Note : Merci à ma lune, Mordax6, Sunny angel, coralie91, Cap'tain Rily, Wissep111, et Keina.
Voici les chapitres 12 et 13...
Régalez-vous !
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Le Docteur ouvrit les yeux lentement et la première chose qu'il vit c'est Rose penchée sur lui, l'air effrayée. Il sentait quelque chose de froid et de mouillé sur son front, qui lui procurait une merveilleuse sensation de fraîcheur. Il leva la main péniblement. C'était un gant de toilette.
- Docteur...
Le gallifréen grimaça de douleur, quand il essaya de se relever. Rose, d'une pression sur l'épaule, lui ordonna de rester allongé. Il se laissa volontiers retomber contre l'oreiller. Il se sentait encore un peu nauséeux. Elle lui tendit un grand verre d'eau qu'il but d'une traite.
- Comment allez-vous ? Lui demanda-t-elle, le visage et le corps tendu, dans l'attente d'une réponse.
- Vous me connaissez, Rose. En pleine forme comme toujours !
La jeune femme sourit, en poussant un léger soupir d'apaisement. Elle lui prit le verre des mains pour le poser sur la table de chevet avant de repositionner le gant sur le front du Docteur.
- Il va falloir que vous arrêtiez de jouer avec mes nerfs, Docteur. J'ai eu la peur de ma vie.
Le gallifréen ne répliqua pas, se contentant de lui sourire pour la rassurer. Elle bougea afin de s'asseoir en tailleur sur le lit.
- Je vais bien, lui garantit le Docteur, en lisant dans les yeux de sa compagne qu'elle continuait de s'inquiéter pour lui.
Rose pencha la tête sur un côté, peu convaincu. Comment pouvait-il lui dire qu'il allait bien ? Elle avait eu si peur en voyant son visage se crisper en une affreuse grimace, avant de le voir, impuissante, se tordre de douleur sur le lit. Elle l'avait entendu étouffer des gémissements. Cela l'avait terrifiée de le voir dans cet état là. Elle s'était revu un mois auparavant quand le petit gallifréen avait fait son cauchemar. Et puis d'un coup, il avait cessé de remuer et de gémir, alors que sa respiration restait anarchique. Elle avait posée sa main sur son front avant de la retirer vivement parce qu'il était brûlant. Et elle s'était précipitée à la salle de bain pour chercher quelque chose de froid pour tenter de faire baisser sa fièvre.
- De toutes façon, Môssieur Autorité Suprême ne me dira jamais le contraire, fit-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
Le Docteur baissa les yeux, embarrassé. Il avait perçut le ton de reproche.
- Au moins quand vous étiez un enfant, vous me disiez quand cela n'allait pas. Comma ça, je pouvais vous aider, continua-t-elle sur le même ton.
- Je... Je me souviens, annonça-t-il d'une voix basse et hésitante.
Rose fronça des sourcils et chercha à capter le regard du gallifréen mais il faisait tout pour l'éviter.
- Vous souvenir de quoi ? L'interrogea-t-elle plus brutalement qu'elle ne le voulait.
- Tout... Tout vient de me revenir. Visiblement grâce à mon malaise.
La jeune femme se pencha vers lui, l'air scrutateur. Il était hors de question, pour elle, de se laisser intimider par les situations aussi gênantes soit elles, qu'elle avait vécut avec le petit gallifréen. Sinon, elle savait que le Docteur n'hésiterait pas à s'engouffrer dans cette brèche, pour éviter soigneusement de lui donner toute l'explication. Et elle ne voulait en aucun cas se contenter que d'une infime partie. Pas cette fois.
- Une bonne chose pour vous, lui annonça-t-elle. Vous allez, ainsi, peut-être me donner la raison de votre métamorphose...
Le Docteur se mordit la langue, en se passant une main sur la nuque nerveux. Il venait de comprendre que sa compagne ne le lâcherait pas, quitte à l'avoir à l'usure, avant qu'il lui donne des réponses aux questions qu'elle se posait.
