Hello à tous !

Encore un chapitre en avance. Ce n'est pas ma partie préférée de la série, donc on va vite passer à autre chose, promis ! Mais il y a quelques points à mettre en place. Je vous laisse deviner lesquels sont importants dans les prochains chapitres !

Une dernière chose : désolée pour ceux que cette lecture va rendre misérable. Et surtout désolée Lou !

A bientôt !


John était assis sur le canapé. Ce n'était pas leur … enfin son canapé. Il avait été incapable de mettre les pieds à Baker Street plus que le temps nécessaire pour prendre quelques affaires. Mike avait eu la gentillesse de l'accueillir et l'ex soldat se demandait s'il serait capable d'y vivre seul. Il serait peut être plus simple de chercher tout de suite un nouveau logement.

Les derniers jours étaient comme entourés d'une épaisse couche de coton, tout était atténué : les bruits, les matières, les gens … absolument tout, sauf la douleur, l'incompréhension et la colère qui menaçaient de le submerger n'importe quand. Comment avait il pu rater un truc pareil ? Il vivait avec lui bordel ! Quel ami était il s'il n'était pas capable de déceler que Sherlock était suicidaire ? Chez n'importe quel patient, il en aurait détecté les signes avant-coureur : ses humeurs qui passaient d'un extrême à l'autre, ses addictions … il avait été incapable de voir ces signes alors qu'ils étaient juste sous son nez. Sherlock est … était tellement énergique. Une telle explosion d'activités et de mouvements quand il enquêtait, que l'on oubliait facilement les journées entières à broyer du noir, sans même faire l'effort de s'habiller ou de manger. Avec le temps, la présence de John avait atténué les effets de l'ennui mais il devait se rendre à l'évidence, ça n'avait pas été une raison suffisante pour s'accrocher et le détective avait préféré mettre fin à ses jours plutôt que de faire face à une succession de journées sans intérêt.

Mike avait diplomatiquement caché tous les tabloïds de la maison, mais John n'était pas aveugle. Il savait très bien que la presse avait fait ses choux gras de cette affaire. Ils avaient tous tord. Que l'on ne s'y méprenne pas, à aucun moment il n'avait cru au discours de Sherlock sur le toit. Personne ne pouvait monter un tel numéro pendant tant de temps, même pas le grand Sherlock Holmes. Il n'était pas un fraudeur. Ce n'était pas la crainte de devoir faire face à des accusations qui l'avait poussé à de telles extrémités, mais plutôt de savoir que plus personne ne lui fournirait ces mystères qu'il aimait tant.

John sentit une colère noire l'envahir. Saleté de connard de bâtard de détective ! Pourquoi ?! Ils auraient trouvé une solution ! Si cet idiot l'avait laissé, John l'aurait aidé, il aurait pratiquement tout fait, tout accepté. Mais il était trop tard, Sherlock lui avait enlevé toute possibilité d'agir, il ne pouvait plus que faire son deuil et avancer, même s'il ignorait comment. Et une minuscule partie de lui espérait que ce soit encore un des plans du sorcier. Qu'il allait réapparaître avec une explication tellement logique et imparable que le médecin en oublierait sa colère et ne le frapperait qu'un tout petit peu. Son accès de rage disparut aussi vite qu'elle était arrivée.

Ils avaient enterré son ami le matin même. Toute la cérémonie lui avait paru bien trop réelle, la tombe bien trop solide et les pleurs de Mme Holmes bien trop forts pour que la réalité de la chose ne le frappe pas en plein visage. Sa demande d'un dernier miracle avant qu'il ne quitte le cimetière était son ultime tentative de retrouver son ami. Un bien maigre espoir dont John avait désespérément besoin.

Il vit apparaître Mike en face de lui, il lui tendit un verre que l'ex soldat prit par réflexe. Il ne se souvenait pas avoir agit une seule fois de lui même. Il prenait, mangeait et buvait ce qu'on lui présentait, allait se coucher quand on lui disait et se levait quand Mike passait le pas de sa chambre. Le brouillard qui s'était installé quand il n'avait pas senti le pouls de Sherlock, ne s'était que brièvement levé le matin même. Il était incapable de se souvenir de ce qu'il avait fait les jours précédents, mais chaque détail de l'enterrement étaient gravés dans sa mémoire. Peut-être était ce ainsi tout le temps pour Sherlock ? Cette profusion de détails, de petites choses insignifiantes. Du moins, avant qu'il n'étale une partie de sa matière grise sur le trottoir.

