Utilisée comme monnaie d'échange pour une alliance entre deux royaumes, la Princesse Isabella est loin de se douter que son mariage au Prince Edward n'est que l'évènement déclencheur d'une série de bouleversements, où leur loyauté et leur union seront mises à dure épreuve. All Humain, Royalward et Royalella
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Merci à cfquebec pour ses conseils sur la suite de l'histoire et à Stella pour la correction des chapitres. Les 2 premiers chapitres ont déjà été corrigés et updatés.
Bonne lecture !
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Isabella se réveilla très tôt le lendemain matin. Edward dormait encore à ses côtés.
Une légère excitation agitait la Princesse et l'empêchait de dormir. Aujourd'hui, elle irait consulter Alice afin de confirmer sa grossesse. Elle en était assez certaine; sinon elle ne l'aurait pas annoncé à Edward. Cependant, s'il s'avérait qu'elle faisait fausse route, elle serait anéantie. Bien sûr, cela n'enlevait pas la possibilité qu'Isabella ne devienne/soit enceinte dans les prochains mois, mais la simple idée qu'elle pourrait, à cet instant même, porter un enfant, leur enfant, l'emplissait d'une telle joie…
Alors qu'elle s'habillait en silence, Isabella contempla son époux encore endormi. Il était allongé sur son flanc droit, son bras gauche étendu devant lui. La faible lumière du matin éclairait son torse nu et mettait en relief ses différentes cicatrices. Les traits de son visage étaient, pour une rare fois, très détendus. Sa chevelure bronze allait dans tous les sens. Quand elle observait son époux endormi, la Princesse ne pouvait s'empêcher de le trouver très attirant, mais aussi un peu mignon. Posant une main sur son ventre plat, elle s'imaginait bien un petit garçon… tout aussi mignon, qui ressemblerait énormément à Edward, et dormirait avec cette même expression paisible.
Alors que quelques mois plus tôt, Isabella avait tant redouté d'épouser Edward, aujourd'hui, elle souhaitait presque remercier son père pour avoir arrangé l'union.
Dans son nouveau royaume, elle avait découvert une façon de vivre très différente qui l'avait déstabilisée au départ. Déboussolée durant les premiers jours, la Princesse avait vite compris que les mœurs et les traditions de Forks lui donnaient une chance de s'épanouir comme elle n'aurait jamais pu le faire à Phoenix. Isabella n'avait pas été mise de côté simplement parce qu'elle était une femme. Pour la première fois, elle avait vraiment le sentiment de faire partir d'une famille unie.
Et Edward, qu'elle avait tellement craint, avant de mieux le connaître…
Quand elle pensait à lui, une étrange sensation de bien-être se diffusait dans sa poitrine. Elle aimait passer du temps en sa compagnie et son toucher la réconfortait tout en réveillant ses sens du même coup. La Princesse réfléchissait souvent à ces sentiments étranges qu'elle avait pour son époux, sans parvenir à mettre le doigt dessus. Elle savait seulement qu'elle n'avait jamais ressenti une telle chose auparavant.
Et dire qu'elle n'avait pu s'imaginer ce que ce serait de partager son lit ou de porter ses enfants, et qu'aujourd'hui, elle espérait de tout cœur être réellement enceinte… ! Quelle différence quelques mois pouvaient faire !
Une fois dans la salle à manger, la Princesse se força à avaler quelques fruits avant de quitter leurs appartements. Il lui était difficile de trouver l'appétit le matin, car elle se sentait parfois très nauséeuse. Cependant, il était assez rare qu'elle vomisse. La sensation de nausée se dissipait durant la matinée et ne revenait parfois que vers la fin de l'après-midi, juste avant le repas du soir.
En sifflotant, Isabella quitta le bâtiment principal et se rendit, un large sourire sur les lèvres, au bâtiment des guérisseurs. En tout temps, il y avait au moins une personne sur place, mais Isabella préférait discuter de la situation avec Alice. De plus, Edward lui avait conseillé de garder cette grossesse secrète pour le moment. Mais puisque Jasper le savait déjà, Alice le saurait surement bientôt elle aussi. Jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de le cacher, seule la famille royale de Forks connaîtrait l'heureuse nouvelle.
Lorsqu'elle frappa à la porte du bâtiment des guérisseurs, ce fut de nouveau Leah qui ouvrit la porte. La jeune femme au teint foncé recula pour laisser entrer la Princesse. Isabella était embarrassée par la réaction de la guérisseuse, qui s'inclinait en tremblant devant elle.
