Chapitre 11 : Le problème Hyûga

Tsunade pencha la tête en arrière et but son café d'une seule traite. Elle avait bien besoin de ce remontant pour tenir le coup. Il était quatre heures du matin et cela faisait plus d'une journée entière qu'elle testait les remèdes qu'elle créait à partir du virus sur Junya Hyûga.

– Alors, des résultats, Shizune ? demanda-t-elle en se tournant vers son assistante.

Celle-ci était penchée sur le corps de Junya et examinait attentivement sa gorge.

– J'ai l'impression que ça ne gonfle plus depuis quelques heures, répondit Shizune en retirant sa petite lampe de la bouche de la gamine. En revanche, Junya est épuisée, il faudrait qu'elle se repose.

– Elle a dormi toute l'après-midi, soupira tristement Tsunade alors que la tête de Junya dodelinait. Ce virus est une véritable épreuve !

– Sa fatigue vient peut-être du remède, suggéra prudemment Shizune. Maître, je sais que je me répète, mais utiliser cette petite comme cobaye…

– Fait d'elle la plus chanceuse de tout Konoha, coupa Tsunade. Shizune, tu sais aussi bien que moi qu'elle mourra si on ne fait rien. J'ai promis à Neji et à Tenten qu'elle survivrait, donc je ferai tout pour qu'elle survive, même si pour cela je dois tester tous les remèdes que je suis capable de créer sur elle !

Shizune déglutit. Tsunade savait se montrait sèche quand elle le voulait. L'ancienne Hokage s'approcha de la patiente et remonta le drap qui la recouvrait jusqu'à ses épaules.

– Laissons-la dormir. Shizune, va demander à une infirmière de veiller sur elle.

– Oui, Maître.

Shizune sortit aussitôt et Tsunade lui emboîta le pas. Tandis que son assistante courait dans le couloir sombre de l'hôpital, elle posa un regard presque bienveillant sur les deux parents assis sur le banc en face d'elle, blottis l'un contre l'autre. Tenten dormait, mais Neji semblait éveillé.

– Du nouveau ? murmura-t-il pour ne pas réveiller sa femme.

– Pas vraiment, mais son état semble se stabiliser. Je viens de lui redonner une dose de médicament, je vais attendre qu'il agisse. Reposez-vous, je vous préviendrai dès qu'il y aura du nouveau.

Neji la remercia d'un signe de tête et serra davantage Tenten contre lui. Tsunade quitta alors ce couloir pour aller voir d'autres patients. Elle aussi aurait bien dormi quelques heures, mais les malades n'attendaient pas.


La jeune Tamiko Umino s'éveilla subitement en sursaut. Kami-sama, elle s'était endormie sur sa chaise ! Et dire que sa mère lui avait confié la garde de Junya pour la nuit ! Paniquée, elle regarda l'horloge accrochée au mur. Il était huit heures. Dehors, le soleil se levait à peine. Après avoir essuyé la sueur de son front, elle se tourna vers la patiente.

Une vague de soulagement la submergea quand elle vit que Junya Hyûga respirait de façon régulière. Tamiko se leva et remarqua que les draps étaient trempés. Comme tous les malades, Junya avait beaucoup transpiré pendant la nuit. Décidant de lui apporter un peu de fraîcheur, Tamiko abaissa légèrement la couverture. Ses sourcils se froncèrent alors qu'elle découvrait la peau du cou de Junya : étrangement blanche et lisse, sans la moindre trace de rougeur ou de gonflement.

Tamiko sentit son cœur battre la chamade. Le remède de Tsunade aurait-il porté ses fruits ? Elle tâta la gorge de Junya avant de placer une main sur son front. Il était encore un peu chaud, mais bien moins que quelques heures auparavant.

– Junya, Junya, murmura-t-elle en lui secouant doucement l'épaule.

La petite fille s'éveilla difficilement. Quand Tamiko fut sûre d'avoir capté son attention, elle demanda :

– Tu te sens mieux ?

– Un peu.

Tamiko sourit. La voix de Junya n'était ni rauque, ni sifflante. Elle n'avait aucune difficulté à parler.

Lentement, Junya commença à faire le tour de la pièce du regard. Elle semblait peiner à reconnaître le lieu où elle se trouvait. Elle s'assit sur son lit et Tamiko redressa son oreiller pour qu'elle puisse s'installer confortablement.

– Ne bouge pas, Junya, lui intima-t-elle en contrôlant mal sa joie. Je vais prévenir Maître Tsunade !

Aussitôt, Tamiko se précipita hors de la pièce. Le claquement de la porte réveilla en sursaut Neji et Tenten, mais elle n'y prêta pas attention. Elle fila dans le couloir et disparut au premier virage venu.

