XII

Trompe-l'œil

Note de l'auteur : Chapitre 12, qui devait être le dernier. Mais en fait j'ai encore trop de choses à dire et je me suis encore laissé embarqué dans l'intrigue. Donc un chapitre qui apporte une partie des réponses, mais qui vous laissera en plein suspense, comme souvent ^^ Bonne lecture!


Je poussai John précipitamment vers la sortie. Nous dévalâmes tous les trois l'étroit escalier. Arrivé en bas, j'ouvris la porte à la volée, m'élançai dans la rue et percutai un homme de plein fouet. Je m'excusai platement, avant de l'aider à se relever. Son visage me parut familier, mais nous n'avions pas vraiment le temps de nous attarder. John me doubla pour héler un fiacre qui passait par là. En le voyant, l'inconnu parut ennuyé mais fini par passer son chemin, devant mon air peu amical. Spock me pressa pour que nous montions à bord du véhicule. Moyennant finance, Watson convainquit le cocher de nous mener à destination le plus rapidement possible. Mais c'était peu dire, que pour Spock et moi, notre allure nous sembla celle d'un escargot. De plus, nous appréciions moyennement que l'on maltraite les deux chevaux pour aller plus vite. Mais, la situation était critique et l'une de mes fameuses intuitions me dévorait l'estomac. Mon compagnon se chargea de faire un résumé concis et posé du « Dernier Problème » à John, pour qu'il comprenne les raisons de notre empressement. Évidemment, cela n'améliora pas son état d'agitation.

« Vous sous-entendez qu'il va se jeter dans le fleuve ? Ce pont fait au moins trente mètres de haut, il n'y survivra pas ! Pourquoi ferait-il ça, de toute manière ? »

« Pour la même raison que le Sherlock de nos romans. Emporter Moriarty dans sa chute. »

Nous avions délibérément omis de lui parler de la « Maison Vide » et de la fausse mort d'Holmes. Il en savait déjà beaucoup trop.

Nous tournâmes à droite, assez brusquement pour plaquer Spock à la paroi et me faire tomber sur lui. John, en face de nous, paraissait plus habitué aux turbulences, puisqu'il se retint à temps. La rivière apparue à notre gauche et le pont se dessina enfin, au loin. Nous suivîmes la rive durant de longues minutes. Au fur et à mesure que notre but se rapprochait, nous pouvions apercevoir des silhouettes encore indistinctes. À une cinquantaine de mètres de la structure, le fiacre stoppa net sa course, nous ballotant violemment à l'intérieur de l'habitacle. Une fois immobilisé, Watson ouvrit la trappe qui permettait de parler au cocher.

« Pourquoi vous arrêtez-vous ? Nous y sommes presque ! » Cria-t-il, pour être entendu.

« L'accès est barré par trois hommes visiblement armés. Même pour tout l'or du monde, je ne risquerai pas de me prendre une balle, monsieur. Vous descendez ici, ou non, ce n'est pas mon problème. Mais moi, je vais faire demi-tour. » Répondit le chauffeur.

Sans rien dire, John ouvrit la portière et s'élança dehors. Nous le suivîmes pour le retenir. Il allait se faire tuer. À peine avions nous quitté la voiture, que l'homme tint parole et s'empressa de repartir dans le sens opposé. Nous étions maintenant à découvert et les cerbères de Moriarty durent reconnaître John, car ils commencèrent à tirer sur nous. Spock ceintura le docteur et nous nous mîmes à couvert, de l'autre côté de la rue, derrière l'angle d'un mur. Ils avaient visé délibérément nos pieds, sans réellement essayer de nous toucher, pour nous dissuader d'approcher, certainement. Les déflagrations cessèrent dès que nous fûmes hors de vue. Je n'avais d'autres choix que de sortir mon phaser. Watson regarda l'arme avec des yeux écarquillés.

