CHAPITRE 12
Les minutes passèrent, puis les heures leurs succédèrent, sans que Ziva ne soit ramenée dans la cellule. Le soleil finit par décliner doucement derrière les collines, emportant avec lui quelques degrés.
Tony s'était assis au fond de la cellule, les bras entourant ses jambes qu'il avait ramenées contre lui, tentant désespérément de garder sa chaleur. Il grelottait, mais, plus que le froid, c'était la peur qu'il ressentait pour Ziva qui prédominait. Il était partie depuis beaucoup trop de temps désormais. Beaucoup trop s'il voulait la revoir en un seul morceau.
Il en était là dans ses pensées quand il entendit des pas qui se rapprochaient. La clé tourna une nouvelle fois dans la serrure et la lourde porte s'ouvrit en grinçant, laissant entrer trois hommes. Le premier portait un fusil mitrailleur qu'il pointa sur Tony, le dissuadant d'avancer. Le second portait une cruche en terre cuite ébréchée et une assiette contenant du pain et quelques dattes, qu'il posa sur le sol. Enfin, le troisième portait plus qu'il ne soutenait un corps. Celui de Ziva. Sans ménagement, il jeta la jeune femme sur le sol, où elle atterrit sans pousser un seul gémissement, et ils sortirent.
L'italien se précipita vers le corps inanimé de Ziva et la retourna avec précaution sur le dos. Elle poussa un faible gémissement et ouvrit difficilement les yeux. Son visage était couvert de sang qui avait eu le temps de coaguler. Ses bras étaient parsemés de plaies plus ou moins grandes et profondes, et des hématomes commençaient à se former.
Tony déchira un morceau de sa chemise qu'il trempa dans l'eau et commença à nettoyer les plaies de Ziva. Puis il prit la cruche et l'aida à boire.
- Qu'est-ce qu'ils t'ont demandé ?
- Ce que nous faisions ici.
- Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?
- Que son hospitalité me manquait...
Ziva éclata d'un rire rauque, vite interrompu par une crise de toux. Tony la souleva délicatement et la porta jusqu'au fond de la cellule, puis il revint prendre l'assiette et la força à manger. Elle grignota sans faim quelques dattes puis appuya sa tête sur l'épaule de l'italien et ferma les yeux. Surpris par ce brusque rapprochement, il la fit doucement glisser jusqu'à ses genoux pour qu'elle y pose sa tête. L'israélienne ne protesta pas. Epuisée, elle dormait déjà.
Tony appuya sa tête contre le mur et ferma les yeux. Quelques heures de repos ne lui feraient pas de mal.
Quand il rouvrit les yeux, le soleil venait juste de se lever et Ziva s'était déplacée pour aller chercher le pain et les dattes.
- Oh, mais le room-service a déjà apporté le petit déjeuner ? plaisanta l'italien. Vraiment chérie, nous avons bien fait de choisir cet hôtel !
Ziva esquissa un sourire et lui fourra une datte dans la bouche pour le faire taire. Tout naturellement, elle retourna se coller près de lui, d'une manière si directe que Tony ne put savoir si c'était pour se réchauffer ou pour...autre chose.
- Je suis...désolée de t'avoir entrainé là-dedans, finit-elle par dire au bout de quelques minutes. C'était mon affaire. Ma vengeance. Tu n'aurais jamais du être entrainé là-dedans.
- Tu n'as pas à t'excuser. Non, c'est vrai, je n'avais jamais visité le Soudan ! Bon, par contre, je sais pas pour toi, mais je compte envoyer une lettre incendiaire à l'agence de voyage quand on rentrera. Non vraiment, l'accueil et la propreté de l'hôtel laisse franchement à désirer !
- Tu es vraiment sûr qu'il y aura un retour ?
- Dans tous les films, la cavalerie finit par arriver.
- Sauf qu'on n'est pas dans un film.
- Pourtant ça y ressemble. Le bel italien et la belle brune prisonniers dans une cellule glaciale. Un grand cliché cinématographique ! Tiens, je paris que avant que le mot « Fin » apparaisse, tu te seras jetée sur moi, incapable de résister à mon charme fou !
