Chapitre 11
L'après-bal fut difficile pour tous. Ombrage cherchait le responsable du gâteau sur pattes. Les professeurs plus surveillés que jamais, ne pouvaient parler ou circuler librement. Les incidents continuaient. Dumbledore s'inquiétaient. Il ne pouvait rien faire. Et ce sentiment d'impuissance le rendait fou. Folie qui s'accentuait lorsqu'il pensait à son jeune protégé. Les séances d'Occlumancie ne se déroulaient comme il le voulait. A vrai dire, rien ne se passait comme il le voulait. Rien. Il soupira. Fumseck lança un doux trémolo. Un sourire fugace éclaira le visage du directeur. Non, une chose allait bien. Rien qu'une. Il prit un parchemin et une plume et écrivit. Les mots lui venaient naturellement, ressurgissant de sa mémoire.
Quand Minerva retourna dans ses appartements, après une journée de cours dans une ambiance lourde et orageuse, elle trouva, posé sur son lit, un bouquet de roses rouges et un rouleau de parchemin. Les fleurs embaumaient l'air de leur délicat parfum. Elle déplia le parchemin.
Si jamais homme en aimant fut heureux,
Je suis heureux, ici je le confesse
Fait serviteur d'une belle maîtresse
Dont les beaux yeux ne me font malheureux.
D'autres désirs je ne suis désireux
Honneurs, beauté, vertus et gentillesse,
Ainsi que les fleurs honorent sa jeunesse
De qui je suis saintement amoureux.
Donc si quelqu'un veut dire que sa grâce
Et sa beauté toutes beautés n'efface
Et qu'en amour je ne vive content,
Davant Amour au combat je l'appelle,
Pour lui prouver que mon cœur est constant,
Autant qu'elle est sur toutes la plus belle.
_ Ronsard, souffla-t-elle. Poète en plus… »
Un étrange sentiment s'empara d'elle. Quelque chose qu'elle n'arrivait pas à définir. Ce poème la touchait plus qu'elle ne le voulait.
Le repas se déroula dans un calme relatif, avec les habituelles conversations et bruits de couverts. A la table des professeurs, les enseignants ne pipaient mot. McGonagall se pencha vers son ami et lui murmura doucement, dans un souffle que seul lui entendit :
« Merci pour votre poème.
_ De rien. Il vous va comme un gant, répondit-il dans le même ton.
_ Je ne suis plus très jeune, Albus.
_ Pour moi si. Parce que vous êtes mon rayon de soleil, et qu'un rayon de soleil est éternellement jeune. »
Ils échangèrent un sourire complice. A côté de McGonagall, indifférent à leur échange, quoiqu'ayant une oreille de leur côté, Rogue regardait le manège de deux autres amoureux, chacun à un bout de la Grande Salle. Les deux garçons ne cessaient d'échanger des regards, sans que personne ne se doute de quelque chose. Enfin… c'est ce qu'il croyait jusqu'à ce qu'il remarque que les yeux d'Hermione suivaient cet échange d'un regard. A cet instant leurs yeux se croisèrent. Il eut une inquiétude qu'il comprenait très bien. Hermione se leva de table, sans un mot, sous le regard surpris des ses amis. Le Maître des Potions quitta également la table après avoir soufflé quelques mots au directeur. Il se dirigea vers son bureau dans les cachots. Il fut surpris d'y trouver Hermione installée devant la porte. Il haussa les sourcils, intrigué.
« Granger ! Que me vaut l'honneur d'une visite de la Miss Je sais tout de l'école ?
L'air de suprême indifférence arboré par la jeune fille l'étonna profondément, mais il garda son air froid.
_ C'est au sujet de Harry… fit Hermione d'une voix basse.
Rogue l'entraîna dans son bureau et ferma la porte, insonorisant la pièce au passage. Il lui fit signe de s'asseoir mais elle resta debout, il s'appuya à sa table de travail et fixa ses yeux noirs dans le regard noisette de son élève.
_ Je sais que vous êtes au courant pour lui et Malefoy.
_ Il vous l'a dit ?
_ Confirmé plutôt. J'observe. J'ai deviné. Mais je m'inquiète beaucoup pour lui. Cette relation est tout pour lui. Il aime réellement Malefoy. Mais qui me dit que c'est réciproque ? Qui sait si Vous Savez Qui ne lui a pas demandé de le manipuler ?
_ Miss Granger, je connais Malefoy et…
_ Et quoi ? vous savez très bien comment ils sont !