« Ne vous inquiétez pas, je ne vais tuer personne, ça va juste les assommer. » Le rassurai-je.

Spock m'imita et il ne nous fallut que quelques secondes pour nous débarrasser de nos opposants. Nous courûmes ensuite vers le pont. C'est là que nous aperçûmes Sherlock, debout sur le parapet. Il semblait prêt à sauter. À côté de lui, Moriarty murmurait à son oreille. Il ne s'était apparemment pas préoccupé plus que ça des coups de feu, sûrement parce qu'il ne s'attendait pas à ce que nous ayons quoi que ce soit pour riposter. Notre arrivée sembla le surprendre. Ce qui était un avantage non négligeable. Il sauta à terre et nous menaça d'une arme. Je pointai mon phaser sur lui, imité par Spock. Il considéra très sérieusement la menace et jeta son revolver au sol.

« Vous bluffiez ! » S'écria Holmes, en nous voyant. « Vous prétendiez que si je ne sautais pas, après avoir signé cette lettre, il serait exécuté ! »

Le visage de l'homme que j'avais bousculé me revint en mémoire. Je me souvins où je l'avais vu. Dans l'immeuble où était retenu Bones ! Il était donc venu pour enlever John, au moment où nous nous mettions en route. Il l'avait échappé belle.

« Il n'a pas menti. Nous sommes arrivés juste à temps pour l'empêcher de mettre son plan à exécut… »

« Comment as-tu osé me mettre à l'écart ?! Après la conversation que nous avons eue ?! Tu comptais juste sauter et me laisser derrière ? Et c'est quoi cette histoire de lettre ? » Me coupa John, hors de lui, en s'approchant de son ami, pour l'obliger à descendre. Il l'agrippa par un bras et le tira brutalement à lui.

« Une lettre de suicide, qui raconte que je ne peux plus vivre dans ce monde. » Répondit Sherlock, qui comptait visiblement ignorer les autres questions, en se rattrapant maladroitement à son ami, pour ne pas tomber.

« Mais ce n'est pas vrai ! » S'écria Watson, en le repoussant.

« Bien sûr que non ! Surtout depuis que… depuis… enfin, tu sais. » Bafouilla Holmes.

« Non je ne sais pas. Éclaires-moi. »

« Depuis que toi et moi… »

« Les gars. Désolé de vous interrompre, mais ce n'est pas vraiment le moment pour les déclarations enflammées. » Les interrompis-je.

Mais autant parler à un mur.

« Dis-le ! » S'impatienta le médecin.

« Je t'aime ! » Cria le détective, à bout de nerfs. « Voilà, c'est dit ! Sans toi, ma vie n'a pas de sens et le Gardien, sa Prophétie il peut se la mettre au… »

« C'est bon ! J'ai compris. » Le coupa le blond. « C'est tout ce que je voulais entendre. Je t'aime aussi et c'est pour ça qu'il est hors de question que tu sautes dans ce fleuve ! »

« Il a menacé de te tuer ! »

« Je sais me défendre ! Bon sang, Sherlock, je suis un soldat, pas une lady ! » Contra John, me rappelant un certain docteur quand il était au mieux de sa forme.

« Quand vous aurez terminé, on pourra peut-être en finir avec cette histoire ! » Hurlai-je, exaspéré par cette scène surréaliste.

Ils daignèrent enfin se souvenir où ils étaient et que nous avions toujours un psychopathe sur les bras, sans compter le Gardien qui restait toujours un mystère.

Nous regardâmes Lestrade embarquer Moriarty et ses hommes avec une satisfaction certaine. Dès qu'il avait compris qu'il ne s'en sortirait pas, cette fois-là, il s'était refermé comme une huitre, se murant dans un silence obstiné. Nous avions bien tenté de l'interroger sur le Gardien, avant l'arrivée de la police, mais rien n'y avait fait. Ni les menaces, sûrement parce qu'il se doutait qu'elles n'étaient pas sérieuses, ni le chantage. Nous en étions donc toujours au même point.

