« - Mr Malfoy, qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
-Rien.
-Etes-vous conscient de vos actes ? Vous avez combattu aux côtés de Vous-Savez-Qui, vous avez gardé chez vous des prisonniers, et vous avez tenté de mettre fin aux jours d'Harry Potter lors de sa quête pour combattre Celui-Dont-On-Ne-Peut-Pas-Prononcer-Le-Nom. Vous avez détruit la Salle sur Demande. Cela n'est qu'une parcelle des crimes pour lesquels vous êtes coupable. Vous venez de passer un mois dans la prison d'Azkaban en attendant votre procès.
-Je n'ai rien à dire pour ma défense. Je n'en ai pas besoin. »
Au Terrier, un hibou noir entra par la fenêtre lors du diner. La famille s'était retrouvée près du feu. Georges et June racontait leur périple de la matinée, sous le regard inquisiteur de Mme Weasley et de Fleur. Il se posa sur les épaules d'Harry, lui tendant une lettre de couleur verte. Son visage se figea, et il l'ouvrit délicatement, comme s'il désamorçait une bombe. Au fur et à mesure qu'il poursuivait sa lecture, son sourire se déforma en grimace, et le silence régna. Les Weasley redoutaient une mauvaise nouvelle. N'en pouvant plus de l'attente, Ron brisa le silence :
« - Harry ? Qu'est-ce qui se passe ?
-Oh… Disons que j'ai contracté une dette il y a un moment, et que j'aurai préféré l'oublier. Ce n'est rien de grave, mais je préfère y penser tranquillement. »
Sur ce, il prit la direction du jardin pour prendre l'air. D'un geste, il signifia à Ginny qu'il préférait rester seul pour être plus à son aise. Harry tenait toujours ses promesses, dans le domaine du possible. Mais s'il y avait quelque chose qu'il réglait toujours, c'était bien ses dettes. Lors de la Grande Bataille, il avait cru devoir se sacrifier pour sauver la vie d'innocents. Voldemort l'avait tué, ou du moins aurait dû le tuer. Harry n'arrivait toujours pas à comprendre exactement ce qu'il s'était passé, mais il était revenu à la vie. Il avait ainsi une nouvelle chance de réaliser la prophétie, et avant tout de venger la mort de centaines de sorciers, dont ses parents. Lord Voldemort lui avait jeté le sort de la mort deux fois. Les deux fois, il a survécu grâce à l'amour maternel. La première fois, ce fut grâce au sacrifice de sa mère, qui supplia de le laisser en vie jusqu'au bout. La seconde fois, ce fut grâce à Narcissa Malfoy, qui mentit à Voldemort pour le bien de son fils. Cette nuit-là, Harry contracta une dette envers cette femme, et une nouvelle dette envers l'amour d'une mère.
Lors des arrestations, il expliqua aux aurors restant comment Narcissa Malfoy l'avait protégé. Sans réellement la disculper, elle et sa famille, cela dissuada surtout les survivants de se venger sur eux. Les deux hommes de la famille Malfoy furent envoyé à Azkaban en attendant d'etre jugé, tandis que Mme Malfoy fut consigné à rester dans son manoir, sans possibilité d'en sortir, sous étroite surveillance, et avec interdiction d'avoir recours à la magie sous peine de prison à perpétuité. Cette clémence avait été critiquée par de nombreuses familles victimes des attaques des Mangemorts, mais pour une fois Harry put mettre à profit sa célébrité pour protéger cette femme. Cela lui en avait couté énormément, et il hésitait souvent à ne montrer aucune clémence envers une femme qui avait assisté à la torture d'Hermione sans broncher.
Que valait sa vie ? Telle était la question. Jusqu'à quel point devrait-il se sentir redevable envers cette femme ? A chaque fois qu'il se sentait prêt à prendre sa plume et à écrire au Magemnagot, il se souvenait du désespoir dans la voix de la jeune femme. Il ne pouvait s'empêcher de rapprocher ce désespoir à celui de sa mère, bien qu'il déteste les Malfoy.
La lettre qu'il venait de recevoir provenait de Narcissa Malfoy. Elle lui demandait l'impossible, l'immoral, l'injuste. Elle était désespérée. Le procès de son fils avait lieu le lendemain, et elle savait d'avance qu'il serrait condamné à perpétuité pour trahison à la paix et collaboration aux crimes contre l'humanité de Lord Voldemort. Il venait de passer un mois à Azkaban, et il était devenu une ombre, un fantôme. Dans sa lettre, Mme Malfoy le suppliait d'entrer en faveur pour lui. Son ennemi depuis toujours. Elle lui proposait d'effectuer un échange, et de la transférer à Azkaban. Elle lui avouait être la seule responsable des actions de son fils. Selon elle, elle n'avait pas su le protéger de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, et n'avait pas su intervenir lorsqu'il lui avait donné des missions à accomplir. Drago était obligé d'obéir, et d'agir comme si c'était un grand honneur s'il ne voulait pas être exécuté. Une fois de plus, elle affirmait qu'il était effrayé et réticent, et n'était pas réellement responsable de ses actes.
Harry hésitait. Une partie de lui hurlait au mensonge, et ne désirait que la vengeance. Cependant, une petite voix persistante lui rappelait Severus Rogue et le jurement qu'il avait professé, ainsi que la crainte qu'il avait lu dans le regard de Malfoy lorsqu'il était chez lui.
