvres.
« D'avoir quoi ? Profité que mon frère soit en prison pour grimper sur le premier venu ?! »
« T-tu n'sais rien ! Ça n's'est pas p-passé comme tu l'imagines ! Y'avait rien d-d-de p-p-rémédité. » Elle peinait à s'exprimer, étouffant des sanglots de plus en plus nombreux, tandis que des larmes formaient des sillons humides sur ses joues. « Est-ce que ça t-te soulagerait d-de savoir que je me déteste ?! Jamais je ne me pardonnerai d'avoir t-trahis sa co-confiance. Et tu as le droit de me trouver répugnante, ça m'est ég-al… Mais p-par pitié… Ne fais p-pas payer mes erreurs à mes enfants… »
Evie la regarda à nouveau, comme elle aurait regardé la plus pitoyable personne que ce Monde ait portée.
« Je n'ai pas l'intention d'en informer Ethan et Hazel si c'est ce qui te met dans cet état. Je n'ai pas non plus l'intention de dire quoi que ce soit à mon frère, tu seras libre de garder ton minable petit secret. » Puis elle s'avança et attrapa le livre qu'elle avait laissé ouvert sur le côté du lit pour le poser fermement contre sa poitrine, la repoussant d'un pas en arrière. « Si t'es capable de vivre sereinement avec, fais ce qui te chante. »
« Qu'est-ce que je dois faire pour que tu cesses de me haïr ? » Hoqueta Helen.
Evie laissa couler un ricanement nerveux. Elle balança sa tête en arrière puis abattit durement sa main sur son épaule frêle. « Commence par ramasser ton amour-propre ma chérie. »
L'instant suivant, Helen se retrouva plus démunie que jamais. Debout devant la porte qui venait de lui être claquée au nez, elle renifla bruyamment, ses bras minces serrés autour de son livre. Elle se retourna lentement et descendit l'escalier qui menait à la salle à manger marche par marche. Arthur l'attendait, frais comme un gardon, moustache taillée à la perfection, mais son sourire disparu à mesure qu'il constata les dégâts.
« Oh Dear… » Il s'empressa de la rejoindre et entoura son visage de ses mains encore frigorifiées par l'extérieur. « Qu'est-ce que… » Soudain, il pâlit à son tour. « Est-ce que Jacob.. ? »
« Son état est stable. » Lui assura la rousse en se dégageant de son étreinte.
« Le tiens par contre… »
Helen lui fit signe de ne même pas aborder le sujet. Elle traîna des pieds jusqu'à la cuisine et fit couler de l'eau chaude dans sa théière. Puis elle sortit deux tasses du placard et servit deux thés. Arthur la rejoignit sans dire un mot, mais visiblement préoccupé. La jeune femme laissa planer le suspense encore quelques minutes, le temps de faire tourner plusieurs fois sa cuillère dans sa tasse, et d'ajouter un peu de lait.
« 'Faut que j'aille voir William. »
Prêt à tout entendre sauf ça, Arthur postillonna l'intégralité de ce qu'il avait dans la bouche. « Encore ?! »
« Evie pense que je suis une traînée. Et… Fréquenter William n'arrangera rien. »
« Donc tu t'en vas le retrouver. Logique. »
« Ces six derniers jours, je n'ai pas trouvé le temps ni le courage de le remercier pour tout ce qu'il a fait pour nous. Il m'a sauvée après que l'éventreur ait enlevé Jacob. Il m'a soutenue dans mon enquête et c'est lui qui a tiré sur l'éventreur au Bedlam. Sans lui, rien de tout cela n'aurait été possible. » Elle tendit un torchon à son ami et attendit qu'il ait terminé d'essuyer ses saletés pour continuer. « Et puis, si je dois ne plus jamais le fréquenter, je pense qu'il mérite quelques explications tu n'penses pas ? »
Arthur haussa les épaules, à moitié convaincu. Il ne pouvait ignorer l'importance du rôle qu'il avait joué dans toute cette sordide histoire, mais quelque chose chez ce type lui déplaisait au plus haut point. Cette façon suffisante d'aborder les choses, et la façon qu'il avait de toujours se retrouver dans les jupons d'Helen.
