Chapitre 11 : Un jeu addictif
Le trajet lui sembla interminable. Il fût uniquement ponctué par les incessantes et inutiles remarques de Tony Stark.
De ce fait, Pietro sortit de la voiture, complètement lessivé. Il avait la désagréable impression d'avoir été vidé de toute son énergie.
Il traversa, les épaules voutées, l'immense pelouse recouverte de neige. Il ne prit même pas la peine d'attendre Tony qui descendait à son tour du véhicule.
Il continua sa route, la capuche rabaissée, les yeux rivés au sol.
Il, jeta un coup d'œil morne aux gardes armées qui ne firent aucuns gestes pour l'arrêter lorsqu'il traversa les grandes portes du bâtiment rectangulaire. Ils l'avaient probablement reconnu.
Pietro s'immobilisa subitement au milieu du hall —vide à cette heure-ci de la journée— un léger sourire aux lèvres.
Il avait entendu et surtout reconnu son pas. Elle était proche. Wanda.
Il se retourna prestement et Pietro la vu aussitôt se diriger vers lui, à grande enjambée.
Sa respiration était erratique, les lacets de ses bottes défaits. Elle portait un manteau gris, enfilé à la hâte, au-dessus de son pyjama. Visiblement elle n'avait pas prévu de sortir de sa chambre aujourd'hui.
Elle courut presque les derniers mètres, avant de se figer à quelques centimètres de lui, les yeux écarquillés et les lèvres tremblotantes.
Pietro remarqua instantanément ses pupilles.
Elles étaient illuminées de rouge.
Wanda rejeta lentement la capuche de son frère avant de le dévisager d'un regard inquisiteur.
Elle lui sauta soudainement au cou.
- Tu m'as tellement manqué.
- Shh-je sais Wanda, je suis là maintenant, murmura-t-il d'une voix douce.
Pietro caressa paisiblement ses cheveux bruns emmêlés.
Il la vit acquiescer puis fermer les yeux, tout en prenant une grande inspiration. Wanda tentait de calmer tant bien que mal l'agitation qui l'avait gagné en un éclair.
Alors qu'elle mettait fin à l'étreinte, le rouge de ses iris laissa progressivement place aux doux vert habituels.
- Tu aurais dû me dire que tu venais, ça aurait été plus simple.
Pietro resta silencieux, la face rembrunit.
Comment la prévenir de quelque chose qu'il ignorait lui-même ? Jusqu'il y a quelques heures, il ne se doutait pas une seule seconde qu'il reverrait de sitôt sa sœur. Il n'avait pas eu le temps de recharger son téléphone, le rendant incapable de prévenir Wanda durant tout le trajet.
Wanda sourit tristement.
Elle savait.
Elle l'avait su dès le moment où ses yeux s'étaient posés sur lui. Il ne savait pas comment mais elle avait toujours été doué pour deviner ce genre de chose. C'était sa sœur —super pouvoir ou non— elle avait deviné sans aucun problème ce qui était arrivé.
- Je m'en doutais. Comment tu parlais de lui à chaque fois que tu l'appelais. Je sais Pietro. Je suis désolé.
- Je sais Wanda.
Était-elle désolé parce qu'il s'était fait rejeté ou parce qu'il avait fait l'erreur de tomber pour Clint. Le regard du frère et de la soeur s'accrochèrent quelques secondes.
Pietro y vit —à son plus grand désarroi— de la compassion. Il ne voulait pas de ça. De ces sentiments qui lui rappelaient trop durement ce qu'il s'était passé. Il ne souhaitait qu'une chose. Oublier.
Oublier les derniers mois, oublier tout ce qui avait attrait à Clint Barton.
Il détourna les yeux et s'éloigna de sa sœur avec un soupir. Elle attrapa subitement sa main et le tira à sa suite, le pas déterminé.
- Allez viens ! Il faut qu'on parle avec Stark.
Pietro la suivit sans un mot, un léger sourire aux lèvres, en réajustant, à la hâte, la sangle de son sac.
