Pardon, mille fois pardon, pour le long hiatus ! C'est la grosse période de l'année au travail, ce qui retarde mon écriture… Un prochain chapitre suivra, espérons-le, cette semaine. En attendant, voici le douzième. En espérant qu'il vous plaira !


Lorsque Natasha posa le quinjet, il transportait trois passagers endormis. Elle avait eu conscience que Wanda s'était endormie, recroquevillée sur les sièges passagers qui longeaient les murs de la carlingue, alors qu'ils n'avaient même pas encore quitté l'espace aérien américain. De l'autre côté de l'appareil, Sam n'avait pas tardé à l'imiter. Natasha l'avait entendu ronfler pendant presque tout le voyage, ce qui n'avait visiblement pas dérangé les autres… Steve n'avait pas été très bavard, et elle l'avait perdu quelque part au-dessus de l'Atlantique, alors qu'il n'avait même pas dû s'apercevoir qu'il sombrait dans le sommeil. Voyager dans le silence ne lui avait pas déplu. Elle était habituée à la solitude, et elle devait s'avouer que celle-ci lui avait quelque peu manqué, ces derniers jours. Elle n'avait pas l'habitude d'être entourée de gens, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Même au complexe des Avengers, elle avait toujours eu son appartement privé, où elle pouvait se réfugier pour combler son besoin d'être seule. Mais elle devrait vitre s'habituer à toute cette promiscuité : vivre en cavale voulait maintenant dire partager chaque moment de son existence avec d'autres. C'était simplement différent. Une autre manière de vivre à laquelle elle devrait désormais se plier.

Natasha arrêta l'appareil et se frotta les yeux. La nuit avait été courte, et même si elle avait l'habitude de vivre avec peu d'heures de sommeil en banque, la fatigue la gagnait. La journée était visiblement splendide. Elle se leva et regarda Steve quelques secondes. Dans quoi s'était-elle embarquée ? Elle l'avait suivi dans toute cette cavale sans même réfléchir. Mais elle s'en moquait. Ils s'en sortiraient. Un jour ou l'autre, ils reviendraient au pays, et retrouveraient leur place au complexe des Avengers. Elle eut un léger haut-le-cœur en songeant qu'il faudrait probablement une grande menace, que quelque chose de terrible menace la terre pour que Tony daigne seulement les contacter.

Filant vers l'arrière de l'appareil, elle s'agenouilla près de Sam qui dormait toujours et posa une main sur son épaule. Elle n'eut pas besoin de dire quoi que ce soit que déjà, il s'éveillait en sursautant.

- On est arrivés ? lui demanda-il d'un trait. Où est-ce qu'on est.

- Breb, une petite ville au nord de la Roumanie. On n'est pas très loin de la frontière ukrainienne. J'avais une planque ici lors de mes années d'espionnage. Je dois aller vérifier si elle peut encore être utilisée. J'aurais besoin de toi aux commandes, tu crois que tu pourras te lever ?

Sam la regarda en fronçant les sourcils. Elle le fixa de ce regard sérieux qu'elle seule pouvait avoir, celui qui donnait encore à Sam des frissons de peur.

- Si jamais je ne suis pas revenue dans trente minutes, fais décoller le jet et partez. Allez ailleurs.

- Mais où veux-tu qu'on…

- N'importe où, le coupa-t-elle. Trente minutes, Sam. Je devrais être de retour bien avant ça. S'il se passe quoi que ce soit de pas net, ou si je ne suis pas de retour dans trente minutes, top chrono, tu fais décoller cet appareil et vous foutez le camp. Peu importe les protestations que tu pourras avoir de Steve. Tu m'entends ? Vous partez, vous trouvez une autre planque, n'importe où sur cette foutue planète. Je finirai bien par vous retrouver. Je l'ai déjà fait…

- Oui, Capitaine.

Elle eut un sourire en coin.

- Tu réalises que Wanda devra probablement le contenir ? blagua Sam en tournant la tête vers le cockpit. Steve Rogers n'est pas homme à laisser un membre de son équipe derrière…

- Parce que tu crois que je ne le sais pas ? lui répondit-elle avec le sourire. Mais j'ai confiance en toi.

