Chapitre 12 – Partie 1

Zeke

Il commence à faire nuit lorsque je quitte mon bureau. Depuis que la communication s'est établie avec d'autres villes, je suis débordé. Je pensais que cela ne changerait rien pour moi. Je dirige le centre de contrôle, pourquoi entrer en communication avec New York ou Miami affecterait mon travail ? C'est peut-être de la naïveté de ma part, mais je pensais vraiment que rien n'allait vraiment changer. Le résultat est bien différent de ce que j'avais imaginé. Les gens ont peur de cette ouverture sur le monde. Nous sommes restés isolés pendant si longtemps ! Considérer que d'autres êtres humains vivent au-delà de nos frontières a quelque chose d'effrayant.

Je remonte la rue qui mène au petit immeuble dans lequel je vis. J'ai beaucoup réfléchi aux changements qui vont affecter notre vie et je ne peux m'empêcher d'avoir peur. Dans quel monde va vivre mon fils ? Est-ce qu'il vivra des périodes de conflits comme celles que nous avons connues ?

Je suis accueilli à la maison par Shauna. Elle est enceinte de quelques mois maintenant et cela commence à s'afficher sur sa silhouette.

- Tu rentres tard ces derniers temps, déclare-t-elle en m'adressant un léger sourire de sympathie.

Je ne peux m'empêcher de ressentir de la culpabilité, même si je sais qu'elle ne l'entendait pas de cette façon.

- Les gens paniquent et nous passons tout notre temps à renforcer les mesures de sécurité.

- Et tu penses que c'est justifié ?

La vérité, c'est que je pense que oui, peut-être que tout ça est justifié. Cependant, je n'ai pas du tout envie d'inquiéter Shauna avec ce genre de choses.

- Avec Uriah de retour en ville, je pense que c'est plus que justifié, je réponds en lui adressant un clin d'œil.

Utiliser l'humour pour éviter de parler de certaines choses a toujours réussi à me tirer de situations délicates. Pourtant, je ne suis pas sûr d'avoir convaincu Shauna. Elle me dévisage un instant avec scepticisme avant de hausser des épaules. Il est clair qu'elle a très bien compris. C'est ce foutu truc de mariage ! Nous passons beaucoup trop de temps ensemble, j'ai l'impression qu'elle commence à lire dans ma tête.

- Qu'est-ce que tu as prévu de faire ce soir ? me demande-t-elle pour changer de sujet.

- Rien de spécial. Je vais rejoindre Quatre en ville. Je pense qu'on va simplement sortir boire un verre.

- Original, commente-t-elle avec ironie.

- Et toi ?

- Cara va arriver d'un moment à l'autre. On a prévu de se faire un dîner et de boire du vin. Enfin, elle va boire du vin et… je la regarderai faire avec mon verre d'eau.

- Original, je reprends avec la même ironie dont elle avait fait preuve plus tôt.

On toque à la porte et je comprends qu'il est temps pour moi de quitter l'appartement pour laisser les filles profiter de leur soirée. Cara entre et dépose un sac remplit d'ingrédients dans la cuisine pendant que je me dirige vers la sortie.

- Je ne rentrerai pas tard, je déclare en me penchant pour embrasser Shauna.

- Fillette, répond-t-elle pour m'embêter en me retournant mon baiser.

Je ne prends pas la peine de répondre à son commentaire et je me contente de sourire. Pourquoi est-ce que je ne me suis pas mis avec cette fille plus tôt ?

Un nouveau bar a ouvert au centre ville et j'ai donné rendez-vous à Quatre là-bas. Je ne sais pas trop ce que vaut ce nouvel endroit, mais nous avons tendance à faire les mêmes choses tous les week-ends. Shauna a raison, nous ne sommes pas très originaux.

Je salue quelques collègues tout en me dirigeant vers le bar. Quatre est déjà là et me tend une bière.

- Pile à l'heure, je remarque en prenant le verre. Ça ne te ressemble pas beaucoup.