Il avait retrouvé Wanda.
Pietro jeta un rapide coup d'œil à sa montre, il allait bientôt faire nuit. Allongé sur le dos, les jambes croisées l'une sur l'autre, il jouait à un jeu stupide sur son téléphone.
Il avait déposé ses affaires dans son ancienne chambre avant de rejoindre celle de Wanda.
Et dire qu'à peine hier, il était à la ferme, en train de calmement dîner avec une partie des Avengers. Cela remontait à une éternité dans son esprit.
Stark avait demandé à ce qu'ils se rencontrent tous dans une demi-heure dans l'immense salle d'entrainement.
- C'est assez calme ici depuis quelques temps, expliqua Wanda, avec un soupir.
Face au miroir, elle brossait péniblement ses longs cheveux bruns.
Pietro détourna les yeux de son portable pour fixer sa sœur alors qu'elle ajoutait :
- Il ne reste que Vision et moi. Stark passe seulement en coup de vent, plusieurs fois dans le mois, pour s'assurer que tout se passe bien. Quelque fois, il est accompagné d'une jolie rousse. Natasha est partie en mission, quelques temps après ton départ. Rogers et Wilson sont de moins en moins là, ils passent la plupart de leurs temps en dehors de la base à faire je ne sais quoi. Il y a aussi, cet homme, James Rhodes qui est venu une seule fois. Et toi...toi tu étais chez Clint. En parlant de lui, comment va-t-il ?
Pietro se crispa.
- Bien, je suppose, répondit-il du bout des lèvres.
- Tu supposes ?
Wanda reposa sa brosse sur la coiffeuse dans un bruit sourd.
- Oui, ce matin, il allait mieux. Mais qui sait ce qui peut arriver.
Il croisa les yeux scrutateurs de sa sœur à travers le miroir.
- Et ça ne te fait rien ?
Il ne répondit pas tout de suite, préférant fermer les yeux.
Bien sûr que ça lui faisait quelque chose, bien sûr qu'il était toujours inquiet pour lui mais il ne voulait plus penser à cet homme. Il ne voulait plus entendre parler de lui.
On aurait déposé du sel sur une blessure ouverte, cela lui aurait fait la même sensation. Il se sentait blessé et tellement idiot.
Brusquement, Pietro ressentit une présence étrangère dans son esprit. Il ouvrit soudainement les yeux pour découvrir sa sœur qui n'avait pas bougé de sa place, le visage concentré, un mince filet rougeâtre s'échappant de ses doigts dansants.
- Wanda, arrête ! s'exclama-t-il, alarmé.
Il se redressa d'un bond.
Wanda ne cilla pas, même devant la soudaine panique de son frère. Elle ouvrit lentement les yeux et mit doucement fin à l'envoutement.
Son visage prit une expression chagrinée.
- Tu sais que ça rendrait les choses beaucoup plus faciles ? Je pourrais faire disparaître toute cette douleur en quelques gestes, assura-t-elle d'une voix douce.
Elle s'approcha de lui.
- Je sais.
Oh oui. Il le savait parfaitement. Ça serait un mensonge d'affirmer le contraire, l'idée lui avait effleuré l'esprit. Un claquement de doigt et toute cette peine…envolée.
Mais il ne voulait pas oublier de cette manière, si abruptement. Car c'était cette souffrance qui lui rappelait que tout ce qu'il avait vécu était réel, que si la chute avait été si haute, c'était parce qu'il avait eu toutes les raisons d'espérer.
- C'est-peut être égoïste. Mais, saches que je suis heureuse que tu sois là, Pietro. Je m'ennuyais sans toi, avoua Wanda en passant sa main maternellement dans les mèches argentées de son frère.
Pietro, acquiesça. Il profita des doigts qui caressaient ses cheveux avec douceur.
C'est vrai, il avait peut-être perdu quelque chose en quittant cette maison mais ici, il avait retrouvé son foyer, sa famille.
