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CHAPITRE XII
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Quelques milliers de kilomètres plus haut, une autre menace s'apprêtait à fondre sur le Queen Eméraldas.
Hortica, qui se rongeait d'angoisse sur son siège de commandement, depuis les derniers rapports sur les combats en cours, éprouva un profond soulagement en voyant un message, provenant du syviPhone de Hérossa, clignoter sur son écran.
Elle prit immédiatement la communication, et l'image de sa subordonnée s'afficha sur l'écran, sur fond de bâtiments en flammes.
Hortica vit avec satisfaction, que son "Incassable" amie, s'était une nouvelle fois sortie d'un coup dur, sans une égratignure.
L'amiral reprit rapidement une attitude neutre, pour écouter le compte-rendu, de la chef des escadrons de chasse embarqués.
Cette dernière fit un rapport très complet sur les combats de ses escadrons, au-dessus de la capitale et de son astroport, en exposant aussi bien ses succès, que ses échecs.
Quand elle eut fini, sa supérieure hiérarchique lui répondit:
- Hérossa ! Tes échecs face au vaisseau d'Eméraldas, ne sont pas très glorieux ! Heureusement que, dans cette attaque, tu n'y as essentiellement "consommé" que les végiens et les esclaves Illumidas. Mais pour le reste, je suis satisfaite de la façon dont tu as mené les opérations, car les résultats de tes escadrons sur la capitale, sont dignes d'éloge ! Tous les rapports confirment qu'ils ont apporté un soutien très efficace à nos guerrières. Le Queen Eméraldas, je vais personnellement m'en charger avec le Murem ! J'aurais préféré capturer la princesse d'Euphor vivante, mais maintenant, nous n'avons plus d'autre choix, que celui de l'anéantir avec le vaisseau qui la transporte !
La communication une fois achevée, Hérossa rangea son appareil avec un petit sourire.
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Sur le Queen Eméraldas, une course contre la montre, était entamée.
Eméraldas avait très vite compris que la seule véritable chance de salut, résidait dans le largage immédiat de ces conteneurs, avec leur dangereuse cargaison.
Pendant que l'ordinateur principal, suspendait l'ascension du vaisseau et entamait le processus de dépressurisation des soutes principales; notre amie s'occupait d'assurer à ses passager un maximum de chances de survie, en envoyant les robots du bord les rameuter, pour les diriger vers les capsules de sauvetage.
Dans la soute, au deuxième niveau, les opérations de transfert, en direction de l'ascenseur arrière, n'avaient pu commencer qu'avec cinq des n'était déjà plus possible de déplacer, avec les Galets de manutention motorisés, celui qui était en flammes, ainsi que son voisin. La chaleur de l'incendie, avait détérioré le mécanisme des roulettes du plancher, sur l'emplacement qu'ils occupaient.
Heureusement, Eméraldas trouva imédiatement une solution de rechange, en envoyant vers la partie sinistrée de la soute, l'un des grands portique de manutention .
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Du cotés des capsules de sauvetage, l'embarquement des euphoriens était presque achevé.
Après que le médecin du détachement ait confirmé que Phénicia était tout à fait transportable, cette dernière fut également installée dans l'une des capsules de sauvetage, en compagnie du colonel Dillinger et du praticien. Ce dernier, pour passer le temps, se lança dans un monologue sur l'état de santé de la princesse, où il louait le travail "fantastique" du robot médical, avec des remarques dithyrambiques ("Une mère lui confierait son unique enfant !") qui avait le don d'agacer passablement son supérieur.
Pendant ce temps, les premiers conteneurs (qui commençaient eux aussi à fumer) avaient atteint le niveau inférieur, où ils avaient été prépositionnés (toujours au moyen des Galets) devant la rampe de chargement/déchargement.
Alors qu'Eméraldas déclenchait l'ouverture de la rampe, le cerveau du Queen Eméraldas, se mit soudain à l'interpeller sur un ton beaucoup moins neutre:
- Capitaine ! Je vous suggérerai de gagner immédiatement une capsule de sauvetage, car la situation est devenue particulièrement critique avec les deux conteneurs qui se trouvent encore au deuxième niveau ! J'ai réussi à les déplacer, un à un avec le portique, dans une zone où les Galets de manutention, sont encore en état de marche, mais je n'ai pas pu empêcher le feu de se communiquer du premier conteneur au second ! Or, l'incendie de ce dernier aggrave considérablement le risque d'explosion capitaine! Car contrairement à l'autre, qui est éventré, les gaz dégagés par la combustion de son nitrate d'ammonium, ne peuvent pas en sortir librement !
