Salut à toutes^^
Ma fic est désormais disponible sur AO3!
Avertissement: Ce chapitre est M-rated! Mention de viol (pas trop explicite mais quand même), ne lisez pas les passages en italique si vous êtes sensibles.
Sinon plein de fluff, gamins qui rient, décrassage en règle, les joies du bain, et des retrouvailles attendues.
Le poussin fou: merci^^. Je ne vais pas te spoiler, mais non, je ne ferais pas apparaître Thorïn Heaume-de-Pierre, parce que j'ai fait des recherches, et qu'apparemment, selon la conception de Tolkien, ce qui est mauvais ne peut pas se reproduire par lui-même (c'est pour ça que les Uruk-Hai de LotR sortent des trous du sol), et c'est d'ailleurs pour cela que Dain a besoin de Kili. Sinon, pour les insultes, je te met un lien, il faudra juste que tu enlève les espaces: bluecloakedbowandarrow . tumblr post / 39855548548 / khuzdul
Bonne lecture!

Chapitre 12

My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key

My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key

I'm standing on a stage
Of fear and self-doubt
It's a hollow play
But they'll clap anyway

My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key

You're standing next to me
My mind holds the key

I'm living in an age
That calls darkness light
Though my language is dead
Still the shapes fill my head

I'm living in an age
Whose name I don't know
Though the fear keeps me moving
Still my heart beats so slow

My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key

You're standing next to me
My mind holds the key
My body is a

My body is a cage
We take what we're given
Just because you've forgotten
That don't mean you're forgiven

I'm living in an age
That screams my name at night
But when I get to the doorway
There's no one in sight

My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key

You're standing next to me
My mind holds the key

Set my spirit free
Set my spirit free
Set my body free

Peter Gabriel, "My body is a cage"

De sa fenêtre, Thorïn pouvait voir les enfants jouer dans la cour pavée. Il pouvait les entendre rire, mais de là où il était, il était impossible de savoir lequel était Nain, lequel était Humain, lequel était Semi-Homme. Curieux comme tous les enfants se ressemblaient si on n'était pas trop regardant. Les différences venaient avec l'âge.
Ce rire haut perché devait être celui de Tilda, la petite dernière de Bard, une adorable gamine de dix ans aux joues rondes et aux boucles chatain. Les éclats semblables à des grelots devaient appartenir aux deux plus jeunes Hobbits de la colonie d'Ered Luin. Un Took et un Brandybuck. Il n'avait pas très bien compris quel était leur lien exact de parenté, cousins à il ne savait quel degré, mais toujours était-il qu'ils étaient inséparables et les parfaits pendants aux pieds poilus de ses propres neveux. Autrement dit, quatre fois plus de bêtises lorsque ces quatres-là, qui s'entendaient comme larrons en foire, s'alliaient pour semer la pagaille. Leur dernière invention en date, couvrir Gloïn de miel et de plumes. Il n'avait guère apprécié la plaisanterie, mais son fils Gimli, un petit rouquin à la future barbe prometteuse, plus jeune que Kili de quelques années, avait trouvé la chose très drôle et suivait Fili partout comme son ombre, béat d'admiration. D'ailleurs le rire franc et ouvert qui parvenait jusqu'aux oreilles de Thorïn à cet instant était immanquablement celui de son neveu aux cheveux blonds. Kili, lui, ne riait pas souvent.