Du whisky, Mike lui avait donné du whisky. Et il avait l'air de lui parler, peut-être devrait il y porter un peu plus attention ? Il avait eu toutes les peines du monde à ce que Molly le laisse quitter l'hôpital. Il était en état de choc d'après les médecins. Il était docteur, il savait très bien ce qu'était l'état de choc et il n'en était pas atteint. Il avait juste un peu de mal à se remettre de la mort de son meilleur ami, c'est tout.

Il sursauta en sentant une main se poser sur son épaule. C'était Mike. John avait dû se perdre dans ses pensées plus longtemps qu'il ne le croyait. Il fit un effort et se concentra sur ce que disait l'autre homme.

"… que cette dernière semaine a été difficile, spécialement aujourd'hui, mais il n'aurait pas voulu te voir ainsi."

Une colère sourde imprégna toutes les pores de John, il se leva d'un bond, faisant reculer Mike.

"Hooo ca va être de ma faute si ce salopard de …. Ce …. Si il … je m'en contrefout de ce qu'il aurait voulu. Moi j'aurai voulu qu'il trouve une autre solution, parce qu'avec sa suprême intelligence, il aurait dû trouver un autre moyen que de sauter de ce putain de toit ! Mais comme il n'y a aucune chance que mon souhait se réalise, il peut toujours s'asseoir sur ce qu'il aurait voulu. Ça a toujours été comme ça ! Ce que veut Sherlock, ce qu'il décide, pas une seule fois, il n'a pris ma volonté en compte, ni mes besoins. Alors si je veux rester assis ici et me morfondre jusqu'à la fin des temps c'est mon droit ! Je l'ai bien gagné ! A supporter toutes ses expériences, ses manies et ses humeurs, le violon en pleine nuit et les explosions, les morceaux de corps dans le frigo et le sucrier rempli de craie …"

Sa colère redescendit aussi rapidement qu'elle était montée. Il était injuste. Mike n'avait fait que l'aider et lui offrir un toit et en contrepartie il se comportait comme le dernier des imbéciles.

"Excuse moi, je ne sais pas ce qui m'a pris."

"Pas de soucis. Il fallait que ça sorte je suppose."

Miranda, la femme de Mike, était entrée dans le salon en entendant les cris. Elle s'était arrêtée à quelques pas de la porte et s'essayait les mains sur son tablier. Elle les regardait tous deux, pas très sure de la marche à suivre. Elle finit par annoncer :

"J'ai fait du ragoût de mouton. Darling, tu viens manger ? Je vous amène votre assiette John ? "

Il avait pris jusque maintenant tous ses repas seul sur le canapé. Il se rendit compte qu'il avait été un invité exécrable. Mike et sa femme avaient tous deux eu la gentillesse de l'accueillir et il n'avait même pas fait l'effort de manger à leur table. Sa brusque montée de colère avait levé le brouillard qui s'était installé tout autour de lui.

"Je crois que je vais venir à table avec vous, si cela ne vous dérange pas."

Il tenta de présenter un sourire à la maîtresse de maison.

"Il sent délicieusement bon."

La tristesse que John vit dans ses yeux lui apprit que son sourire n'avait trompé personne, mais au moins il essayait.

"C'est le repas préféré de Mike, je ne le fais pas souvent car ce n'est pas bon pour sa ligne, avec la journée que vous avez eu, je me suis dit qu'un peu de réconfort vous ferait du bien" elle ajouta sur le ton de la confidence "j'ai même fait un peu de mousse au chocolat"

Le sourire de John fut un peu plus convainquant cette fois.

"Merci beaucoup."

OoOoo

John avait repris le travail deux jours auparavant. Sarah lui avait assuré qu'ils se débrouillaient sans lui mais il avait besoin de reprendre sa vie en main. Et puis rester toute la journée à ne rien faire lui laissait beaucoup trop de temps pour cogiter. Il avait beau retourner la situation dans tous les sens, rien ne ferait revenir Sherlock. Et se torturer ne permettrait pas aux choses d'avancer non plus.

Et puis, il allait avoir besoin d'une plus grande quantité d'argent. Il n'avait plus de généreux bienfaiteurs trop contents de voir leurs affaires gênantes réglées dans la discrétion (parfois toute relative), ni de colocataire pour partager les frais. Il avait également un emploi du temps stable et pratiquement aucun risque de devoir partir à l'improviste ou de ne pas venir du tout.

Mike était déjà à la maison quand il rentra de sa journée de travail.

"Bonsoir John. Miranda ne sera pas là ce soir, elle est chez sa sœur. Mais elle nous a laissé un plat à réchauffer."

"Bonsoir. C'est très gentil de sa part, nous aurions pu nous faire livrer quelque chose. Indien avec un supplément de naan."

