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Titre du chapitre: « L'enfer, c'est les autres »

Tout est à Jo, rien à moi, bla bla bla.

Publication initiale : septembre 2010

Version corrigée/remaniée : 27 janvier 2013

Rating : T pour ce chapitre

Notes: lors du remaniement, le prénom de l'héroïne a été changé.

Les journaux réclamaient une punition exemplaire pour le « monstre Black » qui avait été provisoirement enfermé à Azkaban.

Il fallait agir, et vite.

Agir, oui mais comment?

Voici la première question qui me traversa l'esprit. Remus avait raison sur un point : j'étais seule, complètement seule. Or c'était une situation inédite pour moi. Depuis notre plus tendre enfance, j'avais toujours agit de concert avec ma sœur. Nous nous épaulions, faisions tout ensemble. Et puis, lorsqu'elle était partie vivre en France, j'avais vite été intégrée au sein des Maraudeurs. Lorsque l'on passait tout son temps avec des personnalités aussi affirmées que celles de James et Sirius, on était pas vraiment habitué à prendre des initiatives.

Pour la première fois de ma vie, je ne pouvais compter que sur moi-même. La sensation de vide était effrayante.

Je décidais qu'il fallait frapper vite et fort. J'avais entendu dire dans la rue que les sorciers ne se gênaient plus pour critiquer haut et fort toutes les horreurs commises par Voldemort. Ils voulaient un dirigeant qui se poserait en parfait opposant aux idées du mage noir. Or beaucoup de sorciers semblaient estimer que Dumbledore était l'homme de la situation. Le directeur de Poudlard était en quelque sorte l'homme à la mode. Et cela lui donnait assurément un grand pouvoir dans la société, auprès des médias mais aussi des dirigeants politiques.

J'étais un membre de l'Ordre du Phénix. Je m'étais mille fois mise en danger pour son organisation. Dumbledore ne pouvait pas refuser de me recevoir.

Et il ne le fit pas. A peine m'étais-je présentée à Poudlard que je fus reçue dans le bureau directorial.

Le maître des lieux me proposa gentiment de m'asseoir. Il avait une expression bienveillante sur le visage et un regard un peu triste, dans lequel j'avais bien l'impression de lire de la pitié. C'était de mauvaise augure.

Je lui expliquai sans détour les motifs de ma visite. La pitié dans son regard s'accentua.

-Je suis sincèrement désolé, Sally, dit-il avec douceur. Je comprends le calvaire que tu es entrain de vivre. Cela te paraîtra sûrement comme une faible consolation, mais sache que j'ai vécu, il y a bien longtemps, une situation similaire à celle que tu vis aujourd'hui. Je suis navré, mais j'ai la ferme conviction que Sirius est bien coupable. Moi aussi, au début, je n'ai pas voulu croire à la terrible trahison d'un ami qui m'était si cher. Je n'ai pas pu admettre qu'il ait pu tant changer, qu'il ait pu devenir un monstre. Et puis il a bien fallu que je me rende à l'évidence. Sirius était un garçon que j'appréciais beaucoup et crois-moi, je me suis très sérieusement penché sur l'affaire. James qui avait toute confiance en lui en a bien fait son gardien du secret et Sirius a livré ce secret. Puis il a lâchement assassiné Peter Pettigrow lorsque ce dernier l'a accusé publiquement de son crime. Plus de 10 personnes ont été témoins de la scène et elles ont toutes la même version des faits. Je les ai interrogé moi-même. Séparément.

Il n'y avait rien à répondre. J'avais été en colère face à Remus, j'étais désespérée face à Albus Dumbledore.

-Et Harry, demandai-je? Remus a dit qu'il a survécu. Qu'est-ce qu'il est advenu de lui?

-Il est chez la seule famille qui lui reste : son oncle et sa tante.

-Non! M'exclamai-je.

Là, s'en était trop. Dumbledore qui refusait de m'aider pour défendre Sirius et livrait un enfant sans défense à un couple détestable, m'apparaissait soudain aussi horrible que s'il avait été Voldemort en personne.