Thorïn soupira et se passa la main dans les cheveux tout en fixant le décret qu'il était en train de rédiger. Il avait pensé, avec l'approbation de tout le monde en général et de Dìs en particulier, qu'il serait plus sage de n'avertir le petit de l'arrivée de la Hobbite, qu'il réclamait à corps et à cris depuis des semaines, que lorsque la fille serait éveillée et en bonne santé. Autrement dit, que sa survie soit assurée, histoire de ne pas donner de faux espoirs à l'enfant.
Ce n'était d'ailleurs pas gagné.
Il était allé s'informer de son état en personne deux ou trois fois, lorsqu'il avait assez de temps pour se permettre de ne pas attendre le rapport quotidien d'Oïn. Elle était stable, mais faible. Trop faible même pour ouvrir les yeux. Selon les propres mots d'Oïn, "sous-alimentée, rachitique et droguée jusqu'aux os".
Autrement dit, au bout du rouleau.
Lorsque Bofur et Nori avaient finalement atteint Ered Luin, ils avaient apportés les maigres effets qui constituaient l'essentiel des possessions de la Hobbite.
Principalement des sachets emballés à la hâte contenant des feuilles sèches à l'odeur douceâtre.
Le reste...de la ficelle, des morceaux de fer tordus, un éclat de verre, un briquet à amadou fabriqué tant bien que mal avec les moyens du bord, un dé à coudre cabossé, des pièces d'une valeur risible et un dé en os usé et visiblement plombé d'un côté. La seule chose qui paraissait en bon état était le couteau, une arme fine et élégante assez longue, à manche de corne, visiblement régulièrement entretenue, malgré la fait qu'il restait encore une croûte d'un rouge brunâtre dont l'origine ne faisait guère de doute incrustée dans les fissures du pommeau. Pas une arme de combat, non. Une arme d'assassin. Le genre qu'utilisait Nori, qui glissait entre les mailles et les plates des armures, se faufilait entre le côtes, tranchait la chair et les os avec élégance et précision. Rien de noble dans l'utilisation d'une telle arme, et pourtant il se doutait bien que ni honneur ni noblesse n'avaient plus cours sous la Montagne.
Combien de fois la Hobbite s'en était-elle servie? Jusqu'à quelles extrémités avait-elle été réduite pour assurer sa survie, ou pire, celle de Kili?
Thorïn n'était pas sûr de vouloir vraiment une réponse à ses questions.
Jusqu'où pouvait-on aller? Que faisait-on pour rester en vie dans les bas-fonds d'Erebor, ne serait-ce qu'un jour de plus?
Il avait demandé à Nori. Une fois.
Tout, avait été la réponse. Et par tout, il entendait tout.
Il y avait bien longtemps que tous les êtres infortunés qui avaient la malchance de vivre sous la Montagne Solitaire avaient envoyé à Melkor honneur, dignité, respect, compassion, devoir, amour, bonté, pureté...
Et pourtant, Bilbo Baggins avait recueilli Kili. En toute logique, elle aurait dû le laisser mourir, et même Nori, qui affirmait l'avoir en partie élevée, allait en ce sens.
Thorïn ne pouvait être qu'intrigué.
Pourquoi?
Oui, pourquoi quelqu'un pouvant à peine se sustenter elle-même irait-elle récupérer un gosse perdu en pleine croissance?
Cela n'avait aucun sens. Cette fille était une énigme, et qui risquait bien de rester irrésolue car, selon Oïn, même si la fièvre avait sensiblement baissé et que la blessure semblait cicatriser correctement, restait toujours le problème de la drogue et de la faim. Nourrir une personne inconsciente n'était pas une partie de plaisir, et il était bien entendu impossible de la faire fumer. Oïn pensait à un produit de substitution. Thorïn ne connaissait pas bien les effets du Vieux Toby pour ne l'avoir jamais essayé, mais il savait qu'il s'agissait là d'un des plus grands fléaux ravageant les bas-fonds d'Erebor. Une plante poussant dans la moisissure des tunnels, cultivés par des trafiquants sans scrupules qui eux, se gardaient bien d'en consommer. S'il existait une alternative à cette drogue, il comptait sur Oïn pour la trouver. Il ne pouvait se permettre d'en cultiver ici, à Ered Luin, juste pour une seule Semie-Homme. La plante pourrait tomber entre de mauvaises mains et ce serait la catastrophe.
Etonnamment, Dìs prenait très à coeur la survie de la Hobbite. Ou pas si étonnant que ça, tout compte fait. C'était de son fils qu'il s'agissait. Et c'était une raison suffisante pour que Dìs s'improvise infirmière et réquisitionne Tauriel pour l'assister. Curieusement, le fait qu'elle soit une Elfe ne la dérangeait pas. Des trucs de femmes, sans doute.
Ce qui était sûr, c'est que ce n'était sûrement pas Frerïn qui allait s'en charger.