Elle l'aida à se lever, puis à trouver son équilibre, mais il réussit à se rendre aux commandes du jet par lui-même en se tenant au mur et au mobilier. Il prit place dans le siège du pilote, aux côtés de Steve qui dormait toujours. Sam se mit à rire et se tourna vers Natasha.

- Dépêche-toi, lui chuchota-t-il, et tâche de revenir avant qu'il ne se réveille.

Natasha hocha la tête. Sam ouvrit la rampe de débarquement, et Nat se dit que le bruit à lui seul allait réveiller l'ex-soldat qui dormait toujours… mais il n'en fut rien. Elle descendit de l'appareil au pas de course, et il la perdit rapidement de vue à travers tous les branchages. La possibilité d'un atterrissage à la verticale avait permis à Natasha de le poser en zone boisée, mais Sam n'aurait su dire s'ils étaient au beau milieu d'une forêt très dense, ou encore en bordure d'une simple clairière. Vingt minutes. Il regarda sa montre, et se mit à attendre.


Natasha arriva rapidement à la lisière du petit boisé où elle avait posé l'appareil, mais veilla à demeurer cachée par les arbres. Elle y trouva vite un ancien sentier, presque complètement effacé par la végétation, qu'elle suivit en direction de l'ouest. Elle savait parfaitement où elle allait. En fait, il y avait peu d'endroits sur terre, outre peut-être le complexe des Avengers et la maison de Clint, qu'elle connaissait aussi bien que ces lieux. Elle était venue ici des dizaines de fois. C'était sa planque. Sa cachette numéro un. Elle y était atterrie un peu par hasard, quinze ans auparavant, et l'endroit était rapidement devenu un lieu familier. Le village avait un goût de revenez-y, chose étrange pour la jeune espionne qu'elle était alors, elle qui avait été élevée dans le but unique d'être nomade, de bouger, de ne jamais prendre aucun toit ni aucune adresse pour acquis. Cet endroit avait été le seul lieu moindrement familier au monde pour elle, avant sa rencontre avec Barton. Elle n'y était pas revenue depuis une bonne dizaine d'années... C'était ce qui l'effrayait le plus.

Elle longea la ligne des arbres, marchant le long du petit sentier qui n'avait visiblement vu passer que très peu de pas ces dix dernières années. Elle déboucha sur un terrain éloigné, quelque peu déboisé, où une maison de bois et un jardin étaient entourés par une petite clôture de bois envahie par le lierre et les plantes des bois. La maison manquait définitivement d'entretien, mais peut-être pas d'amour. Le jardin, lui, était visiblement encore entretenu avec une grande rigueur. Natasha s'approcha lentement du portail de bois qui offrait la seule ouverture à travers la clôture. Elle poussa la petite porte chancelante et pénétra dans la minuscule cour. Les lieux étaient silencieux. C'est là qu'elle réalisa que le seul bruit qu'elle entendait, outre celui du vent qui bruissait dans les feuilles, était celui du battement de son propre cœur. Elle n'avait pas réalisé qu'elle était si nerveuse. Mais ce fut en tournant le coin de la maison qu'elle la vit, et tout le poids accumulé sur ses épaules tomba d'un seul coup. Elle était toujours là. Solide comme une falaise.

La femme était penchée et arrachait des mauvaises herbes. Sa jupe devait être aussi vieille qu'elle, et Natasha se demanda intérieurement quel âge elle pouvait maintenant avoir. Certainement plus de quatre-vingts. Peut-être quatre-vingt-dix ou même, peut-être était-elle plus âgée que Steve ! Mais toujours elle était là, travaillant la terre, portant les mêmes vêtements, ses cheveux retenus sous un foulard. Natasha se surprit à prendre une grande respiration avant de l'appeler : « Mina ».

Son âge avancé n'avait visiblement pas entaché l'ouïe de la vieille dame qui releva la tête mais ne se retourna pas, et qui répondit dans un russe qui camouflait difficilement un accent roumain : « Je savais que tu finirais par passer par ici ». Natasha leva la tête vers le ciel et se surprit à ravaler une larme. La vieille dame se retourna lentement. Elle n'avait pas changé. Natasha se dit qu'elle avait certainement dû naître vieille. Mais il y avait dans son regard, toujours, cette fougue et cette vigueur qu'elle ne retrouvait que très rarement ailleurs, même chez des gens beaucoup plus jeunes.

