CHAPITRE XII

Elle regarda, un brin hagard, son bureau désert. Avait-elle rêvé ? S'était-elle seulement imaginé sa présence ? Ou avait-il fui ? Elle baissa son regard. Une bretelle déplacée, sa robe entrouverte. L'absence de sous-vêtement. Non, ce n'était pas qu'un fantasme. House avait été dans cette pièce. Ils avaient fait l'amour et il s'était échappé. Elle se pencha par-dessus son bureau, recherchant le bout d'étoffe. Assimilant difficilement la nouvelle.

« Ah, vous êtes là ! » Elle sursauta, se tordant la cheville.

« B... de Dieu ! » Jura-t-elle en dansant sur un pied, inspectant celui blessé.

« Excusez-moi, je ne voulais pas vous effrayer. » Dit-il, gêné. « Faites voir. » Demanda-t-il en s'approchant d'elle.

« Non, non, c'est bon. » Affirma-t-elle en posant pied à terre, comme pour prouver ses dires.

Elle n'avait pas l'air dans son assiette. Il l'observa quelques instants, essayant de trouver ce qui pouvait bien clocher. « Vous êtes sûre que tout va bien ? » Demanda-t-il alors.

« Oui, tout va bien, merci. » Répondit-elle à la hâte en lissant sa robe, se redonnant contenance.

C'est à ce moment-là qu'il remarqua. Sa robe légèrement froissée. Ses cheveux en bataille, quelques mèches s'échappant de son chignon. Et ce bout de tissu, par terre, au pied du bureau. Était-ce... de la dentelle ? Il se pencha, examinant l'objet avant de le jeter à sa propriétaire. « Vous venez de... » S'exclama-t-il, sous le choc.

« Ce n'est pas ce que vous croyez ! » Tenta-t-elle de se défendre.

« Ah bon ? Vos dessous sont trop grands et tombent tous seuls... Vous aviez chaud et vous vous êtes dit... »

« C'est bon ! » S'écria-t-elle. « C'est... C'est bien ce que vous croyez... »

« Avec qui ? » Répéta-t-il d'une voix tonitruante.

« Ça ne vous regarde pas ! » S'exclama-t-elle, perdant son sang froid.

Il la scruta un instant, tapant du pied, attendant une réponse. Elle savait qu'il ne la laisserait pas s'en tirer comme ça… Baissant la tête, elle mit un temps pour reprendre ses esprits.

« House... » Avoua-t-elle enfin, honteuse.

« House ? Et où est-il le beau Dr House ? » Il jeta un coup d'œil à la pièce. « Parti... Vous n'êtes vraiment qu'une trainée ! Vous en êtes à un point où vous me faites de la peine. »

Elle le regarda, interdite. Puis la colère monta à ses joues. Elle avança à pas rapides jusqu'à lui, lui asséna une gifle monumentale et quitta la pièce.

Elle sortit dans le couloir comme une furie, son sang bouillonnant littéralement dans ses veines. Il fallait qu'elle se calme, mais comment ? Elle traversa le hall bondé, s'excusa auprès de ses invités et se rendit dehors. L'air glacial la fit frissonner. Elle respira à pleins poumons, laissant l'air d'hiver apaiser ses tourments. C'est à ce moment-là qu'elle le vit. Se faufilant entre la horde de fumeurs pour arriver à sa moto. Comme le phœnix, la colère renaquit de ses cendres. Elle l'appela, mais il ne semblait pas l'entendre. Elle courut à l'intérieur, dans son bureau, afin de récupérer son sac à main.

Quand elle revint, elle pouvait apercevoir les phares du deux roues s'éloigner au bout de la rue. Elle se précipita jusqu'à sa voiture et s'empressa de le suivre. Plusieurs fois, elle crut l'avoir perdu de vue. Mais, une fois sur la bretelle menant à la voie rapide, elle sut qu'elle le tenait. Elle appuya franchement sur l'accélérateur et se retrouva propulsée contre le siège.

Il fallait qu'elle le rattrape, il fallait qu'elle lui parle. Mais il allait vite, trop vite. Elle s'inséra sur la double voie et accéléra tant qu'elle put. Le moteur rugit alors que l'aiguille du compte tour s'affolait. Avec appréhension, elle enfonça la pédale d'embrayage et passa la sixième. Quand elle avait acheté ce break de la marque aux trois anneaux, elle n'aurait jamais cru avoir à se servir de cette vitesse.

Et pourtant, ce soir-là, lancée à 180 km/h sur la route déserte, elle n'avait qu'un souhait : accélérer. Encore et toujours. Le volant commençait à vibrer entre ses mains alors que les balises orange lui apparaissaient de plus en plus floues. La vitesse la grisait, la colère la guidait.