- Je suis le premier à vouloir comprendre, Rose, commença-t-il. Rien n'a put me mettre dans un état pareil. Dès que le Tardis s'est matérialisé sur Terre, nous somme allés directement chez votre mère pour y passer la soirée. Et ce n'est en aucun cas le repas de votre mère qui m'a mit dans cet état là. Bien, que je la soupçonne parfois de vouloir me rendre malade, pour retarder notre départ. Et de vous garder un peu plus longtemps avec elle, conclu-t-il dans une moue dubitative.
Rose ne put s'empêcher de sourire tendrement. Elle reconnaissait bien là, Son Docteur. Il n'avait pas changé. Tout comme ses vieilles habitudes en ce qui concernait Jackie.
- Si rien n'a pu vous mettre dans cet état là sur Terre, pourquoi pas sur...
Elle suspendit sa phrase et se mit à mordiller les lèvres à la recherche du nom de la planète ou le Tardis avait fait escale avant de venir à Londres. Le Docteur était à la recherche d'une pièce pour le vaisseau. La course faite, ils s'étaient baladés tranquillement le long d'une rue pavée ou s'entassaient de petites boutique. Rose avait regardée de tout les cotés, essayant de tout voir à la fois, les magasins, les étals, les gens ou plutôt les extraterrestres qui faisaient leurs courses comme n'importe quel humain. Le tout se passait dans un joyeux désordre cacophonique.
- Comment elle s'appelait déjà, Docteur ? Fit Rose quelque peu impatiente. J'ai son nom sur le bout de la langue. C'était Jouchou...
Elle se tourna vers son compagnon, qui lui répondit en marmonnant dans sa barbe. Il semblait tout d'un coup crispé comme si il se rappelait d'un mauvais souvenir.
- Comment ?
Il eut un profond soupir.
- Jouchouniar, Rose.
A peine eut-il prononcé le nom de la planète que Rose du se mordre la langue pour se retenir d'éclater de rire devant le regard froissé du Docteur. Comment avait-elle pu l'oublier ? Le gallifréen s'était retrouvé, là-bas, dans une situation bien embarrassante. Pour une fois qu'une telle chose lui arrivait. Il poussa un grognement réprobateur.
- Combien de temps, allez-vous me ressortir cette mésaventure ?
Le Docteur semblait légèrement vexé qu'elle lui rappelle cette histoire. C'est que Monsieur n'aimait pas qu'on se moque de lui. Il jouait la victime, mais à vouloir jouer au curieux, il n'avait eut que ce qu'il méritait. Il prit un air boudeur, et Rose ne pouvant plus se retenir éclata de rire. Elle tomba sur les draps, les larmes aux yeux.
La jeune femme avait aperçut une minuscule boutique, coincée entre ce qui ressemblait à une librairie et un café. La façade qui ne payait pas de mine indiquait un « hopotac ». Elle avait montrée au Docteur la vitrine qui ne semblait pas l'avoir remarqué avant qu'elle le fasse. D'ailleurs, personne n'y semblait y faire attention à part elle. Il lui avait dit que c'était un apothicaire, une sorte de pharmacien. Au grand dam de son compagnon, et poussée par quelque chose d'irrésistible, elle avait décidée d'y jeter un coup d'œil.
La boutique était exiguë, ou de grandes étagères en bois en remplissaient pratiquement tout l'espace, sur lesquelles s'entassaient des bocaux garnit d'herbes, de racines séchées, de poudres brillantes ou de fiole remplit de diverses substances, suspectes, de toutes les couleurs imaginables. Une magnifique femme à la peau couleur chocolat, avec de grands yeux noirs et de long cheveux pourpres l'avait accueillit avec un sourire.
Rose y avait mit les pieds avec le vague espoir de trouver un solution au problème qui se posait à elle. La vie dans le Tardis, avec le Docteur était certes génial à tout point de vue. Sauf qu'être une femme et vivre hors du temps lui posait quelques soucis. Et elle cherchait désespérément à y remédier, s'interrogeant comment avaient fait les anciennes compagnes du Docteur pour s'en débarrasser.
C'est ainsi qu'elle avait demandé au gallifréen de l'attendre devant la boutique. Parce qu'exposer un problème d'ordre féminin avec un Docteur, fouinant dans la boutique derrière, constituait pour Rose une situation gênante et plus que délicate.
