Le lendemain, lorsque Masaki sortit en vitesse de la caravane, il tombe sur Kame qui venait d'arriver.
- Kame ?
- J'ai quelque chose à te dire.
- Je suis un peu pressé là en fait, répondit Aiba. Parlons plus tard, d'accord ?
- Ces personnes que tu apprécies tant… ne sont pas humaines ! lâcha le chanteur en désespoir de cause.
Abasourdi, Masaki se retourna.
- Quoi ?
Pendant ce temps, dans les coulisses de la compétition, les quatre garçons s'inquiétaient de ne pas voir arriver leur maître alors que l'heure fatidique approchait.
- Pourquoi Masaki n'est pas encore là ? fit Tesshi à la cantonade sans vraiment attendre de réponse à sa question.
- He ?
- Il paraissait fatigué, alors je ne l'ai pas réveillé.
- Est-ce qu'il va venir ? demanda Massu.
- Vous voulez que j'aille le chercher ? fit Shige.
- Non, je vais y aller, répondit Keii-chan. Vous les gars, restez là et préparez-vous.
Sur ces mots il s'éloigna rapidement, sans savoir que les trois membres de KAT-TUN les observaient.
- On dirait qu'il ne viendra pas, dit Nakamaru.
- Tu lui as vraiment tout dit ? s'enquit Ueda.
- Oui… Parce que s'il souffre seul de la séparation sans rien en savoir, ce sera encore plus douloureux pour lui. Je voulais juste… lui donner le temps de se préparer à ce qui va venir. Seulement ça.
- Ces personnes ne sont pas humaines ! lui avait déclaré Kame un peu plus tôt. Ils ne sont nés que pour protéger leur maître. Ce sont des chevaliers qui sont nés de ces poupées que tu emmène partout avec toi.
- Qu'est ce que tu raconte ? Tu es fou ? avait-il répliqué, incrédule. Comment il serait possible que…
Il s'était interrompu en se souvenant des mots prononcés par eux lors de leur première journée à la caravane, puis à l'absence de réponse de Keii-chan lorsqu'il avait demandé comment il connaissait le pouvoir de la formule "bibbidi bobbidi boo" qu'il avait écrite sur son plâtre.
Kame était alors parti, le laissant seul avec ses questions et depuis, il s'interrogeait. N'étaient-ils vraiment tous que des poupées magiques ? Si c'était le cas, il avait passé tant de temps, tant de bons moments, avec des jouets doués de vie. C'était quelque chose de plutôt difficile à avaler, mais moins que le fait qu'il soit tombé amoureux de l'un d'eux et sorte avec lui. Il soupira et alla s'asseoir sur un banc dans un parc tout proche sans se préoccuper de la compétition de danse qui avait déjà du commencer. Il était perdu et ne savait plus ni quoi faire ni comment se comporter. Pourtant, après quelques minutes à regarder dans le vague, il prit une décision : peu importait qu'ils soient des poupées, des chevaliers ou des aliens. Ils étaient ses amis, ils avaient traversé beaucoup de choses ensemble et il ne devait pas leur faire faux bond aujourd'hui. Il aviserait ensuite pour les conséquences. Fort de cette résolution, il partit en courant de toutes ses forces en direction de l'école et y arriva, hors d'haleine, au moment où ils s'apprêtaient à tous partir à sa recherche.
- Je suis en retard, désolé ! s'exclama-t-il en essayant de reprendre son souffle.
- Qu'est ce qui s'est passé ? On était inquiets, fit SHige.
- Désolé, vraiment.
- Tout va bien, intervint alors Keii-chan en posant la main sur sa joue en lui souriant tendrement. Tu vas bien et tu es là, c'est le principal.
- C'est à nous après, préparons-vous, dit alors Tesshi en s'éloignant avec Shige et Massu.
Resté seul avec Aiba, Keii-chan s disposa à l'entrainer vers les coulisses pour qu'il se prépare, mais un geste inattendu de son petit ami le figea sur place : Masaki venait de l'enlacer par derrière et de poser la joue sur son dos.
- Je t'aime, Keii-chan, déclara-t-il. Peu m'importe qui tu es et d'où tu viens, je t'aime.
Plus qu'étonné, il se retourna dans ses bras et le regarda d'un air interrogateur, mais Aiba le lâcha et lui sourit.
- C'est bientôt à nous, ne ? Alors on devrait se préparer correctement.