La douleur fut aussi soudaine que violente. C'était un des repas préférés de Sherlock. Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait surprendre par un souvenir et ce n'était sûrement pas la dernière. Il allait devoir apprendre a vivre avec et, avec du temps et un peu de chance, la douleur ne serait plus aussi vive.

Le souffle coupé, il s'assit sur le fauteuil qu'il avait quitté afin de saluer Mike. Ce dernier le regarda avec sympathie.

"Je ne voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs, je suis désolé"

"Ce n'est pas ta faute, ne t'excuse pas."

Il prit quelques instants pour réguler sa respiration et changer de sujet, il n'était pas prêt à partager avec d'autres ses souvenirs de Sherlock ou les détails de leur vie.

"J'ai commencé à chercher un nouvel appartement. J'ai plusieurs rendez vous demain soir. Je prendrai quelque chose à manger sur le pouce. Tu pourras dire à Miranda de ne rien préparer pour moi ?"

Mike paru surpris.

"Tu cherches un nouveau logement, mais ton appartement à Baker Street ?"

Il avait tout un tas d'argument valides pour ne pas retourner au 221B, le plus évident étant le prix. Mais la vérité était qu'il ne pouvait tout simplement pas. Rien que l'idée d'y passer une seule nuit, dans le silence le plus total, le remplissait d'un sentiment proche de la terreur. Sherlock dormait très peu et leur appartement était constamment rempli de bruits divers, il était extrêmement que John se réveille dans un appartement totalement silencieux. Quand il repensait à toutes ses fois où il avait pesté contre les explosions ou les morceaux de violon en pleine nuit … et maintenant, il donnerait un bras pour les entendre à nouveau.

Le regard de Mike passa de surpris à compréhensif.

"Tu n'es pas obligé de partir si rapidement, nous avons la place et Miranda adore t'entendre raconter des anecdotes sur nos études."

"Je ne veux pas m'imposer. Et je crains que je ne serai jamais capable d'y retourner. Trop de … trop de tout en fait. Il est … était" il déglutit bruyamment "enfin tu l'as côtoyé, tu vois de quoi je parle"

Mike hocha de la tête.

"Comme tu veux, mais ne te sens pas forcé à cause de nous."

"Je garderai ca en mémoire. Encore merci Mike."

"Ne me remercie pas, les amis sont là pour ça." Il se leva et s'avança vers la cuisine, " allons voir ce que mon adorable femme nous a laissé comme pitance pour notre soirée en célibataire."

John suivit son ami. La vie avec Mike et Miranda était facile, il pourrait se laisser porter par la gentillesse du couple et rester pendant des mois. Après la vie avec Sherlock, le calme, les échanges faciles, le train-train quotidien étaient , à la fois un grand bonheur mais également une source de beaucoup de stress. Il ne savait pas encore si c'était le genre de vie qu'il souhaitait.

OoOoo

Cela faisait très exactement seize jours qu'ils avaient enterré Sherlock. La clinique était en sous effectif et John travaillait ses dix heures quotidiennes depuis le début de la semaine. Il était jeudi et il attendait avec impatience dimanche, sa seule journée de repos.

Il était épuisé, ce qui n'était pas une mauvaise chose en soi. Il avait emménagé le week-end précédant et son petit appartement était tellement vide qu'il avait l'impression que les murs se refermaient sur lui. Le sentiment lui rappelait tellement sa vie avant Sherlock, qu'il était heureux d'être trop fatigué le soir pour faire autre chose que prendre une douche, manger rapidement et se faufiler entre ses draps.

Il avait remarqué que ses pensées se découpaient désormais en trois catégories : avant Sherlock, pendant Sherlock et après. Chaque évènement, chaque idée se rangeait, se classait, dans ces trois compartiments. Après ressemblait énormément à avant, sauf qu'il savait maintenant ce qui lui avait manqué auparavant : le danger, l'aventure, les courses poursuites, être utile et plus que tout, simplement Sherlock. Comment avait il pu souhaiter un jour du calme et un appartement rangé ?

Il était en train de penser à ces points communs et à quel idiot il avait été quand Sarah entra dans la salle de repos du personnel. Elle était accompagnée d'une femme blonde : de sa taille, des cheveux coupés courts s'arrêtant au niveau de sa nuque et des yeux bleus.

"Votre attention s'il vous plait, je voudrais vous présenter notre nouvelle recrue."

Deux médecins et trois infirmières étaient également dans la salle de repos. Tout le monde leva la tête de leur repas ou de leur discussion. Quand elle eu l'attention des personnes présentes, Sarah continua.

