TITRE: CAPITAINES

FANDOM: Gundam Wing

COUPLE: 1x2 et diverses romances secondaires.

LABEL: PG-13 pour le chapitre NC-17 pour la fic.

GENRE: AU, Aventures, Historique, Romance

ATTENTION: yaoi, crossdressing

DISCLAIMER: Gundam Wing et ses personnages ne m'appartiennent pas mais cette histoire est à moi.

RESUME: Les Caraïbes au temps des Boucaniers. Duo Maxwell est un célèbre Capitaine Pirate lassé des conquêtes faciles. Sa vie va devenir bien plus intéressante quand il rencontre le sombre Capitaine Lowe dans des circonstances pour le moins inhabituelles.

Chapitre 12 : Le Corsaire Régal.

La progression du galion avait été lente. L'attente avait été insupportable pour Heero et ses soldats, mais le Tallgeese était enfin là. Suffisamment proche que sur les deux ponts des marins jetaient des cordages par-dessus le bastingage pour amarrer les navires ensemble. A cette distance, le galion dominait le Wing, leur différence de taille ridicule. La frégate militaire avait presque l'air embarrassée et beaucoup trop fragile. Cette image était inquiétante et Heero ne pouvait s'empêcher de se sentir comme le fermier imprudent qui avait laissé le renard dans le poulailler. Et oui la comparaison était facile car si Heero n'avait rien d'un fermier, il n'aurait pas été surpris d'apprendre que Kushrenada avait du sang de renard. Cela aurait expliqué la ruse, le rictus avide et même les brillantes mèches auburn d'une manière étrange.

Il ne s'agissait pas d'une attaque ou du moins n'en avait pas l'air, sauf peut-être une attaque manquée… ou bien une attaque très intelligente. Il n'y avait pas d'hommes glissant le long des cordages pour envahir le pont du Wing. Une passerelle plus dignifiée fut installée à la place. Et elle était on ne peut plus dignifiée, au point d'en être ridicule même. Ce n'était pas une vulgaire planche mais un véritable escalier de bois muni d'une rampe. Venant de qui que ce soit d'autre, garder un tel objet à bord d'un bateau, d'un bateau corsaire qui plus est, aurait semblé plutôt stupide. Pourtant, Heero ne s'était pas attendu à moins. Il aurait parié sa main droite que les marche de cet escalier avaient été taillées de chêne massif. Il n'aurait pas non plus été surpris si les laquais de Kushrenada avaient déroulé un tapis rouge le long des marches. A tel point qu'il fut presque déçu lorsqu'ils s'abstinrent.

L'arrogance de l'homme était sans limites. Il se comportait comme s'il voulait vous écraser de sa régale présence, vous faire sentir combien vous étiez insignifiant devant sa magnificence. La plupart des gens l'auraient sous-estimé à cause de cela, l'aurait relégué au rang d'autres futiles aristocrates pourvus d'egos démesurés. Le Capitaine Lowe ne faisait pas ce genre d'erreur. Il reconnaissait tout le mélodrame pour ce qu'il était : une mise en scène élaborée. Oui, Kushrenada était raffiné, certains dirait même excessivement, mais une part importante de ses maniérismes était calculée. Nombres d'hommes infortunés avaient manqué l'étincelle cruelle brillant dans ses yeux bleus parce qu'ils étaient trop occupés à moquer le rictus hautain qui décorait en permanence ses traits ciselés. Bien souvent c'est ce qui avait été la cause de leur ruine.

Les soldats s'étaient détendus devant tant de pompe, Heero ne savait pas s'il aurait du s'en inquiéter mais comme il n'y avait pas grand-chose qu'il puisse y faire, il laissa courir. 'Alea jacta est' et tout ça. Quand Kushrenada fit sa grande entrée au sommet des escaliers, il marqua une pause soigneusement étudiée, peut-être afin que chacun puisse se repaître de sa splendeur. Il était vêtu superbement comme prévu d'un riche manteau bleu assorti à ses yeux. Il y avait un excès de broderies au col et les minuscules boutons qui brillaient sous le soleil étaient sans le moindre doute d'or véritable. Heero était un colon de troisième génération et n'avait jamais mis les pieds dans les cours d'Europe, pourtant il devinait qu'il y avait un royaume quelque part où les vêtements de Kushrenada avaient une grande signification. Il pouvait s'agir d'un uniforme de parade que les courtisans portaient en audience royale et le Capitaine se demanda si le corsaire avait gagné le droit de le porter ou s'il se moquait simplement de ses origines. Il y avait une rose rouge à sa boutonnière ; d'aussi loin il était difficile de déterminer si elle était vraie ou faite de tissu. Heero aurait parié qu'elle était vraie juste en partant du principe que le challenge de s'occuper de rosiers sur un navire entouré d'eau salée aurait plu à Kushrenada. Cet homme était vraiment autre chose.