Thorïn jeta à nouveau un oeil par sa fenêtre. Comme il s'en était douté, le Prince Couronné et Second en ligne de succession de la lignée de Durïn se trouvait en bas dans la cour en train de jouer avec les gamins aux "Grands Aigles de Manwë", ce qui consistait apparemment à courir dans tous les sens en battant des bras et en poussant des cris perçants. Ça ressemblait plus au "Vol du Hibou Asthmatique", mais c'était sans doute une question de point de vue.
D'autant que Thorïn se demandait bien comment son cadet se débrouillait pour ne s'être pas encore payé un mur ou un pilier étant donné qu'il gambadait avec Tilda sur les épaules et que la robe de la fillette menaçait de lui recouvrir la tête à tout instant.
Le Roi se massa lentement les tempes, affligé.
Enfin.
Mieux valait les gamins que les filles de la taverne. Des humaines en plus. Manquait plus qu'une seule d'entre elle tombe enceinte et ça serait la catastrophe.
Quoique. Il y avait certaines rumeurs comme quoi Frerïn était bien trop proche de Nori. Pas que le concept en lui-même ne dérange Thorïn. Il y avait si peu de femmes Naines, et la différence n'était de toute façon pas bien grande. Lui-même ne pouvait nier avoir bien profité des deux sexes indifférenciés dans sa jeunesse. Il était, après tout, un homme, ou plutôt un Nain, avec des besoins. Mais c'était avant.
Avant qu'il ne sache ce qu'être Durïn l'Immortel réincarné impliquait.
L'amour d'un Nain pour son Unique était tel qu'il ne souffrait aucune objection. Le sexe, l'âge, l'espèce... La seule chose qui restait taboue était l'inceste, et encore. Seulement entre frères et soeurs ou parents et enfants. Il n'était pas absolument pas rare que des couples se forment entre cousins ou oncles, tantes et neveux et nièces.
Ce n'était donc pas le problème.
Autrefois, peut-être, lorsque Dìs était portée disparue. Mais son retour inattendu et la présence de ses deux enfants changeaient totalement la donne. L'avenir de la lignée de Durïn était plus qu'assuré. Donc si Frerïn se rapprochait de Nori au-delà de la simple amitié, Thorïn ne s'y opposerait pas. Le seul qui risquait de s'arracher les cheveux et la barbe était Dwalïn, qui ne les supportait ni l'un, ni l'autre, mais ce n'était pas comme s'il avait son mot à dire.
Le rire de Frerïn résonna joyeusement sur les murs de pierre. Oui, si son petit frère était heureux, Thorïn serait satisfait.
Si lui ne pouvait pas vivre au côté de son Unique, au moins pouvait-il s'assurer que les êtres qui lui étaient les plus chers au monde aient ce bonheur.


L'Homme est grand.
Grand et lourd, et il l'écrase de sa masse, aussi oppressant que la Montagne au dessus d'elle.
Il a une barbe hirsute et des yeux de furets.
Elle se tasse sur elle-même, recroquevillée.
Elle a tellement, tellement faim.
Son ventre hurle et se tord, comme s'il brûlait de l'intérieur.
Elle a besoin de fumer.
- S'il vous plaît...
Elle ne peut pas payer.
Elle n'a pas assez.
Elle n'a rien et l'Homme le sait.
Elle ne veut pas mourir.
Elle ne veut pas.
Elle ne veut pas que les rats viennent pour elle.
Elle doit fumer.
Maintenant.
Sûrement, il y a une autre moyen.
L'Homme se lèche les lèvres, la détaillant sans vergogne et elle veut s'enfuir en courant et son esprit hurle de terreur, mais elle ne bouge pas.
Il a du Vieux Toby.
Beaucoup de Vieux Toby.
Il peut l'aider.
Que veut-il?
C'est assez évident.
N'importe quoi.
Tout, n'importe quoi, s'il vous plaît...
À genoux, il ordonne, et elle ne sait pas pourqoi elle obéit.
Peut être parce qu'il peut l'écraser d'un coup de poing.
Le sol est dur et froid sous ses genoux et sous ses paumes.
Les cailloux lui rentrent dans la peau.
Tu peux faire la pute.
Ta mère en était une.
Elle essaie de se convaincre mais la peur est là et s'aggrippe à elle comme un crampon aux griffes d'acier.
Du courage.
Elle a juste à attendre qu'il ait fini et ensuite elle s'en va avec les feuilles et tout ira mieux.
Quand elle réalise qu'elle ne veut pas cela, pas ça, pas comme ça, il est déjà trop tard.