-Vous pouvez pas faire ça! Poursuivis-je. Cette femme déteste Lily et tout ce qui a trait à la magie. Harry ne serra jamais bien traité là-bas. Je suis sa marraine, c'est à moi de m'occuper de lui!

-Avant de te rappeler que chez les sorciers le titre de marraine n'est qu'honorifique et que seul le parrain a un droit effectif sur l'enfant, je vais t'expliquer pourquoi j'ai confié Harry à la sœur de sa mère, dit calmement le directeur.

Je lui jetais un regard assassin. Il se servait de cette stupide loi sexiste votée par des sorciers arriérés, persuadés qu'une femme était incapable de décider du sort d'un orphelin, pour confier Harry à la pire famille possible.

-Vois-tu, reprit Dumbledore sans tenir compte de mon air colérique. Il semble, et l'espion que j'avais parmi les mangemorts me l'a confirmé, que seul le petit Harry et James étaient visés. Voldemort avait prévu d'épargner Lily au départ. Seulement, elle s'est interposée entre Harry et Voldemort, lorsque celui-ci a voulu s'en prendre à son enfant. Le mage noir n'en étant pas à un meurtre près, il a lancé son avada kedavra contre Lily. Et comme tu le sais sûrement, il s'en est ensuite pris à Harry mais le sort n'a pas marché contre le bébé. Ce n'est que pur supposition de ma part mais je pense que c'est le geste de Lily qui a sauvé son enfant. Elle a donné sa vie pour le protéger et cela a fait dévier le sortilège de la mort.

-Vous êtes en train de me dire que vous avez confié à des gens qui le détestent, l'enfant pour lequel ma meilleure amie a donné sa vie! dis-je d'une voix furieuse.

-Et je l'ai fais parce que je suis intimement persuadé que Harry doit vivre là où réside le sang de sa mère. Pour continuer à bénéficier du sacrifice qu'elle a fait pour lui. Je pense que c'est l'endroit où il est le plus en sécurité. Tu n'ignores pas que la plupart de ceux qui se sont donnés le nom de mangemorts sont encore en liberté. Et si leur parvient la rumeur que la chute de leur maître est due à un enfant d'un an, nul doute que dans leur esprit dérangé, la mort de cet enfant pourra leur permettre de le faire revenir. La sécurité de Harry pour les prochaines années est donc un sujet sur lequel nous devons porter une attention particulière. Et je pense vraiment que la maison de sa tante est le meilleur endroit qu'il soit pour lui.

Je n'avais rien à dire face à cette logique implacable, d'autant que comme me l'avait fait remarquer Dumbledore, je n'avais juridiquement aucun droit sur le destin de Harry.

Je ne savais plus à quel saint me vouer pour faire admettre aux gens qu'il devait forcément y avoir une erreur, un malentendu, que les choses ne pouvaient pas s'être passées comme tout le monde le croyait. D'autant que j'avais entendu qu'il fallait « faire un exemple » du cas Sirius Black. C'est-à-dire que l'opinion publique réclamait une punition exemplaire pour celui dont on avait fait le stéréotype du mangemort.

C'était un vrai cauchemar. Partout où j'allais, j'entendais brosser un portrait de plus en plus sombre de l'homme dont j'avais partagé la vie pendant des années. On lui prêtait toutes sortes de crimes fantaisistes et plusieurs juraient même s'être déjà fait attaquer par « ce fou furieux ». L'engrenage infernal des ragots, des rumeurs, de la psychose populaire était en marche et je ne savais pas comment l'arrêter.

Pour couronner le tout, je n'avais même plus accès à ma propre maison. Le manoir de Lavenham où j'avais vécu ces 3 dernières années était gardé jour et nuit par des officiers de la police magique. On m'avait fort peu aimablement fait remarquer qu'étant donné qu'aucun titre de propriété n'était établit à mon nom, je ne pouvais en aucun cas considérer cette maison comme la mienne. On ne me permit même pas d'aller chercher mes affaires.