Le Capitaine Lowe alla se placer sur le pont principal, à quelques pas des escaliers. Noin et Trowa vinrent s'installer à ses côtés comme s'ils avaient répété au préalable. Peut-être pensaient-ils qu'il avait besoin de leur soutien. La présence de son Premier Lieutenant tombait sous le sens, cela faisait partie intégrante de tous ces mystérieux et stupides protocoles que Heero méprisait tant. Il n'était pas sûr en revanche en quelle capacité légale Barton s'était arrogé le droit de se tenir à ses côtés vu qu'il n'était même pas vraiment un militaire, mais il y avait force dans le nombre et le Capitaine garda ses pensées pour lui-même. De toute façon, c'était le boulot de Noin que de garder les choses en règle et elle avait davantage froncé les sourcils à son manquement au code vestimentaire qu'à la présence de Trowa, alors qui était-il pour interférer ? Ils assumèrent tous une posture rigide de soldat et attendirent que Kushrenada ne daigne descendre. Il prenait tout son temps et ils comprirent pourquoi lorsqu'il offrit son bras droit à une personne hors de vue. Bientôt, il y avait une blonde à son côté et ils descendirent les marches avec cette grâce compassée qu'a la Royauté. On aurait presque pu entendre l'orchestre. N'avaient-ils pas l'impression d'en faire un peu trop ?

La Dame était une vision en elle-même. Sa jupe était suffisamment ample et ornée pour qu'on la confonde avec une cathédrale. On ne déshabillait pas une telle femme, on l'assiégeait. Par contraste, son décolleté était si plongeant qu'on aurait pu se perdre dans un tel clivage. Elle portait ses longs cheveux libres de toutes contraintes ; en Europe, ce serait un signe de dépravation, dans les Caraïbes, cela restait assez coquin. Et de telles pensées étaient le triste résultat de trop de temps passé en compagnie de Relena. Heero n'était même pas conscient d'avoir appris tant d'informations utiles regardant la mode. Au moins maintenant il avait la certitude que sa fiancée avait le pouvoir de lui ramollir le cerveau. Il semblait que la stupidité fût bel et bien contagieuse.

Quand le couple atterrit sur le pont, ils saluèrent Kushrenada respectueusement. L'homme n'était pas d'un rang supérieur mais ils se devaient d'être courtois. Trowa n'avait toujours pas de rang du tout de toute manière, même si les autres n'avaient pas besoin de connaître ce petit détail. Bien sûr, techniquement, un civil ne devrait pas se faire passer pour un soldat, mais étant donné qu'un civil ne devrait pas non plus se trouver sur un vaisseau militaire sans expresse autorisation, Heero n'était plus à cela près. Et Trowa n'était pas exactement un civil non plus. Son nom devait se trouver quelque part sur les bordereaux de salaires de la Marine de Sank, il était juste un peu plus enterré que d'ordinaire étant donné qu'il était un espion.

« Capitaine Lowe. C'est un plaisir que de vous rencontrer à nouveau. J'espère que nous ne vous dérangeons pas. »

Heureux comme un pape et poli comme s'ils se rencontraient à l'opéra. Il fallait reconnaître que l'homme était sûr de lui. Heero était plus inquiet du fait qu'il n'ait pas prétendu ne pas se souvenir de son nom. C'était habituellement de cette manière qu'il jouait le jeu, cela lui donnait un avantage puisqu'il savait qu'il n'y avait pas la moindre chance que vous ayez pu l'oublier. Le Capitaine se demandait ce que ça voulait dire. Il pouvait avoir nombre de raisons d'agir ainsi, depuis le désir d'endormir la vigilance de Heero en le flattant d'importance ou au contraire d'offrir un avertissement de gentleman à un adversaire de taille dont il espérait un beau combat, mais qu'il avait tout de même l'intention de baiser à la fin. Cela donnait le ton de la discussion à venir. Heero devrait analyser chaque mot pour un sens caché. Joie ! Juste ce dont il avait besoin. Avait-il mentionné déjà combien il détestait la Politique ?