La dernière phrase arracha un sourire amusé à Ziva. Au même moment, la clé tourna à nouveau dans la serrure de leur cellule et la porte s'ouvrit sur les trois mêmes hommes qui avaient ramené Ziva la veille. Instinctivement, Tony se plaça devant sa partenaire dans une tentative désespérée pour la protéger, ce qui ne réussit qu'à arracher un sourire moqueur aux trois hommes.
- T'inquiète pas pour ta copine, railla l'un, c'est pas pour elle qu'on vient.
Tandis qu'il parlait, les deux autres hommes s'approchèrent de Tony et le soulevèrent de force avant de le trainer vers la sortie. Ziva se leva péniblement.
- Non ! s'écria-t-elle. Saleem avait promis !
- Toi, on t'a pas sonné...
L'homme qui n'était pas occupé à maintenir Tony la frappa d'un coup de crosse à la pommette qui envoya rouler la jeune femme sur le sol.
• • •
L'italien fut assis et ligoté de force sur une chaise branlante dans une salle vide. La seule source de lumière provenait d'une fenêtre grillagée derrière lui.
- Est-ce que je pourrais avoir un verre de vin ? ironisa-t-il tandis que la porte se refermait.
Laissé seul, il se tordit le cou pour examiner la pièce. Les taches rouges sombres qu'il vit sur le sol ne le rassurèrent guère.
Les minutes passèrent, sans que personne ne vienne. Pour faire passer le temps, l'italien commença à siffloter un air des Blues Brothers, quand la porte se rouvrit, cette fois sur leur hôte en personne, Saleem Ulman, qui portait une petite mallette. Il la déposa sur le sol puis s'approcha de Tony.
- Vous connaissez déjà mon nom. Mais je ne connais pas le vôtre. Tout ce que je sais, c'est que vous devez travailler pour le NCIS. Vous n'avez pas le type israélien.
- Je m'appelle Anthony DiNozzo. Et je suis italien. D'autres questions ?
- Que faites-vous ici ? Je ne pense pas que vous vouliez tester mon hospitalité, comme l'a si bien ironisé cette chère Ziva.
- Pourtant, je voulais vous féliciter pour la qualité de vos lits. On dort vraiment bien.
Saleem esquissa un sourire. Tony ne vit pas son poing arriver, mais le sentit sur sa mâchoire. La chaise vacilla mais tint. L'italien passa la langue sur ses dents pour vérifier qu'aucune n'était déchaussée, recueillant au passage un peu de sang.
- Pour la dernière fois. Que faites-vous ici ? répéta Saleem en se penchant vers son visage.
- Vengeance, siffla crânement Tony.
- Vengeance...Un de mes mots préférés. Après aveux, bien entendu. Et je sens qu'avoir les vôtres ne sera pas de tout repos. C'est pour ça que j'ai décidé d'utiliser une manière plus rapide et moins douloureuse pour vous les arracher. Quoique...La douleur dépendra de votre coopération.
- Comme toujours.
Sans relever, Saleem se dirigea vers la mallette, d'où il sortit une seringue et un petit flacon remplit d'un liquide transparent. Il en remplit la seringue et revint vers Tony. L'italien essaya de se débattre, mais il était solidement attaché et ses efforts ne servirent à rien.
- Ce que je viens de vous injecter...Est communément appelé « sérum de vérité ». Il agit directement sur votre système nerveux. Si vous me mentez...Vous ressentirez donc...Une grande douleur. Je repose une dernière fois ma question : pourquoi êtes-vous là ?
- Je vous l'ai dit...vengeance.
- Vous tenez à ce point à Ziva David pour vous taire ?
Tony crispa les mâchoires, mais ne répondit pas.
• • •
Ziva se leva rapidement en entendant la clé tourner de nouveau. Les trois gardes poussèrent de nouveau Tony à l'intérieur et refermèrent la porte. L'israélienne se précipita vers lui.
- Tu n'as rien ? Il ne t'a rien fait ?
- Juste interrogé avec une méthode...différente. Alors s'il te plait, ne me pose pas de questions indiscrètes.
Sans un mot de plus, il alla se rasseoir au fond de la cellule et ferma les yeux. La potion magique de Saleem commençait à lui donner un sacré mal de tête.
