Chapitre 12 : La nuit où Lexa ne franchit pas la ligne (mais Clarke si)

(NOTE : Ça fait longtemps (comme d'habitude) o/ Je ne suis pas pleinement satisfaite de ce chapitre, mais le voilà quand même. Merci à ceux qui sont encore là de lire ces lignes :D
Le chapitre est lourd par moment, mais c'est une transition. La suite devrait retrouver sa légèreté apparente xD Et espérons le, arriver plus vite. Pas de promesse, ça vaut mieux, par contre. A la prochaine 8D)

Pourquoi s'encombrer d'un réveil lorsque l'on possédait un Clayton ? Certes, il y avait plus agréable que le contact d'une truffe humide dans le creux du dos, mais une sonnerie stridente était bien plus violente. Et puis, qui avait besoin de se faire sortir du sommeil à une heure bien précise, selon son envie, quand on pouvait juste suivre le rythme complètement random imposé par un chien ? Chien qui n'avait même pas la décence d'être éveillé. Cet idiot avait trouvé le moyen de venir coller son nez pile à l'endroit où mon t-shirt était remonté, une véritable preuve de talent.

Bon, ok, on faisait mieux comme réveil.

Le cerveau rempli d'une brume digne de celle régnant au-dehors, je fixais mon entourage en tentant d'invoquer quelques souvenirs. J'étais certaine de n'avoir pas bu une seule goutte d'alcool pourtant. Il fallait croire que c'était là l'effet qu'avait Clarke. Et beaucoup trop de sucre et de gras, sur fond d'assez de films pour au moins trois semaines. Si cette partie de la journée était claire, je n'étais pas certaine de la suite. Octavia et Lincoln avaient disparu, quand, je n'en avais pas la moindre idée. Je ne savais pas non plus comment je m'étais endormie. Encore moins comment notre fort pouvait encore tenir debout. Il avait moins fière allure maintenant que la blonde avait récupéré une partie de la couette pour se couvrir, mais il ne s'était pas écroulé. Une bonne chose cela dit, je n'allais pas m'en plaindre. Par contre, je pouvais me plaindre du peu de place que j'avais ici depuis que ma squatteuse usait et abusait encore de son talent avec sa position d'étoile de mer. Son influence était certaine sur le Jack Russell qui, à force de pédaler des pattes, avait surpassé son modèle compact et semblait prendre autant d'espace qu'un Saint Bernard. Au milieu de tout ça, je n'étais désormais plus la bienvenue. Réprimant un bâillement, je tentais de m'extraire sans bruit du campement improvisé. Quand ces deux là dormaient, on ne pouvait que profiter. Cela n'avait absolument rien à voir avec mon envie de les laisser profiter paisiblement de leur sommeil. Et non, aucune pensée particulière n'était passée dans ma tête devant les mimiques de Clarke. Elle n'était pas mignonne. Absolument pas.

L'extraction ne se déroula pas exactement comme prévu. Dans mon brouillard, j'avais oublié les cadavres laissés derrière nous la veille. Le crissement d'un paquet de chips me fit grimacer. Je m'empressais de faire un pas de côté pour éviter plus de bruit, seulement ce fut pour rencontrer la bouteille de soda qui acheva mon équilibre déjà précaire. Et là, le drame. Mon orteil percuta le pied d'une chaise, un accident vu et revu qui me conduit à sautiller bêtement sur l'autre pied en grognant sous l'éclat de la douleur. Ce devait être une punition pour avoir menti à propos de Clarke. Ou un avertissement pour cette simple pensée. Parce que cette fille n'était personne et repartirait bien assez tôt. Parce qu'il y avait encore Costia et une décision à prendre. Et même si elle avait choisi d'aller voir ailleurs, je n'avais aucune excuse pour le faire moi aussi dans cette période indéterminée. Pas que j'avais pensé à ça. Pas réellement. Bordel, je devais arrêter ou, à ce train là, tout le mobilier allait se retourner contre moi.

Après un parcours calculé au millimètre pour éviter tout nouvel incident, je retrouvais enfin ma chambre. Dans l'obscurité, je pouvais sans mal discerner mon lit, dépouillé de tout confort. Clarke ne m'avait même pas laissé un seul oreiller. Après ce petit interlude, ce détail n'avait probablement pas d'importance. Je doutais de pouvoir me rendormir facilement alors que les pensées tournaient de plus en plus vite dans mon esprit. La fatigue ne manquait pas, mon corps réclamait un vrai repos depuis des semaines, mais le sommeil n'était jamais simple. Pas depuis que la vie en elle-même avait perdu de sa simplicité. Même avant cette débâcle relationnelle, même avec Costia pour fournir chaleur et attention. Il y avait toujours ce démon qui rodait dans l'ombre, cette faim insatiable de la culpabilité qui rongeait jusqu'à l'os tout ce qu'elle pouvait se mettre sous la dent.

Par habitude, je roulais jusqu'au mur pour me recroqueviller et trouver son contact froid et râpeux. Le mur était concret, réel, enclin à garder mon esprit sur un terrain supportable. Je fermais très fort les yeux jusqu'à ce que des points blancs se mettent à danser sous l'obscurité de mes paupières.

« Comme des étoiles rien que pour nous. »

Ma respiration était désormais bloquée douloureusement dans ma gorge. Cette voix n'était pas vraie. Même si je me retournais, il n'y aurait personne. Comme à chaque fois. Écouter cette étincelle d'espoir qui s'allumait était complètement stupide. Je ne pouvais pas continuer à me faire du mal pour rien. Pas pour rien. C'est mérité.