- J'ai vu ton visage à la télévision, poursuivit Mina. Alors je me suis dit que tu finirais par passer par Breb tôt ou tard.

- C'est gentil de ne pas m'avoir oubliée.

Mina secoua la tête.

- J'ai beau être vieille, Natalia, ma mémoire n'oublie jamais ceux qui ont été précieux pour moi.

Natasha ferma momentanément les yeux, pour empêcher ses larmes de couler. Elle s'avança vers Mina qui lui ouvrit ses bras. La vieille femme n'avait pas grand-chose de ce qu'on pouvait s'attendre d'une femme de son âge. Elle était très grande, presqu'une tête de plus que Natasha, et ses cheveux parsemés de gris étaient encore longs et très foncés. Ses yeux noirs dégageaient l'énergie d'une adolescente, mais trahissaient à la fois toute la résilience de son âge avancé.

- J'ai besoin de toi Mina, lui souffla Natasha en levant la tête vers elle. J'ai besoin de toi une fois encore.

- J'ai toujours refusé de vendre la planque. Je savais qu'elle pourrait encore servir.

Natasha lui sourit.

- Tu crois que tu pourras nous y héberger quelques temps ?

- Tu veux dire toi et ce beau Capitaine qui partage les avis de recherche, côte à côte avec ton joli visage ?

Natasha eut un sourire en coin.

- Lui, moi… et deux autres amis dans le pétrin.

Mina secoua la tête.

- Avoir des convictions, ma Tasha, ne t'apportera toujours qu'un pétrin temporaire. L'important, c'est de leur rester fidèle. D'écouter son cœur. La tête, elle, saura s'adapter.

Natasha lui répondit par un hochement de tête.

- Mais c'est peut-être ta mémoire à toi qui fait défaut, enfant… Tu te souviens que la planque est très petite, Tasha ? poursuivit Mina inquiète.

- On saura s'y faire. J'ai un ami blessé qui a besoin de repos et qui aurait besoin de se poser quelque part un moment, sans avoir peur de voir débarquer la police.

- Alors quel endroit serait mieux choisi que ma chère cabane ? Vous arrivez au bon moment : j'ai commencé ma petite récolte. Va. Tu sais où je garde la clé la clé. J'irai vous porter à manger ce soir.

Natasha la prit par les mains, et se recula un instant, la remerciant du regard. Que leur serait-il arrivé si Mina n'avait pas été en vie ? Elle l'ignorait, et préférait ne pas y songer. La ville dame lui fit signe de partir d'un mouvement de la tête et Natasha fit demi-tour, regagnant la petite forêt et son sentier qui la menait en direction du quinjet.


Dans le jet, Sam priait pour sa propre vie. Steve avait ouvert les yeux quelques minutes après le départ de Natasha, et était visiblement furieux de ne pas avoir été réveillé au moment de son départ.

- C'est elle qui n'a pas voulu te réveiller ! plaida Sam à voix basse, tout en tentant de retenir Steve de sortir de ses gonds autant que de l'appareil.

- Sam, nous sommes une équipe ! répliqua le Capitaine hors de lui. Ce qui veut dire impliquer tout le monde dans ce genre de décision !

- J'ai su qu'on était en Roumanie y'a quinze minute à peine, alors lâche-moi un peu avec les décisions de groupe ! Et si t'as peur pour sa sécurité… J'veux dire… Si je devais parier mon argent sur l'un d'entre nous, ce serait sur elle ! Bon sang, Steve ! Nat est née pour vivre comme ça ! Si j'étais toi, je serais d'autant plus inquiet pour nous que pour elle !

Steve faisait les cent pas comme un lion en cage. Il était furieux contre lui-même de s'être endormi, mais encore plus furieux contre elle d'être partie sans rien dire, sans mentionner où elle allait, et sans préciser son plan. Wanda, que la dispute à mi-voix avait néanmoins tirée de son sommeil, était debout près de la rampe de l'appareil, surveillant les bois.

- T'as fini ? lui demanda Sam. Vingt minutes, c'est ce qu'elle m'a dit. Elle devrait donc être de retour en moins de deux.

