Bonsoir bonsoir ! Désolée pour la petite attente, mais j'ai essayé de soigner le dernier chapitre du mieux que je pouvais... Et il est super long. Je vous remercie toutes pour vos messages encourageants, chaque review me touche toujours beaucoup.
Résumé : Dumbledore dit à Harry qu'il lui racontera bientôt l'histoire de Snape. Harry est dans l'attente. Draco lui confirme que si le portrait de Snape n'a pas fané alors qu'on lui a dit que son original est mort, c'est que l'original a encore une forme de vie. Hermione repense au jour où elle a acheté Une Histoire de la Soumission dans la Librairie des âmes. Elle avait demandé si Snape était venu. Elle a peur pour Harry. Elle pense qu'il s'agit d'un Horcruxe de la Magie Blanche, d'un Horcruxe d'Amour.
Note : 1. Bien entendu, le mot "œufologue" n'existe pas. 2. J'espère que ce ne sera pas le cas mais je suis d'avance désolée si les quelques blasphèmes dans ce chapitre mettent quelqu'un mal-à-l'aise.
J'espère sincèrement que le chapitre saura satisfaire vos questions et vous plaira. On se retrouve en bas :)
UNE HISTOIRE DE LA SOUMISSION
Chapitre 12 : Ecce Homo
Harry était dans un tel état de stress que sa peau en devenait rouge. Rouge comme une poêle en verre, si ça existait, qu'on aurait mise sur le feu. Par transparence, les flammes orange et bleues coloreraient le fond de la poêle, donnant l'illusion au cuistot que le matériau était vivant et qu'il rougissait de gêne.
Une poêle comme une peau translucide, au travers de laquelle un cercle de feu, – un soleil brûlant –, grossissait. Et bientôt, l'inoffensif ustensile de cuisine, au lieu de dompter la chaleur, deviendrait lui aussi insupportablement chaud, se métamorphosant, par contamination, en grand incendie.
Ce serait beau et effrayant à voir, cette poêle incolore qui, soudain, flamberait.
Pourtant, si on y avait cassé des œufs, le blanc, au lieu de devenir blanc, resterait cette substance gluante et sans couleur, mais qui coule. Car la poêle de verre, même si elle semble prête à fondre, est incapable de communiquer sa chaleur.
Si c'était un œuf au plat qu'il préparait, le cuisinier serait bien nerveux de voir, toujours, au creux d'une fournaise, du jaune et du blanc encore crus et sa poêle à l'allure de feu-follet.
Elle était chaude comme l'Enfer, cette poêle de verre, et vive comme un renard. Mais elle restait incapable d'offrir sa braise à autre chose qu'elle-même. Elle ne faisait que stocker la folie des flammes sous elle, sans réussir à la transmettre à l'œuf.
Ce n'est pas possible, penserait le cuisinier. Il doit y avoir un problème avec l'installation. Le gaz doit avoir une drôle de réaction avec le pyrex. Je retournerai demain au magasin pour la rendre, cette maudite poêle et, surtout, pour me plaindre.
C'est inadmissible ! Je comptais faire un œuf au plat tout con et me voilà avec un monstre bouillonnant mais toujours visqueux comme un mollard.
C'était grandiose comme un feu de forêt mais ça restait englouti sur lui-même comme un rocher.
Oui, si le matériau qui semblait prendre vie était un objet, il serait possible de s'en débarrasser, de faire comme si cet étrange incident n'avait jamais eu lieu. Adieu, poêle stérile, qui ne sait que recevoir !
Mais si c'était la peau elle-même qui devenait grouillante, parcourue d'éclairs vivants, comment faire comme si de rien n'était ?
Comment faire quand ta peau électrique brûle, mais qu'elle ne dégage aucune fumée ?
xXx
Harry avait l'impression qu'il pourrait tout cuire instantanément, s'il s'approchait de quoique ce soit. Un être vivant, à son toucher, repartirait carbonisé. Un œuf jeté sur lui grésillerait et se transformerait derechef en omelette aux fines herbes.
Mais en réalité, même s'il se sentait chaud comme le sang frais, sa peau n'aurait jamais la capacité à être feu. S'il se cassait un œuf sur le crâne, ça ne donnerait pas un soleil bordé d'un joli nuage opaque mais toujours un ovule cru et répugnant.
Le blanc, appelé albumen par les œufologues, dégoulinerait par à-coups le long de ses cheveux et, pendant quelques instants, il se sentirait l'âme d'un poussin. Il baignerait dans un liquide protéiné bienfaiteur, une sorte de cocon liquide, d'où il ne voudrait s'échapper pour rien au monde.
Qu'est-ce qu'il s'en foutrait de voir le gris du ciel, le jaune de l'herbe ou le noir du ver-de-terre !
Il serait si bien, plongé dans ce placenta et sans rien pour respirer, à part tous les pores de sa peau... Et il y aurait un échange permanent et doux entre le liquide amniotique et son système interne, jusqu'à ce que l'air ne se renouvelle plus assez, et qu'alors, il commence à s'étouffer, tendrement, dans son propre CO2.
Mais l'œuf qu'il aurait cassé sur son crâne ne serait pas plus gros que le trou du cul d'une poule. Et donc, le blanc d'œuf – constitué de 23% de blanc externe fluide, soit 8 grammes, de 57% de blanc intermédiaire épais, soit 20 grammes, de 17% de blanc interne fluide, soit 6 grammes et d'un gramme de mystérieuses chalazes – quitterait vite le sommet de son crâne pour s'étendre en gouttant sur le reste de son corps.
Adieu, l'illusion d'être soi-même un œuf !
xXx
Peut-être que les deux chalazes, ces tissus qui suspendent et attachent le jaune d'œuf au reste de la structure, entraîneraient avec elle le bulbe élastique jaune. Le vitellus, car c'est le nom savant du jaune d'œuf, entouré par sa membrane impalpable, glisserait le long de son nez, de son menton, de son cou, de son torse, de son pénis, de ses testicules, pour s'éclater sur le sol.
Piteux embryon que Harry enviait tant ! Il avait à peine eu le temps de sortir de sa coquille qu'il s'était tout de suite précipité à la rencontre de la dureté du monde.
Le jaune se serait écrasé bien longtemps avant que les dernières gouttes de blanc d'œuf ne quitte ses doigts. Le blanc, en effet, prendrait tout son temps, car il n'était pas pressé, car il n'était pas vivant, pour parcourir le corps du garçon avant de, lui aussi, embrasser la terre.
Ça glisserait le long de ses bras comme du sperme sans spermatozoïdes. Ce blanc d'œuf que les enfants détestent, car il a une apparence et une texture de morve, serait arrêté à chaque instant par un poil trop épais, par une veine trop prononcée, par une phalange trop osseuse. Et leur dernier point de repos avant leur envol pour le sol, ce serait ses ongles.
Ha, les ongles de Harry, coupés maladroitement, au bout dentelé et sale ! Le blanc d'œuf en tomberait amoureux, car il trouverait là des âme-sœurs authentiques. Les ongles, cette membrane protectrice, sous laquelle remue de la chair rose. Les ongles, et leur couleur de nacre sanguine, et ces imperfections blanches opaques, que les mamans disent venir d'une carence en calcium.
Comme du blanc d'œuf trop longtemps resté à l'air libre, les ongles sont durs et pourtant cassants et mous, et pourtant blancs et transparents, et pourtant, ils continuent à pousser.