- Un bain?
Dame Dìs soupira.
- Oui, maître Oïn. Un bain.
Elle ne savait pas qu'en plus d'être sourd, le vieux guérisseur était idiot.
Enfin.
La Hobbite était d'une saleté répugnante, et il était évident qu'elle n'avait jamais pris de bain de sa vie. Il fallait bien commencer par là. De plus, la propreté du corps aidait à celle de l'âme, et Dìs en avait assez d'être réveillée la nuit par des hurlements de terreur. Dans ces moments-là, pas d'autres solutions que de la bercer jusqu'à ce qu'elle se calme.
Elle ne savait pas ce que la Hobbite avait enduré pour avoir de telles frayeurs nocturnes, et bien qu'elle en eut une petite idée pour avoir quasiment passé elle aussi sa vie sous la Montagne, dans un quartier pauvre mais assez sécurisé, elle ne tenait pas vraiment à savoir comment était la vie dans les bas-fonds.
Le plus étonnant était que la petite ne se réveillait pas. On pouvait la nourrir, la déplacer...disons qu'elle bougeait et réagissait, mais sans plus. Le contrecoup, sans doute, mais il était vrai que la Semie-Homme était dans un état pitoyable et toujours fiévreuse. Et selon la propre expérience de Dame Dìs, rien de tel qu'un bon bain chaud pour se sentir mieux. Lorsqu'elle était arrivée à Ered Luin, c'était la première chose qu'elle avait faite.
La baignoire de cuivre était prête, l'eau fumait paresseusement.
Dìs congédia Oïn au moment où Tauriel entrait, chargée d'une pile de linges propres.
- J'ai emprunté une des vieilles robes d'enfant de Sigrid. J'espère que ça ira, annonça l'Elfe.
Une chemise de nuit en dentelles d'assez mauvais goût, à vrai dire, mais la taille semblait convenir.
Un sanglot étranglé s'éleva dans la pièce.
Des larmes coulaient sur le visage crispé de la Hobbite. Encore.

Les larmes qui roulent sur ses joues sont chaudes.
Elles se mêlent à la terre et à la poussière.
Elle ne veut pas ça.
S'il vous plaît.
Tant pis pour la drogue.
Elle ne peut pas.
Elle veut se relever, courir, disparaître.
Une main énorme se presse sur sa nuque, comme un étau d'acier, plaquant sa figure dans la poussière.
Elle rue, crie, se débat, supplie enfin alors que toute fierté disparaît mais elle n'est qu'une Hobbite et il est un Homme et il est fort, fort, fort, bien trop fort pour elle.
Elle ne veut pas.
Elle ne veut pas.
Non.
Non.
Non.
Elle hurle.
Il tire sur ses cheveux, ramène violemment sa tête en arrière.
Violente douleur dans sa colonne vertébrale.
Comme si elle se brisait en miette.
Il lui cogne la tête contre le sol.
Une fois.
Deux fois.
Un liquide chaud lui coule dans le nez, la bouche.
Ça a le goût de rouille.
Son corps ne répond plus.
Froissement de tissu.
Déchirement.
Il est en train d'arracher ses vêtements et elle essaie de se battre.
Elle essaie.
Ses larmes ont le goût de sang.
C'est tout ce qu'elle peut voir goutter sur la poussière, un mélange boueux des deux.
L'air froid heurte sa peau nue.
Non.
Non.
Non.
S'il vous plaît, non...
Elle ne veut pas.
Veut pas.

La pression sur son cou est atroce.
Ses mains sont rugueuses.
Ses ongles coupants.
Elle a envie de vomir.
Elle crie encore, et il lui cogne la tête encore une fois contre le sol.
Elle ne veut pas.
Et puis il fait quelque chose et elle hurle et ça fait mal, horriblement mal et ça brûle et c'est comme être déchirée de l'intérieur et elle se mord la langue, tousse, crache son sang et la souffrance.
Elle veut que quelqu'un vienne.
Elle veut que ça s'arrête, mais personne ne vient.
Elle ressent trop de choses.
L'Homme apprécie ce...ce qu'il est en train de faire et grogne de contentement.
C'est répugnant.
Elle ne veut plus ressentir.
Elle veut mourir.
Ou le tuer.
Le regarder souffrir.
Oh oui.
L'écouter hurler.
La douleur s'apaise alors que l'image de l'homme se tordant de souffrance danse devant ses yeux.
Elle ne se débat plus, elle attend, passive, les dents serrées, visage pressé contre le sol.
La douleur est toujours là, lancinante.
Et puis il a fini et il la relâche brusquement et elle s'effondre sur le sol.
Il y a une douleur brûlante entre ses cuisses, et du sang qu'elle devine être le sien et quelque chose d'autre qui fait qu'elles restent collées ensembles quand elle essaie de s'assoir.
L'odeur manque de lui faire rendre le contenu de son estomac.
Elle se sent tellement sale.
Il lui jette quelque chose qui atterrit dans la poussière devant elle.
Elle ne peut même pas lever la tête pour le regarder.
C'est le Vieux Toby.
Le prix de la seule chose qui lui restait encore d'innocent.
Elle veut lui rejeter à la figure.
Lui faire bouffer et qu'il s'étrangle avec.
À la place elle se recroqueville sur elle-même et recommence à sangloter, parce qu'elle est lâche et qu'elle le sait.
Il fronce le nez, lui fait signe de sortir.
Tu me dégoûtes, qu'il crache.
Bonne à rien.
Même pas de quoi faire une putain.
Elle voudrait lui sauter à la gorge.
Le tuer avec ses dents, ses ongles, n'importe quoi.
Elle se lève en chancelant, rajuste maladroitement ses vêtements déchirés et sort.