« Monsieur. Vous êtes le bienvenu sur le territoire de Sank comme toujours. J'ai cru comprendre que vous désiriez parlementer. »

Il n'y avait pas vraiment de point d'interrogation à la fin de sa question. Il y en avait rarement avec Heero qui mettait un point d'honneur à parler sans inflexion : c'était sa propre technique pour déstabiliser ses ennemis. Personne n'aimait être confronté à de l'indifférence, cela ressemblait trop à être ignoré.

« Bien sûr, bien sûr, j'aimerais toutefois vous présenter ma compagne avant cela. Capitaine Lowe, ma cousine Dorothy Catalonia. J'espère que sa présence ne pose pas de problèmes. La chère enfant à un faible pour toutes les choses militaires et était toute excitée à l'idée de monter à bord du Wing. »

S'il y avait une chose que la femme n'était pas c'était une enfant : ses yeux d'un bleu glacial en étaient la preuve. Heero voulait bien croire qu'elle aimait l'Armée en revanche et si son sourire rapace était de quelque indication, elle aimait aussi le sang. Une fille intéressante celle-là. Trowa semblait être du même avis. Rien de surprenant. Ces deux là étaient taillés dans le même moule. Si on leur en avait donné la moindre occasion, ils auraient asservi le monde ou se seraient entretués… de manière sanglante. Ce n'était qu'une question d'opportunités. Dorothy parut trouver son ami également intéressant mais elle ne l'observa qu'un moment et regardait à nouveau en direction de Heero quand son cousin le présenta. Kushrenada mit une certaine emphase sur le deuxième nom de Heero que la plupart des gens ne mentionnait tout simplement pas. Cela aurait pu être une simple coïncidence ou juste de la curiosité mais Heero ne se faisait pas d'illusions. Kushrenada savait visiblement que Yuy était son nom véritable et qu'il était à moitié japonais. Dans certains cercles, être métisse, être moitié quoi que ce soit qui ne soit pas européen en vérité, vous plaçait à peine au dessus d'un animal. L'homme voulait qu'il sache qu'il connaissait ce petit secret, mais pour quelle raison ? Il n'en avait pas la moindre idée.

« J'ai entendu que vous vous mariiez dans la famille du Gouverneur de Sank. C'est culottée pour quelqu'un de vos… origines. »

Ah ! Telle était la raison. Et bien n'était on pas grossier ? La dame ne mâchait pas ses mots. Il l'aurait crue plus subtile. Toutefois, vu que cousin Treize semblait plus amusé que gêné, Heero ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait de la subtilité dans sa grossièreté même. Il ne pouvait s'empêcher non plus de préférer ses manières à celles de Kushrenada. Il pouvait comprendre l'approche directe, c'était celle du soldat et il n'en connaissait pas d'autre. Cependant, si elle avait voulu frapper en dessous de la ceinture, elle avait dramatiquement manqué sa cible. Il n'aurait pu être plus indifférent à ce que l'on pensait de ses fiançailles et s'ils avaient trouvé un moyen d'empêcher le mariage, il était même prêt à leur donner un coup de main. Mais il ne pouvait pas être aussi chanceux ; elle était juste à la pêche aux renseignements. Ce genre de fille se complaisait dans le conflit. C'est pourquoi il lui répondit du ton le plus patelin qu'il puisse produire, pas d'un ton froid, ni furieux, ni quoi que ce soit vraiment, si ce n'est douloureusement neutre. C'était un moyen sûr de l'agacer sans lui donner la moindre indication que ses insultes fonctionnaient.