– Qu'est-ce qu'elle a ? demanda Neji, abasourdi de voir la fille de Shizune faire autant de boucan dans un hôpital.

– Tu crois qu'il y a un problème ? demanda Tenten, inquiète, en fixant la porte de la chambre de sa fille.

Neji n'osa pas répondre. Il sentait déjà que Tenten était sur les nerfs. Elle voulait savoir comment sa fille se portait, si au moins elle était toujours en vie. N'y tenant plus, elle se leva et Neji n'essaya même pas de la retenir tandis qu'elle ouvrait lentement la porte.

– Junya !

Sur ce cri, Tenten se précipita à l'intérieur. Neji sentit son cœur battre à grands coups dans sa poitrine. Pourquoi Tenten avait-elle ainsi crié ? Junya était-elle morte pendant la nuit ? Mû par une soudaine impulsion, il se leva et se précipita dans la chambre. Ce n'était pas exactement ce à quoi il s'était attendu.

Tenten pleurait, certes, mais pas sur le corps inerte de sa fille. Bien que Junya semblât épuisée, elle respirait normalement et souriait à sa mère. Tenten, quant à elle, pleurait de joie et de soulagement. Elle serrait sa fille contre elle si fort que Neji se serait demandé si elle la lâcherait un jour si lui aussi n'avait pas été bouleversé.

– Junya, lâcha-t-il du bout des lèvres.

Neji resta durant quelques secondes sur le pas de la porte. Il avait l'impression qu'un miracle se produisait sous ses yeux. Tenten revivait et Junya était sauvée. Lorsque cette idée atteignit enfin son cerveau, il se précipita à son tour sur sa fille et la serra tendrement contre lui, tandis que Tenten lui faisait un peu de place.

Dans leur dos, la porte était restée ouverte et Tsunade se tenait sur le seuil, à côté de Tamiko. Celle-ci se répandait en excuses pour avoir oublié de fermer la porte.

– Ce n'est pas grave, laisse, lui répondit Tsunade.

– Mais ils risquent d'être contaminés, elle n'est pas complètement guérie !

– Je leur donnerai une petite dose de remède à eux aussi pour m'assurer qu'ils n'aient rien. De toute façon, ce qui est important, c'est que j'aie tenu ma promesse.

Tamiko leva un regard étonné vers sa supérieure. Pour la première fois depuis deux semaines, elle la voyait sourire.

Cependant, cette quiétude ne fut que de courte durée. Avant qu'elle n'ait pu aller ausculter Junya, Tsunade se fit appeler par une infirmière dans le couloir :

– Maître Tsunade ! Une équipe de ninjas vient d'arriver en bas et l'un d'eux est blessé !

– Un ninja blessé ? répéta Tsunade, qui n'avait pas vu ce genre de patient depuis plusieurs jours. J'arrive tout de suite ! Bon, Tamiko, va chercher ta mère et dis-lui de venir ausculter Junya. Elle doit être dans mon bureau à cette heure-ci.

Tandis que Tamiko lui obéissait, Tsunade suivit l'infirmière qui la guida jusque dans le hall d'entrée. Au milieu de la multitude de patients et d'infirmiers, trois ninjas qu'elle connaissait bien se disputaient. Ou plutôt, deux d'entre eux se criaient dessus tandis que la troisième essayait de les calmer.

– Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même, disait Shino d'une voix grave. Si tu n'avais pas fait l'imbécile, tu ne serais pas tombé et tu ne te serais pas cassé la jambe.

– Si je n'étais pas tombé, on n'aurait jamais vu que ces ninjas étaient d'Iwa ! répliqua Kiba, assis sur Akamaru, l'une de ses jambes posée sur la fourrure du chien tandis que l'autre prenait appui sur le sol.

– S'il vous plait, les garçons…, tenta d'intervenir Hinata.

– Il n'a qu'à arrêter de dire que tout est de ma faute ! C'est à croire que Shino ne connaît pas la compassion !

Tsunade soupira. D'ordinaire, Kiba et Shino réussissaient à s'entendre, mais quand Shino vexait Kiba, leurs disputes devenaient mémorables. Cependant, il était temps d'y mettre un terme :

– Ninjas, vous êtes dans un hôpital, alors maintenant taisez-vous !

Shino et Kiba cessèrent aussitôt de se disputer et regardèrent Tsunade d'un air presque effrayé. Bien trop occupés à contredire l'autre, ils n'avaient pas remarqué son arrivée.

– Bon, venez avec moi, on doit encore avoir une chambre de libre, dit-elle en leur faisant signe d'approcher.

Voyant qu'elle n'était pas sur le point de s'énerver, Kiba et Shino consentirent à la suivre. Hinata, qui marchait à côté d'Akamaru, regardait la jambe cassée de son coéquipier avec appréhension. Elle s'y connaissait trop peu en médecine pour le soigner et elle savait qu'il en avait souffert durant tout le voyage de retour.