_ Oui je le sais. Mais Dumbledore croit quand Malefoy quand il dit aimer Potter. Vous pouvez lui faire confiance à lui. Mais si vous vous inquiétez, veillez sur lui. C'est la meilleure chose que nous puissions faire.
_ Nous ?
_ Que croyez-vous qu'Albus, Minerva et moi-même faisons depuis la rentrée des classes ? C'est notre rôle de professeur.
_ Votre rôle est d'aider les élèves et vous les entassez, remarqua Hermione.
_ N'abusez pas de ma patience ! Miss, la seule chose que vous pouvez faire c'est le surveiller. Nous leur avons interdit de se voir, mais Potter et les règlements font deux.
_ Ils sont à deux, il me semble. Bien, si vous dites que nous ne pouvons rien faire…
_ J'aimerai pouvoir faire plus… souffla Rogue, se parlant à lui-même. Je lui avais promis… »
« L'école est drôlement calme en ce moment, fit le professeur Flitwick en se servant une tasse de thé.
_ Trop calme, si vous voulez mon avis, releva le professeur Chourave. Je n'ai jamais vu Poudlard aussi calme. Et pourtant, cela fait longtemps que je suis ici.
_ Même du temps des Fondateurs, ce ne devaient pas être aussi calme ! fit Mme Bibine en prenant la tasse de thé que lui tendait l'enchanteur.
Les autres enseignants approuvèrent. En effet, depuis le bal, un calme étrange régnait dans le château. Oppressant pour tout dire, selon les professeurs.
_ C'est le calme avant la tempête, fit la voix du professeur McGonagall, émergeant d'un fauteuil.
_ Ça vous pouvez le dire ! s'exclama le professeur Babbling d'études des moldus. L'orage est imminent !
_ Voilà les nuages, fit le professeur Flitwick en désignant du menton Ombrage qui entrait en compagnie de Dumbledore et du professeur Sinistra.
Cette dernière échangea un sourire avec l'enchanteur et s'assit à ses côtés. Aussitôt, ils se mirent à bavarder à voix basse, sans soucis du monde autour d'eux.
_ Minerva, je vous cherchais justement, fit le directeur. Severus n'est pas là ?
L'interpellée, levant les yeux de son ouvrage secoua la tête négativement, puis se replongea dans son ouvrage, sous les regards intrigués.
_ Que lisez-vous Minerva ? demanda le professeur Vector. Un traité de métamorphose ?
_ Non, Phèdre, de Racine.
_ « Ses yeux qui vainement voulaient vous éviter Déjà plein de langueur ne pouvaient vous quitter », récita Dumbledore, un léger sourire aux lèvres.
_ « Le nom d'amant peut-être offense son courage, mais il en a les yeux s'il n'en a le langage », compléta Minerva.
_ Un grand dramaturge…
_ Qui ? demanda Ombrage d'un ton hautain.
_ Jean Racine, un grand auteur moldu. Il a écrit de nombreuses tragédies, fit Dumbledore.
_ Mon auteur préféré… Et vous ? Lequel est-ce ?
_ J'ai une nette préférence pour Molière. Je pense que nous vivons trop de tragédies dans le monde réel, alors pourquoi en lire une ?
_ N'avez-vous donc que des raisons d'être aussi négatif ?
_ Non, j'en ai une excellente qui m'empêche de désespérer, dit-il en la fixant, ses yeux bleus se noyant dans l'océan des siens. Mais, sinon, mon préféré est Shakespeare. Roméo et Juliette est, selon moi, tellement belle, sa meilleure… il me revient une citation de cette pièce… « L'amour est une fumée de soupirs Dégagé c'est une flamme qui étincelle aux yeux des amants contrarié, c'est une mer qu'alimentent leurs larmes. »
_ N'y a-t-il plus belle chose que souffrir et mourir par amour ?
_ Vivre par amour est plus utile, si vous voulez mon avis, continua Dumbledore. L'amour est une raison suffisante pour vivre, et la meilleure selon moi.
_ C'est vrai… mais parfois l'amour est trop fort pour que l'on ait envie de vivre quand l'être aimé n'est plus… Je préfèrerais rejoindre celui à qui j'ai donné mon cœur s'il disparaissait, plutôt que de vivre sans lui, pour toujours.
_ Ne dites pas des choses aussi sombres Minerva, fit doucement le directeur, lui prenant la main.
_ Je le pense, Albus, sincèrement. Plutôt mourir que de vivre dans le chagrin. Au moins je serai avec lui. Qu'est-ce qu'un corps sans cœur ? Rien…
_ Alors, il faut vivre. Vivre délivrée de la crainte de voir partir celui que vous aimez, ma chère Minerva.
