Raphaël s'y connaissait en médecine – c'était son domaine, après tout. Il savait que, tout aussi improbable que ça puisse paraître, il était possible de mourir d'une vulgaire grippe. Du moment que le malade était trop jeune, souffrait d'un système immunitaire incapable d'assurer ses fonctions, ou refusait de se soigner de manière appropriée.
Il savait aussi faire la différence entre la maladresse et la négligence délibérée – entre une étourderie qui ne pensait pas faire de mal, et le sabotage froidement exécuté.
Assis devant lui, Adriel le regardait placidement, attendant qu'il signe le certificat de décès de la mort d'un de ses protégés. Ses yeux jaunes ne trahissaient pas la moindre anxiété, pas le moindre soupçon de détresse.
Alors, c'est à ça que ça ressemble, le regard d'un meurtrier ?
« Tu sais » lâcha l'Archange, « on s'attendrait à ce que tu sois un peu touché par les évènements. »
« Ah bon ? » rétorqua benoîtement son interlocuteur, refusant de battre d'un cil.
Le duvet du guérisseur se hérissa et il inspira un grand coup pour que sa grâce ne se mette pas à tournoyer à la façon d'une toupie détraquée.
« Ton protégé vient de mourir » rappela-t-il, gardant sa voix plus plate qu'une limande.
« Je sais. »
« La plupart des gardiens prendrait ça très mal. »
« Je sais. »
« Surtout quand le gamin est la seule chose qui leur reste de leur conjoint. »
Ah, là, il avait touché. Un tic avait agité la paupière d'Adriel, mais celui-ci reprit rapidement le contrôle de ses nerfs.
« Et si c'est la faute du gamin que le conjoint n'est plus là ? » interrogea-t-il.
« Ah oui, la grande excuse. Attribuer les complications de l'accouchement à un morveux même pas capable de se torcher tout seul. Si on va au fond des choses, le mari est techniquement aussi un meurtrier, puisque c'est lui qui a conçu le bébé. Les morveux, ça ne se fait pas tout seul, je te rappelle. »
Un nouveau tic de la paupière, et un autre au niveau de la commissure des lèvres. Une autre touche.
« Mais au final, ça change quoi ? » finit par dire l'ange aux ailes violettes. « Elle est morte. Et les garçons, ils étaient vivants. »
« Et maintenant, Castiel est mort aussi. Est-ce que Lailah est moins morte ? »
« Non » reconnut Adriel. « Mais je me sens un peu plus léger. Peut-être que la justice existe, après tout. »
Une sirène d'alarme se déclencha dans la tête de Raphaël.
« Où est Cassiel ? »
Adriel haussa une épaule.
« Chez Isaiah. Tu peux aller vérifier, si tu ne me crois pas. J'ai dit que j'aurais besoin de temps pour tirer les choses au clair, et il a accepté de prendre le petit pour deux ou trois mois. »
Deux ou trois mois, parfait. Ça laissait à Raphaël le temps d'agir – hors de question qu'il laisse un gamin retourner dans un environnement dangereux, ou le pauvre gosse n'atteindrait jamais l'âge adulte.
Pour l'instant, il ne pouvait que se débarrasser de la paperasse. Il attira le certificat de décès à lui et griffonna son nom à l'endroit adéquat.
« Une chose de faite » déclara-t-il en rendant le papier à son interlocuteur qui lui adressa un sourire absent. « Et j'espère que ça ne se reproduira plus. »
« On verra bien » rétorqua l'autre tranquillement avant de se lever pour quitter le bureau.
Resté seul, Raphaël ferma les yeux un court instant avant de s'emparer de la pancarte indiquant qu'il était fermé. Il avait un juriste à voir concernant une garde d'enfant.