Tsunade ouvrit la porte d'une chambre et installa Kiba sur le lit avec l'aide de Shino. Tandis qu'elle examinait la blessure, elle demanda :

– Comment est-ce arrivé exactement ?

Kiba allait raconter, mais Shino le devança :

– Nous étions en mission spéciale quand nous avons repéré un groupe de ninjas étrangers à l'intérieur de nos frontières. Nous avons voulu les surveiller pour connaître leur origine et Kiba a pris des risques inutiles. Finalement, il est tombé de son poste d'observation et s'est cassé la jambe.

– Vous n'avez pas été repérés ? s'étonna Tsunade.

– Non, par chance mes insectes ont pu amortir sa chute.

– C'était répugnant ! répliqua Kiba.

– Ça nous a sauvé la mise, rétorqua Shino. Et tu me dois pas loin de trois mille punaises !

– Bon, ce n'est pas trop grave, conclut Tsunade après son examen. Nous allons devoir te remettre l'os en place. Ça fera un peu mal, mais ça sera vite guéri. Tu vas rester ici pour la nuit.

Kiba fit une grimace en comprenant ce qui l'attendait. Hinata, qui était restée silencieuse depuis l'arrivée de Tsunade, prit alors la parole :

– Hum, nous devons aller d'urgence faire notre rapport à Naruto. Si vous n'avez plus besoin de nous, nous allons y aller.

Tsunade acquiesça et les laissa partir. Elle appela une infirmière qui passait dans le couloir et celle-ci vint maintenir Kiba par les épaules. Ce dernier sentit la peur monter en lui alors que Tsunade se saisissait avec expertise de sa jambe. Akamaru aboya, comme pour l'encourager. Kiba ferma les yeux en pressentant ce qui allait arriver.

– Aaaaaaaaaah !

Kiba ne put retenir son cri. Dans un craquement sinistre, son os venait de se remettre en place. Peu à peu, la douleur disparut et, quand il rouvrit les yeux, Tsunade lui mettait une atèle. Elle avait presque fini quand on frappa à la porte.

– Entrez, dit-elle en continuant son travail.

La porte s'ouvrit et Kiba écarquilla les yeux en voyant Hiashi Hyûga entrer dans sa chambre. Le chef du clan de Hinata ne venait quand même pas s'informer de son état ?

Quand elle se retourna, Tsunade parut tout aussi étonnée de cette arrivée.

– Hiashi ? Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle.

– On m'a dit que Junya était guérie, répondit-il. Est-ce vrai ?

– Pas tout à fait. En fait, elle est sortie d'affaire, mais elle est encore très faible. Tu n'es pas allé la voir ?

– Non, j'ai préféré la laisser avec ses parents.

Tsunade fronça les sourcils. Le comportement de Hiashi lui paraissait étrange. Elle était sûre qu'il mijotait quelque chose, mais le laissa sortir.


– Bon alors, on fait quoi ?

Naruto se gratta la tempe sans parvenir à trouver une réponse à la question de Shikamaru. Il avait toujours eu du mal à prendre une décision aussi tôt dans la journée. Pourtant, il ne pouvait pas passer des heures sur ce sujet. Des mesures devaient être prises très rapidement.

– Voilà ce qu'on va faire, décida-t-il finalement. Tu vas prendre une équipe avec toi et aller espionner la frontière du Pays de la Terre. Il faut absolument qu'on sache si la menace vient bien de là-bas. On ne peut pas se permettre de se tromper, on pourrait déclencher une guerre ouverte par erreur !

Shikamaru approuva d'un signe de tête, ce qui rassura un tant soit peu Naruto. A ce moment-là, il se rappela d'un détail qui le gênait :

– Au fait, pourquoi Temari et toi ne venez plus en même temps le matin ? demanda-t-il d'un air soupçonneux.

– On s'est disputé, avoua sombrement Shikamaru.

– Ah. Bon, on va éviter de vous mettre dans la même équipe. Puisqu'elle tient à nous aider, je vais l'envoyer prêter main forte à l'hôpital. Je sais que son truc c'est plutôt le combat, mais on ne peut pas se permettre de laisser une ninja de Suna remplir les missions demandées à Konoha. Ça porterait un coup à notre réputation !

Shikamaru soupira en songeant que Temari allait sans doute mal le prendre. Depuis qu'ils s'étaient disputés, ils ne s'étaient plus recroisés et il se demandait si elle n'allait pas se sentir offensée d'être ainsi mise à l'écart alors que lui était envoyé en mission importante.