- Oui, faisons ça bien.
Pendant ce temps, sur scène, c'était le tour de Ryo, qui mettait en pratique les conseils de Shige : il faisait ça sérieusement, mais désormais il s'amusait en plus et ça se ressentait dans son attitude. Il espérait que Shige le regarde et qu'il soit fier de lui. Le sourire qu'il arbora en terminant sa performance ne laissa aucune place au doute : il s'était éclaté comme jamais.
- Bon boulot, lui dit son mentor en le croisant dans les coulisses. Tu t'es bien amusé on dirait.
- Hum.
Les quatre garçons entrèrent ensuite en scène juste après avoir été présentés et, comme prévu, ils démarrèrent la chorégraphie seuls, avant d'être rejoint par Masaki. A partir de là, ils se mirent à s'éclater comme jamais, le sourire ne quittant plus leurs visages et c'est juste à la fin, qu'Aiba s'écroula à terre, sans connaissance. Aussitôt, les secouristes de l'école se précipitèrent et l'emmenèrent au calme, suivis des chevaliers du jeune homme, morts d'angoisse à son sujet. Plusieurs interminables minutes plus tard, il reprit conscience et, malgré les questions et les interdictions de ses amis, tint à retourner sur scène pour la représentation finale. Incapables d'aller contre sa volonté bien que toujours mortellement inquiets, les quatre garçons l'encadrèrent et tous retournèrent sur scène où KAT-TUN les attendait pour refaire la chorégraphie avec eux.
- Pourquoi tu nous aide ? demanda Keii-chan à Kame tandis que Masaki se changeait dans les coulisses.
- Pour qu'il ait un souvenir. Et vous aussi avant de disparaitre. Parce que maintenant qu'il a pleuré de bonheur sur scène…
- On le sait. Merci.
- Je devrais être le seul à dire ça. Désolé pour tout ce qui s'est passé. Vous êtes vraiment les chevaliers les plus cools qui soient jamais nés.
- Prends soin de Masaki quand nous ne serons plus là, d'accord ? Je te le confie…
Une fois changés, les cinq garçons quittèrent la salle, mais les chevaliers s'immobilisèrent.
- Masaki… commença Massu sans bien savoir de quelle façon continuer sa phrase.
- Nous… avons quelque chose à te dire, reprit Shige sans beaucoup plus d'assurance.
Mais Aiba ne leur laissa pas le temps de poursuivre.
- Je sais, dit-il. Vous êtes mes chevaliers. Et alors ? Où est le problème ? Je vous adore les gars. (il fit une pause, puis reprit) Tout ce temps, je ne savais rien, mais je suis tellement plus heureux depuis que vous êtes là…
- Tu vas énormément nous manquer, fit Tesshi.
- Merci Masaki. De tout ce que tu nous as apporté, dit à son tour Massu.
A peine eurent-ils fini de parler, qu'ils commencèrent à disparaitre sans que Masaki comprenne ce qui se passait, car Kame n'avait pas eu le courage de lui avouer la vérité jusqu'au bout.
- Hé, qu'est ce qui se passe ?! Qu'est ce qui vous arrive ?!
Mais aucun n'eut le temps de répondre et ils s'évaporèrent sans laisser de trace.
Paniqué, Aiba tourna la tête vers Keii-chan, le seul à être encore là.
- Keii-chan ! Ca ne peut pas arriver ! Ne pars pas ! Ne me quitte pas, je t'en supplie, reste avec moi ! se mit-il à pleurer.
- Ca ira. Je ne te quitterais jamais vraiment. Maintenant et pour toujours, je serais à tes côtés, lui répondit le chevalier d'un ton rassurant, avant de l'embrasser tendrement.
Il disparut alors à son tour dans un dernier sourire tendre et, désespéré, Masaki se laissa tomber à genoux en sanglotant à fendre l'âme.
De longues minutes passèrent et il finit par se calmer mais, incapable de quitter l'endroit où ses amis avaient disparu, il finit par simplement s'asseoir. C'est là que Kame, qui avait assisté à toute la scène, le rejoignit. Le voir dans cet état de désespoir lui broya le cœur, pourtant il s'approcha et s'accroupit devant lui, avant de lui tendre le fameux camescope.
- Keii-chan l'a laissé derrière lui, lui dit-il.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? se contenta de demander Masaki d'une voix atone sans le regarder. Pourquoi tu ne m'as pas dis qu'ils allaient disparaitre ?