- Bois et arrête de dire n'importe quoi.

Je prends une gorgée et l'observe un instant sans rien dire. J'ai l'impression que quelque chose chez lui est différent, mais je ne saurais pas dire quoi.

- Il y a un truc dont je voudrais te parler.

Il relève le visage et me fait face. Je perçois une pointe d'inquiétude dans son regard et je comprends tout de suite pourquoi. J'ai l'impression de devoir prendre des pincettes à chaque fois que je veux parler d'Uriah, mais j'en fais parfois un peu trop. Même moi, je dois admettre que je sonne un peu trop dramatique.

- Rien de grave, ne t'inquiète pas ! C'est à propos de mon frère. Depuis que la communication a été établie avec les autres villes, le centre de contrôle est débordé. Je pensais à le faire engager pour qu'il vienne travailler avec moi.

- Pourquoi pas, répond-t-il en haussant des épaules.

C'est certain, il y a quelque chose qui cloche.

- Et c'est tout ? je demande, incrédule.

- Tu dois simplement déposer une requête auprès du conseil. Je ne vois pas pourquoi ils te refuseraient ça si la demande est justifiée.

- Combien est-ce que tu en as bu avant que j'arrive ? je demande en désignant sa bière du regard.

- Aucune, je viens d'arriver, répond-t-il avec innocence. Qu'est-ce qu'il y a Zeke ? Tu es… bizarre.

- Moi je suis bizarre ? je demande, un peu sur la défensive. N'essaie pas de changer de sujet.

Quatre secoue légèrement la tête en souriant et se contente de boire. Je n'arrive pas à en croire mes yeux. D'abord il ne s'emporte pas lorsque je parle de mon frère et maintenant… il sourit ?

- Tu veux faire une partie ? demande-t-il en me montrant le jeu de fléchette situé de l'autre côté de la pièce.

Certes, l'idée me plait assez. Je ne suis jamais contre un petit défi, surtout contre Quatre, mais je suis trop abasourdi pour trouver cette situation normale. Je le suis et installe mes fléchettes sur la table face à nous. Quatre est le premier à tirer. Je l'observe tandis qu'il aligne ses coups avec précision. Ce type a beaucoup trop de chance !

Je tire à mon tour et réussi à marquer plus de points que lui. Quatre est pourtant très bon en tir. Je ne connais pas beaucoup de gens qui réussissent à viser mieux que lui. Même moi, je suis surpris de le surpasser !

Après avoir détaché nos fléchettes, il se remet en place et s'apprête à tirer lorsqu'une idée me traverse soudain l'esprit.

- Qu'est-ce que tu as fait avec Tris ?

Quatre tire et sa fléchette ne fait pas que manquer le centre, elle manque la cible complètement et termine sur le sol. C'est donc ça ! Son comportement bizarre, plus calme que d'habitude…

- Non ?! je m'exclame, mon sourire s'agrandissant de secondes en secondes. Vraiment ?!

- Vraiment quoi ?

- Ho, arrête de faire comme si tu ne voyais pas de quoi je parle.

Il inspire profondément avant de soupirer avec lassitude. Je le connais bien et je sais qu'il déteste avoir ce genre de discussion, mais il est hors de question que je laisse tomber le sujet ce soir.

- Il n'y a rien à dire.

- Tu te moques de moi ? Tu m'as emmerdé pendant des mois à pleurnicher parce qu'elle était partie et maintenant tu veux me faire croire que tu n'as plus rien à dire ?

- Pour commencer, je ne pleurniche pas, répond-t-il en envoyant sa flèche droit dans le mile.

Il se penche pour prendre la seconde, vise et l'envoie presque au centre de la cible, juste à côté de celle qu'il vient de lancer.

- Ensuite, je n'ai rien à dire parce que nous n'avons pas vraiment… parlé, ajoute-t-il avant d'envoyer une autre flèche dans la cible.