Ils sont insensibles, les ongles, ce qui fait mal quand on se les cogne, c'est la chair en dessous. On peut pas avoir un bleu à l'ongle, car l'ongle est mort, comme le cheveu.
Bref, tout ça pour dire que les dernières gouttes de blanc d'œuf s'accrocheraient désespérément aux ongles de Harry, car elles y verraient comme leur alter ego humain, ou bien un miroir où, idiotes de Narcisse, elles voudraient se noyer.
Au bout d'un moment sans durée, cependant, tout ce qu'il resterait de l'œuf cru cassé sur le crâne de Harry, ce ne serait ni des bouts d'albumen ni des miettes de vitellus. Plantés dans ses cheveux comme une couronne en papier-mâché, des morceaux de coquille insensés.
xXxxXxxXx
- Harry ? Harry, tu te sens prêt ? demanda Ron, en posant sa main sur l'épaule de son meilleur ami.
Le brun remua de la tête. Il ne savait plus si c'était pour se débarrasser de résidus de coquille en calcaire ou bien pour dire « Non ! Je veux pas y aller ! ».
- Ça va ? On peut toujours...
Mais ils ne pouvaient pas vraiment reculer.
C'était dingue comme, ces derniers jours, Ron était devenu terriblement prévenant. Il avait totalement digéré l'amour fou de Harry pour un cadavre. Il ne l'encourageait pas vraiment mais lui parlait tout bas, comme à une personne atteinte d'une maladie incurable.
En réalité, il marchait constamment sur des coquilles d'œuf, et ça commençait à exaspérer Harry, même s'il comprenait que, pour Ron, ce n'était qu'une manière de manifester son empathie et son inquiétude.
Hermione, au contraire, se montrait froide et distante, comme une mère qui refuse que son enfant soit gravement malade. Elle lui parlait sans ménagement, espérant peut-être que ça s'en irait tout seul. Si elle y croyait suffisamment fort, ça allait disparaître, ce truc qui rongeait le cœur de son ami.
- Hermione devrait pas tarder, bougonna Ron. Elle devait vérifier quelque chose à la bibliothèque.
Après une seconde d'hésitation, constatant que Harry ne répondait rien, il ajouta :
- Je sais même pas pourquoi je prends la peine de le spécifier. Déjà, en deuxième année, au lieu de prendre trente secondes pour nous souffler le mot « Basilik », elle avait filé à la bibliothèque. Tout ça pour se faire paralyser. Et annuler le match. C'était contre qui déjà ?
- Poufsouffle, répondit mécaniquement Harry.
- Ha oui, c'est ça. Oh, comment Oliver était vert !
- Il avait dit quelque chose comme... mais on peut pas annuler le Quidditch ! dit Harry, en souriant malgré lui.
Son stress commençait à retomber. Sa peau ne brûlait plus désormais. Il n'avait plus sous les paupières d'images d'œuf dégoulinant ou de poêle en fusion atomique. Ce n'était pas pour rien que Ron était son meilleur ami. Il gérait bien mieux certaines situations que lui.
xXx
- Ron ! Harry ! Désolée pour l'attente je devais...
- On sait, la coupa Harry, plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. On y va, maintenant ?
Ni Ron ni Hermione ne répondirent, mais tous deux lui emboîtèrent rapidement le pas. Il n'y avait que Harry qui savait exactement où ils allaient, mais eux savaient tout-à-fait qui les y attendaient.
Deux portraits allaient finalement leur révéler ce qui semblait une longue histoire. Le récit de la vie de Snape ou, en tout cas, d'un bout de sa vie qui était étroitement liée à un drôle de grimoire intitulé Dominants et dominés chez les sorciers : Une Histoire de la Soumission.
Harry avait l'impression d'avoir attendu et redouté ce jour toute sa vie. Ça lui faisait comme la nuit d'une première fois. Il avait peur de pas être à la hauteur, d'être déçu, d'être frustré, de crier victoire trop vite, de pleurer de dégoût. Il avait hâte de comprendre enfin, d'entrer dans le clan de ceux qui savent, de pouvoir, mentalement, se remémorer ce moment et toute sa logique.
Deux ou trois mois, à peine, depuis que Snape était devenu une obsession pour lui et il n'arrivait pas à concevoir qu'il ait pu vivre sans avant. Que faisait-il de ses journées ? Sa vie n'était-elle pas affreusement vide ?
Le fait que Voldemort lui ait couru après sept années durant était sûrement une bonne raison de penser que non, sa vie avait définitivement été bien remplie.
Mais si le premier septembre dernier, il n'avait pas surpris Hermione à lire Une Histoire de la Soumission au petit-déjeuner, événement qui avait déclenché une dispute stupide entre elle et Ron, maintenant que Voldemort avait crevé, à quoi aurait-il occupé ses nuits ?
Snape était tombé à point nommé.
xXxxXxxXx
- C'est là ? s'enquit Ron, d'une voix qui laissait transparaître un état de nervosité avancé.
Il observait, les yeux presque révulsés, la tapisserie devant laquelle Harry les avait conduits. Tout son corps semblait exprimer le seul mot : « rejet ! rejet ! rejet ! »
Cependant, la vieille tapisserie n'avait rien de rebutant. Elle représentait des animaux gambadant léthargiquement dans une espèce de prairie verdoyante. On y reconnaissait des brebis, des colombes, des bœufs, et toute sorte de bestioles aux airs pacifiques et légèrement abrutis.
Harry ne comprenait pas l'air effrayé qu'arborait Ron. Le dessin était peut-être maladroit mais il n'avait rien de menaçant. Au contraire, le Survivant le trouvait plutôt apaisant.
- Ouais, dit simplement Harry, en soulevant la tapisserie. C'est ici.
xXx
Il ne s'était pas trompé d'endroit, c'était bien là que Dumbledore leur avait donnés rendez-vous.
La vieille tenture cachait un couloir peu éclairé, qu'il n'avait traversé qu'une seule fois de toute sa scolarité.
Il ne se rappelait plus très bien des circonstances mais, en tout cas, cette fois-là, Miss Teigne était à sa poursuite et il s'était faufilé derrière la tapisserie, espérant fermement que la chatte serait troublée par l'odeur de poussière que les tissus dégageaient. Il pensait que l'ambiance joyeuse de moisissure cacherait son odeur moite de peur et de sueur.
Et il avait eu raison, Miss Teigne était passée devant la tapisserie sans le repérer.
Il avait attendu que le bruit désagréable des griffes sur les pavés diminue avant de vite parcourir le couloir vers l'autre sortie, sans un regard pour les murs sombres. Il avait alors déboulé dans une tout autre partie du château. Et, depuis, il n'avait jamais eu l'occasion d'y remettre les pieds.
Il ne se serait même jamais rappelé de l'existence de ce couloir si Dumbledore, par le biais de Mcgonagall, ne lui avait pas envoyé la note suivante ce matin :
« Harry,
pourrais-tu nous rejoindre après avoir dîné dans le Couloir secret des tapisseries ? L'heure n'a pas d'importance, nous ne sommes plus pressés. Si tu lui demande poliment, ta carte guidera tes pas. Tu peux bien sûr amener Miss Granger et Mr Weasley. Ils sont les bienvenus.
