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Leçon finale : Liberté

La dernière fois qu'il l'a vue, il l'a perdue.

o.O.o

Elle le savait. Elle l'a toujours su, d'une certaine manière. Bien sûr, elle voulait ne pas y croire mais elle n'a jamais pu se convaincre. Elle le savait, il le lui a promis. Ils se retrouveront. Une dernière fois, ils s'étreindront dans un corps à corps mortel. Alors quand il est venu, il s'est installé au comptoir, elle n'a pas été spécialement surprise. Ni même apeurée. Elle l'a regardé commander un whisky pur feu, se pencher sur son verre et attendre. Elle sait ce qu'elle a à faire alors elle claque sa propre bièreaubeurre sur la table et attrape son manteau. Elle se permettra de céder à la crise de panique quand tout sera terminé.

Elle s'adosse au comptoir, juste à coté de lui. De près, le spectacle est encore plus pitoyable. Elle a beau fixer ses traits, il est méconnaissable, amaigri au point d'en être révulsant. Il n'a pas besoin de se grimer, personne ici ne serait bien capable de mettre un nom sur cette face. Mais elle, elle reconnaîtrait ses yeux n'importe où. Des yeux tellement haineux qu'elle en vomirait.

"Miss."

Ca aussi, c'est resté. Une voix moqueuse, un ton amusé et indiscutablement froid.

"Je ne pensais pas que vous me retrouveriez ici."

Et puis deux doigts touchent son avant bras, le sol se dérobe sous ses pieds et l'impero se rompt.

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Sa hanche heurte violemment le sol et son regard se porte vers le ciel, encore brouillé de larmes. La pierre, l'humidité et l'air glacial la renseigne bien assez : Elle est sous terre. Elle n'est plus dans ce pub sorcier à Londres, non. Il semble que la partie d'échecs vient de s'engager.

Et puis elle le voit et elle prend enfin conscience de sa déchéance. Tom Jedusor est là, devant elle et elle se refuse à la moindre émotion. Elle fondra en larmes plus tard, seule. Elle le détaille et son physique la choque, presque. Il est là, dressé, dardant la langue comme pour goûter l'air et siffle entre ses dents. Et puis, sur sa peau courent des veines rouges et boursoufflées, dans un battement lancinant. Comme une douleur aigüe. Et puis ses cheveux, qu'il perd par plaques, dont il se déleste peu à peu comme il perd de son humanité. Et puis son nez fier et aquilin, encore. Et puis, entre ses doigts fins et pâle, une baguette.

Sa baguette.

Et puis Minerva comprend. Elle va mourir ici. Il est venu pour ça, elle crèvera sous terre comme un rat. Comme une proie dans le repère d'un serpent. Hors de question. Elle n'a plus dix sept ans. Elle n'est plus cette gamine qui a hurlé et hurlé, non. Non, c'est décidé, elle s'en sortira.

Jedusor ressemble à un cobra prêt à frapper. Il laisse la baguette glisser de sa main et tinter contre le sol. Un coup de pied l'envoie dans la pénombre les entourant et Minerva est seule. Et puis le silence... Ce silence morbide et déplacé.

"Bienvenue Minerva."

"Vous êtes en retard."

Et c'est vrai. Il lui a promis un an, pas six. Tom grimace un sourire en s'approchant de sa proie. De sa petite, toute petite proie.

"Tout ne tourne pas autour de nous, hélas."

Tout ? De quoi parle-t-il ? Sans doute son incompréhension se lit-elle facilement car il ricane.

"Ces cinq dernières années, je les ai passées sur une énigme. Une vilaine énigme qui me promettait mille choses et donné aucune. Et pourtant j'ai sacrifié et sacrifié encore des bêtes, des demi-sangs, des moldus et même toute une batterie de sang de bourbe. J'ai massacré des familles entières. Pour rien. J'ai égorgé, déchiré, dépecé, empoisonné, saigné, cassé et broyé des os. Pour rien. J'ai tracé pentacles sur pentacles, testé toutes les phases de la lune, écumé tous les grimoires et déterré des forêts entières. Et tout ça pour rien ! Il ne s'est jamais montré !"

"Qui est ce "il" ?"

Mais Tom ne prend même pas la peine de lui répondre. Il s'approche d'elle, avide.

"Vois-tu ma belle, j'ai enfin compris ce qu'il m'ordonnait. Ca a prit cinq ans mais j'ai enfin compris. Il veut une vie oui, mais pas n'importe laquelle. Il se fiche du sang, moldu, sorcier ou sang mêlé, peu lui importe. Il veut un sacrifice. Pas celui d'un autre, le mien ! Il veut que je lui sacrifie une création, une vie aimée. La votre."

Minerva serre les dents un instant. Puis elle reprend la parole d'une voix polaire, un ton qu'il n'a jamais entendu de sa bouche.

"Qui est il ?"

Tom lui dédie son plus beau sourire.

"Celui que les moldus appellent Loki. Endormi depuis des millénaires, il est dit que son réveil enverra tout droit le monde dans le chaos. Et moi, je l'enchainerais à mes pas, il m'apportera la connaissance. La connaissance absolue. Ne te rends-tu compte Minerva ?"