« Inutile d'en faire autant, » s'exclama Isabella avec un sourire. « Je suis heureuse de vous voir, Leah. Puis-je parler à Alice ? »
« Je suis ici, » fit l'autre Princesse, en sortant d'une chambre. « Vous souhaitiez me voir, Isabella ? Qu'y a-t-il ?»
Isabella ouvrit la bouche, puis jeta un regard nerveux à Leah. Cette dernière évitait soigneusement de regarder les deux Princesses, en tortillant nerveusement ses mains. Alice fronça les sourcils, se demandant pourquoi sa belle-sœur se montrait si réticente à partager ce qui la troublait. De son côté, Isabella repensait aux paroles de son époux. Elle ne pensait pas qu'il y ait de danger à ce que Leah sache qu'elle portait un enfant, mais mieux valait prendre des précautions.
« Il s'agit d'un problème quelque peu gênant… » murmura Isabella, ses yeux passant d'Alice à Leah.
Alors qu'Alice entraînait Isabella dans une pièce de consultation, la Princesse crut apercevoir un drôle de rictus sur le visage de Leah. Cependant, l'image ne passa devant sa rétine qu'un seul instant et la jeune femme se demanda si elle ne l'avait pas juste imaginé.
« Jasper va beaucoup mieux, » dit Alice en fermant la porte derrière Isabella. « J'ai eu tellement peur pour lui quand je l'ai vu couché dans ce chariot ! Edward lui a raconté qu'il avait été prévenu par Jacob… » Alice s'arrêta un instant, l'air confus. « Comment Jacob a-t-il su d'ailleurs ? De ce que je sais, il devait être caché avec vous, au départ. »
Comme lorsque son époux lui avait posé la question, Isabella paniqua un instant. Comment pouvait-elle révéler qu'elle avait « vu » Jasper être assassiné seulement quelques minutes avant qu'il n'en court réellement le risque ?
« Je n'en ai pas la moindre idée, » mentit la Princesse avec un sourire niais, espérant être crédible. Alice l'observa un moment, étudiant son expression, avant de changer le sujet.
« Que puis-je faire pour vous aujourd'hui, Isabella ? »
Un ravissant sourire apparut sur les lèvres de la Princesse.
« En fait, il ne s'agit pas d'un problème embarrassant, » révéla Isabella. « C'est juste qu'Edward préfère que nous gardions ma condition secrète pour un moment. J'ai besoin d'une confirmation en fait, car je pense porter un enfant, » avoua la jeune femme sur un ton excité.
La Princesse vit l'expression d'Alice changer. Son large sourire se transforma en un sourire mince, forcé. Ses traits devinrent plus durs, son regard ne rencontrant plus celui de sa belle-sœur.
« Allongez-vous, alors, » fit Alice, son ton moins doux, en désignant le lit d'un geste de la main.
L'examen fut bref. Les gestes d'Alice étaient précis et ses questions étaient directes. Tout fut terminé en quelques minutes, avec la conclusion de la guérisseuse :
« Il n'y a pas de doutes, Isabella. Vous portez bien un enfant, » décréta Alice, les lèvres pincées. Isabella se redressa, étranglée par l'émotion, un immense sourire illuminant son visage. Quelques mois plus tôt, elle n'aurait pu croire que cette nouvelle la remplirait d'une telle joie. Elle ne pouvait attendre de retrouver Edward pour lui annoncer que c'était certain, désormais. Au milieu de l'été prochain, ils allaient être parents !
« J'ai du mal à y croire… » murmura Isabella. « Je n'aurais jamais pensé qu'Edward et moi recevrions un tel cadeau si tôt dans notre mariage, mais je suis si heureuse… »
Le bonheur, si évident chez Isabella, provoquait des émotions partagées chez Alice.
D'un côté, elle ressentait une certaine joie à l'idée d'être tante à nouveau et surtout de voir sa belle-sœur si heureuse.
Isabella avait fait beaucoup de chemin depuis son arrivée – d'une façon tout à fait métaphorique, bien sûr. La guérisseuse avait craint quela jeune femme ne s'adapte jamais complètement à son nouveau royaume ou que son mariage avec Edward ne soit pas heureux. Mais visiblement, Alice s'était inquiétée à ce sujet sans raison valable : Isabella était bien loin de la femme effrayée qui avait refusé de partager la même chambre qu'Edward seulement deux mois plus tôt.
Mais d'un autre côté, la grossesse d'Isabella rendait Alice… profondément jalouse.