Bien à toi,
APWB Dumbledore »
Il avait passé toute la journée à se demander ce qu'il allait enfin apprendre. Il avait longuement hésité avant de proposer à Hermione et à Ron de l'accompagner mais, finalement, l'habitude de tout partager avec eux avait fini par prendre le dessus. Il avait commencé à leur parler de Snape. Autant qu'ils apprennent tout de première main. Et puis, secrètement, il avait un peu peur des révélations que les deux portraits allaient leur faire.
xXx
Harry s'engagea le premier dans le couloir, vite suivi de ses deux amis.
- Harry, souffla Ron avec un ton que le Survivant reconnaissait bien.
C'était le ton spécial « Harry, nous sommes entourés d'arachnides géantes qui veulent certainement nous bouffer, on ferait mieux de faire demi-tour, non ? ».
Et, de la même façon que lors de leur visite à Aragog, Harry choisit d'ignorer sa détresse. Ils avaient réussi à survivre à l'attaque d'une multitude d'araignées géantes mangeuses d'hommes, ils survivraient bien à un couloir mal éclairé.
Harry décida tout de même de jeter un coup d'œil aux murs. Peut-être qu'à l'un d'eux était accrochée une tapisserie fourmillant d'animaux à huit pattes et aux yeux luisants. Mais rien, encore une fois, ne justifiait la terreur de son ami.
Il n'y avait aucun danger autour d'eux. Seulement des tapisseries... religieuses.
Maintenant qu'il prenait le temps de regarder autour de lui, il se rendit compte que les murs étaient recouverts de tissus épais et anciens, où des fils d'or et de pourpre traçaient des auréoles et des visages saints, des agneaux et des croix ensanglantées.
Les images étaient à la fois naïves – trois hommes agenouillés devant un bébé au visage immonde – et barbares – la dépouille nue d'un homme dans les bras d'une jeune femme vierge. Mais l'ensemble était moins angoissant qu'intimidant.
xXx
Harry ne comprenait pas la panique de Ron. Ce n'était pas comme si les sujets des tapisseries allaient soudain tendre le bras pour le saisir par la peau du cou, l'installer sur une croix et l'y laisser pourrir !
C'est en se faisant cette réflexion que Harry comprit enfin. Non, les personnages n'étaient pas prêts de les attaquer, car ils n'étaient pas mobiles.
Ils étaient entourés de tapisseries moldues, et c'était, à Poudlard, quelque chose de tout-à-fait incroyable. Tellement incroyable que ça ne semblait pas normal. Pour un sorcier sans origines moldues, ça devait être terriblement lugubre.
Ron ne devait pas voir dans ces tapisseries des tissages savants dont on a, avec le temps, perdu l'art et la maîtrise, mais les traces gémissantes d'un meurtre.
Pour un sorcier, un personnage qui ne bouge pas est un cadavre.
La mort d'un portrait, se rendit enfin compte Harry, ce n'était pas vraiment faner, comme Ron lui avait dit, c'était simplement de se transformer en tableau moldu. Un portrait qui apprend que son modèle est mort imite cet état mortuaire : il ne bouge plus.
xXx
- Ce n'est pas normal, marmonna Ron, sa bouche crispée dans une grimace de désespoir. Tous ces gens, sur ces tapisseries... Ils doivent s'ennuyer, non ? Comment savoir s'ils sont encore en vie ?
- C'est pas toi qui m'avais dit qu'un portrait, même s'il imite la vie, il est pas vivant ? fit remarquer Harry.
- Si, mais, on s'habitue tellement à faire semblant ! Tu trouves pas ça affreusement glauque ? Hermione ?
Hermione n'avait pas dit un mot depuis qu'ils s'étaient retrouvés. Harry se retourna vers elle et la vit étonnamment concentrée sur une des tapisseries.
Il s'en approcha, curieux, et sentit son cœur lâcher. La tapisserie représentait la cène, le dernier repas pris par Jésus Christ en compagnie de ses douze apôtres. Le dernier moment de convivialité avant le supplice qui l'attendait le lendemain : dénoncé par Judas, arrêté par les soldats romains, amené à Ponce Pilate, obligé de porter sa propre croix et enfin clouté en voleur et abandonné.
Entre deux apôtres, dont Harry avait totalement oublié le nom – était-ce Judas, Thomas, Simon ? –, se tenait Snape.
A la droite de Jésus, là où aurait du être assis Jean, celui que le fils de Dieu préférait, il y avait Dumbledore.
Contrairement à son compagnon Severus, le vieil homme ne détonnait pas dans la scène. Il semblait tout-à-fait à l'aise et était en train de mastiquer ce qui était certainement un morceau de pain.
xXx
- Bonsoir, Harry. Miss Granger, Mr Weasley, heureux de vous revoir en bonne santé, dit-il d'une voix douce.
- Professeur Dumbledore, marmonna Ron.
Son visage était vert, son regard fou. La lumière jaune du couloir le faisait paraître encore plus déséquilibré. Il n'aimait pas cette ambiance. Il n'aimait pas ces hommes tous attablés mais qui ne mangeaient pas. Il n'aimait pas le personnage central et son air bienveillant mais qui ne faisait aucun geste pour le sortir de là.
- Bonsoir, professeur Dumbledore, dit Hermione calmement. Devons-nous nous aussi nous asseoir ? Ce serait plus poli.
- Vous feriez bien, répondit Dumbledore d'un ton badin. Severus et moi avons une longue histoire à vous narrer.
Harry s'assit, mais ses yeux ne quittèrent pas les quelques centimètres de toile où le visage de Snape était momentanément tissé. C'était curieux de voir les deux portraits parler et bouger, alors que tous les autres autour d'eux restaient figés dans la même position ahurie.
Jésus, quand Dumbledore tourna la tête et lui envoya accidentellement une mèche dans l'œil droit, ne broncha pas. Il garda son sourire et ses yeux grand ouverts. Il ne s'était aperçu de rien.
xXx
- Il y a de nombreuses choses que je dois moi-même vous confesser, mais il me semble que Severus sera le plus à même de vous conter la première partie de l'histoire.
- Professeur, est-ce que vous parlez de l'auteur d'Une Histoire de la Soumission ? demanda fébrilement Hermione. Est-ce que c'est bien ce qu'il me semble que c'est ? Le grimoire, je veux dire !
Elle s'était assise en position du lotus, à la gauche de Harry et était légèrement penchée en avant. Son visage était concentré, et on aurait dit qu'elle cherchait à deviner la réponse de Dumbledore, qu'elle formulait déjà dans sa tête des arguments, des objections et toute sorte de choses rhétoriques qui n'intéressaient pas Harry.
Lui, il ne voulait n'avoir confirmation que d'une chose : le grimoire que sa meilleure amie avait acheté cet été était bien plus qu'un simple livre. C'était un Horcruxe ou, en tout cas, une sorte d'Horcruxe.
Mais Hermione semblait bien plus au courant que lui. Au lieu de yeux perdus et flous, elle avait un regard d'une assurance inébranlable, qui dégageait une volonté de s'exprimer plus forte que tout au...
- Je me rappelle pourquoi je ne vous ai jamais aimée, Miss Granger, dit froidement Snape. Vous vous mêlez toujours de tout, tout en croyant, à tort, tout savoir. Si ça ne tenait qu'à moi, vous ne seriez même pas là. Ni vous, Mr Weasley.
Harry s'attendait presque à ce qu'il dise : « J'enlève dix points à Gryffondor. Et Potter, vous aurez une retenue. »
- Il me semble, Professeur Dumbledore, reprit l'ancien Maître de Potions, que je connais en effet le début de l'histoire. Toutefois, j'aurais besoin de vous, pour... certains détails historiques, que je serai bien incapable de fournir.