« Je suis surpris qu'une personne telle que vous se préoccupe de la vie sociale du modeste officier que je suis. Je suis flatté. »

C'était clairement un mensonge mais Dorothy lui concéda le point d'un sourire entendu. Treize secoua la tête tout en les couvant d'un regard amusé. Il étudia ensuite les compagnons de Heero avant de reporter des yeux interrogatifs sur ce dernier, attendant qu'il réciproque les introductions. Joueur, le Capitaine fit un geste vague en direction de Noin et Trowa les présentant selon la volonté du corsaire.

« Premier Lieutenant Noin, mon second et Trowa Barton. »

Les deux visiteurs haussèrent d'identiques sourcils fourchus et quand nulle autre explication ne fut offerte quand à l'identité de son ami aux yeux verts, ils lui jetèrent d'identiques regards curieux. Noin et Trowa répondirent d'un léger hochement de tête. Ni l'un ni l'autre n'offrit sa main à serrer ni un nouveau salut. Le visage de Kushrenada prit une expression lointaine comme s'il était en train de contempler les manières possibles de résoudre un casse-tête chinois puis s'adressa finalement à Trowa d'un ton inspiré.

« Barton ? Seriez-vous par chance apparenté à Dekim Barton de Lagrange ? »

« Pas que je sache Monsieur. »

Treize haussa les épaules, apparemment peu concerné que son bluff ait été déjoué sans qu'on lui fournisse plus d'information. Pendant ce temps, Dorothy et Noin s'affrontaient du regard dans un duel de volonté. Au bout d'un moment, le sourire de la blonde devint sadique et elle parut abandonner le combat lorsqu'elle abaissa son regard au niveau de la poitrine de Noin. Ses yeux bleu glacial retournèrent à ceux plus sombres de son adversaire et son sourire s'élargit. Le Lieutenant ne sembla pas réagir mais ses lèvres se renfrognèrent en une grimace à peine perceptible. Heero observa la scène du coin de l'œil et réaffirma sa première opinion de Dorothy. Elle était en effet très intéressante et encore plus perspicace qu'il n'avait craint au premier abord. Il ferait bien de se méfier d'elle, même si elle ne semblait pas avoir l'intention d'embarrasser Noin en révélant la supercherie. Ca aurait peut-être était plus rassurant qu'elle ne le fasse plutôt qu'elle ne garde l'information pour plus tard. Qui sait ce qu'elle allait en faire ?

« Peut-être pourrions nous ajourner pour nous rendre dans un endroit plus privé ? Les informations dont je voudrais discuter sont délicates et se passeraient d'une audience. »

Kushrenada embrassa d'un regard les soldats s'affairant alentours pour démontrer son point et Heero indiqua muettement la direction de sa cabine avant d'ouvrir la marche. Les quatre autres suivirent sur ses talons. Arrivés dans la cabine spacieuse du Capitaine, ils se pressèrent autour de la table. Heero, Treize et Dorothy s'assirent sans autre débat. Noin rassembla les quelques cartes et documents qui traînaient et les enferma à clé dans un cabinet. Trowa se fit responsable du plateau de thé qui avait été monté des cuisines alors qu'ils discutaient sur le pont et servit les trois personnes assises. Une fois que la table eut été désencombrée et que le thé fut sucré et parfumé au goût de chacun, Noin et Trowa vinrent se placer de part et d'autre de Heero comme deux gargouilles assorties. Treize observa le processus avec un amusement non déguisé. Dorothy au contraire étudiait les lieux avec une curiosité visible. Peut-être essayait-elle de se pénétrer de l'atmosphère d'une cabine d'officier, ou plus vraisemblablement d'en apprendre plus sur la personnalité de Heero. Il savoura le fait qu'elle allait être déçue : il y avait peu d'effets personnels dans ses quartiers qui étaient remarquablement tenus dans un ordre tout militaire. Dommage qu'il ignorât que ceci même révélait quelque chose de son caractère.

« Capitaine Lowe, j'apprécie d'ordinaire les politesses mais je pense que l'affaire est trop sérieuse pour que nous ne délayions plus longtemps. »

Heero haussa un sourcil. C'était plutôt direct pour Kushrenada. Heero lui-même n'appréciant les politesses dans aucunes circonstances l'invita d'un geste à poursuivre.