A ce moment-là, la porte du bureau s'ouvrit et Shino et Hinata entrèrent. Shikamaru et Naruto s'immobilisèrent, se préparant au pire. Shino et Hinata paraissaient exténués, très inquiets et, par-dessus tout, Kiba ne les accompagnait pas. De plus, tous deux étant très respectueux des règles, ils ne se seraient jamais permis d'entrer dans le bureau du Hokage sans frapper si la situation n'avait pas été urgente.

– Vous avez retrouvé Lee ? demanda Naruto, dans un fol espoir.

– Non, nous n'avons pas pu aller bien loin, expliqua rapidement Hinata. Nous avons été arrêtés au bout de deux jours de recherche. Nous avons croisé des ninjas d'Iwa.

– Ils n'étaient qu'une dizaine, ajouta Shino alors que Naruto pâlissait, mais ils en attendaient d'autres. Apparemment, ils veulent réunir toute une armée.

Un silence pesant suivi cette déclaration. Ce fut Naruto qui le brisa le premier :

– Ça change la donne. Shikamaru, je retire tout ce que j'ai dit. Tu vas me réunir du monde pour préparer la défense de Konoha. A votre avis, nous disposons de combien de temps ?

– Un jour, pas plus, répondit Shino. Les troupes qu'ils attendaient étaient prévues pour ce soir. Ils attaqueront sans doute demain matin.

– Très bien, mettez le village en état d'alerte ! Que tous les civils, sans exception, soient placés dans le Mont Hokage ! Shikamaru, tu as jusqu'à ce soir pour préparer la défense. Hinata, va prévenir la Vieille de la situation et dis-lui de mettre les malades en lieu sûr. Ah, et puis, si ses recherches sur le remède pouvaient nous rendre la trentaine de ninjas actuellement en convalescence, ça ne nous ferait pas de mal !

Sur ces ordres, Hinata et Shino sortirent du bureau. Shikamaru allait proposer une équipe quand la porte s'ouvrit à nouveau. Cette fois, ce fut Hiashi Hyûga qui entra.

– Qu'est-ce qu'il y a, Hiashi ? demanda Naruto, agacé. Nous avons un énorme problème sur les bras, alors sois bref !

– Junya est sauvée, répondit Hiashi de sa voix naturellement froide. Tsunade a réussi à la soigner.

– Mais c'est une bonne nouvelle ! s'exclama Naruto en retrouvant le sourire.

– Oui, et puisque sa sœur est morte, elle devient la nouvelle héritière de Neji. Cette fois-ci, Naruto, je ne reculerai pas : Junya devra porter le sceau de l'oiseau en cage.


Sakura, qui s'ennuyait de plus en plus durant ses journées d'enfermement, sortit brusquement de ses rêveries en entendant des pas approcher. Il devait être dans les alentours de neuf ou dix heures et elle savait qu'Ayumi ne reviendrait pas avant le soir. Néanmoins, elle ne voyait pas qui pourrait lui rendre visite en pleine journée, surtout qu'Ino était déjà venue, une demi-heure plus tôt.

Finalement, la porte s'ouvrit et ce fut Naruto qui apparut. Sakura bondit sur ses pieds, tant elle était heureuse de le revoir. Il avait une petite mine, mais il lui rendit son sourire en s'approchant.

– Naruto ! Qu'est-ce que tu fais là ? Je pensais que tu étais débordé !

– Je le suis encore, avoua-t-il en riant, mais j'ai décidé de venir te voir. Tes bons conseils me manquaient.

Sakura lui répondit par une moue sceptique. Tout ceci sentait le roussi.

– D'accord, quel est le problème, cette fois ? demanda-t-elle d'un air faussement exaspéré.

Naruto passa une main dans ses cheveux blonds. La clairvoyance de Sakura à son sujet l'avait toujours un peu gêné.

– Junya Hyûga est guérie, expliqua-t-il. C'est une bonne nouvelle, mais Hiashi exige maintenant que le sceau de l'oiseau en cage lui soit apposé !

– Quoi ? Mais je pensais que tu avais réussi à l'en dissuader !

– Je crois qu'il a trop de pression derrière lui pour agir autrement. Apparemment, toute la branche principale craint que Junya ne finisse par se rebeller.

– Ça ne m'étonnerait pas qu'elle le fasse, avoua Sakura, amère. La branche principale n'a jamais cessé de traiter sa sœur comme une moins que rien. En plus, Junya est un génie, si elle se révolte, ils pourraient connaître un sort semblable à celui des Uchiwa !

– Je ne pense pas que Junya soit de la trempe d'Itachi, mais c'est bien un truc dans ce genre-là qu'ils craignent. Oh, Sakura, je ne vais jamais y arriver ! J'ai deux crises à gérer en même temps !