Cela faisait déjà plus de deux ans qu'elle et Jasper étaient mariés. Dans les premiers mois, en voyant qu'elle n'était pas enceinte, Alice ne s'était pas vraiment inquiétée. Elle savait que cela pouvait prendre un certain temps. Il ne fallait pas s'en faire, se disait-elle. Après un peu plus d'un an, Alice avait abordé le sujet avec Jasper. Ce dernier lui avait dit de ne pas s'inquiéter et qu'ils auraient des enfants éventuellement… Mais voilà qu'après plus de deux ans, la Princesse n'avait jamais manqué ses saignements menstruels une seule fois. L'idée que quelque chose clochait chez elle l'empêchait parfois de dormir la nuit. La guérisseuse tentait de garder sa bonne humeur et de ne rien laisser paraître au quotidien et elle y était parvenue jusqu'à présent…
Et Isabella, mariée depuis un peu plus de deux mois, portait déjà un enfant. Ce à quoi Alice rêvait depuis son mariage avec Jasper – et qui, semblait-il, n'allait jamais se réaliser – Isabella l'avait obtenu facilement et probablement sans jamais s'être questionnée sur sa fertilité.
Bien sûr, Rosalie avait également ses difficultés avec la maternité. La grossesse avec Ethan avait été ardue, en particulier l'accouchement. Alice savait que la future Reine avait fait plusieurs fausses couches, autant avant qu'après la naissance de son fils. Au moins, Rosalie parvenait à porter des enfants, même si elle les perdait ensuite, pensait la guérisseuse. Alice, quant à elle, n'avait aucune preuve de sa fécondité.
« Félicitations, » murmura Alice, le cœur lourd. Elle évita soigneusement le regard de sa belle-sœur en lui faisant ses recommandations, dégoûtée par l'étouffante jalousie qu'elle ressentait.
Alice regarda Isabella quitter le bâtiment des guérisseurs. On aurait dit que la Princesse flottait sur un nuage. Elle était tellement prise par son bonheur qu'elle n'avait même pas vu qu'Alice n'allait pas bien…
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Isabella pénétra dans la salle à manger alors qu'Edward finissait son déjeuner.
« Je vous cherchais…» commença-t-il, mais il fut interrompu lorsqu'Isabella s'assit à califourchon sur ses cuisses et l'embrassa à pleine bouche. Le Prince eut un instant de surprise avant de répondre au baiser de sa femme et de fermer ses bras autour d'elle. Lorsqu'ils se séparèrent pour reprendre leur souffle, il remarqua l'immense sourire sur les lèvres d'Isabella et la façon dont ses yeux semblaient illuminés. Elle était tout simplement magnifique.
« Ne pensez pas que je me plaigne, mais… qu'est-il arrivé pour entraîner un tel élan amoureux ce matin ? » murmura Edward, en posant un nouveau baiser sur les lèvres d'Isabella.
« J'ai consulté Alice ce matin et elle m'a confirmé que je portais bien notre enfant, » expliqua Isabella, en prenant une main d'Edward pour la poser sur son ventre plat. « Nous devrions accueillir notre premier enfant au début de l'été prochain. Ne vous inquiétez pas, elle sait que nous préférons garder cette information entre nous pour le moment. »
Le sourire fut instantané sur le visage d'Edward. Il se redressa, gardant sa femme contre lui alors qu'elle nouait ses jambes autour de la taille de son époux.
« Je crois bien que cela mérite quelques célébrations… »
Aucun autre mot ne fut nécessaire alors qu'il l'amenait dans leur chambre, refermant la porte derrière lui d'un coup de pied.
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Une heure et demie plus tard, Edward entra dans la salle de réunion où Emmett et Carlisle l'attendaient déjà. Puisque Jasper était blessé, il était dispensé de cette réunion, devant uniquement se soucier de se remettre de sa blessure. Le Prince avait quitté une Isabella très souriante, qui s'apprêtait à mettre sur papier ses idées pour le système d'éducation qu'elle avait imaginé.
« Tu es en retard, Edward, » remarqua le Roi, un sourire moqueur sur les lèvres.
« Et je m'en excuse, » répondit le Prince, d'un air qui suggérait qu'il n'était pas réellement désolé. « De quoi souhaitiez-vous discuter en particulier ? Je peux tout de suite vous avertir que la réparation du mur à la frontière avec Volterra est terminée et il a été renforcé. Il ne devrait pas bouger d'un centimètre dans les prochaines années, même dans les prochaines décennies. »
« Je trouve étrange qu'il se soit effondré si subitement, sans que personne ne s'en aperçoive… » murmura Emmett, réfléchissant à l'importance de garder ces frontières sécuritaires, en particulier en ce moment.