Il paraît exalté d'un coup. Ses yeux rougeoient un instant et il penche une main décharnée vers elle.

"Il pourra m'apporter le futur. C'est ce qu'il doit faire. M'apporter mon futur, ma fin. Et je pourrais la changer, encore et encore."

La baffe part et Tom recule, sonné.

"Vous êtes un malade mental."

La sentence tombe comme un couperet et le sang rugit dans les veines. Minerva ne doit pas lui montrer de résistance, jamais ! Alors il l'embrasse, goulûment, certain de son dégoût. Mais pourtant, elle ne songe même pas à résister, elle s'engage dans cette bataille, s'enflamme et rend coups pour coups. Et puis cette fois-ci, elle ne montre aucune tendresse, aucune douceur, elle mord elle blesse et c'est là qu'il se rend compte que la femme qu'il presse contre lui est quasiment une étrangère. Qu'elle n'est plus la Minerva qu'il a connu. Il ne l'accepte pas, il la fera plier comme jadis, il la fera pleurer s'il le faut !

Il cherche à briser l'étreinte mais le souffle qui se mêle au sien a le même goût qu'avant, le battement furieux le ramène des années en arrière et il tombe à genoux. Paniqué. Elle est là, elle le force à lever la tête et leurs lèvres s'épousent et s'embrasent, comme avant. Mais cette fois, Tom se soumet. Pour la première fois, il sent que Minerva prend le dessus, le force à se reculer, le force à lui abandonner son corps. Il se laisse carrément baiser à même le sol, abandonné à la langue chaude et vivace de Minerva. Où a-t-elle appris à embrasser comme ça ? Il ne cherche même pas à reprendre le contrôle, il a trop mal. Parce qu'elle lui offre ce qu'il a cherché pendant tellement longtemps que sa peau brûle et tremble. Parce qu'elle lui dévore littéralement l'âme, il la laisse l'aspirer. Incapable de respirer.

Il est dévasté, le Tom. Il grelotte sous l'assaut de son égale. Il se rend bien compte que maintenant, à vingt trois ans, Minerva est forte et dure comme le diamant. Et que jamais, plus jamais, il n'aura aucune prise sur elle. Mais voilà, elle aussi a le souffle court. Elle aussi, elle a mal à l'âme. Elle aussi, elle a tellement rêvé de ce moment qu'elle en a des bleus au coeur. Elle aussi, elle a les jambes coupées et elle aussi se rend bien compte qu'elle a besoin de ses baisers comme elle a besoin de l'air dans ses poumons. Sans trop comprendre comment, ils sont nus. Sans très bien comprendre pourquoi, il est en elle, encore abasourdi.

Sans doute que Minerva n'est pas si lumineuse qu'il l'a jamais cru. Sans doute qu'elle aussi connait cette part d'ombre qui consume. Sans doute qu'elle aussi est impure. Et il la trouve encore plus belle ainsi. Il se rend compte de la dureté de son caractère et il est comme un chien, à gémir sous ses assauts. Elle frissonne enfin. Elle plie et cambre sur lui, elle halète et elle soupire, elle crie même. Et c'est ça. C'est le langage de deux corps qui se retrouvent enfin. C'est un échange charnel qui vaut bien plus que bien des mots. Après tellement d'années, Minerva se saisit d'un coup de la profondeur de ses sentiments pour lui et Tom réapprend un instant ce qu'est être normal. Pour l'une, c'est une vraie baffe qu'elle se prend en travers de la figure. Pour l'autre, c'est l'ultime bouffée d'air frais, celle qui vient juste avant la mort.

Ils se séparent enfin. Se rhabillent comme si ce qui venait de se passer n'est pas capital pour eux. Tom laisse son regard dériver sur le dos de son amante, un instant. Elle est devenue si intéressante... Enfin, elle se redresse, vêtue.

"Tu es une faiblesse. Et Voldemort n'en a aucune."

Voldemort. Le mot est tombé, plombant d'avantage l'atmosphère déjà lourde. I sourit, le fou. Il est beau comme ça, les yeux lumineux et le souffle court. Il est beau et il est mortel. Minerva se colle à lui comme elle l'a souvent été, comme elle devrait toujours l'être. Que ce soit pour aimer ou pour tuer, il fera toujours pareil : Il aura la voix tout aussi rauque, qu'il désire le sang ou la chair. Il y a un instant, il l'embrassait, la caressait. Maintenant, il ne désire plus que lui trancher la gorge et lui ouvrir le ventre, souiller les pierres froides de son rouge brûlant. Elle pourrait presque... Presque.

"Je t'aime Tom. Mais pas à en mourir."

Et le couteau, ce couteau qu'elle avait glissé dans sa poche il y a tellement de temps, le couteau qui lui rappelle chaque jour, chaque heure, chaque seconde que ce moment là allait forcément arriver, ce couteau, elle le lui enfonce dans le ventre. Sans trembler. Sans hésiter un seul instant. Il ouvre des yeux ronds, dans son visage difforme. Il rejette la tête en arrière, dans ce corps difforme. Il hurle dans sa voix difforme. Un enfant que l'on tue, un enfant que l'on achève. Une bête.