Sakura s'assit, l'épaule contre les barreaux de sa cellule, comme si elle cherchait une solution pour aider Naruto. Finalement, elle demanda :

– Cette histoire ne date pas d'aujourd'hui, Naruto. A quand remonte toute cette tension chez les Hyûga ?

– Oh, tout ça est très vieux, avoua Naruto en s'asseyant à côté de Sakura, de sorte que seuls les barreaux les séparaient. Ça a commencé avec le mariage de Neji et de Tenten. Hiashi avait prévu de marier Neji à Hinata afin de le faire entrer dans la branche principale et, par la même occasion, réduire les tensions au sein du clan, mais le fait est que Neji a demandé Tenten en mariage juste avant. Hiashi leur en a toujours voulu. Ensuite… il y a eu Hinata et moi. Hiashi était fou furieux quand il a découvert que je l'avais mise enceinte hors mariage !

– Vous n'étiez même pas ensemble à ce moment-là, fit remarquer froidement Sakura.

Naruto posa son regard sur elle. Sakura avait le visage pâle, contrit, et il devina qu'elle lui en voulait toujours pour ce qui s'était passé à cette époque.

– Oui, j'étais bourré quand j'ai couché pour la première fois avec Hinata, avoua Naruto d'un air exaspéré. Et alors, Sakura ? On a fini par se marier, non ?

– Par obligation, parce que Hiashi a fait pression sur vous ! Je n'arrive pas à croire que tu ais fait une bêtise pareille, Naruto !

– Une bêtise, Sakura ? répéta Naruto en saisissant les barreaux. J'ai peut-être utilisé ce terme à l'époque, mais j'étais jeune et, quand je vois ma vie aujourd'hui, je ne pense pas avoir fait une bêtise ! D'accord, je t'aimais toujours quand j'ai dû épouser Hinata, mais tu n'as pas à te rendre coupable pour ça ! Hinata est une femme formidable, je n'aurais pas pu espérer trouver une personne plus gentille au monde, et elle m'a donné le plus merveilleux des enfants ! Je ne changerais ma vie actuelle pour rien au monde, Sakura. Il ne me manque rien, pas même l'amour.

Naruto pensait que Sakura allait s'énerver, mais, au contraire, elle lui sourit d'un air rassuré.

– Tant mieux, dit-elle. Tu n'aurais pas été heureux avec moi.

– Ça, on n'en saura jamais rien, Sakura.

Un ange passa et Naruto se leva, pensant que la discussion était close. Néanmoins, il n'était pas mécontent d'avoir parlé avec Sakura. Il avait l'impression qu'ils avaient attendu cette conversation depuis fort longtemps.

‒ Ne te laisse pas faire avec les Hyûga, lâcha brusquement Sakura. Tu es le Hokage, alors affirme ton autorité.

Naruto approuva ce conseil d'un signe de tête avant d'ajouter :

– Je vais rejoindre Shikamaru. Il veut convaincre Tenten d'intégrer son équipe pour préparer la défense du village et je ne suis pas sûr qu'elle accepte. Enfin, c'est vrai que sa maîtrise des explosifs ne serait pas de trop.

– Défendre le village ?

– Oui, Sakura. L'équipe de Hinata a repéré une arrivée massive de ninjas d'Iwa. La bataille aura lieu demain matin, d'après leurs estimations. Tous les ninjas en état de se battre y participeront, Sakura, ta fille y compris.

Sakura déglutit. Elle savait que la décision de Naruto, soit du Hokage, était sans appel, mais savoir que sa fille allait risquer sa vie pour défendre Konoha lui retournait l'estomac.

– Tu crois que je pourrai participer ? demanda-t-elle d'une petite voix.

– Je vais essayer de voir ça avec le conseil.

Sur ce, Naruto quitta la pièce après un dernier regard qui se voulait réconfortant. Il n'osait pas imaginer l'état d'angoisse de Sakura. Il savait très bien que, si on le mettait ainsi à l'écart d'une bataille alors que son fils y participait, il n'aurait pas pu le supporter.

Quand Naruto arriva à l'hôpital, où il était quasiment sûr de trouver Shikamaru et Tenten, il n'eut pas le temps de les chercher. A peine avait-il posé un pied dans le hall qu'une silhouette familière venait vers lui pour lui sauter au cou.

– Naruto ! s'exclama Hinata.

Naruto sourit et serra sa femme de ses bras. Même s'ils s'étaient vus un peu plus tôt, ils n'avaient pas encore pu célébrer leurs retrouvailles.

– Je suis content que tu sois revenue saine et sauve, confia-t-il en passant une main dans les cheveux sombres de sa femme. J'avoue que j'ai un peu flippé quand tu m'as dit que vous aviez croisé des ninjas d'Iwa.