Eméraldas, tout en faisant glisser (à l'aide d'une commande à distance) un à un, les cinq premiers conteneurs, le long de la rampe ouverte, répondit à l'"Âme" de son astronef :
- Queen Eméraldas ! Je suis ton capitaine et en tant que tel, je n'abandonnerai pas mon vaisseau dans le péril !
Reportant son attention sur l'action en cours, elle coupa l'écran de protection, quand elle vit à l'écran, le premier conteneur basculer dans le vide !
L'ordinateur insista:
- Capitaine! vos principes vous honorent, mais il n'y aurait aucune lâcheté à vous mettre à l'abri, car je suis tout fait capable de finir le travail seul !
Alors qu'à l'écran, l'image de la rampe était remplacée par une vue de l'ascenseur, en mouvement, avec les deux derniers conteneurs en flammes, Eméraldas répliqua:
- Queen Eméraldas ! J'ai perdu ma mère, mon père, ma famille et mon peuple, quand Hardgear les a mécanisés, ou tués! De mon passé, il ne me reste que Maetel ! J'ai même perdu le seul homme que j'ai aimé ! De ce fait, tu es maintenant ma seule patrie et mon sort est lié au tien !
L'"Âme" n'insista pas, et d'ailleurs elle n'en aurait pas eu le temp, car dans la minute qui suivit, les Sylvidres se rappelèrent à leur bon souvenir.
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Grâce à son fuselage mieux profilé, le Queen Eméraldas avait réussi à creuser légèrement l'écart (pendant sa montée dans l'atmosphère) avec les croiseurs et les destroyers qui le poursuivaient, mais il n'en était pas de même pour les navettes végiennes et les chasseurs sylvidres (qui avaient été entretemps rejoint par ceux que hérossa avait détourné sur la ville) toujours positionnés au-dessus de son empennage, prêts à saisir une occasion.
Et c'est ce que fit l'une des pilotes sylvidres, quand elle distingua furtivement, sous la lumière du soleil levant, l'un des conteneurs dans le sillage de l'énorme vaisseau.
Elle compris en un éclair, de quoi il retournait, et plongea immédiatement sous la queue du Queen Eméraldas, dans le but de se lancer dans une attaque "kamikaze" contre l'intérieur de la soute du vaisseau, à travers la rampe ouverte.
La sylvidre réussit à glisser son chasseur sous le fuselage, jusqu'au niveau de la rampe, avant de s'y engouffrer. Malheureusement pour elle, elle se retrouva face à l'ascenseur en mouvement, qui lui barrait le passage.
Sans quelle ait le temps d'esquisser le moindre geste, son chasseur s'encastra sous la plate-forme de ce dernier, où il s'immobilisa avec l'avant du fuselage à demi sorti.
Sous la violence du choc, le conteneur qui était éventré, glissa sur la plate-forme et tomba à cheval sur l'avant du chasseur sylvidre, tout en y répandant des résidus enflammés.
Les extincteurs automatiques, se déclenchèrent immédiatement et parvinrent (à défaut d'arriver à éteindre le brasier des conteneurs) à étouffer les flammes des résidus, et ainsi à éviter que l'incendie ne se propage à l'épave.
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Au-dehors, les autres sylvidres s'étaient également lancées à l'attaque du vaisseau pirate, à la suite de leur soeur d'arme, mais il était déjà trop tard. Leur rayons se brisèrent contre l'écran de protection, qui avait été réactivé, à peine une poignée de seconde après que la première attaquante aie réussi à s'y être faufiler à temps.
Eméraldas non plus, ne perdit pas de temps.
La plate-forme de l'ascenseur étant bloquée à plusieurs mètres au-dessus du plancher, elle mit en branle le portique du premier niveau, et saisit avec la pince de ce dernier, le conteneur le plus menaçant. Puis faisant glisser le portique à sa vitesse maximum, elle amena directement le conteneur au-dessus de la rampe (toujours ouverte) pour l'y déposer.