Minerva lâche le manche devenu poisseux et regarde Voldemort tomber au sol. Tom vient de mourir sous ses doigts. Il ne reste plus que lui. Alors, elle part. Parce qu'elle ne peut plus rien faire. Elle part parce que c'est un animal. Elle part parce qu'elle a mal. Elle récupère sa baguette et le regarde tâcher le sol de son sang. Et sans un mot, elle transplane.

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Épilogue :

Elle est là. Il le sait, il le sent, il pourrait presque la voir, balancer sortilèges sur sortilèges, prier pour que son prochain adversaire soit lui. Elle se cache pourtant derrière les remparts d'un château, se dissimule à lui. Qu'importe ! Il démolira Poudlard pierres après pierres pour mettre la main sur elle. Juste pour une dernière danse, sanglante et brûlante.

Sa main s'égare sur une vieille cicatrice. Elle le lance encore d'une douleur fantôme, réveille sa haine comme un gros chat qui s'ébroue. S'aiguise les griffes dans l'attente de l'attaque. C'est une promesse Minerva, tu vas payer. Pour aujourd'hui et pour chaque respiration que tu as eu l'audace de prendre. Tu aurais du mourir il y a bien longtemps, aujourd'hui tu vas prier pour qu'on t'achève.

"Maître !"

Voldemort tourne un regard brûlant vers Bellatrix. Elle ne peut s'empêcher de frissonner devant l'air mortel de son maître.

"Il est là !"

Et en effet. Harry Potter est là, se tenant pathétiquement seul devant lui. Le mage noir l'observe un instant, véritablement curieux. Comment ce gosse, si stupide et incapable, a-t-il bien pu lui tenir tête ? A lui ? Avant lui, seule Minerva lui a donné tellement de fil à retordre. Ces deux là sont de la même trempe, avec un esprit forgé dans le diamant brut, incassable. Mais il est plus terne, bien moins pétillant et plein de vie qu'elle, en son temps. Quel gâchis... Une telle qualité gâchée dans sa médiocrité.

...

"Harry Potter est mort !"

Et leurs regards s'entrechoquent. Une seconde, une éternité. Pas un mot ne sera échangé entre eux mais il serait superflu de toute façon. Il voit sur elle les ravages du temps, les rides qui creusent ses joues et l'usure du passé qui dénature son corps. Mais pourtant sa beauté est intacte parce que ses yeux sont toujours là, tellement pleins et tellement vivants que ça lui fait mal. Affreusement mal. Ses cheveux sont striés de gris mais son chignon strict n'existe plus, il n'y a qu'une femme échevelée et au mental d'acier. Et il retombe amoureux, une dernière fois.

Elle est marquée à vie par lui. Par leur dernier corps à corps. Elle rêve encore de ce sang que réchauffait le bout de ses doigts, qui lui bousillait le coeur et lui perforait l'estomac. Mais lui, il est... Enfoncé dans sa folie étrange et noire comme la nuit. Même son corps l'a accompagné dans sa perversion. Maintenant, il tient plus du serpent que de l'humain mais ça ne la surprend même pas. Après tout, elle l'a déjà aimé hybride. Et puis ses yeux se posent sur elle, la martèle, la tue et la détruit et elle l'aime. Férocement, elle l'aime.

...

Il y a un corps, là. Un corps abandonné à même le sol, affreux et déjà rigide. Jeté dans un coin comme ça, abandonné sans manières, jugé indigne d'une sépulture. Oublié, oublié pour l'éternité. Mais pas par tous. Une silhouette enjambe les débris, les pierres et les cadavres, se dirige vers elle et s'accroupit. Une main légère se pose sur la peau glacée, prend le temps de redécouvrir cet amant désavoué. Recherchent un battement... ? Il n'y a rien. Alors des lèvres pleines de vies pressent une poignée de secondes celles de la mort.

"Dors bien, mon amour."

Et puis Minerva se relève et s'époussette. Elle part, rejoint la Grande Salle et ces cris, ces rires et cette lumière, cette joie qui fête et fêtera encore longtemps la mort de la seule personne qu'elle n'arrivera jamais à oublier.

FIN

Et bah... Purée, même moi j'ai le souffle coupé. Que dire. Cette fiction est finie. Ca y est, je l'arrête là. De toute façon qu'est ce que je peux continuer ? Romy, j'espère que cette fin t'a donné autant d'émotions qu'à moi. Melfique, j'espère que je t'ai quand même fait aimer Tom, ne serait-ce qu'un peu. J'aime beaucoup ce final. J'ai pris le temps de bien reformuler, tout devait être parfait.

Rom, la dernière parole en italique, c'est en français dans le texte. J'aimerais bien que tu conserves ça dans ta trad s'il te plaît.

Je vous aime tous.

M'Adé. -Qui va aller répondre à Rom'-