– Nous ne nous sommes pas faits repérer, expliqua Hinata en se détachant de lui. Enfin, nous avons failli avoir des problèmes quand Kiba a eu son accident, mais bon…

Naruto sourit davantage et l'embrassa tendrement, heureux de l'avoir à nouveau à ses côtés.

– Je vais aller voir Tenten et Shikamaru, expliqua-t-il. Hinata, Neji doit encore se remettre un peu de la guérison de sa fille, est-ce que tu pourrais le remplacer aujourd'hui ? Il doit surveiller notre faux Lee toute la journée. Je pense que tu n'auras pas de mal avec ton Byakugan.

– Je vais le faire tout de suite, assura Hinata.

Aussitôt, les veines autour de ses yeux blancs prirent du relief et elle courut au dehors de l'hôpital. Naruto se sentit soulagé de voir qu'elle avait retrouvé la forme et se tourna vers le fond du hall. Il aperçut alors Shikamaru et Tenten un peu à l'écart, Neji à leurs côtés. Apparemment, le ton de leur conversation restait très calme, ce qui était plutôt encourageant.

– Alors ? demanda Naruto en approchant.

– Tenten accepte ! déclara Shikamaru d'un air satisfait. Bien, rendez-vous dans une demi-heure au mur Nord !

Sur ce, il quitta l'hôpital et fila chercher les autres ninjas qui devraient l'aider dans sa tâche. Naruto ne put s'empêcher de féliciter Tenten :

– Je suis content de te voir reprendre du poil de la bête ! J'étais venu prêter main forte à Shikamaru, mais je vois qu'il n'y en avait pas besoin.

Tenten rougit et baissa la tête, comme si elle avait honte de son comportement des derniers jours.

– Naruto, je tiens à m'excuser pour mes absences. Je n'ai pas rempli une seule mission depuis… depuis la mort d'Aneko. C'est vraiment lamentable !

– C'est compréhensible, rectifia Naruto. Ne t'inquiète pas, Tenten, je ne vais pas te juger parce que tu es une mère aimante et sensible avec tes enfants.

Tenten sembla un brin rassurée puisqu'elle releva la tête pour le remercier. A ses côtés, Neji se sentait fier de sa femme. Finalement, il lui avait bel et bien fallu un choc pour retrouver ses repères et le fait de voir Junya aussi proche de la mort l'avait complètement bouleversée, si bien qu'elle avait décidé de réagir une bonne fois pour toutes.

– Bon, puisque c'est réglé, enchaîna Naruto d'un air moins joyeux, je dois vous parler de quelque chose d'important. Venez, on va sortir d'ici, ça vaut mieux.

Naruto entraîna Neji et Tenten en dehors de l'hôpital. Une fois dans la rue, il se mit à parler tout en prenant la direction du quartier Hyûga.

– Hiashi est venu me voir ce matin et a exigé que Junya soit soumise au sceau de l'oiseau en cage. Je l'aurais bien envoyé balader, mais cette fois il m'a assuré que si je refusais, le clan Hyûga ne participerait pas à la bataille.

Tenten et Neji prirent tous les deux un air effrayé. La menace de Hiashi devenait sérieuse.

– Mais… mais comment ose-t-il ? s'exclama Tenten. Il n'a pas le droit de faire ça à ma fille ! Elle n'a que huit ans ! Je ne veux pas qu'elle vive sous le joug de cette répugnante famille qui a toujours détesté Aneko !

Tenten était tellement en colère qu'elle eut du mal à aligner tous ces mots. Son visage prenait peu à peu une teinte rouge et Naruto devina que cette dernière demande de Hiashi était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase.

– Ils vont voir ce que j'en pense de leurs idées à la con ! clama-t-elle en accélérant le pas.

Naruto et Neji demeurèrent sur place durant plus d'une seconde. Si Tenten commençait à devenir grossière, c'était qu'elle était vraiment énervée.

– Attends, Tenten ! crièrent-ils en chœur.

Mais elle ne les écouta pas et se mit à courir. Ils lui emboîtèrent le pas, curieux non seulement de savoir ce qu'elle allait faire, mais aussi pour la protéger d'une éventuelle réaction violente de la part d'un Hyûga.

Quand ils arrivèrent devant l'immense demeure qui abritait la famille principale, un garde tenta d'arrêter Tenten à l'entrée.

– Que voulez-vous ?

– Voir Hiashi !

– Vous ne pouvez pas, il est en réunion.

Malgré les avertissements du garde, Tenten ne freina pas l'allure et passa avec tant de détermination qu'il n'osa pas l'arrêter, en particulier lorsqu'il vit que le Hokage lui aussi entrait.

– Bienvenue, Maître Hokage ! le salua-t-il respectueusement.