Mais c'était sans compter sur la curiosité, presque maladive, de celui-ci. Il était rentré sans qu'elle l'aperçoive dans l'officine. Et elle ne savait comment, il s'était débrouillé, lui qui habituellement était plutôt agile. Cependant sans doute trop occupé à écouter ce qu'elle disait, il se serait prit les pieds dans une sorte de tabouret. Et pour ne pas tomber, il avait tenté de se rattraper à une étagère. Sauf qu'avec l'élan de sa chute et de son poids, il avait entraîné avec lui l'étagère, qui à son tour à buté contre une autre... Et la gravité avait fait le reste. Résultat plus de peur que de mal, et une boutique transformée en un champs de bataille.
Rose avait alors trouvée un Docteur étalé de tout son long sur le sol, un peu sonné, recouvert en parti d'un truc gélatineux, plus que douteux, qui dégoulinait de ses cheveux, d'herbes et d'une multitude de tâches de couleurs.
La situation la faisait rire aujourd'hui, mais pas sur le moment. En premier lieu, elle avait eu peur qu'il se soit réellement blessé. Puis en voyant qu'il n'avait pas une égratignure, elle avait laissée exploser sa colère devant un Docteur bien penaud de s'être fait prendre en pleine séance d'espionnage.
Puis Rose, avec l'aide de Calila, avait remit le gallifréen sur ses deux pieds avant de le renvoyer au Tardis se laver et se changer, pendant qu'elle rangerait le désordre qu'il venait de provoquer. Non seulement, il se retrouvait dans un état épouvantable mais en plus il dégageait une odeur pestilentielle. Il avait insisté pour rester les aider. Mais Rose l'avait poussé vers la sortie, sans qu'il puisse émettre la moindre protestation, lui disant qu'elle le rejoindrait au Tardis dès qu'elle aura finit de réparer les dégâts. Il n'avait pas eut d'autre choix que de lui obéir.
Le Docteur se renfrogna en se tassant un peu plus contre l'oreiller.
- Lorsque vous avez un souci, normalement, vous venez m'en parler, se défendit-il. Je voulais comprendre pourquoi je ne pouvais pas vous aider, cette fois-ci. Mais très bien ! J'ai compris la leçon, je me mêlerais plus de vos affaires ! Vous irez retrouvez dorénavant votre nouvelle amie...
Rose, qui séchait ses larmes, pencha la tête sur le côté, un léger sourire sur les lèvres. Il était adorable. Ce qu'il venait de lui dire était certes un reproche qui dévoilait en même temps beaucoup de choses sur lui, sur ses sentiments. Il venait de lui dire qu'il se préoccupait d'elle et qu'il était quelque part jaloux qu'elle aille se confier à quelqu'un d'autre que lui. A croire que son rajeunissement avait eu des effets très positifs sur sa personne.
Sa nouvelle amie comme il la décrivait était Calila.
Après avoir mit le Docteur hors de sa vue, elle avait présentée ses excuses à Calila. Celle-ci avait prit l'histoire avec humour la commentant d'un mystérieux commentaire, qui se voulait espiègle, laissant Rose perplexe quelques secondes : « L'univers n'était pas fait de hasard. Cela devait se passer ainsi. C'était inéluctable, comme votre rencontre et de ce que cela entraînait. »
Les deux jeunes femmes avaient fait plus ample connaissance tout en nettoyant et rangeant le désordre provoqué par un certain extraterrestre. Une fois, la boutique remis en ordre, elles avaient continuer à parler devant une tasse de thé. Elles s'étaient confiées l'une à l'autre sur beaucoup de choses.
Rose, lui avait ainsi parlée avec une facilité qui l'avait déconcertée, de sa mère, de Mickey. Et plus particulièrement du Docteur. De leur rencontre qu'elle qualifiait d'explosive, de cette douce chaleur qui avait pris son cœur en assaut et qui ne l'avait plus quittée depuis. D'avoir tout abandonnée pour suivre un parfait inconnu qui lui promettait de voyager à travers les étoiles, de les toucher même, sans penser aux conséquences de son acte que cela entraîneraient. De sa vie avec lui, depuis, plus que fabuleuse, fantastique...