Je l'observe un instant et la signification de ce qu'il vient de dire met un instant à atteindre mon cerveau. Est-ce qu'il pense vraiment à la même chose que moi ?

- Eh bas dis donc, je réponds en prenant une grande gorgée de bière. Tu ne perds pas ton temps !

Ma remarque a l'air de l'exaspérer et il est clair qu'il préférerait parler d'autre chose, mais il est hors de question que je laisse tomber. La situation est bien trop amusante pour le laisser tranquille !

- Ton frère est arrivé avant qu'on n'ait le temps de parler.

- Parce que toi tu t'envoies en l'air d'abord et tu parles ensuite ?

Quatre me dévisage, son regard plus noir que jamais. Il déteste que je me moque de lui. Malheureusement pour lui, c'est une des choses que je préfère!

- Non, je ne critique pas, je reprends en me donnant un air faussement désolé. Je devrais proposer ce concept à Shauna, en fait.

Il pose son verre vide sur la table avec violence et je suis surpris de ne pas le voir voler en mille morceaux.

- Enfin, j'ai quand même un peu de peine à comprendre comment mon frère intervient là-dedans.

- Il est rentré et j'ai du partir en vitesse. On ne voulait pas qu'il nous trouve ensemble.

Je suis un peu perplexe. J'ai beaucoup de peine à imaginer pourquoi Quatre ne voudrait pas que mon frère le voie avec Tris ? En fait, c'est même l'opposé. Le connaissant, j'imagine très bien qu'il veuille le faire savoir au monde entier.

- Tu ne voulais pas ou elle ne voulait pas qu'il vous voie ensemble ?

- Qu'est-ce que ça peut faire ? demande-t-il sur la défensive.

- Simple curiosité.

- Elle n'avait pas très envie qu'il nous trouve comme ça. C'est normal, non ?

- Mais ça ne t'a pas dérangé de devoir filer sans que mon frère te voie ?

Je décide de ne pas répondre à sa question. Je ne pense que ce soit à moi de juger de ce qui est normal et de ce qui ne l'est pas dans les relations des autres. Et surtout pas en ce qui concerne Tris et Quatre ! Après la bourde de Cara, j'ai bien compris qu'il valait mieux rester en dehors de leurs affaires.

- Non, répond-t-il en haussant des épaules, une pointe d'hésitation dans la voix. C'est encore très récent, elle a surement besoin de temps.

- Si tu es heureux comme ça, je réponds en souriant.

- C'est juste que… je connais bien Tris. Elle n'aurait pas fait ça avec moi si elle n'était pas sérieuse à propos de nous deux.

Je hoche de la tête et décide de ne pas répondre. Si Shauna m'avait fait un coup pareil, j'aurais été hors de moi. Hors de question que je file en douce pendant qu'un autre mec l'attend à la maison ! Mais, après tout, Quatre connaît Tris mieux que n'importe qui. S'il lui fait confiance et que cette situation lui convient, ce n'est pas mon rôle de le juger.

- C'était comment ? je finis par demander, une pointe d'humour dans la voix.

- Cette discussion est terminée.

Parfois, il n'est vraiment pas drôle ! Je veux bien qu'avec son éducation chez lui Altruistes, il soit un peu plus réservés que la moyenne, mais quand même. J'espère que se remettre avec Tris finira par le détendre un peu.

Chapitre 12 – Partie 2

Cristina

Mes journées sont longues et plus fatigantes que d'habitude. En fait, depuis la fin de la guerre, je m'étais installée dans une sorte de routine. En tant que membre des forces de police, je n'avais pas beaucoup de travail. Les premières semaines qui ont suivi la fin des conflits ont été un peu chaotiques. On ne ramène pas l'ordre dans une ville en un jour ! Mais, une fois que le nouveau conseil a été mis en place, la situation s'est calmée.

