Harry s'est endormi après l'amour. Sur le ventre, enlaçant un oreiller et complètement nu, je le trouve magnifique. Un petit sourire en coin sur les lèvres, je me tourne vers lui, appuyé sur mon coude. Mes doigts courent sur la peau blanche de mon amant, glissant de ses épaules à ses fesses sur lesquelles je ne peux m'empêcher de m'attarder. Harry frissonne et je le vois sourire. Finalement il n'est pas si endormi qu'il n'en a l'air. Tant mieux. C'est donc sans scrupule que je descends davantage ma main pour la glisser en ses fesses. Je l'écoute gémir faiblement et dépose de petits baisers sur son épaule. Merlin... Comme il m'a manqué. Comment ai-je pu survivre durant ses longs mois sans lui ? Je lui murmure un «je t'aime» à l'oreille avant de retirer mes doigts pour caresser son dos. Harry roule sur le dos et je n'hésite pas une seconde pour me blottir dans ses bras. La chaleur de sa peau, son odeur et sa douceur... Putain je l'aime.

Dehors, l'orage a éclaté. Nous ne nous en sommes même pas rendu compte, trop occupés par nos retrouvailles. A présent, la pluie s'abat avec violence sur les carreaux. Ce temps me rappelle le jour de notre première fois. Un frisson me parcourt en repensant à ce moment tellement... parfait. Mais un éclair illumine la chambre, très vite suivi par un coup de tonnerre. Je n'ai pas peur de l'orage, mais je ne suis jamais très rassuré. Je me colle davantage à Harry qui me caresse les cheveux.

Après quelques minutes ainsi enlacés, je me décale un peu pour poser ma tête sur son torse, écoutant son coeur battre. C'est officiel, je suis toujours aussi mièvre. Mais maintenant, je m'en fous. J'accepte d'être romantique, fleur bleue, parce que j'ai trop besoin de Harry. Et surtout parce que j'ai compris que je l'aimais et que lui aussi. Je me sens homme, j'ai un travail important qui me plait et me rend fier, j'ai bien le droit de me transformer en grosse guimauve une fois rentré à la maison, non ? Je ne suis plus juste « le copain de Harry Potter », je suis aussi « Drago Malefoy, le grand diplomate » et ça change tout. J'avais besoin de me sentir à égalité avec lui pour pouvoir continuer. Je crois que Harry l'a compris, il me l'a dit lorsqu'on a un peu parlé avant de se jeter l'un sur l'autre comme des bêtes sauvages. Après deux mois et demi sans sexe, difficile de se retenir plus longtemps. Nous avons fait l'amour trois fois de suite.

Harry caresse mon bras gauche et je me raidis imperceptiblement. C'est ile/i bras. Celui qui porte la marque... D'ordinaire, il évite soigneusement de le toucher. Là, j'ai du mal à comprendre son geste. Qu'est-ce qu'il cherche à faire ? Sous mon regard paniqué, il retourne doucement mon bras pour observer le tatouage immonde qui souille ma peau. Encore aujourd'hui, j'évite de le regarder et je porte toujours des manches longues. Il me dérange, me fait honte. Marqué à vie, comme du bétail. Harry redessine le contour de la tête de mort du bout des doigts, observant ma réaction. J'ai une grosse boule dans la gorge, le regard fuyant. Qu'est-ce qu'il veut ?

« Elle ne me dérange plus, tu sais ? » murmure-t-il en délaissant enfin mon bras.

« Moi si. » réponds-je d'une voix étranglée.

« Je sais que tu n'as pas vraiment eu le choix. »

Il a raison, on ne m'a pas demandé mon avis. Mais il n'empêche pas que j'ai été fier de porter cette marque. Au début. Ensuite j'avais été rattrapé par la réalité. La fierté avait laissé place à la honte, au dégout de soi.

« Raconte moi comment c'était. » demande mon amant d'une voix hésitante.

« Comment c'était quoi ? »

« La vie au manoir. La prison. »

Coup de tonnerre. Non, je ne peux pas. Je veux bien parler avec lui, mais pas de ça. Mal à l'aise, j'essaye de me dégager de son étreinte, mais il me tient fermement contre lui. Le silence s'installe, gênant. Je ne sais pas quoi faire. Les souvenirs affluent dans mon esprit. J'ai l'impression que la marque me brûle, comme du temps où iil/i était vivant.

« S'il te plait, j'ai besoin de savoir... Je t'aime, je ne te jugerai pas. » chuchote Harry en me serrant contre lui.

Il relève mon menton tendrement et m'attire à lui pour m'embrasser. Puis il plonge son regard dans le mien, caressa ma joue tendrement. Je baisse les yeux et repose ma tête sur son torse en soupirant. Je crois que je n'y couperais pas. Mais c'est difficile, je n'en ai jamais parlé à personne. Jamais. La main de Harry se resserre sur la mienne, comme pour me donner du courage. Nouvel éclair dans le ciel, nouveau coup de tonnerre.

Les yeux fermés, le coeur battant, je prends une profonde inspiration avant de commencer à parler, chuchotant presque. Au fur et à mesure, je prends un peu plus d'assurance et je lui raconte tout : mon intronisation, ma vie recluse au manoir, ma sixième année, la peur qui me serrait les entrailles, les attentes de mes parents. Je lui parle de ilui/i, de l'horreur que c'était lorsqu'il vivait au Manoir Malefoy. J'évoque les Doloris, les punitions corporelles lorsque j'ai échoué dans la mission qu'iil/i m'avait donné. Harry m'écoute religieusement, m'embrassant dans les cheveux, me serrant contre lui.

Lorsque j'en viens à parler de la prison, j'éclate en sanglots. Trois ans d'horreur. Trois ans durant lesquels je n'avais rien d'autre à faire que de réfléchir à ce que j'avais fait, à ce que je n'avais pas fait. L'envie de mourir. Les tentatives de suicide. Tout y passe. Je ne me rends même pas compte que je pleure.

Après plus d'une heure, j'ai enfin fini et je reste à sangloter dans le cou de Harry. Il est resté silencieux durant tout ce temps. J'attends sa réaction avec appréhension et relève enfin les yeux vers lui. Il me regarde droit dans les yeux, je sens la douleur dans son regard, la peine et la compassion.

« Je t'aime. »

Juste trois mots. Mais qui veulent tout dire. Il ne me juge pas, mon passé ne le dérange pas. Il m'aime quand même. Mon coeur s'emballe dans ma poitrine. Sans pouvoir me retenir, je me jette sur ses lèvres. J'ai l'impression qu'on m'a ôté un poids énorme des épaules. Mais après avoir parlé de toutes ces horreurs, j'ai besoin d'oublier. Harry sent mon empressement, mon désir de penser à autre chose. Répondant à mon baiser, il m'allonge sur le dos et recommence à s'occuper de moi amoureusement.

L'orage s'éloigne.