Le Docteur était aussi une oreille attentive. Rose savait qu'elle pouvait se confier à lui, quand elle en exprimait le besoin, à n'importe quel moment. Sauf qu'elle ne pouvait pas lui parler de tout. Surtout en ce qu'il le concernait. Notamment de cette étrange danse qu'ils menaient ensemble, que lorsqu'elle voulait se couler davantage à lui, faisant un pas vers lui, il reculait automatiquement d'un pas en arrière, gardant ainsi toujours la même distance entre eux.
Rose n'avait pas vu le temps passé en compagnie de Calila. C'est lorsque le Docteur avait débarqué dans la boutique, les trouvant en pleine crise de fou rire, qu'elle s'était rendu-compte, honteusement, qu'il l'attendait depuis un long moment. Elle avait bien vu qu'il s'était inquiété de ne pas la voir revenir, à ses yeux et au plis de son front. Il l'avait réprimandé de ne pas répondre à ses coups de fils ou du moins à n'avoir pas penser à le prévenir qu'elle aurait un « léger » retard.
Elle avait à peine eut le temps de remercier Calila et de lui dire au revoir, que le Seigneur du Temps l'avait traîné jusqu'au Tardis, prétextant qu'il était temps pour eux de se rendre chez Jackie pour dîner. Rose se rappelait qu'elle s'était demandée l'espace d'un instant ou était passé son Docteur qui ronchonnait et qui essayait par tous les moyens de la convaincre de reculer l'échéance.
La jeune femme reporta son attention sur son compagnon quand il se redressa légèrement en poussant un profond soupir. Elle l'observait, quelque peu décontenancée de ce qui se passait. Elle sentait que quelque chose n'allait pas. Quelque chose lui échappait. Le Docteur était étrangement calme et silencieux. Ce comportement de sa part lui mit soudainement la puce à l'oreille. Il n'était pas normal qu'il ne cherche pas à découvrir la raison de sa métamorphose.
Maintenant qu'elle y réfléchissait, il aurait du se lever, faire les cent pas dans la chambre, débitant un nombre incalculable de mot à la seconde pour tenter de comprendre ce qu'il venait de lui arriver, le tout en se passant une main inlassablement dans les cheveux. Ou bien, il se serait précipité au Tardis. Mais, il ne serait pas resté là, sans rien faire, surtout après avoir fait ce malaise, même en sachant que ce qu'il découvrirait ne lui plairait pas. Tel qu'elle le connaissait, rien ne l'aurait arrêté dans sa quête de vérité. La seule logique, selon elle, à ce manque soudain de curiosité ne pouvait être qu'une connaissance des faits. Donc il savait ce qui lui était arrivé. Il avait comprit depuis son malaise, depuis avoir récupéré les souvenirs du gamin. Il se l'était avoué mais il ne voulait pas l'admettre devant elle.
Rose leva les yeux au ciel. Le Docteur et son irritable manie de tout lui cacher. Elle croisa les bras sur sa poitrine.
- Cessez de faire semblant, lui lança -t-elle. Vous savez parfaitement la raison de votre rajeunissement.
Il gigota, mal à l'aise.
- Je vous préviens, tant que vous ne me direz pas ce qui vous est arrivé, je ne vous laisserais pas sortir de cette chambre.
- Vous pensez vraiment que vous pourriez m'en empêcher ? Lui répliqua-t-il avec une légère ironie.
- Il faudra que vous me passiez sur le corps, lui opposa-t-elle sur le même ton. Et même si vous y arriviez, il y ma mère derrière cette porte. Et elle sera beaucoup moins patiente que moi...
Rose fut quelque part réjouie, de la fugace frayeur qu'elle avait pu apercevoir dans son regard. Était ce causé par un douloureux souvenir ? Ou par peur de se retrouver devant sa mère, après les misères qu'en tant que gamin il avait pu lui faire.
- Très bien, râla-t-il. Lors de ma chute dans la boutique de votre amie, vu ce qui traînait sur les étagères, j'ai du ingérer une toxine qui a provoqué mon rajeunissement.