Il omit cependant de lui préciser l'instruction que Natasha lui avait donnée, advenant le cas où elle ne serait pas de retour au bout de ces trente minutes…

- Je vais te tuer, Sam ! Je vais t'étriper, puis je vais faire la même chose avec elle à son retour, puis Wanda et moi on ira vivre au Wakanda dans une cabane. Mais je te jure que vous ne me laisserez pas vivre dans une telle angoisse bien longtemps…

Ce fut à ce moment que Wanda leur fit signe de se taire. Un bruit à l'extérieur. C'était subtile, mais elle l'entendait très bien. On courait dans la forêt. Les deux hommes s'approchèrent de la rampe, scrutant les arbres et attendant patiemment de voir revenir Natasha… ou quelqu'un d'autre. Ce fut Wanda qui aperçut la petite tête blonde la première, derrière les arbres. Lorsqu'elle franchit la rampe d'embarquement, Sam se demanda bien lequel, entre Steve et lui, en avait été le plus soulagé. Il n'aurait pas voulu argumenter avec le Capitaine au moment de faire décoller l'appareil en laissant l'espionne derrière.

- On laisse le quinjet ici, leur annonça simplement Natasha. La planque n'est qu'à quelques mètres.

Elle sentit sur elle le regard grave de Steve, mais décida de passer outre. Ils avaient bien d'autres choses a gérer.

Alors que Steve supportait Sam et l'aidait à marcher, les deux femmes transportaient leurs maigres sacs de voyage. Natasha ouvrait la marche, devant les deux hommes, et Wanda suivait derrière. Ils tombèrent sur un petit sentier visiblement très peu utilisé, longèrent un petit ruisseau et débouchèrent rapidement sur une petite cabane de bois, envahie par la forêt, les branches et les feuilles d'arbres. L'endroit était minuscule, à peine quatre murs et un toit, mais une galerie couverte courait à l'avant. Probablement un ancien campement de chasse, visiblement abandonné ou du moins, très peu utilisé. Sam était persuadé qu'ils étaient en pleine forêt, lorsqu'il entendit soudainement le bruit de cloches au loin.

- On est si près de la ville ? demanda-t-il surpris.

Natasha se retourna en souriant.

- On est en périphérie de Breb. Le village n'est pas très loin, au sud. Mais ne vous inquiétez pas : tout le monde autour sait que la propriétaire de cette partie de la forêt a une carabine… et qu'elle sait extrêmement bien tirer. Personne ne s'aventure jamais par ici. On devrait être tranquilles.

Ils montèrent les quelques marches menant à la galerie, puis à la porte. Natasha grimpa alors sur le garde qui clôturait le perron, s'agrippant à la colonne qui longeait les escaliers. S'étirant de tout son long, elle glissa sa minuscule main dans l'entretoit, chercha quelques secondes et en ressortit une clé qu'elle lança à Wanda. La sorcière déverrouilla la porte et Sam ne put s'empêcher de songer qu'un simple coup du bassin aurait suffi pour l'arracher complètement.

L'intérieur de la petite cabane était tout de même plus encourageant qu'il ne l'aurait cru. Une unique pièce regroupait les commodités d'usage : l'antre d'un foyer, un poêle à bois, une table de salle à dîner avec trois chaises, un minuscule bout de comptoir et deux armoires, une petite bibliothèque remplie de livres écrits dans une écriture que Sam n'aurait dû déchiffrer, et un sofa qui devait être encore plus vieux que Steve lui-même. Une porte ouverte laissait voir une minuscule chambre à coucher, où un seul lit double fait office d'unique ameublement, autour duquel un passage de quelques centimètres permettait de circuler. Une dernière porte cachait une salle de bain aussi grosse que celle d'une roulotte : une toilette, une douche une place. C'était tout. Sam eut un soupir : on était loin d'un hôtel cinq étoiles, mais c'était tout de même mieux que son séjour en Afghanistan. Steve lui montra le lit d'un signe de tête, ce à quoi Sam répliqua en pointant une des chaises droites près de la table. Il en avait assez de vivre à l'écart. Un séjour au milieu de tout le monde lui ferait le plus grand bien.

