Déclaration : Les personnages ne m'appartiennent pas, ce sont ceux du film The eagle. Je ne fais que les emprunter, merci à Rosemarie Sutcliff de les avoir crées.
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Chapitre 12 : Rite de passage
Sans se presser, en profitant de l'air frais et du soleil qui chauffait leurs épaules, les deux hommes repartaient vers la villa de l'oncle Aquila. Ils étaient silencieux mais la satisfaction se lisait sur leurs visages détendus. Ils chevauchaient côté à côte, deux hommes de corpulence si différente que l'on pouvait les qualifier d'opposées. S'ils étaient semblables dans leur tenue, n'importe quel romain aurait néanmoins compris qui était le serviteur de l'autre. Ceux qui les observaient de loin l'avaient compris et espéraient que le maître romain avait sur lui les pièces de bronze, d'argent ou même d'or qu'ils convoitaient.
Ils surgirent des bois comme de nulle part, effrayant les chevaux et attaquant leurs cavaliers qu'il firent immédiatement tomber à terre … des cavaliers qui réalisèrent amèrement que dans leur euphorie ils avaient oublié d'apporter ne serait-ce qu'une poignard … C'est donc à mains nues qu'ils se battirent contre ces quatre hommes venus les détrousser. Cela ne dura que quelques minutes, Marcus en assomma deux, Esca en fit fuir deux autres … le compte était bon. Quand Esca rejoignit son maître, il le retrouva à terre, un immense sourire aux lèvres qu'il jugea immédiatement étrange.
- Esca ! fit-il quand celui-ci se matérialisa devant lui, les chevaux l'avaient empêché de voir son esclave se battre. Fantastique non ? ! Il me semble que cela faisait une éternité que je ne m'étais pas senti aussi vivant !
- Vite, répondit Esca en s'approchant, son visage impassible tranchait avec celui de son maître.
Il tendit sa main vers lui pour l'aider à se relever. Mais comme Marcus ne semblait pas vouloir bouger, il se pencha donc vers lui avec la ferme intention d'y parvenir. C'est alors, que ce dernier remarqua une marque rouge sur son visage, immanquable sur sa peau d'un blanc laiteux.
- Décidément tu prends toujours des coups au visage, fit-il remarquer en acceptant l'aide de son esclave.
Il n'avait toujours pas perdu son sourire béat.
- C'est parce que je suis petit, répondit Esca sans se départir de son sérieux, ce qui fit franchement rire Marcus.
- C'est donc pour cela que tu as la tête dure …
- Ne trainons pas, je n'ai pas envie d'attendre qu'ils se réveillent.
- Pourquoi ? ! Ils ne sont plus que deux et un peu d'exercice ne fait pas de mal ! répondit Marcus les yeux pétillants en jetant un regard qu'Esca jugea à nouveau étrange.
Même si le celte ne partageait pas une joie bien naturelle, Marcus était certain que cette balade et même cette rencontre lui avaient autant plu qu'à lui. Il ne pouvait en être autrement … ou alors il s'était complètement trompé sur lui. Il ne s'attendait pas à un quelconque épanchement de sa part, de toute façon là n'était pas son rôle mais ce n'était pas non plus sa nature. Non, il ne l'aurait pas imaginé réagir autrement.
Se relever lui tira une douleur au genou qu'il ne put cacher, une grimace remplaça alors le sourire radieux affiché jusque là. Un dur retour à la réalité. Il ne dit mot quand Esca croisa ses doigts, le dos courbé, juste devant son cheval. Il y plaça son pied, attrapa les rennes et d'un coup de reins il se plaça en selle, il n'avait même pas discuté l'aide proposée.
Ils avaient eu de la chance que les chevaux n'aient pas fui, ils purent s'éloigner rapidement de leurs agresseurs qui, comme le pensait Esca, reprenaient déjà conscience. Il avait eu, pour ça part, son compte « d'exercice », si l'on pouvait parler d'exercice …
Une fois en selle, Marcus retrouva les sensations qu'il affectionnait tant et qui lui firent immédiatement oublier sa condition physique encore limite, la douleur de ses poings qu'il avait utilisés pour frapper. Lui n'avait reçu aucun coup, en revanche ses assaillants se souviendraient des siens. Le seul regret qu'il avait finalement, était de ne pas avoir pu observer Esca à l'œuvre. Il était curieux … ses réflexes d'instructeur remontaient à la surface, il se rappelait cette même curiosité quand il découvrait de nouvelles recrues. Ce qu'il avait vu dans l'arène continuait à l'interpeller et à attiser sa curiosité. Il n'était pas tout à fait prêt à reprendre son entraînement de soldat mais, le temps viendrait bientôt. Il aurait alors tout le loisir d'évaluer son serviteur.
ll jeta quelques regards à Esca qui lui regardait droit devant lui, cheveux au vent ... Marcus nota intérieurement qu'il avait les cheveux beaucoup trop longs.