- Parce que je te connais… et je sais le choix que tu aurais fais si je te l'avais dis. Ils ne pouvaient devenir humains que si leur maître mourrait. Tu pense qu'ils auraient été heureux en se sachant responsables de ta mort ? Bie sûr que non, parce qu'au contraire du mien, leur cœur de poupée était trop pur.
- Alors pourquoi tu m'as révélé leur vraie nature ?! Je vais mourir dans peu de temps de toute façon ! Ils auraient pu rester avec moi jusqu'à ma fin !
- Et ils auraient souffert de ton départ. La douleur, pour la personne qui est laissée derrière… est incommensurable. Surtout si c'est un chevalier qui ne vit que pour protéger et servir son maître. Je connais trop bien ça… Masaki… je veux que tu sois heureux. Je suis prêt à tout pour ça et pour restaurer ton sourire.
- C'est impossible… Je ne serais plus jamais heureux…
- J'espère pouvoir te faire changer d'avis avec le temps…
Un an plus tard
Les cours terminés, Masaki fit rouler son fauteuil jusque chez lui et s'immobilisa devant le paisible cours de la Sumida, le fixant sans le voir. Cela faisait maintenant six mois que ses jambes avaient cessé de lui répondre, pourtant il s'accrochait à la vie. Il savait que celle-ci ne tenait plus qu'à un fil et il s'était depuis longtemps préparé à mourir, alors cette perspective ne lui faisait plus peur et il survivait chaque jour sans entrain.
Malgré les efforts de Kame, il n'avait plus jamais souri depuis la disparition de Massu, Tesshi, Shige et surtout Keii-chan. Il lui semblait que son âme s'était envolée en même temps qu'eux et il se sentait souvent creux. Il était reconnaissant à Kame de tout ce qu'il faisait pour lui à présent qu'il était invalide, mais entre son état physique et son moral perpétuellement bas, plus rien n'avait vraiment d'importance.
Un lourd soupir lui échappa et une voix s'éleva derrière lui.
- Je t'ai déjà dis mille fois que soupirer faisait fuir le bonheur.
Faisant pivoter son engin roulant, Aiba fixa Kame qui venait d'arriver.
- Et je t'ai répondu mille fois que ça n'avait pas d'importance puisque de toute façon je n'ai aucune raison d'être heureux.
- Ca c'est pas très cool pour moi, mais je ne t'en veux pas.
- Sinon tu es venu pour quelque chose en particulier ?
- Pour être franc, j'ai une surprise pour toi.
- Quelle surprise ?
Sans répondre, l'idole désigna de l'index quelque chose qui se trouvait derrière Aiba. Celui-ci se retourna alors… et se figea car son regard venait de tomber sur…
- Keii-chan… murmura-t-il, totalement incrédule.
Le sourire tendre qu'il connaissait si bien, qui lui avait tant manqué, lui réchauffa instantanément le cœur et un sourire fleurit enfin sur les lèvres du jeune homme.
- Keii-chan, mais comment… souffla-t-il sans se soucier des larmes de bonheur qui coulaient sur ses joues, alors que celui qu'il n'avait jamais cessé d'aimer se rapprochait, aussi magnifique que dans son souvenir.
- Tu devrais poser la question à Kame.
- He ?
Le regard d'Aiba se fixa sur le chanteur, qui esquissa un sourire.
- C'était leur seul moyen de te faire sourire. Je suis heureux de l'avoir vu avant la fin.
- La fin ? Qu'est ce que tu veux dire ?
Mais il ne reçut pas de réponse car, comme un chevalier, Kame s'évapora sans laisser de trace.
- Kame ! s'exclama alors Masaki qui ne comprenait rien. Pourquoi ?! Il était humain non ?! Alors pourquoi il…
- Il s'est sacrifié. Te voir si malheureux le rendait malheureux aussi alors… il a demandé à l'âme de ta mère de me rendre la vie en échange de la sienne. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour te rendre ce sourire auquel il tenait tant.
- Tu veux dire qu'il…
- Oui, il est redevenu un chevalier. Quelque part, quelqu'un aura bientôt sa poupée et il le protègera de tout son cœur en peluche comme il l'avait fait avec son précédent maître.
Touché par ce dernier geste, Aiba resta silencieux quelques instants, puis sentit soudain les bras de Keii-chan autour de ses épaules.