Depuis que la communication a été établie avec d'autres villes, je crains sérieusement une émeute. Les gens protestent, ils ont peur. Je dois avouer que moi aussi, j'ai peur. Il y a tout un monde en dehors de notre ville et même si nous sommes tous libres d'aller et venir comme nous le voulons, très peu décident de quitter Chicago. Je ne connais que deux personnes qui ont pris cette décision. Tris et Uriah.

Quand ils ont quitté la ville sans même nous prévenir, j'étais en colère mais je pouvais également le comprendre. Elle venait de frôler la mort et Quatre la laissait tomber. Même pour Tris, c'était trop. Alors, j'ai fait des efforts et j'ai réussi à faire la paix avec sa décision. De toute façon, j'étais convaincu que nous allions nous revoir. Pendant son absence, elle m'a énormément manqué mais j'ai réussi à l'accepter car je savais que le problème, ce n'était pas moi.

Tout ça a été remis en question à son retour, lorsqu'elle n'est pas venue me voir. Voilà maintenant presque une semaine qu'elle vit à nouveau à Chicago et je ne l'ai pas vu, pas une seule fois. Bien sur, je n'ai pas fait beaucoup d'efforts pour aller à sa rencontre. J'ai peut-être une part de responsabilité dans cette histoire. J'estime que, après m'avoir quitté sans même me dire adieu, elle pourrait avoir la décence de faire un effort, de revenir vers moi et de me donner des explications. Mais non. Rien.

Je me laisse tomber dans mon canapé et ferme les yeux un instant. Je suis épuisée et la perspective de passer une soirée seule chez moi m'appelle plus que jamais ! Alors que je sens tous mes muscles se relâcher, un bruit de cognement contre la porte me ramène à la réalité. Qui peut bien avoir besoin de moi à une heure pareille ? Les équipes de nuit prennent le relais pour patrouiller dans la ville. Qui que ce soit, ce n'est surement pas pour le travail.

J'ouvre la porte et la vision qui s'offre à moi me sidère. Tris m'observe d'un air gêné et réussi tout juste à marmonnent un petit « salut ». Elle a du culot de se pointer comme ça chez moi.

- Qu'est-ce que tu veux ?

Ma réponse est trop dure. Evidemment, je suis heureuse de la revoir. J'aimerais lui sauter dans les bras et lui dire qu'elle m'a manqué, mais mon égo me retient sur place.

- Je peux entrer ? demande-t-elle timidement.

- Tu as besoin de quelque chose ?

Je pourrais me mettre des baffes. Je sais très bien qu'elle a vécu des choses difficiles et qu'il est inutile de la traiter de cette façon, mais j'ai de la peine à contenir ma colère.

- J'aimerais…

Elle semble hésiter. Christina, arrête d'être une garce et dis-lui qu'elle t'a manqué. Rien ne sort. Je reste muette et décide de la laisser parler.

- J'aimerais t'expliquer pourquoi je ne suis pas venue te voir plus tôt, déclare-t-elle en essayant d'avoir l'air plus assurée qu'elle ne l'est vraiment.

- Eh bien vas-y ! Qu'est-ce qui a bien pu t'empêcher de venir voir ta meilleure amie après t'être enfuie de la ville sans donner de nouvelles ? Qu'est-ce qui justifie que tu me gardes à l'écart et que tu refuses de venir me parler ?

- Uriah et moi on s'est embrassé et j'ai couché avec Tobias la semaine passée.

Merde ! J'avais pensé à un tas de chose, mais pas à ça. En fait, c'est vraiment la dernière chose à laquelle je m'étais attendue !

- Rentre, je déclare, mon visage livide.

Je referme la porte derrière elle et l'observe sans rien dire. Elle semble encore plus déboussolée que moi, ce que je peux comprendre sans peine.

- J'ai hésité à venir te voir plusieurs fois depuis que je suis rentrée. Je me sens… tellement coupable.

J'ai l'impression de ressentir sa culpabilité dans chacun de ses mots. Evidemment, la situation n'est pas idéale. Pourtant, connaissant Tris, je suis certaine qu'il y a une explication et je ne peux me résoudre à la juger.