_ Et s'il était déjà parti ? S'il n'y avait plus de raison de vivre ? »
La sonnerie retentit. Les deux directeurs se rendirent alors compte que tous leurs collègues avaient suivi leur échange. Dans leur bulle, isolés de ce qui les entourait, ils ne s'étaient pas aperçus de cela, trop pris dans leur conversation. Minerva partit. Laissant le directeur perdu dans ses pensées, perplexe. Il passa sa journée, perdu en réflexions. Ne saisissant pas le sens des paroles de son amie. Il se rendit alors compte qu'il ne connaissait d'elle que ce qu'elle avait voulu lui dire. C'est-à-dire très peu de choses.
Enfin seule ! Après une journée de cours épuisante, et une dispute, une de plus, avec Ombrage, elle s'était éclipsée dès la fin des cours, pour retrouver son endroit favori. Isolée, sur un promontoire rocheux, elle se sentait libre, libérée de toutes les tensions accumulées pendant la journée. Elle se laissa aller contre le tronc du tilleul, dont les branches lui faisaient une bulle de verdure. Comme toujours, ses pensées dérivèrent vers Albus et la discussion qu'ils avaient eu pendant la pause de la matinée. Elle ne savait que trop penser de cela. Ils n'avaient fait que flirter. Certes, les fleurs étaient parlantes, elles lui avaient dit les sentiments qu'ils les agitaient. Certes, il s'était déclaré, il lui avait dit qu'il l'aimait .Mais… mais elle ? Etait-elle prête à vivre à nouveau ? Un arum apparut devant elle, accompagné d'une rose blanche. La sagesse avait parlé…
C'est là qu'il la trouva, une heure plus tard, plongée dans ses pensées. Il la contempla un instant, derrière son rideau de feuilles. Comme la petite fille qu'elle avait été, elle avait entouré ses jambes repliées de ses bras, sa tête reposant sur ses genoux. Combien de fois ne l'avait-il pas épié ainsi ? S'inquiétant de la voir si solitaire, alors qu'elle n'avait que onze ans. Son visage reflétait une douceur qu'il ne lui avait déjà vu que de rares fois. Il resta ainsi à la regarder, perdu, lui aussi, dans ses pensées. Il n'en sortit que quand il sentit une main sur son bras. Il tourna la tête et rencontra les yeux qui le hantaient depuis toujours.
« Albus… cela fait longtemps que vous êtes là ?
_ Une demi-heure, je crois. Je m'inquiétais de ne pas vous voir au repas. Mais quand je suis arrivé ici et que je vous ai vu. J'ai oublié ce pourquoi j'étais là. Vous étiez tellement belle…
Elle rougit.
_ Je crois qu'il faut qu'on parle, dit-il doucement.
Elle acquiesça doucement. Ils s'assirent tous les deux sur le sol, cachés par les branches de l'arbres, tels deux adolescents. Ils restèrent un instant silencieux.
_ Minerva, je suis conscient que les fleurs n'ont pas répondu aux questions que vous avez dû vous poser, même si vous connaissez leurs significations. Et… ma déclaration de l'autre jour n'a… enfin, je me doute que ça vous a surpris. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je l'avoue… Je vous doit des explications… Nous nous connaissons depuis longtemps tous les deux. Vous savez… je ne vous ai jamais perdue de vue, même après votre départ de Poudlard, après vos ASPIC. Nous avons toujours été proches tous les deux, plus qu'un professeur et son élève, ensuite plus que deux collègues doivent l'être. Je crois que mes sentiments pour vous ont commencé à changer, à évoluer quand vous êtes revenue à Poudlard, comme professeur. A ce moment, vous sembliez tellement frêle, tellement fragile. Je savais que vous n'étiez pas prête. J'ai eu peur pour vous. Je vous voyais sombrer seule, sans soutien. C'est en partie pour cela que je vous ai choisie et demandé de me rejoindre à Poudlard, en dépit des candidats qui voulaient votre poste. Je voulais vous avoir prés de moi, pour veiller sur vous… parce que je vous aimais Minerva. Minerva, je vous aime, et je crois qu'il en sera ainsi tout au long de ma vie.