« Par où commençons-nous ? » Demandai-je à Sherlock. « Vous ne me ferez pas croire que vous avez totalement laissé tomber vos recherches. »

Il soupira, pesant le pour et le contre.

« Je ne sais pas exactement où il se trouve. Le problème, c'est que mes investigations m'ont mené à des conclusions qui ne sont pas logiques. »

« C'est-à-dire ? » Demanda Spock.

« Tout semble converger vers un seul lieu, mais celui-ci n'est pas vraiment habitable. Je m'en suis discrètement approché, une fois. C'est un immeuble tout à fait normal en apparence. Mais j'ai remarqué des éléments qui m'ont laissé perplexe. »

« Qu'a-t-il de si particulier ? »

« Il est tout à fait banal en apparence. Une porte, des fenêtres, un local fermé pour y garer les véhicules personnels. Mais, en y regardant de plus près, des éléments troublants apparaissent. Par exemple, devant le garage, il y a une cabine téléphonique empêchant l'accès. Aucun nom, sur la porte, qui n'a d'ailleurs pas de poignée. Les vitres sont opaques ou semblent donner sur des murs noirs. »

« En d'autres termes, cette façade est un leurre. » Résumai-je.

« Exactement. Mais, si le Gardien vit quelque part, c'est pourtant là-dedans. Et je n'ai aucune idée de ce qui se cache derrière. Je n'ai jamais trouvé l'entrée. La porte ne s'ouvre pas. »

« Allons déjà sur place. On avisera à ce moment-là. Nous disposons d'outils que vous n'avez pas, après tout. »

Nous nous mîmes en route, le détective ouvrant la marche.

Une fois à l'adresse en question, je compris ce qu'il voulait dire. J'aurais très bien pu passer devant un millier de fois, sans rien remarquer. La façade n'était pas mieux entretenue que les autres et se fondait dans le décor. Il fallait vraiment s'approcher, pour se rendre compte de l'illusion.

« Peux-tu scanner le bâtiment, s'il te plaît ? » Demandai-je à Spock.

Il acquiesça simplement, en extirpant son tricordeur de son manteau. Je fis barrière de mon corps, pour cacher l'appareil aux rares passants. Il effectua quelques réglages, avant de lancer l'analyse.

« Je ne sais pas exactement ce que nous allons y trouver, mais une chose est sûre, il n'y a rien d'humanoïde dans cet immeuble. » Nous apprit-il, après un instant.

« Mais, c'est impossible ! » S'exclama John.

« Effectivement. Et quand vous l'avez éliminé, que reste-t-il ? » Dit mon compagnon, en regardant Sherlock.

« La vérité, aussi improbable soit-elle. » Répondit-il, automatiquement.

« D'où sortez-vous cette réplique ? »

« Je ne sais plus vraiment. Elle a dû arriver, un matin, avec le journal. Elle n'est pas de moi, mais elle me plaît. »

« À moi aussi. Il m'arrive même de la citer. Mais je ne joue pas un rôle pour autant. C'est peut-être le moment de commencer à vous détacher de vos personnages. » Répliqua Spock, avant de s'approcher de la porte.

Sherlock et John restèrent figés quelques instants, avant de se reprendre. Ils savaient que c'était vrai.

« Même le battant est un trompe-l'œil. » Constata mon compagnon, en passant une main sur le bois. « Elle ne risque pas de s'ouvrir, en effet. » Ajouta-t-il.

« Faisons le tour par cette ruelle. » Proposais-je, en montrant une petite rue à notre gauche. « Il y a forcément un moyen d'entrer. »

Nous atterrîmes dans une cour minuscule. À première vue, c'était une impasse.

« Je suis déjà venue ici et j'ai eu beau examiner chaque mur, je n'ai rien trouvé. » Nous précisa Sherlock.

