Le jour de la rentrée - Chapitre 12


Alice me donne bien plus de mal, qu'est-ce qu'elle parle ! On accroche aussitôt et elle me dit avec certitude qu'on va devenir comme des sœurs. Soi disant, son sixième sens est ultra-développé et fiable à cent pour cent. J'hésite à lui parler ouvertement d'Edward les premiers jours. Puis je me lance lors d'un cours de français :

« Alors ton frère Edward est le seul célibataire ou il a quelqu'un en dehors du lycée ? »

« Non personne, il est très taciturne, solitaire. Il pense que ça lui convient mais il faudra bien qu'il se rende à l'évidence un jour. La vie ne vaut d'être vécue que si l'on aime. » me déclare Alice, ses yeux dorés pétillent.

Oui c'est sûr, elle a Jasper qui est fou d'elle, ça se voit qu'elle le mène par le bout du nez.

« Et c'est quoi son type de fille ? »

« Tout sauf les grandes blondes ! » elle rit puis me fait un clin d'œil.

« Ok… »

« Il est sexy hein ? »

« Ouais… Un peu trop mystérieux, non ? »

« Pourquoi tu dis ça ? Tu viens juste d'arriver à Forks. »

« J'ai déjà entendu quelques rumeurs… »

« N'écoute pas les ragots sur nous, tout est faux. »

La prof nous rappelle à l'ordre et j'abandonne. Au déjeuner, Alice s'excuse de ne pas rester avec moi et va déjeuner avec ses frères et sa sœur. Je les observe tandis que Jessica me ressert sa version de l'adoption des enfants Cullen. Edward paraît énervé et il chuchote à Alice, qui elle sourit. Elle lui a peut-être rapporté notre discussion.

Le lendemain, je réessaie de lui parler d'Edward mais cette fois-ci à la sortie des cours sur le parking. J'ai pris ce matin un vieux pull en prévision et je demande à Alice de me donner son avis. Elle adore parler et j'en profite pour lui redemander si Edward est célibataire. Il est dans mon champ de vision, je le fixe et dès que j'ai fini ma phrase, il se crispe.

« Non personne, il est très taciturne, solitaire. Il pense que ça lui convient mais il faudra bien qu'il se rende à l'évidence un jour. La vie ne vaut d'être vécue que si l'on aime. »

« Alice ! » l'interpelle Edward, qui se trouve soudainement à un mètre de nous.

« Ah ! Justement on parlait de toi ! » dit-elle nullement gênée.

« On t'attend pour rentrer. Viens. »

« Edward, voici Bella et Bella je te présente mon ronchon de frère… O mon dieu ! »

Elle se met devant moi dans une posture protectrice, je devine que je risque une fois de plus me faire tuer. Je grimpe à toute allure dans ma camionnette et démarre.

J'ai du mal à m'endormir ce soir-là, j'ai même zappé le cours de piano tant je suis mal. Pourquoi veut-il me tuer ?

Le lendemain, j'ai envie d'y aller franchement, confronter Edward et toute sa famille d'albinos. J'en ai marre ! Alice me parle encore beaucoup et au déjeuner, je m'incruste à la table des Cullen.

« Voici Bella Swan. C'est la fille du sheriff et elle est très sympa. » leur dit Alice.

Rosalie fulmine, Jasper a encore plus cet air torturé, Emmett me sourit et Edward fusille du regard sa sœur.

« Salut à tous. N'en voulez pas à Alice, je ne lui ai pas laissé le choix. » je dis en essayant de paraître cool.

« On a du mal à se mêler aux autres élèves. » m'explique Jasper.

« Ok, je comprends. Vous avez une sacrée réputation, c'est pour ça peut-être. J'aurais voulu que personne ne fasse attention à moi aujourd'hui. » je réplique.

« Quelqu'un t'a ennuyée ? » s'étonne Alice.

« Des regards, des murmures, c'est tout. Mais c'est déjà trop. Oh et il y a Mike Newton et ses copains qui ont voulu me faire visiter le lycée. »

« Faut dire que t'es jolie comme un cœur ! » me complimente Emmett qui récolte aussitôt une tape derrière la tête par Rosalie.