Pietro, détailla avec une grimace légèrement dégouté, l'homme face à lui. Enfin « homme », c'était vite dit, plutôt la chose ou la machine. Pourquoi sa peau était-elle si rouge et son crâne si vert ?
- Pietro Maximoff. Je suis heureux de te revoir.
Il inclina solennellement la tête. Pietro, bras croisés, répondit par un sourire crispé. Comment Wanda faisait-elle pour se tenir à ses côtés comme de si rien n'était ? Et puis déjà, qu'est-ce qu'il faisait là ?
Ils étaient tous les trois dans l'immense pièce vitrée qui leur servait de lieu d'entraînement. La nuit était tombée, obligeant les néons blafards a éclairer l'endroit, étrangement silencieux.
Il jeta un énième coup d'œil impatient à l'entrée. Stark était en retard.
Pietro détailla sa sœur qui baillait aux corneilles. Elle avait simplement enfilé un pull-over par-dessus sa robe froissée. Visiblement d'eux deux, il serait le seul à s'entraîner ce soir.
Il s'apprêtait à aller, lui-même, chercher Stark mais celui-ci apparu avant. Il se dirigea vers le groupe, la mine soucieuse, toute son attention focalisée sur son téléphone.
- C'est embêtant, j'aurais aimais que Cap soit là, mais il ne répond pas, informa-t-il d'un ton contrarié, en s'arrêtant face à eux.
Il dévisagea Pietro longuement en se grattant la joue, les sourcils froncés.
- Bon, on fera sans lui, c'est pas grave, ajouta-t-il finalement, en tapant des mains.
Il sortit une tablette électronique de sa poche arrière et pianota rapidement sur celle-ci.
Subitement, une barre métallique sortit du mur de droite, juste en dessous des immenses fenêtres.
- Ecoute-moi bien Maximoff. C'est simple, je veux que tu fasses le tour de la pièce en touchant cette barre et en accélérant à chaque fois que tu passes en dessous, expliqua Tony son regard vissé sur son écran.
- C'est tout ? questionna Pietro, déconcerté.
Tony leva des yeux surpris.
- Tu t'attendais à quoi ?
- Je ne sais pas…autre chose.
Tous ces mois d'entraînement et c'était ça son test final ? Courir autour d'une pièce.
Pietro aurait imaginé quelques choses de plus impressionnant : des machines, des scientifiques en tout genre. Pas ça.
Wanda lui adressa un sourire rassurant.
Sans autre choix, Pietro se résigna et trottina jusqu'au fond de la salle. Il se positionna tandis le stress l'envahissait sans qu'il ne puisse y faire quoique ce soit.
Il jeta un dernier regard à Stark, une jambe devant l'autre, puis à son signal, s'élança dans un éclair bleuté.
Pietro atteignit la barre en un instant, faisant le tour de la pièce en une fraction de seconde. Il accéléra ses foulées à chaque fois qu'il réussissait à toucher cette foutue barre.
Qu'est-ce que ça faisait du bien ! Cela faisait des mois qu'il n'avait pas connu, sous ses pieds, autre chose que le sol terreux. Ce n'est que maintenant qu'il réalisait que ça lui avait tant manqué de sentir ses pieds glisser, déraper à chacun de ses pas.
Bientôt alors qu'il accélérait de plus en plus le rythme, tout se figea, tel un tableau.
Quelle sensation étrange. D'ordinaire, tout ce qui se passait autour de lui se déroulait au ralenti mais là c'était différent.
Plus aucuns clignements d'yeux, plus aucunes mains qui se lèvent ou bouches qui remuent, plus aucuns sons, tout était aussi stoïque que la pierre.
Pietro sourit, il n'avait jamais été aussi rapide.
Alors il courut aussi vite que ses jambes lui permettaient, aussi longtemps aussi. Il avait perdu toute notion du temps.
Il fit fi de ses poumons en feu, seule la sensation de ses semelles frôlant à peine le sol, comptait.
Lorsqu'il toucha la barre grise dans un dernier effort, il était au bord de l'évanouissement.
