Chapitre 12

Paxius sentit de fines gouttelettes de sueurs descendre le long de son dos. Il aurait vraiment aimé essuyer cet excès d'eau et se mettre au sec, mais il pressentit qu'il valait mieux ne pas bouger.

La Conquérante s'étira de tout son long sur la chaise que Gabrielle avait disposée en guise de trône provisoire. Elle pencha la tête vers l'arrière et regarda le leader du contingent macédonien avec des yeux à demi clos. Ceux qui ne la connaissaient pas supposaient sans doute qu'elle était sur le point de succomber au sommeil. Ceux qui la connaissaient savaient que tel un cobra elle était sur le point de frapper. "Je suis vraiment contrarié, Paxius."

"Majesté," Paxius ne trouva rien de mieux à dire. "Uh, la fille est en vie… Nilos est... mort et son commandant… est mort… Il semble qu'il ne reste aucune offense."

Le froncement de sourcils de Xena s'approfondit. "Je suis offensé, Paxius."

Son regard bifurqua sur son côté, où il put voir une tache rosâtre teinter le bandage de celle-ci. "J'ai entendu dire que vous aviez été attaqué. Je …"

Elle fit un geste vague de sa main, "Une simple éraflure. Je suis offensé parce que tes hommes ne savent pas ce qu'est la discipline. Je suis offensé parce que maintenant mon nom est associé aux violeurs et voyous de la rue. Je suis offensé parce que je ne sais pas si je peux te permettre à toi ou à tes hommes de voyager à mes côtés. Je suis offensé, Paxius. Est-ce que tu comprends ?"

"Majesté, mes hommes et moi sommes prêts à vous servir. Nilos était différent de nous."

"Et tu lui as permis de rester au sein de mon armée ?"

"Je ne le connaissais pas," répondit le Commandant, sans réfléchir.

Xena jeta un œil à Palaemon, qui était dans l'embrasure de la porte. "Palaemon, dis-moi, qui de ma Garde Royale est le soldat le plus prometteur d'entre tous ?"

"Espirith, Majesté."

"Non, non. J'ai dit soldat, pas Officier."

Palaemon pensa aux Gardes qui voyageaient avec eux. Finalement, son choix s'arrêta sur quelqu'un, "Alors ça serait Charis, Majesté."

La Reine sourit, heureuse que Palaemon ait choisi une femme. "Fait venir Charis immédiatement. Je dois discuter stratégie avec le nouveau Commandant du contingent macédonien."

"Majesté !" Protesta Paxius.

Xena se pencha en avant, ses yeux capturèrent ceux de Paxius, "Soit reconnaissant que tout ce que je te prenne soit ton commandement. Maintenant sort d'ici avant que je ne change d'idée."

La main de Palaemon se referma sur le bras de l'ancien commandant et il le tira hors de la pièce.

Gabrielle parla doucement d'où elle avait été assise pendant cet échange. "Ce n'est pas juste une éraflure. J'ai dû recoudre votre plaie pour la refermer."

"Attention, Oracle, j'aurais horreur de t'entendre colporter un mensonge." La Conquérante se tourna et considéra entièrement Gabrielle. Xena répéta ce qu'elle prétendait être la vérité : "ce n'est qu'une simple éraflure, rien de plus. N'as-tu pas assez risqué ta vie pour aujourd'hui ?"

La couleur se retira du visage de Gabrielle tandis qu'elle se remémorait les événements de l'après-midi. "Je ne pouvais pas laisser ces hommes se faire mutiler. Ils protégeaient seulement la jeune fille."

"C'était idiot de te jeter devant mon épée. Tu aurais pu te faire tuer. Et après qui oserait me parler comme tu le fais ?" Xena sourit d'un air mécontent, considérant sa propre question. "Tu dis que j'ai peur de la vérité, que je ne peux pas supporter les mots que l'on chuchote en secret dans mon dos. Ainsi, je vais te permettre d'employer les talents de juristes qui semblent innés chez toi, ou est-ce de la charité malavisée ? Mais pour ce faire, tu dois rester en vie. Parce que je ne ferai pas un voyage spécial au royaume des Enfers pour te voir les mettre en pratique."

Gabrielle étudia pensivement la Conquérante. Ce n'était pas la réponse à laquelle elle s'était attendue, cette femme était intrigante. J'étais si certaine de la connaître... Si certaine qu'elle m'avait révélé ses pensées les plus profondes durant ces dernières semaines. Maintenant, je ne suis même pas sûr que j'ai seulement vu la surface, sans parler de ce qui se trouve en dessous. "Comment dois-je procéder pour m'acquitter de ma nouvelle tâche, très chère Souveraine ?"

Pour un changement c'est tout un changement, pensa Xena en remarquant que Gabrielle avait utilisé un titre plus qu'honorifique pour s'adresser à elle, je me demande pourquoi elle a choisi d'employer ce titre maintenant. "J'ai un pays à diriger. Je dois être forte devant les gens, ou bien ils perdront le respect qu'ils ont pour moi. Je ne peux pas te permettre de remettre mon jugement en cause" la Conquérante leva une main pour empêcher Gabrielle de s'objecter. "et tu l'as fais." La Conquérante observa avec amusement comme la jeune femme refermait la bouche. "Mais je vais te donner la capacité d'agir en tant qu'avocate pour ce que tu crois être la vérité dans de telles situations. À vrai dire, tu seras l'avocate du diable… Tu pourras me parler en priver avant que je ne rende mes sentences. Si c'est possible bien sûr."

"Merci. Ne me déçois pas, Gabrielle. Tes histoires me manqueraient beaucoup."