Dìs pris la Hobbite dans ses bras, la berçant comme elle le faisait avec ses fils, caressant les cheveux sales. La petite, Bilbo, était secouée de sanglots déchirants et de violents hauts-le-coeur. Ses doigts avaient trouvé le chemin d'une des tresses de Dìs et tiraient douloureusement dessus, jointures blanchies. Elle émit un horrible son étranglé, de pure terreur, se débattant légèrement, et la Naine resserra son étreinte.
La Semie-Homme marmonnait des phrases inintelligibles entrecoupées de sanglots et Dìs mit un certain temps à en saisir le sens.

Non non non s'ils vous plaît non je ne veux pas pas non ça fait mal pitié non arrêtez non s'il vous plaît s'il vous plaît non je ne veux pas non...

Elle suppliait. Elle suppliait quelqu'un que ni l'Elfe ni la Naine ne pouvait voir.
Tauriel plaqua sa main sur le front de Bilbo, pour la retirer immédiatement avec une exclamation horrifiée.
- Est-elle toujours fiévreuse?
L'Elfe secoua la tête d'un air choqué.
- Tant de haine, de peur et de colère, murmura-t-elle.
Devant le regard interrogateur de Dìs, elle reposa ses longs doigts pâles aux ongles délicats sur le front en sueur de la Hobbite.
- Ce n'est pas dirigé contre nous.
Elle murmura quelque mots d'apaisement en Sindarin, et la Hobbite se calma peu à peu, reniflant pitoyablement dans les bras de Dìs.

Elle ne peut pas courir.
Tout le monde a l'air de savoir ce qui s'est passé et personne ne s'en soucie.
C'est là qu'elle se rend compte à quel point sa situation est normale dans les bas-fonds.
Elle est juste une fille qui vient de vendre son corps pour survivre et que personne ne viendra réconforter, et elle ravale ses larmes pour fuir la tête baissée, rasant les murs.
La drogue brûle dans sa main.
Cela en valait-il la peine?
Elle ne sait pas.
Elle ne sait plus.
Elle le sent toujours sur son corps.
Son odeur.
Son toucher.
Partout.
Elle ne sera plus jamais propre.
Elle veut mourir.
Elle veut partir.
C'est trop.
Mais ça revient au même.
Elle ne veut pas, elle ne peut pas recommencer ça pour rester en vie.
Elle ne peut pas vivre comme sa mère.
Elle ne peut pas faire ça.
Elle ne peut rien faire.
Tout semble terrifiant à présent.
Et puis l'idée vient.
La Porte.
Oui.
Elle va passer la Porte et elle va arrêter de souffrir.
D'une façon ou d'une autre.