Quand il souleva ses paupières, ce fut pour découvrir Ziva à ses côtés, qui le regardait d'un air intrigué.
- Que t'a-t-il demandé ?
- Tu vas en profiter hein ? C'est bas Ziva. Attaquer un homme déjà à terre.
- Que t'a-t-il demandé ? répéta-t-elle d'un ton ferme.
- Pourquoi nous étions-là. A quel point je tenais à toi. Pourquoi je t'avais suivi jusqu'ici. Entre autre.
- Et qu'est-ce que tu lui as dit ?
Tony ne répondit pas tout de suite puis grimaça de douleur. Non seulement ce fichu sérum l'interdisait de mentir, mais l'obligeait en plus à répondre.
- Tu as déjà lu de la poésie française, Ziva ? Les français sont plutôt bons en matière de poésie. Et de cuisine aussi. Même si leur manie de manger des cuisses de grenouille et des escargots est plutôt étrange. Mais passons. Ils ont eu un poète qui s'appelait Lamartine, et qui a résumé en un vers toute la poésie romantique.
- Qui est ?
- Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. Bien sûr, ça sonne beaucoup mieux en français.
Ziva ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, quand Tony secoua la tête et la pria de ne rien dire.
- Ah, et tu avais raison, continua-t-il. Je pense qu'il n'y aura pas de billet retour pour nous. Il m'a dit qu'il n'avait plus besoin de nos services.
- Je suis...désolée Tony. C'est ma faute.
- Ne t'excuse pas. Si je devais refaire ce petit voyage avec toi, je repartirais sans aucune hésitation. Mais puisqu'on ne le pourra pas...
Il se pencha vers elle et l'attrapa brusquement par la nuque pour l'attirer vers lui avant de presser presque sauvagement ses lèvres sur les siennes.
Ziva essaya vainement de reculer pour la forme mais finit par s'abandonner au baiser.
- Pourquoi ? demanda-t-elle quand il la lâcha.
- Parce que j'ai eu envie de le faire des dizaines de fois. Et quand je t'ai cru morte, j'ai tellement regretté de ne pas avoir eu le courage d'aller jusqu'au. Donc maintenant qu'on va sûrement mourir tous les deux...
- Je croyais que c'était moi qui étais censée me jeter sur toi...
- Disons que le scénariste a...
Il n'eu pas le temps de terminer sa phrase que Ziva plaqua de nouveau ses lèvres contre les siennes. Il l'attira contre lui et la serra contre son torse, comme s'il voulait que leurs deux corps ne fassent plus qu'un.
- C'est toi ou moi qui dit « je t'aime » ? chuchota-t-il.
- Tu rêves Tony ! Je suis juste dans un moment de faiblesse !
Il allait reprendre possession de ses lèvres quand la porte s'ouvrit brusquement, de nouveau sur les trois mêmes hommes accompagnés de Saleem. Ce dernier eut un sourire ironique en voyant Tony et Ziva collés l'un contre l'autre.
- Excusez-nous de devoir vous interrompre dans un pareil moment, mais il est l'heure.
Ses hommes firent lever de force l'italien et l'israélienne. Ils furent conduits dehors, à l'arrière du bâtiment, dans ce qui semblait être une petite cour. Les impacts de balles sur les murs les renseignèrent sur l'utilité du lieu.
On les fit mettre à genou et ils entendirent le bruit caractéristique de l'arme à qui l'on ôte la sécurité.
- Tu vas garder ta foutue fierté, David ? murmura Tony. Ou bien tu vas me le dire ?
- Et toi DiNozzo.
- Moi tu le sais très bien. Je t'aime.
Elle ne répondit pas, mes ses yeux parlèrent pour elle. Elle tendit sa main et Tony l'attrapa en la serrant.
- Bien, ce fut un plaisir de vous avoir parmi nous, ricana Saleem. Mais le moment est venu de nous quitter. Tuez-les.
Tony serra plus fort la main de la jeune femme, sans la quitter du regard. S'il ne devait retenir qu'une image en mourant, ce devait être le visage de Ziva.
Deux coups de feu retentirent comme un seul dans la vallée, faisant s'envoler au loin une buse.
Deux corps s'affaissèrent dans la poussière du désert.