Natasha lança les sacs sur le lit, imitée par Wanda, puis déambula à travers l'espace comme si elle était chez elle. Visiblement, elle avait dû passer bien du temps dans cette minuscule cache par le passé. Elle fit rapidement le tour des armoires et trouva des allumettes qu'elle lança à Steve.

- Un feu, vraiment ? La fumée ne va pas…

- Cette cabane n'est pas totalement abandonnée, répondit-elle simplement. Les gens autour ont l'habitude. Ça va aller. Et puis tu vas voir, les nuits sont fraîches, tu vas être content de pouvoir te chauffer un peu.

Steve songea à l'unique lit, puis à Sam qui était blessé. Décidément, ce ne serait pas lui qui profiterait de chaleur humaine cette nuit-là, il pouvait en être certain…

- Quelqu'un vient ! s'écria alors Wanda en regardant par la fenêtre.

Mais leur instant de panique fut rapidement calmé par Natasha qui leur fit signe que tout allait bien. Elle ouvrit la porte d'entrée et sortit sur la galerie, laissant la porte ouverte, et fut rapidement suivie par Wanda alors que Steve, aux aguets, demeurait auprès de Sam. Les deux hommes entendirent la voix d'une femme, probablement âgée. Rapidement, la conversation entre les trois femmes leur sembla normale, voire joyeuse. Aucun des deux ne distinguait un traitre mot et puisque Wanda participait à la conversation, ils en conclurent que toutes les trois discutaient en sokovien.

Elles finirent par passer la porte, et ils purent voir que la nouvelle venue était une vieille femme qui portait un panier au bras gauche, et un poulet mort qu'elle tenait par les pattes dans la main droite.

- Sam, Steve… les interpella Natasha. Je voudrais vous présenter Mina. C'est à elle qu'appartient cette planque.

Steve eut le réflexe de tendre la main à la vieille dame, mais réalisant tout ce qu'elle avait dans les bras, dont un poulet mort, il finit par accepter simplement le panier qu'elle lui tendit. Natasha posa une main sur l'épaule de la vieille dame et s'adressa à elle dans une langue que Wanda ne comprenait pas non plus. Mina lui répondit dans le même dialecte, et Natasha ne put s'empêcher de laisser paraître un sourire en coin.

- Qu'est-ce qu'elle a dit ? osa demander Sam.

- Elle fait dire d'économiser le poulet, répondit Natasha. Elle ne pourra pas passer tous les jours.

Sam et Steve se regardèrent, sachant très bien que Natasha leur mentait. En fait, non seulement elle ne leur disait pas la vérité, mais elle se moquait littéralement d'eux. Mina s'adressa à nouveau à Natasha et les deux hommes se tournèrent vers Wanda dans l'espoir d'obtenir une juste traduction. La jeune sorcière haussa les épaules : elle n'y comprenait rien de plus qu'eux. Du russe, définitivement. Qu'est-ce qu'une vieille dame russe parlant sokovien pouvait bien faire avec une planque dans un coin reculé de la Roumanie ? Encore là, Sam et Steve durent accepter qu'ils demeureraient dans l'ignorance.

Mina finit par partir, les laissant avec leurs provisions. Wanda s'affaira immédiatement à la cuisine afin de préparer ce qui serait leur repas du soir. L'après-midi était déjà bien avancée, et leur nuit avait été courte; leur soirée s'annonçait donc plutôt tranquille. Sam fouilla dans le panier et trouva, outre plusieurs légumes et des patates, trois bouteilles de vin et une pleine bouteille de vodka qu'il exhiba fièrement. Décidément, cette vieille dame était pleine de surprises…

- On va crever de faim avant de manquer d'alcool, lui dit Natasha en regardant les bouteilles qu'il examinait comme de véritables trésors. Avec Mina, je te le promets, on ne manquera de rien.

Ce fut à ce moment que Natasha décida de quitter le petit groupe et qu'il était temps pour elle d'aller profiter de la douche. Lorsque l'eau, toute tiède pouvait-elle être, se mit à tomber sur sa tête, elle eut l'impression que toute l'énergie qu'elle avait soigneusement conservée ces dernières heures venait de quitter son corps. Toute l'adrénaline qui l'avait alimentée avait décidé de foutre le camp d'un seul coup. Elle était claquée. Le stress retombait. Elle ne ferait plus long feu. Elle se mit à songer à leur situation. Ils étaient en sécurité, mais elle savait également qu'ils ne pourraient pas rester là trop longtemps. Comme chez les Barton, ils arrivaient pour mieux devoir repartir. C'est ainsi que serait leur vie, désormais. Une succession ininterrompue d'arrivées et de départs.