« J'ai été attaqué il y a deux jours par une flûte de Romfeller et une frégate de Lagrange. Je les ai coulé toutes les deux mais la bataille fut rude. »

« C'est une mauvaise semaine je vous l'accorde mais j'ai cru comprendre que vous aviez nombre d'ennemis, alors qui y a-t-il de si inhabituel pour que la Marine de Sank doivent être informée ? » Les yeux de Heero s'écarquillèrent soudain alors qu'il repassait les mots dans sa tête. « Attendez une minute. Vous avez dit 'la bataille' ! Vous vouliez dire une seule bataille ? Contre les deux navires ? »

« Exactement où je voulais en venir. Ils travaillaient ensemble et ce n'étaient pas des corsaires mais des navires de leur flotte militaire régulière. Je pensais que Sank serait intéressée de savoir que Lagrange et Romfeller ont formé une alliance. Parce que s'ils ont décidé de guerroyer contre un vaisseau d'Oz, rien ne nous dit que Sank n'est pas la prochaine sur la liste… »

« Ne nous empressons pas voulez-vous ! Il aurait pu tout aussi bien s'agir d'une dispute que tous deux avaient contre vous personnellement et non contre votre pays. »

« Je sais que vous êtes un homme intelligent Capitaine et vous ne me prenez ni pour un idiot ni pour un lâche. Serais-je si alarmé si je pensais qu'ils voulaient juste se venger de quelque offense passée ? Comme vous l'avez fait remarquer, j'ai beaucoup d'ennemis et il y a bien longtemps que je sais comment m'occuper d'eux par moi-même. »

« J'en déduis donc que vous avez des preuves de cette supposée alliance. Avez-vous fait des prisonniers ? »

« Il n'y avait pas de survivants. J'ai trouvé… »

« Pas de survivants ? Pas un seul entre deux équipages complets ? »

Cette dernière exclamation venait de Noin et comme toujours lorsqu'elle était perturbée, elle oublia de déguiser sa voix. Treize lui jeta un regard curieux et sembla essayer de deviner ce qui clochait chez elle. Dorothy eut un sourire suffisant mais ne partagea pas ses propres observations avec son cousin. Elle avait toutefois conclu de l'intervention de Noin qu'elle était elle aussi autorisée à parler à partir de maintenant.

« Des hommes meurent au combat mon cher Lieutenant. C'est la triste réalité de la guerre. J'aurais cru qu'un brave officier tel que vous aurait appris à accepter une chose aussi basique. Ce fut vraiment une lutte extraordinaire entre ces deux vaisseaux et celui de Treize. Il n'y a rien de tel que l'intensité d'hommes se battant pour leurs vies ou pour leurs croyances. C'est admirable. La nature même des hommes se révèle au combat. Ces soldats ne faisaient pas le poids et à la fin Treize en est sorti victorieux. Vous devriez savoir que le vainqueur a toujours raison et qu'il n'y a pas d'honneur à être vaincu. La chose la plus miséricordieuse à faire était d'achever les survivants. Treize est un homme très miséricordieux. »

Elle leur offrit un sourire sinistre et ses yeux froids défiaient une Noin interloquée de la contredire. Cette dernière serra les dents mais se retint de commenter obéissant en cela au discret signe de tête de son Capitaine. Heero commençait à imaginer les évènements dans son esprit et c'était un tableau macabre. Il n'était pas comme Noin qui croyait qu'elle devait faire l'impossible pour garder ses hommes en vie, il n'était pas idéaliste à ce point. Il n'était pas non plus du genre à excuser des tueries inutiles et n'appréciait pas beaucoup Treize ni Dorothy à ce moment-là. Il dissimula cependant son soudain dégoût car il suspectait que Kushrenada avait un motif pour agir ainsi. C'était terriblement commode qu'il n'y ait pas le moindre survivant pour contredire toute histoire que l'homme voudrait lui faire avaler.

Le corsaire n'avait pas modifié son comportement détendu, pas même durant la tirade de Dorothy. Il était doué pour garder ses pensées secrètes et il n'y avait pas moyen de dire s'il désapprouvait son attitude cavalière ou bien s'il était au contraire d'accord avec elle.