- Nous vous écoutons, Severus. Il est temps que la jeunesse hérite du lourd fardeau qu'est le passé.
xXxxXxxXx
Snape eut un simple sourire, qui pouvait tout aussi bien être ironique. Sans un regard noir pour les trois sorciers assis par terre, devant sa tapisserie, il se mit à parler d'une voix monocorde.
- Potter, vous n'êtes pas sans savoir que, plus jeune, j'ai eu un grand intérêt pour la Magie Noire. J'étais obnubilé par l'idée de prendre ma revanche sur la vie. Je ne me cherche pas des excuses et j'ai conscience que c'était tout-à-fait stupide de ma part de penser que la grandeur allait de paire avec le pouvoir.
« Mais le fait est que, quand j'étais encore à l'école, on entendait parler de ce sorcier dont personne ne connaissait le véritable nom, qui aurait des idéaux auxquels je croyais adhérer à l'époque. Ce que faisait le Seigneur des Ténèbres, durant les années 1970, n'était pas réellement clair. Il s'agissait plus de légendes, de ouïe-dire. Dans les journaux, des meurtres à répétition, des attaques de Moldus. Dans les voix des adultes, de l'inquiétude.
« Mais ce n'était pas ce qu'on pouvait appeler une guerre ouverte. J'appréciais, je l'avoue ce climat non pas de terreur mais de peur subtile. Le Seigneur des Ténèbres instaurait une atmosphère tendue et sombre, qui n'empêchait pourtant pas l'école de tourner et les jeunes de vivre avec insouciance.
Snape fit une pause et Harry eut l'atroce impression qu'il pensait à ses parents, Lily et James.
- Après l'école, je suis parti en quête du Seigneur des Ténèbres ou, en tout cas, c'est ce que j'ai cru à ce moment-là. En fait, il ne m'aurait jamais laissé l'approcher s'il n'avait pas déjà eu un œil sur moi. C'est Lucius Malfoy, de six ans mon aîné, qui se chargeait de surveiller les jeunes diplômés de Poudlard. Il y guettait d'éventuelles nouvelles recrues mais surtout de potentiels gêneurs. Lucius m'a amené au Seigneur des Ténèbres et j'ai tout de suite été... marqué.
« Durant deux ans, je l'ai fidèlement servi, sans réellement questionner nos actions. Je n'avais pas de véritable ambition dans la vie et, malgré tout ce qu'on a pu dire sur notre groupe, il me semblait enfin avoir été accepté pour ce que j'étais. Un jeune sorcier au visage disgracieux, bouillonnant de l'envie de prouver aux autres qu'il existait, persuadé qu'il était même bien plus doué et indispensable que le reste du monde.
« Pendant ces années 1978 et 1979, j'ai acquis la confiance absolue du Seigneur des Ténèbres. A moi, il confiait des missions de stratégie. A moi, il parlait de ses ambitions de conquête, de toutes les choses grandioses qu'il projetait de faire.
« C'est moi qu'il a envoyé à Poudlard, espérant que j'obtiendrais le poste que Dumbledore lui avait une fois refusé. J'ai résidé quelques temps à la Tête de Sanglier, afin d'écouter les rumeurs qui circulaient entre les voyageurs. Dans un coin, j'entendais ce qu'il se disait sur le terrifiant Seigneur des Ténèbres et j'étais heureux d'être son bras droit.
« Et un soir humide et froid, c'était en Avril, en passant derrière une porte, j'ai entendu la Prophétie. Une prophétie qui concernait mon maître et un enfant, un bébé qui n'était même pas encore né. Je ne l'ai pas entendue en entière, et c'est aujourd'hui quelque chose que je regrette et qui, pourtant, a sauvé le monde.
« Si j'avais entendu la Prophétie dans son intégralité, le Seigneur des Ténèbres serait aujourd'hui le Maître du Monde et il n'y aurait plus personne pour oser se confronter à lui. Mais Dumbledore m'avait aperçu et j'ai du fuir.
« Finalement, je n'ai pas osé demander un poste à Poudlard mais je revenais tout de même vainqueur de ma mission : grâce à moi, le Seigneur des Ténèbres savait qu'un enfant élu risquerait de contrarier tous ses plans. Pour me récompenser de mon succès, il m'a offert un livre.
« C'était un drôle de grimoire, très ancien et pourtant qui semblait, par bien des aspects, assez récent. C'était un simple livre, sans pouvoir magique, mais qui possédait une valeur inimaginable. Quand il me l'a mis entre les mains, il m'a dit : « Mon cher Severus, je t'offre un livre qui a, pour moi, plus de prix que le monde. ». Pourquoi avait-il fait ça ? C'est difficile de savoir. Peut-être pensait-il que j'étais le seul de ses fidèles à pouvoir comprendre le rôle que cet ouvrage avait joué dans sa vie et que le livre me revenait de droit.
« Peu de temps après, il a confié son journal intime d'écolier à Lucius, mais il ne lui a pas expliqué de quoi il s'agissait. Il ne lui a jamais donné l'ordre de protéger le journal. Le Seigneur des Ténèbres pensait qu'il n'y avait plus qu'un seul obstacle avant qu'on ne le considère comme le sorcier ultime. Oui, ce dernier obstacle, c'était toi, Potter. Un garçon qui n'était pas encore né, qu'il lui suffirait de tuer d'un simple tour de magie. Rien de menaçant. Un jeu d'enfant. Pourquoi aurait-il pris la peine de divulguer le secret de son immortalité à Lucius ?
« J'ai gardé le grimoire bien caché chez moi, dans ma maison au bout d'une impasse moldue, où personne ne se rendait jamais. Je l'ai lu, de nombreuses fois, quand j'étais au service du Seigneur des Ténèbres. J'ai vite compris que c'était de ce livre qu'il avait tirées toutes ses théories. C'est ce livre qui lui avait donnée la conviction qu'il fallait dominer non pas seulement les races préjugées inférieures : les Moldus ou les Elfes de Maison mais aussi certains sorciers eux-mêmes.
« Potter, tu as lu ce grimoire. Tu sais qu'il tente, globalement, de prouver l'idée que, depuis toujours, il y a des rapports naturels de domination et de soumission au sein même de la race des sorciers. L'auteur exprime simplement le déséquilibre inné qu'il y a entre un sorcier doté de grands pouvoirs et un sorcier minable. Dans le fond, il n'a pas réellement tort.
« Cette thèse est certes réactionnaire mais elle n'a pas attendu le Seigneur des Ténèbres pour exister. Cette thèse est bien ancienne et a été véhiculée par toutes les familles de Sang-Purs et surtout par une Maison de Poudlard...
- Serpentard, souffla Harry.
xXx
Tout commençait à s'imbriquer dans sa tête. Draco, dans son Encyclopédie, avait découvert la trace d'un grimoire traitant de la domination et de la soumission, écrit au Xe ou XIe siècle. Un grimoire dont il existait un seul exemplaire, car il s'agissait de la thèse d'étudiant d'un Professeur de Poudlard, auquel il faisait en classes régulièrement allusion.
Une Histoire de la Soumission avait été écrit par Salazar Serpentard. Voldemort avait récupéré le grimoire pour enfin le confier à Snape, qui l'avait revendu. Hermione l'avait acheté et Harry lui avait finalement volé.