Rose tiqua. Si il croyait s'en sortir par cette pirouette, ou même qu'elle se contenterait de ça ? Il se mettait le doigt dans l'œil ! Et puis quoi encore ! Même le gamin de cinq ans aurait trouvé mieux ! De plus, elle trouvait qu'il avait cédé trop facilement.
Le Docteur lui mentait. Et cela, elle le savait. Il avait ce tic qui le trahissait à chaque fois lorsqu'il le faisait. Elle acceptait la plupart du temps qu'il lui mente. Elle comprenait que c'était une façon, pour lui de la protéger. Sauf qu'aujourd'hui, il en était hors de question. Il allait devoir lui dire réellement la cause de son état.
- Cela vous arrangerais que je gobe votre bobard sans rien dire...
- Rose...
La jeune femme secoua la tête, contrariée.
- Habituellement, vous êtes plus créatif que cela dans vos mensonges, lui objecta-t-elle. Parce que vous croyez que je ne connais pas toutes vos sales petites manies, depuis le temps... Vous me prenez parfois pour une idiote, Docteur.
- Je ne vous ais jamais pris pour une idiote, Rose, réagit-il vivement.
- Alors qu'est ce que vous êtes en train de faire ?
Le gallifréen détourna la tête, signifiant qu'il ne souhaitait pas poursuivre leur conversation, ce qui irrita profondément la jeune femme. D'un mouvement rapide, au plus grand ahurissement de son compagnon, celle-ci s'assit sur lui à califourchon. Elle se pencha vers lui, rapprochement dangereusement son visage du sien. Il déglutit péniblement. Il sentait son souffle chaud sur sa joue. Leurs nez se frôlaient. Il tenta de reculer, de prendre ses distances avec elle. Peine perdue. Son crâne était déjà contre la tête du lit. Il était pris au piège. Il était pratiquement sûr que si il faisait le moindre geste qui lui paraîtrait suspect, elle n'hésiterait pas à répliquer férocement. Et dieu, seul, savait de quoi elle était capable.
De plus, sa compagne le regardait fixement. L'image d'une lionne guettant sa proie lui vient à l'esprit. Il connaissait ce regard redoutable. Il se faisait rare mais le Docteur le connaissait assez pour savoir qu'il était le plus souvent annonciateur d'un orage entre eux. Il avait apprit alors à ne pas la provoquer davantage. Il s'était essayé à ce jeu avec elle. Une fois. Ce fut la seule et unique fois. Résultat, une Rose indifférente à son sort qui l'avait complètement ignorée pendant quelque temps. Il en avait été bluffé. C'est qu'elle savait y faire. Rose n'était pas une Tyler pour rien.
La jeune femme lui posa un doigt accusateur sur son torse.
- Je vais vous dire le fond de ma pensée, Docteur, annonça-t-elle d'une manière qui sous entendait de ne pas l'interrompre. De un, vous êtes un Seigneur du Temps. Par votre nature, vous êtes capable de vous régénérez. Vous résistez bien mieux que tout le monde à toutes les saloperies qui traînent dans l'univers. Alors une toxine ! Laissez moi rire ! Ce n'est que pour vous, une infime poussière, même pas capable de vous chatouiller les narines ! Au pire, vous auriez juste passé une mauvaise nuit. Mais en aucun cas, cela aurait provoqué votre métamorphose.
Rose s'arrêta quelques secondes laissant à son compagnon le soin de bien assimiler ce qu'elle venait de lui dire. Elle lui avait sortit sa tirade d'une traite. Puis elle posa un deuxième doigt. Elle n'en avait pas finit avec lui.
- De deux. Je peux admettre qu'une telle toxine puisse exister et qu'elle soit la cause de votre état. Après tout, j'ai vu bien plus inimaginable et vous n'êtes pas tout à fait invincible. A un détail prés, cela aurait duré que quelques jours tout au plus. Mais pas plus d'un mois. Et puis Calila...
Soudain, elle porta sa main à ses lèvres et resta quelques secondes interdite. Incapable de finir sa démonstration. Puis de nouveau ses yeux bruns se fixèrent sur lui.
Le Docteur ferma les yeux un instant, se sentant incapable de soutenir plus longtemps le regard de sa compagne. Et parce qu'il venait de constater que son regard avait changé. Elle le fixait maintenant avec défiance. Quoi qu'elle en dise, elle avait l'esprit vif. Elle n'allait pas tarder à comprendre et à faire le lien entre les différents événements.