Dìs souleva la Semie-Homme dans ses bras, aidant Tauriel à retirer les vêtements raidis par la crasse.
Elle était de plus en plus horrifiée.
Le corps qui se révélait au fur et à mesure était celui d'un enfant. Petite poitrine impitoyablement comprimée par des bandages, hanches étroites de gamine, jambes et bras aussi fins que des branches. Chaque côte, chaque os était visible et ressortait comme sur un écorché. On devinait les cicatrices plus qu'on ne les voyait sous la couche de crasse. Mais il y en avait beaucoup trop.
La Naine se demandait quel âge elle pouvait bien avoir. C'était impossible à dire.
Tauriel se taisait, visage fermé, et Dìs savait qu'elle ne pouvait voir ce qui se trouvait devant elle, mais ses doigts étaient d'une sensibilité extrême, et son expression parlait d'elle-même.
Doucement, en prenant garde de ne pas mouiller les bandages neufs qui entouraient son pied blessé, la Naine déposa la Hobbite dans l'eau chaude. Des rubans de crasse commencèrent immédiatement à serpenter dans la baignoire alors que Bilbo se détendait inconsciemment.
Dìs retroussa ses manches.
Au moins, elle dormait toujours. Parce qu'au vu du cauchemar que ç'avait été de décrasser un Kili bien moins sale et parfaitement éveillé, Dìs ne savait pas si elle avait envie de retenter l'expérience et de se retrouver trempée comme une soupe.
Au grands mots, les grands remèdes.
Elle s'empara du savon et d'un gant de crin avec détermination, et commença à frotter vigoureusement alors que l'eau noircissait au fur et à mesure.
Par le marteau à trois têtes de Mahal. Mais quelle couche de crasse. Combien de centimètres y en avait-il?
Dìs se rendit compte qu'elle avait juré à voix haute en voyant la pointe des oreilles de Tauriel devenir écarlate.
Quoi?
Mais quelle bande de prudes, ces Elfes! Ce n'était qu'une métaphore un peu crue, bon sang.
L'Elfe commença à décrasser ce nid de rat plein de noeuds qui servait de chevelure à la Hobbite. Ce qui n'était pas une mince affaire. Heureusement qu'ils étaient courts.
L'eau avait une couleur assez peu sympathique de boue fumante à présent. La saleté datant de plusieurs années était bien incrustée, mais la véritable couleur de la peau commençait à apparaître.
Dìs cessa un moment de récurer pour se frotter le bras. Mine de rien, ça faisait mal.
Enfin.
Le dos, maintenant.
La saleté se disolvait dans l'eau en vagues brunâtres. Il y aurait probablement un dépôt au fond de la baignoire, mais ce n'était pas vraiment un problème.
Dìs retourna doucement la Hobbite pour qu'elle lui tourne le dos. Ses omoplates proéminentes ressortaient même sans qu'elle soit voûtée.
La couche de saleté était plus épaisse ici qu'ailleurs, et lorsqu'elle compris pourquoi, elle jura à nouveau.
Ce qu'elle cachait était horrifiant.
Un entrelac de cicatrices semblable aux tentacules d'une méduse couvrait le dos de la Semie-Homme de la base de la nuque au creux des reins. Et entre les omoplates, marqué au fer rouge, si noir que la peau et la chair avaient dus être calcinés jusqu'à l'os, un dragon déployait ses ailes.
Tauriel effleura les cicatrices du bout des doigts, tentant de comprendre la réaction de la Naine, et ses yeux aveugles s'écarquillèrent d'horreur.
- Par Erù, murmura-t-elle, choquée.
Il était évident que la Hobbite avait été fouettée et que celui qui avait manié le fouet avait eu pour but de détacher la chair des os. Les cicatrices étaient bien trop profondes et irrégulières. Ça ressemblait aux marques que laissaient ces fouets orcs aux multiples lanières ornées de fragments de métal acérés et le plus souvent jamais nettoyés pour que l'infection prenne.
Bilbo était si...petite. Comment avait-elle pu seulement survivre à un tel traitement alors qu'elle avait hurlé à la mort lorsqu'on avait tenté de soigner son pied entaillé?
Était-ce ce dont elle rêvait, revivait dans son sommeil toute les nuits?
Ou des autres sévices innombrables qu'elle avait dû subir dans les bas-fonds de la Montagne?
Le dragon indiquait clairement le commanditaire. Quand à ce qu'elle avait fait pour mériter un tel châtiment...Dìs n'en avait aucune idée. Mais connaissant l'Usurpateur, elle s'était sans doute trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, un jour où il avait eu envie de s'amuser. Elle voyait mal une aussi petite créature être un opposant politique à éliminer. Pour le Roi sous la Montagne, elle était sans doute moins qu'une fourmi à écraser sous le talon de sa botte. Et pourtant...elle avait sauvé et protégé Kili.
Cette femme, car c'en était une en dépit de tout et de son apparence juvénile, avait sauvé son fils.
Cela aurait pu lui valoir l'exécution, mais les cicatrices semblaient bien antérieures. C'était donc autre chose.

Dìs souleva la Hobbite dégoulinante d'eau chaude dans ses bras et l'enveloppa dans une serviette propre. La baignoire ressemblait à présent à un marécage, mais au moins, Bilbo Baggins était récurée dans le moindre détail, ce qui amenait à plusieurs découvertes.
D'un, sa peau n'était pas ombre comme on aurait pu le croire, mais d'une pâleur presque malsaine, ce qui s'expliquait facilement par la privation de soleil pendant sa vie entière.
De deux, elle avait des taches de rousseur sur le nez.
De trois, ses cheveux, et les poils qui lui couvraient le dessus des pieds, étaient d'une délicate teinte de miel foncé. Pas de cette couleur grise ou noire ou même verdâtre qu'ils arboraient avant leur décrassage.
- Devons-nous prévenir le Roi? s'enquit Tauriel.
Dìs pesa le pour et le contre avant de répondre.
- Non.
Si elle avait caché ses cicatrices, c'était bien pour une raison. Il serait humiliant de mentionner ce détail à Thorïn, un homme. Tauriel et elle étaient des femmes, et elles avaient tout de même l'impression que c'était là quelque chose qu'elles n'auraient pas dû voir.
Donc non.
Dìs réussit tant bien que mal à enfiler la chemise de nuit à la Hobbite. Elle flottait dedans, surtout au niveau de la poitrine, mais c'était mieux que rien.
La Naine espérait qu'elle serait bientôt en était de se lever. Elle voulait lui parler. Elle voulait des réponses.
Et elle en aurait, se promit-elle. Bientôt.