« Mouais. Si tu veux mon avis, tu devrais te contenter de lui écrire une lettre. »
Helen esquissa un sourire. « Tu sais au fond de toi que j'ai raison. »
« Suis-je autorisé à t'accompagner, cette fois ? »
Elle lui fit signe que non d'un mouvement de tête, et le jeune homme afficha une moue boudeuse.
« Je serais de retour avant même que tu ne te rendes compte de mon départ. »
« Balivernes ! » Lança Arthur en formant un cône autour de sa bouche avec ses deux mains.
Helen attrapa son manteau et son écharpe qu'elle enfila à toute vitesse. Elle prit également un bonnet qu'elle vissa sur sa tête, ne laissant dépasser que quelques bouclettes dorées. « Si jamais Evie te pose la question, dis-lui bien où je suis et ce que je suis en train de faire. Entendu ? »
« Ah parce que je dois rester ici à t'attendre comme un c- ? »
« À vrai dire. » L'interrompit son amie. « Si tu pouvais commencer à éplucher les pommes de terre pour ce soir, ça me rendrait un grand service. Tu es cordialement invité pour le dîner, évidemment. »
« Evidemment. » Souligna Arthur, faussement exaspéré. « Je cuisine pendant que Madâââme va se choper une petite bitter avec son NOUVEAU meilleur copain. »
« T'es un amour. » Lança Helen avec un clin d'oeil, avant de refermer la porte derrière elle.
« Tu fais chier Helen Keller ! »
/
« Mrs Frye ? »
« Je… Je vous dérange ? »
William cligna plusieurs fois des paupières avant d'effectuer un petit bond en arrière et d'inviter la jeune femme à entrer.
« Bien sûr que non. Rentrez ! Il fait un froid de canard. »
Elle s'exécuta et frissonna quand la chaleur des lieux caressa agréablement son visage. L'appartement était petit, mais plutôt cosy et en ordre. Un détail qu'Helen ne manqua pas de remarquer, habituée au bazar de son époux et de ses enfants. C'était calme, tranquille et chaleureux… à l'image de son locataire.
« Je vous offre quelque chose à boire ? »
« Non je… Je viens de sortir de table. »
« Un thé alors ? » insista le jeune homme avec un sourire auquel on ne pouvait rien refuser.
Helen sourit à son tour puis leva les yeux au ciel en signe de capitulation. « Va pour un thé. »
Elle le regarda se rendre dans sa petite cuisine et mettre de l'eau dans sa bouilloire, puis fit virevolter son regard dans le salon, s'attardant sur une petite statuette représentant ce qu'elle imaginait être une déesse Indienne. Elle finit par se faufiler derrière la table basse et s'assit dans le fauteuil à sa portée, évitant soigneusement le divan. Quand William revint, elle lui sourit à nouveau, bien que préoccupée par ce qu'elle avait à lui dire.
« L'eau est en train de chauffer. » Dit-il en prenant place en face d'elle.
Helen acquiesça puis resta silencieuse, trifouillant les mailles de son écharpe avec ses doigts.
« Quelque chose ne va pas ? » Demanda le Rook. « Comment va Jacob ? »
« Il va bien. » Répondit mécaniquement la jeune femme. « Je veux dire… Il répond bien aux antibiotiques… Mais il n'est pas encore sorti du coma. »
« Je vois… »
« Ecoutez William, ce n'est pas pour vous parler de Jacob que je suis venue vous voir. » Elle se mordit la lèvre mais remarqua que son interlocuteur ne chercha pas à l'interrompre. À l'inverse, elle avait toute son attention. « Je… Je tenais sincèrement à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour venir en aide à ma famille quand bien même rien ne vous y obligeait. Pire encore, vous pensiez Jacob coupable et vous m'avez quand même prêté main forte pour le retrouver et arrêter Jack l'éventreur. Sans compter que vous m'avez sauvé la vie deux fois… Ce qui n'est pas chose aisée j'en conviens. »
« Si c'était à refaire, je n'hésiterai pas une seule seconde. »
Helen lui envoya un sourire gêné. « Justement je… Je dois vous dire que je… Enfin nous… » Elle soupira bruyamment. « Je vous suis infiniment reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour moi, mais je suis venue vous dire que nous ne pouvons plus nous fréquenter. Désormais, je vous saurais gré de ne plus venir chez moi, Mr Jones. »
« Pourquoi cela ? » Demanda le jeune homme, visiblement troublé.