- Calila... Souffla-t-elle.
Le gallifréen tressaillit. Il se surprit à penser que l'élève dépassait le maître. Il fallait se l'avouer, elle en avait un excellent. Le meilleur dans toutes les catégories. Elle commençait à comprendre. Trop vite selon lui. Il avait espéré avoir un peu plus de temps pour trouver une autre issue à la situation. L'envie pressante de prendre ses jambes à son cou l'assaillit. Filer pour sauver sa vie, en quelque sorte. Sauf que les Seigneurs du Temps ne fuyaient pas devant l'adversité. Oui, mais voilà, ils ne s'étaient jamais retrouvés devant une Rose en colère. Et le Docteur préférait largement se retrouver à l'autre bout de la galaxie, le temps que la tempête s'essouffle.
Rose observait son compagnon scrupuleusement. Elle n'avait pas fait le rapprochement jusque là. Mais un un détail venait subitement de lui revenir en mémoire. Et la jeune femme se maudissait de n'avoir pas comprit dès le départ. Elle n'aurait rien pu faire de plus, même en sachant ce qui était arrivé au gallifréen, que ce qu'elle avait fait pour lui ces précendant jours. Seulement, cela lui aurait épargné beaucoup de choses.
Cela lui avait paru anodin, et puis elle était bien trop fâchée contre lui à ce moment là. Lorsque Calila avait aidée le gallifréen à se relever, il y avait eu comme une poignée de châtaigne entre eux. Et elle avait remarquée qu'il avait toujours gardé soigneusement une certaine distance avec Calila depuis.
Lors de leur discussion, Calila lui avait confiée que son espèce avait des propriétés thérapeutiques différentes à chaque individu. Parfois les remèdes qu'elle préparait pour soigner les maux des gens ne suffisait pas. Elle disait que parfois l'origine des faiblesses du corps résidait dans les âmes, provenant de sentiments ou de comportements ignorés, tourmentant l'esprit. Et c'était à la personne, seule, de soigner elle-même cette faiblesse. Et pour cela, elle devait prendre conscience de ses problèmes, de comprendre pourquoi elle soufre. Son don, à elle, permettait à ces personnes de révéler leur nature profonde, et d'avoir ainsi un regard plus objectif, plus neutre sur leur situation. Et pour cela, il lui suffisait d'un simple contact physique.
Et ça, le Docteur le savait, bien avant qu'elle ne l'apprenne de la bouche de Calila. Et puis il l'avait écouté, sans un mot, lui en parler sur le chemin de l'appartement de sa mère.
C'était donc cela...
Mais pour Rose, son rajeunissement signifiait bien autre chose sur son compagnon. C'en était même la raison pour laquelle, il ne voulait pas lui en expliquer sa cause.
- Donc la voilà, l'explication la plus plausible, fit elle brusquement en posant autre doigt sur son torse, le troisième. Vous devez votre état à Calila que vous l'acceptiez ou non. Cela explique votre étrange rajeunissement et sa durée. Osez me dire le contraire et je peux vous jurer que vous le regretterez !
Le gallifréen parut hébété devant sa répartie mais se reprit rapidement.
- C'est de votre faute ! S'exclama-t-il. Pourquoi il a fallut que vous entriez dans la boutique ? Si vous étiez venu me parler de votre problème, nous aurions pu trouver une solution ensemble ! Au lieu de cela, vous préférez en parler à une parfaite inconnue qui me transforme en gamin !
Rose refréna son envie de lui coller une baffe pour lui remettre les idées en place. Il la méritait pourtant. Elle était peut-être indirectement responsable mais elle n'en assumerait pas l'entière responsabilité. Il en avait une large part. Et il était en colère ! Contre elle en plus ! Il ne fallait pas inverser les rôles ! Ce serait plutôt à elle de l'être. Il lui cachait et mentait sur la cause de son rajeunissement, depuis le début, pour comme d'habitude éviter de parler de lui ! Seigneur du Temps au soi disant Autorité Suprême, il n'avait pas à la traiter de cette façon là.