« Je n'en doute pas. » Lui assurai-je. « Mais, peut-être est-ce parce que vous ne saviez pas ce que vous cherchiez. »

« Tu penses à quelque chose qui ne cadrerait pas avec l'époque ? » Me demanda Spock.

« C'est la seule explication. »

Il approuva et scanna patiemment chaque recoin du cul-de-sac. Nous attendîmes, tendus et sur le qui-vive, jusqu'à ce qu'il s'arrête devant un renfoncement qui en apparence était anodin. Nous nous approchâmes, pour regarder de plus près. Il passa sa main sur une pierre, puis gratta de ses ongles pour la déloger. Je lui vins en aide, jusqu'à ce qu'elle se déchausse. Elle n'était pas fixée au reste du mur. Derrière elle, protégé par un clapet que Spock ouvrit, se cachait un digicode. Nos amis restèrent perplexes face au pavé numérique.

« Qu'est-ce que c'est ? » Demanda John.

« Un appareil qui commande l'ouverture d'une porte, grâce à un code qu'il faut taper sur le clavier. Évidemment, nous ne le connaissons pas. Mais laissez-moi cinq minutes avec ce truc et j'en viendrai à bout sans problème. » Répondis-je, en faisant craquer mes phalanges.

Mon compagnon me laissa volontiers sa place, même s'il en était tout à fait capable aussi. Il savait que j'adorais faire ce genre de choses. J'enlevai mon manteau et le lui tendis, avant de remonter mes manches et de forçai le boîtier, pour avoir accès au câblage. Le système était plus que primaire et j'en fus presque déçu. Mais, vu le niveau technologique de la population, il n'avait pas grand-chose à craindre. Je mis rapidement en place un court-circuit, des étincelles jaillirent et l'ouverture de la porte dérobée s'enclencha dans un clac sonore. Spock poussa le pan de mur, jusqu'à ce que l'ouverture soit assez grande pour nous permettre de passer. Un par un, nous nous engouffrâmes dans un long couloir étroit, faiblement éclairé.

« Où trouve-t-il une source d'énergie pour alimenter ce complexe ? L'électricité en est à ses balbutiements sur cette planète. » Remarquai-je soudainement.

« Je n'ai pas de réponse pour le moment. Mais le générateur est forcément quelque part là-dedans. » Répliqua Spock.

Nous finîmes par tomber sur un petit bureau. Il y avait des traces du passage de son occupant un peu partout. Des restes de nourriture, une veste sur le dossier d'une chaise, des papiers qui traînaient çà et là. J'en pris un au hasard et le parcouru des yeux. Évidemment, le texte était dans le dialecte local et je n'y compris rien. Je demandai donc à l'un de nos amis de nous en faire un résumé à voix haute, pour que nos traducteurs fassent leur œuvre. Sherlock s'en empara.

« Cela traite de choses que je ne comprends pas. Ce paragraphe parle d'un objet appelé « sonde » qui se serait écrasé non loin d'ici. »

« Une bouteille à la mer. » Murmurai-je.

« Pardon ? » Dit John.

« Il y a longtemps, mon peuple, qui souhaitait découvrir s'il y avait d'autres formes de vie sur d'autres planètes et entrer en contact avec d'autres civilisations, a envoyé beaucoup de messages dans l'espace. Des informations sur nous, des œuvres marquantes de notre culture, dans différentes langues, des choses de ce genre. Tout cela était stocké à bord d'une sonde, un petit véhicule spatial sans équipage. L'une d'entre elles s'est apparemment crashée ici. Ce qui explique la contamination culturelle. »

« Et visiblement, elle est tombée entre de mauvaises mains. » Compléta mon compagnon. « Mais, une chose m'échappe. Personne, sur cette planète, n'aurait été capable d'en comprendre le fonctionnement et encore moins d'en lire les données, sans matériel adéquat. »

Quelqu'un y était pourtant parvenu. Nous devions découvrir qui.