- Je suis rentré, murmura-t-il à son oreille.
- Bienvenue à la maison, sourit Masaki.
Au même moment, quelque part dans Tokyo
- Ne Ryo on va à la salle d'arcade ?
Etonné de la proposition qui ne correspondait pas vraiment à la personnalité de son ami Tomohisa, Nishikido l'observa avec attention, puis haussa les épaules.
- Si tu veux, répondit-il.
Ils allaient se mettre en route, lorsqu'une voix familière s'éleva derrière eux.
- Si tu venais plutôt avec moi ?
Familière mais qu'il n'avait plus entendue depuis des mois. Au point qu'il avait fini par se dire qu'il avait imaginé leur rapprochement et cette constatation l'avait rendu infiniment triste. Au point que, seul dans sa chambre, il en avait pleuré.
- Shige ? fit-il, stupéfait. Qu'est ce que... Tu es revenu ? Je croyais que tu avais déménagé sans me prévenir.
- Je ne peux pas rentrer dans les détails, mais c'est un peu ce qui s'était passé oui. Je t'ai manqué ?
Ne pouvant admettre la vérité sans passer pour un faible devant ses amis, Ryo prit un ton détaché.
- Pas du tout. Qu'est ce que tu crois ?
Le rire de Shige se fit alors entendre et un petit sourire fleurit sur les lèvres de Nishikido.
- Je crois que tu mens. Mais peu importe. Je suis revenu pour rester avec toi. Quoi qu'il arrive.
A ces mots, le sourire de Ryo s'élargit et il laissa sa main effleurer celle de Shige.
- Cool, lâcha-t-il en le fixant.
Et dans sa bouche, cela voulait tout dire.
Au même instant, tels des apparitions célestes, Massu et Tesshi apparurent brusquement. Stupéfaits d'être "en vie" alors que leur alter égo en peluche n'existait plus depuis des mois, ils s'observèrent attentivement.
- Heu... il se passe quoi ? demanda le blondinet. Pourquoi on est revenus ?
- Aucune idée, je trouve ça aussi bizarre que t...
Massu s'interrompit car en avançant son pied venait d'entrer en contact avec des objets sur le sol et de les envoyer plus loin. Le contour des objets lui semblant familier, il se pencha pour les ramasser, découvrant avec stupeur des peluches dont la représentation ne pouvait pas éviter de lui rappeler des personnes.
- Ueda ? fit-il, incrédule.
- Et... Nakamaru ? reconnut à son tour Tesshi en prenant la poupée dans sa main. Mais... pourquoi sont-ils... Ils étaient pourtant humains, qu'est ce qui s'est passé ?
Mais Massu lui fit signe de se taire et, serrant la poupée dans sa main, il se mit à courir comme un fou sans même prendre la peine d'expliquer quoi que ce soit à son ami. Il courrait si fort que son cœur battait douloureusement contre ses côtes. Comme ce jour où il avait passé de longues heures à s'amuser avec Ueda en parlant de ce qu'il ressentirait s'il était humain. Et pour lui, ca ne pouvait signifier qu'une chose : pour une raison qui lui était inconnue, il l'était devenu alors que son ami était redevenu un chevalier. Comme s'ils avaient échangé leurs natures en quelque sorte. Il espérait se tromper. Il l'espérait vraiment mais au fond de lui, sa raison lui disait que ce n'était pas le cas.
Il arriva a la caravane suivi de Tesshi, hors d'haleine tous les deux... en même temps que Keii-chan qui poussait le fauteuil d'Aiba et Shige qui tenait Ryo par la main. Tous quatre se fixèrent. S'ils étaient là et pas les membres de KAT-TUN, il n'y avait pas cent explications possibles : les chanteurs avaient en réalité du se sacrifier tous les trois pour leur rendre la vie. Puisque les chevaliers ne sont à jamais qu'une seule entité, ils devaient disparaitre tous les trois pour que tous les quatre puissent revenir ensemble. La puissance de ce sacrifice les empêcha de parler et Keii-chan versa même une larme. C'est alors que Tesshi s'exclama :
- Keii-chan, regarde !
Le regard de l'ex chevalier se posa sur ce que montrait son ami et, avec émotion, il ramassa à terre une troisième poupée. Kame avait retrouvé un maître à servir, qui ne l'éloignerait jamais de Masaki.
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