« Tu vois le groupe d'étoiles tout à droite ? On dirait un mouton. Bêêêh. »

Un sourire amer m'étira les lèvres. J'avais menti cette fois là. C'était facile de prétendre qu'on avait les mêmes étoiles dans les yeux. C'était un mensonge qui ne blessait personne, qui créait même un sourire.

Je fronçais les sourcils en entendant un peu de remue-ménage dans mon dos. L'étincelle devint alors une flamme bien plus difficile à ignorer. Une flamme qui faisait miroiter un cauchemar. Qui donnait une lumière nouvelle sur la réalité. Ce moment ne serait pas réel, j'aurais juste été trop longtemps prise par un songe trop puissant. Je repris le contrôle in-extremis. L'espoir était un concept bien trop destructeur. Combien de fois n'avais-je pas eu la peau rougie et endolorie à force de m'être pincée pour m'assurer que ce que je vivais était bien réel ? Combien de larmes n'avaient pas été versées car le rêve ne s'arrêtait pas ? Le bruit de pas étouffés s'arrêta juste au bord de mon lit et le silence régna pour quelques instants gênants. J'étais paralysée par toute cette agitation dans ma tête. Mon cœur battait tellement fort à mes tempes qu'il m'empêchait même d'entendre la respiration un brin rapide qui faisait la course avec la mienne. Finalement, le matelas s'enfonça un peu et un poids nouveau, chaleureux et réconfortant, me recouvrit. Je plongeais le visage sous la couette et me forçais à inspirer lentement l'odeur fanée de la lessive mélangée à mon propre parfum et à la touche plus subtile d'une autre fragrance inconnue. Pourtant, elle était familière, tout comme ce corps qui cherchait lentement sa place à mes côtés. Chaque geste était calculé comme on prendrait un pas sur un champ de mine, frôlant avec hésitation une frontière peu visible. Clarke n'était pourtant pas un modèle lorsqu'il s'agissait de ne pas s'imposer, mais elle essayait ici, et je ne pouvais qu'apprécier le geste. Peut-être voyais-je aussi trop loin. Si ça se trouvait, elle cherchait juste à ne pas me réveiller de peur de se faire renvoyer sur le canapé défait sur lequel elle avait dormi la veille. Cette pensée serait plus logique, moins lourde de sens. Elle relâcha un souffle soulagé une fois sa position trouvée et la chambre retrouva sa quiétude. Sous la surface, tout bouillonnait encore, mais le silence s'était fait moins oppressant. La vapeur s'échappait enfin. Et tout ça grâce à la simple présence de cette étrangère qui le semblait de moins en moins. J'en revenais encore et encore à cette question : l'avait-elle réellement déjà été ?

Secondes, minutes, heures,... Impossible de savoir combien de temps s'était écoulé avant que je ne trouve le courage de me retourner. Centimètre par centimètre, je grignotais l'espace entre nous pour trouver une proximité salvatrice. Mais avec la distance qui disparaissait, le geste semblait soudainement beaucoup trop intime. Je comprenais maintenant pourquoi intime faisait partie du mot intimidant. Je décidais de ne plus bouger, bloquée au milieu par le poids de cette décision, de cette envie de proximité que j'avais du mal à m'avouer. J'étais presque satisfaite qu'elle me tourne le dos, au moins elle ne pouvait pas voir ce rouge honteux que je sentais me brûler les joues. Je n'aurais pas pu en plus subir un regard accusateur si elle avait constaté mon approche.

J'étais résolue à attendre le matin en oubliant simplement ce moment gênant, mais, toujours prompte à contredire mes projets, Clarke choisit de se retourner. Dans l'obscurité et à cette distance, ses traits me semblaient indéfinissables. Trois battements de cœur marquèrent un silence étrange avant qu'elle ne prenne une rapide inspiration. J'aurais pu comprendre que c'était une façon de se donner du courage avant de sauter dans le vide, mais mon esprit se réduisit à un torrent de pensées incohérentes dès qu'elle m'enlaça. Elle venait de reprendre là où je m'étais arrêtée. Elle avait franchi la limite quand j'avais baissé les bras face aux doutes. Cette complémentarité était bizarrement réconfortante.

« T'avais l'air d'avoir besoin d'un peu de chaleur humaine. Mais je peux retourner de mon côté, je sais que je suis envahissante quand- »

Je la coupais en secouant vigoureusement la tête, cherchant instinctivement cette proximité à la simple mention d'un retrait. Maintenant qu'on y était, je voulais bien l'admettre. J'avais besoin qu'elle reste. Besoin, un mot qui pesait bien lourd, mais que j'aurais pu utiliser sans sourciller si cela signifiait ne pas avoir à bouger de ce cocon de confort qu'elle venait de créer. Je devenais faible pour le côté tendre de ma brusque squatteuse. Son rire vibra contre mon visage enfoui dans sa nuque et m'arracha le plus idiot des sourires. Elle se moquait pour alléger l'ambiance. Ou du moins, c'était ce que j'avais pensé, mais le doute refit surface quand elle commença à bouger. Qu'importe le sentiment qui me traversa à cette idée, elle dû le ressentir car la pression de sa main se fit plus appuyée dans mon dos.

« Ok, j'bouge pas, mais c'est bien pour toi. »

Fidèle à sa déclaration, elle s'installa, tout son corps pesant plus lourd contre le mien. Je sentis son souffle satisfait dans mes cheveux, mais notais très peu ce détail. Je visualisais difficilement notre position maintenant que le sommeil semblait revenir au galop. Elle n'avait sûrement rien d'amicale, mais cela n'avait plus d'importance. Trois choses comptaient : les pensées s'étaient tues, Clarke irradiait de chaleur et je devais la remercier. Mais j'étais si fatiguée.

« 'rci... »