- J'avais tellement envie d'en parler avec toi ! Je me suis sentie vraiment seule mais, après être partie sans même te dire au revoir, je n'arrivais pas à trouver le courage de venir vers toi pour m'excuser.

- Ho non, Tris, tu n'as pas besoin de…

- Si, écoute-moi, me coupe-t-elle en prenant une grande inspiration pour retrouver son calme.

C'est maintenant mon tour de ressentir de la culpabilité. Elle a fait des erreurs et ses choix n'étaient peut-être pas toujours les bons mais je suis sa meilleure amie. Même si, quelque part au fond de moi, je voulais qu'elle me fasse des excuses, je ne suis pas certaine qu'elle m'en doive vraiment.

- Je n'aurais pas du m'enfuir. Ou peut-être que si, mais en tout cas je n'aurais pas du le faire sans te donner la moindre explication.

Mon égo décide qu'il est temps de lâcher prise. Mes pieds ne semblent plus du tout collés au sol et je m'avance vers Tris. Elle en fait de même et nous nous retrouvons à mi chemin dans une étreinte qui était attendue depuis trop longtemps.

- Je suis désolée, déclare-t-elle encore une fois.

- Arrête de t'excuser ! je m'exclame.

Je la relâche et m'éloigne un peu pour la regarder. Sa peau est plus foncée que d'habitude. Ses cheveux sont également plus longs et tombent légèrement au-dessous de ses épaules. La vie à Miami lui a visiblement fait du bien.

- Tu veux que je nous prépare quelque chose à manger ?

- Tu cuisines ? demande-t-elle, un peu sceptique.

- Les choses ont beaucoup changé ici ! je réponds en riant.

Tris s'installe sur une chaise dans la cuisine pendant que je nous prépare quelque chose à manger. Je n'ai pas d'inspiration ce soir et je ne sais pas du tout ce qui pourrait faire plaisir à Tris.

- Tu voudrais quelque chose en particulier ?

- Pas du riz, répond-t-elle en souriant. C'est la seule chose que Uriah sait faire. J'en ai mangé assez pour le reste de mon existence.

La mention de notre ami commun me fait sourire. Je regarde Tris en me pinçant les lèvres. Je ne veux pas la brusquer, mais il va bien falloir que nous parlions de la déclaration choc qu'elle vient de me faire. Je continue de l'observer sans rien dire, mon regard un peu provocateur.

- Ne me regarde pas comme ça, demande Tris.

- Alors ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je sais qu'elle est mal à l'aise mais je suis beaucoup trop curieuse pour la laisser tranquille.

- Je n'en ai aucune idée, répond Tris en cachant son visage entre ses mains.

- Alors, commence par le début.

Elle lâche un long soupire et je la regarde, un sourire de sympathie au coin des lèvres.

- Je peux te faire des spaghettis ? je propose sur un ton de plaisanterie, en espérant que a proposition la motive à parler.

- Très bien, répond-t-elle en se redressant sur sa chaise.

Je commence à cuisiner et lui laisse un moment de répit. Au vu de ce qu'elle a déclaré, j'imagine que son histoire ne doit pas être facile à raconter.

- Uriah et moi on est sorti boire un verre le soir où nous avons décidé de rentrer. Finalement, il y a eu un peu plus qu'un verre. Je ne sais pas exactement comment c'est arrivé, mais en rentrant on s'est… embrassé.

Je crois que je n'avais encore jamais vu Tris aussi embarrassée et pourtant je n'arrive pas à réprimer mon agitation. Mille questions se bousculent dans mon esprit mais je décide de la laisser continuer.

- J'aimerais vraiment te dire que c'était lui et que je n'ai pas du tout réciproqué mais ça ne serait pas tout à fait exact.

- Alors tu ressens quelque chose pour lui ?

Je craque et je n'arrive pas à garder mon silence plus longtemps.