Le ciel était dégagé, et la pleine lune brillait avec ardeur pour rivaliser avec les étoiles qui l'entouraient. Harry eu une pensée pour les victimes des loups-garous, qui devaient subir leur première transformation cette nuit. Lupin lui manquait énormément. Il aurait surement su le conseiller sur la manière juste de faire les choses. Rémus avait de nombreux défauts, mais il avait toujours su aider Harry lorsqu'il en avait le pouvoir. Son sens de la morale et de l'éthique manquaient cruellement à Harry. Sirius manquait également à Harry. Il avait besoin de ses liens, mais toutes ces personnes étaient mortes, emportées par une guerre qui avait fait bien trop de victimes.
Cela faisait une heure qu'il déambulait au hasard, renvoyant les gnomes de jardin insouciants d'un coup de pied. Il pesait le pour et le contre, mais n'arrivait pas à trancher. Il décida donc de se tourner vers les personnes qui avaient réellement su le soutenir dans toutes ses épreuves. Lorsqu'il retourna au Terrier, il ne restait plus que Bill, Ron, Hermione et Trinitus. Ce dernier attendait le retour d'Harry pour retourner au ministère, où il préparerait le problème de l'objet du lac. Après avoir vérifié l'identité de l'Elu, il prit congé et transplana. Bill prétexta une excuse quelconque pour laisser le trio entre eux. Il avait compris qu'il était de trop, mais Harry lui dit de rester, qu'un homme juste ne serait pas de trop. Il leur résuma la situation, en exposant ses pour et contre. Les garçons prirent la parole en premier, mais c'était l'avis d'Hermione qu'Harry attendait le plus :
« - Je ne pense pas que tu doives intervenir Harry, commença Bill. Tu as déjà utilisé ton influence pour empêcher qu'elle soit envoyée à Azkaban, tu ne peux pas la laisser utiliser ton sens de l'honneur pour que sa famille s'en sorte à nouveau. Et puis, ce serait injuste envers les autres. Drago Malfoy n'est surement pas le seul à avoir fait des choses contre son gré, mais cela n'empêche pas qu'il ait collaboré ouvertement avec Voldemort.
-N'oublie pas qu'à cause de lui, les mangemorts ont pu pénétrer à Poudlard il y a deux ans déjà, dit Ron. Il avait pour mission de tuer Dumbledore, et s'il ne l'a pas fait c'est parce que Severus a pris les devants. Je sais que tu te sens redevable, mais ce n'est pas une raison pour oublier ce qu'il a fait Harry. Nous parlons là du Malfoy qui ne s'est pas gêné pour faire de ta vie un enfer dès qu'il a pu, du Malfoy qui insultait Hermione de Sang-De-Bourbe, du meme Malfoy qui a regardé les Mangemorts semer la terreur à la coupe du monde en riant. Du Malfoy qui a assisté à la torture d'Herminone, sans doute de Luna, et surement d'autres encore. Tu ne peux pas laisser passer ses actions. »
Lorsqu'il avait évoqué la torture d'Hermione, il tremblait légèrement, comme si son corps refusait encore d'admettre qu'elle ait pu subir une telle épreuve. Justement, cette dernière gardait le silence et fixait le feu, absente. Elle resta ainsi un moment, hypnotisée par les flammes, caressant mécaniquement Pattenrond. Lorsqu'elle prit enfin la parole, ce fut avec une voix éteinte, lointaine, mais son regard avait retrouvé toute sa lucidité.
« Malfoy est un abruti lâche et ambitieux. Dès qu'il le pouvait, il était cruel pour attirer les regards. Je le hais, comme j'ai rarement haï une personne de tout mon cœur. Cependant, je vais te demander d'accepter Harry. Il faut savoir être juste. Tu as bien vu comment il était lors de la sixième année. S'il a cherché à faire entrer les Mangemorts à Poudard, c'est qu'il redoutait avant tout les conséquences s'il n'y arrivait pas. Ce n'est pas parce que Severus a tué d'abord Dumbledore qu'il ne l'a pas fait. Tu nous l'as dit toi-même, il en était incapable. Lorsqu'on lui a demandé de confirmer ton identité, il hésitait à répondre. Enfin, s'il t'a combattu lors de la Grande Bataille, c'est qu'il a compris au moins une chose. Il était trop Mangemort pour rejoindre nos rangs, et s'il ne voulait pas que Voldemort ne le tue, il devait jouer le tout pour le tout. Il s'est trompé, mais on ne peut pas punir un lâche pour ne pas être courageux. Ce n'est qu'un idiot, qui n'a même pas été capable de regarder dans ma direction quand Bellatrix s'est occupée de moi. Ce n'est qu'un idiot, et avec un peu de chance il le sera un peu moins dans quelques années. Souviens-toi que Dumbledore pensait également qu'il était victime de son sort. Je ne pense pas qu'il doive etre complètement disculpé, c'est tout de même un grand enfoiré, et il mérite une punition. Ce que je te dis, tu le sais, et c'est pour cela que tu hésites autant. Tu as raison Bill, ce n'est pas juste envers les autres idiots envoyés à Azkaban, mais c'est juste envers Malfoy, et juste envers Dumbledore. »