« Je suis désolée si cela vous paraît brutal, je n'ai jamais été douée pour mettre les formes, peu importe ce que j'entreprends… Le truc… C'est que je voudrais vraiment réparer les pots cassés avec mon mari. Je l'aime de tout mon cœur et je ne supporterai pas de le perdre à nouveau. Hors, pour des raisons évidentes… »
« C'est notre aventure qui vous perturbe ? »
« Oui. » Admit Helen sans attendre. « Evie est au courant, et je ne voudrai pas qu'elle s'imagine que je m'amuse à souffler sur des braises inexistantes. »
William sourit, heurté par cette dernière remarque. « Vous êtes dure… »
« Je ne suis pas amoureuse de vous, William. Et je suis navrée si je vous ai laissé penser le contraire, ce n'était pas mon intention. Cette aventure, ce… Coït… Bref, appelez ça comme vous voudrez, mais jamais rien ne se serait produit si je ne m'étais pas imaginé que mon mari me trompait. J'étais aveuglée par la colère et j'ai clairement profité de vous pour assouvir mon désir de vengeance. Ce n'est pas juste et vous avez tout à fait le droit de me haïr… Je ne vous en tiendrais pas rigueur, vous pouvez me croire. De toute façon, je ne pense pas que quelqu'un puisse se haïr plus que moi-même en ce moment. »
Elle rit doucement, mais son estomac se noua lorsqu'elle lut la déception sur le visage de William. Quelque part, vider son sac l'avait soulagée d'un poids, mais être confrontée à la souffrance qu'elle provoquait dans le cœur de ce garçon la fit culpabiliser plus que de raison.
« Je vois… » Souffla celui-ci.
« Je suis désolée, William. » Ajouta Helen, comme si cela pourrait apaiser sa peine.
Le Rook se leva et lui fit signe que l'eau était en train de bouillir. Tandis qu'il s'éloignait en direction de sa cuisine, Helen se leva à son tour, à la recherche de toilettes. Apparemment, cet ascenseur émotionnel lui avait rempli la vessie, et elle devait sautiller pour ne pas se faire pipi dessus. Trop gênée pour demander à l'homme auquel elle venait de briser le cœur où se trouvaient ses commodités, elle prit la décision de chercher par elle-même. L'appartement n'était pas très grand, elle devrait s'en sortir sans mouiller sa culotte.
Helen ouvrit la porte à côté de l'entrée mais tomba sur une simple armoire. Déçue, elle monta les marches de l'escalier quatre par quatre et ouvrit une nouvelle porte. La chambre. Raté. Quoi que, peut-être avait-il tout ce qu'il fallait dans cette chambre. Sans demander son reste, la rouquine tira sur une nouvelle poignée de porte, à droite du lit, et tomba sur un nouveau placard dont elle fit dégringoler plusieurs affaires. Merde ! Songea-t-elle honteuse. C'était bien le moment de devoir ranger.
En ramassant la canne, Helen eut une impression bizarre. Intriguée, elle observa l'objet de plus près et fronça les sourcils quand elle remarqua la tête d'aigle emblématique du kukri de Jacob.
« Qu'est-ce que… »
Pourquoi cette arme se trouverait-elle ici ? Et pourquoi William ne lui avait-il rien dit à ce sujet ? Piquée par la curiosité, Helen s'enfonça encore un peu plus dans le placard, et découvrit avec stupeurs plusieurs manteaux et tenues d'assassin appartenant également à son mari. Soudain, elle eut l'impression que le sol sous ses pieds était en train de disparaître. Elle blêmit en réalisant ce que sa découverte impliquait.
Lorsqu'Evie avait dû remonter les victimes de Jack l'éventreur, aucune d'elle ne portait le nom de Margrett. Elle se souvint également des dernières paroles de sa pauvre domestique. « Méfiez-vous de Jacob Frye… » Jamais elle n'aurait accusé Jacob si elle avait croisé le masque blanc de l'éventreur. Sans compter les affaires manquantes dans la réserve de Jacob, au moment où ils s'équipaient pour libérer le fils Weaversbrook. Se pourrait-il alors~
Elle déglutit.
« Les Frye et leur sale manie de foutre leur nez partout… »
Helen eut un hoquet. « William ! »
Le jeune homme s'avança, et elle n'eut pas besoin de le détailler de près pour constater que l'expression dans ses yeux avait changée. La douceur avait été balayée par quelque chose de plus noir. Quelque chose de terrifiant dont Helen n'arrivait pas décrocher son regard.