Mais quand elle le vit soudainement cracher des gaz orangés, par tous les interstices, avec la violence du souffle de vapeur d'une cocotte minute, elle le lâcha sans attendre.
Le conteneur fumant s'écrasa lourdement sur l'extrémité de la rampe, avant de basculer dans le vide.
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Il se fit immédiatement repèrer par les navettes et les chasseurs, qui n'attendaient que cela, et qui pour cette raison, s'étaient mis à l'affût, en-dessous et en arrière de l'empennage, les yeux rivés sur la rampe ouverte.
Dés qu'ils virent le conteneur virevolter, les pilotes Sylvidres et Végiens mirent les gaz à fond, pour profiter, eux aussi, d'un coupure de l'écran de protection.
Mais mal leur en prit, car Eméraldas leur fit un tour de pirate, en ne désactivant "que dalle".
Dans les secondes qui suivirent, la coque du Queen Eméraldas fut illuminée par les explosions, presque simultanées, de la moitié des chasseurs sylvidre et de l'avant-dernière navette végienne restante, ainsi que des 30 tonnes de nitrate d'ammonium du conteneur, contre la muraille externe et interne de l'écran de protection.
L'onde de choc et le souffle de cette dernière, prise en sandwich, secoua rudement la poupe du vaisseau pirate, et manqua de peu, de catatulter la navette des Euphoriens contre la "Nacelle-Galion".
Du coté des forces syvidro/végiennes, cette tentative malheureuse, se soldait par un désastre complet, car même les vaisseaux survivants, avaient subi de graves dommages, à cause du souffle des explosions et des débris.
Sur les dix-neuf restant, huit durent être évacués en vol par leurs pilotes et les onze autres (parmi lesquels se trouvait la dernière navette végienne) furent contraints à un atterrissage d'urgence.
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Toutefois le Queen Eméraldas paya cette victoire au prix fort, car le choc fut celui de trop pour l'écran protection, qui rendit l'âme.
La dérive inférieure de l'empennage fut également sérieusement endommagée par l'explosion du conteneur, et se retrouvait avec des zones où le revêtement avait été littéralement arraché.
Le blindage inférieur du cône de queue avait, par contre, plutôt bien résisté. Il était, certes, légèrement enfoncé par endroits, mais toujours solidement en place.
Dans la soute arrière, du premier niveau, l'incendie du dernier conteneur d'ammonitrate, encore à bord, était en bonne voie d'extinction.
L'essentiel de son contenu étant parti fumée, la pression et la température des gaz de combustion avaient commencé à baisser, ce qui avait permis à la mousse congélatrice des extincteurs, de gagner en efficacité.
Moins d'un quart d'heure plus tard, il était enfin maîtrisé, ce qui arracha un pauvre sourire à Eméradas, qui commençait à ressentir sérieusement les effets de ses deux nuits blanches consécutives.
Malheureusement le repos allait devoir encore attendre, car elle ne se berçait pas d'illusions : ils n'étaient pas encore tirés d'affaire, et la situation de la navette des euphoriens était encore plus critique que celle du gros vaisseau maintenant que l'écran de protection qui lui servait de "parapluie", n'était plus qu'un souvenir. Il était urgent de la mettre à l'abri en soute, avant de reprendre le chemin de l'espace.
Mais quand elle contacta le pilote de la navette, celui-ci lui avoua, qu'il n'avait jamais fait de manoeuvre d'appontage sur un vaisseau spatial.
Sans se démonter, notre amie lui répondit que cela n'aurait aucune importance, car elle le guiderait directement de la soute.
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- ...! Elle ne doute vraiment de rien!... pensa à voix haute le pilote de la navette.
- ... et elle a bien raison! lui répondit Aphélia, en souriant. Faites-lui confiance sergent!... Cette capitaine a les épaules solides, et sait ce qu'elle fait!
Le pilote acquiesça, et écarta légèrement la navette du Queen Eméraldas, et se laissa dépasser par l'imposante coque rouge et bleu, qui se mit à défiler lentement au-dessus de leurs têtes.
Après le passage de la grosse dérive inférieure, le sergent remit les gaz et s'immobilisa juste en-dessous de son sillage.