Bilbo ouvrit ses yeux lentement. Les referma aussitôt. Il y avait de la lumière et elle heurtait ses pupilles sensibles.
Que s'était-il passé?
Elle avait l'esprit embrumé.
Tu es tombée, idiote, rappelles-toi.
Ah oui. C'était ça.
Était-elle morte?
Quelque chose n'allait pas.
Elle avait l'impression d'être enveloppée de partout d'un cocon chaud et doux.
Elle se sentait bien.
Voilà. C'était ça qui n'allait pas. C'était anormal.
Il y avait des voix autour d'elle. Des murmures. Ses oreilles bourdonnaient et elle ne comprenait pas ce qui se disait. Sentant la peur familière couler dans son ventre, Bilbo compta mentalement jusqu'à cinq et ouvrit grand ses paupières.
Trop de lumière, toujours, mais c'était au moins supportable.
Ses yeux rencontrèrent un plafond de pierre. Sa gorge se serra. Elle avait soif. Un gémissement rauque s'échappa de sa gorge. Ses doigts se refermèrent sur une matière chaude, et douce. Poilue. De la fourrure?
Elle entendit quelque chose se briser, des bruits d'agitation.
Une main fraîche se posa sur son front, calmant sa migraine naissante.
Tout était un peu flou.
Mais c'était indubitablement des visages au dessus d'elle. La Hobbite déglutit. Puis elle parvint à distinguer les détails de l'un d'eux et elle sut avec certitude qu'elle était morte.
C'était de l'ordre du physiquement impossible.
La...femme (?) était d'une beauté incroyable. Sa peau pâle brillait presque, ses traits fins étaient d'une délicatesse sans pareille, ses grands yeux étaient d'un vert tirant sur le doré, et ses longs cheveux roux ondoyaient autour d'elle à chacun de ses mouvements comme des rivières de feu.
- Vous êtes un ange? réussit-elle à croasser. Je suis morte, c'est ça?
La femme rit. Un rire cristallin. Iréel. Rejoint par un autre rire, qui semblait grossier en comparaison. Un rire qu'elle connaissait.
Il était donc mort lui aussi?
Assis à côté d'elle, Nori et sa stupide coiffure en étoile, riant stupidement, un sourire stupide plaqué sur la figure.
- Non, mais c'est pas passé loin, dit-il lorsqu'il eut repris son souffle. Tu es à Ered Luin, dans la demeure de Maître Oïn, il est dix heures du matin et nous sommes le vingt-trois mars, si tu veux tout savoir.
Donc elle n'était pas morte.
Elle ne savait pas si c'était une bonne nouvelle.
- Tu nous a fait une belle peur, akhûnith.
Elle reporta son attention sur la femme. Pas d'ailes. Donc pas un ange. Et les yeux mordorés, pourtant si beaux, ne voyaient pas.
Puis elle nota les oreilles pointues, semblables aux siennes, mais plus fines. Une Elfe. Elle avait vu une Elfe. Elle nageait en pleine légende, là.
Le souvenir de la peluche de Kili lui arracha un sourire forcé.
"Monsieur Elfe", hein?
Les Nains ne devaient vraiment pas aimer les Elfes pour donner leur nom à une horreur pareille.
La peluche de Kili.
Kili.
Était-il ici?
- Kili? demanda-t-elle d'une voix rauque.
- J'irais chercher mon fils dès que vous aurez mangé quelque chose, répondit une voix grave, mais indubitablement féminine.
Derrière l'Elfe se tenait la plus belle femme Naine qu'elle eut jamais vue. Et elle en avait vu pas mal, c'était dire. Elle était grande et fine, d'une beauté froide et sévère malgré un nez long et droit typiquement Nain. Ses longs cheveux noirs épais étaient tressés de perles de métal argentées, et elle portait un court collier de barbe. Sous ses épais sourcils parfaitement dessinés, ses yeux étaient bleus.
Deux saphirs glacés.
La même couleur que ceux du Roi sous la Montagne, et un frisson parcourut sa colonne vertébrale. Mais les yeux de la Naine ne contenaient aucune folie meurtrière, seulement de la mélancolie.
La mère de Kili. La ressemblance était évidente.
Kili n'était pas son fils, en fin de compte. Ce fut comme un coup de poing dans son estomac. Le gosse avait une mère, une mère bien vivante.