« Veuillez excuser ma cousine et ses mots violents. Elle est encore jeune et vient de vivre une expérience traumatisante. Nous aurions pu être tous deux tués dans cette escarmouche. »

Heero n'aurait pas appelé ce genre de bataille une simple escarmouche mais là encore ce n'était que de la sémantique. Il ne croyait pas non plus que Dorothy eut été traumatisée le moins du monde. Aussi dérangeant que cela puisse paraître, il semblait qu'elle se soit amusée. Une fille fascinante vraiment. Terrifiante, mais fascinante.

« Je vois. Donc, s'il n'y avait pas de survivants, quelle preuve avez-vous de cette alliance ? »

« Nous avons trouvé des documents sur la flûte. Je les ai là et voulais vous demander de les délivrer au Gouverneur de Sank. J'informerai les officiels d'Oz moi-même mais je me suis dit que cette information serait mieux servie si elle était présentée à Sank par l'un de ses officiers et avec de solides preuves. Je suis conscient que ma parole seule pourrait ne pas suffire. »

« Je croyais que vous aviez coulé les deux navires ? »

« Nous avons eu le temps d'explorer l'un d'entre eux avant qu'il ne coule. »

Heero imaginait sans mal comment cela s'était passé. Kushrenada avait probablement accepté la reddition de la flûte, l'avait fouillée avant de la couler en laissant les survivants à bord. Impitoyable mais efficace. Il jeta un œil aux documents et lut ce à quoi il s'était attendu. Il s'agissait d'ordres adressés à un Capitaine Aaron Gunther, probablement le capitaine de la flûte, d'attaquer à vue tous les navires arborant le pavillon d'Oz et de collaborer avec la Marine de Lagrange. Le plus perturbant était sans doute les sceaux jumeaux apposés au bas de la missive. L'emblème de Lagrange ne devrait jamais se trouver si proche de celui de Romfeller. C'était tout simplement anormal. Les deux pays avaient une longue histoire de conflits derrière eux et ne semblaient jamais trouver de terrain d'entente. Ils étaient à peine parvenus à se tolérer ces dernières années afin d'éviter une autre guerre inutile qui ne servirait qu'à fragiliser leur Economie et Politique qui étaient déjà fragiles.

« Très bien. Je vais m'assurer que ce document parvienne au Gouverneur. Y avait-il autre chose ? »

Kushrenada fut déséquilibré par l'agrément facile de Heero et, plus inquiétant, ne réussit pas à le dissimuler. Il ne pouvait insister sans paraître trop enthousiaste et de l'enthousiasme ici aurait semblé suspicieux. L'homme avait du s'attendre à de la réticence et avait du prévoir une longue argumentation pour la circonvenir. Les choses ne s'étaient pas passées comme prévues et il ne savait comment réagir. Finalement, son bon sens prévalut. Quand Heero le reconduisit à la passerelle, son assurance était de retour avec une vengeance et il conversait affablement. Ils marquèrent un autre arrêt sur le chemin lorsque le Capitaine Lowe s'enquit d'un certain brigantin qu'ils recherchaient. Pour le moins surprenant, Dorothy fut celle qui lui répondit.

« Le Sandrock ? Vous voulez dire le bateau de Quatre Raberba Winner ? Qu'a donc fait le petit prodige cette fois ci ? »

« Vous connaissez Quatre Winner. » demanda Trowa alors que Heero était perdu dans ses pensées.

« Oui, nous nous fréquentions quand nous étions enfants. Il y eut même à une époque discussion sur la possibilité de nous marier. »

« Ca n'a pas marché en fin de compte ? »

Le ton de Noin était trompeusement désintéressé. Heero était surpris qu'elle se fût forcée dans la conversation. Ce n'était pas le genre de Noin de provoquer les gens et surtout pas si cavalièrement. Dorothy devait l'avoir brossée dans le mauvais sens du poil. Il se demanda si la blonde allait mordre à l'hameçon. Elle mordit : l'hameçon, la ligne et le flotteur. Bizarre. Noin avait du toucher un point sensible.

« L'imbécile s'est enfui avant qu'on ne puisse parvenir à un accord. Son père a envoyé des gens à ses trousses mais il n'a pas réussi à le ramener. Il y a des rumeurs comme quoi il naviguerait dans les Caraïbes avec des gens peu recommandables. C'est indigne d'un prince !»