Tout revint à lui en une fraction de seconde, le bruit, les voix, les pas, alors qu'il s'écroulait sur le sol, trempé de sueur, les joues rouges.
Wanda se précipita à ses côtés, l'aidant à se mettre en positions assise, une main dans le dos.
Il remarqua que les trois habitants de la pièce, le fixait avec des yeux ronds. Même Vision qui d'habitude si impassible semblait quelque peu stupéfait.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Il les regarda tour à tour, une expression inquiète sur le visage.
Pietro tenta de se relever avec peine, s'appuyant comme il pouvait sur sa sœur. Vision lui tendit rapidement une bouteille d'eau qu'il bu d'un trait.
- Tu…avais disparu, avoua finalement Tony, interdit.
Il fit quelques pas dans leur direction.
- « Disparu » ?
Wanda à ses côtés acquiesça en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille.
- Au début, on réussissait à te voir mais après...tu as commencé à disparaître. La seule trace de ta présence était l'appareil de Stark qui bipait de plus en plus rapidement.
- La barre marche en fait comme un chronomètre à chaque fois que tu la touches, elle envoie un signal à la tablette qui me permet de savoir, en microseconde, combien de temps il t'a fallu pour faire le tour de la salle, rajouta Tony.
Il leva à peine les yeux dans sa direction.
Il se mit à effectuer différents calculs à toute vitesse sur sa tablette. Wanda et son frère le fixaient avec appréhension, attendant le verdict.
Après quelques secondes, il leva lentement les yeux de son écran pour regarder Pietro, ébahi.
- J'y crois pas…tu as atteint la vitesse hypersonique.
- Ah. C'est beaucoup ? demanda Pietro d'une voix qui se voulait nonchalante.
Il jeta un discret regard interrogateur à sa sœur. Wanda haussa les épaules, aussi ignorante que lui. Tony lâcha un petit rire nerveux.
- « C'est beaucoup » ? C'est juste la vitesse d'un avion de ligne, trois fois rien en somme, ironisa-t-il.
Il paraissait survolté.
- Félicitation Pietro, congratula Vision en posant une main amicale sur son épaule.
Pietro impressionnée par ses propres capacités se mit à sourire bêtement. Il n'aurait jamais pensé pouvoir courir aussi rapidement un jour.
Une pensée le traversa soudain et lui serra étonnamment le coeur.
« Clint, je n'y serais jamais arrivé sans toi »
Noël arriva vite. Pour Pietro, il ne fut pas très différent des autres.
Il le passa avec Wanda dans la salle commune en compagnie de Vision et Rogers. Tous les autres Avengers étaient auprès de leurs proches. Seuls les solitaires étaient restés.
Autant dire que l'ambiance n'était pas des plus gaie. Ils s'étaient contenter de manger en silence, le repas festif commandé par Stark au préalable.
Au final, la moitié des plats avaient fini à la poubelle.
Wanda lui avait acheté des nouvelles chaussures de sport qu'un vendeur lui avait conseillé en ville. Il n'avait pas osé lui dire que c'était surtout pour leur prix faramineux. Pietro lui avait offert en retour un collier qu'il avait trouvé joli.
Il aurait bien acheté quelque chose pour Vision aussi...Mais qu'est-ce qu'on pouvait bien offrir à un humanoïde qui avait moins d'un an ?
À vrai dire, il avait dû mal à s'accommoder à la vie ici. C'était trop calme.
Au fil des derniers mois, il s'était habitué aux pleurs de bébé, aux rires des enfants et aux sons des films de Clint.
Mais Pietro n'avait rien dit, il ne voulait pas vexer Wanda même si il se doutait qu'elle n'était pas totalement aveugle face à son mal-être.
Les premiers jours, il avait pris la peine de s'entraîner avec les autres dans le grand hall mais ce sol qu'il avait tant aimé la première fois, lui paraissait maintenant trop lisse. Alors il s'éloignait pour courir dehors, autour de la base.