Il n'avait plus besoin d'elle.
La Naine s'assit avec précaution sur le lit, lui tendant un bol fumant. De la soupe? L'odeur riche des légumes envahit ses narines et sa bouche se mit à saliver.
- Merci, dit-elle. Merci d'avoir sauvé Kili.
La Hobbite hocha timidement la tête et prit une cuillérée. C'était trop chaud et ses yeux se remplirent de larmes. Mais son estomac exprima assez bruyemment sa satisfaction.
Du coin de l'oeil, elle nota, sur une chaise, sa vieille sacoche usée, mais apparemment toujours pleine.
Bien.
Elle absorba la soupe plus vite qu'elle ne l'aurait dû et faillit s'étouffer, mais elle avait trop faim.
Nori se leva.
- Oïn! appela-t-il. Où est-il, ce vieux croûlant?
- Tant que vous y êtes, Nori, l'interpella la Naine alors qu'il quittait la pièce, vous voudrez bien allez chercher Kili?
Bilbo se raidit, se souvenant d'un détail. Elle ne sentait plus rien dans une région précise de son corps.
- Mon pied...demanda-t-elle avec hésitation.
- Tout va bien, la rassura la Naine. C'était juste une mauvaise infection.
La Hobbite porta son bras à son visage. Renifla. Des...fleurs? Depuis quand sentait-elle la fleur? Et depuis quand avait-elle la peau claire?
- Je sens bizarre, observa-t-elle.
L'Elfe et la Naine s'entreregardèrent. Mal à l'aise.
- C'est normal, répondit l'Elfe. Nous vous avons donné un bain.
Un bain? Sérieusement? Dans de l'eau? Mais ça voulait dire...
Elle avaient vu.
Mahal.
Elles savaient.
Bilbo baissa les yeux. Ses joues la brûlaient de honte.
- C'est moche, n'est-ce pas? murmura-t-elle.
Silence.
- Je ne l'ai jamais vu, avoua-t-elle.
Vrai. Elle ne savait pas à quoi ressemblait exactement ce qu'elle avait dans le dos, faute de miroir à sa disposition. Nori savait, puisqu'il l'avait soignée, mais elle avait seulement senti les cicatrices sous ses doigts et n'avait jamais vu de ses propres yeux l'étendue des dégâts. Et elle n'avait franchement pas envie de voir. Elle ne voulait pas en parler non plus, d'ailleurs.
Le silence devenait embarrassant.
Bilbo se concentra sur les broderies en dentelles de la chemise dont on l'avait revêtue. C'était joli. Comme des toiles d'araignées. Elle n'avais jamais porté de vêtements aussi luxueux, même si l'habit avait manifestement déjà été porté.
Elle releva la tête.
- Mes anciens vêtements, est-ce que vous les avez gardés?
Il y avait certainement de l'argent cousu dans les doublures, qu'elle aurait aimé récupérer.
La Naine aux cheveux noirs, la mère de Kili, bon sang, il allait falloir qu'elle s'y fasse, hocha la tête.
- J'ai demandé à ce qu'on les lave, mais je crains qu'ils ne soient guère récupérables.
- Brûlez-les, marmonna Bilbo. Il fallait que j'en change de toute façon. Une fois tous les deux ans.
Les yeux sans regard de l'Elfe s'arrondirent légèrement.
La Hobbite décida qu'elle aimait bien la génitrice du gosse. Elle ne la regardait pas avec pitié. Plutôt avec sollicitude.
- Bilbo?
Cette voix. Timide. Incrédule. Hésitante.
C'était lui.
Dans l'encadrement de la porte.
Son petit garçon aux cheveux noirs en bataille. Aux yeux de charbon soyeux.
Il était plus petit dans son souvenir, non?
- Bilbo!
Tellement beau, son petit garçon.
Elle sourit faiblement.
- Salut, gamin.
Et puis soudain le gosse était dans ses bras en train de sangloter dans le creux de son épaule, et elle le serrait pour ne plus jamais le lâcher et ses propres joues étaient mouillées de larmes et il y en avait aussi dans les yeux de saphirs liquides de la mère de Kili et pour la première fois depuis une éternité, elle avait l'impression que tout allait bien.

Vous croyez que tout va bien? Pauvres naïfs...
next chapter: Bilbo rencontre Thorïn^^
à vendredi prochain, 7 heures!