Il découvrait ses aptitudes à cheval et il n'était pas déçu. Il avait une très bonne position, très académique et il suivait bien les mouvements de son cheval. Un excellent cavalier nul doute, c'était bon à savoir. Leur sortie lui donnait la furieuse envie d'aller chasser mais il lui fallait un porte lance digne de lui. Il n'aurait pas hésité à se trouver quelqu'un d'autre si le celte n'avait pas montré de réelles qualités et aptitudes. Il semblait à la hauteur de la réputation de son peuple.
- Ton genou est chaud, fit Esca une fois arrivés à l'écurie de la villa.
- Tu as les mains froides, rouspéta Marcus pour la forme.
Il savait qu'il avait raison mais cela l'agaçait de le reconnaître.
- Le mien est plus froid. Rentrons, je m'occuperais des chevaux plus tard.
Esca quitta l'écurie, ce n'était apparemment pas une proposition, Marcus le suivit un brin contrarié par le ton de son esclave.
- Et que comptes-tu faire ? fit-il sur un ton de défi en le rattrapant difficilement.
Le gravier du chemin n'était pas agréable sous le pied.
- Le mettre au frais … cela lui fera du bien.
En se dirigeant vers la villa, Marcus se remémora une conversation avec son oncle et surtout ses conseils de prudence qu'il avait opposés avec force à ses désirs de sortie …
- Ce n'est pas la peine de mentionner cette sortie à Aquila, ordonna-t-il.
Esca acquiesça en retenant de justesse un sourire.
- Esca ! lança Aquila.
Il venait de quitter son maître, une amphore fraîche sous son genou.
Il avait cette excuse pour rester au lit, il ne le reconnaîtrait jamais mais cette première sortie l'avait fatigué. Marcus se rassurait en se disant que cela avait été bien mouvementé après plus d'un mois passé à la villa sans quasiment bouger.
- Que fait Marcus ? questionna-t-il tandis que le celte refermait consciencieusement la porte.
Marcus tendit l'oreille.
- Il se repose, répondit-il en baissant la tête.
- Maintenant ? !
- Il a fait beaucoup d'exercices … proposa Esca.
- Ah … fit Aquila en posant ses mains sur ses hanches.
L'une d'elle portait un chapeau léger que le celte n'avait jamais encore vu.
- Je voulais lui parler … mais cela attendra. Tu n'as donc rien à faire.
- Et bien … commença Esca.
- Tu vas m'accompagner, le coupa le vieil homme. C'est la fin de l'été, il y a beaucoup à faire dans mon jardin.
Esca soupira intérieurement, les chevaux allaient devoir l'attendre. Il releva la tête et fit un signe à l'oncle en veillant bien à présenter un visage impassible.
- Allons-y. Mais … fit l'oncle en s'arrêtant net.
Il saisit le menton du celte. Celui-ci eut un mouvement de recul qui n'échappa pas à Aquila, qui le lâcha.
- Quelle est donc cette marque ?
Esca baissa aussitôt le menton, il cherchait l'inspiration le regard planté au sol.
- Que s'était-il passé avec Marcus ? lui reprocha immédiatement l'oncle.
Esca connaissait bien ce ton, Aquila en avait usé et abusé à son arrivée à la villa. Suspicieux et plein de reproches … déplaisant et infantilisant. Il ne put réprimer des frissons parcourir son échine. Eux aussi il ne les connaissait que trop bien et ce n'était pas bon signe. La colère faisait son chemin en lui.
- Et bien … commença Esca feignant d'être embarrassé et en déglutissant difficilement.
Il tentait de se maîtriser et c'était toujours aussi difficile. Il essayait d'abonder dans le sens d'Aquila en luttant contre l'envie de le défier …
Puis il se tut. C'était trop dur. Il aurait pu prétendre que son maître l'avait frappé mais il n'y arrivait pas. Il préféra laisser Aquila en arriver à ses propres conclusions. Il agissait souvent de la sorte, son silence était alors immanquablement comblé par ses maîtres qui de toute façon croyaient penser pour lui.
- Oh, je vois, conclue Aquila sévèrement. Je suis certain que cela était mérité.
Une pique qui fit son effet, à nouveau une chaleur embrasa son dos lui faisant relever brusquement la tête, le regard débordant d'une haine difficile à contenir. Mais il se ressaisit immédiatement, courbant l'échine comme il se devait de le faire. Bien que cette brève insoumission ait tiré un soupir au vieil homme, il l'emmena avec lui mettre au propre son petit jardin de fleurs.