- Vous devez vous en prendre qu'à vous même, lui répliqua-t-elle sèchement. Si vous n'aviez pas fait votre fouineur, rien de tout cela ne se serait passé ! Et puis pour qui vous vous prenez pour me donner une leçon ! Môssieur n'aime pas qu'on lui fasse des cachotteries, mais lui se permet d'en faire !
Le Docteur resta sans voix, complètement estomaqué par la remarque cinglante de sa compagne. Autant pour lui. Il l'avait bien cherché car il savait qu'il méritait amplement le reproche. Il s'était entendu prononcer des mots qu'il avait regretté bien avant de les formuler de vive voix. Comment avait-il pu lui dire cette atrocité ?
Sans doute parce qu'il avait eu peur de perdre ses moyens et qu'elle le mette à nu. Alors comme un imbécile, il avait fallut qu'il laisse éclater sa colère, n'ayant trouvé que cette tactique, peu pertinente, pour repousser sa compagne. Colère qui n'était en aucun dirigée contre elle mais vers lui. Car il était furieux contre lui même de n'avoir pas reconnu à quelle espèce appartenait Calila avant qu'elle ne l'aide à se relever. Surtout pour avoir cru bêtement, en s'apercevant que le contact physique avec elle ne faisait pas effet sur lui, qu'il n'y aurait tout simplement pas de conséquences sur sa personne.
Rose respira profondément, tentant d'apaiser la colère qui grondait en elle. Elle savait pertinemment ce qui se passerait si ils continuaient tous les deux dans ce sens là. Il se braquerait l'un et l'autre. Et elle n'obtiendrait rien de lui de cette façon là. C'était aussi une tentative déguisé du Docteur pour s'abstenir d'avouer la raison de son état. Cependant, elle serait bien plus maligne que lui, sur ce coup là parce qu'il ne l'attendait pas sur ce terrain.
La jeune femme recula et posa sa main sur le bras de son compagnon pour tenter de calmer sa colère. Lui signifiant aussi par ce geste qu'elle était son amie et non une ennemie. Elle rencontra son regard, et lui sourit. Aussitôt, elle le sentit de détendre un peu.
- Je veux juste comprendre ce qui vous est arrivé, lui fit-elle calmement qu'il en paru surprit. Il y une raison qui a provoquée votre métamorphose, que Calila l'ait fait consciemment ou non.
- Je... Rose...
- Vous savez une relation est basée sur deux choses selon moi, reprit-elle. Le respect et la confiance. Une définition parmi tant d'autre de l'amitié. On peut avoir du respect pour quelqu'un mais si l'on a pas confiance en elle, l'amitié s'effrite. Tout comme une relation se fait dans les deux sens. Et non à sens unique.
Le gallifréen garda le silence.
- Je sais que vous n'aimez pas parler de vous. Cependant, un jour ou l'autre, il faudra bien que vous commenciez à me faire confiance.
Rose se tût. Le Docteur attrapa sa main dans la sienne et commença à jouer avec leur doigts. Elle l'observait, tout en sachant qu'une bataille faisait rage dans sa tête. Quelque chose le retenait. Elle ouvrit la bouche mais la referma presque aussitôt. D'accord, il n'était pas à l'aise avec ça, mais elle ne pouvait pas l'aider davantage. Elle ne le pouvait plus. C'était à lui de faire quelque chose dans son sens. Elle savait que c'était difficile pour lui de se confier. Mais elle estimait, et à juste titre, qu'elle avait droit de savoir la raison de sa métamorphose. Elle était la première concernée par ce qui venait de lui arriver. De plus, elle voulait comprendre en quoi un gamin de cinq ans pouvait résoudre les problèmes ou faire prendre conscience de certaines choses à l'adulte de quelques centaine d'années.
- Vous savez Rose, finit-il par sortir de son mutisme. Cela n'a pas grande importance, maintenant que nous savons ce qui a provoqué mon état. L'essentiel, c'est que je sois de retour.
Le gallifréen vit immédiatement le visage de sa compagne s'assombrir. Et il comprit immédiatement qu'il venait de faire une erreur. Une énorme erreur en ne jouant pas franc jeu avec elle, cette fois-ci.