Comment ? C'était si gros... Impossible...
- Severus, si vous me permettez, je vais reprendre l'histoire, dit le portrait de Dumbledore. Vous avez jusque-là fait un récit admirable mais je me permets de rajouter quelques détails dont vous n'avez peut-être pas connaissance.
- Faites, Professeur Dumbledore. Vous savez bien que je n'étais même pas encore né quand le Seigneur des Ténèbres est entré en possession de ce grimoire. Il y a encore beaucoup de choses que j'ignore.
Le portrait de Dumbledore eut un sourire indulgent, poussa du coude un Jésus qui ne broncha pas et se lança dans un long monologue.
xXx
- Durant votre deuxième année, vous trois, vous avez plus qu'entendu parler de la Chambre des Secrets. Il faut cependant savoir que cette légende était tombée dans l'oubli au fil des années et que rares étaient ceux, au début du XXe siècle, à pouvoir encore la raconter. Comme le Professeur Binns a du vous le dire – oui, je sais Miss Granger que vous lui aviez alors demandé de vous en parler –, le château a été fouillé de fond en comble après la disparation de Salazar Serpentard et aucune pièce secrète de cette sorte n'avait été trouvée. L'histoire de la Chambre des Secrets, faute de preuve, avait laissé place à d'autres racontars plus noirs et plus effrayants.
« Et il faut avouer que moi-même je n'y avais jamais réellement prêté attention. Il y avait tant de phénomènes extraordinaires qui se produisaient à Poudlard que je n'avais pas pris la peine de me pencher sur une rumeur ancienne et visiblement infondée. Et même si Salazar avait caché un monstre dans l'école, ne serait-il pas mort, après tout ce temps ?
« Ainsi, comment est-ce que le jeune Tom Jédusor a eu vent de cette histoire, je ne saurai vous le dire. Mais durant sa cinquième année, il a trouvé la Chambre et lâché le monstre sur Miss Warren – c'est là le véritable nom de Mimi Geignarde. J'avais des soupçons, mais je n'arrivais pas à croire que ce garçon, que j'avais été cherché personnellement dans un orphelinat moldu, ait pu faire une chose pareille. Pardonnez ma faiblesse, mais il me semblait par ailleurs impossible qu'il en ait même eu les pouvoirs et qui plus est qu'il ait pu ouvrir une pièce aussi maléfique sous mon propre nez.
« Quand Miss Warren est morte et que son fantôme nous a confirmé l'existence du monstre de Serpentard, je me suis alors demandé si la Chambre ne cachait pas autre chose. Pourquoi Salazar aurait-il appelé sa pièce « la Chambre des Secrets » ? Pour un quelconque effet de style ? Je n'y croyais pas. Il devait y avoir autre chose à l'intérieur, car le monstre n'était en réalité qu'une arme.
« Et si quelqu'un parvenait à entrer dans la Chambre mais que les intentions de Salazar, ravagées par le temps, fussent totalement oubliées ? Salazar était un homme méticuleux et avec le Basilik, il avait du laisser autre chose, des indications.
« Et l'attitude de Tom Jédusor me donna, semble-t-il, raison. Après le renvoi de Hagrid, les attaques cessèrent, certes, mais Jédusor avait commencé à rassembler autour de lui un groupe d'amis. Lui qui avait toujours été d'un tempérament solitaire s'était mis à réunir régulièrement Lestrange, Regulus Black, Avery et d'autres jeunes gens assoiffés de pouvoir mais trop faibles pour oser se proclamer leader.
« J'étais persuadé que ce gang n'était pas né de nulle part. Quelque chose avait du l'inspirer, quelque chose qu'il avait peut-être trouvé dans la Chambre des Secrets. Je pensais déjà à un livre qui l'aurait guidé et lui aurait soufflé à l'oreille, un but.
Dumbledore jeta un coup d'œil à Snape et s'arrêta de parler. Le portrait de l'ancien Mangemort reprit la parole avec une certaine réticence :
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- Le Seigneur des Ténèbres avait, en effet, trouvé dans la Chambre des Secrets un grimoire, écrit par Salazar Serpentard lui-même. Après de nombreuses recherches, il avait fini par découvrir qu'il s'agissait de sa thèse d'étudiant. Dans des accès de mégalomanie, Serpentard citait parfois durant ses cours des extraits de son propre ouvrage, mais le livre n'eut jamais de succès.
« Il n'y avait, vraisemblablement, qu'un seul exemplaire d'Uns Histoire de la Soumission, entreposé dans la Chambre, et il revenait à l'héritier de Serpentard : le Seigneur des Ténèbres.
« Il l'avait dévoré et réactualisé maladroitement, ajoutant ça et là ses propres opinions et c'est pour cela que le livre m'avait paru si récent. Il avait été modifié par le Seigneur des Ténèbres. Les premiers Mangemorts avaient certainement eu droit de nombreuses lectures de l'ouvrage. Toutefois, quand le sorcier dont nous parlons reparut, après quelques années, sous son nouveau nom, plus jamais il n'évoqua le livre de Salazar Serpentard.
« La thèse n'était plus assez extrême pour lui, désormais. C'est certainement pour cela qu'il ne songea jamais sérieusement à en faire un Horcruxe. En tout cas, il me le confia. Plus qu'un guide, le grimoire avait été pour lui une lueur. Et il était temps pour lui de se séparer de son premier rêve d'enfant.
« Il y avait deux garçons à qui la Prophétie pouvait correspondre : Neville Longdubat et toi, Potter. Quand j'ai appris qu'il visait les Potter... Mais tout cela, tu l'as vu dans les souvenirs que je t'ai confié.
Le portrait de Snape soupira. Harry crut qu'il n'allait jamais finir son récit mais, après une longue pause, l'homme continua.
- Le Seigneur des Ténèbres a été vaincu par toi bébé et il avait tué Lily. Plus que jamais, j'ai voulu me débarrasser de tout ce qui me reliait à lui. Regarder ma Marque des Ténèbres me donnait envie de vomir. Quand je songeais au grimoire caché dans ma bibliothèque, je n'éprouvais qu'un sentiment : le plus profond dégoût. C'était à cause de ce livre que le Seigneur des Ténèbres avait commencé à rassembler des fidèles. C'était à cause d'Une Histoire de la Soumission que Lily était morte.
« Grâce à l'aide du Professeur Dumbledore, au lieu de rejoindre les Lestrange à Azkaban, j'ai pu occuper un poste à Poudlard. De nombreuses fois, j'ai voulu détruire le livre, mais Monsieur le Directeur m'en a toujours empêché, affirmant qu'il pourrait un jour m'être utile.
- N'avais-je pas raison ? intervint aimablement Dumbledore.
- En effet, répondit Snape et il était difficile de savoir s'il était amer ou reconnaissait. Quand le Seigneur des Ténèbres est revenu, dans le cimetière de Little Hangleton, je ne suis pas arrivé de suite. C'est quelque chose que m'a toujours reproché Bellatrix et c'est certainement une des raisons pour lesquelles elle n'avait que peu confiance en moi. Quand je l'ai enfin rejoint, le Seigneur des Ténèbres, bien entendu, m'a longuement questionné et il a demandé que lui apporte une preuve de mon inébranlable fidélité.