« William… C'est vous qui… »
Il s'avança d'un pas délibérément lent, et elle recula à mesure qu'il se rapprochait, jusqu'à ce que son dos n'entre en contact avec le papier peint qui tapissait le mur du fond.
« C'est moi qui ai assassiné Margrett. »
« M-mais… Pourquoi ?! »
Il inclina la tête sur le côté et élargit son sourire. « Allons Helen, réfléchissez un peu. L'éventreur était une aubaine pour moi. Ma chance de prendre le contrôle des Rooks en évinçant Jacob Frye. Ce vieux croulant n'avait plus les épaules pour diriger comme il le fallait, les Blighters reprenaient petit à petit le contrôle de Londres ! Il était temps de passer le flambeau… Mais ça évidemment, il ne voulait pas l'entendre ! »
« Jacob vous faisait confiance… » Murmura Helen, mâchoire serrée.
« Je sais. Et vous aussi. À vrai dire, ça a été un jeu d'enfant de faire accuser Jacob des meurtres de l'éventreur. Il m'a suffi de 'souffler un peu sur les braises' comme vous dites si bien. »
« P-Pourquoi m'avoir aidé à retrouver Jacob si vous vouliez tant qu'il disparaisse ? »
Le sourire de William s'évanouit. Il fit disparaître la distance qui les séparait encore et vint plaquer sa main sur le mur, à seulement quelques centimètres du visage d'Helen. « Si je n'avais pas été convaincu que l'éventreur avait tué Jacob, jamais je n'vous aurez aidée. Mais il faut croire qu'il faut tout faire soi-même… Je suis vraiment désolé que cela tombe sur vous Helen. »
« William… Par pitié, ne faites pas ça. » Gémit la jeune femme, tétanisée.
« Vous savez, je pensais sincèrement faire d'une pierre deux coups. Une fois Jacob mort et enterré, j'aurais été là pour prendre soin de la veuve et l'orphelin. J'aurai laissé couler quelques mois, puis je vous aurais épousée. Vous êtes une femme extraordinaire Helen. » Souffla-t-il à son oreille, la mordillant au passage.
« ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE ! » s'exclama la rouquine en lui envoyant son genou entre les jambes.
Le Rook se recroquevilla en poussant un long râle et Helen en profita pour s'enfuir. Terrifiée, elle manqua une marche et dégringola les escaliers roulée en boule. Poussée par l'adrénaline, elle se releva aussitôt atteint le rez-de-chaussée et se rua sur la porte d'entrée… Verrouillée. Livide elle se retourna et tomba nez à nez avec son bourreau, lequel lui assena un coup de poing qui lui fit perdre connaissance.
/
Helen gémit.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle voulut se frotter la joue, à l'endroit où la frappe avait été la plus violente, mais fut incapable de bouger. Réalisant aussitôt où elle se trouvait, elle gémit de plus belle en constatant qu'elle avait été allongée sur le ventre, les mains et les pieds liés. Prise de panique, elle se mit à hurler mais fut rapidement muselée par du tissus que William lui enfonçait dans la bouche.
« J'imagine ce que vous devez penser de moi maintenant Helen, mais croyez-le ou non, mon amour pour vous était sincère. »
En guise de réponse, elle remua son bassin et se débattit de plus belle. Les liens autours de ses poignets se resserraient à mesure qu'elle tentait de fuir, et la douleur devint bientôt insupportable. Des larmes de rage perlèrent sur le coin de ses yeux.
« C'est ça que j'aime chez vous. Vous êtes une battante. » Ajouta William, amusé. « Même quand la situation paraît sans espoir, vous n'abandonnez jamais. »
Il souleva sa robe puis son jupon, et elle ouvrit de grands yeux quand elle comprit où il voulait en venir. La tête tournée sur le côté, elle chercha son regard, comme pour tenter de le raisonner, mais il se contenta de recouvrir son visage avec sa main tandis qu'il commençait à s'insinuer en elle.