Lorsqu'elle sortit de la salle de bain, elle vit que Wanda et Sam avaient entrepris la coupe des légumes, mais Steve n'était nulle part en vue. Elle parcourut la pièce du regard, puis s'attarda à la chambre. Il n'y était pas. Son regard croisa alors celui de Sam qui lui dit simplement : « Dehors ». Elle ouvrit la porte d'entrée et vit rapidement Steve assis sur le haut des marches de la galerie, en train d'éplumer le poulet. Elle sortit, refermant la porte derrière elle, et ne put s'empêcher de rire. Si quelqu'un lui avait dit un jour qu'elle trouverait Steve Rogers, le Capitaine America lui-même, assis sur les marches d'une vieille planque dans la forêt en train d'arracher des plumes de poule, elle ne l'aurait jamais cru. Et pour cause ! Elle vint s'asseoir et prit place à ses côtés, puis réalisa qu'elle n'avait aucune raison de rire : Steve savait visiblement très bien ce qu'il faisait.

- On peut rester ici longtemps ? lui demanda-t-il à voix basse, comme s'il n'avait pas voulu que Sam et Wanda entendent malgré la porte fermée.

- Théoriquement ? Aussi longtemps qu'on le voudra. En pratique, je suggère qu'on ne dépasse une semaine.

Elle le vit hocher la tête.

- Je regarde le sofa, lui dit-il, et je regrette déjà la chambre d'amis de la ferme des Barton.

Elle eut un sourire.

- Faudra se contenter de ça, lui répondit-elle. Et compte-toi chanceux : je te le laisse, vieillard. Je dormirai sur le plancher.

Il allait répliquer, mais il savait que se battre contre elle ne servirait à rien. Si Natasha Romanoff avait décidé quelque chose, il n'y avait pas homme pour la faire changer d'avis. Ils demeurèrent là un bon moment, épaule contre épaule et silencieux, à regarder la forêt qui s'étendait droit devant eux. Ce fut Steve qui finit par briser le silence :

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

Natasha haussa les sourcils et lui répondit d'un « Han ? » qu'il savait déjà faux. Elle avait très bien compris ce qu'il voulait dire. Il précisa néanmoins :

- Mina. Quand elle nous a donné les provisions, elle t'a parlé. Deux fois. Et ton sourire voulait très bien dire qu'elle ne parlait pas des provisions…

Il vit que Natasha s'empêchait de rire. Il la bouscula un peu, la poussant de côté. Les avant-bras appuyés contre ses genoux, elle regarda ses mains.

- Elle a dit que vous étiez encore plus beaux en réalité que sur vos avis de recherche.

Steve eut un sourire. Visiblement, le cœur et l'esprit ne vieillissaient pas.

- …et elle a dit… poursuivit Natasha. Elle m'a dit…

- …dit quoi ? lui demanda-t-il en riant.

- Elle m'a dit de ne pas te laisser filer.

Steve sentit son cœur se gonfler alors que Natasha avait tourné la tête et le regard vers lui. Il se retourna et jeta un œil à l'intérieur de la cabane. Il ne voyait ni Sam, ni Wanda, qui devaient être encore affairés au fond de la pièce à couper des légumes. Il tourna à nouveau la tête vers Natasha et s'empressa de capturer ses lèvres des siennes. Le baiser fut bref, volé. Clandestin, tout comme eux. Il n'en fut que plus précieux encore. Lorsqu'il éloigna son visage de celui de Natasha, il lui vit un sourire qu'il ne voyait chez elle que très rarement. Celui qu'elle ne semblait garder que pour lui. Celui qui voulait tout dire. Ils finirent par se retourner et, toujours épaule contre épaule, genou contre genou, fixèrent la forêt droit devant eux.

- T'inquiète pas, dit finalement Steve en posant délicatement la main sur l'intérieur de son genou qu'il caressa délicatement, je n'irai nulle part sans toi.