Tant pis si ses chaussures s'enfonçaient dans la neige, les rendant systématiquement trempées. Tant pis si il était plus lent. Il avait besoin d'être seul.
Il voulait juste courir en silence avec personne pour le déranger, pour lui faire des remarques et lui donner des conseils. Il en avait déjà eu assez avec Clint pour savoir quoi faire.
La nouvelle année ne tarda pas elle aussi. Le temps passait trop vite.
Ils avaient passé —Wanda et lui— le réveillon à New York dans l'ancienne tour des Avengers en compagnie d'une partie des autres Avengers et de plusieurs des amis extravagants de Stark.
Pietro n'avait pas attendu minuit pour rentrer seul. Malgré le caractère réservé de sa sœur, il avait bien senti qu'elle était heureuse au milieu de tous ces gens. Alors il l'avait laissé et s'était éclipsé discrètement, quittant la ville et ses buildings pour rejoindre tranquillement sa chambre.
Pietro ne prit même pas la peine d'allumer la lumière, se contentant de s'allonger sur son lit, son téléphone à la main. Il essayait de débloquer le prochain niveau de ce jeu toujours aussi stupide mais terriblement addictif.
Il soupira une dizaine de minute plus tard et balança son téléphone au sol avant de se tourner sur le cotés.
Pietro jeta un coup d'œil au gant en cuir, posé sur son chevet, son seul souvenir matériel de lui.
Il n'y arrivait pas.
Il aurait pensé que ça aurait été simple mais il n'arrivait pas à se sortir Clint Barton de la tête.
A chacun de ses pas, à chaque seconde, il pensait à lui, c'était pire qu'avant. Ce n'était pas bien, il le savait mais c'était plus fort que lui, cet homme hantait chacun de ses gestes.
Est-ce qu'il pensait toujours à lui ? Est-ce qu'il regrettait ? Qu'est-ce qu'il faisait en ce moment même ? Sûrement en train de célébrer le nouvel an avec sa famille et ses horribles amis.
Il devait arrêter, il le savait, il était en train de s'éloigner de Wanda, il n'arrivait même plus à lui parler honnêtement de ce qu'il ressentait par peur qu'elle le juge. Il savait que ça la faisait souffrir.
Il étouffa un juron furieux dans son oreiller. Il détestait ce que Barton avait fait de lui.
Pietro ferma les paupières. Il cherchait désespérément à dormir.
Son téléphone vibra brièvement. Pietro se tourna et tendit le bras pour attraper difficilement son portable, à peine surpris. Il devait être minuit et Wanda avait dû se rendre compte de son absence.
Pietro papillonna des yeux. Il fixa l'écran de son téléphone avec insistance, juste pour être sûr qu'il ne rêvait pas.
Clint Barton : Bonne année, petit.
Il était minuit pile.
Pietro se redressa, à la hâte, en position assise. Son coeur s'emballa subitement, tout sommeil l'avait quitté. Des dizaines de questions se bousculaient dans son esprit.
Il fut soudainement envahit d'une grande colère. Clint Barton n'avait rien d'autre à faire que de lui envoyer ça ? Pourquoi ne restait-il pas sagement avec sa famille au lieu de le tourmenter de la sorte ?
Pietro se mordit la lèvre. Est-ce qu'il devait répondre ?
Finalement, il décida de faire ce qui semblait être le plus juste. Il déposa calmement l'appareil mobile sur son chevet, l'écran retourné.
Non. Il était plus fort que ça, il n'allait pas refaire la même erreur.
Il avait déjà appris la leçon la première fois. Clint ne lui apporterait rien de bon, seule la souffrance et la désolation l'attendait sur son chemin.
Pietro ne ferma pas l'œil de la nuit.
Il s'était passé trois jours depuis le réveillon.
Pietro avait eu l'occasion de s'excuser auprès de Wanda pour être parti si soudainement. Il mentit et prétexta un mal de tête fracassant.
Il ne voulait pas l'admettre mais il restait vissé à son téléphone dès qu'il le pouvait.