« C'est à ce moment-là que je lui ai amené le grimoire qu'il m'avait donné, quinze ans plus tôt. Si j'avais été un lâche, si je n'avais pas été entièrement dévoué à lui, je l'aurais détruit ou même offert à l'Ordre du Phénix, comme preuve de mon rachat. Mais je l'avais gardé chez moi, sachant pourtant que si quelqu'un le découvrait, il m'attirerait de graves ennuis.
« Le Seigneur des Ténèbres y vit une marque de loyauté et jamais plus il ne formula de doute envers moi. Cependant, Lucius ne bénéficia pas du même traitement. Après le désastre du Département des Mystères, son estime pour la famille Malfoy se retrouva réduit à néant. Pour punir Lucius, il marqua Draco, son unique fils, et lui donna pour mission de tuer le Professeur Dumbledore. Personne n'aurait pu y arriver...
xXx
- Ho, vous avez une image biaisée de moi, Severus. Contrairement à Voldemort, je n'avais aucun Horcruxe caché et étais aussi mortel qu'un autre homme.
- Vous savez très bien ce que je veux dire, Professeur, rétorqua Snape. Si vous ne l'aviez pas voulu, jamais je n'aurais pu vous tuer.
Dumbledore ne dit rien, mais il eut l'air soudain fier de lui.
- Comme tu le sais, Potter, le Professeur Dumbledore m'avait ordonné de le tuer. Il disait que sa mort était nécessaire et qu'elle en sauverait de bien meilleurs que lui, dit Snape en grimaçant.
- Mon meurtre a permis au jeune Malfoy de rester un innocent, intervint Dumbledore. Il m'a aussi soulagé d'une peine terrible car, tu étais là, Harry, je n'avais plus longtemps à vivre et tout mon corps n'était que douleur. Il a aussi convaincu Voldemort de la fidélité de Severus et surtout... Il fallait que Severus me tue. Ça ne pouvait être que lui pour que mon plan fonctionne...
Le vieil homme marqua une pause.
- Je ne vous suis plus, Professeur, murmura Snape.
Ils entraient enfin dans le vif du sujet.
xXx
- Vous tous, dit Dumbledore, en s'adressant à la fois aux trois sorciers et au portrait de Severus. En haut de la Tour d'Astronomie, il s'est produit bien plus que mon assassinat. Vous savez que pour jeter un sortilège Impardonnable, il faut vouloir la mort ou la souffrance de l'autre de toute son âme. Si Avada Kedavra m'a tué, ce n'est pas tant parce que Severus désirait m'ôter la vie mais parce que j'ai mobilisé toute ma volonté pour formuler un seul désir : que Severus me tue. Comprenez bien que je suis mort avec comme ultime désir de sauver Severus. Et que s'est-il produit ? L'Amour a sauvé Severus.
- Vous ne m'avez jamais parlé de cela, Professeur, dit Snape, d'une voix où on sentait à la fois des reproches et un fol espoir.
- Vous n'auriez jamais voulu savoir, Severus. Ce que j'ai fait, il fallait que je l'emporte avec moi. Je suis mort, et mon portrait s'est peint dans le bureau du Directeur. J'ai alors attendu patiemment que les choses se fassent. Si mon plan avait fonctionné, une partie de l'âme de Severus s'était séparée de lui quand il s'est contraint à me tuer : un meurtre est une chose qui brise le cœur, surtout quand il n'est pas motivé par la haine. Ce morceau d'âme, pourtant, n'est pas devenu un Horcruxe ou quoique ce soit de maléfique car la victime, c'est-à-dire moi-même, était en harmonie avec ma fin.
« Je n'aurais pas souhaité mourir autrement. En quelque sorte, me tuer était le plus grand service que Severus aurait pu me rendre. L'Amour comprend ce genre d'acte insensé et, souvent, il tente d'aider les âmes perdues. Le morceau de cœur ou d'âme de Severus est allé se nicher dans l'objet qui avait le plus de valeur pour lui : oui, dans le grimoire que Voldemort lui avait offert.
- Je suis pourtant bien mort dans la Cabane Hurlante, Professeur Dumbledore. Votre plan a échoué. Je n'ai jamais eu d'Horcruxe.
- Patience, Severus, j'y viens. Justement, je vous avais averti que Voldemort risquait de vous croire maître de la Baguette de Sureau, et qu'il n'hésiterait pas à vous tuer. Je vous ai conseillé de revendre vos livres dans une petite librairie d'Oxford.
- J'étais prêt à mourir car plus rien ne me rattachait à la vie, dit mélancoliquement Snape, et Harry eut le cœur serré. J'ai revendu tous mes livres, comme vous me l'aviez conseillé. Je n'avais de toute manière personne à qui les léguer. Je ne pensais pas, néanmoins, que quelqu'un mettrait la main aussitôt sur Une Histoire de la Soumission. Je croyais que cette librairie était inconnue et que son propriétaire était un de vos amis.
Il y avait de la colère, de l'incompréhension et de la résignation dans la voix du portrait de Snape. Dumbledore ignora l'énervement de son ancien employé et dit :
- Voldemort vous a bien tué, comme je m'y attendais, et a laissé le cadavre de son meilleur Mangemort pourrir à même le sol, sans aucun scrupule.
- Cela faisait longtemps que le Seigneur des Ténèbres n'éprouvait plus de compassion, même pour ceux qui l'entouraient.
- Pourtant, vous n'êtes pas mort seul. Il y avait un élément imprévu. Je m'étais imaginé que vous mourriez sans que personne n'ait jamais appris que vous étiez un homme bon, certainement l'homme le plus droit et courageux que j'ai connu.
- Il ne sert à rien de flatter un portrait, soupira Snape.
- Mais Harry était là. Vous avez confié à Harry, que vous aviez toujours dit détester, vos plus importants souvenirs. Il a donc pu apprendre, en partie, qui vous étiez vraiment, sans même avoir eu besoin du grimoire.
- Je ne comprends pas, dit Snape.
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- Si je vous ai fait revendre vos livres, c'était pour que quelqu'un, un jour, en fouillant dans la Librairie des âmes, soit attiré par Une Histoire de la Soumission. A proprement parler, c'est un livre ordinaire, d'encre et de papier. Mais c'est là que réside toute votre histoire. Severus, j'y ai installé un Horcruxe d'Amour.
- Je ne comprends pas, dit Harry.
Il avait mal au crâne, envie de hurler et de tout foutre en l'air. Jésus, à côté de Dumbledore, ne semblait pas se rendre compte que ce n'était pas soir de fête mais de drame.
- Si tu n'avais pas été là quand Severus est mort, son nom à jamais aurait été celui d'un Mangemort. Harry, en mourant pour Snape, j'ai permis à son âme meurtri de laisser une trace d'elle-même sur Terre, une trace de sa bonté, de sa capacité d'Amour. Et c'est dans un grimoire immonde comme Une Histoire de la Soumission que les sentiments de Snape se sont logés.
- Mais...
- J'imagine que ceux qui l'ont lu – Miss Granger et toi – y avaient vu des choses. Vous n'avez pas besoin d'en parler. Ces scènes, cet univers sont le fruit d'un fragment d'âme de Severus. Il a survécu assez longtemps pour dire ce qu'il avait à dire. Cependant, l'Amour est fort mais ne ressuscite pas les morts.
- Vous voulez dire, Professeur, que l'Horcruxe est détruit ? demanda Harry.