- Non ! elle s'emporte sans tenter de cacher l'horreur qui se lit sur son visage. Je ne sais pas du tout ce qui s'est passé. Je ne comprends pas pourquoi j'ai fait ça. Je ne vois pas du tout Uriah de cette façon.

- Mais tu ne l'as pas arrêté pour autant.

- C'est l'alcool ? propose-t-elle, pas très assurée.

- Peut-être, je réponds en haussant des épaules.

- J'aime énormément Uriah. Il est très important pour moi et je ne peux pas imaginer ma vie sans lui, mais je n'imagine pas qu'il ait ce genre de place dans mon existence. Tu vois ce que je veux dire ?

- Oui, bien sur. Tu le veux dans ta vie, mais pas dans ton lit.

Tris me dévisage avec exaspération. Visiblement, ma réponse ne fait rien que moi.

- Il est comme j'aurais voulu que Caleb soit avec moi, reprend-t-elle plus sérieusement en décidant d'ignorer mon commentaire.

Je retrouve moi aussi mon sérieux et essaie de lui montrer de la sympathie.

- Tu sais où il habite maintenant ? elle me demande.

Soudain, elle a l'air plus vulnérable que jamais. Son frère a toujours été un sujet sensible. Leur relation est très compliquée. Il lui a fait énormément de mal et elle a failli perdre la vie pour le sauver. Personne ne peut prétendre comprendre ce qu'il y a entre eux.

- Je ne sais pas, je réponds en secouant lentement la tête. Zeke, Shauna et moi… Nous n'avons pas vraiment gardé contact avec lui après ton départ. Mais je suis sûre que tu peux le retrouver en t'adressant aux archives de la ville.

- Quand je serai prête.

Je verse les spaghettis dans l'eau bouillante puis retourne mon attention sur Tris.

- Il n'y a rien, avec Uriah. C'était une erreur et c'est dans le passé.

- Compris, je réponds en faisant un signe de la tête. Mais… est-ce que Quatre est au courant ?

Ma question me vaut un grand soupire de Tris. Visiblement, la réponse est non. En fait, ça ne me surprend absolument pas. S'il le savait, Uriah serait probablement mort ou banni de la ville.

- Je l'ai vu à la soirée chez Zeke. Il était avec une fille, comment est-ce qu'elle s'appelle déjà ?

- Eva.

Pas besoin de plus de détails, je sais immédiatement de qui elle parle.

- Elle m'énerve, répond Tris.

Je ne sais pas si elle essaie de cacher sa jalousie. Dans tous les cas, elle ne fait pas un très bon travail si elle désire dissimuler ses sentiments. En tant que sa meilleure amie, mon rôle est d'être d'accord avec elle et de la détester également mais, malheureusement, je trouve Eva plutôt sympa. J'hésite un instant à lui faire part de mon opinion. Je voudrais l'aider à aller mieux mais je ne sais pas si voir Eva comme quelqu'un de bien lui ferait plaisir. Peut-être est-il plus facile de la détester ?

- A quoi tu penses ?

- Ecoute, je ne veux pas que tu le prennes mal. Cette fille est vraiment gentille. Quand tu es partie, Quatre était vraiment très mal en point. Elle l'a beaucoup aidé.

- C'est censé me rassurer? demande-t-elle, très sceptique.

- Je sais que tout ça peut te paraître très étrange. Tu étais la seule personne à qui il se soit jamais confiée. Elle fait partie de sa vie, mais ça ne veut pas dire qu'elle essaie de prendre ta place.

- On dirait que tu la connais bien.

Je peux comprendre que Tris s'inquiète de voir que Eva a une place important dans la vie de Quatre. Mais il s'agit de leurs histoires et elle devra régler tout ça avec lui. En revanche, je ne veux surtout pas qu'elle pense que je place mon amitié avec Eva au dessus de ce que nous avons, Tris et moi.