Esca s'attendait à un travail pénible mais ce fut au delà de ses pires craintes : Aquila ne cessa de lui parler de Rome. Se rendait-il compte que son discours était une bien pire punition qu'un coup de poing ? Probablement pas …
Marcus passa ses bras sous sa tête. De sa chambre, il avait tout entendu. Et heureusement car son esclave ne lui parla jamais du malentendu avec Aquila. Pourtant Marcus retint ce jour comme le point de départ d'une confiance aveugle de son oncle à son égard. Plus jamais il ne ressentit de reproche, de déception, de regard en biais ou même de soupir, Marcus était redevenu un maître romain à part entière. Pourtant il ne changea rien sa manière d'agir ... Il ne comprit jamais le déclic que semblait avoir eu Aquila mais il en loua les effets. C'était un poids de moins sur ses épaules et c'était très bien ainsi, il y en avait d'autres pour le charger suffisamment.
oOoOoOo
- Tu ne vas pas m'accompagner habillé ainsi ?
Marcus avait décidé d'aller en ville et la tenue de celui qui allait l'accompagner lui déplaisait. En fait, c'était la première fois qu'il y prêtait attention et c'était tout simplement inconvenant pour quitter la villa.
Esca, étonna par la question, détailla ses vêtements. Ils étaient certes usés mais de qualité, il ne voyait pas où se situait le problème.
- Je vais mettre un pantalon … proposa Esca.
- Ça, c'est certain ! s'amusa Marcus. Mais ce n'est pas suffisant, finit-il sérieux.
- Ah …
Y avait-il un vêtement particulier pour se rendre dans une ville romaine ? Possible, mais il n'en savait rien. En tout cas, cela semblait contrarier Marcus.
- Ces vêtements sont trop abîmés. N'as-tu rien de mieux dans ta garde robe ?
- Mais …
Il mettait ce que Stephanos lui mettait de côté, peu lui importait qu'ils soient usés, ils étaient doux : c'était tout ce qui comptait.
- J'ai compris, Stephanos te refile toutes ses tuniques. Stephanos ! s'écria-t-il en se levant.
Esca se poussa pour le laisser passer. Marcus chercha dans ses propres vêtements et lui tendit de quoi se changer ce qui laissa Esca interdit.
Le celte paraissait paralysé, la bouche entrouverte. Marcus lui refit signe de les saisir et le celte s'exécuta enfin.
- Change-toi, lui ordonna-t-il.
Esca posa alors les vêtements qu'il avait lui-même lavés, pliés et rangés sur le lit puis se déshabilla. Marcus ne le quittait pas des yeux … il n'était pas pudique mais le regard que posait son maître sur lui le gênait … en particulier par son intensité. Pourquoi ne regardait-il pas ailleurs ?
Il avait pleinement conscience de lui appartenir entièrement, parfois il l'oubliait mais pas en cet instant. Son regard possessif, la manière qu'il avait de l'examiner tandis qu'il se déshabillait dans cette chambre, tout le lui rappelait désagréablement. Une haine féroce remontait à la surface, jamais il n'accepterait sa condition, il la subissait tout au plus. Chaque rappel était une souffrance. Il savait que dans ces moments là, il n'arrivait pas toujours à se maîtriser … tout dépendrait de ce qu'allait lui demander Marcus.
Mais il y avait quelque chose d'autre, peut être étais-ce le fait d'être nu … il se sentait plus vulnérable, plus soumis et cela ne lui plaisait pas. Un jouet entre les mains de cet homme qui l'habillait selon son désir. Non décidément, cela le révoltait même venant de Marcus. Il le voyait du coin de l'œil, il tentait de ne pas le regarder tandis qu'il baissait son pantalon mais l'autre ne le quittait pas des yeux.
- Esca … murmura Marcus.
Il ne put faire autrement que d'affronter son regard.
- Comment se fait-il que je n'ai jamais vu ce tatouage ? murmura-t-il.
Marcus venait de découvrir un second tatouage, beaucoup plus petit que celui du bras, qui partait du haut de sa fesse droite et qui descendait le long de sa jambe s'arrêtant très vite. C'était un dessin celte beaucoup plus classique que celui de son bras, il avait vu ce genre de dessin plusieurs fois … il était très beau. Esca se figea tandis que Marcus s'approchait de lui. Il recula de manière instinctive quand il posa ses doigts sur sa peau.
- Reste tranquille, lui ordonna-t-il. Je ne vais pas te faire de mal, le rassura-t-il.
