Chapitre XII – La mort est si douce
Carmen se rendit tout de suite compte que quelque chose clochait quand les deux frères reparurent. Elle avait eu un mauvais pressentiment lorsque Sam l'avait appelée mais là il n'y avait plus aucun doute possible ; il s'était passé quelque chose de grave. Sam était directement monté à l'étage se réfugier dans sa chambre et Dean… Dean se laissa choir sur le canapé comme s'il était au bord de l'épuisement et son regard était éteint. Exactement comme lorsqu'ils s'étaient rencontrés. Elle savait que l'assommer de question n'était pas la bonne solution ; il se confierait à elle lorsqu'il en ressentirait le besoin. Alors elle s'assit à côté de lui et posa sa tête contre son épaule pour montrer son soutien, lui montrer qu'elle était là. Dean la serra dans ses bras et pleura en silence.
Le lendemain, Sam ne se montra pas pour le déjeuner. Ni même pour le dîner. Jack regarda Carmen avec des yeux interrogateurs mais celle-ci haussa les épaules, embarrassée. Elle n'en savait pas plus que son fils. Celui-ci sembla comprendre la difficile position de sa mère et hocha la tête. Sans qu'ils n'aient échangés un seul mot, ils avaient pris une décision ; Jack irait parler à Dean, et elle-même irait parler à Sam.
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Carmen frappa doucement à la porte et attendit une réponse qui ne vint pas. Qui ne dit mot consent. Elle entra et découvrit Sam assit dans un fauteuil, les bras autour des genoux, occupé à regarder la brise secouer les branches du saule pleureur par la fenêtre.
- Pourquoi tu n'es pas descendu manger avec nous aujourd'hui ?
- Comment va Dean ?
- Jack est avec lui.
- Tu n'as pas répondu à ma question !
- Toi non plus, Sam.
Sam la regarda brièvement et une ombre de sourire passa sur son visage. Son frère s'était trouvé une femme avec beaucoup d'esprit.
- Je ne suis pas sortit de la chambre parce que Dean me déteste.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé hier ?
- Il ne te l'a pas raconté ?
- Non.
- Je peux pas te le dire… J'ai trop honte… Et je n'ai pas envie que tu me détestes toi aussi, même si je sais que ça ne tardera pas.
- Quoi que tu aies fait, je suis sûre que tu avais tes raisons.
- J'avais mes raisons mais elles n'étaient pas bonnes. Pas bonnes du tout.
- Tu sais, Dean ne te déteste pas.
- Oh que si. Tu n'as pas vu son regard quand ses yeux se posent sur moi. Il voudrait me voir mort…
- Non, ce n'est pas vrai. Il t'en veut, c'est évident. Mais laisse le temps faire effet et tu verras qu'il te pardonnera. Il ne pourrait pas vivre sans toi.
- Il serait mieux sans moi… Je suis un monstre ! Mais il ne veut pas me laisser partir…
Après une vingtaine de minutes passées à avoir discuté avec Sam, Carmen alla retrouver son compagnon et son fils. A l'évidence, Dean n'était pas le seul à avoir besoin de temps. Lorsqu'elle entra dans le salon, les deux hommes de sa vie se tournèrent vers elle. Dean se leva et vint vers elle. Dans son dos, Jack leva un pouce à l'attention de sa mère.
- Tu vas aller lui parler ?
- Oui, je crois que c'est nécessaire…
- Plus que tu ne le crois ! Il est drôlement secoué !
- Je lui ai dit des choses atroces hier soir… Je m'en veux vraiment…
- Allez, vas-y fonce !
Dean monta pesamment les escaliers, le cœur battant à tout rompre. Prendre les problèmes à bras le corps était peut-être la meilleure des solutions mais également celle qui demandait le plus de courage. Dean Winchester, tu n'es pas un trouillard. Il se répéta cette litanie encore et encore puis termina son ascension. Il ne prit pas la peine de frapper à la porte. Ce genre de précautions lui paraissait futile étant donné la situation.
Son cœur s'arrêta l'espace d'une seconde. Une peur panique s'empara de lui. Il n'arrivait même plus à bouger.
- Sam, ne fais pas ça ! Je t'en supplie, ne fais pas ça…
- Tiens, j'ai entendu ça y'a pas longtemps… répondit Sam d'une voix détachée.
- S'il te plaît, ne fais pas de conneries !
- C'est trop tard pour ça, je les ai déjà faites.
- Je suis venu pour en discuter avec toi ! Ce que j'ai dit hier soir, je le pensais pas !
- Oh que si tu le pensais ! Et tu sais quoi ? Tu avais raison ! Je suis un monstre, comme l'avait prédit le Démon aux yeux jaunes.
- Ne dis pas ça !
- Dean, je suis vraiment désolé.
- Je sais, allez viens-là !
- Adieu maintenant.
Sam, qui se tenait debout sur le rebord de la fenêtre, fit un pas en avant. L'instant suivit, il était allongé dans la pelouse quelques pieds plus bas et une inquiétante flaque sombre s'élargissait rapidement autour de sa tête.