Et elle les vit apparaître. Deux phares rouges brillant dans la nuit. Elle le tenait. Elle s'approcha un peu plus, le véhicule semblait être à l'arrêt. Elle distingua la masse. Une voiture... Pas la moto tant espérée. Elle se décala sur la gauche, s'apprêtant à la doubler. Arrivée à sa hauteur, elle tourna légèrement la tête pour apercevoir ses occupants. En une fraction de seconde, elle distingua un homme au volant, une femme côté passager. Et un siège auto, à l'arrière.

Un bébé. Une famille. Son inconscience. Elle sentit les larmes monter à ses yeux alors qu'elle écrasait la pédale de frein. La voiture dérapa quelque peu avant de s'immobiliser sur la bande d'arrêt d'urgence. Pourquoi avait-elle fait cela ? Pourquoi faisait-elle n'importe quoi, ces derniers temps ? Pourquoi cette horrible impression d'être dépossédée de sa propre vie ? De n'être qu'une spectatrice impuissante alors que le sort semblait vouloir s'acharner sur elle ?

Elle cogna d'un poing rageur sur le volant, brisant le silence de la nuit. Elle devait cesser de se mettre dans des situations improbables. Reprendre sa destinée en mains, redevenir la femme forte qu'elle avait été. Mais c'était si dur... Seule, sans lui. Mais elle devait le faire, ne serait-ce que pour Rachel. Elle enclava la première, et partit.

Elle eut un petit moment d'inquiétude quand elle remarqua une auto, autre que celle de la nounou, garée devant chez elle. Et, bizarrement, elle avait l'impression de la reconnaître. Elle se tortura l'esprit, essayant de trouver où elle avait pu la voir. Quand elle coupa le contact, ça lui revint. Wilson, bien sûr. C'était la nouvelle voiture de son chef de service. Parcourant les derniers mètres qui la séparaient de sa demeure, une question lui vint à l'esprit : Que faisait-il là ?

Avec appréhension, elle tourna la poignée et entra. La nourrice lui relata rapidement les événements de la soirée avant de quitter les lieux, les laissant seuls. Ils se regardèrent en chien de faïence pendant moment qui leur parut une éternité. Lisa, étrangement, se sentait intimidée par sa présence.

« À quoi vous jouez? » Finit par demander l'oncologue.

« Pardon ? » S'insurgea-t-elle, choquée par la question.

« Avec House, à quoi jouez-vous ? » Répéta-t-il, calmement.

« Je... Je ne joue à rien. Je... Je ne sais pas ce que vous voulez dire. » Bafouilla-t-elle. À quoi jouait-il, lui ? Se demandait-elle, surprise par ces méthodes qui lui ressemblaient si peu.

« Oh, à d'autres ! » S'exclama-t-il avant de se souvenir de l'enfant endormie. « Je sais très bien ce qu'il vient de se passer dans votre bureau... »

« C'est lui qui vous l'a dit ? » Elle aurait dû s'en douter. Voilà pourquoi il était parti plus vite que l'éclair. Pour mieux aller raconter ses exploits, se vanter... Il s'était bien fichu d'elle. Et elle, elle avait marché à fond.

« Non. Je vous ai vu danser puis vous éclipser. Je vous ai suivi jusque dans le couloir... »

Elle se sentit quelque peu soulagée. « Et vous en avez tiré des conclusions. »

« Ai-je tort ? » La défia-t-il.

« Non... » Répondit-elle en baissant les yeux.

« Alors je réitère ma question : À quoi jouez-vous ? Vous ne pensez pas que vous l'avez déjà assez fait souffrir ? » Il y avait dans ses propos une pointe de colère, d'amertume qu'elle ne lui connaissait pas.

« Je ne joue pas ! » Dit-elle d'une voix virulente.

« Ce n'est pas l'impression que vous me donnez. Vous venez avec Hocard, passez la soirée à son bras. Soit dit en passant je me demande bien ce que vous lui trouvez. Puis vous allumez House et partez comme une voleuse. »

Mais de qui se moquait-il ? Pour qui se prenait-il? « Non mais vous croyez que j'ai passé ma soirée avec cet idiot de mon plein gré ? Il m'a obligé ! Il n'y a qu'avec House que je voulais être. Ça a toujours été comme ça, et ça le sera toujours. Et je ne suis pas partie... C'est lui qui a quitté mon bureau. Quand je suis sortie de la salle de bain, il n'était plus là. » Des larmes de colère menaçaient de faire leur apparition.

« Oh... » Dit-il en comprenant son erreur. « Je vous conseille de bien réfléchir à ce que vous voulez avant de vous engager davantage. Il ne supporterait pas une nouvelle rupture. » Lui dit-il d'une voix plus douce avant de lui souhaiter bonne nuit.