Cinq jours après que Sirius ait été provisoirement emprisonné, j'eus une idée. Je m'étais rendu compte que c'était la presse qui alimentait la psychose populaire contre lui. Il n'y avait pas eu une journée sans articles racontant son « crime » dans le détail. Il fallait donc que je traite le mal à la racine.

Je poussai donc la porte de la Gazette du sorcier. Un journaliste me reçu et écouta visiblement avec attention tout ce que je lui expliquais sur Sirius, le vrai Sirius et pas le personnage monstrueux que ses collègues avaient créés de toute pièce. Idiotie suprême, j'acceptais même qu'il me prenne en photo.

Le lendemain, la Gazette du sorcier affichait en première page un article intitulé : Sirius Black : l'entourage d'un tueur. En dessous, s'étalaient plusieurs portraits qui illustraient l'article. On y voyait les photos d'une femme assez costaud au visage furibond et d'un homme presque squelettique au regard fuyant. Puis, côte à côte, le visage du frère de Sirius et le mien. L'article détaillait avec forces de détails « croustillants », en plusieurs grands paragraphes, le destin de chaque membre de l'entourage de Sirius.

D'abord les parents de Sirius, dont le journaliste parlait de la consanguinité, qui ne pouvait donner selon lui « qu'une progéniture dégénérée ». Il décrivait le caractère de Mrs Black, aussi affreux que ce que Sirius m'avait souvent décrit. Elle avait apparemment vociféré contre le reporter venu les rencontrer en débitant des horreurs sur l'impureté de son sang. Le père de Sirius était présenté comme un homme curieusement effacé, n'ayant plus vraiment toute sa tête. Ce qui n'était pas vraiment étonnant vu le tempérament de son épouse.

Ensuite venait un récit de la courte de vie du « fils préféré » de la famille Black, Regulus. Mrs Black reconnaissait visiblement elle-même que son fils avait rejoint les rangs des mangemorts à peine avait-il quitté les bancs de l'école. La mère de famille était très fière du fils prodigue qui avait donné sa vie pour défendre leurs idéaux d'épuration de la société. En effet, Regulus était mort, assassiné. Ce que sa mère n'avait pas saisit c'est qu'il avait été tué par ses anciens amis eux-mêmes lorsqu'il avait voulu les quitter, par lâcheté.

Le dernier paragraphe me concernait moi-même. Le journaliste racontait dans tous les détails la mort de mes parents qui avait été pour moi un « réel traumatisme », expliquait-il. Puis il donnait quelques bribes d'une interview qu'il avait faite avec l'homme qui m'avait conduite à Ste Mangouste le soir où j'avais appris la mort de James et Lily. Il racontait mon comportement perturbé, digne selon lui d'une personne dépressive. Le journaliste estimait aussi que ma visite dans les locaux de la Gazette montrait que je faisais preuve d'un très grand déni, signe de mon instabilité d'esprit.

Une mère folle à liée, un père vivant dans un autre monde, une fiancée terriblement instable psychologiquement et un frère lui-même déjà mangemort. Avec un entourage pareil, concluait le journaliste, comment s'étonner que Black soit devenu un tel monstre?

Et voilà, j'étais cataloguée comme la fiancée psychologiquement instable du tueur. Par malheur, la photo parue dans la Gazette était suffisamment bonne pour qu'on puisse me reconnaître dans la rue. Du jour au lendemain, je connu la célébrité. Mais je n'étais pas n'importe quelle sorte célébrité, j'étais de celles que les bonnes gens montrent du doigt avec un air dégoûté. J'étais comme passée de l'autre côté du miroir. Sur mon passage, on chuchotait : « c'est la fiancée du mangemort! ».

Je me terrais chez moi et je fis bien car pendant quelques jours, je fus le sujet à la mode. Plusieurs articles me furent apparemment consacrés dans les journaux et même une émission radio que j'eus le malheur d'écouter. Le journaliste y dévoilait un scoop : la fiancé du mangemort était enceinte! Preuve en était du témoignage du médicomage qui s'était occupé de moi à Ste Mangouste. On interrogeait ensuite des gens dans la rue sur le sujet et je me décidais enfin à éteindre l'appareil lorsque la voix d'une vieille femme dit « on devrait empêcher des gens pareils d'avoir des enfants! Il faudrait les castrer! ».