Helen eut l'impression qu'on lui arrachait les entrailles. Plus il intensifiait ses vas et viens, et moins son bâillon pouvait contenir ses hurlements. Elle aurait voulu disparaître. Mourir maintenant. Perdre connaissance … C'était un cauchemar. Alors qu'elle venait de retrouver Jacob. Alors qu'elle commençait à peine à entrevoir un nouveau départ pour sa famille. Alors qu'elle redécouvrait avec plaisir tout l'amour qu'elle portait à son époux… Elle allait mourir sur une table, du foutre dégoulinant le long de sa jambe, sûrement étranglée une fois que William en aurait terminé avec sa besogne. Il ne pouvait pas la laisser en vie, c'était évident. Puisqu'elle en savait trop, il allait la tuer, puis l'enterrer quelque part où personne ne pourrait la trouver. Qu'allait s'imaginer Ethan et Hazel lorsqu'ils reviendraient des Indes ? Et Jacob ? Qu'allait-il penser si tant-est qu'il se réveillait un jour ? Des larmes de chagrin prirent le relai sur la colère, et Helen avait cessé de se débattre. Son corps était balloté en avant, au rythme des coups de rein de William et son esprit vagabondait pour ne pas se confronter à la réalité.
C'était injuste.
Elle ne voulait pas mourir. Pas comme ça. Pas maintenant. Elle voulait voir les paupières de Jacob se rouvrir. Elle voulait entendre sa voix. Elle voulait s'excuser et le serrer de toutes ses forces dans ses bras. Elle voulait revoir ses enfants, les embrasser. Elle voulait organiser un Noël festif, avec ses amis et sa petite famille. Voir les arbres fleurir à l'arrivée du printemps. Entendre les oiseaux chanter à sa fenêtre dès 6 heures le matin.
Elle voulait vivre.
.
.
.
« HELEN ! »
La jeune femme ne réagit pas.
« Helen putain, réponds-moi ! »
Elle leva mollement son regard et trouva un nouveau visage familier penché sur le sien.
Arthur ?
Le jeune homme lui retira son bâillon avant de commencer à la défaire de ses autres liens. Petit à petit, Helen réalisa qu'elle était libre de ses mouvements. Avant qu'elle n'ait entrouvert ses lèvres, Arthur l'enroula dans une couverture et la prit dans ses bras.
« On rentre à la maison ma belle. »
Le regard de la jeune femme trouva le corps de William étalé sur le sol, le pantalon baissé jusqu'aux genoux, une balle logée en plein milieu du front. Naturellement, elle enroula ses bras autour de la nuque de son meilleur ami quand celui-ci poussa la porte d'entrée d'un coup de pied. Hypnotisée par les flocons qui volaient dans l'air froid de ce mois de janvier, elle ne prêta pas attention aux passants qui s'arrêtaient sur leur passage en leur adressant des visages curieux. Finalement, après plusieurs minutes de marche ininterrompue, Helen hissa son nez hors de la couverture et fit glisser l'une de ses mains dans les cheveux d'Arthur, venant appuyer sa joue contre la sienne.
« …Comment as-tu su ? »
Elle l'entendit rire amer.
« J'ai jamais pu sentir ce type… Si tu veux tout savoir. »
Elle ferma les yeux, soudainement affligée d'une fatigue intense. Une douleur lancinante à l'intérieur de ses cuisses lui arracha une grimace. Bientôt, elle perdit toute notion d'espace et de temps. Seul le parfum ambiant lui indiqua qu'elle venait de rentrer au bercail. Lorsqu'Arthur l'allongea sur le canapé, elle refusa obstinément de relâcher son étau autour de son cou et il dû user de toutes ses forces pour s'en défaire.
« Seigneur Helen, je n'vais nulle part. » Lui assura le jeune homme, au moment où Evie apparue dans la cage d'escaliers.
« C'est quoi ce bordel ? »
La méfiance de la brune laissa sa place à l'inquiétude dès lors qu'elle vit les blessures sur le visage de sa belle-sœur. Vive comme le vent, elle se rendit aux côtés d'Helen, interrogeant Arthur du regard.
« William Jones est mort. » Dit-il en lui tendant l'arme à feu qu'il avait trouvée. Puis son visage s'assombrit et il désigna silencieusement la couverture au niveau du bas-ventre de la jeune femme.
Evie posa le pistolet à ses pieds, puis fit signe à son interlocuteur de se retourner tandis qu'elle soulevait prudemment les jupons. Profitant du fait qu'Helen se soit brutalement assoupie, elle eut un rictus de rancœur lorsqu'elle vit les énormes hématomes commencer à apparaître sur l'intérieur de ses cuisses, et des filaments de sang couler le long de ses jambes.