- Tu devrais peut-être apprendre à la connaître. Enfin, tu vois, quand tu seras prête.

- Peut-être, répond-t-elle à contrecœur.

- Quoi qu'il arrive, je te soutiendrai.

Je reste silencieuse et décide de laisser Tris prendre son temps pour poursuivre son histoire.

- Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'étais tellement en colère. On s'est disputé et j'ai complètement perdu la tête. Ça ne m'était encore jamais arrivé. C'était comme être sous une simulation mais sans que je n'aie la capacité de me réveiller.

Tris s'interrompt un instant et je décide de lui laisser le temps de réfléchir à ce qu'elle veut ou ne veut pas me dire. Des centaines de commentaires me passent par la tête. Certains pour la taquiner, d'autres pour la rassurer, mais aucun qui ne semblent adéquat.

- On s'est réveillé quand Uriah est rentré à la maison et j'ai demandé à Tobias de s'enfuir par la fenêtre.

- Pardon ?

- Je sais… j'ai honte, elle répond en prenant à nouveau son visage entre ses mains. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je me sens tellement coupable !

- Pourquoi ? Tu n'as rien fait de mal. Tu as le droit d'être avec lui si tu en as envie.

- Il ne sait rien pour Uriah et moi.

La Sincère en moi ressent immédiatement un besoin de lui conseiller de divulguer la vérité. J'ai été éduquée pour croire que la sincérité est toujours la meilleure solution et que cacher ce genre de choses ne peut rien donner de bon. Cependant, j'ai vécu suffisamment longtemps en dehors de ma faction d'origine pour comprendre qu'il vaut parfois mieux se taire.

- Il n'a pas besoin de le savoir.

Je ne sais pas si c'est la meilleure chose à faire, mais je sais que c'est ce dont Tris a besoin maintenant.

- Tu voudrais que je lui mente ?

- Ce n'est pas un mensonge. C'est… l'omission d'une histoire qui ne le concerne pas.

- Je ne sais pas s'il serait d'accord avec toi.

Je hausse des épaules et installe les assiettes sur la table avant de venir m'asseoir en face de Tris. Je suis certaine que cette histoire mettrait Quatre profondément en colère. Il ne veut surement pas que Tris lui cache ce qu'elle a fait.

- Je ne sais même pas si nous allons nous remettre ensemble un jour.

- Tu aurais peut-être du penser à ça avant de lui sauter dessus et de lui retirer ses vêtements.

Je me rends immédiatement compte que mon commentaire n'était pas nécessaire. Oui, Tris a peut-être fait une erreur mais, au fond, nous en faisons tous. Parfois, j'ai encore de la peine à me défaire de mes vieilles habitudes.

- Je suis désolée, je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça.

- Ne t'inquiète pas…

Nous mangeons en silence pendant un instant, mais une question me brûle les lèvres. Je suis convaincue que Tris ne voudra pas y répondre mais je ne peux m'empêcher de la poser quand même.

- C'était comment ?

Je devine un léger sourire se dessiner au coin de ses lèvres. Sa gêne est plus qu'apparente et semble prendre possession de tout son visage mais je sais très bien que sa réponse est « Christina, c'était excellent et je rougis à chaque fois que j'y repense, c'est-à-dire très souvent».

- Cette discussion est terminée.

Vraiment ?

Je crois qu'on est loin d'avoir fini d'en entendre parler.


Et voilà! Un nouveau chapitre. J'espère que ce n'était pas trop long pour vous, j'ai fait de mon mieux pour aller vite!
Certains étaient un peu inquiets et m'ont demandé si j'allais continuer même après mon départ. La réponse est oui! :-) Je n'ai pas du tout envie d'arrêter et si je dois écrire depuis une plage dans les Caraïbes… ça ne me dérange pas du tout! ;-)

Hésitez pas à laisser un review pour me dire ce que vous en pensez… c'est la première fois que j'écris du point de vue de ces deux personnages et c'était un peu difficile pour moi!