« Attendez une minute. Vous voulez dire qu'un jeune prince a renoncé à son héritage et à vivre dans un Palais pour aller galvauder autour du monde. Alors qu'il aurait pu vous épouser ? Mince ! Je me demande bien pourquoi. »

Même l'autoritaire « Lieutenant ! » de Heero ne parvint pas tout à fait à couvrir les ricanements de Treize et Trowa. Dorothy prit un air meurtrier avant de serrer les lèvres et de rasséréner son expression. Noin n'avait pas du tout l'air coupable et son apparente confusion semblait presque sincère. Après cela, les adieux furent hâtifs et en un rien de temps les deux visiteurs étaient de retour sur leur galion qui vogua au large aussitôt que la dernière amarre eut été détachée.

Le Capitaine Lowe renvoya son Premier Lieutenant. Il aurait du la réprimander pour sa grossièreté qui l'avait empêché d'en apprendre davantage, mais même lui était à même d'apprécier l'humour de la situation. C'était amusant de voir quelqu'un rabaisser le caquet de Dorothy, ça ne devait pas arriver souvent. Cela confirmait aussi sa conviction que les femmes pouvaient se montrer bien plus vicieuses que les hommes.

Aussitôt que Heero et Trowa furent de retour dans la cabine du Capitaine, l'espion lui demanda quel serai leur plan d'action.

« Nous allons à Port Royal ! »

« Hum… Bien. Comment en es-tu arrivé à cette conclusion ? Et ne devrais-tu pas apporter ces informations à Sank de toute urgence ? »

« Et bien… si je les croyais authentiques, c'est ce que je ferais, mais au point où j'en suis, je ne suis plus sûr de rien. Il nous faut davantage d'informations et Port Royal est l'endroit idéal pour en trouver. »

« Bien sûr. Et je suppose que le fait que ces 'gens peu recommandables' que Winner fréquente soient probablement des pirates se cachant parmi leurs semblables n'a absolument rien à voir avec notre destination ? »

Heero avait l'air admirablement innocent. « Bien sûr que non. Mais maintenant que tu le mentionnes en revanche, on devrait probablement jeter un coup d'œil à ça aussi. »

Trowa renifla. « Bien. Admettons que je te croie. Comment espères-tu entrer dans Port Royal et enquêter là-bas ? Premièrement tu es un militaire et donc persona non grata et deuxièmement, même si nous parvenons à entrer, il n'y a pas moyen qu'on nous fasse confiance. »

« Je suppose que je suis chanceux d'avoir un espion pour meilleur ami alors. Il devrait être capable de trouver une solution… »

Heero arborait un air candide et Trowa ne put s'empêcher de rire. Pour un homme si conventionnel, le Capitaine Lowe avait un incroyable talent pour le traîner dans des situations impossibles.

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Réponse aux Lecteurs :

A Mylène : Je suis contente que ça te plaise même si c'est vrai que cela va devenir un peu moins léger. Il y aura encore une grande part de comédie mais aussi des parties franchement dramatiques. J'espère que cela ne te découragera pas.

A Mouflette : J'avoue que j'ai un faible pour les grandes descriptions romantiques et j'aurais aimé vivre à Port Royal moi-même alors je me suis probablement emballée. C'est bel et bien une malédiction en bonne et due forme dont notre équipage souffre et ils ne sont pas près de s'en sortir. En ce qui concerne, celle dont Duo a déjà souffert, vous n'en saurez pas plus avant un bon moment. Pour Meiran, je devrais probablement prévenir que je suis généralement très fidèle à l'histoire originale… Il y a en effet pas mal d'intrigues qui vont s'entremêler et le plus beau c'est que tôt ou tard tout va se mettre en place et devenir une seule grosse intrigue… mais ce n'est pas pour tout de suite.

A Christine : Bonjour à toi aussi. Il n'y a pas de mal je ne suis moi-même pas très douée pour laisser des commentaires bien que j'adore en recevoir. C'est très plaisant de savoir quand les gens apprécient ma fic mais tu as raison de mentionner que les critiques sont parfois plus utiles ; alors n'hésite pas à mentionner si quelque chose te semble étrange, mal expliqué ou quoi que ce soit. Au risque de gâcher la surprise, oui Treize est définitivement dans le coup et vous en saurez plus sur cette malédiction d'ici peu.