« Ce fils de chien... » Siffla Evie, tendue au maximum. « Comment as-tu pu la laisser y aller seule ?! »
« Qu-WHAT ? » Arthur se retourna et la regarda avec des yeux ronds comme des soucoupes. « C'est une plaisanterie ?! »
« Ta meilleure amie se rend chez un type que tu trouves louche et ça ne te vient pas à l'esprit de l'en empêcher ?! »
« Oi ! Merci de ne pas inverser les rôles, c'est… » Il s'interrompit et amena son poing serré contre ses lèvres, hors de lui. « Rien de tout cela ne serait arrivé si tu ne passais pas ton temps à culpabiliser Helen depuis le retour de Jacob ! C'est à cause de TOI et de tes putains de principes à la con de bonne femme frustrée qu'Helen s'est jetée dans la gueule du loup »
À son tour, Evie ouvrit de grands yeux. Elle tenta de feindre l'indifférence mais Arthur ne lui laissa aucun répit, l'empoignant par le col de sa veste pour la forcer à l'écouter.
« Jesus ! J'ai jamais compris pourquoi Helen t'avais toujours foutue sur un piédestal. T'es la pire casse-couilles que j'ai jamais rencontré ! Castratrice, manipulatrice, soi-disant prêcheuse de la bonne parole MY ARSE ! »
Par reflexe, Evie envoya sa main dans la figure d'Arthur, le gratifiant d'une gifle magistrale. Celui-ci resta interdit et tous les deux se regardèrent ahuris. Il s'écoula plusieurs secondes sans que l'un ou l'autre ne cherche à rompre le silence qui s'était imposé dans la maison toute entière. Dans la cheminée, le feu crépitait calmement, diffusant une chaleur agréable. Dehors, le ciel s'assombrissait de plus en plus, les rues de Whitechapel n'étaient jamais désertes, mais elles désemplissaient petit à petit jusqu'à ne laisser passer que des ombres furtives de passants gelés jusqu'aux os.
Arthur renifla. Le temps parut soudain interminable. Lassé de ces batailles qui n'en finissaient pas, il secoua doucement la tête. Ces dernières tirades ne lui ressemblaient pas. Il n'était pas quelqu'un de mauvais. La méchanceté ne faisait pas bon ménage avec son caractère conciliant. La dernière fois qu'il avait formulé ses quatre vérités à quelqu'un, c'était à Jacob Frye, vingt ans plus tôt. Sur le moment, ça l'avait soulagé. Puis il – comme à cet instant – avait éprouvé du regret.
« Je… »
« Je suis désolée. »
Son regard trouva celui d'Evie, laquelle affichait également de nombreux remords. Ils se levèrent à l'unisson, prêt à faire table rase de toute cette histoire afin de mieux focaliser leurs efforts sur Helen, toujours profondément endormie. Evie fut la première à tendre sa main en direction d'Arthur, lequel répondit un peu maladroitement – fidèle à lui-même – mais avec le sourire.
« Oi… Benny. »
Cette voix. Grave et légèrement enrouée.
« Jacob ?! »
Evie leva la tête tandis qu'Arthur fit volte-face. L'assassin était là, debout au milieu de l'escalier, à peine habillé d'un pantalon de pyjama. Un bandage parcourait son torse en diagonale, ainsi que sur son visage, cachant son œil gauche. Il se tenait à la rampe comme un vieillard sur sa canne, et arborait une position courbée, un bras replié contre son abdomen. Il avait les traits et l'expression d'un homme à peine sortit d'un trop long sommeil.
Malgré sa condition physique, il sourit. Un sourire rieur, pétillant, inattendu.
« T'en fais une tête Benny. Jamais vu un fantôme avant ? »
[SPOILER]
William a révélé son vrai visage. Helen aura payé sa trahison le prix fort... Mais Evie et Arthur auront enfin trouver un terrain d'entente. Toute la pression accumulée de ces dernières semaines épouvantables se transforme en règlements de compte. Arthur ne supporte pas l'injustice quand Evie ne supporte pas la trahison. Jacob s'est réveillé, enfin, complètement à côté de la plaque et très affaibli.
J'hésite encore entre un Epilogue dès le prochain Chapitre, ou deux chapitres distincts. à voir en fonction de l'inspiration ;)