- Toutes les pages se sont arrachées, Harry, n'est-ce pas ? C'est que le message est passé. Je voulais simplement que quelqu'un voit au-delà de l'apparence et de l'histoire de ce grimoire. Qu'il voit qui était, dans le fond, la dernière personne à qui il avait appartenu. Severus est bien mort dans la Cabane Hurlante mais son cœur a stationné quelques temps parmi les vivants. Le voilà pourtant définitivement parti.
- Alors il n'y avait rien de maléfique dedans ?
- Ce n'est pas parce que quelque chose fait peur qu'il est forcément maléfique, remarqua Dumbledore.
- Mais toutes ces scènes... Est-ce que c'était dans ma tête ? Est-ce que mes sentiments existent, ou est-ce qu'ils sont simplement issus de cet Horcruxe ?
- Est-ce que c'est vraiment important, Harry, maintenant qu'ils sont bel et bien là ?
Pour Harry, c'était très important de savoir si ce foutu Horcruxe, d'Amour ou non, était à l'origine de son amour obsessionnel pour Snape ou si cet amour était authentique.
- Je vous ai rencontré dans ce livre, Professeur Snape, dit-il impulsivement. Vous étiez... différent. Vous me tutoyiez et m'appeliez Harry. J'étais pourtant persuadé que c'était dans ma tête, que je devenais dingue... Les pages s'arrachaient toute seules... J'avais les yeux qui piquaient et la tête ailleurs... Les souvenirs étaient dans l'ordre chronologique et... au beau milieu d'un souvenir, tout basculait, j'appelais ça un vacillement... Vous disiez de drôle de choses, que vous étiez moi, que j'étais vous, que vous étiez Snape sans l'être. Vous parliez d'un monde d'ici, d'un monde de là-bas. Vous disiez qu'il y avait toujours eu entre nous un rapport de... dominant-dominé...
- Miss Granger, Mr Weasley, appela discrètement Dumbledore. il serait peut-être temps pour nous de nous retirer, n'est-ce pas ?
Harry ne fit pas attention au départ de ses deux amis et du portrait de Dumbledore. Il avait les yeux fixés sur Snape, qui lui rendait son regard avec la même intensité.
- Harry, rien ne sert de m'en cacher, désormais. Suis-moi, ordonna-t-il en quittant la cène.
xXx
Harry courut le long du couloir et repéra enfin Snape dans une tapisserie représentant la montée au ciel de Marie : l'Assomption. C'était une scène pleine de grâce. Snape était allongé sur un nuage, entouré de chérubins rieurs et immobiles.
Harry comprit pourquoi le portrait s'était arrêté dans cette tapisserie. Elle était bien plus grande et donc Snape avait une taille plus convenable pour discuter à cœur ouvert. Soudain, le Gryffondor se sentit intimidé. Pour la première fois, il pouvait parler à Snape de tout ce qu'il avait vécu avec son double d'Une Histoire de la Soumission. Oserait-il lui parler de la fellation ? De l'anulingus ? De toutes leurs discussions complices et tendues qui, à bien des égards, étaient bien plus intimes que n'importe quel acte sexuel ?
Allait-il pouvoir lui avouer qu'il était tombé amoureux de lui, maintenant qu'il savait que, quelque part, ce portrait et le Snape d'Une Histoire de la Soumission
était bien les images d'une seule et même personne, désormais décédée ?
- Harry, pourquoi est-ce que mon souvenir, mon... Horcruxe d'Amour, comme l'appelle le Professeur Dumbledore, t'appelait Harry ? Pourquoi t'ai-je confié mes plus précieux souvenirs ? Pourquoi est-ce que mon portrait plus jeune est sorti de sa léthargie en entendant ton nom ?
- Je... je ne sais pas, Professeur.
Après quelques instants, Harry demanda :
- Pourquoi est-ce que vous et Bibine et Mcgonagall vous vous acharniez sur Draco et moi ?
Snape sourit. Son sourire était cassé.
- Je savais que quelqu'un avait touché à mon âme, en haut de la Tour d'Astronomie. J'ignorais qu'il s'agissait du Professeur Dumbledore, alors j'avais pensé à Draco, sous les ordres de Lucius. Ce garçon était mon neveu, mais aussi un garçon très doué pour simplement exécuter des ordres précis. J'ai tout ce temps soupçonné que Lucius lui avait fait me jeter un sort affreux, qui empêcherait mon âme de partir en paix. Et c'est ce qu'il m'a semblé : en tant que portrait, je me sentais à fleur de peau. Je me sentais encore vivant. Je croyais que Draco m'avait lancé une sorte de malédiction et que, cette année, il s'était approché de toi pour... je ne sais pas.
« Pourtant, je souhaitais qu'il obtienne ses ASPIC sans problème, aussi ai-je finalement tenté de semer le doute dans l'esprit des Professeurs Bibine et Mcgonagall. Je ne comprenais pas ce soudain rapprochement entre toi et Draco. Je ne sais pas, Harry, les adultes ont souvent tendance à paniquer pour tout ce qui semble étrange.
- Mais pourquoi avoir pris la peine d'apparaître dans le portrait de la Grosse Dame ? Et avoir demandé à Mcgonagall de m'envoyer un message ?
Snape ferma les yeux. Il s'étendit sur son nuage et le contraste entre le blanc vaporeux et ses robes incongrument sombres était saisissant.
- Pourquoi t'ai-je confié mes plus précieux souvenirs ? Pourquoi est-ce que le fragment d'âme, ou mes souvenirs, appelle ça comme tu veux, contenu dans le grimoire de Serpentard, t"appelle Harry ?
- Ce n'est pas possible...
xXx
Snape se releva et se glissa dans le mur. Harry attendit, crispé, de le voir réapparaître dans une autre tapisserie, mais le portrait demeura invisible. Il s'était caché dans le mur, entre deux tapisseries.
Sa voix étouffée retentit soudain.
- Harry, Harry, Harry, qui crois-tu que je suis ?
Ca bougeait dans les murs. Harry était incapable, à cause de la faible lumière du couloir, de dire où Snape se trouvait désormais.
- Suis-je un ancien Mangemort ? Un Maître de Potions ? Un raté ? L'ami d'enfance de ta mère ?
La voix venait de derrière lui. Harry se retourna, mais il n'y avait que Melchior, Balthazar et Gaspard.
- Qu'ai-je fait pendant toutes ces années avant ta naissance ? Pourquoi n'ai-je jamais tenté de séduire Lily ? Ai-je au moins déjà rencontré quelqu'un amoureusement ?
Ca venait de la droite. Harry se jeta sur une tapisserie où figurait un Saint Sébastien recouvert de flèches. Snape n'était nulle part.
- Harry, Harry, Harry, il n'y a qu'une chose à dire : tout ce que tu as vécu dans ce grimoire, je l'ignore, mais si Dumbledore dit vrai, il s'agit là de mes véritables sentiments !
A un moment donné, Harry capta un éclair noir et pointa, par réflexe le doigt :
- Vous êtes là ! Ne bougez plus !
Snape s'arrêta dans une petite tapisserie. Marie donnant le sein au bébé Jésus. Le Maître de Potions observa la scène avec un air révolté.
- Severus... murmura Harry, et le nom butait sur ses lèvres et ça lui semblait impossible qu'il ait osé le dire. Severus !
- Mes sentiments sont morts dans le livre, Harry. Ce ne sont plus maintenant que des souvenirs de sentiments. Et je suis redevenu un simple tableau. Se souvenir d'aimer et aimer, ce n'est déjà plus la même chose. Mais il n'est même pas possible de comparer le fait d'imiter l'amour et l'amour en lui-même.