« Il n'y a que toi chérie, tu le sais. Regarde Bella, c'est vrai qu'elle est mignonne, hein Edward ? »

Ce dernier ne répond pas, tout se passe dans le regard, il aurait pu tuer son frère mais Emmett rigole.

« C'est sa première journée ici, montre un peu de compassion. » continue-t-il de dire à Rosalie.

« Bon courage. » me lâche la blonde du bout des lèvres.

Edward n'a toujours rien dit, il ne paraît pas aussi affamé que d'habitude quand je suis proche de lui.

« Je vais être franche avec vous parce que je veux aussi éviter les complications, surtout avec Edward. »

Quatre paires d'yeux se posent sur lui, tous inquiets. Lui me fixe, il se concentre.

« Je n'entends rien. » dit-il tout bas, provoquant des réactions très vives de la part de ses frères et sœurs.

Jasper me dévisage à son tour et j'ai soudainement très peur, j'ai la furieuse envie d'aller me cacher et de ne plus jamais revoir la lumière du jour. Il est flippant ! Heureusement pour moi, Rosalie m'engueule mais tout bas, ça me force à ne pas m'enfuir.

« C'est quoi ton problème ? Tu débarques et tu nous sors ton numéro de celle qui veut faire son intéressante ! Tu te crois importante parce que tous les crétins du lycée ont fantasmé sur ton physique banal ? On n'a pas besoin de toi, retourne d'où tu viens ! »

Puis elle se calme et se renfrogne.

« Désolée, répondis-je. Je sais que vous avez quelque chose à cacher, je veux juste vous dire que vous pouvez me faire confiance. »

Ils se lèvent en même temps et sortent rapidement de la cafétéria. Ils ne reviennent plus… mauvaise approche.

Je suis perturbée tant par leurs réactions que par mon changement brutal d'humeur quand Jasper m'a regardée. Et puis Edward a eu cette phrase énigmatique. Ses frères et ses sœurs semblent se reposer sur lui et là il a dit qu'il n'entendait rien. Il n'est pas sourd, ça c'est certain, alors que n'entend-il pas ?

Alors que je parviens enfin à jouer « Clair de Lune » de Debussy, sans me tromper une seule fois, je ne fais que revoir le visage d'Edward. Le verrai-je un jour seulement sourire avec sincérité et joie ?

« Bravo Bella ! Tu es sûre que tu es une débutante ? »

« Euh oui Mme Gluckmann. »

« C'était très bien, demain nous travaillerons sur le rythme. »

Durant le diner, mon père reste aussi silencieux que moi mais son flair de sheriff le titille.

« Ça c'est mal passé aujourd'hui ? »

« Oh non, ne t'inquiètes pas. »

« Tu as l'air contrariée. » insiste-t-il.

« J'ai mes règles. »

Meilleure façon d'avoir la paix, et ça marche.

Je fais les cent pas dans ma chambre, j'entends mon père aller se coucher vers vingt deux heures et ronfler quelques minutes après. Je tourne comme un lion cage puis je tombe de fatigue. C'est très soudain, bizarre, inquiétant, je n'y pense que quelques secondes, quand je pose ma tête sur l'oreiller, je m'endors déjà.

Je me réveille en sursaut, je souffre. Je vois Jasper, ses dents sont enfoncées à l'intérieur de mon poignet, Rosalie est là aussi et elle plaque sa main sur ma bouche. Je tente de me dégager, je ressens une brulure dans mon bras. Rosalie me désigne la pièce d'à côté et met un doigt sur sa bouche. Je ne veux plus crier, j'ai peur pour mon père, j'ai peur pour moi. Ils sont là pour me tuer, Jasper aspire mon sang, ses yeux deviennent rouges, ceux de Rosalie sont aussi noirs que l'onyx. Elle observe son frère me vider avec envie. J'espère vraiment que ce n'est pas la fin.


Voilà ce qu'il se passe quand on est trop curieuse...