Je ne pouvais plus rien pour mon amour. Personne n'écouterait le témoignage de la fiancée « psychologiquement instable ». Au fond de moi, je le savais depuis que Dumbledore m'avait refusé son appui. Mais l'admettre fut bien plus terrible. Je m'effondrais en pleures et perdais conscience du temps.

Bartemius Croupton, un homme que je connaissais par sa réputation de personnage implacable fut nommé directeur du département de la Justice Magique 10 jours après la chute de Voldemort. C'était lui qui était chargé de régler le sort de tous les mangemorts. Sirius fut l'un des premiers cas dont il s'occupa. L'audience eut lieu le 12 novembre à 10 heures. Elle était à huit clos. On ne me donna même pas une chance de le voir une dernière fois. Pourtant, j'étais sûre que j'aurai pu lire son innocence dans son regard. Mais à quoi cela aurait-il servit? J'étais réduite à l'impuissance la plus totale.

Son sort fut vite réglé d'après le compte rendu donné à la radio. Croupton décida que les preuves contre le père de mon enfant étaient tellement abondantes qu'il n'était même pas utile de s'embarrasser d'un procès. Il prononça lui-même la condamnation à perpétuité à la prison d'Azkaban.

Je suffoquais. Ma vie était finie. C'en était finit de tout.

Le lendemain, alors que j'étais encore recroquevillée sur le sol, dans la position même où je m'étais effondrée lorsque j'avais eu connaissance du sort de Sirius, un hibou entra par la fenêtre ouverte, me regarda d'un drôle d'œil et laissa tomber un morceau de parchemin sur moi.

J'étais dans un tel état catatonique que je mis sûrement plusieurs heures, si ce n'est jours, avant que me vienne l'idée qu'il fallait peut-être ce que je lise la lettre qui était encore posée sur mon flanc.

C'était une missive de Remus. Je survolai ses mots de réconforts, ignorai presque inconsciemment son affirmation de sa certitude que Sirius était bien coupable. Pourtant, une phrase me sauta aux yeux : maintenant, tu dois penser à ton enfant et uniquement à lui.

-Tiens, pensais-je presque ironiquement, je l'avais oublié celui-là.

Il y avait une vie qui grandissait en moi et j'étais une mère tellement affreuse que je l'avais oublié.

Tu dois penser à ton enfant.

C'était facile de dire ça! Quel avenir allais-je pouvoir lui offrir, à ce gosse? Qu'est ce qu'ils diront de lui, ses petits camarades à Poudlard?

La fiancée psychologiquement instable du mangemort.

Toute sa vie, ce gosse va entendre que son père est un affreux meurtrier et sa mère, une dingue.

Penser à lui, uniquement à lui.

La solution m'apparut avec la brusquerie d'un éclair. Sirius ne connaissait même pas l'existence de cet enfant, mais j'étais sure qu'il aurait approuvé s'il avait su.

Il fallait partir. Loin. Recommencer une toute nouvelle vie. Là où personne ne saurait qui j'étais et qui était le père du bébé. A partir de cet instant, je m'imposais une règle principale : ne jamais penser, sous aucun prétexte, à Azkaban et au calvaire que Sirius devait y vivre. Sinon j'allais devenir folle. J'allais péter les plombs et tout casser autour de moi. On m'enfermerait alors et on me prendrait le bébé. Or je ne voulais surtout pas qu'on m'enlève mon enfant. Peut-être que l'instinct maternel commençait à faire son apparition, mais la principale raison, c'est qu'il était tout ce qu'il me restait de Sirius.