Les autres commençaient à le regarder étrangement. Il devait se demander ce qui clochait chez lui et franchement Pietro s'en fichait.
Clint ne lui avait rien envoyé depuis ce laconique message.
Malgré sa résolution nocturne, des doutes avaient commencé à envahir Pietro. Il n'y avait rien d'ambigu à ce qu'il réponde à ce message. C'était simplement une histoire de politesse. Mais n'était-il pas trop tard ?
Ce jour-ci, après son entraînement matinal, Pietro décida de s'asseoir tranquillement sur le muret au milieu de la neige.
Il lisait, une dernière fois, le court message de Clint, l'écran presque collé à son visage.
Il aurait dû en parler à Wanda, elle lui aurait dit quoi faire.
Oh et puis merde. Ce n'était pas une déclaration d'amour juste un message qu'il aurait pu envoyer à n'importe qui de son répertoire.
Il appuya sur le bouton décisif, presque les yeux fermés, et envoya ainsi la courte réponse qu'il avait pris soin d'écrire la veille, résultat d'une longue réflexion.
« Bonne année à toi aussi. »
Court, impersonnel mais qui reste poli. Le mix parfait pour la situation.
Pietro poussa un long soupir. Qu'est-ce qu'il se sentait bête à envoyer ça, trois jour après le début de la nouvelle année.
Il tapota nerveusement des doigts en attendant une réponse qui ne viendrait peut-être jamais. Son regard se perdit au loin. Il fixa, absent, quelques recrues faire un nouveau tour de piste. Et dire qu'i peine quelques années, il était exactement comme eux, un parfait soldat.
Brutalement il fut ramené sur terre par une sonnerie bruyante. Pietro se figea d'horreur. Il faillit presque jeter à terre son portable sous l'effet de la surprise.
Clint était en train de l'appeler ! Pourquoi il l'appelait ? Qu'est-ce qu'il devait faire ? Est-ce qu'il devait répondre ?
Il saurait instantanément qu'il l'avait ignoré s'il ne le faisait pas.
Pietro appuya avec appréhension sur le bouton décrocher.
- Allo ?
Il tenta de cacher tant que bien que mal, les tremblements dans sa voix.
- Hey. Comment tu vas ?
Pietro ferma les yeux un instant. Qui aurait cru qu'entendre cette voix l'aurait tant manqué ? Il toussota pour donner un peu plus de prestance à sa voix et répondit d'une voix qu'il espérait assez maitrisée :
- Bien.
- Cool.
Il y eut un blanc. Pietro se mordit la lèvre.
- Et toi, tu ne me demandes pas comment je vais ?
Pietro leva les yeux au ciel et questionna d'une voix traînante :
- Comment vas le grand Clint Barton ?
- Je m'ennuie un peu. Je suis toujours alité et la maison est vide.
- Et c'est pour ça que tu m'appelles ? Parce que tu t'ennuies ?
Clint n'avait qu'à faire monter sa télé et à regarder un film s'il se faisait autant chier. Pietro eut la soudaine envie de raccrocher, de l'envoyer bouler comme il l'avait fait. Il regretta ses pensées. Ce n'était pas de sa faute, après tout si Clint ne ressentait pas la même chose que lui, si il était raisonnable contrarement à lui.
- Non ! s'empressa de répondre Clint. Je voulais juste…Tu as laissé plusieurs vêtements à toi à la maison et—et je t'ai envoyé un message il y a trois jour. Je m'inquiétais, tu as pris du temps à répondre.
- Oui. Je...
Vite ! Un mensonge. Qu'est-ce qu'il pouvait bien sortir ? Pourquoi Pietro n'avait pas pensé à ça plus tôt ? La voix de Clint à l'autre bout du fil, l'interrompit soudain dans sa panique :
- Bref. Qu'est-ce que tu as à raconter ?
Il avait sûrement compris la raison de son malaise, que Pietro l'avait ignoré de manière volontaire. Clint l'avait mérité et il le savait très bien.
Très bonne question. "Qu'est-ce qu'il avait à raconter ?"