- Mais Severus ! Vous parlez, vous savez ce qu'il s'est passé, vous êtes là !
- Ho, non, je ne suis plus là, dit le portrait. Je suis ici...
Il se glissa dans la Fuite en Egypte.
- Et là.
Il s'élança dans une Piétà.
- Et encore ici !
Il s'immobilisa dans un Ecce Homo, et son visage prenait toute la tapisserie, recouvrant la tête couronnée d'épine d'un Christ battu et humilié.
Harry regarda longuement le visage de Snape. A force de l'imaginer, il l'avait fantasmé. Le voir de nouveau dans ses traits authentiques, c'était tout étrange. La mâchoire était moins carrée, les cheveux moins longs, le nez moins gros, les yeux moins plissés, le front moins ridé. Le visage était presque tendre, moins impressionnant que l'idée que Harry s'en faisait.
Il avait l'air triste, mais ce n'était qu'un air, car ce n'était qu'un portrait.
- Harry je n'éprouve plus rien pour toi, car je n'éprouve plus rien du tout.
- Laissez-moi seulement vous regarder, Severus.
Harry s'assit devant le Ecce Homo, et se répétait : « Voici l'homme, voici l'homme, voici l'homme... » jusqu'à ce que plus aucun mot n'ait de sens et que même les fils de la tapisserie commencent à fusionner sous ses yeux. Alors, il ne voyait plus le visage de l'homme qui l'obsédait mais un agencement de fils, et Snape devenait soudain quelque chose d'abstrait et Harry, à bout de forces, se coucha sur le sol en chien-de-fusil et s'endormit.
Snape, qui n'avait pas besoin de dormir, imita les portraits moldus et ne cligna même pas d'un œil. Il finit par partir et il fut persuadé de sentir, dans son imitation de cœur, une imitation de douleur.
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Le reste de la huitième année passa à la fois lentement et rapidement. Harry ne recroisa pas une seule fois le portrait de Snape et il quitta l'école sans l'avoir revu. Après plusieurs jours où il avait cru qu'il lui suffirait de rester au lit pour s'endormir et mourir, il avait fini par se concentrer sur des choses futiles pour sortir de sa déprime. Il devint plus ou moins assidu en cours. Il rendait souvent visite à Hagrid qui s'était fait larguer par Madame Maxime. Harry et Graup essayaient de le réconforter comme ils pouvaient.
Il tissa aussi de profonds liens d'amitié avec Dean et Seamus qui définitivement n'étaient pas que amis. Pendant les vacances de Février, ces deux-là lui présentèrent un ancien élève de l'école, beau, con et vieux, et Harry décida qu'il n'était pas tout-à-fait prêt à assumer sa sexualité.
En juin, il obtint des résultats honorables à ses ASPIC et dit adieu à Poudlard avec un mélange de soulagement et de déchirement. Il ne savait pas quand est-ce qu'il aurait l'occasion d'être de nouveau si proche d'un des derniers souvenirs de Snape : son portrait de Directeur. Mais il se sentait délivré d'un fardeau. Il n'aurait plus à chercher dans chaque tableau l'ombre de Snape. C'était pesant d'être amoureux d'un souvenir.
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Au fil des années, l'amitié balbutiante qui liait Draco et Harry se muta en un lien plus sincère et on apercevait souvent le Survivant attendant patiemment qu'on lui ouvre les grilles du Manoir Malfoy. Lucius et Narcissa sortirent de prison un peu détruits mais encore lucides. Ils s'installèrent dans un village français dont Harry était incapable de se souvenir et du nom et de l'emplacement. Il soupçonnait le couple Malfoy d'avoir jeté sur le village un sortilège d'intraçabilité, afin de s'assurer une seconde vie tranquille, loin de toute perturbation.
Si parfois il arrivait à Harry, dans un moment plus dur qu'un autre, de bredouiller le nom de Snape devant Hermione et Ron, ce n'était qu'avec Draco qu'il évoquait avec enthousiasme le défunt Professeur de Potions. Draco était une mine d'or d'informations inutiles donc essentielles. Il avait toujours connu Severus et en dressait un portrait si héroïque que Harry s'était plusieurs fois demandé s'il n'y avait pas là quelque chose d'enfoui à creuser.
Mais Draco était fou amoureux d'Astoria Greengrass. Quand Aquila, le hibou grand duc de Draco, mourut, Astoria donna naissance à un petit garçon, Scorpius Malfoy.
Harry n'osa pourtant jamais s'aventurer dans le couloir où Severus jeune était accroché, et le portrait ne vint pas à sa rencontre.
Draco se plaignait souvent de la présence de Harry, disant qu'il n'était pas bon d'autant parler d'un mort, et que le pauvre Severus ne devait pas reposer tranquille. Mais Harry savait que l'ancien Serpentard était bien heureux d'avoir quelqu'un avec qui évoquer son parrain décédé. Il arrive bien souvent qu'on veuille tellement se débarrasser de ses morts qu'on finit vraiment par les oublier.
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Harry s'en foutait de finir sa vie seul. Il vivait, peut-être pas tous les jours, mais presque, en compagnie d'un souvenir. Quand il apprenait quelque chose sur Severus, le fantôme dans son crâne se précisait. Ce n'était peut-être pas vraiment très sain, et pas vraiment très positif. Parfois, il surprenait les regards inquiets de Ron et Hermione, et entendait Hermione qui répétait : « Je savais que Snape allait le tuer ! Je savais qu'il était bien plus dangereux mort que vivant... » mais il n'y pouvait rien.
Il ne voulait pas changer. Il était le seul à savoir que Snape était mort avec des sentiments pour lui, Harry. Et même si ces sentiments étaient aujourd'hui morts, ils avaient existé et personne ne pouvait faire comme s'ils n'avaient jamais été.
Harry vécut mélancolique mais heureux, traversa la vie sans rencontrer trop de malheurs et, en réalité, sans s'enfermer dans le passé. Il ne se sentit jamais frustré de ne pas avoir revécu les souvenirs de ses quatrième, cinquième et sixième années dans le monde d'Une Histoire de la Soumission. Son amour n'était pas basé sur le passé mais sur un éternel jeu de « et si ». Et ça lui allait très bien.
Quiconque eut su l'étendue des dégâts l'aurait considéré comme aliéné, mais il préférait sa douce et cruelle folie à tout esprit sain. Mais presque tout le monde ignorait que, à l'intérieur des yeux de Harry Potter, il y avait des visages blancs de craie et des cheveux de cire grasse.
Harry vécut tellement d'histoires d'amour avec Severus Snape dans sa tête qu'il mourut avec l'impression d'avoir eu mille amants différents. Chaque histoire qu'il s'était inventée lui semblait plus réelle, plus authentique que tout ce qu'il pouvait voir, de l'autre côté de ses lunettes.
FIN
Voilà. Ouf, ce fut ardu. J'espère que le chapitre vous a plu, qu'il n'était pas trop biscornu. Je suis lessivée. Il reste un épilogue et j'ai bien envie de teaser, donc il s'agira de la rencontre entre le portrait de Harry et... un portrait de Severus :) Je le publie dans dix jours et ensuite, la fic sera terminée. :(
Bon, comme c'est presque le moment de se dire adieu, tu serais bien adorable de m'envoyer un message où tu étales heu tes sentiments. Amour amour amour, on s'en fout si Harry est un peu dingue.