Naruto n'y prêta pas attention. Tenten avait déjà ouvert la porte d'entrée d'un grand coup de pied et Neji la suivait de près. Elle les emmena vers le fond du grand couloir principal et ouvrit la porte à double battant qui s'y trouvait. Ils débouchèrent dans une salle octogonale, assez grande, où au milieu de nombreux Hyûga siégeaient autour d'une table. Leurs fronts étaient lisse, sans la moindre marque, preuve qu'ils étaient tous membres de la branche principale.

– Qu'est-ce que…

Hiashi s'était levé en voyant Tenten, Neji, puis Naruto entrer ainsi dans la salle de réunion. Cependant, il n'eut pas le temps de finir sa phrase, car Tenten l'arrêta :

– Vous ! s'exclama-t-elle en pointant les Hyûga attablés d'un doigt accusateur. Comment osez-vous, bande d'hypocrites ? Vous avez toujours apporté le malheur sur ma famille et maintenant vous voulez mettre votre sceau sur ma fille ? Il en est hors de question ! Junya ne se pliera pas à vos ordres, elle ne portera pas votre sceau et deviendra la propre maîtresse de sa vie !

– Tenten, tenta un des Hyûga, vous n'avez pas votre mot à dire…

– Oh que si ! s'écria-t-elle en s'approchant d'un pas menaçant. C'est moi qui ai porté Junya dans mon ventre, moi qui l'ai élevée et moi qui me suis occupée d'elle jusqu'à aujourd'hui ! Je ne vous laisserai pas poser vos sales pattes sur elle, je ne vous laisserai pas la briser comme vous avez brisé Aneko !

Tenten pleurait à présent, des larmes de rage et de douleur. Elle était entrée dans une telle fureur qu'aucun des Hyûga n'osait plus l'interrompre.

– Vous avez toujours méprisé Aneko, alors qu'elle faisait tant d'efforts pour vous satisfaire ! Elle est devenue genin à l'âge de dix ans, mais vous n'avez rien vu ! Je ne lui ai jamais dit à quel point vous étiez des porcs, car ça lui aurait fait bien trop mal. Mais maintenant, qui est la nouvelle héritière de la branche secondaire ? Junya ! Junya est un génie, un génie aux mêmes capacités qu'Itachi Uchiwa, alors faites gaffe ! Je ne vous laisserai pas lui apposer votre sceau et, si vous osez vous en prendre à elle, je vous pourrirai la vie, même si je dois mourir, et, quand bien même je serais morte, je trouverai un moyen pour continuer !

Ce discours eut pour effet de clouer le bec aux pauvres représentants Hyûga qui voulaient protester. Neji lui-même n'osait plus intervenir. Tenten bouillait littéralement de rage. Naruto n'aurait d'ailleurs pas été étonné de voir de la fumée sortir de ses oreilles. En s'en prenant à Junya, les Hyûga avaient oublié un élément de taille : depuis qu'elle avait épousé Neji, Tenten faisait partie de ce clan et, même si elle faisait officiellement partie de la branche secondaire, ils n'avaient aucun pouvoir sur elle.

Tenten balaya l'assistance du regard, mais tous les Hyûga étaient bien trop choqués pour répondre. Elle garda encore quelques instants les sourcils froncés, l'air sévère et menaçant, et ajouta :

– Et ne pensez même pas à faire du mal à Neji, car ma vengeance serait mille fois pire que ce que vous pourriez lui faire subir !

Neji sentit un hoquet intérieur le bouleverser. Tenten venait de prévenir les Hyûga de la branche principale qu'ils ne devaient plus utiliser le sceau qu'il portait au front contre lui. Depuis toujours, il se savait sous contrôle, quoi qu'il fît. Tout cela allait peut-être enfin changer.

Tenten toisa les membres du conseil Hyûga une dernière fois puis, certaine qu'ils ne pouvaient plus protester, elle tourna les talons et sortit de la salle. Naruto et Neji, encore pantois, la suivirent après quelques secondes de réflexion.

– Waouh, Tenten ! s'exclama Naruto dès qu'ils furent dehors. Quelle énergie ! Ça faisait des années que je rêvais de leur cracher à la figure, mais t'as été une championne pour ce coup-là !

– Je ne les aurais jamais laissés faire du mal à ma fille, répondit froidement Tenten, bien plus parce qu'elle était encore fâchée contre les Hyûga que pour autre chose.

Puis elle tourna la tête vers Neji qui marchait à ses côtés et son regard s'adoucit. Elle lui prit gentiment le bras et cala sa tête contre son épaule.

– Tu sais, c'était gentil de ta part de me tenir à l'écart de tout ça… mais tu ne sais pas y faire en matière de relation sociale, pas même au sein de ta propre famille !