"Si tu savais vieil homme", pensa amèrement Pietro.
Que depuis son départ de la ferme, il n'arrivait pas à fonctionner normalement, qu'il n'arrêtait pas de penser à lui.
La situation lui semblait si irréelle. À quoi jouait Clint ?
L'homme le rejetait pour ensuite l'appeler comme si de rien n'était, comme si il ne l'avait pas repoussé, comme s'ils n'étaient que de simples connaissances et qu'il n'avait pas broyé son coeur en milles morceaux.
Pietro prit du temps à répondre, réfléchissant à ce qu'il pouvait dire. Finalement il se décida alors que Clint attendait patiemment à l'autre bout du fil.
Il lui raconta n'importe quoi, tout ce qu'il lui passait par la tête. Il lui parla de son test, de sa sœur, du noël affreux qu'ils avaient passé. Mais il tût la solitude et l'absence qui se faisait chaque jour plus pesante.
Une illusion éphémère. Juste comme avant —comme en plein entrainement— son seul point de focalisation restait la voix de l'autre.
Et c'est ainsi que Pietro fut —à son plus regret— heureux comme il ne l'avait plus était depuis des semaines. Il fut heureux d'entendre à son tour tout ce qu'il avait raté depuis son absence chez les Barton, comme si il n'était jamais parti.
Il fut heureux d'entendre la voix de Clint lui raconter des choses dont il s'en fichait pour la moitié. Les minutes défilèrent à une vitesse folle sans qu'aucun des deux ne s'en rendent compte un seul instant.
Au final, Pietro raccrocha le premier, ne laissant même pas Clint le temps de dire au revoir.
Le doux sourire, accroché à ses lèvres, se fana lentement.
Il était en train de faire une grande erreur, il le savait. Il était en train d'abattre les murailles qu'il avait si difficilement forgé. Tout allait partir en vrille.
Peut-être était-ce là l'unique chose qui restera de ce qui avait, un jour, existé entre eux deux... de simples conversations téléphoniques.
Ça aurait dû déranger Pietro et le frustrer aussi mais c'était ça le problème avec Clint, il lui avait douloureusement appris à se contenter de ce qu'il pouvait bien lui offrir.
En sautant du muret, Pietro sentit un regard peser sur lui. Il tourna discrètement la tête et croisa des yeux bruns qui le fixaient avec insistance.
Ce n'était pas la première fois qu'il croisait la personne auxquels ce regard appartenait. C'était l'une des recrues. Une jeune femme avec des cheveux blond cendrés, cachés par une lourde casquette. La fille était à l'écart du groupe, en train de refaire ses lacets.
Se sachant percée à jour, elle se leva et reprit sa route à toute vitesse, le rouge aux joues.
Pietro, légèrement surpris, la suivit du regard, une expression flattée sur le visage. Eh bien, il avait du succès, même ici.
Salut tout le monde ! Merci beaucoup pour vos nombreuse review et encore désolé pour ma blague au dernier chapitre qui s'est révélé un peu foireuse au final.
J'en profite pour répondre à DianeMoon, c'était vraiment intéressant de lire ton point de vue et ton analyse est assez fine puisque tu as réussi à trouver le vrai cœur du problème dans cette histoire. La question est de savoir si Clint choisira la raison ou alors la passion. Merci pour tes compliments et à bientôt !
Le Poussin Fou, je te remercie aussi ! C'est vrai que malgré que ce soit de sa propre initiative et en partie de sa faute, le départ de Pietro, ne réjouit pas Clint des masses. Hahaha aucun problème ! Viens quand tu veux pour lui faire des câlins.
Je m'excuse Niom Lamboise, je t'avais promis que j'allais essayer de publier ce chapitre plus tôt mais peine perdu.
Sinon je voulais vous annoncer qu'à partir de la semaine prochaine, j'aurais une bêta puisque MarianWeiss-Luna s'est très gentiment proposée et ça tombe à pic puisque je pensais de plus en plus à prendre une.