Je m'habillais d'une robe noire, dénichais dans mes affaires une cape munie d'une large capuche qui dissimulait très bien mon visage. Je rassemblais ce que j'avais dans une valise et quittais l'appartement. Je passais d'abord rendre les clefs et m'acquitter du loyer au propriétaire. Puis je m'arrêtais dans une volière. Au dos de la missive que m'avait écrite Remus, je rédigeais une courte réponse : « Je pars pour la France. Il n'y a plus aucun avenir ni pour moi ni pour l'enfant ici. Je te tiendrais au courant de ma nouvelle adresse. A bientôt. »

C'était sec mais c'était tout de même une manière de garder le contact. Remus avait toujours été un excellent ami et il voulait mon bien-être. Je pense qu'il était bien le seul en Angleterre.

Au ministère de la magie, j'achetais un aller simple pour la France par cheminée long courrier. Je n'eus presque pas à patienter.

Arrivée en France, je pris une chambre dans un hôtel miteux et écrivis une lettre à ma sœur, lui demandant de venir me chercher.

Elle ne vint que trois jours plus tard. Apparemment, elle avait eu du mal à obtenir l'accord de son cher mari.

-Ils craignent le scandale, tu comprends? M'expliqua-t-elle en parlant de sa belle-famille.

Je n'étais pas la bienvenue dans la demeure familiale. Néanmoins, dans un des bois que sa belle-famille possédait, il y avait une petite chaumière dont presque personne ne connaissait l'existence et ils étaient prêt à me laisser l'habiter.

-C'est à seulement 30 kilomètres de la maison, me dit Iris. Quand le scandale sera terminé et que les gens seront passés à autre chose tu pourras venir me rendre visite, les jours où ma belle-mère ne reçoit pas.

J'étais atterrée de voir à quel point ma sœur était tombée bien bas.

La chaumière en question était réellement perdue au milieu des bois. Mais il y avait un petit village à quelques kilomètres. Elle était à l'abandon depuis longtemps. En fait, elle ressemblait curieusement à celle que l'on voyait dans un recueil d'histoires que ma mère me racontait enfant. C'était la maison des 7 nains avant que Blanche-Neige ne vienne s'occuper de leur cas. Et telle une Blanche-Neige, véritable fée du logis qu'elle était devenue, Iris réussit en une journée à en faire un endroit habitable.

Elle m'écrivait presque tous les jours. En cachette, ne tardais-je pas à comprendre, puisque mes réponses devaient être envoyées à une domestique de la maison avec qui ma sœur avait apparemment sympathisé. Évidemment, je n'étais pas la bienvenue dans leur demeure et je n'en passerai jamais la porte.

Ma sœur m'envoyait assez régulièrement de l'argent mais je n'en eu bientôt plus besoin, je trouvais un job de vendeuse dans un petit magasin du village voisin. Bien que ce village soit peuplé presque uniquement de sorciers, personne ne sembla m'y reconnaître. On se fichait bien de ce que racontait la presse anglaise dans ce trou perdu. J'appris petit à petit à me débrouiller avec la langue française.

En mai de l'année suivante, assistée par une guérisseuse du coin, je donnais naissance à une petite Bridget. Sirius était papa mais jamais il ne le saurait. Maintenant, j'avais une raison bien réelle de ne pas me laisser aller au désespoir. Un petit être gigotant et incroyablement fragile.

Je n'avais plus qu'un espoir : quitter ce pays que ma sœur m'avait conduite à détester, laisser dernière moi cette chaumière minable qui était tout ce qu'elle avait su m'offrir alors que je n'avais plus rien. Je voulais partir très loin. La Nouvelle-Zélande me paraissait très bien. Ma patronne, une vieille sorcière assez étrange, me dit un jour que j'avais perdu ma flamme. Elle avait raison. J'étais comme éteinte. Seule ma petite Bridget me maintenait en vie. J'espérais qu'elle avait hérité de la beauté et de l'intelligence de son père. J'espérais que Harry grandissait correctement, sans trop de maltraitance.

Je ne faisais plus qu'espérer des choses incapables d'apaiser mon chagrin qui était devenu un fardeau que je portais chaque jour. En somme, je survivais. Et je savais que cette vie pleine de tristesse ne faisait que commencer, car jamais je ne pourrais passer à autre chose et cesser de l'aimer.