« À ce propos, j'ai observé un élément étrange. De la façon dont le mur s'est effondré, on pourrait croire qu'il a été affaibli volontairement, »
« On pouvait s'y attendre… » fit Carlisle, soulignant une évidence. « Pour Volterra, il s'agissait d'une porte ouverte sur notre royaume. Ils auraient donc endommagé le mur pour qu'il s'effondre en partie ? »
« En fait, non, » commença Edward. Il savait que sa révélation allait les choquer. « J'en ai discuté avec celui qui dirigeait les travaux au village. Le mur a été affaibli depuis l'intérieur. Volontairement ou par accident, je ne sais pas, mais un de nos citoyens a endommagé le mur au point qu'il s'effondre la semaine dernière. »
Un silence suivit ses paroles, alors que les deux autres hommes prenaient un moment pour peser l'implication de ce qu'Edward venait de dire.
« Tu penses que nous aurions des espions dans nos rangs ? Des paysans achetés par Aro ? » s'enquit le Roi.
« Je n'ai pas ébruité ce que j'en pensais et je suis convaincuque l'homme qui s'en est aperçu gardera ce détail pour lui. Cependant, je ne pense pas qu'il faille trop s'en inquiéter, à moins que nous ayons d'autres preuves que des hommes d'Aro nous ont infiltrés, » expliqua Edward, relatant ce à quoi il avait pensé durant les derniers jours. Évidemment, il n'en avait parlé à personne pour le moment. Jasper était encore blessé et ce n'était pas le moment de l'embêter avec une telle idée. Il était hors de question qu'il inquiète Isabella avec cette histoire – en particulier en raison de sa condition. « Il pourrait s'agir d'un acte accidentel. »
« Je l'espère, » avoua Emmett. « Je ne pense pas que nous soyons en mauvaise position si une attaque survient contre nous de la part d'Aro. Cependant, nous n'avons certainement pas besoin de nos propres habitants se retournant contre nous et s'alliant à Aro. Je ne crois pas que la meilleure façon d'agir serait d'attendre. Il vaudrait mieux commencer à enquêter.»
« C'est certain, Emmett, mais je pense qu'Edward a raison. Nous n'avons aucune preuve qui nous démontre que nous avons un espion dans nos rangs. Si une autre situation nous laisse croire que c'est le cas, nous agirons, » détermina Carlisle. « Il semblerait que nous représentions tous des cibles évidentes pour Aro. Il a essayé d'assassiner Isabella et toi, Edward, quelques mois plus tôt. Cette semaine, il a presque réussi à nous prendre Jasper. Il faut redoubler de vigilance dès que l'un d'entre nous quitte la forteresse. »
« En effet, il semblerait qu'il cherche à nous déstabiliser par n'importe quel moyen. Nous ne devons pas le laisser gagner, » affirma Edward.
« Bien… Je crois que ça sera tout pour aujourd'hui, » annonça Carlisle, en se redressant. « Restez sur vos gardes, mes garçons. Même ici, protégés dans notre château, on ne peut qu'être trop prudent. »
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Une seule bougie éclairait faiblement la pièce. De somptueuses tapisseries couvraient les murs. Au centre de la pièce, une large carte était installée sur une table en bois massif. Différents points étaient marqués sur la carte, marquant les positions des différentes troupes d'Aro sur les terres qu'il était sur le point de conquérir.
Le Roi était lui-même penché sur cette carte, examinant les différents points nerveusement. Depuis qu'il avait commencé ses plans d'invasion, les choses ne s'étaient pas du tout passées comme il l'avait prévu. Les barbares n'étaient pas parvenus à bout des Princes Jasper et Edward et il avait perdu plusieurs hommes dans le combat à la frontière entre Forks et Volterra. En l'absence de la moindre victoire contre Forks, leur ennemi le plus puissant, plusieurs de ses soldats commençaient à douter de sa qualité de meneur et de sa capacité à les mener à la victoire. Heureusement, le traître de Phoenix n'était jamais bien loin pour le conseiller et l'aide à mettre en place toutes sortes de manigances…
À cet instant, Aro prendrait n'importe quels évènements qui lui permettraient de déstabiliser la famille royale. Ses ordres d'exécuter les Princes Jasper et Edward n'avaient pas été exaucés. Bien sûr, la mort du Prince Edward affaiblirait le royaume de Forks et son armée puisque c'était lui qui la dirigeait. L'alliance entre Forks et Phoenix serait alors mise en danger – du moins, c'était ce qu'espérait Aro. D'un autre côté, assassiner Jasper bouleverserait profondément le Prince Edward ainsi que le reste de la famille royale. Le Roi de Volterra espérait que cette mort serait suffisante pour précipiter Forks dans une guerre où ces derniers seraient mal préparés. C'était une des seules façons qui permettraient à Volterra de vaincre les forces de Forks.