Elle avait dit cela d'un ton beaucoup plus léger et ses yeux bruns souriaient à présent. Neji passa une main sur la sienne, comme pour la remercier, et ils demeurèrent silencieux jusqu'à leur arrivée au cœur de Konoha. A ce moment-là, ils furent interpellés par Shikamaru, qui avançait vers eux en compagnie d'un grand type vêtu de vert que Naruto prit d'abord pour Lee. Cependant, il se détendit immédiatement en s'apercevant de son erreur : il s'agissait de Maito Gai.

– Ah, Gai, ton équipe est enfin rentrée ! fit remarquer Naruto avec un grand sourire. Tant mieux, on va avoir besoin de tout le monde d'ici demain !

– Justement, c'est pour ça que je vous cherchais, intervint Shikamaru. Naruto, j'inclus Gai dans mon équipe, je tiens à discuter avec lui de la stratégie à adopter. Si tu trouves Kakashi, dis-lui de nous rejoindre. Tenten, prête à m'aider à disposer les pièges ?

– Prête !

Aussitôt, Shikamaru repartit en courant vers l'enceinte de Konoha et Tenten et Gai le suivirent au pas de course. Naruto sentit le poids qui s'était posé sur sa poitrine depuis qu'il savait qu'Iwa allait attaquer s'alléger un peu. Il avait l'impression qu'à nouveau il pouvait compter sur tous ses ninjas, sans exception.

– Ah, ça fait du bien de voir Tenten comme ça, hein Neji ? Neji ?

Neji ne répondait pas. Son regard suivait le groupe de Shikamaru. Si aucun sourire n'étirait ses lèvres, son visage blanc semblait rayonner de l'intérieur, comme si une nouvelle lumière avait pris naissance en lui. Puis, Tenten et les deux hommes disparurent au coin d'une rue et il tourna la tête vers Naruto. Son visage avait retrouvé sa froideur habituelle.

– Qu'est-ce qu'on fait à propos de l'imposteur ? demanda-t-il. Il serait peut-être temps de l'enfermer, non ?

– J'y ai pensé, avoua Naruto, mais il y a encore des questions qu'il a laissées sans réponse, une en particulier qui m'embête depuis un certain temps.

– Laquelle ?

– Pourquoi cet imposteur, chargé d'affaiblir notre village en y introduisant un virus a laissé Ayumi Haruno s'en tirer ?

– Comment ça ?

– J'en ai discuté avec Shikamaru, et il est clair que la seule personne en mesure de sauver Ayumi alors qu'elle était touchée par Aka était la personne qui connaissait déjà le virus, autrement dit, notre faux Lee qui se balade dans le village depuis un moment. Pour Shikamaru, il est évident qu'il a administré les anticorps à Ayumi. Il a pu le faire pendant la nuit car, d'après Shizune, Sakura s'est endormie auprès de sa fille.

– Il aurait très bien pu sauver Ayumi pour nous apporter un nouveau coupable, fit remarquer Neji. Après tout, on venait de disculper Kiba.

– Peut-être, mais Sasuke m'a laissé entendre qu'il pourrait y avoir bien plus que ça.

– Alors, que fait-on ?

– On va encore laisser l'imposteur en liberté jusqu'à demain. De toute façon, nous ne pouvons pas l'empêcher d'apprendre que nous préparons la défense du village. En revanche, il faut l'empêcher d'en informer ses petits copains. Le coup de la volière prouve qu'il a besoin d'un oiseau pour envoyer un message, donc il faudra veiller à ce qu'il n'envoie rien. J'ai demandé à Hinata de te remplacer pour la journée, mais j'aimerais que toi et elle vous vous relayiez sans cesse pour le surveiller nuit et jour. Compris ?

Neji hocha vivement la tête, comprenant le plan de Naruto. Alors qu'il s'éloignait, il eut une brève pensée pour Lee et son cœur se serra. Où était-il ? Allait-il bien ? Etait-il… mort ? Cette dernière supposition lui glaça l'échine et il préféra ne plus y penser. Son esprit devait rester focalisé sur l'imposteur à surveiller et la bataille qui aurait probablement lieu le lendemain matin. Il aurait déjà suffisamment à faire en s'inquiétant pour ses proches qui pourraient y perdre la vie – notamment Tenten – sans rajouter son angoisse persistante concernant Lee.


Note de l'auteur : Bien, comme d'habitude, j'espère que vous avez aimé ce chapitre. J'aurais pu l'appeler "La colère de Tenten", maintenant que j'y pense ^^. Comme vous voyez, on avance, mais lentement. La bataille, qui se terminera par un petit retournement de situation, sera pour le chapitre 12. En attendant, merci à ceux qui commentent, et n'hésitez pas à venir me faire part de votre avis !