"Vous aurez tous l'occasion de travailler avec elle dans les semaines à venir, mais je voulais faire un premier tour avant de la lâcher dans nos couloirs. Je vous présente donc Mary Morstan. Elle nous vient de Birmingham où elle a travaillé ces trois dernières années pour un groupement de médecins. Elle devrait nous apporter beaucoup."

Mary fit un signe de main gêné à la ronde.

"Bonjour à tous. J'espère que nous ferons du bon travail ensemble."

John lui rendit son sourire et reprit son repas. Son prochain rendez-vous était dans moins de dix minutes et il devait se dépêcher de finir.

Cinq rhumes, deux otites et une infection vaginale plus tard, Sarah entra dans son bureau. Il était en train de renseigner le dossier de son dernier patient.

"Ha John ! J'ai un service à te demander. Est ce que tu pourrais t'occuper de Mary cet après midi ? Les deux seuls autres médecins présents sont Trent et Nivers. Trent est incapable de se servir de notre nouveau système informatique et Nivers … enfin tu sais comment il est ? Il est persuadé qu'il n'est un bon médecin que s'il drague toutes les aides soignantes qui croisent sa route. Tu devras juste lui montrer comment nous fonctionnons, ce qu'on attend d'elle et où trouver les choses."

John ne savait pas s'il était le mieux placé pour former cette nouvelle infirmière. Il avait encore du mal à se concentrer sur son travail, les choses les plus anodines lui coupaient le souffle et certains détails ou comportements de ses patients l'envoyaient dans une spirale de souvenirs dont il avait du mal à sortir. Mais Sarah le regardait avec espoir, et après le fiasco de leur rendez vous au cirque et tous les faux bonds qu'elle avait accepté, il lui devait bien ça.

"Okay Sarah. Envoie la avant le prochain rendez-vous, je lui présenterais rapidement les dossiers et nous gérerons les patients suivants ensuite."

Sarah acquiesca avec un immense sourire. Elle disparut rapidement, ne lui laissant pas le temps de questionner son choix.

Il montra brièvement à Mary leur système informatique et comment pré-remplir les données de chaque patient. L'infirmière semblait intelligente et comprit très vite. Elle devint autonome rapidement, n'entrant dans son bureau que ponctuellement pour lui demander confirmation. Après une dizaine de patient, elle entra dans son bureau avec une tasse de café à la main.

"J'ai pensé que cela vous aviez bien besoin d'un remontant, vous n'avez pas arrêté depuis le déjeuner, Docteur Watson"

"S'il vous plait appelez moi John. Et merci."

Il prit le café qu'elle lui présentait et en but une gorgée. Le jus de chaussette qu'ils servaient en salle de repos était spécialement ignoble, mais il faisait son office. Jamais Sherlock n'aurait accepté de boire un truc pareil. A peine cette pensée avait pris forme dans son esprit que sa gorge se noua. Il commençait à savoir maîtriser ses brusques accès de tristesse, mais il lui fallait toujours quelques instants pour récupérer. Mary qui s'était éloignée en direction de la porte revint vers lui.

"Quelque chose ne va pas ? Vous êtes devenu tout pâle."

John avala plusieurs fois sa salive, espérant convaincre sa voix de coopérer et de ne pas passer pour un total idiot devant la nouvelle venue.

"Mmh mmh" fut tout ce qu'il arriva à sortir. Tant pis pour sa fierté.

"Je peux faire quelque chose ? Appeler Sarah ?"

John récupéra enfin l'usage de sa voix.

"Non ce ne sera pas la peine. J'ai perdu un ami très proche il y a peu. Mon meilleur ami à vrai dire et vous savez comment sont les souvenirs …"

Il n'avait pas envie de raconter sa vie à cette presque inconnue.

"Merci pour le café, laissez moi cinq minutes et faites entrer le prochain patient."

Mary le regardait avec un sourire plein de sympathie.

"Je peux peut être vous laisser un peu plus de temps, vous avez vraiment travaillé vite." Son sourire devient malicieux "je vous promet de ne rien dire à personne, notre petit secret pour vous remercier de votre gentillesse et de votre accueil"

John la fixa du regard, est ce qu'elle lui faisait du rentre dedans ? Il prêta un peu plus attention à Mary. Elle était penchée vers lui, à la limite de son espace personnel. Sa posture était clairement ouverte et son sourire avenant. Il ne l'avait pas remarqué précédemment mais elle était plutôt jolie. Avant Sherlock (et même pendant), il aurait tenté sa chance. Maintenant, l'idée lui paraissait sans intérêt. Il n'avait vraiment pas envie de se lancer dans une série de rendez vous ennuyeux et de de faire l'effort de plaire en espérant conclure. Cela n'en valait vraiment pas la peine.