Il fallait maintenant les toucher de l'intérieur – du moins, c'est ce que le traître lui conseillait – et Aro était bien d'accord. Les Princes de Forks n'étaient malheureusement pas stupides. Ils avaient sans doute saisis qu'ils étaient visés.
Décidément, le plan du traître de Phoenix était solide et servirait encore mieux leur cause que l'assassinat des Princes durant des combats. Empoisonner Edward et porter le blâme sur Isabella était ingénieux ! Le royaume de Forks perdrait le chef de son armée, la rendant bien moins efficace, mais en plus, l'alliance entre Forks et Phoenix serait irrévocablement anéantie. Si la famille royale de Forks n'aurait plus aucune confiance au Roi Charles et à ses hommes. Du côté de Phoenix, ils seraient persuadés qu'il y avait une erreur sur la culpabilité d'Isabella et refuseraient également de conserver leur alliance avec Forks. Les deux royaumes seraient vulnérables et il s'agirait alors du moment parfait pour en attaquer un, puis l'autre.
« Le poison est arrivé à Forks, » fit le traître en entrant sans s'annoncer dans la pièce. « Mon espion l'a entre ses mains. »
« Pouvez-vous m'expliquer une fois de plus ce qui leur indiquera qu'Isabella est la meurtrière ? » demanda Aro, en se frottant les mains nerveusement.
« Combien de fois dois-je vous le répéter, Aro ? Il s'agit d'un poison qu'on ne retrouve qu'à Phoenix, que seule Isabella devrait connaître. Il est produit par une plante qui pousse dans les plaines et qu'on nous apprend à éviter dès notre enfance, » expliqua encore une fois le traître. « Une flasque avec ce même poison sera également cachée dans les affaires de la Princesse. Carlisle ne devrait avoir aucun doute quant à la culpabilité d'Isabella. Elle sera sans doute exécutée, ce qui fera un membre de moins de la famille royale de Phoenix à se débarrasser. »
« Effectivement, » fit Aro, salivant déjà à cette victoire facile.
Le poison était indétectable au goût dans le vin ou la bière, mais dégageait une certaine odeur. Les résidents de Phoenix apprenaient à reconnaître cette odeur dès leur plus jeune âge, mais Edward n'aurait aucune chance.
« Mon espion m'a également appris une nouvelle très intéressante, concernant la Princesse Isabella… » dit le traître, jouant avec les marqueurs disposés sur la carte.
« Que vous a-t-elle appris que vous ne saviez pas déjà sur elle ? » s'enquit Aro, peu intéressé.
« La Princesse est enceinte. Ils n'ont certainement pas perdu de temps.»
« À quoi cette information nous sert-elle ? » s'énerva le Roi. « Dans quelques jours, son mari sera mort et elle sera emprisonnée en attendant son exécution. »
« Cela nous permet de penser à notre prochain coup, Aro, » argumenta l'homme de Phoenix. « Il faut toujours avoir en tête que peu de choses se passent aussi facilement qu'on le souhaite… »
Plusieurs kilomètres plus loin, la Princesse Isabella se réveilla en sursaut. Le cœur battant, la peau moite de sueur, elle tenta de reprendre son souffle. Des images floues d'une pièce sombre avec une carte flottaient dans sa mémoire. Deux personnes avaient conversé – une qu'Isabella n'avait jamais rencontrée et une qu'elle connaissait bien. Les détails du rêve semblaient s'échapper au fur et à mesure qu'elle tentait de se les rappeler. Pourtant, elle avait le sentiment qu'elle oubliait un élément important et qu'elle devait se rappeler de ce rêve.
La conversation indiquait qu'ils voulaient faire du mal à quelqu'un, se rappela-t-elle – peut-être même plus d'une personne, mais Isabella n'aurait su dire qui. Cependant, elle devinait qu'elle connaissait sûrement ces gens. La personne qu'elle avait l'impression de bien connaître dans cette conversation avait ensuite révélé une information importante. Mais laquelle ?