Il la fixait, mais elle ne le regardait pas, fixant le sol. Il en vint à se demander si elle l'avait écouté. Quelque chose brilla, fugace éphémère puis tomba sur le sol. Albus fronça les sourcils. Une larme… Doucement, il glissa son index sous le menton de Minerva. Leurs yeux se rencontrèrent. Ceux de McGonagall brillaient. Trop. Les larmes traçaient des sillons humides sur ses joues. Doucement, il la prit dans ses bras, la serrant contre lui.
_ Minerva… ne pleurez pas.
_ Pardonnez-moi Albus… je ne peux pas ! Pas maintenant !
Elle se dégagea et le quitta en courant. Le pauvre directeur resta un instant interdit. Stupéfait. Son premier mouvement fut de la retrouver, d'aller lui parler. Mais il se retint. Non, elle avait besoin de temps. Et il allait le lui laisser.
« Excusez-moi, fit une femme à Rusard, alors que celui-ci passait avec un balai, grommelant des injures. Le concierge se figea devant elle.
_ Bonsoir Monsieur, je cherche le bureau du directeur.
Rusard la regarda sans comprendre. Fort heureusement pour elle, Rogue remontait des cachots. Il s'approcha de la visiteuse et s'enquit de ce qu'elle voulait. Elle réitéra sa demande. Rogue fronça les sourcils, intrigué, mais ne dit rien.
_ Je vais vous y conduire, lui dit-il d'un ton neutre. Rusard, débarrassez-moi le plancher et revoyez votre politesse !
Le couple prit la direction du bureau directorial. Rusard examina la visiteuse à la dérobée. Tout lui criait qu'il la connaissait. Ses yeux bleus et vifs, ses cheveux poivre et sel retenus dans une longue natte, ce sourire discret. Mais il n'arrivait pas à mettre un nom sur le visage que lui rappelait cette femme. Ils arrivèrent à la gargouille. Le maître des potions donna le mode de passe, salua la visiteuse et s'en alla. Celle-ci se retrouva bientôt dans le bureau directorial. Dumbledore fronça les sourcils. Il la salua et l'invita à s'asseoir.
« Une tasse de thé ?
_ Volontiers. Je m'excuse de vous déranger à une heure aussi tardive, mais il fallait que je vous voie. Au sujet de ma fille.
_ Mrs…
_ McLoch.
_ Mrs McLoch, je ne reçois en général les parents d'élèves qu'en cas de problèmes majeurs.
_ Ma fille n'est pas une élève. Je suis venue vous voir parce que la situation l'exige. Minerva va mal, professeur.
_ Minerva ? Vous êtes la mère de Minerva ?
_ Oui. Je sais les sentiments que vous avez pour elle. Mais, ne la brusquez pas.
_ Ai-je l'air de la brusquer ?
_ Oh ! écoutez au lieu de vous emportez comme cela. Je connais ma fille mieux que vous. Et je vous dis qu'elle va mal. Minerva n'est pas prête à revivre une histoire d'amour. Ecoutez, j'ai vu ma fille au fond du gouffre, sans pouvoir faire quelque chose pour elle. Elle n'est remontée que grâce à vous. Parce que vous êtes venu la tirer de ses souvenirs. Ne doutez pas de ses sentiments, mais attendez. Laissez-la avancer. Laissez-la faire le premier pas. C'est tout ce que je vous demande. Ma fille n'a connu qu'un grand amour, un seul, avant de vous rencontrer, enfin… avant que vous ne veniez la chercher pour qu'elle enseigne. Minerva est plus fragile qu'elle n'en a l'air. Vous ne voyez d'elle que ce qu'elle veut bien vous montrer. Elle s'est forgée une carapace, pour se protéger. Je ne vous dis pas cela pour que vous vous apitoyer sur son sort. Elle m'en voudrait si elle savait que je suis venue vous voir. Mais il le fallait. Elle est venue ce soir. J'ai vu ma fille, mon bébé en pleurs dans mes bras, professeur. Parce qu'elle se sent incapable de revivre normalement, d'avouer ses sentiments. Elle a peur, et cette peur la paralyse. Oh elle est courageuse ! Mais sa peur de perdre l'homme qu'elle aime c'est-à-dire vous la paralyse !
Pendant ce long monologue, Albus n'avait rien, trop abasourdi pour ne rien faire d'autre que d'écouter cette femme lui parler de celle qu'il aime. Il se sentit désemparé.
_ Mais, que puis-je faire ? lui demanda-t-il. Minerva est aussi farouche qu'un chat quand elle se sent en danger.
_ Restez près d'elle, veillez sur elle, comme vous le faites. Agissez ! Ne la repoussez pas parce qu'elle ne se confie pas ! Min' vous parlera quand elle sera prête ! »