Il récolta un regard noir, comme s'il avait quelque chose à craindre en cet instant ou comme s'il lui mentait. Cela heurta Marcus.
- Reste là, lui rappela-t-il tandis que le celte regardait le sol en respirant un peu plus vite.
Il sentait son malaise et en même temps il ne pouvait détacher ses yeux de lui. Il ne s'expliquait pas son attirance, sa curiosité pour son corps. Il était un peu déçu de devoir le commander ainsi, il pensait avoir dépassé ce stade, il imaginait avoir sa confiance en plus de sa loyauté. Mais apparemment il se trompait.
- Que signifie celui-ci ? demanda Marcus en touchant son bras.
Tout son corps était tendu, il sentit les muscles de son esclave se crisper quand il posa ses doigts sur lui. Esca luttait pour se maîtriser et ne pas fuir, Marcus en était conscient. Et en même temps cela lui plaisait. Il affirmait son autorité sur lui et Esca lui obéissait même si cela lui déplaisait … c'était un bon test. Un test pour eux deux en fait et cela lui en apprenait un peu plus sur la personnalité de celui qui l'accompagnait jour et nuit.
- C'est pour signifier le passage à l'âge adulte, répondit finalement Esca en opposant son regard au sien.
Ils n'étaient qu'à quelques centimètres d'un de l'autre. Marcus lut dans les petits yeux de son esclave un tel maelström d'émotions … qu'il fut troublé. Une tempête glaciale y faisait rage alimentée par la colère, nul doute. Il attrapa le menton de son esclave qui avait rebaissé la tête tout en déglutissant difficilement. Doucement, il le força à le regarder à nouveau. Il se laissa faire, et Marcus le prit comme une victoire. Il replongea dans ses yeux, ils étaient son seul accès possible à ses pensées. Esca savait conserver un visage inexpressif … mais il ne savait pas faire mentir ses yeux. Marcus y lut de l'inquiétude mêlée à peut être de la curiosité et de l'incompréhension … mais cela ne l'arrêta pas. Les tatouages d'Esca le fascinaient trop, toutes ses pensées convergeaient vers eux. Ils révélaient sa face cachée, une fougue qu'il devinait, des origines celtes qu'il oubliait souvent tant son latin était parfait, des rites, d'autres coutumes, un pays sauvage … ces tatouages parlaient à son imagination.
- Ces cases noircies ?
- Des … étapes.
- Des rites ?
Le celte acquiesça.
- Celui-ci est différent, fit Marcus en désignant sa jambe.
- C'est l'insigne de mon clan.
Marcus en resta abasourdi. Son étendard, il le portait à jamais sur lui. Son père n'aurait jamais perdu l'aigle s'il l'avait eu tatoué sur lui …
- Tu peux t'habiller, finit-il par ordonner en s'éloignant de son esclave qu'il rendait nerveux.
Il tenait la porte entre ses mains et le bois dur de la porte le rappela à la réalité.
- Stephanos ! héla-t-il.
Il n'y avait personne dans le couloir, l'esclave grec ne semblait pas avoir entendu son premier appel et finalement … ce n'était pas plus mal. Il les aurait dérangés. Il reporta son attention sur son esclave. Le celte avait enfilé un pantalon et la tunique, il finissait de nouer sa ceinture. Et quand il eut fini, il ne bougea pas d'un centimètre, le regard fermement baissé.
Marcus sourit intérieurement en se demandant ce qui passait dans sa tête … mais lui, ne comprenait pas bien sa propre attitude, alors il lui était vraiment difficile d'imaginer les pensées du celte en cet instant. En revanche il était satisfait de son obéissance même si cela avait été tendu. Il en avait eu d'autres comme lui … certains soldats ont parfois un problème avec l'autorité et la discipline. Il attendait d'Esca la même chose qu'avec ses troupes et même plus puisqu'il lui appartenait entièrement. Il n'aurait certainement pas toléré un refus.
- Je veux d'autres vêtements pour Esca, fit-il quand Stephanos se présenta enfin à lui, le tirant de ses pensées. Des vêtements à lui et mieux que ceux-là, beaucoup mieux. As-tu compris ? exigea-t-il durement.
Peut être plus durement que nécessaire. L'esclave grec avait changé d'attitude lui semblait-il après sa discussion avec son oncle.
C'était dans cet état d'esprit qu'ils partirent pour la ville de Calavella. Marcus était heureux de pouvoir enfin s'y rendre mais s'il avait su à quel point les choses allaient mal se passer … il se serait probablement abstenu de faire changer Esca et de l'y amener.
A suivre ...