- La voila! dit Aphélia en désignant du doigt la silhouette, en scaphandre rouge(1), qui venait d'apparaître au sommet de la rampe.
Après s'être accrochée au câble d'un treuil (installé dans l'épaisseur de la rampe) Eméraldas se mit à descendre la pente, jusqu'à mi-parcours.
Le spectacle qu'offrait le panorama extérieur était littéralement féerique, avec en contrebas une mer de nuages lumineux, délimitée du ciel noir d'encre par le halo bleuté de la courbure de la planète.
Mais notre amie n'y jeta même pas un regard, toute occupée qu'elle était à chercher dans le sillage du vaisseau, la petite navette des euphoriens.
Une fois cette dernière repérer, elle se saisit de deux bâtons lumineux qu'elle portait à la ceinture, les activa et commença à en guider le pilote, par la voix et le geste.
Ce dernier, après quelques approches infructueuses, réussit à poser son astronef, sur la surface entre la rampe, et la cage d'ascenseur.
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Une fois la rampe fermée et la pression de l'air rétablie, Eméraldas se diriga vers le chasseur sylvidre, et se mit à dégager, à coups de gravity saber, la glace qui recouvrait la verrière du poste de pilotage.
Derrière la vitre fissurée, la pilote gisait complètement inanimée.
La femme pirate, acheva de démolir ce qu'il restait de la verrière, déboucla le harnais du siège, attrapa la sylvidre par les bras et la tira hors du cockpit.
Mais quand la tête de la pilote, se retrouva sous la lumière de l'éclairage du hangar, Eméraldas eut un haut le coeur!
Elle lui retira sans ménagement son casque, découvrant le visage d'une sylvidre, dont la beauté était légèrement altérée par la demi-douzaine de boutons, qui constellaient ses joues:
"Avanère !
Sans prononcer un seul mot, la femme pirate la gifla violemment, l'envoyant ainsi valdinguer jusqu'au sol du hangar, sous les yeux médusés des euphoriens de la navette (qui venaient tout juste d'en sortir).
Les yeux brillants, notre amie dégaina son gravity-saber et le pointa en direction de la sylvidre, toujours inanimée.
Mais au moment ou elle s'apprêtait à appuyer sur la détente, Sark se précipita, et interposa son corps, entre l'arme et la silhouette au sol, en criant:
- Non, Capitaine Eméraldas ! Elle est sans défense. Vous ne pouvez pas faire une chose pareille !
Après une longue minute, lourde de tension, la femme pirate rengaina son arme.
- Vous avez raison !.. et elle ajouta, tout en retirant le casque de son scaphandre:
... Et puis il y a eu assez d'incendie comme ça, dans les soutes de ce vaisseau... Mais elle ne perd rien pour attendre !
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Elle se laissa tomber sur le sol, puis se tourna vers l'un de ses robots.
- Ramasse cette "plante vénéneuse", et enferme-la dans l'une des chambres froides inutilisées de la cambuse, dont tu régleras le thermostat sur - 10° !
Alors que le robot prenait Avanère dans ses bras (après l'avoir désarmé), Sark qui en était resté sur le moment, sans voix (tout comme ses camarades), se ressaisit:
- Capitaine ! Comment pouvez vous donnez un ordre aussi ignoble !
Eméralda se retourna vers l'euphorien et lui répliqua froidement:
- Je me moque éperdument de ce que vous pouvez en penser ! Je suis la seule maître à bord et je n'ai pas de compte à vous rendre !
Elle se radoucit quelque peu, et poursuivit:
- Rassurez-vous caporal ! ce n'est pas par sadisme que j'agis ainsi, mais bien dans l'intérêt de notre sécurité à tous. Ces femmes, malgré les apparences, ne sont pas des créatures de chair et de sang comme nous. . . mais des humanoïdes végétales ! Au cours des combats sur la base, vous avez certainement eu l'occasion de les voir se consumer comme du papier ? Et bien sachez qu'elles sont également capables de s'autodétruire et que la seule façon de les en empêcher, est de les maintenir en léthargie par le froid !
(1) Identique celui qu'elle portait, lors de sa rencontre avec les loups, dans Maetel Légend, ep.2.