Isabella poussa un soupir d'irritation alors qu'elle ne parvenait pas à se rappeler d'autres détails. Il ne s'agissait que d'un rêve, se rassura-t-elle, personne n'était réellement en danger. Malgré le sentiment d'urgence qui l'avait habitée quelques instants plus tôt, malgré le fait que son instinct lui conseillait de mémoriser chaque détail du rêve, il valait mieux dormir.
Encore embêtée par ce rêve dont elle ne se rappelait que peu de choses, Isabella finit par s'endormir de nouveau.
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Le lendemain matin, Edward fut réveillé de façon brutale. Quelqu'un le secouait en disant son nom : « Edward ! Edward ! Edward ! »
Pendant un instant de panique, il crut qu'il était attaqué. Ses yeux s'ouvrirent soudainement, sa main cherchant son arme à proximité. Il balaya la pièce des yeux, cherchant la provenance de la menace. À sa grande surprise, Isabella était agenouillée devant lui, encore dans sa chemise de nuit. Un large sourire illuminait son visage.
« Edward ! Il y a de la neige dehors ! »
Elle lui saisit la main et l'attira à une fenêtre couverte d'une épaisse fourrure. La Princesse tira la tapisserie pour montrer à son époux la mince couche blanche qui recouvrait le sol. Pendant un instant, Edward regarda son épouse, se demandant s'il avait vraiment été réveillé brutalement de son sommeil pour de la neige. Puis, il se souvint que la Princesse n'avait jamais vu de neige auparavant. Le royaume de Phoenix était au sud, près de l'océan et il y faisait assez chaud toute l'année.
Comme une enfant, Isabella contemplait cette matière blanche avec fascination, alors qu'Edward, ayant toujours vécu à Forks, n'y voyait plus rien de spectaculaire. Il devait avouer que le paysage était magnifique : les branches des arbres n'étaient couvertes que d'une mince couche, quelques glaçons s'étaient formés sur les bâtiments et sur les plantes. Le Prince s'imagina apercevoir cela pour la première fois, comme c'était le cas pour son épouse. Il comprenait maintenant mieux son excitation et son émerveillement.
« Vous voulez aller la voir de plus près ? » lui proposa-t-il, un sourire aux lèvres.
« Nous le pouvons ? » s'exclama Isabella, surprise.
« Évidemment ! Venez-vous vêtir chaudement et nous sortirons… »
Quelques minutes plus tard, l'homme et la femme sortaient du château par une large porte menant aux jardins. Edward avait forcé Isabella à vêtir sûrement plus de couches qu'il n'en fallait réellement, mais il ne voulait surtout pas qu'elle ait froid.
Au moment où ils mirent le pied dehors, la neige commença à tomber du ciel en flocons doux et légers, virevoltant sous l'effet de la brise. Isabella tendit la main et en regarda un tomber dans sa main. L'année prochaine, à pareille date, elle pourrait amener son premier enfant profiter de sa première chute de neige. Bien sûr, son enfant ne s'en rappellerait pas; il n'aurait que quelques mois. Cependant, Isabella aurait de beaux souvenirs, quant à elle.
Elle s'élança au pas de course vers les arbres plus loin pour observer les glaçons, mais ses pieds glissèrent sur la glace dissimulée sous la neige. Edward la rattrapa aussitôt dans ses bras, inquiet.
« Ne courrez pas, je vous en prie. Des plaques de glace peuvent se cacher sous la neige et je ne voudrais pas qu'il vous arrive un accident… » murmura-t-il à son oreille.
Isabella acquiesça, mais sa joie ne fut pas gâchée pour autant. Un flocon tomba sur le nez d'Edward et ce fut suffisant pour la faire éclater de rire. Elle regarda le flocon fondre sur le visage d'Edward et être remplacé par une goutte d'eau qui glissa sur la joue du Prince. En cet instant, aucun souci ne vint perturber ces moments pour Isabella. Elle s'amusa avec la neige et les glaçons pendus aux arbres, riant lorsque des flocons lui tombaient dans le visage. Edward partagea sa joie et ses éclats de rire. Il enviait à son épouse cette capacité d'oublier tout problème, toute inquiétude, pour simplement profiter du moment. Malgré lui, son regard parcourait fréquemment le jardin, s'assurant qu'aucune menace ne s'y cachait. « On ne peut jamais être trop prudent, » avait dit son père.
Dommage qu'il n'aperçut jamais la silhouette cachée plus loin, qui les observait dans ce moment d'insouciance.
